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Visite du Président français en Algérie
Tout bénef pour M.
Sarkozy
Un sourire et un petit
cours sur les «injustices du système colonialiste» auront suffit au
Président français pour décrocher le jackpot : 5 milliards d’euros
de contrats signés en une seule journée. Pour le reste, on pourra
disserter autant qu’on voudra sur les «relations tendues» en Alger
et Paris. L’essentiel est dans le commerce. Et ça, les deux pays
savent très bien le faire, depuis longtemps d’ailleurs, mais chacun
dans son rôle respectif. La France vend (sauf les hydrocarbures) et
l’Algérie achète.
«L‘injustice attise
toujours la violence et la haine. Beaucoup de ceux qui étaient venus
s’installer en Algérie, je veux vous le dire, étaient de bonne
volonté et de bonne foi. Ils étaient venus pour travailler et pour
construire, sans l’intention d’asservir ni d’exploiter personne.
Mais le système colonial était injuste par nature et le système
colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise
d’asservissement et d‘exploitation.» Ces propos de Nicolas
Sarkozy, tenus à l’Université de Constantine, n’ont reçu aucune
réponse officielle en Algérie. Le Président français persiste à
considérer que les colons sont des victimes d’un «système colonial»,
tout comme les Algériens. D’abord, il met au même niveau le colon et
le colonisé, mais en plus il nie le caractère abject et raciste de
la France coloniale. Il parle de «système» et non pas de
colonialisme français.
Bien sûr, personne n’a
demandé à Sarkozy de présenter des excuses. L’idée de «repentance» a
été lancée dans le débat, près d’un an après la loi du 23 février
2005, sans que personne ne sache d’où elle était est venue. Faire de
la surenchère sur cette question de l’histoire de la colonisation ne
mènera à rien. Par contre, ce qui devrait être demandé à la France,
c’est de dire toute la vérité sur la période coloniale, notamment en
ouvrant les archives de 132 ans de présence française en Algérie.
Que Sarkozy reçoive les associations de harkis, cela ne regarde que
la France. Qu’il considère que c’est aux harkis que la France doit
excuses et réparations, c’est une histoire franco-française. Mais
que les Algériens se taisent, en faisant sembler de réclamer des
excuses à la France, c’est ce qui est insupportable.
Qu’on se le dise une
fois pour toutes, les Algériens n’ont pas fait grand-chose pour la
préservation de leur mémoire. Le secrétaire général de
l’Organisation nationale des moudjahidine n’a, d’ailleurs, pas tort
lorsqu’il affirme que pour obtenir réparations et récupérer les
archives de la part de la France, «il faut un Etat fort». Qu’a fait
l’Algérie pour parler des crimes du colonialisme ? Qu’a-t-elle fait
encore pour documenter ne serait-ce que les grands événements de la
Révolution et les rendre accessibles à un large public ? Qu’a-t-elle
fait pour que l’enseignement de l’histoire de l’Algérie soit riche
et de qualité ?
En rencontrant les
associations de harkis mercredi dernier, le Président français leur
a tenu un discours totalement différent de ceux prononcés à Alger ou
à Constantine quelques heures plus tôt. Il a invité les Français à
«ne pas oublier les hommes et les femmes qui ont œuvré de bonne
foi pour leur pays et dans le respect de ses lois (…), qui
avaient construit des routes, des hôpitaux, des écoles, qui avaient
enseigné, qui avaient soigné, qui avaient planté des vignes et des
vergers sur un sol aride…». Il n’est pas étonnant du tout que
Sarkozy tienne encore un tel langage, qu’il oublie sciemment que les
routes, les hôpitaux et les écoles n’étaient pas pour les Algériens,
considérés comme des sous-humains, mais pour les colons français.
Mais le plus étonnant, encore une fois, c’est le silence total à
Alger. Pas une seule réponse officielle ou officieuse pour rappeler
à Sarkozy qu’une colonisation ne peut jamais être positive et si
«bienfaits» elle a, ils sont exclusivement destinés aux colons et
non pas aux autochtones.
Mais là n’est pas la
seule victoire de Sarkozy dont le voyage en Algérie a, sans doute,
été le plus rentables dans la région. 5 milliards d’euros de
contrats signés en une seule journée. Hormis les cas de Total et de
Saint-Gobain, il ne s’agit pas d’investissements directs français,
mais bien de marchés publics attribués (à la suite d’appels
d’offres) à des entreprises françaises. Ainsi, pour un peu plus d’un
milliard d’euros (1,6 milliard de dollars sur les 3,9 milliards que
coûte le projet), la compagnie Total réalisera une usine de
vapocraquage d’éthane à Arzew. Toujours dans le secteur de
l’énergie, le consortium Alstom-Orascom Construction réalisera, pour
le compte de Sonelgaz, une centrale à cycle combiné de 1200 MW à
Terga (Aïn Témouchent). Montant du contrat : 1,3 milliard d’euros.
Pour 68 millions d'euros, Thales (spécialisé dans l’électronique de
défense) a signé avec Sonatrach un contrat pour la sécurisation des
oléoducs de la région d’Arzew.
Dans les transports, la
société Alstom a également signé deux contrats pour la construction
de deux tramways à Oran et Constantine, pour un montant global de
721 millions d’euros. La Régie autonome des transports parisiens
(RATP) s’occupera de l'exploitation et de la maintenance du futur
métro d'Alger pour 111 millions d’euros. Quant au groupe EGIS, il a
décroché un accord de maîtrise d'ouvrage d'un tronçon de l'autoroute
est-ouest pour 77 millions d'euros.
Le seul véritable
investissement direct hors hydrocarbures, c’est celui réalisé par
Saint-Gobain, à travers sa filiale BPB Placo, qui a racheté
l'Entreprise de plâtre et dérivés (EPD) de Biskra pour un montant de
8,89 millions de dollars. BPB Placo va même moderniser les
installations de l’usine pour en augmenter les capacités de
production qui devraient passer de 50 000 à 120 000 tonnes à
l'horizon 2010. Pour rappel, Saint-Gobain avait déjà acquis, début
2006, 66% du capital de la société algérienne CM Gypso située à
Bouira.
En plus de ces contrats,
la France a signé un accord global de coopération dans le nucléaire
civil, dont on ne connaît pas encore les termes. Mais il est clair
que la visite de Sarkozy en Algérie n’a pas apporté grand-chose sur
le plan de l’investissement direct dans le secteur de la PME-PMI.
Plusieurs visites de délégations d’hommes d’affaires français et
celle du MEDEF n’ont vraisemblablement pas suffi à augmenter les
investissements directs français en Algérie, qui restent globalement
faibles : environ 300 millions d’euros hors hydrocarbures.
Même dans le secteur
énergétique, les entreprises françaises s’engagent très peu. Le P-DG
de Sonatrach l’a eu à le rappeler sur les ondes de la Chaîne I en
expliquant que les compagnies françaises recherchaient «des projets
sûrs». Le même reproche est fait par le ministre de l’Energie, qui
constate que les entreprises françaises ne souhaitent pas investir
dans l’exploration et recherchent «des projets énergétiques sûrs»,
les invitant à «accepter de prendre certains risques» comme le font
d’autres investisseurs (américains, chinois, britanniques et
autres).
La visite de Sarkozy à
Alger aura donc été tout bénef pour la France. Economiquement mais
surtout politiquement, puisque le Président français n’a fait aucune
concession sur le dossier de la reconnaissance des crimes du
colonialisme français en Algérie.
Abdelkader Djalil
Haut
Politique coloniale de Rabat
Le mutisme de Sarkozy
La visite d’Etat du
président français en Algérie s’est effectuée dans un climat de
méfiance et d’hostilité. Son refus de condamner le passé colonial,
la réhabilitation par l’Elysée des éléments de l’organisation des
ultras de «l’Algérie française» (OAS), ses discours choquants sur
l’immigration, son parti-pris pour la proposition marocaine
d’autonomie au Sahara occidental, son alignement sur la vision du
«choc des civilisations» et l’élaboration puis le vote, par le parti
qu’il préside (l’UMP) de la loi du 23 février 2005 glorifiant la
colonisation sont parmi les facteurs ayant contribué à créer une
ambiance d’animosité.
Nicolas Sarkozy était
donc attendu sur plusieurs dossiers engageant les intérêts
stratégiques du pays. Par ailleurs, des personnalités et des
citoyens, algériens et français, ont choisi l’opportunité de sa
visite pour lui lancer un appel des plus pressants, mis en ligne le
30 novembre 2007. Dans leur pétition, les signataires ont demandé à
l’Etat français de «reconnaître publiquement l’implication
première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés
par la colonisation en Algérie». Selon eux, cette reconnaissance
est indispensable pour ouvrir la voie à «une ère d’échanges et de
dialogue entre les deux rives et, au-delà, entre la France et les
nations indépendantes issues de son ancien empire colonial».
L’appel a situé la responsabilité de la puissance publique française
qui, de 1830 à 1962, «a conduit les politiques coloniales»,
en rappelant que «c’est bien la France qui a envahi l’Algérie en
1830, puis l’a occupée et dominée, et non l’inverse». Les
signataires ont cependant relevé plus loin les «pièges des
nationalismes et autres communautarismes» qui instrumentalisent
ce passé douloureux, ainsi que les «pièges d’une histoire
officielle qui utilise les mémoires meurtries à des fins de
pouvoir». Et, pour déjouer le retour du «refoulé» et dépasser le
contentieux historique, ils ont plaidé pour «une décision
politique».
Mais, le piège du
nationalisme réducteur du ministre des Moudjahidine, Mohamed Chérif
Abbès, celui-là même qui avait affirmé, il y a quelques mois, que
nos jeunes harragas «ne sont pas de notre culture» – une
manière de dire qu’ils ne sont pas des nôtres – et le recours à
l’identification culturelle, encore d’usage un peu partout, ont fini
par se retourner contre lui. Pis, ils ont fait de l’hôte de
l’Algérie «un ami» qui a de la hauteur par rapport à «toute forme de
racisme», une victime à laquelle rien ne peut être refusé,
contraignant le président Bouteflika à convaincre son homologue
français de ne pas annuler son déplacement et à désavouer
publiquement son ministre. Sans apporter les clarifications utiles
et libératrices.
Pendant les trois jours
de sa visite, Nicolas Sarkozy a évité d’aller au fond de l’histoire
mouvementée franco-algérienne, sachant qu’à son retour à l’Elysée,
il poursuivrait «le travail de mémoire» tel qu’il l’entendait et
recevrait des associations d’anciens combattants d’Afrique du Nord
et de rapatriés harkis. Il a d’ailleurs annoncé la couleur en
affirmant qu’il était venu pour «parler d‘avenir», sans pour
cela «ignorer le passé».
Dans cette ambiance de
malaise et de confusion, N. Sarkozy est reparti avec des contrats
juteux, sans présenter les excuses demandées officiellement par les
plus hautes autorités du pays. Et, dans cette ambiance, ni le
ministre des Moudjahidine ni le chef du parti FLN, encore moins
toutes ces organisations affiliées au pouvoir, préoccupés par la
création de comités de soutien et les prochaines élections
présidentielles, n’ont levé la voix pour alerter sur les véritables
enjeux de la visite d’Etat, qui interpelle les Algériens sur des
questions de fond : la gestion du gaz contre le nucléaire civil
contrôlé, l’Union méditerranéenne avec ses implications sur le
devenir notamment des Sahraouis et des Palestiniens, la place
réservée à l’Etat d’Israël dans cet ensemble et la reconnaissance de
facto de l’Algérie de cet Etat… Non seulement ces questions n’ont
été pas été débattues, mais elles ont produit d’autres
interrogations, en particulier sur nos compatriotes aux origines
diverses, et à nos amis, encore vivants ou morts, qui se sont battus
pour l’indépendance de l’Algérie ou qui ont vécu le calvaire de la
torture et des geôles parce qu’ils ont dénoncé la politique
coloniale.
