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Appels à des négociations sans conditions
Les
Palestiniens sous une pression intolérable
Face à
l'intransigeance d'Israël sur le dossier des colonies, Washington se
retourne contre Mahmoud Abbas et l'invite, sans plus tarder, à
reprendre les négociations sans conditions.
Moins d’un mois
après avoir insisté sur le fait que Washington n’a pas changé de
position à l’égard du dossier des colonies, la secrétaire d’Etat
américaine Hillary Clinton a révélé vendredi que son département
travaillait à une reprise du dialogue «dès que possible et sans
conditions préalables» entre Palestiniens et Israéliens. Un appel
qui s’adresse directement au président de l’Autorité palestinienne
Mahmoud Abbas, sur la base d’un plan américain en vue d’un Etat
palestinien avant deux ans et qui porte sur un agenda parfaitement
favorable à Israël. Il s’agit de la relance immédiate des
négociations pour la proclamation de l’Etat palestinien, pour que le
dossier des colonies soit ouvert par la suite, avant de passer, dans
une seconde étape, à la question de Jérusalem-Est et des réfugiés
palestiniens. Un plan qui s’accompagne d’un délai, mais pas d’un
agenda et qui laisse aux deux protagonistes le soin de fixer
eux-mêmes le rythme avec lequel doit avancer chaque dossier.
Dans ce cadre,
Hillary Clinton a exprimé, une nouvelle fois, son souhait qu’il soit
mis fin au conflit, selon une vision américaine qui recherche la
synthèse difficile, sinon impossible, entre «l’objectif palestinien
d’un Etat indépendant et viable fondé sur les bases de 1967, avec
des échanges de territoires amiables», et l’impératif israélien de
«frontières reconnues compatibles avec la sécurité de l’Etat juif».
Rien que dans la
forme, avec cette précision partiale de «l’Etat juif», énoncée par
la chef de la diplomatie américaine, les Palestiniens ne pouvaient
que réitérer leur rejet de l’appel de Washington.
Dans une première
déclaration, le négociateur en chef palestinien, Saïb Ariqat, a
rappelé que «la reprise des négociations restait tributaire du gel
par Israël de la colonisation». Il est allé même plus loin en
expliquant que l’Autorité palestinienne ne changera pas d’optique
pour autant, puisque les Palestiniens continueront plutôt d’œuvrer
dans le sens de pressions américaines sur Tel-Aviv au sujet des
colonies. Inflexible, la position palestinienne n’est pas pour
autant fermée à la reprise des négociations, dans la mesure où, en
dehors de l’impasse provoquée par le gouvernement Netanyahu avec le
maintien de la colonisation des territoires occupés, Mahmoud Abbas
attend toujours que l’initiative américaine connaisse plus de
maturité et qu’elle jouisse de plus de soutien international afin
que cela puisse faire reculer les Israéliens sur le point de litige.
Des négociations qui, rappelons-le, avaient bien cours avant leur
suspension en décembre 2008 à cause de la guerre contre Ghaza. Et,
dans cette optique, le président palestinien insiste sur la feuille
de route de 2003, soutenue par la communauté internationale,
laquelle exige d’Israël «l’arrêt total de la colonisation, y compris
dans la ville d’Al Quds».
Mahmoud Abbas,
tout au long des mois de blocage qui ont marqué le second semestre
2009, n’a eu de cesse, aussi, de rappeler que les Palestiniens
avaient un accord avec la Maison Blanche pour travailler dans le
sens d’un gel des colonies.
Il semble
aujourd’hui que cet accord ne soit plus en vigueur et que
l’administration Obama ait décidé, face à la résistance du
gouvernement droite/extrême-droite israélien, de se rabattre sur la
partie palestinienne. Et Hillary Clinton de justifier ce
retournement par un effet de rhétorique, en affirmant que, de toute
manière, résoudre la question des frontières et celle de Jérusalem
revient à solutionner la question des colonies».
Par ce recentrage,
les Palestiniens ont perdu le soutien qu’ils croyaient avoir acquis
de la part de Barack Obama et qui donnait lieu à des projections
plus optimistes sur les chances d’une sérieuse relance du processus
de paix.
Le problème, c’est
que les Palestiniens font plus que revenir à la case départ. Soumis
à la pression des Américains, auxquels il doit une réponse qui
concilie la cause palestinienne et la nécessité de préserver ce qui
reste de leur soutien, Mahmoud Abbas a entamé cette semaine une
tournée dans certains pays arabes du Moyen-Orient. Les soutiens
varient, on le constate, d’une capitale à l’autre, et il apparaît
que les Arabes ne préconisent pas les mêmes solutions à l’impasse du
processus de paix. Depuis quelques jours et dans ceux à venir, des
informations contradictoires circulent sur les positions des uns et
des autres, dans la foulée d’un ballet diplomatique des responsables
arabes à Washington, animé notamment par ceux qu’on appelle l’aile
modérée. Et beaucoup d’observateurs traduisent cette agitation par
de nouvelles pressions américaines sur les pays arabes directement
impliqués dans la dynamique régionale afin d’amener les Palestiniens
à se départir de leurs préalables.
