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Semaine du 12 au 18 décembre  2007

 

Visite du Président français en Algérie

Tout bénef pour M. Sarkozy

Politique coloniale de Rabat

Le mutisme de Sarkozy

MSP, Ennahda et El Islah

Vraie ou fausse débacle

Pouvoir d’achat

Améliorer la croissance d’abord

Moussa Touati, président du FNA
«L’alliance  n’est pas un train à prendre en marche»
 

 

 

 Nation


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Visite du Président français en Algérie

Tout bénef pour M. Sarkozy

Un sourire et un petit cours sur les «injustices du système colonialiste» auront suffit au Président français pour décrocher le jackpot : 5 milliards d’euros de contrats signés en une seule journée. Pour le reste, on pourra disserter autant qu’on voudra sur les «relations tendues» en Alger et Paris. L’essentiel est dans le commerce. Et ça, les deux pays savent très bien le faire, depuis longtemps d’ailleurs, mais chacun dans son rôle respectif. La France vend (sauf les hydrocarbures) et l’Algérie achète.

 «L‘injustice attise toujours la violence et la haine. Beaucoup de ceux qui étaient venus s’installer en Algérie, je veux vous le dire, étaient de bonne volonté et de bonne foi. Ils étaient venus pour travailler et pour construire, sans l’intention d’asservir ni d’exploiter personne. Mais le système colonial était injuste par nature et le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d‘exploitation.» Ces propos de Nicolas Sarkozy, tenus à l’Université de Constantine, n’ont reçu aucune réponse officielle en Algérie. Le Président français persiste à considérer que les colons sont des victimes d’un «système colonial», tout comme les Algériens. D’abord, il met au même niveau le colon et le colonisé, mais en plus il nie le caractère abject et raciste de la France coloniale. Il parle de «système» et non pas de colonialisme français.

Bien sûr, personne n’a demandé à Sarkozy de présenter des excuses. L’idée de «repentance» a été lancée dans le débat, près d’un an après la loi du 23 février 2005, sans que personne ne sache d’où elle était est venue. Faire de la surenchère sur cette question de l’histoire de la colonisation ne mènera à rien. Par contre, ce qui devrait être demandé à la France, c’est de dire toute la vérité sur la période coloniale, notamment en ouvrant les archives de 132 ans de présence française en Algérie. Que Sarkozy reçoive les associations de harkis, cela ne regarde que la France. Qu’il considère que c’est aux harkis que la France doit excuses et réparations, c’est une histoire franco-française. Mais que les Algériens se taisent, en faisant sembler de réclamer des excuses à la France, c’est ce qui est insupportable.

Qu’on se le dise une fois pour toutes, les Algériens n’ont pas fait grand-chose pour la préservation de leur mémoire. Le secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine n’a, d’ailleurs, pas tort lorsqu’il affirme que pour obtenir réparations et récupérer les archives de la part de la France, «il faut un Etat fort». Qu’a fait l’Algérie pour parler des crimes du colonialisme ? Qu’a-t-elle fait encore pour documenter ne serait-ce que les grands événements de la Révolution et les rendre accessibles à un large public ? Qu’a-t-elle fait pour que l’enseignement de l’histoire de l’Algérie soit riche et de qualité ?

En rencontrant les associations de harkis mercredi dernier, le Président français leur a tenu un discours totalement différent de ceux prononcés à Alger ou à Constantine quelques heures plus tôt. Il a invité les Français à «ne pas oublier les hommes et les femmes qui ont œuvré de bonne foi pour leur pays et dans le respect de ses lois (…), qui avaient construit des routes, des hôpitaux, des écoles, qui avaient enseigné, qui avaient soigné, qui avaient planté des vignes et des vergers sur un sol aride…». Il n’est pas étonnant du tout que Sarkozy tienne encore un tel langage, qu’il oublie sciemment que les routes, les hôpitaux et les écoles n’étaient pas pour les Algériens, considérés comme des sous-humains, mais pour les colons français. Mais le plus étonnant, encore une fois, c’est le silence total à Alger. Pas une seule réponse officielle ou officieuse pour rappeler à Sarkozy qu’une colonisation ne peut jamais être positive et si «bienfaits» elle a, ils sont exclusivement destinés aux colons et non pas aux autochtones.

Mais là n’est pas la seule victoire de Sarkozy dont le voyage en Algérie a, sans doute, été le plus rentables dans la région. 5 milliards d’euros de contrats signés en une seule journée. Hormis les cas de Total et de Saint-Gobain, il ne s’agit pas d’investissements directs français, mais bien de marchés publics attribués (à la suite d’appels d’offres) à des entreprises françaises. Ainsi, pour un peu plus d’un milliard d’euros (1,6 milliard de dollars sur les 3,9 milliards que coûte le projet), la compagnie Total réalisera une usine de vapocraquage d’éthane à Arzew. Toujours dans le secteur de l’énergie, le consortium Alstom-Orascom Construction réalisera, pour le compte de Sonelgaz, une centrale à cycle combiné de 1200 MW à Terga (Aïn Témouchent). Montant du contrat : 1,3 milliard d’euros. Pour 68 millions d'euros, Thales (spécialisé dans l’électronique de défense) a signé avec Sonatrach un contrat pour la sécurisation des oléoducs de la région d’Arzew.

Dans les transports, la société Alstom a également signé deux contrats pour la construction de deux tramways à Oran et Constantine, pour un montant global de 721 millions d’euros. La Régie autonome des transports parisiens (RATP) s’occupera de l'exploitation et de la maintenance du futur métro d'Alger pour 111 millions d’euros. Quant au groupe EGIS, il a décroché un accord de maîtrise d'ouvrage d'un tronçon de l'autoroute est-ouest pour 77 millions d'euros.

