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rapport du PNUD sur l’Afrique
Un constat
décourageant
Encore une fois,
l’Algérie accueille le nouveau rapport du PNUD relatif à la
situation du développement humain dans le monde dans l’indifférence
générale, le pays ayant sans doute décidé de ne plus faire partie de
la planète Terre et donc de ne pas être concerné par ce qui s’y
passe. Partout ailleurs, ce rapport donne lieu à des réunions
organisées par les institutions gouvernementales, par les
associations de défense des droits humains et de la nature, ainsi
que par les grandes institutions de recherche et d’enseignement.
Tous et toutes manifestent leur intérêt pour ce document qui vient
donner un éclairage sur l’état de la planète en mettant en exergue
ce qui n’irait pas bien et en indiquant les directions qu’il serait
utile d’emprunter pour que les choses ne se dégradent pas plus…
Ce rapport, daté de
2007, traite de données relatives à l’année 2005. Les informations
qui l’accompagnent (commentaires de presse et analyses produites par
différents spécialistes des questions économiques et
environnementales) nous apprennent que son auteur principal a été,
comme pour le rapport spécial daté de 2006, Kévin Atkins. Y ont
collaboré cette fois Michael Blomberg (maire de New York), Mme
Goo Harlem Brundtland (ancien Premier ministre norvégien), M. Ban
Ki-mon (secrétaire général des Nations unies), M. Lula (Président du
Brésil), Desmond Tutu (archevêque d’Afrique du Sud), Sunita Narin et
Amartya Sen (économistes)…
Les préoccupations du PNUD
Les rapports sur le
développement humain ont commencé à être publiés par le PNUD, au
début des années 1990, tous les deux ans, à l’exception du rapport
spécial commandé en 2006 par Kofi Annan , ancien secrétaire général
des Nations unies, un an après celui publié en 2005.
Chaque rapport est
affecté d’une préoccupation ou thématique centrale. Le rapport de
2007 est intitulé «La lutte contre le changement climatique, un
impératif de solidarité humaine dans un monde divisé» ; celui de
2006 portait un autre titre : «Au delà de la pénurie, pouvoir,
pauvreté et crise mondiale de l’eau». Ces thèmes sont intéressants
et semblent concerner tout spécialement les pays africains, dont
l’Algérie, qui curieusement les a complètement ignorés.
Deux autres thèmes
retenus par les rédacteurs du PNUD auraient pu intéresser les
familles culturelles algériennes ainsi que les partis politiques et
les syndicats soucieux d’élargir le champ des libertés politiques
et syndicales. Celui de 2004 portait le titre générique de : «La
liberté culturelle dans un monde diversifié». Il eut été intéressant
qu’à la faveur de la publication de ce rapport, des voix s’élèvent
pour condamner l’uniformisation culturelle vers laquelle poussait
(et continue de le faire) le pouvoir en place. Autre thème
intéressant, celui retenu pour l’année 2002 : «Approfondir la
démocratie dans un monde fragmenté». Là aussi, les voix ont manqué
pour promouvoir ce rapport dont les conclusions étaient bien
opportunes pour contrer la tentative de fermeture du champ politique
qui était déjà grande à cette époque. Cette tentation est aussi
d’actualité au moment où des voix s’élèvent pour demander au
président Bouteflika de briguer un troisième mandat pour prolonger
dans le temps une situation figée qui n’a que trop duré, le pays
ayant plus que jamais besoin d’un changement en profondeur. Les
impatiences ont atteint des limites dangereuses que les dirigeants
du pays auraient tort de sous-estimer.
