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Realpolitik
«En politique, il n’y
a pas place au hasard» a répondu le chef du gouvernement et SG
du FLN lorsque ce dernier a été interrogé sur le fait que les appels
lancés à Bouteflika pour briguer un troisième mandat ont coïncidé
avec la visite de Nicolas Sarkozy à Alger. Cette réponse, apportée
lors de son passage au forum de la télévision dont il était
l’invité, est à prendre en compte. Elle peut signifier (est-ce
vraiment le cas ?) que ce troisième mandat à venir – puisqu’à ce
jour la révision de la Constitution et notamment de son article 74
qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux n’a pas encore
eu lieu – est désormais chose réglée. Pourtant, si l’on prend en
ligne de compte le fait que ces appels lancés n’ont émané, pour le
moment du moins, que du FLN et des organisations satellitaires, on
peut se poser la question de savoir s’il y a effectivement consensus
au sein de la classe politique et de la société civile sur le sujet.
Mieux, on peut pousser
le questionnement plus loin et se demander si cette option fait
aussi consensus au sommet de l’Etat. Une question légitime si l’on
se rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, un personnage de la trempe
de Zerhouni avait opposé un refus à peine voilé à l’idée de la
révision de la loi fondamentale du pays. Que s’est-il passé depuis ?
Pour pouvoir y répondre, il faudrait être dans le secret du sérail.
Un privilège dont ne jouissent que de rares initiés. Dès lors, on ne
peut que supposer sur l’existence effective d’un changement dans le
rapport des forces à la tête du sommet de l’Etat. Changement connu
par Belkhadem, ce qui lui donne cette assurance affichée. Pourtant,
on aura remarqué que le principal intéressé par cette histoire,
Abdelaziz Bouteflika, n’a soufflé mot sur la question. Depuis son
entretien accordé à l’agence de presse italienne, où il était resté
évasif sur son avenir politique, se contentant de souligner qu’il se
soumettrait à la volonté souveraine du peuple algérien, il n’a plus
évoqué le sujet. Il est vrai aussi que l’occasion n’a plus été
offerte aux médias de l’interroger. Mais cela est-il suffisant pour
prendre une position tranchante sur ses désirs ? A moins que comme
pour 2004, Bouteflika préfère se laisser porter par la vague. Ce qui
ne manquera pas d’accroître la légitimité de son élection. Un
troisième mandat s’il le veut, mais à la demande du Peuple qui aura
cautionné cette éventualité en votant «oui» massivement lors du
référendum portant révision de la Constitution qui sera organisé
certainement durant le premier semestre de l’année 2008. C’est
pourquoi, du reste, il observe le silence. C’est au FLN de faire
tout le travail préparatoire. C’est à ce parti de convaincre et de
mobiliser les Algériens autour de ce troisième mandat auquel il
appelle. Mais Belkhadem sait qu’il ne lui sera pas aisé de mener
bataille tout seul. Et pour cause, il est à craindre que cette
initiative suscite quelques grincements de dents. Dès lors, le FLN
ne peut ignorer que cette bataille à venir ne sera que facilitée si
d’autres partis se joignent à lui et prennent le relais. Cela
donnera plus de crédit à l’initiative. Cette réalité explique en
partie la menace à peine voilée lancée en direction de ses alliés de
l’alliance présidentielle. Le procédé, compréhensible en soi, n’est
peut-être pas des plus judicieux. Il aurait été plus approprié de
convaincre son entourage de l’utilité d’un troisième mandat en
apportant les arguments nécessaires pour ce faire. Vouloir recourir
au passage en force, en usant de la menace à l’égard de partis
appelés peut-être à avoir un autre point de vue sur le sujet n’est
pas forcément payant. Cette méthode dénote-t-elle de la présence
d’une certaine appréhension au sein du FLN quant à la position que
le RND et le MSP pourraient adopter ? Peut-être. Dès lors, on est
obligé de revenir à la case départ et de se demander si cette
initiative relève de l’existence d’un consensus parmi les décideurs
ou tout simplement émane d’une partie qui souhaiterait la
reconduction de l’actuel Président. C’est la raison pour laquelle
aussi on ne pourra pas faire l’économie d’un débat serein et franc
sur l’utilité de ce troisième mandat auquel est appelé Bouteflika.
Sur la base de ce débat, qui toucherait les aspects tant politiques
qu’économiques de ses deux premiers mandats, il serait plus facile
aux uns et aux autres de se faire une opinion. Partant, soutenir ou
non ce troisième mandat relèverait du libre-arbitre. Un débat qu’il
faudrait peut-être ouvrir maintenant, avant l’amendement du deuxième
alinéa de l’article 74 de la loi fondamentale du pays. Il aurait le
mérite de répondre à cette question qui se pose avant tout autre.
Celle de savoir si Abdelaziz Bouteflika est l’homme qu’il faut au
pays au-delà de 2009. L’Algérie a-t-elle encore besoin de lui ?
C’est la réponse à ces questions qui fera que la révision de la
constitution deviendrait une nécessité. C’est pourquoi il est plus
que temps que l’on marque une pause pour évaluer tout ce qui a été
entrepris depuis 1999 et sur ce registre, Bouteflika et ceux qui le
soutiennent sont à l’aise. Nul ne peut contester les améliorations
enregistrées. Que des insuffisances et des perfections existent,
cela va de soi. Aux uns et autres de faire la part des choses et de
décider.
Nadia Kerraz
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