Le seul véritable investissement direct hors hydrocarbures, c’est celui réalisé par Saint-Gobain, à travers sa filiale BPB Placo, qui a racheté l'Entreprise de plâtre et dérivés (EPD) de Biskra pour un montant de 8,89 millions de dollars. BPB Placo va même moderniser les installations de l’usine pour en augmenter les capacités de production qui devraient passer de 50 000 à 120 000 tonnes à l'horizon 2010. Pour rappel, Saint-Gobain avait déjà acquis, début 2006, 66% du capital de la société algérienne CM Gypso située à Bouira.

En plus de ces contrats, la France a signé un accord global de coopération dans le nucléaire civil, dont on ne connaît pas encore les termes. Mais il est clair que la visite de Sarkozy en Algérie n’a pas apporté grand-chose sur le plan de l’investissement direct dans le secteur de la PME-PMI. Plusieurs visites de délégations d’hommes d’affaires français et celle du MEDEF n’ont vraisemblablement pas suffi à augmenter les investissements directs français en Algérie, qui restent globalement faibles : environ 300 millions d’euros hors hydrocarbures.

Même dans le secteur énergétique, les entreprises françaises s’engagent très peu. Le P-DG de Sonatrach l’a eu à le rappeler sur les ondes de la Chaîne I en expliquant que les compagnies françaises recherchaient «des projets sûrs». Le même reproche est fait par le ministre de l’Energie, qui constate que les entreprises françaises ne souhaitent pas investir dans l’exploration et recherchent «des projets énergétiques sûrs», les invitant à «accepter de prendre certains risques» comme le font d’autres investisseurs (américains, chinois, britanniques et autres).

La visite de Sarkozy à Alger aura donc été tout bénef pour la France. Economiquement mais surtout politiquement, puisque le Président français n’a fait aucune concession sur le dossier de la reconnaissance des crimes du colonialisme français en Algérie.

Abdelkader Djalil

 

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Politique coloniale de Rabat

Le mutisme de Sarkozy

La visite d’Etat du président français en Algérie s’est effectuée dans un climat de méfiance et d’hostilité. Son refus de condamner le passé colonial, la réhabilitation par l’Elysée des éléments de l’organisation des ultras de «l’Algérie française» (OAS), ses discours choquants sur l’immigration, son parti-pris pour la proposition marocaine d’autonomie au Sahara occidental, son alignement sur la vision du «choc des civilisations» et l’élaboration puis le vote, par le parti qu’il préside (l’UMP) de la loi du 23 février 2005 glorifiant la colonisation sont parmi les facteurs ayant contribué à créer une ambiance d’animosité.

Nicolas Sarkozy était donc attendu sur plusieurs dossiers engageant les intérêts stratégiques du pays. Par ailleurs, des personnalités et des citoyens, algériens et français, ont choisi l’opportunité de sa visite pour lui lancer un appel des plus pressants, mis en ligne le 30 novembre 2007. Dans leur pétition, les signataires ont demandé à l’Etat français de «reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie». Selon eux, cette reconnaissance est indispensable pour ouvrir la voie à «une ère d’échanges et de dialogue entre les deux rives et, au-delà, entre la France et les nations indépendantes issues de son ancien empire colonial». L’appel a situé la responsabilité de la puissance publique française qui, de 1830 à 1962, «a conduit les politiques coloniales», en rappelant que «c’est bien la France qui a envahi l’Algérie en 1830, puis l’a occupée et dominée, et non l’inverse». Les signataires ont cependant relevé plus loin les «pièges des nationalismes et autres communautarismes» qui instrumentalisent ce passé douloureux, ainsi que les «pièges d’une histoire officielle qui utilise les mémoires meurtries à des fins de pouvoir». Et, pour déjouer le retour du «refoulé» et dépasser le contentieux historique, ils ont plaidé pour «une décision politique».

Mais, le piège du nationalisme réducteur du ministre des Moudjahidine, Mohamed Chérif Abbès, celui-là même qui avait affirmé, il y a quelques mois, que nos jeunes harragas «ne sont pas de notre culture» – une manière de dire qu’ils ne sont pas des nôtres – et le recours à l’identification culturelle, encore d’usage un peu partout, ont fini par se retourner contre lui. Pis, ils ont fait de l’hôte de l’Algérie «un ami» qui a de la hauteur par rapport à «toute forme de racisme», une victime à laquelle rien ne peut être refusé, contraignant le président Bouteflika à convaincre son homologue français de ne pas annuler son déplacement et à désavouer publiquement son ministre. Sans apporter les clarifications utiles et libératrices.

Pendant les trois jours de sa visite, Nicolas Sarkozy a évité d’aller au fond de l’histoire mouvementée franco-algérienne, sachant qu’à son retour à l’Elysée, il poursuivrait «le travail de mémoire» tel qu’il l’entendait et recevrait des associations d’anciens combattants d’Afrique du Nord et de rapatriés harkis. Il a d’ailleurs annoncé la couleur en affirmant qu’il était venu pour «parler d‘avenir», sans pour cela «ignorer le passé».

Dans cette ambiance de malaise et de confusion, N. Sarkozy est reparti avec des contrats juteux, sans présenter les excuses demandées officiellement par les plus hautes autorités du pays. Et, dans cette ambiance, ni le ministre des Moudjahidine ni le chef du parti FLN, encore moins toutes ces organisations affiliées au pouvoir, préoccupés par la création de comités de soutien et les prochaines élections présidentielles, n’ont levé la voix pour alerter sur les véritables enjeux de la visite d’Etat, qui interpelle les Algériens sur des questions de fond : la gestion du gaz contre le nucléaire civil contrôlé, l’Union méditerranéenne avec ses implications sur le devenir notamment des Sahraouis et des Palestiniens, la place réservée à l’Etat d’Israël dans cet ensemble et la reconnaissance de facto de l’Algérie de cet Etat… Non seulement ces questions n’ont été pas été débattues, mais elles ont produit d’autres interrogations, en particulier sur nos compatriotes aux origines diverses, et à nos amis, encore vivants ou morts, qui se sont battus pour l’indépendance de l’Algérie ou qui ont vécu le calvaire de la torture et des geôles parce qu’ils ont dénoncé la politique coloniale.

