Semaine du 12 au 18 décembre  2007

 

L'éditorial

Realpolitik

 

 
 
 Editorial

Accueil

Realpolitik

«En politique, il n’y a pas place au hasard» a répondu le chef du gouvernement et SG du FLN lorsque ce dernier a été interrogé sur le fait que les appels lancés à Bouteflika pour briguer un troisième mandat ont coïncidé avec la visite de Nicolas Sarkozy à Alger. Cette réponse, apportée lors de son passage au forum de la télévision dont il était l’invité, est à prendre en compte. Elle peut signifier (est-ce vraiment le cas ?) que ce troisième mandat à venir – puisqu’à ce jour la révision de la Constitution et notamment de son article 74 qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux n’a pas encore eu lieu – est désormais chose réglée. Pourtant, si l’on prend en ligne de compte le fait  que ces appels lancés n’ont émané, pour le moment du moins, que du FLN et des organisations satellitaires, on peut se poser la question de savoir s’il y a effectivement consensus au sein de la classe politique et de la société civile sur le sujet.

Mieux, on peut pousser le questionnement plus loin et se demander si cette option fait aussi consensus  au sommet de l’Etat. Une question légitime si l’on se rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, un personnage de la trempe de Zerhouni avait opposé un refus à peine voilé à l’idée de la révision de la loi fondamentale du pays. Que s’est-il passé depuis ? Pour pouvoir y répondre, il faudrait être dans le secret du sérail. Un privilège dont ne jouissent que de rares initiés. Dès lors, on ne peut que supposer sur l’existence effective d’un changement  dans le rapport des forces à la tête du sommet de l’Etat. Changement connu par Belkhadem, ce qui lui donne cette assurance affichée. Pourtant, on aura remarqué que le principal intéressé par cette histoire, Abdelaziz Bouteflika, n’a soufflé mot sur la question. Depuis son entretien accordé à l’agence de presse italienne, où il était resté évasif sur son avenir politique, se contentant de souligner qu’il se soumettrait à la volonté souveraine du peuple algérien, il n’a plus évoqué le sujet. Il est vrai aussi que l’occasion n’a plus été offerte aux médias de l’interroger. Mais cela est-il suffisant pour prendre une position tranchante sur ses désirs ? A moins que comme pour 2004, Bouteflika préfère se laisser porter par la vague. Ce qui ne manquera pas d’accroître la légitimité de son élection.   Un troisième mandat s’il le veut, mais à la demande du Peuple qui aura cautionné cette éventualité en votant «oui» massivement lors du référendum  portant révision de la Constitution qui sera organisé certainement durant le premier semestre de l’année 2008. C’est pourquoi, du reste, il observe le silence. C’est au FLN de faire tout le travail préparatoire. C’est à ce parti de convaincre et de mobiliser les Algériens autour de ce troisième mandat auquel il appelle. Mais Belkhadem sait qu’il ne lui sera pas aisé de mener bataille tout seul. Et pour cause, il est à craindre que cette initiative suscite quelques grincements de dents. Dès lors, le FLN ne peut ignorer que cette bataille à venir ne sera que facilitée si d’autres partis se  joignent à lui et prennent le relais. Cela donnera plus de crédit à l’initiative. Cette réalité explique en partie la menace à peine voilée lancée en direction de ses alliés de l’alliance présidentielle. Le procédé,  compréhensible en soi, n’est peut-être pas des plus judicieux. Il aurait été plus approprié de convaincre son entourage de l’utilité d’un troisième mandat en apportant les arguments nécessaires pour ce faire. Vouloir recourir au passage en force, en usant de la menace à l’égard de partis appelés peut-être à avoir un autre point de vue sur le sujet n’est pas forcément payant. Cette méthode dénote-t-elle de la présence d’une certaine appréhension au sein du FLN quant à la position que le RND et le MSP pourraient adopter ?  Peut-être. Dès lors, on est obligé de revenir à la case départ et de se demander si cette initiative relève de l’existence d’un consensus parmi les décideurs ou tout simplement émane d’une partie qui souhaiterait la reconduction de l’actuel Président. C’est la raison pour laquelle aussi on ne pourra pas faire l’économie d’un débat serein et franc sur l’utilité de ce troisième mandat auquel est appelé Bouteflika. Sur la base de ce débat, qui toucherait les aspects tant politiques qu’économiques de ses deux premiers mandats, il serait plus facile aux uns et aux autres de se faire une opinion. Partant, soutenir ou non ce troisième mandat relèverait du libre-arbitre. Un débat qu’il faudrait peut-être ouvrir maintenant, avant l’amendement du deuxième alinéa de l’article 74 de la loi fondamentale du pays. Il aurait le mérite de répondre à cette question qui se pose avant tout autre. Celle de savoir si Abdelaziz Bouteflika est l’homme qu’il faut au pays au-delà de 2009. L’Algérie a-t-elle encore besoin de lui ? C’est la réponse à ces questions qui fera que la révision de la constitution deviendrait une nécessité.  C’est pourquoi il est plus que temps que l’on marque une pause pour évaluer tout ce qui a été entrepris depuis 1999 et sur ce registre, Bouteflika et ceux qui le soutiennent sont à l’aise. Nul ne peut contester les améliorations enregistrées. Que des insuffisances et des perfections existent, cela va de soi. Aux uns et autres de faire la part des choses et de décider.

Nadia Kerraz

   

 

 

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche