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Semaine du 13 au 19 août 2008

 

A quelques mois de la présidentielle

Où en est le FLN ?

Inflation et pouvoir d'achat
 La vie de plus en plus chère

Pourquoi l’économie ne décolle-t-elle pas ?

Soyons sérieux !

Privatisations

Quel échec ?

La réhabilitation et le développement  des chemins de fer bénéficient d’un solide intérêt du gouvernement

Une nouvelle stratégie à mettre sur rails

Notes de vacances

Les émigrés font le plein… d’économies

 

 

 

 Nation


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A quelques mois de la présidentielle

Où en est le FLN ?

Après une traversée du désert des plus coûteuses, le long cheminement pour la restauration du FLN comme parti dominant dans la vie politique a failli connaître son aboutissement. C’était en mai 2006, quand Belkhadem s’emparait de la chefferie du gouvernement. L’heure était venue alors pour l’ex-parti unique de renforcer définitivement et durablement sa position au sein des rouages de l’Etat. Sa stratégie reposait sur deux projets essentiels : l’amnistie générale et la révision de la Constitution. Deux ans plus tard, à quelques mois de la présidentielle, où en est vraiment le FLN ? 5e partie

Tout comme l’idée de l’amnistie générale, le projet de la révision constitutionnelle n’est apparu dans le discours du FLN que depuis le fameux huitième congrès-bis de janvier 2005. Un congrès à l’issue duquel les statuts du parti ont été amendés, offrant le poste inexistant jusqu’alors de président à Abdelaziz Bouteflika, réélu six mois plus tard à la présidence de la République. Ce «cadeau» du FLN au chef de l’Etat lui sera présenté comme une offre qu’il lui était pénible de refuser, car bien qu’absent des travaux du FLN et tout bonnement en voyage à l’étranger, M. Bouteflika l’acceptera du bout des lèvres, tacitement pour ainsi dire, sachant pertinemment que tout rejet de sa part serait synonyme de l’échec sans remède du congrès du FLN et de la relance de sa crise politique et organique. Il est d’ailleurs permis de douter que la présidence du parti eut été offerte à M. Bouteflika si le FLN n’était pas en proie à de profondes divisions, sachant que seule une nouvelle victoire, ou ce qui devait sembler comme tel aux yeux de la base, pouvait en ces circonstances ressouder de nouveau ses rangs. L’on en veut pour preuve que cette présidence, qui n’était formellement qu’honorifique, sera vite défendue par le secrétaire général de l’instance exécutive comme une présidence réelle et effective.

Abdelaziz Bouteflika, pour sa part, ne s’est jamais présenté sous cette qualité, n’a jamais assisté à des travaux d’aucune instance du parti et tout ce qu’on pourrait lui reconnaître, c’est le fait d’avoir rappelé, au tout début de son premier mandat, quelque préférence pour sa famille politique naturelle qu’il n’a jamais quitté.

Cette affaire de présidence du parti, que même le FLN fut amené à rappeler de moins en moins d’ailleurs, est à relativiser, vu que Abdelaziz Bouteflika s’est vu offrir entre temps une bonne dizaine d’autres présidences d’honneur d’organisations nationales.

Mais au regard de la situation du FLN et de la crise qu’il a connu, il s’agissait de fournir à la base un motif suffisant pour permettre la réconciliation entre «redresseurs» et «légalistes» (nouvelle appellation des ex-pro-Benflis) et prétendre ainsi avoir réalisé une hégémonie sans égale du parti sur toute la pyramide des institutions élues de la République. Cette affaire de présidence du parti, si l’on insiste dessus, c’est parce qu’elle fut aussi une victoire sur les autres partis de l’Alliance présidentielle qui assisteront impuissants, ou alors conscients des enjeux dépassant les cadres partisans, à la confiscation d’une victoire qui fut pourtant commune à la présidentielle de 2004. C’est donc pour donner davantage de puissance à cet élan de conquête que le FLN sortira son projet de révision constitutionnelle qu’il déclinera comme centré sur deux éléments essentiels : la suppression de la limitation des mandats présidentiels et le renforcement du régime présidentiel.

Les divergences de l’Alliance

Une commission a été instituée à cet effet six mois plus tard, laquelle accouchera dit-on de plusieurs propositions, dont la plus connue (publiée par Le Jour d’Algérie l’été 2005) aurait été, selon les dirigeants du FLN, transmise à El-Mouradia. Cette mouture, en dehors des autres et notamment de celle de Amar Saadani qui portait sur une présidence à vie de Abdelaziz Bouteflika, supprimait le fameux alinéa 2 de l’article 74 portant limitation à deux mandats présidentiels ainsi que le poste de chef du gouvernement, remplacé par celui de vice-président.

Pareille mouture, qui une fois révélée à l’opinion sera défendue par le FLN comme la solution inespérée pour clarifier une bonne fois pour toutes «la nature du régime», obéissait en toute logique à la cohérence interne du remède recherché contre la crise du FLN. Le président du FLN étant le président de la République, il convenait alors pour continuer d’aller de l’avant en donnant toute sa durabilité à la nouvelle position acquise de faire durer le pouvoir du Président en poste et, si possible, par le biais de la nouvelle Constitution, renforcer davantage ses pouvoirs. Tel était l’objectif unique de la campagne du FLN pour la nouvelle Constitution. Une Constitution qui devait être adoptée par voie référendaire, comme un événement fondateur, au vu de cet acte inaugural d’un système politique nouveau pour l’Algérie – encore que le FLN n’a jamais démontré de façon convaincante que le régime actuel n’était pas déjà suffisamment présidentiel…

Mais sitôt engagé dans cette voie, le FLN rencontrera très vite ses premiers déboires. Ils viendront non pas de l’opposition qui avait adopté une position attentiste, mais du RND et du MSP qui freineront des quatre fers. Ahmed Ouyahia et Abou Djerra Soltani, en dépit de toute la pression mise par Abdelaziz Belkhadem, adoptent la ligne «légaliste» et préfèrent attendre que le chef de l’Etat se prononce, déniant à toute autre partie le droit d’initier cette fameuse révision, le FLN s’entend. Cette guerre de position dure depuis l’été 2005 à ce jour, malgré le discours du chef de l’Etat de juillet 2006 lors duquel il s’est prononcé pour un référendum sur la révision constitutionnelle avant la fin de la même année. Car cet événement tant attendu, et attendu encore à l’heure actuelle, ne venait toujours pas. Et pendant que A. Belkhadem commençait à user de sa crédibilité en annonçant à chaque fois des échéances qui s’avéraient fausses, le RND finira par avouer sa préférence pour un simple amendement par voie parlementaire de l’article 74, tandis que le MSP s’interdira de mettre la charrue avant les bœufs et jouera la carte du respect de la Constitution en vigueur.

