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Classe politique
L’expectative
Le projet de
révision de la loi fondamentale et le forcing médiatique dont il a
bénéficié n’a pas été sans conséquences sur les classes politiques.
La classe
politique est comme tétanisée depuis la mise au devant de
l’actualité de la question de la révision constitutionnelle dont nul
ne connaît encore ni les contours ni le parcours qui lui sera tracé,
sinon que la nouvelle mouture offrirait au président de la
République la possibilité de briguer un troisième mandat. Après le
forcing mené par le FLN, le parti dont Abdelziz Bouteflika est
président d’honneur, et les organisations de masse, tout semble
s’être arrêté brusquement. Même la télévision qui montrait en boucle
les déclarations de soutien au remodelage de la loi fondamentale du
pays a mis un bémol à sa campagne.
Commençons par le
FLN. Depuis sa dernière sortie à Blida ou il a réuni les élus de sa
formation, Abdelaziz Blekhdem qui avait indiqué, alors, que la
révision de la Constitution était une question de semaines, a bien
révisé sa position depuis. Le premier responsable de l’ex-parti
unique a fini par se résigner à transformer ce qu’il affirmait, il
n’y a pas si longtemps en «souhait». Cette tournure des événements
intrigue plus d’un. Belkhadem n’est cependant pas le seul à avoir
donné un coup de frein à une campagne qui a commencé depuis deux
années, accentuée lors de la visite d’Etat du Président français, en
Algérie en décembre dernier. Non moins intrigantes sont encore les
déclarations, à l’ouverture de la session printanière du Parlement,
des présidents de l’APN Abdelaziz Ziari et du Conseil de la nation
Abdelakader Bensalah. Le premier, ayant soutenu que le projet de
révision constitutionnelle allait être traité en mars, a fait
totalement l’impasse sur le sujet ; le second s’est embrouillé dans
une longue et laborieuse explication de la nécessité de réviser la
première loi du pays, mais non sans apporter quelques touches
nouvelles à son discours alambiqué.
Après un
interminable plaidoyer pour la révision de la loi fondamentale,
l’ancien secrétaire général du Rassemblement national démocratique
(RND) appelle la partie concernée, comprendre par là le président de
la République, «à présenter le projet pour enlever le flou et
éclaircir les horizons». Il y a, sans doute, dans la déclaration du
deuxième personnage de l’Etat, quelque chose qui sonne faux ou comme
une méconnaissance totale de ce qui va advenir du projet. Il est
vrai que le chef de l’Etat n’est pas prolixe sur le sujet. Depuis
l’annonce qu’il a faite l’été 2006 devant les cadres du ministère de
la Défense nationale sur son intention de procéder à la révision de
la Constitution et son «tout est clair» lors de sa dernière virée
dans la wilaya de Tamanrasset, et encore sa dérobade lorsqu’il a été
questionné sur le sujet par l’Agence de presse russe lors de sa
visite d’Etat le mois dernier, en Russie, Bouteflika a laissé tout
le monde sur sa faim et libre cours aux supputations qui vont dans
tous les sens.
Toute la classe
politique et la société civile sont restées suspendues à la
présentation de la nouvelle mouture de la Constitution qui, comme
l’Arlésienne, tarde à venir. Des mois durant, le FLN, ses ministres,
ses organisations de masse et les zaouias, relayés par l’unique
chaîne de télévision nationale, ont mené une campagne sans précédant
pour le projet de révision constitutionnelle et surtout le troisième
mandat en faveur du président de la République. Et cela n’a pas été
sans conséquences sur les acteurs de la scène politique nationale.
Tel qu’il a été planté, le décor a été assez agressif pour rebuter
une opinion ayant des soucis plus actuels, à savoir la grave
dégradation du pouvoir d’achat des ménages, au lieu de se braquer
sur un événement politique qui aura lieu dans plus d’une année.
Parenthèse
C’est peut-être ce
facteur qui a présidé à la décision d’observer une trêve dans la
campagne pour la révision de la Constitution et le troisième mandat.
La célébration de la Journée internationale de la femme, samedi
dernier, aurait pu être une aubaine inespérée pour récupérer
l’événement, comme l’auraient souhaité les activistes les plus
intrépides du forcing médiatique ; ça ne l’a pas été. L’heure est à
la sérénité et au calme semble susurrer une voix discrète et
pesante. Et tout le beau monde qui animait la farouche campagne pour
le remodelage de la loi fondamentale est rentré au bercail. Hormis
le Parti des travailleurs (PT) et le Front national algérien (FNA)
dont respectivement la secrétaire générale et le président ne font
que réitérer la position de leurs formations sur le projet en
question, les autres partis politiques, notamment les deux
partenaires du FLN dans l’alliance présidentielle, le RND et le MSP,
ont dû ranger leurs armes plus tôt.
Si la formation de
Ahmed Ouyahia a exprimé franchement son soutien au projet et au
président de la République, mais en refusant de s’inscrire dans le
forcing médiatique du parti de Abdelaziz Belkhadem et ses
organisations de masse, celle d’Aboudjerra Soltani est beaucoup plus
occupée par sa cuisine interne et son quatrième congrès. Depuis
qu’il a annoncé son adhésion au projet de révision
constitutionnelle, il y a presque deux mois, le secrétaire général
du RND n’a pas reparlé du sujet. Dans les rares sorties qu’il a
organisées, l’ancien chef du gouvernement a préféré discourir sur
les problèmes socio-économiques des Algériens et la préparation du
prochain congrès du parti. Quant au responsable du parti islamiste,
les observateurs s’accordent à dire qu’il n’a pas eu tellement de
choix en raison de l’opposition qui s’apprête à lui succéder à la
tête du Mouvement, à l’occasion de ses quatrièmes assises dont la
tenue est prévue dans deux mois. Le MSP est incontestablement la
formation qui a subi de plein fouet les effets de l’annonce du
projet de révision constitutionnelle et de la possible réélection
pour un troisième mandat de Abdelaziz Bouteflika. C’est en partie à
partir de là qu’a germé l’idée de l’opposition à Aboudjerra Soltani,
qui compte extirper le parti «des influences externes». Depuis, le
président du MSP a les mains ligotées, ne pouvant même plus
s’exprimer au nom de sa formation au sujet de questions nationales
car on vient juste de lui imposer un nouveau porte-parole en la
personne de Mohamed Djemaa, ancien responsable de la communication
du parti.