Rabat veut-il faire capoter le 3e round des négociations ?

Pour ce qui est de la question du Sahara occidental, point de discorde entre l’Algérie et la France, les deux parties ont tenté de trouvé un terrain d’entente, évitant les situations polémiques. Dans son discours, Abdelaziz Bouteflika a déclaré que le droit à l'autodétermination des Sahraouis «devrait pouvoir être exercé librement et sans restrictions», en notant que la France «a toujours préconisé le respect du droit international et du droit de tous les peuples à l'autodétermination».

De son côté, N. Sarkozy s'est réjoui de la nouvelle dynamique à l’œuvre avec la tenue des négociations directes entre les parties, sous l'égide de l’ONU. «Avec l'appui de tous les pays de la région qui ont une influence sur cette question, au premier rang desquels l'Algérie, j'espère vivement qu'une solution durable, réaliste et acceptable par toutes les parties pourra être trouvée sur ce dossier qui a empoisonné les relations entre les pays du Maghreb depuis trois décennies», a indiqué l’hôte de l’Algérie. Ainsi, l’un a évité de reprocher à la France officielle son alignement aux thèses marocaines et de lui rappeler que c’est le Maroc qui a envahi le Sahara occidental et non l’inverse, et l’autre a esquivé le caractère colonial de la question sahraouie, dont la solution passe forcément par le choix librement exprimé des Sahraouis, à défaut de la reconnaissance de la République sahraouie (RASD) ou la reprise des hostilités pour le respect des droits nationaux.

A la veille du troisième round des négociations entre le Polisario et le Maroc, prévu pour janvier 2008, il est difficile de passer sous silence les propos graves tenus par le président français, lors de sa dernière visite au Maroc. A la fin octobre, ce dernier a souhaité que la proposition de Rabat soit prise comme base de négociations pour un règlement «raisonnable» du conflit. Alors que l’ONU, à travers ses différents organes, a placé le rapprochement maroco-sahraoui sous le sceau des négociations sans conditions préalables visant l’autodétermination du peuple sahraoui. Ces déclarations ont conforté Rabat, puisque le 6 novembre, à l'occasion du 32e anniversaire de la «Marche verte» annexant le Sahara occidental, le roi marocain, Mohamed VI, a écarte toute autre solution que l'autonomie. «Quelle que soit la formule de la solution consensuelle (…) le Maroc, son roi et son peuple n'accepteront rien d'autre que l'autonomie, dans le cadre d'un Etat uni et unifié», a-t-il affirmé. Il a maintenu le ton provocateur, prétendant, d’un côté, vouloir le succès des pourparlers et présentant, de l’autre, un conflit classé par l’ONU dans l’agenda des «territoires non autonomes» comme un «conflit artificiel».

Récemment, le Maroc, excité par la non-participation de la RASD au sommet euro-africain, n’a rien trouvé de mieux, surtout qu’il est tenu de répondre présent à la table des négociations, que de se mêler des affaires de la RASD et du Front Polisario, lesquels ont décidé d’organiser le 12e congrès du Polisario à Tifariti, dans les territoires libérés du Sahara occidental. «Le peuple sahraoui exerce sa souveraineté sur toute parcelle libérée de son pays légalement et il est chez lui à Tifariti», a répondu la partie sahraouie, rappelant que l’ONU sera présente à la rencontre des militants sahraouis, à travers sa Mission chargée du référendum d’autodétermination (Minurso).

Le ton monte à la veille des pourparlers…

Z’hor Chérief

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MSP, Ennahda et El Islah

Vraie ou fausse débacle

De nombreuses lectures ont vu, dans la baisse du score électoral du MSP et d’El Islah, à l’issue des locales du 29 novembre, un recul des islamistes dans leur ensemble. Le constat est vrai, mais très partiel. Il ne peut, en tout cas, pleinement renseigner sur la réalité actuelle de l’islamisme.

D’abord, le MSP a-t-il vraiment reculé ? Dans la course aux APC et aux APW, le parti d’Abou Djerra Soltani, qui avait obtenu 989 sièges en 2002, a amélioré son score en raflant 1 495 sièges dans les communes et les assemblées de wilaya en novembre dernier. Les chiffres reflètent, comme on le constate, une progression en termes de voix et aussi en influence dans les assemblées locales. Il se trouve simplement que cette légère avancée a été complètement éclipsée par l’inexplicable ascension du FNA de Moussa Touati, troisième score électoral. Ouvrons ici une parenthèse pour tenter de comprendre ce que le succès du FNA peut vouloir dire aux yeux des islamistes. Selon l’explication première donnée par Yazid Zerhouni, le succès du FNA serait dû au fait qu’il ait inscrit sur ses listes des dissidents d’autres partis qui ont eu des problèmes internes. Il aurait, selon les propos du ministre de l’Intérieur, «opéré avec intelligence» et a su en tirer profit. Cela peut être le cas dans bon nombre de communes où des militants de partis qui se sont vu refuser une bonne place dans une liste électorale ont rejoint le FNA avec armes, bagages et soutiens locaux. Mais cela s’est-il passé à une échelle qui permette au FNA de tripler son score ? Comment le savoir ? Si l’on estime que dissidents il y a, ce n’est que des formations de l’alliance qu’ils peuvent provenir, avec cette certitude que les petites formations ont toujours un mal fou pour réunir un nombre suffisant de candidats pour boucler leurs listes. Sont-ce ces dissidents qui viennent, n’est-ce pas, de partis ayant subi un recul collectif aux législatives qui auraient fait la fortune du FNA ? Quelle que soit la réponse à cette question, elle doit nécessairement donner au MSP des raisons de ne plus regarder la sacro-sainte alliance présidentielle du même œil. C’est sans doute un peu pour cela qu’en première réaction, son bureau national exécutif a plaidé pour la formation d’alliances afin d’éviter les blocages des assemblées locales, une manière à lui de rappeler les engagements premiers de chacun. Mais gageons aussi qu’il doit également se trouver des militants de ce mouvement pour estimer que l’heure est venue de repenser la participation à tout va.