Rabat veut-il faire
capoter le 3e round des négociations ?
Pour ce qui est de la
question du Sahara occidental, point de discorde entre l’Algérie et
la France, les deux parties ont tenté de trouvé un terrain
d’entente, évitant les situations polémiques. Dans son discours,
Abdelaziz Bouteflika a déclaré que le droit à l'autodétermination
des Sahraouis «devrait pouvoir être exercé librement et sans
restrictions», en notant que la France «a toujours préconisé
le respect du droit international et du droit de tous les peuples à
l'autodétermination».
De son côté, N. Sarkozy
s'est réjoui de la nouvelle dynamique à l’œuvre avec la tenue des
négociations directes entre les parties, sous l'égide de l’ONU.
«Avec l'appui de tous les pays de la région qui ont une influence
sur cette question, au premier rang desquels l'Algérie, j'espère
vivement qu'une solution durable, réaliste et acceptable par toutes
les parties pourra être trouvée sur ce dossier qui a empoisonné les
relations entre les pays du Maghreb depuis trois décennies», a
indiqué l’hôte de l’Algérie. Ainsi, l’un a évité de reprocher à la
France officielle son alignement aux thèses marocaines et de lui
rappeler que c’est le Maroc qui a envahi le Sahara occidental et non
l’inverse, et l’autre a esquivé le caractère colonial de la question
sahraouie, dont la solution passe forcément par le choix librement
exprimé des Sahraouis, à défaut de la reconnaissance de la
République sahraouie (RASD) ou la reprise des hostilités pour le
respect des droits nationaux.
A la veille du troisième
round des négociations entre le Polisario et le Maroc, prévu pour
janvier 2008, il est difficile de passer sous silence les propos
graves tenus par le président français, lors de sa dernière visite
au Maroc. A la fin octobre, ce dernier a souhaité que la proposition
de Rabat soit prise comme base de négociations pour un règlement
«raisonnable» du conflit. Alors que l’ONU, à travers ses différents
organes, a placé le rapprochement maroco-sahraoui sous le sceau des
négociations sans conditions préalables visant l’autodétermination
du peuple sahraoui. Ces déclarations ont conforté Rabat, puisque le
6 novembre, à l'occasion du 32e anniversaire de la
«Marche verte» annexant le Sahara occidental, le roi marocain,
Mohamed VI, a écarte toute autre solution que l'autonomie.
«Quelle que soit la formule de la solution consensuelle (…)
le Maroc, son roi et son peuple n'accepteront rien d'autre que
l'autonomie, dans le cadre d'un Etat uni et unifié», a-t-il
affirmé. Il a maintenu le ton provocateur, prétendant, d’un côté,
vouloir le succès des pourparlers et présentant, de l’autre, un
conflit classé par l’ONU dans l’agenda des «territoires non
autonomes» comme un «conflit artificiel».
Récemment, le Maroc,
excité par la non-participation de la RASD au sommet euro-africain,
n’a rien trouvé de mieux, surtout qu’il est tenu de répondre présent
à la table des négociations, que de se mêler des affaires de la RASD
et du Front Polisario, lesquels ont décidé d’organiser le 12e
congrès du Polisario à Tifariti, dans les territoires libérés du
Sahara occidental. «Le peuple sahraoui exerce sa souveraineté sur
toute parcelle libérée de son pays légalement et il est chez lui à
Tifariti», a répondu la partie sahraouie, rappelant que l’ONU
sera présente à la rencontre des militants sahraouis, à travers sa
Mission chargée du référendum d’autodétermination (Minurso).
Le ton monte à la veille
des pourparlers…
Z’hor Chérief
Haut
MSP, Ennahda et El Islah
Vraie ou fausse
débacle
De nombreuses lectures
ont vu, dans la baisse du score électoral du MSP et d’El Islah, à
l’issue des locales du 29 novembre, un recul des islamistes dans
leur ensemble. Le constat est vrai, mais très partiel. Il ne peut,
en tout cas, pleinement renseigner sur la réalité actuelle de
l’islamisme.
D’abord, le MSP a-t-il
vraiment reculé ? Dans la course aux APC et aux APW, le parti d’Abou
Djerra Soltani, qui avait obtenu 989 sièges en 2002, a amélioré son
score en raflant 1 495 sièges dans les communes et les assemblées de
wilaya en novembre dernier. Les chiffres reflètent, comme on le
constate, une progression en termes de voix et aussi en influence
dans les assemblées locales. Il se trouve simplement que cette
légère avancée a été complètement éclipsée par l’inexplicable
ascension du FNA de Moussa Touati, troisième score électoral.
Ouvrons ici une parenthèse pour tenter de comprendre ce que le
succès du FNA peut vouloir dire aux yeux des islamistes. Selon
l’explication première donnée par Yazid Zerhouni, le succès du FNA
serait dû au fait qu’il ait inscrit sur ses listes des dissidents
d’autres partis qui ont eu des problèmes internes. Il aurait, selon
les propos du ministre de l’Intérieur, «opéré avec intelligence» et
a su en tirer profit. Cela peut être le cas dans bon nombre de
communes où des militants de partis qui se sont vu refuser une bonne
place dans une liste électorale ont rejoint le FNA avec armes,
bagages et soutiens locaux. Mais cela s’est-il passé à une échelle
qui permette au FNA de tripler son score ? Comment le savoir ? Si
l’on estime que dissidents il y a, ce n’est que des formations de
l’alliance qu’ils peuvent provenir, avec cette certitude que les
petites formations ont toujours un mal fou pour réunir un nombre
suffisant de candidats pour boucler leurs listes. Sont-ce ces
dissidents qui viennent, n’est-ce pas, de partis ayant subi un recul
collectif aux législatives qui auraient fait la fortune du FNA ?
Quelle que soit la réponse à cette question, elle doit
nécessairement donner au MSP des raisons de ne plus regarder la
sacro-sainte alliance présidentielle du même œil. C’est sans doute
un peu pour cela qu’en première réaction, son bureau national
exécutif a plaidé pour la formation d’alliances afin d’éviter les
blocages des assemblées locales, une manière à lui de rappeler les
engagements premiers de chacun. Mais gageons aussi qu’il doit
également se trouver des militants de ce mouvement pour estimer que
l’heure est venue de repenser la participation à tout va.
Si l’opinion était
accoutumée à voir les trois formations du bloc islamo-nationaliste,
le FLN, le RND et le MSP, se partager les victoires électorales,
elle s’est aussi habituée à ce que le troisième reste toujours
contenu dans sa troisième position, même si les deux premiers
s’échangent leurs rôles au gré des conjonctures. Qu’il s’agisse du
RND sous Liamine Zeroual ou du FLN sous Abdelaziz Bouteflika, le MSP
(ex-Hamas) a toujours joué les seconds couteaux, prétextant en cela
la responsabilité que lui dictait sa ligne participationniste,
laquelle faisait de lui, du point de vue des islamistes radicaux,
rien de plus qu’un alibi. Ne s’attardant presque jamais sur les
critiques de ce genre, le MSP trouvait en son statut ainsi acquis
dans les institutions une consolation visiblement suffisante. Avec
le coup dur venant de ce gêneur de FNA, c’est presque la fin d’une
époque. Presque, car les dégâts sont minimes, comme en témoigne la
progression effective de son propre score et aussi le fait qu’il
s’agisse du scrutin politiquement le moins décisif. Le MSP étant un
habitué des élections depuis l’ouverture pluraliste de 1990, dont il
connaît et les préparatifs et le déroulement, note aussi que celui
qui fut à même de lui ravir sa place est une formation se
définissant dans le courant nationaliste, n’est donc pas un autre
parti islamiste, ce qui aurait été nettement plus inquiétant. Cela
dit, le MSP doit comprendre en tout cas que sa position n’a rien
d’éternel et que son alliance avec le RND et le FLN n’est pas une
garantie suffisante de quoi que ce soit à l’avenir. D’autant que les
deux formations peuvent se targuer de voir leur camp se renforcer
sur la scène partisane avec la venue d’un jeune frère qui est là
pour témoigner de la bonne santé de leur mouvance. En face, les
islamistes offrent une bien pâle figure. Contre les 65% que
totalisent les trois partis nationalistes, le MSP, El Islah et
Ennahda ne réunissent que 13% (plafond qu’ils atteignent si on leur
adjoint les 0,06% du PRA).
Avec une évolution pire
que celle du MSP, le mouvement El Islah a été le grand perdant de
ces élections locales avec seulement 20 sièges remportés contre 374
lors des élections de 2002. En revanche, le mouvement En-Nahda a vu
le nombre de ses sièges passer de 50 (en 2002) à 255, et a obtenu
de sièges dans 40 wilayas sur les 41 où ses candidats se sont
présentés. Mais pour ces deux partis, on voit bien que le temps de
la présidence de Abdallah Djaballah, leur fondateur (avec ce record
de 69 sièges à l’APN en 2002 !) est bien loin derrière. Abdallah
Djaballah, justement, qui est désormais quasiment hors circuit et
qui a le beau rôle maintenant de déduire que la faiblesse des
résultats électoraux des islamistes s’explique plutôt par la
faiblesse de la participation des véritables porteurs du courant
islamiste. A ce sujet, lui qui n’a pas subi les effets restrictifs
de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, au
contraire des dirigeants de l’ex-Fis, se retrouve pourtant sur la
même ligne que Ali Benhadj. Pour eux, il n’y a pas de faiblesse du
score, mais de la participation du côté des candidats et, en toute
logique aussi, du côté des électeurs.
Aujourd’hui, les chefs
de file de l’islamisme radical, qu’il s’agisse des plus
conservateurs d’entre eux (comme Ali Benhadj dont le fils serait
dans les maquis du GSPC) ou des réformateurs (comme Anouar Haddam
qui cherche la naissance de la deuxième génération du mouvement) se
suffisent de l’idée que le fait qu’ils soient interdits de la
compétition électorale est une preuve suffisante qu’ils sont en
mesure de la remporter. On pourrait prendre ces protestations pour
de l’agitation simple et se réjouir de l’œuvre du temps qui fait
oublier ces personnages à mesure qu’il s’écoule, mais ce serait
faire une erreur, pour ne pas dire faire preuve de cécité politique
qui oublierait tout le poids que recèle parfois la force de
l’argument. Exactement comme il serait faux de dire que le recul du
FFS et du RCD signifie lui aussi et sans le moindre doute que
l’aspiration des Algériens à la démocratie a effectivement diminué.
Nabil Benali
Haut
Pouvoir d’achat
Améliorer la
croissance d’abord
La dégringolade du
pouvoir d’achat en Algérie connaîtra-t-elle enfin une limite ? Au
train où vont les choses, il est à craindre que les ménagères ne
trouvent pas grand-chose pour remplir leurs couffins.
Est-il difficile
d’imaginer des ménagères revenir bredouilles, les couffins vides,
non pas parce que les étals des magasins sont vides, mais parce que
les prix des produits en vente sont tout simplement très élevés ?
Cette image ne serait pas vraiment incongrue dans un pays pauvre,
sans ressources et où l’inflation atteint des seuils importants,
mais dans un pays riche de ses hydrocarbures et dont les réserves de
change ont atteint 100 milliards de dollars, il est très difficile
d’imaginer que les gens vivent très mal, n’ont pas accès aux
logements, parce que ces derniers coûtent des milliards, ne se
paient pas de voyages ou de vacances parce que ces activités sont
réservées à ceux dont les comptes en banque sont bien garnis. Ce qui
est le plus inconcevable, c’est de savoir que les produits des
denrées alimentaires sont chaque jour plus chers. En effet, en moins
d’une année, les prix de la semoule, de l’huile et des produits
laitiers ont augmenté. Le kilo de semoule qui était vendu à 35 DA, a
atteint, durant l’été dernier, la rondelette somme de 50 DA. C’est,
en tous cas, le prix officiel, celui auquel s’est référé le ministre
des Affaires religieuses pour fixer Zakat el-Fitr.
Mais une tournée dans
plusieurs magasins d’alimentation générale nous apprend que de
nombreux commerçants vendent la semoule à 70 DA le kilo. 20 DA entre
les deux prix qui font certainement la différence, car ces 20 DA
multipliés par deux ou trois nous donnent une petite somme avec
laquelle il est tout à fait possible d’acheter un autre article.
Enfin, la cherté de la
vie fait désormais partie de notre quotidien. Tout le monde en
parle, mais chacun finit par acheter ce qu’il trouve cher, car il
faut bien manger, il faut bien vivre. Mais ce qui est curieux, c’est
que nous acceptons ces augmentations docilement, alors que sous
d’autres cieux, la moindre augmentation est discutée, argumentées,
mais malgré tout rejetée par les consommateurs et avant tout par les
associations qui œuvrent à préserver le bien-être et les droits de
ces consommateurs. Peut-être parce que ce genre d’associations
n’existe pas chez nous, ou si elles existent quand même, ne font
rien pour se faire connaître. Parce que les prix des produits de
large consommation balancent comme cela semble arranger les
commerçants.
Récemment, le
consommateur apprenait que désormais le bidon d’huile de 5 litres
sera vendu à 700 DA. Il y a seulement quelques mois, ce même bidon
coûtait entre 420 et 450 DA. C’est presque le double. Ce qui
dérangera, sans aucun doute, le budget déjà fragilisé des ménages.
Les prix des légumes
n’ont pas échappé à cette flambée, puisque la tomate atteint
facilement 80 et 90 DA, la pomme de terre locale ne se vend pas à
moins de 40 DA.
Tout est cher et peut le
devenir encore plus. Ces augmentations sont tellement courantes et
presque régulières qu’elles ne surprennent plus personne. Mais aux
yeux des spécialistes en économie, la dégradation du pouvoir d’achat
dans une société signifie qu’il y a problème et que la croissance
économique se fait à un rythme très lent. Une observation des plus
justes, car il va de soi que la croissance économique, chez nous,
avance à pas de tortue. Cela signifie aussi que la quantité de
travail que nous produisons est très faible. C’est pour cette raison
que les choses stagnent et que le pouvoir d’achat s’érode de plus en
plus.
La solution que le
gouvernement a trouvée pour améliorer la situation et résorber la
tension sociale, qui accompagne toujours ce genre de situation, a
été d’augmenter les salaires. Mais cette solution n’était, en fin de
compte, que provisoire, car les augmentations successives ont été
tellement rapides que les consommateurs ont à peine senti la
différence. C’est dire qu’il ne suffit pas d’avoir un peu d’argent
en plus pour voir son pouvoir d’achat s’améliorer.
La situation dépasse ces
solutions provisoires et mérite que l’on s’y attarde un peu plus,
car l’Algérie est loin d’être un pays pauvre qui ne peut pas se
prendre en main. Les ressources financières existent et Dieu sait
qu’elles sont conséquentes. Les capacités humaines aussi ne manquent
pas. Les jeunes sont prêts à travailler, pourvu qu’on les encourage
à faire autre chose que ces travaux informels qui leur rapportent de
l’argent frais mais ne créent aucune richesse pour le pays et
n’assurent, par la même, aucun développement.
Dernièrement, les
Français se sont plaint de la dégradation du pouvoir d’achat et de
l’augmentation en flèche de plusieurs produits de large
consommation. En effet, tout coûte plus cher que dans les autres
pays européens : le lait, les couches pour bébé, les cigarettes,
l’essence… enfin, beaucoup de produits que les Français vont acheter
dans les pays voisins. Cela leur revient deux fois et même trois
fois moins cher.
Mais à la différence,
les Français ont reconnu, face à cette situation, qu’ils sont en
partie responsables car ils travaillent beaucoup moins que certains
pays européens, dont l’Angleterre, qui arrive à assurer une bonne
croissance économique.
Voilà donc la solution
toute trouvée à une situation qui dure et perdure, au grand dam des
consommateurs qui se privent de beaucoup de choses pour pouvoir
assurer l’essentiel.
Une crainte demeure
pourtant, car si rien n’est fait pour juguler cette flambée, il est
à craindre de voir un jour les ménagères rentrer chez elles
bredouilles, sans avoir rien acheté, non pas parce qu’elles n’ont
rien trouvé, mais tout simplement parce que même les produits
essentiels, qu’on fait toute une gymnastique pour acheter, seront
inaccessibles. Ce n’est pas brosser un tableau sombre que de voir
les choses sous cet angle, car les choses finiront certainement par
arriver à ce stade si entre temps rien n’est entrepris par les
autorités.
En effet, il ne sert à
rien d’augmenter les salaires et de dégager des sommes colossales
pour pouvoir assurer ces augmentations si en même temps les prix des
denrées alimentaires, des charges, du transport et autres dépenses
ne cessent d’augmenter. Le consommateur se retrouve à la case départ
et se voit obligé de dépenser plus. C’est vrai qu’il gagne un peu
plus, mais cet argent est vite dépensé.
Il est dont urgent de
réfléchir à une stratégie à même d’assurer une bonne croissance
économique et un développement certain, c’est notre seule issue pour
dépasser cette situation qui s’aggrave chaque jour.
Et s’il est des gens
qui, chaque fin du mois empochent un salaire, il en est aussi ceux
qui vivent dans une grande pauvreté. Le ministre de la Solidarité a
beau dire qu’il n’y a pas de pauvreté en Algérie, la réalité est là
pour nous prouver le contraire. Tous les programmes lancés par le
département de la solidarité n’ont put venir à bout de cette misère.
Comment ces gens
vivent-ils cette dégradation du pouvoir d’achat ? Ou faut-il dire
qu’ils sont déjà habitués à vivre de peu ? Toujours est-il que
l’Algérie possède tout ce qu’il faut pour se sortir de l’impasse et
assurer une vie correcte à tous.