Alors, quand la
campagne pour le projet de réviser la loi fondamentale sera-t-elle
relancée ? Nul ne le sait encore. Peut-être dès que le président de
la République en présente officiellement la nouvelle mouture. Là
encore, aucune date n’est avancée. Le chargé de communication au FLN
a confié, dans une récente déclaration à un confrère : "Nous avons
fait ce qu’il fallait faire. Reste au chef de l’Etat de prendre la
décision", en réitérant le souhait de son partir de voir le projet
aboutir sous peu.
Mohamed Gacem
Restrictions de produits chimiques vers l’Algérie
Un embargo sans
motif
Le conseil
exécutif de l’Organisation d’interdiction des armes chimiques vient
de tenir sa onzième session, du 3 au 7 mars à La Haye, sans que cela
ne retienne l’attention des médias nationaux autant que le fait le
mérite. L’Algérie, qui a décidé de faire de 2008 l’année de l’entame
de son programme de nucléaire civil, continue de subir des
restrictions d’accès à beaucoup de produits et matières.
Cette 48e
session du conseil exécutif de l’Organisation pour l’interdiction
des armes chimiques (OIAC) a dressé le bilan de l’accomplissement
des engagements pris par les Etats signataires de la Convention sur
l’interdiction des armes chimiques en 2006 et établi les plans pour
l’avenir proche. Lors de cette session, le programme de destruction
par la Russie de son stock d’armes chimiques a constitué le point de
fixation des travaux. Toutefois, jusqu’à plus ample informé, l’on
croit savoir que la question de la révision ou non de la liste des
pays sujets à des restrictions de la part de cette instance
onusienne n’a pas été à l’ordre du jour. Une question dont
l’inscription aurait été des plus logiques vu qu’il a été question
du suivi de l’état d’avancement de l’exécution des décisions de l’OIAC
et qu’en conséquence, cela aurait dû permettre d’accéder à la
demande des pays mis sur la liste rouge des restrictions afin
d’examiner leur statut à partir du niveau de leur coopération dans
le cadre des mécanismes de l’OIAC.
Du point de vue
d’Alger, il va de soi que l’opportunité a été saisie pour rappeler à
la fois l’engagement de l’Algérie pour une application totale et
sans faille de la convention internationale sur l’interdiction des
armes chimiques, mais aussi la nécessité de lever les entraves qui
empêchent l’accès de l’Algérie au marché international de certains
produits chimiques.
Cette situation de restriction est, notons-le, peu médiatisée et
appréhendée par les autorités algérienne sous l’angle du sang froid
et du respect de la légalité internationale. Il serait d’ailleurs
peu sage, même dans cette posture de la victime, d’ajouter aux
soupçons de l’OIAC une gesticulation encore plus suspecte. A ce
jour, sans doute en raison de la nature de ce domaine qui, s’il
n’entre pas dans le cadre de la sécurité des Etats, leur impose
néanmoins un seuil minimal de confidentialité de l’information, peu
d’informations circulent de la part des autorités algérienne comme
de la part de l’OIAC. Ce que l’on sait sur ces restrictions, que
certains pays veulent imposer, pour entraver l’accès, des pays en
développement, aux produits et à la technologie des industries
chimiques, touchent autant des matières chimiques que du matériel
industriel ou de recherche de pointe.
A chaque fois que
l’occasion lui en est offerte, l’Algérie qui n’est pas privée de
s’assoire au Conseil exécutif de l’OACI (?) est obligée de remettre
sur le tapis sa demande de levée des restrictions. Poliment, la
diplomatie algérienne, à travers Benchaa Dani, son représentant
permanent auprès de cette organisation parle d’«entraves» et ne
comprend pas pour quelle raison ces restrictions lui sont encore
imposées. Une incompréhension logique, dans la mesure où l’Algérie,
ayant adhérer à la Convention d’interdiction des armes chimiques
(CWC) depuis que ce document n’était qu’une ébauche, en 1995, n’a
jamais manqué de se plier aux inspections aux rapports tous positifs
de l’OIAC.
Le non dit de cette affaire est que les instances de l’organisation
font une lecture des plus discutables de la résolution 1540 (votée
en 2004 par le Conseil de sécurité) concernant l’accès des acteurs
non étatiques aux armes nucléaires, chimiques et biologiques. Cette
résolution a été votée en conséquence de la résolution 1267
concernant Al-Qaida et les Taliban, on le devine dans le cadre de la
guerre internationale contre le terrorisme.
Au nom de la lutte contre la propagation des armes chimiques et du
combat contre le terrorisme international, l’Algérie est donc sur
blacklistée, avec l’argument avancé de la persistance du terrorisme.
Un motif d’autant plus facile à présenter que le GSPC a déclaré son
allégeance à Al Qaida d’Oussama Ben Laden et qu’Al Zawahiri a eu à
réitérer ses menaces sur les intérêts occidentaux au Maghreb.
Ce lien entre la
réalité du terrorisme islamiste, qui s’est donné un éclat encore
plus médiatique avec les attentats d’Alger du 11 décembre dernier,
contre un bâtiment onusien notamment, et la Convention sur
l’interdiction des armes chimiques n’est donc plus un non dit, elle
veut dire tout simplement que la «communauté internationale» redoute
que l’existence d’une technologique de l’industrie chimique
(installations, stockages…) ne devienne un facteur favorisant à
terme la possession par le GSPC d’armes chimiques. Il y a là,
certainement, une méconnaissance du phénomène terroriste lui-même et
de sa transformation, ce dernier n’étant plus à une phase où il
était en quête de «territoires libérés» où il cherchait à s’y
installait armes et bagages, quand ça n’était pas avec femmes et
enfants, mais est devenu autre, d’une nature plus mobile, plus
économe de ses hommes et de ses moyens à mesure que la lutte anti
terroriste nationale s’adapte à sa réalité nouvelle et que la
coopération internationale resserre ses filets de plus en plus
étroits.