Le MSP, ne sachant la direction du vent, éludera d’ailleurs de trancher la question comme on évite la peste, jouant la montre sous couleur de subites divergences internes, comme on l’a vu lors de son dernier congrès.

On pourrait minimiser de l’importance du RND et du MSP, qui ne sont que deux partis politiques dans un système comme le nôtre où on ne résiste pas longtemps aux désirs du Président. Mais ce serait commettre une erreur d’analyse. Les divergences au niveau de l’Alliance présidentielle sur une affaire aussi décisive que la révision de la Constitution et le troisième mandat ont eu de sérieuses répercussions sur le projet pour lequel le FLN n’a cessé de faire pression sur Bouteflika, parce que de nos jours, modifier la Constitution n’est pas une affaire aussi simple qu’elle l’était il y a vingt ou trente ans. Pareil acte politique exige un large consensus social et une forte adhésion populaire, à l’heure où le niveau de la démocratisation d’un pays conditionne son intégration dans la communauté internationale. En d’autres termes, le peu d’enthousiasme affiché par le RND et le MSP à suivre le FLN dans cette voie a empêché que s’élabore ce consensus indispensable et que ce dernier prenne tout son relief affiché au grand jour.

Quel consensus ?

La tactique du FLN pour contourner cet obstacle a été de faire appel à d’autres organisations de masse, à d’autres partis politiques et à des collectifs de la société civile à l’intérieur du pays. Une campagne sera lancée fin 2007 plusieurs semaines durant, lors de laquelle l’on verra se multiplier les appels pour un troisième mandat à Abdelaziz Bouteflika à l’issue d’une révision de la Constitution. Une campagne qui redoublera d’ardeur avec le soutien de l’UGTA, qui a failli jouer son effet habituel, mais surtout grâce à l’annonce de la fin de la convalescence du chef de l’Etat, sachant l’importance d’une telle annonce depuis la fausse importance prise par la maladie du Président.

Sauf que ce dernier ne se prononçait toujours pas.

Malgré toute cette pression mise sur le RND et le MSP, malgré l’effet créé qui fera dire aux commentateurs les plus sceptiques que la révision était désormais imminente, Abdelaziz Bouteflika ne se prononcera pas. Attendu le 24 février, puis le 16 avril, puis le 1er mai, puis le 19 juin et, enfin, le 5 juillet de cette année, le discours annonçant la révision de la Constitution ne vient toujours pas, plongeant l’opinion nationale dans une attente encore plus intenable, tandis que le gouvernement et les parlementaires sortent en congé avec l’idée d’un possible rappel à tout moment.

Qu’est-ce qui retarde cette annonce bien que tout indique aujourd’hui que les conditions sont réunies mieux que jamais pour y procéder, d’autant que le RND d’Ahmed Ouyahia (de retour au gouvernement avec un départ à l’arrière-goût amer en mai 2006) a fini par épouser la voie du troisième mandat ?

La réponse n’est pas ailleurs que dans la manière avec laquelle le consensus définitif sur cette affaire de révision constitutionnelle semble s’être enfin construit et dont la déclaration qui a sanctionné le dernier congrès du RND constitue un indice éloquent. A bien la lire, le soutien à la révision de la Constitution et celui au troisième mandat sont mis sur un pied d’égalité. Plus explicitement, le RND semble ne soutenir la révision de la Constitution que pour offrir la possibilité à A. Bouteflika de se représenter pour un troisième mandat. Sans plus.

En d’autres termes, le RND, qui fait semblant d’avoir changé d’opinion, ne fait que se redire : oui à un amendement de l’article 74 et Ouyahia ne se présentera jamais contre Bouteflika, entendre qu’il ne s’opposera jamais à son pouvoir ni à son ambition de le garder.

Le RND, pris dans le tourbillon de la surenchère et surtout ne pouvant se permettre le conflit frontal, a été pressé de trouver une reformulation de ses positions antérieures (tandis que le MSP continue à se faire le mort par rapport à cette question).

On est loin, malgré toutes les apparences dont il faut toujours se garder, de la révision constitutionnelle voulue par le FLN et sur laquelle le parti espérait s’appuyer pour opérer une redistribution des cartes au sein du système politique. Une révision qui redessinera le jeu institutionnel, avec un Exécutif nouveau et un Parlement autre, mais surtout avec un président de la République encore plus au centre de la vie nationale. Cette révision-là, si elle finit tout de même par avoir lieu, n’a cependant toujours pas le soutien du RND et, objectivement, aussi, celui du MSP. Elle n’a pas non plus la caution du PT dont la dirigeante est pourtant proche de A. Belkhadem ni de l’opposition.

Le FLN aurait eu beaucoup plus de soutiens, pourtant, s’il était parvenu à mettre en œuvre son projet d’amnistie générale, si la réconciliation nationale s’était réalisée comme il la voulait. La situation et le paysage politiques en auraient été autres et rien n’aurait été plus facile que de dépasser ce cadre si étroit et si gênant de l’Alliance présidentielle avec lequel il se trouve obligé de composer, pour ainsi dire, au détriment de sa propre santé.