Khadidja Mohamed
Bouziane
Haut
Moussa Touati, président du FNA
«L’alliance n’est pas un train à prendre en marche»
Le président du FNA explique dans cette interview le mystère de
son ascension. Il refuse de répondre aux accusations et autres
commentaires d’observateurs ou du ministre de l’Intérieur. Moussa
Touati, qui prépare un congrès extraordinaire pour la fin du mois
courant, défend son parti. Il considère que c’est la seule formation
qui a acquis des voix propres lors des législatives de mai et les
élections locales de novembre. Il développe sa vision quant à
l’appartenance à une alliance tout en expliquant la différence
entre un projet de société et le programme annuel. Il souligne
qu’il n’est pas interdit en Algérie la naissance de «partis à
moustaches», allusion faite au FNA, né en 1999. L’élu, à ses yeux,
est au service du citoyen qui l’a élu et non au service de
l’administration.
Les Débats : Vous avez misé lors des élections
locales sur quelque 1500 sièges. Votre pari est gagné. Ya –t-il un
mystère derrière cette prouesse Monsieur Touati ?
Moussa Touati : Le FNA, en quelques mots, est un parti du
peuple. Il présente des idées, des préoccupations et des ambitions
exprimées par la population et aspire à des horizons, à la
construction d’une société homogène, solidaire et bâtie sur la
culture de la justice, l’équité et l’égalité. C’est ce qui pousse
le FNA à une ascension cohérente, à un discours ordinaire, simple,
populaire. Le FNA est issu du peuple qui a soutenu la juste cause de
la Guerre de Libération ; il est présent aujourd’hui parmi ce
peuple qui appuie la justice en Algérie. Au FNA, on parle peu mais
on est près de la population, sans faire de discours populiste mais
un discours qui traduit l’expression des humbles et des
marginalisés. Je crois, pour répondre à votre question, que c’est le
seul mystère de la réussite du FNA.
Vous avez glané quelque 559 sièges dans les municipales de 2002,
ce chiffre est triplé. Est-ce le fruit d’un effort conséquent
déployé à la base, d’un certain charisme ou cela est-il dû aux
problèmes internes des formations politiques ?
Vous savez, dès sa naissance, le FNA a choisi d’être un parti
populaire. Un parti aux ambitions mesurées et aux aspirations
légitimes. Un parti qui cultive des idées que le peuple pouvait
adopter et croire. Je crois que le FNA n’est pas fondé sur un
leader mais beaucoup plus sur des principes et des réflexions. C’est
un parti qui véhicule des thèses inspirées des ambitions exprimées
par la population de l’Algérie profonde. Cette population perdue
dans des antithèses à sa croyance, à son identité et à son
appartenance. Une population qui refuse d’être bernée entre un
discours et son contraire. Une population en quête de respect de ses
origines et de ses sacrifices. Une population qui veut vivre
dignement dans son pays libéré au prix fort et non vivre sur
l’illusoire fierté, fragilisée par la politique d’aliénation et les
discours populistes.
L’Algérien a vécu et veut vivre souverain dans son pays et être
respecté foncièrement par ses dirigeants.
Pour revenir à votre
question, le FNA, qui est le dernier-né de la classe politique, a
débuté son parcours avec 559 sièges dans les APW/APC en 2002 ;
aujourd’hui, il a triplé son score à tous les niveaux des assemblées
élues. C’est que le parti, constant sur les principes nationaux, est
resté cohérent avec son discours qui prône la justice et l’équité.
Deux revendications auxquelles ce peuple aspire ardemment, voire
prioritairement, avant même le pain et l’eau. Cela dit, nous
n’avons pas dérogé aux aspirations des aînés qui ont déclenché la
glorieuse Révolution de novembre en ayant pour provisions un peu de
lait et du pain mais beaucoup de volonté et de sacrifices afin de
libérer le pays du joug colonial. Nous avons cru à la conviction des
novembristes qui s’étaient engagés pour une cause juste. Dans la
continuité, nous avons lancé des idées à la population qui les a
adoptées comme le fit la génération de novembre après la célèbre
phrase mémorable de Larbi Ben M’hidi : «Jetez la révolution dans
la rue, elle sera adoptée par le peuple.» Ceux-là ont choisi de
rendre l’Algérie libre et indépendante. A notre tour, nous œuvrons à
rendre l’Algérie souveraine et prospère pour tous les Algériens et
Algériennes. Ce dont nous voulons, c’est de faire du FNA la tribune
des humbles, des marginalisés, des optimistes, des nationalistes et
de tous les Algériens qui s’y reconnaissent comme des dignes fils
de l’Algérie souveraine.
Vous avez un discours basé sur les problèmes de la jeunesse, sur
ses malheurs, sans proposer d’alternatives. N’est-ce pas là du
populisme ?
Nous vivons une grave crise dès lors que l’on s’aperçoit que le
malheur des uns fait le bonheur des autres Algériens. C’est
inadmissible. C’est le produit de la politique de marginalisation
menée actuellement. La citoyenneté est en déperdition et l’Algérien
subit une marginalisation plurielle alors qu’il a le droit d’avoir
des jours meilleurs. Il est clair que le citoyen sent qu’il est
abandonné, laissé pour compte ; personne ne le consulte et nul ne
l’écoute. Le peuple dont on ne respecte pas le choix est considéré
comme étant mineur, incapable de discerner entre ses droit et ses
devoirs. Inapte à analyser la situation socioéconomique interne ou
externe et, par voie de conséquence, à prendre l’attitude
appropriée ou sa revanche sur le milieu qui l’entoure. Le grand
tort des politiques est de croire que le citoyen algérien ne peut
contribuer à construire une économie et une culture nationales. Et
le drame c’est qu’il démissionne de son état, se suicide,
s’explose ou se jette au large, en mer… Cela ne choque plus
personne. L’autre grand aspect négatif chez la classe politique –
que nous nous attelons, au FNA, de rendre positif – est la
négligence de la dimension humaine. Il n’est nullement démagogique
pour le FNA de croire que le capital est l’homme, que la grande
richesse est l’homme instruit, actif, dynamique et productif. Ce
n’est pas de la démagogie de dire qu’au FNA, nous apportons des
idées nouvelles, de nouvelles méthodes de concertation populaire
élargie pour améliorer un vécu alourdi de problèmes. Je pense qu’il
est grand temps d’écouter le citoyen et de lui rendre la confiance
en lui ouvrant les canaux du dialogue constructif, objectif et
responsable.