Avec la tension
entre Washington et Baghdad sur le dossier Blackwater, le scandale
des défaillances de services de sécurité américains dans l’affaire
de l’attentat manqué du vol Amsterdam-Détroit et celui qui a couté
la vie à 7 agents de la CIA en Afghanistan, mais aussi le camouflet
infligé par Téhéran qui n’a toujours pas répondu à l’offre de
dialogue américain, dont l’ultimatum est épuisé depuis le 31
décembre dernier, l’administration américaine vit des heures
difficiles qui la poussent à chercher à se rattraper par un exploit
dans le dossier du Proche-Orient. Et dans ce contexte d’une chute
sans précédent de la popularité de Barack Obama, la Maison Blanche
compte s’appuyer sur ses traditionnels alliés arabes dans la région
pour réaliser la relance tant attendue des négociations entre
Palestiniens et Israéliens. Un plan qui prend, par ailleurs, le soin
de se renforcer par la diffusion continue de rumeurs et
d’information non vérifiée sur l’adhésion de tel ou tel pays arabe à
l’initiative américaine, dans l’objectif de jeter un climat de
suspicion général et de neutraliser la concertation interarabe qui
s’est accélérée ces derniers jours.
Certes,
aujourd’hui Washington peut compter sur un affaiblissement de
l’Autorité palestinienne, au plan intérieur et extérieur, une
annulation de «l’aura» gagnée par le Hamas à l’issue de sa
résistance à Ghaza, par le bouclage des frontières avec l’Egypte et
l’aggravation de la situation humanitaire dans l’étroite bande. Mais
sous ces dehors où les Palestiniens apparaissent comme les victimes
de pressions intolérables, rien n’est encore perdu. Deux éléments
sont là pour dire que le plan américain, profitable à Israël et
cautionné par certains de leurs alliés, n’est voué qu’à l’échec. Le
premier, c’est cette relance inespérée de la réconciliation
palestinienne et la rencontre sur laquelle plus personne ne tablait
entre Mahmoud Abbas et Khaled Machaal, prévue dans quelques jours.
Le second, sans
doute décisif en cette phase, c’est l’annonce de Mahmoud Abbas de
son refus de se représenter pour un autre mandat. Le président
palestinien, sur le départ, s’est placé dans la posture d’un acteur
qui n’a plus rien à perdre et contre lequel aucun chantage n’est
possible.
Par Nabil
Benali
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Hystérie sécuritaire après un attentat raté
Pourquoi pas un
scanner pour connaître vos pensées les plus intimes ?
Un déploiement de
scanners comme un déploiement de force. L'objectif : contrer les
tentatives d'attaques terroristes contre les avions au lendemain de
l'attentat manqué du 25 décembre dernier. Un des moyens préconisé,
un scanner qui déshabille les passagers.
Ce n’est pas un
gadget pour pervers. Ce n’est pas des lunettes à rayon X comme on en
vendait dans les années 70. Il s’agit d’un scanner qui interprète la
réflexion d’ondes millimétriques. Cette technologie permet de voir
si sous les vêtements se trouvent des dispositifs particuliers ou
des armes. Une incursion dans l’intimité que permet la technologie
au nom de la préservation de la sécurité. Une incursion dans
l’intimité avant des actes supposés sur des présumés coupables. Et
si pour plus d’efficacité, on essayait de percevoir l’intimité des
pensées et de scruter les cerveaux avant que les gens ne passent aux
actes ?
Cela n’a rien de
la science-fiction. Des chercheurs britanniques ont indiqué dans un
article publié au mois de mars dernier que l’on pouvait déduire ce
que des individus voyaient dans un environnement virtuel en
analysant l’activité de leur cerveau. Il ne s’agit pas de savoir si
le cerveau est en activité, cela on sait le faire depuis longtemps,
mais bien de «voir» ce que des gens voient dans leur cerveau et
«lire leurs pensées» grâce à des techniques d’imagerie médicale.
L’étude concernait
l’hippocampe, cette petite zone du cerveau située derrière les
tempes. Théoriquement, on le sait depuis longtemps aussi,
l’hippocampe collabore dans le rappel des souvenirs et dans la
prévision et la visualisation d’événements futurs. Il est aussi
partie prenante dans la représentation et l’orientation dans
l’espace qui entoure l’individu.
Les chercheurs du
Centre Wellcome Trust de neuro-imagerie (University College de
Londres), c’est là où cela s’est passé, ont examiné l’activité des
neurones de l’hippocampe en mettant des sujets dans des réalités
virtuelles où ils devaient «se déplacer». En explorant cet espace
prédéfini, les scientifiques, à l’aide de l’imagerie par résonance
magnétique à haute résolution, analysaient le cerveau des sujets, et
plus attentivement leur hippocampe.
Quand la
médecine s’en mêle
La technique
d’imagerie par résonance magnétique est connue dans le monde
médical. Elle permet de mesurer les changements du flux sanguin dans
le cerveau et permet ainsi une évaluation de l’activité des cellules
nerveuses.
En s’intéressant
singulièrement aux «cellules de lieu» de l’hippocampe, ces neurones
spécialisés dans la détection de ce qui environne les individus et à
l’aide d’un programme informatique, les données sur l’activation de
l’hippocampe qui ont été ainsi recueillies ont été ensuite
analysées, en rapport avec les lieux visités par les sujets.
En regardant les
données du cerveau, les chercheurs ont pu prédire exactement où les
sujets étaient situés dans l’environnement virtuel. Les
scientifiques ont pu «lire» la mémoire spatiale des sujets.
Cette découverte a
permis de déduire des informations précises à partir de l’activité
cérébrale indiquant que les informations spatiales sont archivées
dans l’hippocampe de manière déterminée, et qu’il existe un modèle
dans le codage des souvenirs.
Un codage de
l’information dans l’hippocampe, c’est cela la véritable découverte.
On indique toutefois que cette étude ouvre des voies intéressantes
dans la compréhension des maladies neurodégénératives telles que
l’Alzheimer. On souligne aussi que c’est une avancée, certes
modeste, mais réelle dans la lecture de l’esprit, puisqu’en
observant seulement l’activité des neurones, les chercheurs ont été
capables de dire à quoi pense le sujet.
C’est probablement
un aspect que ne manqueront pas de voir les développeurs de systèmes
de sécurité. Les résonnances des ondes magnétiques, les rayons X,
étaient également, dans un premier temps, utilisés à des fins
d’imagerie médicale et étaient censées apporter du bonheur à
l’humanité.
Evolution
régressive
L’évolution des
technologies a permis de développer des moyens pour mieux
appréhender les menaces et les questions de sécurité. Dans ce
domaine, nous sommes allés très loin même si on peut comprendre que
le bonheur de l’humanité tient aussi à la maîtrise des menaces qui
planent sur les têtes des humains.
On peut aussi
digresser longtemps sur les moyens que la technologie a permis de
développer pour assurer la sécurité des uns tout en menaçant celle
des autres.
Une arme de
dissuasion nucléaire est aussi une menace nucléaire, faut-il le
préciser. Sans s’égarer, on peut toutefois voir clairement la dérive
de ces moyens développés pour justement protéger les individus et
même préserver leur liberté tout en ayant accès à leur intimité –
pour le moment uniquement, mais on voit bien que les choses
s’accélèrent – sans que l’on ne voit des intellectuels et des
leaders d’opinion hurler au scandale.
Aujourd’hui, les
remises en question sont bien timides. Le débat avait certes déjà eu
lieu en Europe en 2008. On prévoyait déjà l’installation de scanners
corporels à titre expérimental. Cette fois, il semble qu’il y a
urgence à les installer dans le plus grand nombre d’aéroports
européens – aux Etats-Unis c’est déjà fait – en attendant de voir
cette condition posée par les organisations de l’aviation civile.
Cela porte un risque, celui de voir les avions de certaines
compagnies interdits d’atterrissage dans certains aéroports faute
d’avoir installé des scanners corporels aux aéroports de départ.
Verra-t-on des fondamentalistes refuser de prendre l’avion pour ne
pas avoir à exhiber leur «a’oura» à des agents de l’ordre ? Ou bien
est ce que «al hadja» la nécessité, ce laisser-passer dogmatique, va
permettre de voir ces scanners s’installer partout ? En Europe, un
certain nombre d’organisations, considérées pour certaines comme des
réunions de hurluberlus des droits de l’homme, ont commencé à lancer
des pétitions indiquant que ces scanners corporels vont grever les
budgets publics tout en soulignant que l’efficacité de ces appareils
n’est pas encore démontrée. Pour eu, il s’agit d’une dévrive
sécuritaire du même acabit que celle observée avec la
vidéosurveillance généralisée ou le stockage de données privées. En
fait, il s’agit de mettre dans la balance l’impératif sécuritaire
d’une part et la dignité, l’intégrité physique ainsi que le respect
de la vie privée de l’autre. Cela fait pencher la raison d’un côté
évidemment, mais est-ce suffisant ? On dénonce également le peu
d’informations sur l’impact sur la santé humaine des radiations
émises par les scanners. Dans le même temps, ces appels sont bien
timides et on se rend bien compte que ce sont les gouvernements et
les élus dans les démocraties qui doivent s’opposer à l’installation
de ces scanners. En attendant, même le débat autour de ces appareils
n’a pas encore commencé.
Et puis, on le
sait bien, lorsqu’on se met à parler de sécurité, la place du débat
devient plutôt congrue. Et comme c’est pour le bien de tous… alors,
pourquoi débattre.
Par Amine
Esseghir
Pour plus de
détails sur les études sur l’hippocampe, Demis Hassabis et ses
collaborateurs détaillent leurs travaux dans l’article «Decoding
Neuronal Ensembles in the Human Hippocampus», publié le 12 mars 2009
dans la revue Current Biology. http://www.cell.com/current-biology/abstract/S0960-9822(09)00741-6
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