Ce point de vue
mettant en lien terrorisme et risque chimique, qui requiert une
démonstration rigoureuse tout de même, au vu de ses implications, a
amené les autorités algériennes a adresser une mise au point plutôt
feutrée à M. Pfirter, DG de l’OACI, lors de sa dernière visite à
Alger, à l’ouverture des travaux de l’atelier sur l’universalité de
la mise en oeuvre de la convention pour l’interdiction des armes
chimiques en Afrique. Le ministre algérien des affaires étrangres,
Mourad Medelci a très clairement affirmé que l’Algérie a pris toutes
les dispositions pour que le risque du terrorisme chimique soit
«tout à fait mineur». Précisant que personne n’est à l’abri du
terrorisme chimique, le ministre a affirmé que l’Algérie a pris
toutes les mesures pour que ce risque soit tout à fait mineur. M.
Medelci avait d’autre part insisté sur la nécessité de rester
constamment vigilant, même si, a-t-il dit, «nous allons vers un
risque zéro dans un monde particulièrement ouvert». Le ministre des
Affaires étrangères a estimé, dans ce sens, que «la question du
terrorisme chimique est devenue, de nos jours, une préoccupation
majeure de la communauté internationale», relevant que «la
coopération et la prévention, à travers des approches solidaires et
concertées, pourront nous préserver contre toute utilisation
potentielle de ces armes par des acteurs non étatiques».
Par devers le débat sur la justesse de ce point de vue, fortement
politisé et au l’approche duquel l’Algérie ne peut que se souvenir
de la solitude que lui a toujours valu sa lutte contre le terrorisme
islamiste, il y a avant tout la question du respect de légalité
internationale.
En effet, aux termes de la convention sur l’interdiction de la mise
au point, de la fabrication ; du stockage et de l’emploi des armes
chimiques et sur leur destruction, l’article 9 décline une liste de
fins non interdites. Il s’agit des fins industrielles, agricoles, de
recherche, des fins médicales, pharmaceutiques ou d'autres fins
pacifiques. Il est question aussi des fins de protection, à savoir
les fins ayant un rapport direct avec la protection contre les
produits chimiques toxiques et la protection contre les armes
chimiques, des fins militaires sans rapport avec l'emploi d'armes
chimiques et qui ne sont pas tributaires de l'emploi, en tant que
moyen de guerre, des propriétés toxiques de produits chimiques et,
enfin, des fins de maintien de l'ordre public, y compris de lutte
antiémeute sur le plan intérieur.
On le constate, les restrictions touchant l’Algérie ne sont ni plus
ni moins, qu’une violation des dispositions de la Convention en la
matière et une entrave au libre accès sur le marché international à
ces produits en créant, de ce fait, un déséquilibre préjudiciable
dans la mise en oeuvre des dispositions de la Convention. Ce qui est
rarement dit, c’est que ce sont les pays qui disposent le moins de
la technologie. Les Etats parties africains, parmi eux, l’Algérie,
continuent de subir des entraves dans le cadre de leur
approvisionnement en produits chimiques et en matériels
scientifiques tant nécessaires à leurs industries. En même temps,
les Etats parties détenteurs de technologies ne semblent pas du tout
pressés de rendre leurs réglementations conformes à l’esprit de la
Convention en vue de faciliter le plus possible, et dans le cadre
des activités non interdites par la Convention, l’échange
international des produits chimiques, matériels et informations
scientifiques et techniques.
Loin de rester sur la défensive, Alger contre-attaque et exige que
ses partenaires membres de la Convention fassent preuve de bonne
foi. Elle demande, depuis fin 2007, que l’organisation adopte un
plan d’action sérieux qui permette d’accéder à la technologie
chimique à des fins pacifiques dans le respect des dispositions de
ladite Convention, afin de concilier désarmement et développement.
Alger a salué la désignation d’un facilitateur qui " anime,
désormais, des consultations pour tenter de permettre aux pays
africains de meilleures conditions d’accès à une technologie rendue
difficile. L’Algérie a salué aussi l’adoption d’un programme
spécifique en faveur du continent africain, à travers une «attention
légitime» pour ce continent qui fournira des outils vitaux pour la
sécurité, la protection contre les risques d’usage illicite d’armes
ou de substances chimiques par des forces aussi bien étatiques que
non étatiques. Sera-t-elle, au nom de l’Afrique, enfin écoutée ?
Nabil Benali
La convention
sur l’interdiction des armes chimiques
Quand une arme
chimique est destinée à être utilisé sur un périmètre important pour
tuer de nombreuses personnes, elle est désignée comme arme de
destruction massive, au même titre qu’une arme nucléaire.
Actuellement, ce type d’armes fait l’objet d’une Convention sur
l’interdiction des armes chimiques entré en vigueur en 1997, par
laquelle les pays signataires s’interdisent leur utilisation et
promeuvent leur destruction. Seuls les pays suivants n’ont pas
adhéré à cette convention : Angola, Barbade, Égypte, Irak, Liban,
Monténégro, Syrie, Corée du Nord et Somalie.
Par ailleurs, il
existe de nombreux produits toxiques pouvant être employés comme
armes. Ils sont classés dans divers types, en fonction de leur mode
d’action. On distingue ainsi les vésicants, les suffocants, les plus
dangereux étant les neurotoxiques. Ces produits se présentent
généralement sous forme de gaz ou d’aérosols largués dans des bombes
ou pulvérisés par des avions spécialement équipés (l’acide
cyanhydrique, l’acroléine, l’ypérite, le gaz poivre, le gaz VX, le
phosgène, le sarin, le soman ou encore le tabun…).
N. B.
Haut
Industrie pharmaceutique
Menaces sur un
secteur stratégique
Depuis plus de
quatre ans, l’industrie pharmaceutique rencontre de sérieux
problèmes qui, à terme, risquent de mettre en péril l’ensemble des
investissements réalisés à coup de dizaines de milliards de dinars,
et menacent de chômage des milliers d'emplois créés dans le secteur.
Les derniers développements indiquent que, quelque part au sein de
notre administration, il y a une volonté de nuire à cette industrie
qui, pourtant, est loin de gêner les multinationales du médicament.
Y a-t-il vraiment
une volonté de développer l’industrie du médicament et de renforcer
tout autre secteur productif en Algérie ? La question s’impose au
regard des derniers développements. En effet, selon le président de
l’Union nationale des opérateurs en pharmacie (UNOP), Ziad Amar, le
ministère de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement
(MIPI) a décidé de geler les discussions en cours entre les services
de ce département et les producteurs algériens du médicament. Aussi
étonnant que cela puisse paraître, cette décision est prise au
moment où, dans le discours officiel, l’on ne cesse d’évoquer «la
stratégie industrielle» et «l’encouragement de l’investissement».
Cette décision
vient «après plus de six mois de travaux d’une commission
multisectorielle (comprenant les secteurs de la santé, du commerce,
du travail, de l’industrie et des représentants des opérateurs), qui
instaurée après les assises de l’industrie». Cette commission en
était, d’ailleurs, à sa phase finale, à savoir le volet recherche et
développement. Aucune explication n’a été donnée concernant ce gel
inattendu. La seule explication plausible, jusqu’à présent, reste
l’empressement des autorités algériennes à vouloir être dans
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avant même d’y adhérer.
L’Algérie est en train de sacrifier l'un des rares secteurs qui peut
devenir exportateur, à condition qu’il bénéficie d’une aide
conséquente. Au nom des négociations en cours pour l’adhésion à l’OMC,
aucune aide n’a été accordée à cette filière depuis 2004, notent les
opérateurs du secteur. Le coup dur a été asséné, en juin 2005, avec
la suppression de l’obligation d’investissement aux importateurs et
l’annulation de l’interdiction d’importation de 128 DCI.
Un pays comme la
Tunisie, bien que membre de l’OMC, ne ménage pas les efforts pour
encourager la production nationale (y compris en investissements
directs étrangers) et encadre ses importations de médicament.
Nos faiseurs de
stratégie semblent rassurés par l’embellie financière que connaît le
pays grâce à la hausse du prix du baril du pétrole (qui a dépassé la
barre des 105 $) et le niveau des réserves de change. Encore faut-il
relativiser ces deux données en raison des cours médiocres du dollar
américain face à l’euro. Cela est d’autant plus grave, quand on sait
que l’Algérie vend en dollar et importe, majoritairement, en zone
euro. Le risque est, cependant, très grand de laisser notre sécurité
sanitaire entre les mains des importateurs et des laboratoires
étrangers et d’aggraver notre dépendance. Car il faut toujours avoir
à l’esprit la période où l’Algérie n’avait pas de quoi payer trois
mois d’importations…
Risque
économique
L’ouverture
"sauvage" de la filière médicament va «pousser l’industrie nationale
vers sa belle mort», affirme sans hésitation M. Ziad. En chiffres,
la mort de ce secteur signifie «la perte de 50 milliards de dinars
d’investissements et de plus de 12 000 emplois». Mais le plus grave,
c’est que le capital expérience et connaissance sera à jamais perdu
si l’Etat laisse cette industrie face à la concurrence féroce des
multinationales du médicament. Car, avec plus de deux décennies
d’existence, l’industrie pharmaceutique (publique et privée) est
devenue, sans conteste, le fleuron des industries hors
hydrocarbures. C’est la seule filière qui assure, tant bien que mal,
avec toutes les contraintes dues à l’organisation du marché, pas
moins de 30% d’autosuffisance (en quantité).
Devant cette
ouverture sauvage, «il n’y a que le président de la République qui
puisse inverser la tendance actuelle qui va vers le démantèlement du
secteur de la production nationale de médicament», affirme M. Ziad.
C’est dans ce sens que l’UNOP a adressé son cri au premier magistrat
du pays pour attirer son attention sur les dangers qui guettent
cette filière de l’industrie algérienne. L’appel de l’UNOP à
Abdelaziz Bouteflika coïncide avec les déclarations du président de
la République, lors du dernier Conseil des ministres tenu le 27
février dernier, suite à la présentation de la loi modifiant et
complétant la loi n°85-05 du 16 février 1985 relative à la
protection et à la promotion de la santé. Intervenant à l’issue des
débats, le chef de l’Etat a tenu, selon les termes du communiqué de
presse sanctionnant cette réunion, a appeler l’ensemble des
intervenants dans cette filière à «conjuguer leurs efforts pour
réduire la facture du médicament qui continue de peser lourdement
sur le système de santé publique et sur le revenu des ménages».
Abdelaziz Bouteflika a "instruit le gouvernement" afin «d’encourager
l’industrie nationale pharmaceutique en lui fixant des objectifs
précis de couverture des besoins du pays», ainsi que de «faire jouer
la concurrence internationale la plus large pour assurer
l’approvisionnement du pays en médicaments et produits médicaux aux
conditions les plus avantageuses».
Les propos du
Président sont donc assez clairs à ce propos. D’un côté, il parle
d’encouragement des producteurs nationaux du médicament et de
fixation d’objectifs (ce qui fait cruellement défaut) ; d’un autre
côté, il appelle à faire jouer la concurrence en matière
d’importations. C'est-à-dire à ne pas se laisser phagocyter par les
multinationales qui imposent leurs prix et leurs produits, alors
qu’il est possible de diversifier nos sources d’approvisionnement.
«Il n’y a eu aucun
écho aux recommandations que nous avons élaborées lors de nos
séminaires pour relancer et renforcer le secteur de l’industrie du
médicament en Algérie», constate le président de l’UNOP. Espérons
que les recommandations du président de la République ne vont pas
connaître le même sort.
Abdelkader
Djalil
Le projet de loi
modifiant et complétant la loi n°85-05 du 16 février 1985 relative à
la protection et à la promotion de la santé, présentée lors du
Conseil des ministres du 28 février, porte principalement sur
«la détermination des établissements habilités à importer, fabriquer
ou exporter les produits pharmaceutiques et les dispositifs médicaux
à usage de la médecine humaine», «l’obligation d’enregistrement,
d’obtention d’une autorisation temporaire d’utilisation ou d’une
homologation» avant l’importation et la mise sur le marché des
produits pharmaceutiques, ainsi que leur soumission à «des
dispositifs médicaux au contrôle de qualité». Les amendements font
également obligation aux fabricants et aux opérateurs spécialisés
d’assurer l’information médicale et scientifique sur les produits
pharmaceutiques. Le projet institue «une agence nationale des
produits pharmaceutiques» dont la mission est de «veiller à
l’accessibilité, la sécurité, la qualité, le contrôle, la régulation
et le respect de la réglementation concernant les produits
pharmaceutiques» et introduit des sanctions pénales en cas
«de manquements aux dispositions relatives à l’enregistrement,
l’importation, le contrôle et la distribution des produits
pharmaceutiques et des dispositifs médicaux».
Haut
Crimes économiques
Une gangrène
bien avancée
700 milliards de
centimes, c'est le total de la somme des détournements de fonds
publics en Algérie durant l'année 2007. Cette somme qui est énorme
révèle à la fois, la faiblesse de l'outil de contrôle mais aussi la
tendance , de plus en plus répandue,des fonctionnaires à vouloir
s'enrichir au plus vite. Le rapport de la DGSN nous prouve que la
gangrène est bien avancée et gagne tous les secteurs.
Parmi les 7
milliards détournés en 2007, l'on compte 300 millions rien que dans
le secteur financier. Ce qui représente la moitié des pertes de
l'Économie nationale. En effet, il ne se passe pas un jour sans que
la presse ne rapporte des faits qui se rapportent à des
détournements de sommes importantes dans les banques mais aussi et
surtout dans le secteur des postes. Ce dernier est devenu par la
force des choses, le secteur le plus touché par ce phénomène. Voilà
des années que des détournements sont chaque fois signalés dans des
bureaux de postes, aussi petits soient ils. L'exemple du scandale de
la poste de Benaknoun, et l'affaire qui a éclaboussé l'ancien
directeur général d'Algérie-télécom et d'autres responsables qui ont
réussi à détourner la somme de 100 millions de DA, à travers 16
chèques établis à l'ordre de personnes morales n'est pas limitatif
même s'il indique que l'appât du gain n'Épargne presque personne.
Mais, il faut dire que la liste des scandales serait bien longue
car, elle toucherait pratiquement tous les bureaux de postes à
travers le territoire et mettrait en cause de simples fonctionnaires
tout comme leurs responsables. L'attrait du gain facile et rapide
aurait contaminé tous ceux dont le travail touche aux finances. La
police de la lutte contre les crimes économiques à la direction
générale de la sûreté nationale, en connaît quelque chose elle qui
a eu à traiter durant l'année passée pas moins de 3000 dossiers
d'atteinte à l'Économie nationale. Le chiffre est bien énorme et
devrait pousser les autorités à s'inquiéter plus sérieusement. Ces
affaires impliquent aussi bien des fonctionnaires qui travaillent
dans l'administration ou des entreprises publiques mais aussi bien
des criminels spécialisés dans l'Évasion fiscale, le transfert
illégal d'argent, le blanchiment et tous genres de trafic. Ces
détournements occasionnent de grandes pertes à la caisse publique et
de par la même à l'Économie nationale, déjà mal en point. Toutes ces
pratiques, qu'elles touchent le détournement de fonds, le
blanchiment ou l'Évasion fiscale sont révélatrices d'un
laisser-aller inimaginable et prouvent que nous sommes bel et bien
dans un pays sous-développé, où l'outil de contrôle est tellement
inefficace que n'importe quel fonctionnaire se permet de toucher à
un argent qui ne lui appartient pas. Car, dans les pays développés
les mécanismes de contrôle sont tellement bien rodés que les
atteintes à l'Économie nationale se comptent sur le bout des doigts,
de plus ces crimes qui aboutissent inévitablement devant des
tribunaux spécialisés, créent de vrais scandales et une grande
tension pour les coupables. Tout ceci fait qu'il faut réfléchir par
deux fois avant de penser à commettre une telle action car les
conséquences sont sans appel. Ce n'est nullement le cas chez nous où
ces crimes sont choses courantes, les chiffres sont là pour le
prouver, ils sont chaque fois plus nombreux. C'est à croire que les
cas qui sont médiatisés et portés devant la justice ne servent
aucunement de leçon aux autres. C'est un peu normal que les autres
n'hésitent pas à sauter le pas quand ils voient les auteurs des
détournements, une fois libérés, profiter de leur magot.
Ce n'est pas tout
puisque ce genre de crimes n'est qu'une partie de l'iceberg qui se
révèle de temps à autre. D'autres infractions plus courantes et
plus difficiles à localiser sont souvent débusquées, il s'agit
essentiellement des infractions qui sont enregistrées par les
services des douanes. Malgré tout le zèle que ces services déploient
et malgré les risques que les agents encourent car les
contrebandiers sont prêts à tout pour se défendre, y compris à tuer
ceux qui se mettent en travers de leur chemin, des réseaux sont
démasqués de temps à autre. Pour l'exemple, en 2006, plus de 10978
infractions ont été commises et ont occasionné des pertes de l'ordre
de 55,5 milliards de dollars pour l'Économie nationale. Le trafic de
bétail et de combustible constitue l'essentiel de ces infractions
avec 29,10%. Ce trafic se trouve dans les régions frontalières est
et ouest du pays. Du coup, ce sont la Tunisie et le Maroc qui
profitent le plus des produits que les contrebandiers font
introduire chez eux. Le plus drôle dans tout ce trafic, c'est que
les gains des contrebandiers ne sont pas aussi importants qu'on ne
l'imagine. Les agents des douanes répètent souvent que ces
contrebandiers bradent pratiquement ces produits. Les pertes à
l'Économie nationale sont pour leur part des plus importantes,
puisqu'elles se chiffrent par milliards. Une question s'impose tout
de même, pourquoi enregistre t-on ce genre de trafic uniquement de
l'Algérie vers les pays voisins et jamais le contraire ? Faut-il
voir dans cet état des choses une faille dans notre système de
contrôle et de surveillance ? Sûrement car dans le cas contraire il
aurait été difficile de commettre ces atteintes. Il faut voir aussi
l'habitude prise de considérer les biens de l'État comme des biens
qui appartiennent à tout le monde et donc celui qui s'en sert ne
fait rien de mal. Quelque part, c'est l'autorité de l'État qui est
remise en cause et ce n'est pas étonnant car le désordre règne déjà
dans tous les secteurs.
En plus des crimes
économiques signalés, il faut ajouter la corruption très courante
dans les pays sous-développés. Notre pays n'y échappe pas et dans un
rapport de la banque mondiale on apprend que le taux des pots de
vins est chez nous de l'ordre de 6%. Ces pots de vins accompagnent
la plupart des négociations et constituent des dépenses additives.
Donc, la corruption qui sévit malgré toutes les dispositions qui
existent pour la contrecarrer,les textes existent d'abord dans le
code pénal puis à travers une nouvelle loi, est considérée comme un
frein contre le développement. Elle a été même à l'origine de
nouvelles procédures de la banque mondiale pour l'octroi des crédits
et surtout le suivi des projets qu'elle finance dans les pays en
voie de développement. Car, ces projets ne profitent finalement pas
aux pauvres et sont détournés par des voies insondables. Celles de
la corruption. Toutes ces pratiques dans leur ensemble prouvent que
nous sommes loin d'avoir une administration saine et efficace, c'est
notre seul garant contre des pratiques qui nous confinent dans un
état de sous développement et créent un mauvais climat des affaires.
C'est d'ailleurs l'une des raisons qui décourage les investisseurs
étrangers qui préfèrent la Tunisie et le Maroc où le climat des
affaires est beaucoup plus intéressant.
Khadidja
Mohamed bouziane
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Karim Tabbou, 1er secrétaire national du FFS ( version revue par
moi)
"Les
privatisations ne doivent pas toucher les secteurs stratégiques
Dans cet
entretien, le premier secrétaire du FFS, Karim Tabbou répond sans
détour aux questions posées. Plusieurs sujets lié à l’actualité ou
encore en relation avec le parti sont évoqués. Et comme à son
habitude l’interviewé ne se gênera pas pour dire le fond de sa
pensé et rappeler le positions de sa formation politique, le FFS.
Le 4ème
congrès du FFS a été
aussi consacré aux questions sociales et de développement. Mais on
n’arrive pas à comprendre votre position à l’égard des
privatisations. Êtes-vous foncièrement contre le principe ou
exigez-vous plus de transparence ?
Karim Tabbou :
Pour le FFS, la privatisation doit être un moyen et non une fin en
soi et que cette démarche ne peut être justifiée que dans le cadre
d’une politique économique clairement définie et approuvée par des
institutions démocratiquement élues et représentant les intérêts
légitimes de la population. Les réformes en cours et les politiques
mises en œuvre par le pouvoir consacrent le bradage pure et simple
de l’économie nationale. Elle intervient en l’absence d’une
stratégie industrielle largement concertée qui sauvegarde le
développement du pays, son indépendance économique et l’emploi de sa
population. Certainement, cette politique provoquerait à très court
terme, des conséquences économiques et sociales considérables. Des
pans entiers de la société, des milliers de travailleurs et des
régions entières en subiraient les frais. Pour nous, la
privatisation doit obéir aux règles et aux normes économiques : Une
totale transparence, la consultation et l’adhésion des travailleurs
directement concernés et de leur représentation syndicale ainsi que
de l’ensemble de la population propriétaire du patrimoine national.
Nous considérons que les privatisations ne doivent pas toucher les
secteurs stratégiques protégés par la constitution, dont les
hydrocarbures et que toute cession de patrimoine national à des
étrangers ne doit en aucun cas aboutir à un contrôle extérieur de la
production nationale, ni à une dépendance technologique et
financière du pays. Je profite de cette occasion pour lancer un
appel aux autorités qui exercent actuellement le pouvoir en vue de
ne pas désengager l’Etat de ses responsabilités dans le secteur
économique, de ne pas déposséder le pays d’un secteur public assaini
et d’une base industrielle modernisée, seule à même de valoriser nos
matières premières, fournir les équipements et autres biens
intermédiaires nécessaires à notre agriculture et aux autres
secteurs d’activité, tout en s’appuyant sur une PMI largement
ouverte au secteur privé.
Le pouvoir d’achat est complètement érodé et les pénuries de
produits alimentaires de premières nécessités sont récursives et ce
malgré l’aisance financière dont jouit le pays. Est-ce l’échec des
réformes économiques et que pensez-vous aujourd’hui de la situation
économique et sociale de l’algérien?
Tout le monde sait que l’Algérie dispose des réserves de changes
jamais égalées. Des chiffres qui donnent le vertige, alors que la
pauvreté s’accroît dans les villes et les campagnes et s’exprime par
l’extension de maux sociaux, la violence urbaine et des émeutes dans
de nombreuses communes du pays. Le terrorisme y trouve un terreau
social favorable. La mendicité s’est généralisée. Le spectacle de
femmes et d’enfants qui fouillent dans des poubelles pour se nourrir
est quotidien. Le gouvernement semble dépassé par l’ampleur du
phénomène et ne parvient pas à faire face à la situation. Preuve de
son impuissance, l’utilisation de la force pour contenir les
revendications légitimes des catégories sociales les plus
défavorisées qui n’ont pas accès aux services sociaux de base.
