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Fraude, disiez-vous ?
Les partis qui
ont dénoncé la fraude par avance, c’est-à-dire le RCD, le FFS, mais
aussi le MSP, ont été les grands perdants de la consultation du 29
novembre. Les deux premiers en particulier se sont vus ravaler dans
le dernier tiers de l’échelle politique, ce qui laisse entendre
qu’ils pourraient être relégués plus bas encore.
Avec le genre
de campagne qu’il a menée, acrimonieuse au possible, le RCD donnait
le sentiment d’être sûr qu’il serait mal noté. Ce ne fut donc pas
pour lui une vraie surprise. Son mauvais résultat global, tempéré
certes par le nombre décent de sièges que cela lui a tout de même
valu, aussi bien d’ailleurs que par le fait que pour la première
fois il prend le pas sur le FFS, en termes absolus comme en termes
relatifs, pourrait bien être le dernier round avant que la décision
ne soit prise de l’envoyer au tapis une bonne fois pour toutes. Mais
tout n’est pas encore perdu pour lui, il a encore la possibilité de
s’amender, de se montrer quelque peu reconnaissant, de surveiller
son langage. Qu’il apprécie à son juste prix le fait que le
ministère de l’Intérieur n’a pas permis qu’on vienne empiéter sur
ses plates-bandes—de plus en plus étroites, certes, mais est-ce rien
qu’elles lui soient réservées ? Est-ce rien que de l’emporter sur le
FFS ? On ne peut à la fois dénoncer les chiffres officiels,
« globalement et dans le détail », et pourtant les tenir pour vrais
là où ils vous concèdent l’avantage.
Il est assez
amusant de voir le MSP dire après coup tout le contraire de ce qu’il
disait avant le scrutin. C’est qu’il a compris, lui, à la vue des
résultats, sur quelle mauvaise pente il se trouvait. S’offrir le
luxe de cracher dans la fontaine où l’on a bu, cela a un prix. Le
MSP apprécie beaucoup que ce prix ne soit pas finalement
disproportionné par rapport à la faute qu’il a commise, vénielle à
bien y réfléchir. Il est un fait qu’on n’a pas eu la main bien
lourde avec lui. D’où son empressement maintenant à embrasser cette
main qui s’est montrée clémente. Il n’est jamais trop tard pour
revenir dans le droit chemin, les portes de la rahma restent
ouvertes. On n’aurait pu le punir plus sévèrement, peut-être même
aurait-on dû, mais des considérations plus élevées ont intercédé
pour lui. Résultat : il a perdu la quatrième place, qui est revenue
au FNA, à la surprise générale.
Le cas du FFS
est moins évident. Il y a d’abord sa crise interne, en apparence
mystérieuse, en réalité assez naturelle. Il est travaillé en
profondeur par une crise de succession, d’autant plus pernicieuse
que le père fondateur a toujours, semble-t-il, bon œil bon pied.
Voilà pour la cuisine interne. Mais il y a plus grave. Ce parti se
mêle de ce qui ne le regarde absolument pas : donner au pays un
successeur au président actuel, ou du moins avoir son mot à dire en
la matière, comme si la place allait se libérer. Une faute pas
vénielle du tout que cette prétention-là. Il n’y a plus qu’Ait Ahmed
pour l’entretenir, et y impliquer deux transfuges du FLN, et non des
moindres. Ce qui a eu des répercussions au sein du FLN, le parti
présidentiel par excellence—le parti du passé, du présent, et de
l’avenir, comme aime dire son secrétaire général pour désespérer ses
détracteurs, qui sont nombreux, et davantage sans doute au FLN.
Toujours
est-il qu’il fallait y mettre le holà. Quoi de plus soft et de plus
douloureux à la fois qu’une banqueroute électorale dont la
conséquence est de vous placer derrière le parti que vous détestez
le plus, que vous n’avez cessé de vouer aux gémonies.
Mais pour le
FFS comme le RCD et le MSP, la défaite est relative aussi bien que
rattrapable. Qu’ils fassent amende honorable, ce que le MSP a eu la
bonne idée de faire sans plus tarder, et ils verront leurs résultats
s’améliorer de façon sensible.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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