Le FNA est plus proche du citoyen pour l’entendre et palper ses
aspirations. Au FNA, nous croyons au génie de l’Algérien. Au FNA,
nous ne considérons pas l’Algérien comme ce citoyen qu’on peut
acheter par un couffin ou quelques dinars contre une voix. L’Algérien
ne coûte pas mille dinars mais il coûte un million et demi de
Martyrs et un choix souverain. Nous ambitionnons, au FNA, de
réorienter la boussole du jeune Algérien séduit par une destination
mensongère vers heureux destin algérien.
En 2002 on a imputé l’intrusion du FNA sur l’échiquier
politique à la confusion du sigle FNA, alors nouveau, à celui du
FLN. En 2007, le ministre de l’Intérieur insiste pour dire que
l’intelligence du choix du sigle en est la principale cause de cette
ascension fulgurante. Qu’en dites-vous ?
Oui ça été dit lors des législatives de mai 2002 et je crois ce
n’est pas le ministre de l’Intérieur qui a avancé cette phrase
machiste de confusion entre les sigles FNA/FLN. Malheureusement, les
déclarations hâtives n’ont pas laissé de chances à l’analyse des
résultats et à la différence entre les deux sigles. Les électeurs
ont dû distinguer entre celui du FLN qui représente une main et le
sigle FNA présenté sous forme de d’une flamme. Mais lors des
locales, les électeurs ont démenti ces calomnies en doublant le
nombre de voix, ce qui a prouvé que le FNA est un parti populaire
algérien nationaliste où militent les fils de l’Algérie qui sont
contre l’import de préceptes économiques et culturels étrangers à ce
pays. Un parti clair aux idées lucides.
Après cinq ans de cette accusation discrétionnaire, le FNA a su
prouver qu’il est digne de la confiance du peuple qui distingue
entre les chiffres. Le n°1 attribué au FLN est bien distinct du n°7
donné au FNA ainsi que dans le classement les bulletins sont
éloignés mais pas aux deux extrémités. Les électeurs ont dit leur
mot et le FNA est bien ce grand parti qui grandit par les voix de
ses fidèles et de ses sympathisants et non par l’argent puisé dans
le Trésor public pour acheter les voix et vendre l’honneur de
l’Algérien. Nos voix sont proprement acquises et non en comptant sur
la fraude ou l’appui de l’administration.
Cette réussite n’est-t-elle pas due aussi au large parrainage
accordé aux candidats dissidents venant d’autres horizons
politiques comme le FLN, le RND, le FFS, le RCD... en ce sens que le
FNA s’est transformé en un refuge de la dissidence politique ?
Qu’en pensez-vous ?
Là encore, il y a erreur d’appréciation. Selon nous, cet espace
politique algérien nouveau a défini des statuts clairs qui ne
souffrent, jusqu’à preuve du contraire, d’aucune ambiguïté ou
amalgame. Dans les statuts du FNA, il est clairement stipulé
l’interdiction à militer ou postuler sous son égide à trois
catégories de gens : une personne née avant 1942 et ne pouvant
prouver qu’elle n’a pas agi contre les intérêts de la Révolution ;
une personne appartenant à un parti politique et les binationaux. En
dehors de ces critères, on ne peut empêcher l’adhésion d’Algériens
probants, intègres et propres, à la condition d’être convaincus des
principes du FNA et de s’engager à les adopter et les respecter. Les
nouvelles recrues s’élèvent à 1 300 nouveaux adhérents émanant des
partis de la mouvance nationaliste, démocrate, islamiste et
islahiste. Ces militants ayant milité ailleurs ont rejoint le FNA
après avoir justifié de leur démission.
Conformément à l’article
20 des statuts, tout militant du FNA est éligible et nous avons
donné instruction aux bureaux de wilayas de veiller à collecter les
candidatures qui étaient soumis à trois niveaux d’examen, sans
élimination ni classement ni substitution sauf en cas de recours.
Sur 1 112 listes électorales nous n’avons eu que 17 recours et 120
rejets que nous n’avons pas pu repêcher au regard du traitement très
sévère des listes du FNA qui ne bénéficiaient d’aucune des largesses
accordées aux autres formations.
Cela dit, parmi tous les
partis, nos listes électorales, conçues dans la démocratie totale,
étaient les plus propres. Il y a de quoi se féliciter puisqu’il n’y
avait pas de recours, pas de divergences ni des querelles entre
candidats d’une même liste. Nous ne sommes pas un parti parfait mais
cet élan témoigne, on ne peut plus, de notre intention de servir le
pays et non de se servir d’autant que nous avons l’esprit militant
et engagé pour provoquer le changement nécessaire dans notre pays.
Vous êtes accusés également, par des politologues, d’être
néoconservateurs. Que répondez-vous à cela ?
De par le monde, il n’est pas tabou de conserver son
appartenance, de conserver son identité et de sauvegarder l’amour
pour son pays, donc par conséquent exprimer son nationalisme. Ce
sont ces repères qui balisent la construction d’une économie, d’une
culture et d’une histoire, voire d’une civilisation. Le
conservatisme ne doit pas nous complexer. Il doit nous honorer, pas
le contraire. Ce sont le sentiment d’appartenance, l’amour de son
pays qui sont le leitmotiv de la défense des intérêts suprêmes du
pays et de la nation. Si aimer son pays est le conservatisme, nous
en sommes. Si le fait de défendre son identité et les intérêts de
son pays est un extrémisme, eh bien nous sommes extrémistes !