Le
pouvoir d'achat qui se dégrade a deux origines: la libéralisation
des prix et la stagnation des salaires. La libéralisation des prix
a entrainé leur augmentation sensible à cause de l'inflation
importée. En effet, l'augmentation des prix des produits
alimentaires sur le marché international est répercutée sur les prix
à la consommation. Les soutiens apportés récemment à certains
produits ne compensent pas cette augmentation tout en contrevenant
aux règles de l'OMC à laquelle l'Algérie veut adhérer. De plus, les
prix des services (électricité, eau, transport) ont grevé
sensiblement les budgets des ménages. Quant aux salaires, pour ceux
qui travaillent, ils ne suivent pas la même progression à cause de
la faible productivité de l'économie. Mais ceux qui souffrent le
plus ce sont les chômeurs et les personnes vulnérables (les
personnes âgées, les handicapés, les veuves et orphelins sans
ressources) faiblement couverts par la protection sociale.
Il
faut le dire clairement. Le système actuel a échoué sur le plan
économique. Les ressources financières sont gelées dans un
fonds dormant au lieu de servir l'investissement productif. Au lieu
de défendre le secteur public base de tout développement économique
indépendant, on le liquide purement et simplement.
Pour quoi ce tableau sombre de la situation, alors que les
performances de l’économie algérienne sont reconnues et le
gouvernement a été même bonifié par les instances internationales ?
L'aisance financière ne résulte pas des performances de l'économie
algérienne. Ce sont les hydrocarbures qui constituent l'essentiel
des revenus d'exportation et des recettes fiscales. Le gouvernement
n'est pour rien dans ces ressources quand on sait que le secteur
pétrolier est géré en grande partie par les sociétés étrangères
de production et de services.
L'économie algérienne, si l'on définit par là les secteurs hors
hydrocarbures, ne satisfait pas les besoins du marché national et
n'est pas compétitive à l'exportation. Quant aux réformes, elles se
limitent à un dossier: une soit disante stratégie industrielle
fondée sur la privatisation du secteur public et l'appel à
l'investissement direct étranger
Le FFS a publiquement affirmé son soutien aux syndicats autonomes.
Votre priorité est qu’ils soient reconnus, donc le pluralisme
syndical, ou que le gouvernement finisse par concéder des
augmentations de salaires ?
Nous
sommes les partisans du respect des pluralismes et de
l’indivisibilité des droits de l’homme. Le FFS se solidarise avec
l’ensemble des travailleurs qui militent pour la sauvegarde du
patrimoine nationale et soutien l’ensemble des collectifs, syndicats
et mouvements autonomes.
Il faut absolument sortir du monopole
syndical et de la non- reconnaissance des autres syndicats
autonomes. L’UGTA créé pour défendre les intérêts moraux et
matériels des gens en activité sur leur lieu de travail est devenu
un appendice du pouvoir qui ne vise qu’à étouffer les revendications
salariales et se soucie très peu de la satisfaction des besoins
sociaux des travailleurs. Aujourd’hui, le plus grand nombre ne peut
s’exprimer qu’à travers les émeutes et des manifestations souvent
réprimés.
Avant même la revendication de revalorisation des salaires, les
travailleurs ont besoin d’être respectés dans leur dignité et d’être
reconnus comme des humains ayant des droits, des sentiments, des
devoirs… C’est pour restituer aux travailleurs le droit d’avoir les
droits que le FFS exhorte les travailleurs à s’organiser dans des
syndicats autonomes et à s’engager davantage aux cotés des forces
politiques crédibles pour la construction d’une alternative
démocratique et sociale à la catastrophe nationale.
Le
constat est là : l’abolition des libertés d’expression,
d’organisation et d’association par la force et la brutalité,
constitue la plus grande défiance à l’égard du développement. Les
syndicats autonomes, leviers de la démocratie politique et sociale
sont réprimés et non reconnus malgré leur légitimité acquise sur le
terrain des luttes et de la mobilisation. Le pouvoir s’entête à
vouloir imposer un syndicat unique, devenu l’appendice
bureaucratique d’un régime anti populaire. L’UGTA, sensée pérenniser
le combat pour la conquête des libertés, se voit aujourd’hui
transformée, par le biais d’un club de rentiers, en instrument de la
domination sociale.
Le FFS dénonce les effets de l’Accord d’association avec l’U.E et
des politiques inspirées par le FMI, la Banque mondiale ou l’OMC.
Comment conjuguer la souveraineté de l’Algérie avec la nécessité de
ces cadres multilatéraux pour réussir notre insertion dans
l’économie mondiale ?
La mondialisation constitue une excellente opportunité pour le
développement de l’Algérie. En même temps, cette mondialisation
constitue une menace pour la sécurité économique et sociale du pays
si la politique économique nationale ne parvient pas à maîtriser les
effets négatifs de la concurrence étrangère sur les différents
secteurs d’activités et sur les conditions de vie et de travail de
la population.
L’examen de la situation actuelle de l’Algérie au plan économique et
social, s’avère que la politique actuelle d’ouverture et de
libéralisation des échanges ne prépare pas le pays à affronter la
compétition internationale avec les pays de l’Union européenne et,
dans les mois à venir, avec le reste du monde au terme des
négociations actuelles avec l’Organisation Mondiale du Commerce.
En effet, nous assistons au désarmement complet des instruments de
défense de l’économie, avec l’abandon de la souveraineté sur les
ressources pétrolières et gazières, la privatisation des entreprises
publiques économiques et le retard pris pour mettre à niveau le
tissu industriel national.
Le pays dispose pourtant de ressources financières suffisantes pour
ne pas avoir à hypothéquer son indépendance économique. La
population subit de plein fouet les conséquences de cette politique
libérale qui génère le chômage, des pertes de pouvoir d’achat et des
inégalités, alors que le pays a souscrit des engagements fermes pour
la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement
visant à réduire la pauvreté et à favoriser l’accès de la population
aux services sociaux de base.
Concernant l’accord d’association avec l’UE, tout le monde s’accorde
à dire qu’aucune disposition de l’accord n’a été respectée. Les
réformes sont en pane et les résultats escomptés ne sont pas encore
réalisés. Même les plus hautes autorités reconnaissent que la mise
en œuvre des accords, comme d’ailleurs dans les autres domaines, est
un niveau ZERO. L’accord en question a été passé dont le seul
objectif est de faire un usage politicien et protocolaire pour
soigner l’image de notre pays, rangé par toutes sortes de fléaux.
Les secteurs pouvant profité de ces accords se trouvent squattés par
une chaîne de services intermédiaires, parasitaires et qui absorbent
toutes les injections financières.
L’absence de règles de bonne gouvernance et le non respect des
dispositions politiques de cet accord est constatée de tous. Il faut
se rappeler que le processus de négociations des accords en question
a été marqué par des interruptions à cause des conditionnalités
politiques que l’Algérie a tenté d’évacuer de l’accord.
Concernant la question de l’adhésion de notre pays dans
l’organisation mondiale du commerce, il est important de savoir dans
quel état nous sommes, pour quels objectifs nous adhérons à cette
organisation, mais surtout de quelle nature est le pouvoir qui est
entrain d’engager l’avenir de toute la nation avec les institutions
monétaires, financières et commerciales internationales. La nature
mafieuse et opaque du régime en place en plus de l’inopérabilité des
instituions mise en place, l’insécurité qui demeure à un niveau
élevé, l’instabilité chronique dans l’administration qui découragent
toute perspective d’investissement national et surtout l’absence de
politique et de stratégie économiques cohérentes sont autant
d’éléments qui pèsent directement sur les closes et les conditions
d’adhésion à l’OMC.
Il
est mondialement établi que, ne peuvent s’insérer sur la sphère
économique mondiale et résister à la compétition acharnée que les
pays qui sont gérés sur la base des principes de la bonne
gouvernance. A l’ère moderne, il n ‘ y a plus de place aux discours
démagogiques pompeux et erronés. Les réformes, les programmes et les
discours ne peuvent être viables s’il n’y a pas d’impact positif sur
le niveau de vie des citoyens. Les chefs de gouvernement défilent,
les programmes se multiplient et aucune incidence positive sur les
conditions de vie des algériens n’est enregistrée. Au contraire les
conditions sociales ne cessent de se dégrader.
Notre économie a révélé ses faiblesses structurelles que les plans
d’ajustement structurelle (PAS) n’ont ni dépassé, ni résorbé. Ils
les ont accentués. Le secteur des hydrocarbures demeure prédominant
et représente 97% des exportations. La nécessité de réduire les
dépenses publiques, le démantèlement tarifaire mis en œuvre et
l’accord d’association avec l’union européenne vont engendrer la
suppression de milliers d’emplois. Sans faire dans les visions
économicistes, l’adhésion de notre pays à l’OMC ne peut conduire,
dans l’absence de démocratie et des règles de bonne gouvernance qu’à
une dislocation sociale et économique.
Dans le discours officiel, la priorité est donnée aux jeunes, depuis
l’aggravation de leurs difficultés et des fléaux auxquels ils sont
exposés. Que propose le FFS dans ce sens ?
Il
faut admettre que les gens heureux en Algérie sont une minorité, si
l'on compte toutes ces personnes nettement plus nombreuses et tout
particulièrement les jeunes qui fuient leur pays en s'exilant dans
des embarcations de fortune au péril de leur vie ou par avion avec
un billet aller sans retour, et tout simplement les exilés
"intérieurs" qui fuient leur conditions de vie misérables par le
suicide, la drogue ou l'alcool.
Que
faire ? Pour notre part, nous croyons que le retour à la démocratie
est le seul moyen pour réaliser une participation politique
effective de la population à la construction ou à la reconstruction
du pays. C’est cette participation qui recréera l’espoir
Lors
de notre dernier congrès, nous avons lancé un appel aux forces du
changement, et tout particulièrement aux jeunes en leurs disant que
vous subissez les carences du système éducatif au point que des
centaines de milliers parmi vous sont exclus de l’Ecole ou de
l’Université, sans diplôme et sans possibilité de réinsertion par la
formation. Vous êtes les premières victimes du chômage, la moitié
d’entre vous y compris les diplômés se trouvent aujourd’hui sans
emplois. L’exil, la drogue, le suicide, la criminalité, l’émeute
sont les réactions de beaucoup de jeunes à cette situation.
Le FFS reste t-il un parti socialiste ?
La
raison d’être et la mission historique du FFS sont : L’instauration
de la paix, la démocratie, la tolérance en Algérie, l’enracinement
des droits de l’homme et la solidarité internationale pour la
concrétisation des droits humains.
Les
militants du Front des Forces Socialistes creusent leur sillon et
tracent leur chemin vers la solidarité internationale dont notre
peuple a bénéficié lors de son combat libérateur. Une solidarité
internationale dont l’absence, lui a coûté tant de souffrances lors
des crises de ces dernières années.
Le
FFS restera un parti socialiste attaché aux valeurs qui fondent
notre identité et notre action politique : la justice, la liberté,
la paix, la démocratie, l’épanouissement de l’individu sans négation
des réalités collectives, la volonté de progrès.
Nous
faisons de l’instauration de la démocratie le fer de lance de notre
combat politique. La finalité de la démocratie est que les gens
puissent décider de leur propre vie et des choix politiques qui les
concernent.
En tant que membre de l’Internationale socialiste, quel regard porte
le FFS sur la montée des partis dits de gauche dans de nombreux pays
d’Amérique latine et du sud, notamment ? Y voyez-vous une déferlante
qui aura un jour ou l’autre des répercussions sur la région du
Maghreb ?
La
démocratie a partout progressé dans le monde. Dans notre pays ainsi
que dans les pays du Maghreb, elle reste à instaurer. Nous gagnerons
ce combat car il n’y a pas d’autre modèle général qui puisse lui
être opposé.
Pour
le FFS, une des urgences nationales et régionales, c’est de stopper
les métastases maffieuses de ces systèmes qui bloquent le
développement de l’humain maghrébin.
Nabil Benali
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