Si l’opinion était accoutumée à voir les trois formations du bloc islamo-nationaliste, le FLN, le RND et le MSP, se partager les victoires électorales, elle s’est aussi habituée à ce que le troisième reste toujours contenu dans sa troisième position, même si les deux premiers s’échangent leurs rôles au gré des conjonctures. Qu’il s’agisse du RND sous Liamine Zeroual ou du FLN sous Abdelaziz Bouteflika, le MSP (ex-Hamas) a toujours joué les seconds couteaux, prétextant en cela la responsabilité que lui dictait sa ligne participationniste, laquelle faisait de lui, du point de vue des islamistes radicaux, rien de plus qu’un alibi. Ne s’attardant presque jamais sur les critiques de ce genre, le MSP trouvait en son statut ainsi acquis dans les institutions une consolation visiblement suffisante. Avec le coup dur venant de ce gêneur de FNA, c’est presque la fin d’une époque. Presque, car les dégâts sont minimes, comme en témoigne la progression effective de son propre score et aussi le fait qu’il s’agisse du scrutin politiquement le moins décisif. Le MSP étant un habitué des élections depuis l’ouverture pluraliste de 1990, dont il connaît et les préparatifs et le déroulement, note aussi que celui qui fut à même de lui ravir sa place est une formation se définissant dans le courant nationaliste, n’est donc pas un autre parti islamiste, ce qui aurait été nettement plus inquiétant. Cela dit, le MSP doit comprendre en tout cas que sa position n’a rien d’éternel et que son alliance avec le RND et le FLN n’est pas une garantie suffisante de quoi que ce soit à l’avenir. D’autant que les deux formations peuvent se targuer de voir leur camp se renforcer sur la scène partisane avec la venue d’un jeune frère qui est là pour témoigner de la bonne santé de leur mouvance. En face, les islamistes offrent une bien pâle figure. Contre les 65% que totalisent les trois partis nationalistes, le MSP, El Islah et Ennahda ne réunissent que 13% (plafond qu’ils atteignent si on leur adjoint les 0,06% du PRA).

Avec une évolution pire que celle du MSP, le mouvement El Islah a été le grand perdant de ces élections locales avec seulement 20 sièges remportés contre 374 lors des élections de 2002. En revanche, le mouvement En-Nahda a vu le nombre de ses sièges passer de 50 (en 2002) à 255, et  a obtenu de sièges dans 40 wilayas sur les 41 où ses candidats se sont présentés. Mais pour ces deux partis, on voit bien que le temps de la présidence de Abdallah Djaballah, leur fondateur (avec ce record de 69 sièges à l’APN en 2002 !) est bien loin derrière. Abdallah Djaballah, justement, qui est désormais quasiment hors circuit et qui a le beau rôle maintenant de déduire que la faiblesse des résultats électoraux des islamistes s’explique plutôt par la faiblesse de la participation des véritables porteurs du courant islamiste. A ce sujet, lui qui n’a pas subi les effets restrictifs de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, au contraire des dirigeants de l’ex-Fis, se retrouve pourtant sur la même ligne que Ali Benhadj. Pour eux, il n’y a pas de faiblesse du score, mais de la participation du côté des candidats et, en toute logique aussi, du côté des électeurs.

Aujourd’hui, les chefs de file de l’islamisme radical, qu’il s’agisse des plus conservateurs d’entre eux (comme Ali Benhadj dont le fils serait dans les maquis du GSPC) ou des réformateurs (comme Anouar Haddam qui cherche la naissance de la deuxième génération du mouvement) se suffisent de l’idée que le fait qu’ils soient interdits de la compétition électorale est une preuve suffisante qu’ils sont en mesure de la remporter. On pourrait prendre ces protestations pour de l’agitation simple et se réjouir de l’œuvre du temps qui fait oublier ces personnages à mesure qu’il s’écoule, mais ce  serait faire une erreur, pour ne pas dire faire preuve de cécité politique qui oublierait tout le poids que recèle parfois la force de l’argument. Exactement comme il serait faux de dire que le recul du FFS et du RCD signifie lui aussi et sans le moindre doute que l’aspiration des Algériens à la démocratie a effectivement diminué.

Nabil Benali

 

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Pouvoir d’achat

Améliorer la croissance d’abord

La dégringolade du pouvoir d’achat en Algérie connaîtra-t-elle enfin une limite ? Au train où vont les choses, il est à craindre que les ménagères ne trouvent pas grand-chose pour remplir leurs couffins.

Est-il difficile d’imaginer des ménagères revenir bredouilles, les couffins vides, non pas parce que les étals des magasins sont vides, mais parce que les prix des produits en vente sont tout simplement très élevés ? Cette image ne serait pas vraiment incongrue dans un pays pauvre, sans ressources et où l’inflation atteint des seuils importants, mais dans un pays riche de ses hydrocarbures et dont les réserves de change ont atteint 100 milliards de dollars, il est très difficile d’imaginer que les gens vivent très mal, n’ont pas accès aux logements, parce que ces derniers coûtent des milliards, ne se paient pas de voyages ou de vacances parce que ces activités sont réservées à ceux dont les comptes en banque sont bien garnis. Ce qui est le plus inconcevable, c’est de savoir que les produits des denrées alimentaires sont chaque jour plus chers. En effet, en moins d’une année, les prix de la semoule, de l’huile et des produits laitiers ont augmenté. Le kilo de semoule qui était vendu à 35 DA, a atteint, durant l’été dernier, la rondelette somme de 50 DA. C’est, en tous cas, le prix officiel, celui auquel s’est référé le ministre des Affaires religieuses pour fixer Zakat el-Fitr.