Comment appréhendez-vous ce mandat qui s’annonce difficile avec
l’apparition de la logique d’alliance qui l’a emporté sur la
majorité et qui a produit des APC avec des exécutifs mosaïque ?
Quelle sera votre attitude?
Nous n’avons pas à écarter qui que ce soit dans les communes que
nous aurons à gérer. Encore faut-il souligner que nous ne serons pas
exclus là où on est présent, parce que nous venons pour travailler.
Il ne faut pas oublier que l’APC est la première cellule de l’Etat,
donc on va composer avec ceux qui veulent travailler et non ceux qui
font des calculs et ont des desseins prenant l’intérêt du citoyen et
de la communauté en otage. Sinon, chacun est responsable devant le
peuple de la façon dont seront gérées les communes.
Comment vous allez procéder dans les communes que vous allez
gérer ?
En ce qui nous concerne, nous allons, en quelque sorte, faire
valoir nos engagements présentés dans notre programme électoral là
où nous avons la majorité absolue. Là où il y a majorité relative,
nous coordonnons avec les partis concernés. Ce qui ne veut pas dire
tel ou tel parti afin d’asseoir des assemblés cohérentes au service
de la communauté.
Pour ce qui est des alliances, nous allons procéder
préférentiellement au cas par cas, selon l’échiquier des élus locaux
qui se présente à nous. Il ne faut pas partir sur des bases fragiles
et éviter le piège des alliances standard. Nous œuvrons à faire
sortir les communes du concept de la coalition traditionnelle qui
n’a rien donné. Ou plutôt a causé du mal au projet d’Etat du
président de la République. Le tort de ces partis de l’alliance
présidentielle est de se cacher derrière le programme du chef de
l’Etat.
Est-ce à dire que vous n’êtes pas obnubilé par ce bloc
politique, maintenant que vous avez la stature d’un grand parti ?
Ecoutez, au FNA nous pensons autrement. Nous pensons qu’une
alliance doit être basée sur un programme initié d’un commun accord.
Le président de la République est venu avec un projet d’Etat et a
appelé au soutien politique des partis. Il est inconcevable
d’adhérer à un programme à la conception duquel nous n’avons pas
contribué. Il faut être convaincu dès le départ et il n’est pas
question de prendre le train en marche. Ces mêmes partis alliés ne
clament-ils pas, à tort ou à raison, que l’alliance est une
alternative conjoncturelle, pour revenir et dire que c’est une
initiative qui va faire des émules ? A notre avis, il y a un
problème de fond. Il faut être ou ne pas être.
Vous voulez dire être dans une autre alliance dont vous souhaitez
être partenaire à part entière, ou membre fondateur ?
Je veux dire être convaincu ou pas convaincu d’être parmi un groupe
politique. Il ne s’agit pas d’avoir un pied dedans et un pied
dehors. Notre vision est civilisationnelle, elle a des projections
sur les voies et moyens pour une prise en charge réaliste et
rationnelle des préoccupations du citoyen afin d’améliorer son
quotidien. Nous ne sommes pas figés, au FNA, dans des visions
limitées dans le temps ou par des approches électoralistes. La
problématique algérienne est comment appliquer un projet de société
et non un programme. Le président de la République est porteur de
projet, il n’a pas besoin de programme annuel. Celui-ci doit être
l’exercice du parti de la majorité ou d’une alliance qui doit mettre
en œuvre un programme dont elle a les tenants et aboutissants sur
une année, deux ans ou plus, dans le cadre de son projet sur la base
duquel il est élu. Chez nous, il y a amalgame dans les notions et
les préceptes, d’où l’échec patent constaté. Nous avons un projet
ambitieux et un programme colossal qui n’a rien réglé depuis 1999.
Nous avons énormément dépensé sans satisfaire les attentes
citoyennes en emploi, en logement, dans l’éducation, l’université,
le social. Les choses se sont paradoxalement aggravées. Et au lieu
de traiter ce déséquilibre entre l’évolution macroéconomique du pays
et la situation sociopolitique des Algériens, les partis de
l’alliance applaudissent en disant que tout va bien. Car on n’a pas
encore compris que le président est élu sur un projet et non sur un
programme annuel. Quant aux programmes annuels et sectoriels, ils
relèvent de la compétence des institutions parlementaires et
locales.
Concrètement, que feriez-vous sans prérogatives pour ces
assemblées élues ?
Je crois qu’un élu responsable et compétent n’a pas besoin de
l’administration pour l’orienter ou lui dire ce qu’il doit faire.
Vous me posez une autre problématique spécifique aux Algériens ; je
crois qu’elle est plus grave que la précédente. Le mal de nos élus,
c’est qu’ils se sentent responsables devant l’administration et non
devant le peuple. C’est là notre grand problème.
Nous, au FNA, nous nous attelons à rendre responsable l’élu devant
les électeurs et pas devant l’administration qui doit
l’accompagner dans son mandat et non le harceler et l’étouffer.
C’est cette culture qui manque hélas aux Algériens. Je ne crois pas
que l’administration mette des entraves pour celui qui travaille,
celui qui respecte ses engagements et est au service de la localité.
Si l’élu est honnête, correct et prouve qu’il est venu pour
travailler, je crois que le chef de daïra ou le wali s’en
féliciteront et seront à ses côtés. Il y a heureusement de bonnes
volontés à tous les niveaux de la responsabilité administrative et
de la responsabilité élue.
Quelle place occupe la femme au FNA ?
Globalement appréciable. Organiquement parlant, elle est membre
du bureau national, membre au conseil national. Elle est par
ailleurs quatre fois tête de listes APW. Elles sont quatre élues à
l’APW d’Alger par exemple, maire à Oran et vice-présidentes dans
d’autres APC. Elles sont nombreuses à siéger dans les APC. Elles se
frayent tant bien que mal leur chemin de femmes politiques. Au FNA,
on n’offre pas de cadeaux à la femme mais des places qui se
méritent. La femme doit militer d’abord…
Interview réalisée par Salah Bey
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |