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Semaine du 12 au 18 mars  2008

 

Classe politique

L’expectative

Restrictions de produits chimiques vers l’Algérie

Un embargo sans motif

Industrie pharmaceutique

Menaces sur un secteur stratégique

Crimes économiques

Une gangrène bien avancée

Karim Tabbou, 1er secrétaire national du FFS ( version revue par moi)

"Les privatisations ne doivent pas toucher les secteurs stratégiques

 

 

 

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Classe politique

L’expectative

Le projet de révision de la loi fondamentale et le forcing médiatique dont il a bénéficié n’a pas été sans conséquences sur les classes politiques.

La classe politique est comme tétanisée depuis la mise au devant de l’actualité de la question de la révision constitutionnelle dont nul ne connaît encore ni les contours ni le parcours qui lui sera tracé, sinon que la nouvelle mouture offrirait au président de la République la possibilité de briguer un troisième mandat. Après le forcing mené par le FLN, le parti dont Abdelziz Bouteflika est président d’honneur, et les organisations de masse, tout semble s’être arrêté brusquement. Même la télévision qui montrait en boucle les déclarations de soutien au remodelage de la loi fondamentale du pays a mis un bémol à sa campagne.

Commençons par le FLN. Depuis sa dernière sortie à Blida ou il a réuni les élus de sa formation, Abdelaziz Blekhdem qui avait indiqué, alors, que la révision de la Constitution était une question de semaines, a bien  révisé sa position depuis. Le premier responsable de l’ex-parti unique a fini par se résigner à transformer ce qu’il affirmait, il n’y a pas si longtemps en «souhait». Cette tournure des événements intrigue plus d’un. Belkhadem n’est cependant pas le seul à avoir donné un coup de frein à une campagne qui a commencé depuis deux années, accentuée lors de la visite d’Etat du Président français, en Algérie en décembre dernier. Non moins intrigantes sont encore les déclarations, à l’ouverture de la session printanière du Parlement, des présidents de l’APN Abdelaziz Ziari et du Conseil de la nation Abdelakader Bensalah. Le premier, ayant soutenu que le projet de révision constitutionnelle allait être traité en mars, a fait totalement l’impasse sur le sujet ; le second s’est embrouillé dans une longue et laborieuse explication de la nécessité de réviser la première loi du pays, mais non sans apporter quelques touches nouvelles à son discours alambiqué.

Après un interminable plaidoyer pour la révision de la loi fondamentale, l’ancien secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND) appelle la partie concernée, comprendre par là le président de la République, «à présenter le projet pour enlever le flou et éclaircir les horizons». Il y a, sans doute, dans la déclaration du deuxième personnage de l’Etat, quelque chose qui sonne faux ou comme une méconnaissance totale de ce qui va advenir du projet. Il est vrai que le chef de l’Etat n’est pas prolixe sur le sujet. Depuis l’annonce qu’il a faite l’été 2006 devant les cadres du ministère de la Défense nationale sur son intention de procéder à la révision de la Constitution et son «tout est clair» lors de sa dernière virée dans la wilaya de Tamanrasset, et encore sa dérobade lorsqu’il a été questionné sur le sujet par l’Agence de presse russe lors de sa visite d’Etat le mois dernier, en Russie, Bouteflika a laissé tout le monde sur sa faim et libre cours aux supputations qui vont dans tous les sens.

Toute la classe politique et la société civile sont restées suspendues à la présentation de la nouvelle mouture de la Constitution qui, comme l’Arlésienne, tarde à venir. Des mois durant, le FLN, ses ministres, ses organisations de masse et les zaouias, relayés par l’unique chaîne de télévision nationale, ont mené une campagne sans précédant pour le projet de révision constitutionnelle et surtout le troisième mandat en faveur du président de la République. Et cela n’a pas été sans conséquences sur les acteurs de la scène politique nationale. Tel qu’il a été planté, le décor a été assez agressif pour rebuter une opinion ayant des soucis plus actuels, à savoir la grave dégradation du pouvoir d’achat des ménages, au lieu de se braquer sur un événement politique qui aura lieu dans plus d’une année.

Parenthèse

C’est peut-être ce facteur qui a présidé à la décision d’observer une trêve dans la campagne pour la révision de la Constitution et le troisième mandat. La célébration de la Journée internationale de la femme, samedi dernier, aurait pu être une aubaine inespérée pour récupérer l’événement, comme l’auraient souhaité les activistes les plus intrépides du forcing médiatique ; ça ne l’a pas été. L’heure est à la sérénité et au calme semble susurrer une voix discrète et pesante. Et tout le beau monde qui animait la farouche campagne pour le remodelage de la loi fondamentale est rentré au bercail. Hormis le Parti des travailleurs (PT) et le Front national algérien (FNA) dont respectivement la secrétaire générale et le président ne font que réitérer la position de leurs formations sur le projet en question, les autres partis politiques, notamment les deux partenaires du FLN dans l’alliance présidentielle, le RND et le MSP, ont dû ranger leurs armes plus tôt.

Si la formation de Ahmed Ouyahia a exprimé franchement son soutien au projet et au président de la République, mais en refusant de s’inscrire dans le forcing médiatique du parti de Abdelaziz Belkhadem et ses organisations de masse, celle d’Aboudjerra Soltani est beaucoup plus occupée par sa cuisine interne et son quatrième congrès. Depuis qu’il a annoncé son adhésion au projet de révision constitutionnelle, il y a presque deux mois, le secrétaire général du RND n’a pas reparlé du sujet. Dans les rares sorties qu’il a organisées, l’ancien chef du gouvernement a préféré discourir sur les problèmes socio-économiques des Algériens et la préparation du prochain congrès du parti. Quant au responsable du parti islamiste, les observateurs s’accordent à dire qu’il n’a pas eu tellement de choix en raison de l’opposition qui s’apprête à lui succéder à la tête du Mouvement, à l’occasion de ses quatrièmes assises dont la tenue est prévue dans deux mois. Le MSP est incontestablement la formation qui a subi de plein fouet les effets de l’annonce du projet de révision constitutionnelle et de la possible  réélection pour un troisième mandat de Abdelaziz Bouteflika. C’est en partie à partir de là qu’a germé l’idée de l’opposition à Aboudjerra Soltani, qui compte extirper le parti «des influences externes». Depuis, le président du MSP a les mains ligotées, ne pouvant même plus s’exprimer au nom de sa formation au sujet de questions nationales car on vient juste de lui imposer un nouveau porte-parole en la personne de Mohamed Djemaa, ancien responsable de la communication du parti.

Alors, quand la campagne pour le projet de réviser la loi fondamentale sera-t-elle relancée ? Nul ne le sait encore. Peut-être dès que le président de la République en présente officiellement la nouvelle mouture. Là encore, aucune date n’est avancée. Le chargé de communication au FLN a confié, dans une récente déclaration à un confrère : "Nous avons fait ce qu’il fallait faire. Reste au chef de l’Etat de prendre la décision", en réitérant le souhait de son partir de voir le projet aboutir sous peu.         

Mohamed Gacem

 

Restrictions de produits chimiques vers l’Algérie

Un embargo sans motif

Le conseil exécutif de l’Organisation d’interdiction des armes chimiques vient de tenir sa onzième session, du 3 au 7 mars à La Haye, sans que cela ne retienne l’attention des médias nationaux autant que le fait le mérite. L’Algérie, qui a décidé de faire de 2008 l’année de l’entame de son programme de nucléaire civil, continue de subir des restrictions d’accès à beaucoup de produits et matières.

Cette 48e session du conseil exécutif de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a dressé le bilan de l’accomplissement des engagements pris par les Etats signataires de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques en 2006 et établi les plans pour l’avenir proche. Lors de cette session, le programme de destruction par la Russie de son stock d’armes chimiques a constitué le point de fixation des travaux. Toutefois, jusqu’à plus ample informé, l’on croit savoir que la question de la révision ou non de la liste des pays sujets à des restrictions de la part de cette instance onusienne n’a pas été à l’ordre du jour. Une question dont l’inscription aurait été des plus logiques vu qu’il a été question du suivi de l’état d’avancement de l’exécution des décisions de l’OIAC et qu’en conséquence, cela aurait dû permettre d’accéder à la demande des pays mis sur la liste rouge des restrictions afin d’examiner leur statut à partir du niveau de leur coopération dans le cadre des mécanismes de l’OIAC.

Du point de vue d’Alger, il va de soi que l’opportunité a été saisie pour rappeler à la fois l’engagement de l’Algérie pour une application totale et sans faille de la convention internationale sur l’interdiction des armes chimiques, mais aussi la nécessité de lever les entraves qui empêchent l’accès de l’Algérie au marché international de certains produits chimiques.
Cette situation de restriction est, notons-le, peu médiatisée et appréhendée par les autorités algérienne sous l’angle du sang froid et du respect de la légalité internationale. Il serait d’ailleurs peu sage, même dans cette posture de la victime, d’ajouter aux soupçons de l’OIAC une gesticulation encore plus suspecte. A ce jour, sans doute en raison de la nature de ce domaine qui, s’il n’entre pas dans le cadre de la sécurité des Etats, leur impose néanmoins un seuil minimal de confidentialité de l’information, peu d’informations circulent de la part des autorités algérienne comme de la part de l’OIAC. Ce que l’on sait sur ces restrictions, que certains pays veulent imposer, pour entraver l’accès, des pays en développement, aux produits et à la technologie des industries chimiques, touchent autant des matières chimiques que du matériel industriel ou de recherche de pointe.

A chaque fois que l’occasion lui en est offerte, l’Algérie qui n’est pas privée de s’assoire au Conseil exécutif de l’OACI (?) est obligée de remettre sur le tapis sa demande de levée des restrictions. Poliment, la diplomatie algérienne, à travers Benchaa Dani, son représentant permanent auprès de cette organisation parle d’«entraves» et ne comprend pas pour quelle raison ces restrictions lui sont encore imposées. Une incompréhension logique, dans la mesure où l’Algérie, ayant adhérer à la Convention d’interdiction des armes chimiques (CWC) depuis que ce document n’était qu’une ébauche, en 1995, n’a jamais manqué de se plier aux inspections aux rapports tous positifs de l’OIAC.
Le non dit de cette affaire est que les instances de l’organisation font une lecture des plus discutables de la résolution 1540 (votée en 2004 par le Conseil de sécurité) concernant l’accès des acteurs non étatiques aux armes nucléaires, chimiques et biologiques. Cette résolution a été votée en conséquence de la résolution 1267 concernant Al-Qaida et les Taliban, on le devine dans le cadre de la guerre internationale contre le terrorisme.
Au nom de la lutte contre la propagation des armes chimiques et du combat contre le terrorisme international, l’Algérie est donc sur blacklistée, avec l’argument avancé de la persistance du terrorisme. Un motif d’autant plus facile à présenter que le GSPC a déclaré son allégeance à Al Qaida d’Oussama Ben Laden et qu’Al Zawahiri a eu à réitérer ses menaces sur les intérêts occidentaux au Maghreb.

Ce lien entre la réalité du terrorisme islamiste, qui s’est donné un éclat encore plus médiatique avec les attentats d’Alger du 11 décembre dernier, contre un bâtiment onusien notamment, et la Convention sur l’interdiction des armes chimiques n’est donc plus un non dit, elle veut dire tout simplement que la «communauté internationale» redoute que l’existence d’une technologique de l’industrie chimique (installations, stockages…) ne devienne un facteur favorisant à terme la possession par le GSPC d’armes chimiques. Il y a là, certainement, une méconnaissance du phénomène terroriste lui-même et de sa transformation, ce dernier n’étant plus à une phase où il était en quête de «territoires libérés» où il cherchait à s’y installait armes et bagages, quand ça n’était pas avec femmes et enfants, mais est devenu autre, d’une nature plus mobile, plus économe de ses hommes et de ses moyens à mesure que la lutte anti terroriste nationale s’adapte à sa réalité nouvelle et que la coopération internationale resserre ses filets de plus en plus étroits.

Ce point de vue mettant en lien terrorisme et risque chimique, qui requiert une démonstration rigoureuse tout de même, au vu de ses implications, a amené les autorités algériennes a adresser une mise au point plutôt feutrée à M. Pfirter, DG de l’OACI, lors de sa dernière visite à Alger, à l’ouverture des travaux de l’atelier sur l’universalité de la mise en oeuvre de la convention pour l’interdiction des armes chimiques en Afrique. Le ministre algérien des affaires étrangres, Mourad Medelci a très clairement affirmé que l’Algérie a pris toutes les dispositions pour que le risque du terrorisme chimique soit «tout à fait mineur». Précisant que personne n’est à l’abri du terrorisme chimique, le ministre a affirmé que l’Algérie a pris toutes les mesures pour que ce risque soit tout à fait mineur. M. Medelci avait d’autre part insisté sur la nécessité de rester constamment vigilant, même si, a-t-il dit, «nous allons vers un risque zéro dans un monde particulièrement ouvert». Le ministre des Affaires étrangères a estimé, dans ce sens, que «la question du terrorisme chimique est devenue, de nos jours, une préoccupation majeure de la communauté internationale», relevant que «la coopération et la prévention, à travers des approches solidaires et concertées, pourront nous préserver contre toute utilisation potentielle de ces armes par des acteurs non étatiques».
Par devers le débat sur la justesse de ce point de vue, fortement politisé et au l’approche duquel l’Algérie ne peut que se souvenir de la solitude que lui a toujours valu sa lutte contre le terrorisme islamiste, il y a avant tout la question du respect de légalité internationale.
En effet, aux termes de la convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication ; du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction, l’article 9 décline une liste de fins non interdites. Il s’agit des fins industrielles, agricoles, de recherche, des fins médicales, pharmaceutiques ou d'autres fins pacifiques. Il est question aussi des fins de protection, à savoir les fins ayant un rapport direct avec la protection contre les produits chimiques toxiques et la protection contre les armes chimiques, des fins militaires sans rapport avec l'emploi d'armes chimiques et qui ne sont pas tributaires de l'emploi, en tant que moyen de guerre, des propriétés toxiques de produits chimiques et, enfin, des fins de maintien de l'ordre public, y compris de lutte antiémeute sur le plan intérieur.
On le constate, les restrictions touchant l’Algérie ne sont  ni plus ni moins, qu’une violation des dispositions de la Convention en la matière et une entrave au libre accès sur le marché international à ces produits en créant, de ce fait, un déséquilibre préjudiciable dans la mise en oeuvre des dispositions de la Convention. Ce qui est rarement dit, c’est que ce sont les pays qui disposent le moins de la technologie. Les Etats parties africains, parmi eux, l’Algérie, continuent de subir des entraves dans le cadre de leur approvisionnement en produits chimiques et en matériels scientifiques tant nécessaires à leurs industries. En même temps, les Etats parties détenteurs de technologies ne semblent pas du tout pressés de rendre leurs réglementations conformes à l’esprit de la Convention en vue de faciliter le plus possible, et dans le cadre des activités non interdites par la Convention, l’échange international des produits chimiques, matériels et informations scientifiques et techniques.
Loin de rester sur la défensive, Alger contre-attaque et exige que ses partenaires membres de la Convention fassent preuve de bonne foi. Elle demande, depuis fin 2007, que l’organisation adopte un plan d’action sérieux qui permette d’accéder à la technologie chimique à des fins pacifiques dans le respect des dispositions de ladite Convention, afin de concilier désarmement et développement. Alger a salué la désignation d’un facilitateur qui " anime, désormais, des consultations pour tenter de permettre aux pays africains de meilleures conditions d’accès à une technologie rendue difficile. L’Algérie a salué aussi l’adoption d’un programme spécifique en faveur du continent africain, à travers une «attention légitime» pour ce continent qui fournira des outils vitaux pour la sécurité, la protection contre les risques d’usage illicite d’armes ou de substances chimiques par des forces aussi bien étatiques que non étatiques. Sera-t-elle, au nom de l’Afrique, enfin écoutée ?

Nabil Benali

 

La convention sur l’interdiction des armes chimiques

Quand une arme chimique est destinée à être utilisé sur un périmètre important pour tuer de nombreuses personnes, elle est désignée comme arme de destruction massive, au même titre qu’une arme nucléaire. Actuellement, ce type d’armes fait l’objet d’une Convention sur l’interdiction des armes chimiques entré en vigueur en 1997, par laquelle les pays signataires s’interdisent leur utilisation et promeuvent leur destruction. Seuls les pays suivants n’ont pas adhéré à cette convention : Angola, Barbade, Égypte, Irak, Liban, Monténégro, Syrie, Corée du Nord et Somalie.

Par ailleurs, il existe de nombreux produits toxiques pouvant être employés comme armes. Ils sont classés dans divers types, en fonction de leur mode d’action. On distingue ainsi les vésicants, les suffocants, les plus dangereux étant les neurotoxiques. Ces produits se présentent généralement sous forme de gaz ou d’aérosols largués dans des bombes ou pulvérisés par des avions spécialement équipés (l’acide cyanhydrique, l’acroléine, l’ypérite, le gaz poivre, le gaz VX, le phosgène, le sarin, le soman ou encore le tabun…).

N. B.

 

 

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Industrie pharmaceutique

Menaces sur un secteur stratégique

Depuis plus de quatre ans, l’industrie pharmaceutique rencontre de sérieux problèmes qui, à terme, risquent de mettre en péril l’ensemble des investissements réalisés à coup de dizaines de milliards de dinars, et menacent de chômage des milliers d'emplois créés dans le secteur. Les derniers développements indiquent que, quelque part au sein de notre administration, il y a une volonté de nuire à cette industrie qui, pourtant, est loin de gêner les multinationales du médicament.

Y a-t-il vraiment une volonté de développer l’industrie du médicament et de renforcer tout autre secteur productif en Algérie ? La question s’impose au regard des derniers développements. En effet, selon le président de l’Union nationale des opérateurs en pharmacie (UNOP), Ziad Amar, le ministère de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement (MIPI) a décidé de geler les discussions en cours entre les services de ce département et les producteurs algériens du médicament. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette décision est prise au moment où, dans le discours officiel, l’on ne cesse d’évoquer «la stratégie industrielle» et «l’encouragement de l’investissement».

Cette décision vient «après plus de six mois de travaux d’une commission multisectorielle (comprenant les secteurs de la santé, du commerce, du travail, de l’industrie et des représentants des opérateurs), qui instaurée après les assises de l’industrie». Cette commission en était, d’ailleurs, à sa phase finale, à savoir le volet recherche et développement. Aucune explication n’a été donnée concernant ce gel inattendu. La seule explication plausible, jusqu’à présent, reste l’empressement des autorités algériennes à vouloir être dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avant même d’y adhérer. L’Algérie est en train de sacrifier l'un des rares secteurs qui peut devenir exportateur, à condition qu’il bénéficie d’une aide conséquente. Au nom des négociations en cours pour l’adhésion à l’OMC, aucune aide n’a été accordée à cette filière depuis 2004, notent les opérateurs du secteur. Le coup dur a été asséné, en juin 2005, avec la suppression de l’obligation d’investissement aux importateurs et l’annulation de l’interdiction d’importation de 128 DCI.

Un pays comme la Tunisie, bien que membre de l’OMC, ne ménage pas les efforts pour encourager la production nationale (y compris en investissements directs étrangers) et encadre ses importations de médicament.

Nos faiseurs de stratégie semblent rassurés par l’embellie financière que connaît le pays grâce à la hausse du prix du baril du pétrole (qui a dépassé la barre des 105 $) et le niveau des réserves de change. Encore faut-il relativiser ces deux données en raison des cours médiocres du dollar américain face à l’euro. Cela est d’autant plus grave, quand on sait que l’Algérie vend en dollar et importe, majoritairement, en zone euro. Le risque est, cependant, très grand de laisser notre sécurité sanitaire entre les mains des importateurs et des laboratoires étrangers et d’aggraver notre dépendance. Car il faut toujours avoir à l’esprit la période où l’Algérie n’avait pas de quoi payer trois mois d’importations…

Risque économique

L’ouverture "sauvage" de la filière médicament va «pousser l’industrie nationale vers sa belle mort», affirme sans hésitation M. Ziad. En chiffres, la mort de ce secteur signifie «la perte de 50 milliards de dinars d’investissements et de plus de 12 000 emplois». Mais le plus grave, c’est que le capital expérience et connaissance sera à jamais perdu si l’Etat laisse cette industrie face à la concurrence féroce des multinationales du médicament. Car, avec plus de deux décennies d’existence, l’industrie pharmaceutique (publique et privée) est devenue, sans conteste, le fleuron des industries hors hydrocarbures. C’est la seule filière qui assure, tant bien que mal, avec toutes les contraintes dues à l’organisation du marché, pas moins de 30% d’autosuffisance (en quantité).

Devant cette ouverture sauvage, «il n’y a que le président de la République qui puisse inverser la tendance actuelle qui va vers le démantèlement du secteur de la production nationale de médicament», affirme M. Ziad. C’est dans ce sens que l’UNOP a adressé son cri au premier magistrat du pays pour attirer son attention sur les dangers qui guettent cette filière de l’industrie algérienne. L’appel de l’UNOP à Abdelaziz Bouteflika coïncide avec les déclarations du président de la République, lors du dernier Conseil des ministres tenu le 27 février dernier, suite à la présentation de la loi modifiant et complétant la loi n°85-05 du 16 février 1985 relative à la protection et à la promotion de la santé. Intervenant à l’issue des débats, le chef de l’Etat a tenu, selon les termes du communiqué de presse sanctionnant cette réunion, a appeler l’ensemble des intervenants dans cette filière à «conjuguer leurs efforts pour réduire la facture du médicament qui continue de peser lourdement sur le système de santé publique et sur le revenu des ménages». Abdelaziz Bouteflika a "instruit le gouvernement" afin «d’encourager l’industrie nationale pharmaceutique en lui fixant des objectifs précis de couverture des besoins du pays», ainsi que de «faire jouer la concurrence internationale la plus large pour assurer l’approvisionnement du pays en médicaments et produits médicaux aux conditions les plus avantageuses».

Les propos du Président sont donc assez clairs à ce propos. D’un côté, il parle d’encouragement des producteurs nationaux du médicament et de fixation d’objectifs (ce qui fait cruellement défaut) ; d’un autre côté, il appelle à faire jouer la concurrence en matière d’importations. C'est-à-dire à ne pas se laisser phagocyter par les multinationales qui imposent leurs prix et leurs produits, alors qu’il est possible de diversifier nos sources d’approvisionnement.

«Il n’y a eu aucun écho aux recommandations que nous avons élaborées lors de nos séminaires pour relancer et renforcer le secteur de l’industrie du médicament en Algérie», constate le président de l’UNOP. Espérons que les recommandations du président de la République ne vont pas connaître le même sort.

Abdelkader Djalil

 

Le projet de loi modifiant et complétant la loi n°85-05 du 16 février 1985 relative à la protection et à la promotion de la santé, présentée lors du Conseil des ministres du 28 février, porte principalement sur «la détermination des établissements habilités à importer, fabriquer ou exporter les produits pharmaceutiques et les dispositifs médicaux à usage de la médecine humaine», «l’obligation d’enregistrement, d’obtention d’une autorisation temporaire d’utilisation ou d’une homologation» avant l’importation et la mise sur le marché des produits pharmaceutiques, ainsi que leur soumission à «des dispositifs médicaux au contrôle de qualité». Les amendements font également obligation aux fabricants et aux opérateurs spécialisés d’assurer l’information médicale et scientifique sur les produits pharmaceutiques. Le projet institue «une agence nationale des produits pharmaceutiques» dont la mission est de «veiller à l’accessibilité, la sécurité, la qualité, le contrôle, la régulation et le respect de la réglementation concernant les produits pharmaceutiques» et introduit des sanctions pénales en cas «de manquements aux dispositions relatives à l’enregistrement, l’importation, le contrôle et la distribution des produits pharmaceutiques et des dispositifs médicaux».

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Crimes économiques

Une gangrène bien avancée

700 milliards de centimes, c'est le total de la somme des détournements de fonds publics en Algérie durant l'année 2007. Cette somme qui est énorme révèle  à la fois, la faiblesse de l'outil de contrôle mais aussi la tendance , de plus en plus répandue,des fonctionnaires à vouloir s'enrichir au plus vite. Le rapport de la DGSN nous prouve que la gangrène est bien avancée et gagne tous les secteurs.

Parmi les 7 milliards détournés en 2007, l'on compte 300 millions rien que dans le secteur financier. Ce qui représente la moitié des pertes de l'Économie nationale. En effet, il ne se passe pas un jour sans que la presse ne rapporte  des faits qui se rapportent à des détournements de sommes importantes dans les banques mais aussi et surtout dans le secteur des postes. Ce dernier est devenu par la force des choses, le secteur le plus touché par ce phénomène. Voilà des années que des détournements sont chaque fois signalés dans des bureaux de postes, aussi petits soient ils. L'exemple du scandale de la poste de Benaknoun, et l'affaire qui a éclaboussé l'ancien directeur général d'Algérie-télécom et d'autres responsables qui ont réussi à détourner la somme de 100 millions de DA, à travers 16 chèques établis à l'ordre de personnes morales n'est pas limitatif même s'il indique que l'appât du gain n'Épargne presque personne. Mais, il faut dire que la liste des scandales serait bien longue car, elle toucherait pratiquement tous les bureaux de postes à travers le territoire et mettrait en cause de simples fonctionnaires tout comme leurs responsables. L'attrait du gain facile et rapide aurait contaminé tous ceux dont le travail touche aux finances. La police de la lutte contre les crimes économiques à la direction générale de la sûreté nationale, en connaît  quelque chose elle qui a eu à traiter durant l'année passée pas moins de 3000 dossiers d'atteinte à l'Économie nationale. Le chiffre est bien énorme et devrait pousser les autorités à s'inquiéter plus sérieusement. Ces affaires impliquent aussi bien des fonctionnaires qui travaillent dans l'administration ou des entreprises publiques mais aussi bien des criminels spécialisés dans l'Évasion fiscale, le transfert illégal d'argent, le blanchiment et tous genres de trafic. Ces détournements occasionnent de grandes pertes à la caisse publique et de par la même à l'Économie nationale, déjà mal en point. Toutes ces pratiques, qu'elles touchent le détournement de fonds, le blanchiment ou l'Évasion fiscale sont révélatrices d'un laisser-aller inimaginable et prouvent que nous sommes bel et bien dans un pays sous-développé, où l'outil de contrôle est tellement inefficace que n'importe quel fonctionnaire se permet de toucher à un argent qui ne lui appartient pas. Car, dans les pays développés les mécanismes de contrôle sont tellement bien rodés que les atteintes à l'Économie nationale se comptent sur le bout des doigts, de plus ces crimes qui aboutissent inévitablement devant des tribunaux spécialisés, créent de vrais scandales et une grande tension pour les coupables. Tout ceci fait qu'il faut réfléchir par deux fois avant de penser à commettre une telle action car les conséquences sont sans appel. Ce n'est nullement le cas chez nous où ces crimes sont choses courantes, les chiffres sont là pour le prouver,  ils sont chaque fois plus nombreux. C'est à croire que les cas qui sont médiatisés et portés devant la justice ne servent aucunement de leçon aux autres. C'est un peu normal que les autres n'hésitent pas à sauter le pas quand ils voient les auteurs des détournements, une fois libérés, profiter de leur magot.

Ce n'est pas tout puisque ce genre de crimes n'est qu'une partie de l'iceberg qui se révèle de temps à autre. D'autres infractions  plus courantes et plus difficiles à localiser sont souvent débusquées, il s'agit essentiellement des infractions qui sont enregistrées par les services des douanes. Malgré tout le zèle que ces services déploient et malgré les risques que les agents encourent car les contrebandiers sont prêts à tout pour se défendre, y compris à tuer ceux qui se mettent en travers de leur chemin, des réseaux sont démasqués de temps à autre. Pour l'exemple, en 2006, plus de 10978 infractions ont été commises et ont occasionné des pertes de l'ordre de 55,5 milliards de dollars pour l'Économie nationale. Le trafic de bétail et de combustible constitue l'essentiel de ces infractions avec 29,10%. Ce trafic se trouve dans les régions frontalières est et ouest du pays. Du coup, ce sont la Tunisie et le Maroc qui profitent le plus des produits que les contrebandiers font introduire chez eux. Le plus drôle dans tout ce trafic, c'est que les gains des contrebandiers ne sont pas aussi importants qu'on ne l'imagine. Les agents des douanes répètent souvent que ces contrebandiers bradent pratiquement ces produits. Les pertes à l'Économie nationale sont pour leur part des plus importantes, puisqu'elles se chiffrent par milliards. Une question s'impose tout de même, pourquoi enregistre t-on ce genre de trafic uniquement de l'Algérie vers les pays voisins et jamais le contraire ? Faut-il voir dans cet état des choses une faille dans notre système de contrôle et de surveillance ? Sûrement car dans le cas contraire il aurait été difficile de commettre ces atteintes. Il faut voir aussi l'habitude prise de considérer les biens de l'État comme des biens qui appartiennent à tout le monde et donc celui qui s'en sert ne fait rien de mal. Quelque part, c'est l'autorité de l'État qui est remise en cause et ce n'est pas étonnant car le désordre règne déjà dans tous les secteurs.