Mais une tournée dans plusieurs magasins d’alimentation générale nous apprend que de nombreux commerçants vendent la semoule à 70 DA le kilo. 20 DA entre les deux prix qui font certainement la différence, car ces 20 DA multipliés par deux ou trois nous donnent une petite somme avec laquelle il est tout à fait possible d’acheter un autre article.

Enfin, la cherté de la vie fait désormais partie de notre quotidien. Tout le monde en parle, mais chacun finit par acheter ce qu’il trouve cher, car il faut bien manger, il faut bien vivre. Mais ce qui est curieux, c’est que nous acceptons ces augmentations docilement, alors que sous d’autres cieux, la moindre augmentation est discutée, argumentées, mais malgré tout rejetée par les consommateurs et avant tout par les associations qui œuvrent à préserver le bien-être et les droits de ces consommateurs. Peut-être parce que ce genre d’associations n’existe pas chez nous, ou si elles existent quand même, ne font rien pour se faire connaître. Parce que les prix des produits de large consommation balancent comme cela semble arranger les commerçants.

Récemment, le consommateur apprenait que désormais le bidon d’huile de 5 litres sera vendu à 700 DA. Il y a seulement quelques mois, ce même bidon coûtait entre 420 et 450 DA. C’est presque le double. Ce qui dérangera, sans aucun doute, le budget déjà fragilisé des ménages.

Les prix des légumes n’ont pas échappé à cette flambée, puisque la tomate atteint facilement 80 et 90 DA, la pomme de terre locale ne se vend pas à moins de 40 DA.

Tout est cher et peut le devenir encore plus. Ces augmentations sont tellement courantes et presque régulières qu’elles ne surprennent plus personne. Mais aux yeux des spécialistes en économie, la dégradation du pouvoir d’achat dans une société signifie qu’il y a problème et que la croissance économique se fait à un rythme très lent. Une observation des plus justes, car il va de soi que la croissance économique, chez nous, avance à pas de tortue. Cela signifie aussi que la quantité de travail que nous produisons est très faible. C’est pour cette raison que les choses stagnent et que le pouvoir d’achat s’érode de plus en plus.

La solution que le gouvernement a trouvée pour améliorer la situation et résorber la tension sociale, qui accompagne toujours ce genre de situation, a été d’augmenter les salaires. Mais cette solution n’était, en fin de compte, que provisoire, car les augmentations successives ont été tellement rapides que les consommateurs ont à peine senti la différence. C’est dire qu’il ne suffit pas d’avoir un peu d’argent en plus pour voir son pouvoir d’achat s’améliorer.

La situation dépasse ces solutions provisoires et mérite que l’on s’y attarde un peu plus, car l’Algérie est loin d’être un pays pauvre qui ne peut pas se prendre en main. Les ressources financières existent et Dieu sait qu’elles sont conséquentes. Les capacités humaines aussi ne manquent pas. Les jeunes sont prêts à travailler, pourvu qu’on les encourage à faire autre chose que ces travaux informels qui leur rapportent de l’argent frais mais ne créent aucune richesse pour le pays et n’assurent, par la même, aucun développement.

Dernièrement, les Français se sont plaint de la dégradation du pouvoir d’achat et de l’augmentation en flèche de plusieurs produits de large consommation. En effet, tout coûte plus cher que dans les autres pays européens : le lait, les couches pour bébé, les cigarettes, l’essence… enfin, beaucoup de produits que les Français vont acheter dans les pays voisins. Cela leur revient deux fois et même trois fois moins cher.

Mais à la différence, les Français ont reconnu, face à cette situation, qu’ils sont en partie responsables car ils travaillent beaucoup moins que certains pays européens, dont l’Angleterre, qui arrive à assurer une bonne croissance économique.

Voilà donc la solution toute trouvée à une situation qui dure et perdure, au grand dam des consommateurs qui se privent de beaucoup de choses pour pouvoir assurer l’essentiel.

Une crainte demeure pourtant, car si rien n’est fait pour juguler cette flambée, il est à craindre de voir un jour les ménagères rentrer chez elles bredouilles, sans avoir rien acheté, non pas parce qu’elles n’ont rien trouvé, mais tout simplement parce que même les produits essentiels, qu’on fait toute une gymnastique pour acheter, seront inaccessibles. Ce n’est pas brosser un tableau sombre que de voir les choses sous cet angle, car les choses finiront certainement par arriver à ce stade si entre temps rien n’est entrepris par les autorités.

En effet, il ne sert à rien d’augmenter les salaires et de dégager des sommes colossales pour pouvoir assurer ces augmentations si en même temps les prix des denrées alimentaires, des charges, du transport et autres dépenses ne cessent d’augmenter. Le consommateur se retrouve à la case départ et se voit obligé de dépenser plus. C’est vrai qu’il gagne un peu plus, mais cet argent est vite dépensé.

Il est dont urgent de réfléchir à une stratégie à même d’assurer une bonne croissance économique et un développement certain, c’est notre seule issue pour dépasser cette situation qui s’aggrave chaque jour.

Et s’il est des gens qui, chaque fin du mois empochent un salaire, il en est aussi ceux qui vivent dans une grande pauvreté. Le ministre de la Solidarité a beau dire qu’il n’y a pas de pauvreté en Algérie, la réalité est là pour nous prouver le contraire. Tous les programmes lancés par le département de la solidarité n’ont put venir à bout de cette misère.

Comment ces gens vivent-ils cette dégradation du pouvoir d’achat ? Ou faut-il dire qu’ils sont déjà habitués à vivre de peu ? Toujours est-il que l’Algérie possède tout ce qu’il faut pour se sortir de l’impasse et assurer une vie correcte à tous.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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Moussa Touati, président du FNA
«L’alliance  n’est pas un train à prendre en marche»
Le président du FNA explique dans cette interview le mystère de son ascension. Il refuse de répondre aux accusations et autres commentaires  d’observateurs ou du ministre de  l’Intérieur. Moussa Touati, qui prépare un congrès extraordinaire pour la fin du mois courant, défend son parti. Il considère que c’est la seule formation qui a acquis des voix propres lors des législatives de mai et les élections locales de novembre. Il développe sa vision quant à l’appartenance à une alliance tout en expliquant la différence  entre un projet de société et le programme annuel. Il souligne qu’il  n’est pas interdit en Algérie la naissance de «partis à moustaches», allusion faite au FNA, né en 1999.  L’élu, à ses yeux, est au service du citoyen qui l’a élu et non au service de  l’administration.

Les Débats : Vous avez misé  lors des élections locales sur quelque 1500 sièges. Votre pari est gagné. Ya –t-il  un mystère derrière  cette prouesse Monsieur Touati ?
Moussa Touati : Le FNA, en quelques mots, est un parti du peuple. Il présente des idées, des préoccupations et des ambitions exprimées par la population et aspire à des horizons, à la construction d’une société homogène, solidaire et bâtie sur la culture de la justice, l’équité et  l’égalité. C’est ce qui pousse le FNA à une ascension cohérente, à un discours ordinaire, simple, populaire. Le FNA est issu du peuple qui a soutenu la juste cause de la Guerre de Libération ; il est présent  aujourd’hui parmi ce peuple qui appuie la justice en Algérie. Au FNA, on parle peu mais on est près de la population, sans faire de discours populiste mais un discours qui traduit l’expression des humbles et des marginalisés. Je crois, pour répondre à votre question, que c’est le seul mystère de la réussite du FNA.

Vous avez glané quelque 559 sièges dans les municipales de 2002, ce chiffre est triplé. Est-ce le fruit d’un effort conséquent déployé à la base,   d’un certain charisme ou cela est-il dû  aux problèmes internes des  formations politiques ?
Vous savez, dès sa naissance, le FNA a choisi  d’être un parti populaire. Un parti aux ambitions mesurées et aux aspirations légitimes. Un parti qui cultive des idées que le peuple pouvait adopter et croire. Je crois que le FNA  n’est pas fondé sur un leader mais beaucoup plus sur des principes et des réflexions. C’est un parti qui véhicule des thèses inspirées des ambitions exprimées par la population de  l’Algérie profonde. Cette population perdue dans des antithèses à sa croyance, à son identité et à son appartenance. Une population qui refuse d’être bernée entre un discours et son contraire. Une population en quête de respect de ses origines et de ses sacrifices. Une population qui veut vivre dignement dans son pays libéré au prix fort et non vivre sur l’illusoire fierté, fragilisée par la politique  d’aliénation et les discours populistes.
 L’Algérien a vécu et veut vivre souverain dans son pays et être respecté foncièrement par ses dirigeants.

Pour revenir à votre question, le FNA, qui est le dernier-né de la classe politique, a débuté son parcours avec 559 sièges dans les APW/APC en 2002 ; aujourd’hui, il a triplé son score à tous les niveaux des assemblées élues. C’est que le parti, constant sur les principes nationaux, est resté cohérent avec son discours qui prône la justice et l’équité. Deux revendications auxquelles ce peuple aspire ardemment, voire prioritairement, avant même le pain et  l’eau. Cela dit, nous n’avons pas dérogé aux aspirations des aînés qui ont déclenché la glorieuse Révolution de novembre en ayant pour provisions un peu de lait et du pain mais beaucoup de volonté et de sacrifices afin de libérer le pays du joug colonial. Nous avons cru à la conviction des novembristes qui s’étaient engagés pour une cause juste. Dans la continuité, nous avons lancé des idées à la population qui les a adoptées comme le fit la génération de novembre après la célèbre phrase mémorable de Larbi Ben  M’hidi : «Jetez la révolution dans la rue, elle sera adoptée par le peuple.» Ceux-là ont choisi de rendre l’Algérie libre et indépendante. A notre tour, nous œuvrons à rendre l’Algérie souveraine et prospère pour tous les Algériens et Algériennes. Ce dont nous voulons,  c’est de faire du FNA la tribune des humbles, des marginalisés, des optimistes, des nationalistes et de tous les Algériens qui s’y reconnaissent comme des dignes fils de  l’Algérie souveraine.

Vous avez un discours basé sur les problèmes  de la jeunesse, sur ses malheurs, sans proposer d’alternatives.  N’est-ce pas là du populisme ?
Nous vivons une grave crise dès lors que  l’on s’aperçoit que le malheur des uns fait le bonheur des autres Algériens. C’est inadmissible. C’est le produit de la politique de marginalisation menée actuellement. La citoyenneté est en déperdition et  l’Algérien subit une marginalisation plurielle alors qu’il a le droit  d’avoir des jours meilleurs. Il est clair que le citoyen sent qu’il est abandonné, laissé pour compte ; personne ne le consulte et nul ne l’écoute. Le peuple dont on ne respecte pas le choix est considéré comme étant mineur, incapable de discerner entre ses droit et ses devoirs. Inapte à analyser la situation socioéconomique interne ou externe et, par voie de conséquence, à prendre  l’attitude appropriée ou sa revanche sur le milieu qui  l’entoure. Le grand tort des politiques est de croire que le citoyen algérien ne peut contribuer à construire une économie et une culture nationales. Et le drame c’est  qu’il démissionne de son état, se suicide,  s’explose ou se jette au large, en  mer… Cela ne choque plus personne.  L’autre grand aspect négatif chez la classe politique – que nous nous attelons, au FNA, de rendre positif – est la négligence de la dimension humaine. Il n’est nullement démagogique pour le FNA de croire que le capital est l’homme, que la grande richesse est l’homme instruit, actif, dynamique et productif. Ce n’est pas de la démagogie de dire qu’au FNA, nous apportons des idées nouvelles, de nouvelles méthodes de concertation populaire élargie pour améliorer un vécu alourdi de problèmes. Je pense qu’il est grand temps d’écouter le citoyen et de lui rendre la confiance en lui ouvrant les canaux du dialogue constructif, objectif et responsable.
Le FNA est plus proche du citoyen pour l’entendre et palper ses aspirations. Au FNA, nous croyons au génie de  l’Algérien. Au FNA, nous ne considérons pas  l’Algérien comme ce citoyen qu’on peut acheter par un couffin ou quelques dinars contre une voix.  L’Algérien ne coûte pas mille dinars mais il coûte un million et demi de Martyrs et un choix souverain. Nous ambitionnons, au FNA, de réorienter la boussole du jeune Algérien séduit par une destination mensongère vers heureux destin algérien.