(A suivre)

Nabil Benali

 

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Inflation et pouvoir d'achat
La vie de plus en plus chère

Au premier semestre de l'année 2008, le taux de l'inflation a atteint 4,9%. Le chiffre publié par l'Office national des statistiques (ONS) se rapproche assez de celui fourni par le Fonds monétaire international (4,5%). Cette progression de l'inflation, enregistrée depuis des années, signifie une seule chose : la vie devient de plus en plus chère en Algérie et les citoyens ont un mal fou à joindre les deux bouts.
En fait, cette tendance à la hausse n'a pas cessé tout au long des dernières années. Pour preuve, en comparaison avec la même période de l'année 2007, il est constaté une évolution de l'inflation autour de 2,5%. Les consommateurs, qui ont bien ressenti ces hausses de prix, ne savent plus à quel saint se vouer. En effet, pour l'année en cours, l'ONS a enregistré  une augmentation de 9,2% pour les produits alimentaires et 4,5% pour les produits agricoles frais. Autrement dit, les produits de large consommation ainsi que les légumes et les fruits n'ont pas échappé à cette hausse. Les prix des huiles et des graisses ont évolué de 44,8%, le café, les infusions et les thés de 29,2%, les fruits de 17,9%, le poisson frais de 17,5%, le lait et ses dérivés de 8%... Un grand souci pour les ménagères qui ne savent plus quoi mettre dans leurs couffins et comment ruser pour nourrir toute une famille. Car au rythme où vont les choses depuis quelques années, il n'est pas facile de gérer les dépenses familiales entre les charges de la maison, les dépenses pour la nourriture et l'habillement et les autres frais qui arrivent souvent à l'imprévu. En effet, quand la fin du mois est bien loin et qu'il est encore tôt pour empocher son salaire, des frais imprévus s'annoncent de façon impérative : une maladie qu'il faut soigner, un équipement de la maison qu'il faut absolument réparer ou remplacer, des articles scolaires dont les enfants ont besoin, des chaussures qu'il faut remplacer… Quand l'argent manque, beaucoup de dépenses se rappellent à notre souvenir. Une situation bien difficile, il faut le dire, car les salaires actuels ne suffisent pas à prendre en charge toutes les dépenses.
Le SNMG est encore insuffisant
Il y a quelques années, quand l'UGTA demandait au gouvernement une augmentation de salaires conséquente, une étude avait été réalisée qui a abouti à la nécessité d'avoir un salaire minimum garanti de 25 000 DA pour qu'une famille puisse vivre correctement. Le SNAPAP a, pour sa part réalisé une étude à travers laquelle les dépenses d'une famille algérienne sont divisées comme suit : produits de base alimentaire, dépenses pour les soins médicaux, frais scolaires, loyer, énergie, eau. Résultat : pour tout cela il faut au moins un salaire de base de 33 000 DA. Mais curieusement, quand à l'issue de la tripartite, le gouvernement avait accepté l'idée d'augmenter les salaires des travailleurs, le SNMG a été fixé à 12 000 DA. Si les syndicats autonomes avaient rejeté cette augmentation jugée insuffisante, la Centrale syndicale n'a rien trouvé à redire elle qui, pourtant, estimait qu'un salaire de base de 25 000 DA serait juste assez suffisant pour les dépenses courantes.

Inutile dans ce cas d'envisager un budget pour les loisirs ou les vacances. Et c'est un peu normal car, c'est le signe évident que le pouvoir d'achat n'est plus ce qu'il était quand les prix des produits de large consommation étaient encore soutenus par l'Etat. L'instauration de l'économie de marché et la libéralisation des prix ont fait que la classe moyenne, qui vivait correctement il y a seulement quelques années, est sur le point de disparaître, absorbée par l'apparition d'une frange de la société qui brasse des sommes d'argent astronomiques, habite dans des villas luxueuses et fréquente des magasins où la moindre babiole coûte une fortune. La classe moyenne est en train de devenir pauvre. C'est une vérité des plus palpables et des plus tristes. Elle est le résultat d'un choix économique où l'Etat n'a pas pensé à prendre des mesures pour assurer le minimum aux consommateurs qui se retrouvent maintenant à se battre pour pouvoir survivre. C'est pour cela d'ailleurs que l'on voit chaque fois plus d'enfants investir le monde de l'emploi, informel s'entend, en contradiction avec la législation du travail. Cette législation ne peut rien contre les petites têtes qui sillonnent les plages en proposant aux estivants beignets, m'hadjeb, thé fait maison ou boissons fraîches, ou quand elles choisissent le bord des autoroutes, au plus grand péril de leur vie, pour y vendre poteries, petits souvenirs, galettes, maïs ou tout autre produit qui pourrait intéresser les automobilistes qui, parfois, s'arrêtent pour leur acheter quelques articles.
Relancer le secteur agricole
Les observateurs expliquent cette évolution de l'inflation par l'augmentation des prix des matières premières sur les marchés internationaux. C’est le résultat aussi de la flambée des prix du pétrole. Le processus est très simple : le prix des hydrocarbures augmente, il fait augmenter par la même occasion les coûts des matières premières. Les pays qui importent le plus de matières premières se retrouvent à les payer plus cher et cela fait  automatiquement augmenter le prix des produits finis. L'Algérie qui, à chaque fois, recourt aux importations pour  éviter que des problèmes ne surviennent suite à une pénurie signalée ou à l'augmentation excessive d'un produit sur le marché local, sait très bien qu'il faut souvent payer cher les produits importés.

Cette situation n'est pas sans menacer notre sécurité alimentaire et fait de nous un pays dépendant. En effet, en 2007, la facture alimentaire avait atteint la somme de 4,8 milliards de dollars. Il est certain que la solution de l'importation étant la plus facile, les factures n'en seront que plus importantes pour les années à venir. Les choses ne pourront pas continuer ainsi indéfiniment car l'argent du pétrole qui sert, pour le moment, à couvrir ces frais, ne sera pas toujours disponible. La famine sera-t-elle notre lot ? Car, à ce moment là, ce n'est plus de pouvoir d'achat dont il sera question mais de survie.

Il est encore temps de se rattraper et de mettre en place une politique qui assure une vraie relance pour le secteur agricole, pourvoyeur de toutes les richesses, dont l'exploitation n'est pas au mieux. Les spécialistes le disent clairement, l'inflation aurait été beaucoup plus importante si le mois de juin n’avait été si clément. En effet, l'abondance des produits agricoles frais a sérieusement endigué la flambée des prix. Le prix de la pomme de terre a baissé de 15,6% alors que les autres légumes de façon générale ont connu une baisse de 25% par rapport aux mois passés. Voilà une raison bien indiquée pour penser à une relance du secteur agricole. C'est notre seul garant d'avoir toujours de quoi manger à des prix raisonnables.
Khadidja Mohamed Bouziane

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Pourquoi l’économie ne décolle-t-elle pas ?

Soyons sérieux !

Le chef de l’Etat a fait un constat d’échec cinglant des réformes économiques. Les réponses que les responsables tentent d’apporter sont aussi maladroites qu’intempestives.  

Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a déclaré sèchement que les privatisations ont été un échec et que la démarche était mal engagée. On peut cependant élargir le constat à tous les segments de l’économie nationale sans risque de se tromper. Ce n’est pas uniquement la démarche de privatisation qui a subi d’importants revers, c’est tout le processus de l’ouverture économique qui était biaisé dés son entame. Combien de milliards de dollars engloutis dans l’assainissement des entreprises, dans les réformes bancaires qui se sont avérés inconséquentes. Les sommes colossales dépensées dans ces programmes  inefficients dépassent l’imaginaire, près de 200 milliards de dollars selon des bilans approximatifs. Le résultat est là : les entreprises plusieurs fois assainies n’ont pas repris, au contraire, elles ont fermé et attendent toujours preneurs. Les banques, quant à elles, continuent toujours à fonctionner de manière archaïque pénalisant ainsi le nerf du développement de l’économie nationale. Ce n’est pas surprenant d’apprendre, alors, que la dernière note de conjoncture de la Banque d’Algérie fasse état d’un taux de rentabilité de 28% pour les banques étrangères installées en Algérie. Un taux de rentabilité qui n’est réalisé dans aucun pays, constatent les observateurs. Les autorités qui ont à chaque fois applaudi l’arrivée et l’installation de ces institutions financières ont fini par apprendre à leurs dépens que l’opération profitait beaucoup plus aux banques étrangères qu’à l’économie nationale, parce que ces banques ont préféré, on peut même dire qu’elles se sont fixé comme seul objectif d’investir dans le créneau du crédit à la consommation. L’on se lamente aujourd’hui sur les conséquences de certaines décisions prises très maladroitement. Beaucoup de banques publiques auraient réalisé les mêmes profits et le même taux de rentabilité si elles n’avaient pas été empêchées d’investir ce circuit porteur du crédit à la consommation. La CNEP et la BADR, qui ont suscité un réel intérêt pour les consommateurs de crédits, notamment pour l’acquisition de véhicules neufs, ont été stoppées net dans leur élan. Certainement pour encourager l’essor des institutions bancaires étrangères. L’argument était de retourner ces banques à leur vocation première : la première la promotion du logement et la seconde l’agriculture.

Quelle est, en effet, cette règle qui empêche une banque de diversifier ses produits ? Aucune. Le hic est de se rendre compte aujourd’hui de cette maladresse et de faire le constat suivant : les institutions financières étrangères (Cetelem entre autres) refusent de financer des projets qui sont à même de contribuer au redressement de l’économie nationale. Trop tard pour rattraper le coup ! Le gouvernement, qui essaie de remédier à cette situation tente tout de même d’obliger les banques étrangères de regarder, un peu, dans la direction du financement des entreprises. Un refus aurait été signifié à Société Générale de procéder à un emprunt obligataire. Elle serait autorisée à le faire, selon des informations répercutées par la presse, à la seule condition d’abandonner, un tant soit peu, le crédit à la consommation au profit du financement de projets industriels jusque-là pris en charge uniquement par les banques publiques. Si une telle démarche semble légitime à plusieurs égards, elle renseigne, cependant, sur la cacophonie et l’incohérence de la politique de développement de l’économie nationale dans tous ses compartiments. Elle donne l’air de fonctionner au jour le jour, au lieu de se fonder sur une véritable stratégie avec des objectifs bien définis. Peut-être que l’installation de l’éminent économiste Sid Ali Boukrami comme commissaire au plan au ministère des Finances obéit-il à cet impératif de réfléchir sur le court, le moyen et le long terme.

Décisions maladroites

Dans la foulée de ces anomalies, l’on peut évoquer aussi la problématique des investissements étrangers en Algérie. En dehors des marchés pris dans le cadre des programmes de réalisation des infrastructures de base et dans le secteur des hydrocarbures, force est de constater que les investissements se font très rares. Le point noir que constitue la décision du constructeur automobile français Renault d’aller s’implanter au Maroc plutôt qu’en Algérie ou il réalise des records en terme de vente de ses produits fait couler encore beaucoup d’encre. L’événement, qui a défrayé la chronique économique maghrébine, montre combien sont incapables ceux qui tiennent les leviers de l’économie nationale de rendre la destination Algérie attractive pour les capitaux étrangers. Mais l’affaire Renault, et avant celle de Daewo, un autre constructeur automobile qui a fui le pays dans les années 1990, est loin de servir de leçon.

Le ministère des Finances a cru appropriée la décision qu’il a prise récemment d’instaurer une taxe à l’achat d’un véhicule neuf. Si une telle mesure sanctionne les consommateurs en réduisant encore plus leur pouvoir d’achat, elle porte aussi les relents d’une décision punitive envers les marques qui commercent leurs produits en Algérie. L’argentier du pays avait bien déclaré que si les concessionnaires voulaient bien produire en Algérie, des facilités leur seraient accordées. Karim Djoudi dit à demi-mot que celui qui voudrait garder sa part du gâteau n’a qu’à implanter son usine chez nous. De l’avis de beaucoup  d’analystes, ce n’est pas de cette manière qu’on peut convaincre l’investisseur étranger de venir en Algérie. Cela est valable et pour le secteur de l’automobile et pour les autres domaines. Combien de promesses faites par les investisseurs arabes – plus de 100 milliards de dollars – sans que les projets étalés sur la place publique ne soient concrétisés ? Pourquoi les véritables investissements nous boudent-ils ? Le problème est certainement ailleurs. Il est dans l’incapacité des autorités politiques d’instaurer un climat sain pour les affaires, dans l’incapacité de se doter d’un véritable réseau bancaire et d’un système financier débarrassé des archaïsmes. Et dans l’incapacité de mettre en place un réseau d’investisseurs nationaux susceptible de jouer le rôle de locomotive pour l’économie nationale. C’est tout cela qui fait défaut à cette dernière qui, malgré une embellie financière sans précédent, n’arrive pas à décoller. Le chef de l’Etat a annoncé tout récemment que l’Etat algérien a investi, depuis 2001, 200 milliards de dollars. Mais tout porte à croire que cela a été englouti dans les infrastructures de base.

Mohamed Gacem   

 

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Privatisations

Quel échec ?

Depuis quelque temps, le discours ambiant est passé du triomphalisme sur le bilan de la privatisation au pessimisme  le plus total. Pourtant, en sept ans, ce sont plus de 33% du secteur public qui ont été liquidés.

Depuis les déclarations de Abdelaziz Bouteflika sur la privatisation, les supputations et les faux scoops se multiplient sur les décisions d’Ahmed Ouyahia et qui ont fini par créer une impression que le gouvernement serait à la veille d’une révision stratégique de sa politique de privatisation. On parle de changement de méthodes, de nouvelles évaluations, de réformes législative et institutionnelle et, pour les plus farfelues des versions, on évoque même l’abandon de la privatisation.

C’est que la privatisation, et peut-être est-ce la faute aux protagonistes du débat national instauré depuis les années 1990, a toujours été un dossier fortement politisé, voire idéologisé, tandis que la majorité des partis politiques et médias ne se sont jamais intéressés suffisamment à cette question, se contentant de ressasser le discours libéral ambiant tel qu’il leur était proposé à la consommation par les autorités. L’UGTA a, elle aussi, sa part de responsabilité dans la faiblesse du débat sur la privatisation, processus auquel elle s’est fortement opposée pour des motifs populistes et qu’elle a fini par soutenir sous l’argument de la fatalité de la mondialisation.

Cela pour dire que la privatisation en Algérie n’a jamais été un sujet clair et le gouvernement en porte une grande part de responsabilité, depuis les fameuses  ordonnances de Liamine Zeroual de 1995. Si la volonté politique a de tout temps été réitérée quant à une privatisation totale du secteur public, à l’exception de certaines grandes entreprises stratégiques, jamais le gouvernement n’a pu fournir un programme clair et détaillé, d’autant que les équipes qui se succédaient avaient chacune sa propre interprétation des textes. C’est ainsi que les Fonds de participation ont longtemps joué le rôle de sociétés-mères à l’heure de l’autonomie des entreprises, les holdings ont encadré la restructuration du secteur public économique, avant que les Sociétés de gestion de participations (SGP) ne viennent servir de relais au MPPI qui joue le rôle effectif d’agence de la privatisation.

Un bilan logique

Certes, en 13 ans, le bilan de la privatisation n’est pas brillant. Mais encore faut-il bien l’analyser. De 1995 à 1998, seules 10 entreprises ont pu être vendues à des opérateurs privés, alors que plus de 1300 (les EPL notamment) ont été vendues aux salariés. En 1998, l’ex-Conseil national de la privatisation que dirigeait Abderrahmane Mebtoul avait réussi à mener à leur terme les appels d’offres pour une centaine d’entreprises (agroalimentaire, hôtellerie, matériaux de construction…), mais tout été remis en cause. De 1998 à 2001, on compte une multiplication des opérations de prise de participation dans de grandes entreprises (Saidal, EMB, Enad…). En 2001, tout l’arsenal juridique et institutionnel a été revu à la faveur des lois Temmar, alors que s’achevaient les opérations d’évaluation des EPE. Depuis 2001, en dehors de l’intermède de l’ex-ministre Hamlaoui, alors ministre délégué à la Privatisation et rattaché directement à Ahmed Ouyahia, peu de chiffres avaient circulé sur les opérations de privatisation et surtout sur les travaux du Conseil des participations de l’Etat. On recensait près de 200 entreprises publiques économiques (EPE) qui ont changé de main depuis le début 2004. Tout ce que l’on sait depuis, c’est que la liste des entreprises privatisables comprend pas moins de 1200 unités, dont 400 ont été définitivement cédées.

Ce taux de 33% de réussite en sept ans n’est pas négligeable. Il ne l’est absolument pas quand on apprend que dans des pays comme  la France ou l’Italie, la privatisation entamée dans les années 1980 n’est toujours pas finie.

Il est vrai que si ce niveau d’avancée a pu être réalisé, il l’est surtout dans des secteurs bien déterminés comme les services, les matériaux de construction, les mines (par le jeu de la concession) ou l’agroalimentaire. Il s’agit globalement des entreprises évoluant dans les segments d’activité ou la croissance est au rendez-vous, s’agissant des opérateurs nationaux, ou des entreprises contrôlant une position dominante, voire un monopole dans le marché national (à l’image de Sider, ENGI, Enad…).

Par ailleurs, l’on dénombre parmi les 1200 entreprises au moins 300 qui sont plus qu’invendables, tout simplement parce que financièrement déstructurées et le plus intrépide des ministres de la privatisation n’y pourrait rien. Quant au restant des EPE, leur vente se fera ou ne se fera pas au gré des conjonctures et des évolutions du marché mondial, avec cette certitude que les entreprises les moins cotées sont celles des industries manufacturières où l’Algérie développe un trop grand retard. C’est dire, en fin de compte, que si retards il y a, ils sont imputables en premier chef à l’état du secteur public dans son ensemble et dans son modèle tel qu’initié depuis les années 1970. Il apparaît donc que le retard de la privatisation en Algérie, s’il en est, est une chose très relative, d’autant que la libéralisation de beaucoup de secteurs a démontré qu’elle n’est plus au cœur des réformes économiques, comme le démontrent le secteur de la téléphonie ou le secteur bancaire.

Alors que voulait dire le chef de l’Etat en parlant de l’échec de la privatisation, alors que Hamid Temmar conserve encore son poste ? Ce ministre a d’ailleurs vu son pouvoir sur le SGP encore plus renforcé et ses prérogatives en matière d’investissement plus élargis au début de cette année ? Voilà, n’est-ce pas, encore une énigme difficile à percer.

Nabil Benali

 

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La réhabilitation et le développement  des chemins de fer bénéficient d’un solide intérêt du gouvernement

Une nouvelle stratégie à mettre sur rails

En inaugurant de nouveaux équipements de transport ferroviaire à la fin du mois de juillet dernier, le président de la République a voulu mettre symboliquement en exergue la nouvelle politique de l’Etat en matière de redynamisation d’un des secteurs les plus sensibles dans la vie économique et sociale du pays.

Une nouvelle nomenclature voit déjà le jour en Algérie où il est question, par exemple, d’autorail,  de LNA (ligne à grande vitesse), de boucle du Sud et de bretelles. Quant au TGV (train à grande vitesse), le président Bouteflika juge que l’on ne peut investir dans cet équipement de pointe s’il n’est pas soutenu par un projet touristique d’envergure. Un argument qui tient la route et qui invite le gouvernement à une politique de coordination intersectorielle où tous les projets de développement sauraient trouver leur complémentarité.