En plus des crimes économiques signalés, il faut ajouter la corruption très courante dans les pays sous-développés. Notre pays n'y échappe pas et dans un rapport de la banque mondiale on apprend que le taux des pots de vins est chez nous de l'ordre de 6%. Ces pots de vins accompagnent la plupart des négociations et constituent des dépenses additives. Donc, la corruption qui sévit malgré toutes les dispositions qui existent pour la contrecarrer,les textes existent d'abord dans le code pénal puis à travers une nouvelle loi, est considérée comme un frein contre le développement. Elle a été même à l'origine de nouvelles procédures de la banque mondiale pour l'octroi des crédits et surtout le suivi des projets qu'elle finance dans les pays en voie de développement. Car, ces projets ne profitent finalement pas aux pauvres et sont détournés par des voies insondables. Celles de la corruption. Toutes ces pratiques dans leur ensemble prouvent que nous sommes loin d'avoir une administration saine et efficace, c'est notre seul garant contre des pratiques qui nous confinent dans un état de sous développement et créent un mauvais climat des affaires. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui décourage les investisseurs étrangers qui préfèrent la Tunisie et le Maroc où le climat des affaires est beaucoup plus intéressant.

Khadidja Mohamed bouziane

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Karim Tabbou, 1er secrétaire national du FFS ( version revue par moi)

"Les privatisations ne doivent pas toucher les secteurs stratégiques

Dans cet entretien, le premier secrétaire du FFS, Karim Tabbou répond sans détour aux questions posées. Plusieurs sujets lié à l’actualité ou encore en relation avec le parti sont évoqués. Et comme à son habitude   l’interviewé ne se gênera pas pour dire le fond de sa pensé et rappeler le positions de sa formation politique, le FFS. 

 

Le 4ème congrès  du FFS a été aussi consacré aux questions sociales et de développement. Mais on n’arrive pas à comprendre votre position à l’égard des privatisations. Êtes-vous foncièrement contre le principe ou exigez-vous plus de transparence ?

Karim Tabbou : Pour le FFS, la privatisation doit être un moyen et non une fin en soi et que cette démarche ne peut être justifiée que dans le cadre d’une politique économique clairement définie et approuvée par des institutions démocratiquement élues et représentant les intérêts légitimes de la population. Les réformes en cours et les politiques mises en œuvre par le pouvoir consacrent le bradage pure et simple de l’économie nationale. Elle intervient en l’absence d’une stratégie industrielle largement concertée qui sauvegarde le développement du pays, son indépendance économique et l’emploi de sa population. Certainement, cette politique provoquerait à très court terme, des conséquences économiques et sociales considérables. Des pans entiers de la société, des milliers de travailleurs et des régions entières en subiraient les frais. Pour nous, la privatisation doit obéir aux règles et aux normes économiques : Une totale transparence, la consultation et l’adhésion des travailleurs directement concernés et de leur représentation syndicale ainsi que de l’ensemble de la population propriétaire du patrimoine national.

Nous considérons que les privatisations ne doivent pas toucher les secteurs stratégiques protégés par la constitution, dont les hydrocarbures et que toute cession de patrimoine national à des étrangers ne doit en aucun cas aboutir à un contrôle extérieur de la production nationale, ni à une dépendance technologique et financière du pays.  Je profite de cette occasion pour lancer un appel aux autorités qui exercent actuellement le pouvoir en vue de ne pas désengager l’Etat de ses responsabilités dans le secteur économique, de ne pas déposséder le pays d’un secteur public assaini et d’une base industrielle modernisée, seule à même de valoriser nos matières premières, fournir les équipements et autres biens intermédiaires nécessaires à notre agriculture et aux autres secteurs d’activité, tout en s’appuyant sur une PMI largement ouverte au secteur privé.

 

Le pouvoir d’achat est complètement érodé et les pénuries de produits alimentaires de premières nécessités sont récursives et ce malgré l’aisance financière dont jouit le pays. Est-ce l’échec des réformes économiques et que pensez-vous aujourd’hui de la situation économique et sociale de l’algérien?

Tout le monde sait que l’Algérie dispose des réserves de changes jamais égalées. Des chiffres qui donnent le vertige, alors que la pauvreté s’accroît dans les villes et les campagnes et s’exprime par l’extension de maux sociaux, la violence urbaine et des émeutes dans de nombreuses communes du pays. Le terrorisme y trouve un terreau social favorable. La mendicité s’est généralisée. Le spectacle de femmes et d’enfants qui fouillent dans des poubelles pour se nourrir est quotidien. Le gouvernement semble dépassé par l’ampleur du phénomène et ne parvient pas à faire face à la situation. Preuve de son impuissance, l’utilisation de la force pour contenir les revendications légitimes des catégories sociales les plus défavorisées qui n’ont pas accès aux services sociaux de base.

Le pouvoir d'achat qui se dégrade a deux origines: la libéralisation des prix et la stagnation des salaires.  La libéralisation des prix a entrainé leur augmentation sensible à cause de l'inflation importée. En effet, l'augmentation des prix des produits alimentaires sur le marché international est répercutée sur les prix à la consommation. Les soutiens apportés récemment à certains produits ne compensent pas cette augmentation tout en contrevenant aux règles de l'OMC à laquelle l'Algérie veut adhérer. De plus, les prix des services (électricité, eau, transport) ont grevé sensiblement les budgets des ménages. Quant aux salaires, pour ceux qui travaillent, ils ne suivent pas la même progression à cause de la faible productivité de l'économie.  Mais ceux qui souffrent le plus ce sont les chômeurs et les personnes vulnérables (les personnes âgées, les handicapés, les veuves et orphelins sans ressources) faiblement couverts par la protection sociale.

Il faut le dire clairement. Le système actuel a échoué sur le plan économique. Les ressources financières sont gelées dans un fonds dormant au lieu de servir l'investissement productif. Au lieu de défendre le secteur public base de tout  développement économique indépendant, on le liquide purement et simplement.

 

Pour quoi ce tableau sombre de la situation, alors que les performances de l’économie algérienne sont reconnues et le gouvernement a été même bonifié par les instances internationales ?

L'aisance financière ne résulte pas des performances de l'économie algérienne. Ce sont les hydrocarbures qui constituent l'essentiel des revenus d'exportation et des recettes fiscales. Le gouvernement n'est pour rien dans ces ressources quand on sait que le secteur pétrolier est géré en grande partie par les sociétés étrangères de production et de services.  

L'économie algérienne, si l'on définit par là les secteurs hors hydrocarbures, ne satisfait pas les besoins du marché national et n'est pas compétitive à l'exportation. Quant aux réformes, elles se limitent à un dossier: une soit disante stratégie industrielle fondée sur la privatisation du secteur public et l'appel à l'investissement direct étranger 

 

Le FFS a publiquement affirmé son soutien aux syndicats autonomes. Votre priorité est qu’ils soient reconnus, donc le pluralisme syndical, ou que le gouvernement finisse par concéder des augmentations de salaires ?

Nous sommes les partisans du respect des pluralismes et de l’indivisibilité des droits de l’homme. Le FFS se solidarise avec l’ensemble des travailleurs qui militent  pour la sauvegarde du patrimoine nationale et soutien l’ensemble des collectifs, syndicats et mouvements autonomes.

Il faut absolument sortir du monopole syndical et de la non- reconnaissance des autres syndicats autonomes. L’UGTA créé pour défendre les intérêts moraux et matériels des gens en activité sur leur lieu de travail est devenu un appendice du pouvoir qui ne vise qu’à étouffer les revendications salariales et se soucie très peu de la satisfaction des besoins sociaux des travailleurs. Aujourd’hui, le plus grand nombre ne peut s’exprimer qu’à travers les émeutes et des manifestations souvent réprimés.

Avant même la revendication de revalorisation des salaires, les travailleurs ont besoin d’être respectés dans leur dignité et d’être reconnus comme des humains ayant des droits, des sentiments, des devoirs…  C’est pour restituer aux travailleurs le droit d’avoir les droits que le FFS exhorte les travailleurs à s’organiser dans des syndicats autonomes et à s’engager davantage aux cotés des forces politiques crédibles pour la construction d’une alternative démocratique et sociale à la catastrophe nationale.

Le constat est là : l’abolition des libertés d’expression, d’organisation et d’association par la force et la brutalité, constitue la plus grande défiance à l’égard du développement. Les syndicats autonomes, leviers de la démocratie politique et sociale sont réprimés et non reconnus malgré leur légitimité acquise sur le terrain des luttes et de la mobilisation. Le pouvoir s’entête à vouloir imposer un syndicat unique, devenu l’appendice bureaucratique d’un régime anti populaire. L’UGTA, sensée pérenniser le combat pour la conquête des libertés, se voit aujourd’hui transformée, par le biais d’un club de rentiers, en instrument de la domination sociale.      

 

Le FFS dénonce les effets de l’Accord d’association avec l’U.E et des politiques inspirées par le FMI, la Banque mondiale ou l’OMC. Comment conjuguer la souveraineté de l’Algérie avec la nécessité de ces cadres multilatéraux pour réussir notre insertion dans l’économie mondiale ?

La mondialisation constitue une excellente opportunité pour le développement de l’Algérie. En même temps, cette mondialisation constitue une menace pour la sécurité économique et sociale du pays si la politique économique nationale ne parvient pas à maîtriser les effets négatifs de la concurrence étrangère sur les différents secteurs d’activités et sur les conditions de vie et de travail de la population.

L’examen de la situation actuelle de l’Algérie au plan économique et social, s’avère que la politique actuelle d’ouverture et de libéralisation des échanges ne prépare pas le pays à affronter la compétition internationale avec les pays de l’Union européenne  et,  dans les mois à venir, avec le reste du monde au terme des négociations actuelles avec l’Organisation Mondiale du Commerce.

En effet, nous assistons au désarmement complet des instruments de défense de l’économie, avec l’abandon de la souveraineté sur les ressources pétrolières et gazières, la privatisation des entreprises publiques économiques et le retard pris pour mettre à niveau le tissu industriel national.

Le pays dispose pourtant de ressources financières suffisantes pour ne pas avoir à hypothéquer son indépendance économique. La population subit de plein fouet les conséquences de cette politique libérale qui génère le chômage, des pertes de pouvoir d’achat et des inégalités, alors que le pays a souscrit des engagements fermes pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement visant à réduire la pauvreté et à favoriser l’accès de la population aux services sociaux de base.

Concernant l’accord d’association avec l’UE, tout le monde s’accorde à dire qu’aucune disposition de l’accord n’a été respectée. Les réformes sont en pane et les résultats escomptés ne sont pas encore réalisés. Même les plus hautes autorités reconnaissent que la mise en œuvre des accords, comme d’ailleurs dans les autres domaines, est un niveau ZERO. L’accord en question a été passé dont le seul objectif est de faire un usage politicien et protocolaire pour soigner l’image de notre pays, rangé par toutes sortes de fléaux. Les secteurs pouvant profité de ces accords se trouvent squattés par une chaîne de services intermédiaires, parasitaires et qui absorbent toutes les injections financières.

L’absence de règles de bonne gouvernance et le non respect des dispositions politiques de cet accord est constatée de tous. Il faut se rappeler que le processus de négociations des accords en question a été marqué par des interruptions à cause des conditionnalités politiques que l’Algérie a tenté d’évacuer de l’accord.

Concernant la question de l’adhésion de notre pays dans l’organisation mondiale du commerce, il est important de savoir dans quel état nous sommes, pour quels objectifs nous adhérons à cette organisation, mais surtout de quelle nature est le pouvoir qui est entrain d’engager l’avenir de toute la nation avec les institutions monétaires, financières et commerciales internationales. La nature mafieuse et opaque du régime en place en plus de l’inopérabilité des instituions mise en place, l’insécurité qui demeure à un niveau élevé, l’instabilité chronique dans l’administration qui découragent toute perspective d’investissement national et surtout l’absence de politique et de stratégie économiques cohérentes sont autant d’éléments qui pèsent directement sur les closes et les conditions d’adhésion à l’OMC.

 Il est mondialement établi que, ne peuvent s’insérer sur la sphère économique mondiale et résister à la compétition acharnée que les pays qui sont gérés sur la base des principes de la bonne gouvernance. A l’ère moderne, il n ‘ y a plus de place aux discours démagogiques pompeux et erronés. Les réformes, les programmes et les discours ne peuvent être viables s’il n’y a pas d’impact positif sur le niveau de vie des citoyens. Les chefs de gouvernement défilent, les programmes se multiplient et aucune incidence positive sur les conditions de vie des algériens n’est enregistrée. Au contraire les conditions sociales ne cessent de se dégrader.

Notre économie a révélé ses faiblesses structurelles que les plans d’ajustement structurelle (PAS) n’ont ni dépassé, ni résorbé. Ils les ont accentués. Le secteur des hydrocarbures demeure prédominant et représente 97% des exportations. La nécessité de réduire les dépenses publiques, le démantèlement tarifaire mis en œuvre et l’accord d’association avec l’union européenne vont engendrer la suppression de milliers d’emplois. Sans faire dans les visions économicistes, l’adhésion de notre pays à l’OMC ne peut conduire, dans l’absence de démocratie et des règles de bonne gouvernance qu’à une dislocation sociale et économique.

 

Dans le discours officiel, la priorité est donnée aux jeunes, depuis l’aggravation de leurs difficultés et des fléaux auxquels ils sont exposés. Que propose le FFS dans ce sens ?

Il faut admettre que les gens heureux en Algérie sont une minorité, si l'on compte toutes ces personnes nettement plus nombreuses et tout particulièrement les jeunes qui fuient leur pays en s'exilant dans des embarcations de fortune au péril de leur vie ou par avion avec un billet aller sans retour, et tout simplement les exilés "intérieurs" qui fuient leur conditions de vie misérables par le suicide, la drogue ou l'alcool.

Que faire ? Pour notre part, nous croyons que le retour à la démocratie est le seul moyen pour réaliser une participation politique effective de la population à la construction ou à la reconstruction du pays. C’est cette participation qui recréera l’espoir

Lors de notre dernier congrès, nous avons lancé un appel aux forces du changement, et tout particulièrement aux jeunes en leurs disant que vous subissez les carences du système éducatif au point que des centaines de milliers parmi vous sont exclus de l’Ecole ou de l’Université, sans diplôme et sans possibilité de réinsertion par la formation. Vous êtes les premières victimes du chômage, la moitié d’entre vous y compris les diplômés se trouvent aujourd’hui sans emplois. L’exil, la drogue, le suicide, la criminalité, l’émeute sont les réactions de beaucoup de jeunes à cette situation.

 

Le FFS reste t-il un parti socialiste ?

La raison d’être et la  mission historique du FFS sont : L’instauration de la paix, la démocratie, la tolérance en Algérie, l’enracinement des droits de l’homme et la solidarité internationale pour la concrétisation des droits humains.

Les militants du Front des Forces Socialistes creusent leur sillon et tracent leur chemin vers la solidarité internationale dont notre peuple a bénéficié lors de son combat libérateur. Une solidarité internationale dont l’absence, lui a coûté tant de souffrances lors des crises de ces dernières années.

Le FFS restera un parti socialiste attaché aux valeurs qui fondent notre identité et notre action politique : la justice, la liberté, la paix, la démocratie, l’épanouissement de l’individu sans négation des réalités collectives, la volonté de progrès.

Nous faisons de l’instauration de la démocratie le fer de lance de notre combat politique. La finalité de la démocratie est que les gens puissent décider de leur propre vie et des choix politiques qui les concernent.

 

En tant que membre de l’Internationale socialiste, quel regard porte le FFS sur la montée des partis dits de gauche dans de nombreux pays d’Amérique latine et du sud, notamment ? Y voyez-vous une déferlante qui aura un jour ou l’autre des répercussions sur la région du Maghreb ?

La démocratie a partout progressé dans le monde. Dans notre pays ainsi que dans les pays du Maghreb, elle reste à instaurer. Nous gagnerons ce combat car il n’y a pas d’autre modèle général qui puisse lui être opposé.

Pour le FFS, une des urgences nationales et régionales, c’est de stopper les métastases maffieuses de ces systèmes qui bloquent le développement de l’humain maghrébin.

Nabil Benali

 

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