En 2002 on a imputé  l’intrusion du FNA sur  l’échiquier politique à la confusion du sigle FNA, alors nouveau, à celui du FLN. En 2007, le ministre de  l’Intérieur insiste pour dire que l’intelligence du choix du sigle en est la principale cause de cette ascension fulgurante. Qu’en dites-vous ?
Oui ça été dit lors des législatives de mai 2002 et je crois ce n’est pas le ministre de  l’Intérieur qui a avancé cette phrase machiste de confusion entre les sigles FNA/FLN. Malheureusement, les déclarations hâtives n’ont pas laissé de chances à  l’analyse des résultats et à la différence entre les deux sigles. Les électeurs ont dû distinguer entre celui du FLN qui représente une main et le sigle FNA présenté sous forme de  d’une flamme. Mais lors des locales, les électeurs ont démenti ces calomnies en doublant le nombre de voix, ce qui a prouvé que le FNA est un parti populaire algérien nationaliste où militent les fils de l’Algérie qui sont contre l’import de préceptes économiques et culturels étrangers à ce pays. Un parti clair aux idées lucides.
Après cinq ans de cette accusation discrétionnaire, le FNA a su prouver  qu’il est digne de la confiance du peuple qui distingue entre les chiffres. Le n°1 attribué au FLN est bien distinct du n°7 donné au FNA ainsi que dans le classement les bulletins sont éloignés mais pas aux deux extrémités. Les électeurs ont dit leur mot et le FNA est bien ce grand parti qui grandit par les voix de ses fidèles et de ses sympathisants et non par l’argent puisé dans le Trésor public pour acheter les voix et vendre l’honneur de l’Algérien. Nos voix sont proprement acquises et non en comptant sur la fraude ou  l’appui de l’administration.

Cette réussite n’est-t-elle pas  due aussi  au large parrainage accordé aux candidats dissidents venant  d’autres horizons politiques comme le FLN, le RND, le FFS, le RCD... en ce sens que le FNA  s’est transformé en un refuge de la dissidence politique ? Qu’en pensez-vous ?
Là encore, il y a erreur d’appréciation. Selon nous, cet espace politique algérien nouveau a défini des statuts clairs qui ne souffrent,  jusqu’à preuve du contraire, d’aucune ambiguïté ou amalgame. Dans les statuts du FNA, il est clairement stipulé l’interdiction à militer ou postuler sous son égide à trois catégories de gens : une personne née avant 1942 et ne pouvant prouver qu’elle  n’a pas agi contre les intérêts de la Révolution ; une personne appartenant à un parti politique et les binationaux. En dehors de ces critères, on ne peut empêcher  l’adhésion d’Algériens probants, intègres et propres, à la condition  d’être convaincus des principes du FNA et de s’engager à les adopter et les respecter. Les nouvelles recrues  s’élèvent à 1 300 nouveaux adhérents émanant des partis de la mouvance nationaliste, démocrate, islamiste et islahiste. Ces militants ayant milité ailleurs ont rejoint le FNA après avoir justifié de leur démission.

Conformément à l’article 20 des statuts, tout militant du FNA est éligible et nous avons donné instruction aux bureaux de wilayas de veiller à collecter les candidatures qui étaient soumis à trois niveaux d’examen, sans élimination ni classement ni substitution sauf en cas de recours. Sur 1 112 listes électorales nous  n’avons eu que 17 recours et 120 rejets que nous n’avons pas pu repêcher au regard du traitement très sévère des listes du FNA qui ne bénéficiaient d’aucune des largesses accordées aux autres formations.

Cela dit, parmi tous les partis, nos listes électorales, conçues dans la démocratie totale, étaient les plus propres. Il y a de quoi se féliciter  puisqu’il n’y avait pas de recours, pas de divergences ni des querelles entre candidats d’une même liste. Nous ne sommes pas un parti parfait mais cet élan témoigne, on ne peut plus, de notre intention de servir le pays et non de se servir d’autant que nous avons  l’esprit militant et engagé pour provoquer le changement nécessaire dans notre pays.

Vous êtes  accusés également, par des politologues, d’être néoconservateurs. Que répondez-vous à cela ?
De par le monde, il  n’est pas tabou de conserver son appartenance, de conserver son identité et de sauvegarder l’amour pour son pays, donc par conséquent exprimer son nationalisme. Ce sont ces repères qui balisent la construction d’une économie, d’une culture et d’une histoire, voire d’une civilisation. Le conservatisme ne doit pas nous complexer. Il doit nous honorer, pas le contraire. Ce sont le sentiment  d’appartenance, l’amour de son pays qui sont le leitmotiv de la défense des intérêts suprêmes du pays et de la nation. Si aimer son pays est le conservatisme, nous en sommes. Si le fait de défendre son identité et les intérêts de son pays est un extrémisme, eh bien nous sommes extrémistes !

Comment  appréhendez-vous ce mandat qui s’annonce difficile avec  l’apparition de la logique d’alliance qui  l’a emporté sur la majorité et qui a produit des APC avec des exécutifs mosaïque ? Quelle sera votre attitude?
Nous  n’avons pas à écarter qui que ce soit dans les communes que nous aurons à gérer. Encore faut-il souligner que nous ne serons pas exclus là où on est présent, parce que nous venons pour travailler. Il ne faut pas oublier que l’APC est la première cellule de  l’Etat, donc on va composer avec ceux qui veulent travailler et non ceux qui font des calculs et ont des desseins prenant l’intérêt du citoyen et de la communauté en otage. Sinon, chacun est responsable devant le peuple de la façon dont seront gérées les communes.

Comment vous allez procéder dans les communes que vous allez gérer ?
En ce qui nous concerne, nous allons, en quelque sorte, faire valoir nos engagements présentés dans notre programme électoral là où nous avons la majorité absolue. Là où il y a majorité relative, nous coordonnons avec les partis concernés. Ce qui ne veut pas dire tel ou tel parti afin  d’asseoir des assemblés cohérentes au service de la communauté.
Pour ce qui est des alliances, nous allons procéder préférentiellement au cas par cas, selon l’échiquier des élus locaux qui se présente à nous. Il ne faut pas partir sur des bases fragiles et éviter le piège des alliances standard. Nous œuvrons à faire sortir les communes du concept de la coalition traditionnelle qui n’a rien donné. Ou plutôt a causé du mal au projet d’Etat du président de la République. Le tort de ces partis de  l’alliance présidentielle est de se cacher derrière le programme du chef de  l’Etat.

Est-ce à dire que vous  n’êtes pas obnubilé par ce bloc politique, maintenant que vous avez la stature  d’un grand parti ?
Ecoutez, au FNA nous pensons autrement. Nous pensons  qu’une alliance doit être basée sur un programme initié d’un commun accord. Le président de la République est venu avec un projet d’Etat et a appelé au soutien politique des partis. Il est inconcevable  d’adhérer à un programme à la conception duquel nous n’avons pas contribué. Il faut être convaincu dès le départ et il n’est pas question de prendre le train en marche. Ces mêmes partis alliés ne clament-ils pas, à tort ou à raison, que  l’alliance est une alternative conjoncturelle, pour revenir et dire que  c’est une initiative qui va faire des émules ? A notre avis, il y a un problème de fond. Il faut être ou ne pas être.

Vous voulez dire être dans une autre alliance dont vous souhaitez être partenaire à part entière, ou membre fondateur ?
Je veux dire être convaincu ou pas convaincu d’être parmi un groupe politique. Il ne s’agit pas d’avoir un pied dedans et un pied dehors. Notre vision est civilisationnelle, elle a des projections sur les voies et moyens pour une prise en charge réaliste et rationnelle des préoccupations du citoyen afin d’améliorer son quotidien. Nous ne sommes pas figés, au FNA, dans des visions limitées dans le temps ou par des approches électoralistes. La problématique algérienne est comment appliquer un projet de société et non un programme. Le président de la République est porteur de projet, il  n’a pas besoin de programme annuel. Celui-ci doit être l’exercice du parti de la majorité ou d’une alliance qui doit mettre en œuvre un programme dont elle a les tenants et aboutissants sur une année, deux ans ou plus, dans le cadre de son projet sur la base duquel il est élu. Chez nous, il y a amalgame dans les notions et les préceptes, d’où  l’échec patent constaté. Nous avons un projet ambitieux et un programme colossal qui  n’a rien réglé depuis 1999. Nous avons énormément dépensé sans satisfaire les attentes citoyennes en emploi, en logement, dans  l’éducation, l’université, le social. Les choses se sont paradoxalement aggravées. Et au lieu de traiter ce déséquilibre entre l’évolution macroéconomique du pays et la situation sociopolitique des Algériens, les partis de l’alliance applaudissent en disant que tout va bien. Car on n’a pas encore compris que le président est élu sur un projet et non sur un programme annuel. Quant aux programmes annuels et sectoriels, ils relèvent de la compétence des institutions parlementaires et locales.

Concrètement, que feriez-vous sans prérogatives pour ces assemblées élues ?
Je crois  qu’un élu responsable et compétent n’a pas besoin de  l’administration pour l’orienter ou lui dire ce qu’il doit faire. Vous me posez une autre problématique spécifique aux Algériens ; je crois qu’elle est plus grave que la précédente. Le mal de nos élus, c’est  qu’ils se sentent responsables devant l’administration et non devant le peuple. C’est là notre grand problème.
Nous, au FNA, nous nous attelons à rendre responsable l’élu devant les électeurs et pas devant  l’administration qui doit  l’accompagner dans son mandat et non le harceler et  l’étouffer.  C’est cette culture qui manque hélas aux Algériens. Je ne crois pas que l’administration mette des entraves pour celui qui travaille, celui qui respecte ses engagements et est au service de la localité. Si l’élu est honnête, correct et prouve qu’il est venu pour travailler, je crois que le chef de daïra ou le wali  s’en féliciteront et seront à ses côtés. Il y a heureusement de bonnes volontés à tous les niveaux de la responsabilité administrative et de la responsabilité élue.

Quelle place occupe la femme au FNA ?
Globalement appréciable. Organiquement parlant, elle est membre du bureau national, membre au conseil national. Elle est par ailleurs quatre fois tête de listes APW. Elles sont quatre élues à  l’APW d’Alger par exemple, maire à Oran et vice-présidentes dans d’autres APC. Elles sont nombreuses à siéger dans les APC. Elles se frayent tant bien que mal leur chemin de femmes politiques. Au FNA, on n’offre pas de cadeaux à la femme mais des places qui se méritent. La femme doit militer  d’abord…
Interview réalisée par Salah Bey

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