Les deux grands accidents de la route survenus le week-end dernier, le premier à Mascara (24 morts et des plusieurs blessés), le second à Tiaret (un renversement de bus s’est soldé par 23 blessés), interpellent – à l’instar de tous les accidents routiers – les décideurs (hommes politiques, économistes, aménagistes) sur la presque exclusivité de l’usage de la route comme mode de transport public. Le désintérêt pour la voie ferrée a trop duré. Presque un demi-siècle après l’Indépendance, le réseau ferroviaire national s’est réduit comme peau de chagrin. Le dernier accident ferroviaire, survenu au début de l’année en cours et ayant eu pour théâtre un tunnel à voie unique dans les gorges de Lakhdaria, nous jette à la figure les retards du développement des chemins de fer dans notre pays. Quelle que fut la cause de l’accident (humaine ou mécanique), les citernes de carburant, calcinées et restées à l’intérieur du tunnel, ont bloqué totalement le trafic sur cette voie, ce qui suppose que toute liaison ferroviaire entre la capitale et l’Est du pays était impossible avant le dégagement total de ces carcasses. Si d’autres voies alternatives existaient, la situation ne serait pas aussi dramatique et, en attendant la réparation de la voie endommagée, les trains circuleraient sur des voies parallèles.

De même, quelles que soient l’ampleur des désagréments et les autres perturbations qui ont affecté à la fin de l’année 2007 les usagers des chemins de fer, elles ne pourront jamais être comparées à ce qui se passe, par exemple, dans les pays européens lorsque les cheminots décident d’arrêter le travail. Cette relativisation des problèmes générés par la grève des transports ferroviaires en Algérie est principalement due à la place fort modeste qu’occupe ce secteur d’activité dans le transport des personnes et des marchandises. Un chiffre suffit, à lui seul, pour illustrer cet état de fait. Dans le cadre de l’application du Schéma directeur routier et autoroutier (SDRA), il a été relevé que la voie terrestre demeure le moyen privilégié des échanges dans notre pays, soit 90% de l’ensemble du volume de marchandises faisant l’objet de transit. Pour le transport de voyageurs, même si l’on ne dispose pas de statistiques pointues, la situation n’est pas très différente. Le transport par bus, trolley, taxis collectifs…demeure clairement prédominant.

Au lendemain de l’Indépendance, le réseau ferroviaire algérien était long de 3 900 km. Au vu de la croissance démographique et des besoins économiques et sociaux, ce volume a rapidement perdu de son efficacité. La politique générale du pays, pour des raisons que l’histoire économique et sociale pourra élucider un jour, n’était pas orientée vers les grandes infrastructures, qu’elles soient routières, ferroviaires ou hydrauliques. Ce n’est qu’à la faveur des grands projets initiés depuis 2000 que les chemins de fer sont sortis d’un long et dommageable anonymat.

En effet, ce secteur vital de l’économie national a bénéficié, au premier semestre de l’année dernière, d’une enveloppe budgétaire de 500 milliards de dinars (7 milliards de dollars), en sus de l’enveloppe de même montant débloquée dans le cadre du Plan de soutien à la croissance économique (PSCE) couvrant la période 2005-2009. Selon le ministre des Transports, 500 km de voies sont en cours de réalisation dans le cadre du PSCE. La nouvelle cagnotte permettra de prolonger le réseau sur un linéaire de 700 km.

Au vu des limites objectives du réseau routier touché par la vétusté des infrastructures, la surexploitation de certains axes techniquement inadaptés et l’inadéquation entre le volume de marchandises transportées et la densité du réseau, d’autres voies ont été explorées en même temps que le développement du réseau routier lequel, d’ici 2025, aura reçu un investissement de l’ordre de 40 milliards de dollars. Parmi les autres voies sollicitées, le chemin de fer demeure la direction privilégiée eu égard aux retards de développement qui grèvent ce secteur et aux potentialités dont dispose le pays en la matière, entendu qu’il a hérité de la colonisation d’une ligne traversant l’Atlas tellien d’est en ouest et reliant entre elles trois capitales maghrébines avec quelques bretelles en direction des Hauts Plateaux. Le développement économique du pays, la croissance démographique et la nouvelle carte géographique des échanges et des bassins de production ont inexorablement induit de nouveaux besoins en matière de transport de marchandises et de voyageurs.

Si le moyen de transport ferroviaire bénéficie d’une attention particulière des acteurs économiques et des pouvoirs publics ces deux dernières années, c’est principalement pour les grandes capacités dont il peut disposer et le côté pratique et fluide de la voie qu’il emprunte. En effet, il n’échappe à personne que le transport a toujours constitué un segment majeur de l’économie dans les étapes de la fourniture des équipements, de la matière première, des produits finis ou semi-finis ainsi que de leur transbordement des/ou vers les ports. Le point de chute peut même être un aéroport dans le cas où la suite de la prestation de transport doit être assurée par avion cargo.

Dans la comptabilité des entreprises, la rubrique transport occupe parfois des postes importants, surtout lorsque les bassins de production (usines, fermes, ateliers) sont situés à des distances éloignées. Pour un pays aussi vaste que l’Algérie, l’enjeu du transport de marchandises et de voyageurs se trouve naturellement décuplé. Cependant, jusqu’à présent, les activités liées au transport sont concentrées sur le déplacement par voie de route. La majorité de la population algérienne étant positionnée au Nord, particulièrement sur la côte, les voies terrestres se trouvent ainsi étranglées par l’intensité du trafic et la nature du relief caractérisant la bande nord. C’est pourquoi l’alternative du rail a fini par s’imposer après des retards considérables enregistrés dans ce secteur.