Ce thème du changement
climatique choisi par les rédacteurs du rapport 2007 qui vient
d’être publié, Jim Brown, de La Presse canadienne, en
rappelle les objectifs par ces mots : «(…) L’édition du rapport
sur le développement humain demande aux pays nantis non seulement de
réduire leurs émissions de gaz à effet de serre mais aussi de
fournir 86 milliards de dollars d’ici 2015 pour aider les pays
pauvres à s’adapter au réchauffement climatique.» Par ailleurs,
il signale qu’un des initiateurs de ce rapport, le Sénégalais Papa
Seck, aurait insisté sur le fait que bien que le changement
climatique planétaire ait été principalement causé par les pays
développés, ce sont les régions les plus pauvres de la Terre qui en
sont les principales victimes .La «prophétie» de M. Seck, faite lors
d’une récente conférence animée à Ottawa, serait que nous (le
monde) aurions moins de 10 ans devant nous pour empêcher des
changements climatiques dangereux.
Le cas Algérie
Ce rapport, dans un de
ces constats, rappelle que la grande pauvreté diminue lentement dans
le monde, mais pas en Afrique et que plus de 800 millions de
personnes seraient sous-alimentées. Par ailleurs, il rappelle que «durant
la dernière décennie du XXe siècle, il était considéré
qu’une marée montante d’intégration économique mondiale
bénéficierait à tous. Il en a été effectivement ainsi pour certains
pays en développement qui progressent à une vitesse telle q’ils
commencent à rattraper les pays développés, mais de nombreux autres
pays n’ont pas été portés par cette vague et ne sont toujours pas
intégrés dans l’économie mondiale. On assiste de même à un phénomène
analogue au sein de la plupart des pays ou de vastes segments de la
population ne profitent pas des bienfaits de la croissance».
L’exemple le plus édifiant en ce domaine est donné par l’Algérie, où
l’on entend souvent cette réflexion qualifiant la situation qui y
prévaut : «Un pays riche ou les citoyens sont pauvres»…
Parmi les pays non
touchés par cette vague vertueuse d’intégration à l’économie
mondiale, le PNUD relève que 22 pays africains continuent à avoir un
faible revenu ; dans 10 de ces pays, 2 enfants sur 5 n’atteindraient
pas 40 ans. Dans le cas de la Zambie, la situation est pire ; ce
chiffre est de un enfant sur deux qui n’atteindrait pas 40 ans.
A contrario, parmi les
20 premiers pays du classement mondial, 10 enfants sur 10
atteindraient 60 ans, à l’exception de deux d’entre eux : les USA et
le Danemark où «seulement» 9 enfants sur 10 atteindraient 60 ans…
Sur les dangers que fait
peser le changement climatique sur les pays africains, présentés
comme les plus fragiles, ce rapport rappelle qu’«en effet,
l’élévation de la température couplée à de fortes précipitations a
pour conséquence de mettre à mal les systèmes agricoles de nombreux
pays pauvres, ce qui entraîne comme conséquence l’augmentation du
nombre de personnes souffrant de malnutrition. Ainsi, les zones
semi-arides d’Afrique subsaharienne, parmi les plus pauvres du
monde, risquent d’enregistrer une diminution de 26% de leur
productivité. En outre, plus de 90% des 265 millions de personnes
qui ont été affectées par les catastrophes climatiques entre 2000 et
2004 vivent dans les pays en développement, alors que seule une
personne sur 1 500 originaire des pays de l’OCDE a été touchée (par
ces catastrophes) au cours de la même période alors que ces pays
comptent seulement 15% de la population mondiale».
Les
recommandations
Pour éviter les dangers
qui se profilent à l’horizon les rédacteurs de ce rapport ont cru
devoir utile d’inviter les gouvernements à joindre leurs efforts
pour éviter que les changements climatiques ne deviennent dangereux
à long terme. Pour eux il s’agit de limiter l’augmentation de la
température à hauteur de 2° celsius, seuil au delà duquel les
risques découlant des bouleversements climatiques risqueraient
d’engendrer des catastrophes planétaires . S’agissant des objectifs
à atteindre d’ici à 2050, lesquels seraient susceptibles de
préserver la planète de ces bouleversements climatiques, ils visent
à ce que les pays développés réduisent leurs émissions de gaz a
effet de serre de 80% alors que les objectifs «assignés» aux pays en
développement sont de 20%. Ce rapport préconise la création d’un
fonds destiné à encourager les projets qui prévoient l’utilisation
d’énergie à faible émission de carbone. D’ores et déjà, l’on apprend
par la presse que la Tunisie aurait déjà inscrit deux projets qui
pourraient bénéficier des financements prévus par ce fonds, qui
devrait mobiliser annuellement entre 25 et 50 milliards de dollars.
Sur le plan africain, le
PNUD appelle à agir sur les engagements du G8 pour renforcer les
capacités de surveillance météorologiques de l’Afrique
subsaharienne, grâce à des partenariats dans le cadre du système
mondial d’observation du climat.
Le nouveau classement établi selon l’IDH
Ce sont toujours les
pays africains qui occupent les dernières places, alors qu’en tête
apparaissent de nouveaux pays : l’Islande (à la 1re
place), l’Australie (3e) et l’Irlande (5e)
alors que d’autres connaissent des reculs significatifs comme la
Finlande à la 11e place, derrière la France qui
enregistre un mieux en passant de la 16e à la 10e
place devant les Etats-Unis (12e) et l’Allemagne (22e),
juste avant Israël (23e). Il faut noter l’apparition de
l’Espagne à la 13e place, juste derrière les Etats-Unis
et devant le Danemark, un habitué du top ten de ce
classement. Les «dragons» d’Asie (Hong Kong, Singapour et Corée du
Sud) gagnent des places et se retrouvent respectivement à la 21e
(derrière l’Italie et avant l’Allemagne), à la 25e et 26
e places.
S’agissant du classement
des pays arabes, les pays pétroliers à faible population
progressent : Koweït (33e) et Qatar 35e)
alors que les Emirats arabes unis, Bahreïn et la Libye se
maintiennent respectivement à la 39e, la 41e
et la 56e places. Oman (58e), l’Arabie
Saoudite (61e) et l’Algérie (104e) reculent
légèrement. L’Algérie occupait la 102e place dans le
rapport 2006 et la 103e dans le rapport 2005. Pendant ce
temps, les pays arabes non pétroliers maintenaient leurs positions :
la Jordanie (86e) en progrès, le Liban (88e),
la Tunisie (91e). Il en est de même pour les Territoires
palestiniens, la Syrie, l’Egypte et le Maroc classés respectivement
106e , 108e, 112e et 126e,
alors que le Soudan (147e) et le Yémen(153e)
ferment la marche.
Pour les pays d’Amérique
latine, il faut relever le bon score de Cuba, 5° parmi les pays
latino-américains et à la 51 e place mondiale derrière
l’Argentine (38e), l’Uruguay (46e) , le Costa
Rica (48e), les Bahamas (49e), devant le
Mexique (52e), le Brésil à la (70e) et le
Vénézuéla (74e).
Pour les pays africain,
ce sont les Seychelles qui sont en tête à la 50e place
mondiale, en progrès devant l’île Maurice (65 e) et la
Tunisie, 3e en Afrique et 91e au plan mondial.
Dans ce classement, la
Russie apparaît à la 67e place et la Chine à la 81e
place. Pour les pays musulmans non arabes, la Malaisie occupe la 63e
place, en recul, la Turquie la 84e place, en progrès,
l’Iran la 94 e place, en maintien, et le Pakistan à la
136e place, lui aussi en maintien.
Il faut espérer que le
gouvernement ainsi que les partis politiques représentés au
Parlement auront la sagesse de faire une lecture de ce rapport et
d’en tirer les enseignements utiles à la compréhension des problèmes
qui se posent au monde, dont l’Algérie est partie intégrante, et
d’engager au besoin les débats autour des questions que tout un
chacun doit se poser sur le pourquoi de ce classement déshonorant
pour un pays comme l’Algérie et sur le comment faire pour
l’améliorer. L’Algérie se doit d’être pour le moins le premier pays
en Afrique ; c’est la place qu’elle occupait assurément en 1965, si
ce classement avait été établi à cette époque.
B. Hachemane
Haut
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