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Iran
Quelles options pour
les Etats-Unis ?
Avec le reflux de la
menace d'une guerre contre l'Iran et de nouvelles sanctions de
l'ONU plus difficiles à vendre à leurs alliés, les Etats-Unis se
trouvent face à un nombre limité d'options face au régime de
Téhéran, estiment des experts. Le président américain George W. Bush
insiste sur le fait que l'Iran reste une menace, après la
publication récente d'un rapport retentissant des agences de
renseignement américaines selon lequel l'Iran aurait arrêté, en
2003, un programme secret pour fabriquer l'arme nucléaire et
paraîtrait moins déterminé aujourd'hui à avoir la bombe atomique.
Mais après ce rapport, "l'option militaire non seulement n'est
plus sur la table, mais elle est passée par la fenêtre", résume
Ray Takeyh, spécialiste du Proche-Orient au Council on Foreign
Reactions. La Russie et la Chine ont pratiquement exclu un nouveau
train de sanctions de l'ONU contre l'Iran à la suite de la
publication des conclusions des 16 agences de renseignement
américaines.
Ces conclusions sapent
l'argumentaire du président Bush et du vice-président Dick Cheney,
selon lequel l'Iran représente une menace imminente qui pourrait
nécessiter une réponse militaire, estime Bruce Riedel, spécialiste
du Proche-Orient à la Brookings Institution. "Une attaque
militaire américaine unilatérale contre l'Iran n'est plus à l'ordre
du jour désormais, même si Bush dit que 'toutes les options sont sur
la table'" et comme de nouvelles sanctions sont exclues, selon
cet expert, "un dialogue bilatéral fait sens". Mais le
président Bush, selon lui, "ne le fera pas et laissera le
prochain président arriver avec une nouvelle approche".
Même si les Etats-Unis
ont rompu leurs liens diplomatiques avec l'Iran après la révolution
islamique en 1979, les deux pays ont eu récemment une série de
contacts à Bagdad pour discuter de la sécurité en Irak. Selon
certains experts, ces discussions ont contribué à la diminution des
violences en Irak et pourraient se poursuivre discrètement en
s'élargissant à d'autres sujets, comme le nucléaire iranien.
Mais si la secrétaire
d'Etat américaine, Condoleezza Rice, se dit prête à rencontrer les
responsables iraniens n'importe quand et n'importe où, c'est à la
condition que l'Iran mette fin à son programme d'enrichissement
d'uranium. Or, avec ce programme, Téhéran ne contrevient pas au
droit international, qui autorise ces activités à des fins civiles.
Le rapport du
renseignement américain précise que les Etats-Unis suspectent à
tort l'Iran de mener en secret un programme d'armement.
"L'erreur de l'administration Bush est qu'elle a surestimé les
capacités nucléaires de l'Iran et qu'elle a surestimé la menace
iranienne", explique Vali Nasr, professeur de politique
internationale irano-américain à l'université Tufts, qui se dit
cependant "sceptique quant à la volonté de l'administration à
mener une nouvelle politique envers l'Iran".
Karim Sadjadpour, du
Carnegie Endowment for International Peace, souligne que les
"faucons" des deux pays ont subi un revers, mais lui non plus ne
pense pas que la position américaine va changer face à l'Iran.
"Le meilleur allié des Américains et des Européens pour isoler
l'Iran, ce sont les Iraniens eux-mêmes", estime cet expert,
citant l'"intransigeance" du président Ahmadinejad et du nouveau
négociateur iranien sur le nucléaire, Saïd Jalili. Ahmadinejad
utilise la controverse sur le nucléaire pour marginaliser
l'opposition et détourner l'attention de l'opinion publique des
problèmes économiques, selon les analystes. C'est pourquoi, selon
M. Nasr, la meilleure approche pour les Etats-Unis serait de cesser
d'alimenter son nationalisme agressif, dans l'espoir que son parti
perde les élections législatives en mars prochain.
Moscou ne veut pas de
sanctions
La Russie a ajouté sa
voix à celle de la Chine, comme elle traditionnellement réticente à
des sanctions de l'ONU contre l'Iran, en annonçant qu'elle
"prendrait en compte" le rapport du renseignement américain
dédouanant Téhéran, lors de prochains débats au Conseil de
sécurité. "Nous allons réfléchir à une nouvelle résolution du
Conseil de sécurité de l'ONU en prenant en compte tous ces nouveaux
facteurs, y compris évidemment les informations américaines
(...) selon lesquelles il n'y a pas de programme militaire
nucléaire secret en Iran", a déclaré le chef de la diplomatie
russe. Moscou "n'a pas d'informations selon lesquelles de telles
recherches ont été effectuées, même avant 2003", a insisté
Sergueï Lavrov.
Le 1er
décembre, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de
l'ONU (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) et
l'Allemagne s'étaient réunis à Paris pour mettre au point une
stratégie commune face à l'Iran. A l'issue de cette réunion, ils
avaient dit être prêts à commencer à travailler en vue d'une
résolution sur de nouvelles sanctions de l'ONU.
Mais avec ces
déclarations de Sergueï Lavrov, la Russie semble, comme la Chine,
laisser entendre que de nouvelles sanctions sont de moins en moins
probables, alors que les Etats-Unis veulent maintenir la pression
sur l'Iran avec des sanctions plus dures de l'ONU. L'ambassadeur
de Chine à l'ONU, Wang Guangya, a estimé le 4 décembre qu'en ce
qui concerne l'étude de nouvelles sanctions, "les membres du
Conseil devront y réfléchir (...) maintenant les choses ont
changé". Depuis le début de l'affaire du nucléaire iranien, la
Chine et la Russie ont toujours été réticentes à l'idée d'infliger
des sanctions à Téhéran. En revanche, la secrétaire d'Etat
américaine Condoleezza Rice a engagé les membres permanents du
Conseil à ne pas relâcher leurs efforts pour faire plier Téhéran.
L'Iran fait l'objet de
trois résolutions du Conseil de sécurité, dont deux assorties de
sanctions, à cause de son refus de suspendre notamment son
enrichissement d'uranium. Il est aussi soumis à des sanctions
unilatérales des Etats-Unis et aux pressions de ces derniers sur
les grandes banques internationales pour cesser toute relation avec
la République islamique.
Le président iranien
Mahmoud Ahmadinejad a qualifié de "victoire pour l'Iran" le rapport
du renseignement américain et y a vu une raison supplémentaire pour
Téhéran de poursuivre ses activités nucléaires. La Russie, qui
construit en Iran la centrale nucléaire de Bouchehr, au grand dam
des Etats-Unis, insiste cependant pour que l'Iran gèle
l'enrichissement d'uranium qui irrite la communauté internationale.
Le président russe Vladimir Poutine a "une nouvelle fois appelé
avec insistance la direction iranienne à prendre au sérieux les
exigences" de l'Agence internationale de l'énergie atomique
(AIEA) et du Conseil de sécurité de l'ONU "qui appellent à geler
les travaux d'enrichissement d'uranium", au cours d'une récente
rencontre avec Saïd Jalili, le principal négociateur sur le
nucléaire iranien, a souligné M. Lavrov.
L. H.
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