Un réseau vétuste et peu performant

Le réseau ferroviaire algérien a été réalisé par l’administration française à la fin du XIXe siècle. Jusqu’au début des années 1960, le réseau exploité était de 3 900 kilomètres. L’intérêt prépondérant des pouvoirs publics pour le transport routier a non seulement fait stagner le développement du rail, mais, pire, a conduit à la suppression pure et simple de certaines dessertes. Elément structurant au même titre que les autres infrastructures lourdes (ports, aéroports, routes, autoroutes, barrages hydrauliques…), le chemin de fer a bénéficié à la fin des années 1980 d’une profonde réflexion qui a voulu exploiter des idées anciennes dont certaines remontent à la période coloniale. Ainsi, il a été question d’étoffer la voie du nord en la doublant sur 1 300 km (de la frontière marocaine à la frontière tunisienne), ceci indépendamment des bifurcations qui vont sur Skikda, Annaba, Oran et Arzew. Dans le sillage du développement de la voie du nord, une voie parallèle sur les Hauts Plateaux était également envisagée. Mieux, des travaux ont commencé à partir de Batna pour faire aboutir la ligne sur la voie du sud-ouest (Mechria-Aïn Sefra). Les jeunes soldats de l’ANP regroupés en Groupements de travaux de la voie fer (GTVF) ont pu relier Batna à M’sila. Après la dissolution de ces groupements à la fin des années 1980, les travaux se sont arrêtés. Avec le nouvel intérêt porté à cette zone dans le cadre des investissements entrant dans l’«option Hauts Plateaux», la réhabilitation de ce vieux projet s’avère impérative. Logiquement, doivent suivre les bretelles qui vont relier la voie du nord à la ligne des Hauts Plateaux (Blida-Djelfa, Constantine-Batna) qu’il s’agit plutôt de réhabiliter puisqu’elles existent depuis longtemps.

La stratégie de développement du rail sur les Hauts Plateaux rejoint la conception des pouvoirs publics de remettre au goût du jour le plan «option Hauts Plateaux» discuté en Conseil des ministres en février 2004. En 2006, un programme de développement intégré tendant à améliorer les conditions de vie des populations locales et à revitaliser les espaces steppiques a été adopté par le gouvernement. Cette vision remontant aux années 1980 prévoyait des facilitations en matière d’investissement sur ces territoires vastes mais faiblement développées et où le site pour une nouvelle capitale du pays fut choisi (nouvelle ville de Boughezoul).

Répondre aux nouveaux besoins de l’économie et de la société

Cette option est basée sur le constat d’un déséquilibre démographique entre la côte et l’intérieur du pays, la mauvaise gestion des ressources naturelles, l’impasse de la politique de l’emploi et la menace de désertification qui pèse sur le nord de l’Algérie, sachant que des villes et des territoires entiers ont pratiquement rejoint le domaine aride (Sougueur, Ksar El-Boukhari, Aflou, Barika, El-Aricha…). Le vieux projet des Hauts Plateaux fut abandonné «sans préavis» lorsque le baril commençait à connaître les abysses de la Bourse.

Un autre projet de plus grande envergure était aussi dans l’air à cette époque. C’était le plan connu sous le nom de «boucle du Sud», il s’agissait de raccorder le sud du pays au Tell par l’extension des voies ferrées qui arriveraient à Touggourt (Est) et à Béchar (Ouest). L’itinéraire tracé pour cette voie étant Touggourt-Hassi Messaoud-Ouargla-Ghardaïa-Adrar-Béchar. Certes, c’est un mégaprojet coûteux qui prend l’allure du Transsibérien, lequel fut réalisé par des prisonniers. Néanmoins, les activités existantes au niveau des zones pétrolières et gazières, l’ébauche d’une agriculture saharienne à Adrar et dans la vallée de Zousfana (Taghit, Igli, Beni Abbès) militeraient sans doute pour un tel projet et cela indépendamment des futures et éventuelles zones d’exploitation qui pourraient concerner les gisements de minerais dans le Sud (à l’exemple du fer de Ghar Djebilet, dans la région de Tindouf).

De nouvelles perspectives pourraient aussi s’ouvrir pour le réseau ferroviaire du nord du pays. Ainsi, des pays du Sahel (Niger, Mali) ont montré un intérêt certain ces dernières années pour un éventuel acheminement de leurs marchandises importées d’Europe via les ports algériens. Au début des années 2000, une délégation de l’un des pays de cette zone a exploré avec les autorités algériennes cette possibilité au niveau du port de Djendjen, dans la wilaya de Jijel. Les marchandises pourraient être expédiées sur la ligne de Ramdane-Djamel jusqu’à…Adrar, si le chemin de fer venait à rallier cette ville. De là, elles seraient transportées par route sur Niamey ou Bamako.

Un autre projet structurant est en train de voir le jour en Kabylie. Outre la modernisation de la ligne Alger-Tizi Ouzou, le chemin de fer s’étendra jusqu’à Oued Aïssi, au niveau de la zone industrielle Aïssat-Idir. Cette voie serait, à terme, extensible jusqu’à Fréha.

Pour le quinquennat 2005-2009, la SNTF prévoit la réalisation de trois lignes à grande vitesse (LGV) : Bordj Bou Arréridj-Khemis Miliana sur 320 km (avec un itinéraire indépendant de l’actuel mais qui passera par Bouira et Béni Mansour) , Bou Medfaâ-Djelfa sur 260 km, Touggourt-Hassi Messaoud sur 240 km. Cette entreprise publique compte également procéder à l’électrification de la ligne du Nord (de la frontière est à la frontière ouest) et à l’acquisition de 64 rames automotrices en plus de 30 locomotives diesel (General  Motors). La vitesse développée par les LGV va de 160 à 200 km/h.

Un segment important de l’économie nationale est ainsi promis à un développement fulgurant de façon à ce qu’il puisse rattraper les retards accumulés pendant quatre décennies et servir en même temps de veines irriguant les économies maghrébines tendues vers une future intégration. 

Saâd Taferka

 

Notes de vacances

Les émigrés font le plein… d’économies

En plus du soleil, de la bonne nourriture et des visites de famille, les émigrés font le plein avant de rebrousser chemin vers leurs pays d’accueil. Les malles des voitures repartent aussi remplies qu’elles l’étaient à leur arrivée en objets et produits en tout genre. Le phénomène tend à devenir une pratique quasi systématique ces deux dernières années à la faveur du taux de change (parallèle) de l’euro face au dinar (1 € pour environ 115 DA), mais également en raison de la cherté de la vie en France due à la hausse des prix du pétrole.

Au port de Ghazaouet, en cette journée de fin du mois de juillet, les véhicules des émigrés font la queue pour l’embarquement vers le port d’Almeria en Espagne. Une fois débarqués, ils continueront leur chemin vers la France. Les juilletistes rentrent, laissant la place aux aoûtiens. Ils repartent presque aussi chargés qu’ils sont venus. Tout au long de leur séjour, ils font leurs emplettes, profitant des prix abordables, en comparaison avec ceux qui sont pratiqués dans l’Hexagone. Tapis, chaussures, vêtements, produits de beauté, fruits, légumes et autres produits alimentaires. Tout y passe, même les pièces de rechange automobiles et les téléphones portables.

Dans la région de Ghazaouet (nord de la wilaya de Tlemcen) et les localités voisines comme Tounane, les marchés hebdomadaires sont une occasion inratable pour faire le plein. «La vie devient tellement difficile en France qu’on essaye de profiter au maximum pour rentabiliser notre séjour en Algérie», affirme Mustapha, qui vient du nord de la France, de Lille plus exactement. «On ramène des cadeaux, mais on se fait plaisir au retour nous aussi.»

Mustapha ne vient pas tous les ans. La dernière fois, en 2006, il a fait refaire les amortisseurs de son véhicule chez un garagiste à Ghazaouet. Selon ses dires, ça lui a coûté, pièce et main-d’œuvre, quatre fois moins cher que ce que ça lui aurait coûté en France. Cette année, il a acheté des pneus neufs, même si, avoue-t-il, «je n’ai pas fait de grosses économies sur cette affaire».

A leur tour, les commerçants profitent au maximum de la période des grandes vacances. «Je fais l’essentiel de mon chiffre d’affaires en été, en particulier avec les émigrés», affirme le propriétaire d’une supérette de Tounane, une ville grandissante, située à 10 km de Ghazouet, où l’activité commerçante atteint son apogée en été. «Non seulement ils consomment beaucoup pendant leur séjour, mais les émigrés font leurs emplettes avant de repartir», nous explique ce commerçant, lui-même ancien émigré dont les enfants sont restés là-bas.

Plus encore en cette période précédant le mois sacré de ramadan, les émigrés achètent pleins de produits qu’ils trouvent bien plus chers en France en raison des différentes taxes. «Un kilo de pruneaux d’Agen vous ne l’aurez pas à moins de 6,5 € en grande surface en France, ici je l’ai acheté 400 ou 450 DA et c’est de la très bonne qualité», affirme Mustapha, qui a également commandé un sac de 50 kg de sucre cristallisé pour l’avant-veille de son départ. «A 60 ou même à 70 DA le kilo de sucre, ça reste toujours deux fois moins que chez nous, où le prix est de l’ordre de 1,5 €, soit 150 DA», précise-t-il. Le sac de 50 kg est consommé en 6 à 7 mois. «J’en ai jusqu’au mois de mars, c’est pas mal comme économie.»

Pour ses trois enfants, dont deux scolarisés, Fatima, l’épouse de Mustapha, s’est chargée de leur acheter quelques vêtements pour la rentrée des classes. Des pantalons jeans et des baskets essentiellement.

Le marché hebdomadaire de Tounane ne désemplit pas chaque mercredi. «Les achats sont massifs les deux derniers mercredis des mois de juillet et août. En prévision de leur retour en France, les émigrés s’approvisionnent beaucoup en cette période», nous explique Boussif, dont les deux frères sont également commerçants dans la région. «Il fut un temps où c’étaient eux qui ramenaient du tissu de France, maintenant ils l’achètent ici, ça leur revient beaucoup moins cher.»

Fadéla, de Strasbourg, est à la recherche de robes traditionnelles pour elle est ses deux adolescentes, en prévision de nombreuses fêtes de mariage de la famille. Elle a déjà fait le tour des magasins spécialisés dans les produits féminins, avant de commencer à faire ses achats. «J’achète des robes pour assister au mariage de mon cousin, mais j’en emmène aussi pour des amies algériennes qui ne sont pas venues au bled cette année. Pendant le ramadan, les fêtes de l’Aïd et autres circonstances familiales, nous adorons mettre les bad’iates (robes traditionnelles de l’ouest du pays)», affirme notre interlocutrice, qui prévoit de débourser jusqu’à 30 000 DA, soit environ 250 € pour elle et ses filles. «Pour cette année seulement, je ne fais pas ça tout le temps», tient-elle à préciser. Ses filles, Iman et Zeineb, ont déjà changé de portables dès leur arrivée et ont acheté plein d’autres accessoires. «C’est vachement moins cher qu’en France et l’on trouve des modèles très récents aussi», dit Iman, la plus jeune des deux.

En dehors de la panoplie de produits achetés, de plus en plus d’émigrés préfèrent aussi faire des soins dentaires en Algérie. Avant même son arrivée, Mustapha avait déjà pris rendez-vous pour lui, son épouse et ses trois enfants, auprès d’un dentiste, «un ami de la famille» exerçant à Ghazaouet. «Entre 800 et 1000 DA le traitement d’une dent, soit moins de 10 €, c’est sans commune mesure avec les coûts pratiqués en France, même dans le cas d’un conventionnement avec la sécurité sociale», selon Mustapha qui, en une dizaine de jours, a traité l’ensemble des «chantiers dentaires» de sa petite famille venue passer des vacances au pays natal.

La veille de son retour à Lille, Mustapha n’oublie pas d’aller chez le coiffeur. «Oui, c’est dix fois moins cher ici. Une coupe à 1 € ça n’existe pas en France, il faut compter environ 10 €», dit-il avec le sourire. «J’ai des amis qui font tous la même chose la veille de leur départ», lance-t-il comme pour se justifier.

A deux heures du départ vers Almeria, notre émigré effectue les derniers achats. Des légumes, des fruits, du pain et quelques litres de lait en tetrapak, à consommer durant le voyage qui sera long. Et il n’oublie surtout pas de faire le plein de gazole et d’en rajouter un jerrican de 30 litres. Là aussi, doté d’une calculette mentale, notre interlocuteur nous fait la démonstration qu’il fait d’énormes économies. «Entre 1,30 et 1,44 € le litre de gazole dans le Nord, je fais largement plus de 120 € d’économie, de quoi faire un plein et demi là-bas», ajoute-t-il.

Avant de partir, Mustapha ne cache pas qu’il envisage de faire scolariser ses enfants en Algérie. «Ils sont français, ils peuvent faire leurs études universitaires en France s’ils le veulent. Ici, je serais rassuré pour leur éducation, sans compter les économies que je ferais sur toute l’année, même avec le coût du déplacement, en hiver ou au printemps, de leur maman qui viendra les voir», dit-il.

Comme Mustapha, Fatima et Fadéla, ils sont nombreux, nos compatriotes résidant à l’étranger, qui souhaitent vivre sur les deux tableaux : être payés en euros et dépenser en dinars…

Abdelkader Djalil

 

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