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A quelques mois de la présidentielle
Où en est le FLN ?
Après une traversée du
désert des plus coûteuses, le long cheminement pour la restauration
du FLN comme parti dominant dans la vie politique a failli connaître
son aboutissement. C’était en mai 2006, quand Belkhadem s’emparait
de la chefferie du gouvernement. L’heure était venue alors pour
l’ex-parti unique de renforcer définitivement et durablement sa
position au sein des rouages de l’Etat. Sa stratégie reposait sur
deux projets essentiels : l’amnistie générale et la révision de la
Constitution. Deux ans plus tard, à quelques mois de la
présidentielle, où en est vraiment le FLN ? 5e partie
Tout comme l’idée de
l’amnistie générale, le projet de la révision constitutionnelle
n’est apparu dans le discours du FLN que depuis le fameux huitième
congrès-bis de janvier 2005. Un congrès à l’issue duquel les statuts
du parti ont été amendés, offrant le poste inexistant jusqu’alors de
président à Abdelaziz Bouteflika, réélu six mois plus tard à la
présidence de la République. Ce «cadeau» du FLN au chef de l’Etat
lui sera présenté comme une offre qu’il lui était pénible de
refuser, car bien qu’absent des travaux du FLN et tout bonnement en
voyage à l’étranger, M. Bouteflika l’acceptera du bout des lèvres,
tacitement pour ainsi dire, sachant pertinemment que tout rejet de
sa part serait synonyme de l’échec sans remède du congrès du FLN et
de la relance de sa crise politique et organique. Il est d’ailleurs
permis de douter que la présidence du parti eut été offerte à M.
Bouteflika si le FLN n’était pas en proie à de profondes divisions,
sachant que seule une nouvelle victoire, ou ce qui devait sembler
comme tel aux yeux de la base, pouvait en ces circonstances
ressouder de nouveau ses rangs. L’on en veut pour preuve que cette
présidence, qui n’était formellement qu’honorifique, sera vite
défendue par le secrétaire général de l’instance exécutive comme une
présidence réelle et effective.
Abdelaziz Bouteflika,
pour sa part, ne s’est jamais présenté sous cette qualité, n’a
jamais assisté à des travaux d’aucune instance du parti et tout ce
qu’on pourrait lui reconnaître, c’est le fait d’avoir rappelé, au
tout début de son premier mandat, quelque préférence pour sa famille
politique naturelle qu’il n’a jamais quitté.
Cette affaire de
présidence du parti, que même le FLN fut amené à rappeler de moins
en moins d’ailleurs, est à relativiser, vu que Abdelaziz Bouteflika
s’est vu offrir entre temps une bonne dizaine d’autres présidences
d’honneur d’organisations nationales.
Mais au regard de la
situation du FLN et de la crise qu’il a connu, il s’agissait de
fournir à la base un motif suffisant pour permettre la
réconciliation entre «redresseurs» et «légalistes» (nouvelle
appellation des ex-pro-Benflis) et prétendre ainsi avoir réalisé une
hégémonie sans égale du parti sur toute la pyramide des institutions
élues de la République. Cette affaire de présidence du parti, si
l’on insiste dessus, c’est parce qu’elle fut aussi une victoire sur
les autres partis de l’Alliance présidentielle qui assisteront
impuissants, ou alors conscients des enjeux dépassant les cadres
partisans, à la confiscation d’une victoire qui fut pourtant commune
à la présidentielle de 2004. C’est donc pour donner davantage de
puissance à cet élan de conquête que le FLN sortira son projet de
révision constitutionnelle qu’il déclinera comme centré sur deux
éléments essentiels : la suppression de la limitation des mandats
présidentiels et le renforcement du régime présidentiel.
Les divergences de
l’Alliance
Une commission a été
instituée à cet effet six mois plus tard, laquelle accouchera dit-on
de plusieurs propositions, dont la plus connue (publiée par Le Jour
d’Algérie l’été 2005) aurait été, selon les dirigeants du FLN,
transmise à El-Mouradia. Cette mouture, en dehors des autres et
notamment de celle de Amar Saadani qui portait sur une présidence à
vie de Abdelaziz Bouteflika, supprimait le fameux alinéa 2 de
l’article 74 portant limitation à deux mandats présidentiels ainsi
que le poste de chef du gouvernement, remplacé par celui de
vice-président.
Pareille mouture, qui
une fois révélée à l’opinion sera défendue par le FLN comme la
solution inespérée pour clarifier une bonne fois pour toutes «la
nature du régime», obéissait en toute logique à la cohérence interne
du remède recherché contre la crise du FLN. Le président du FLN
étant le président de la République, il convenait alors pour
continuer d’aller de l’avant en donnant toute sa durabilité à la
nouvelle position acquise de faire durer le pouvoir du Président en
poste et, si possible, par le biais de la nouvelle Constitution,
renforcer davantage ses pouvoirs. Tel était l’objectif unique de la
campagne du FLN pour la nouvelle Constitution. Une Constitution qui
devait être adoptée par voie référendaire, comme un événement
fondateur, au vu de cet acte inaugural d’un système politique
nouveau pour l’Algérie – encore que le FLN n’a jamais démontré de
façon convaincante que le régime actuel n’était pas déjà
suffisamment présidentiel…
Mais sitôt engagé dans
cette voie, le FLN rencontrera très vite ses premiers déboires. Ils
viendront non pas de l’opposition qui avait adopté une position
attentiste, mais du RND et du MSP qui freineront des quatre fers.
Ahmed Ouyahia et Abou Djerra Soltani, en dépit de toute la pression
mise par Abdelaziz Belkhadem, adoptent la ligne «légaliste» et
préfèrent attendre que le chef de l’Etat se prononce, déniant à
toute autre partie le droit d’initier cette fameuse révision, le FLN
s’entend. Cette guerre de position dure depuis l’été 2005 à ce jour,
malgré le discours du chef de l’Etat de juillet 2006 lors duquel il
s’est prononcé pour un référendum sur la révision constitutionnelle
avant la fin de la même année. Car cet événement tant attendu, et
attendu encore à l’heure actuelle, ne venait toujours pas. Et
pendant que A. Belkhadem commençait à user de sa crédibilité en
annonçant à chaque fois des échéances qui s’avéraient fausses, le
RND finira par avouer sa préférence pour un simple amendement par
voie parlementaire de l’article 74, tandis que le MSP s’interdira de
mettre la charrue avant les bœufs et jouera la carte du respect de
la Constitution en vigueur.
Le MSP, ne sachant la
direction du vent, éludera d’ailleurs de trancher la question comme
on évite la peste, jouant la montre sous couleur de subites
divergences internes, comme on l’a vu lors de son
dernier congrès.
On pourrait minimiser de
l’importance du RND et du MSP, qui ne sont que deux partis
politiques dans un système comme le nôtre où on ne résiste pas
longtemps aux désirs du Président. Mais ce serait commettre une
erreur d’analyse. Les divergences au niveau de l’Alliance
présidentielle sur une affaire aussi décisive que la révision de la
Constitution et le troisième mandat ont eu de sérieuses
répercussions sur le projet pour lequel le FLN n’a cessé de faire
pression sur Bouteflika, parce que de nos jours, modifier la
Constitution n’est pas une affaire aussi simple qu’elle l’était il y
a vingt ou trente ans. Pareil acte politique exige un large
consensus social et une forte adhésion populaire, à l’heure où le
niveau de la démocratisation d’un pays conditionne son intégration
dans la communauté internationale. En d’autres termes, le peu
d’enthousiasme affiché par le RND et le MSP à suivre le FLN dans
cette voie a empêché que s’élabore ce consensus indispensable et que
ce dernier prenne tout son relief affiché au grand jour.
Quel consensus ?
La tactique du FLN pour
contourner cet obstacle a été de faire appel à d’autres
organisations de masse, à d’autres partis politiques et à des
collectifs de la société civile à l’intérieur du pays. Une campagne
sera lancée fin 2007 plusieurs semaines durant, lors de laquelle
l’on verra se multiplier les appels pour un troisième mandat à
Abdelaziz Bouteflika à l’issue d’une révision de la Constitution.
Une campagne qui redoublera d’ardeur avec le soutien de l’UGTA, qui
a failli jouer son effet habituel, mais surtout grâce à l’annonce de
la fin de la convalescence du chef de l’Etat, sachant l’importance
d’une telle annonce depuis la fausse importance prise par la maladie
du Président.
Sauf que ce dernier ne
se prononçait toujours pas.
Malgré toute cette
pression mise sur le RND et le MSP, malgré l’effet créé qui fera
dire aux commentateurs les plus sceptiques que la révision était
désormais imminente, Abdelaziz Bouteflika ne se prononcera pas.
Attendu le 24 février, puis le 16 avril, puis le 1er mai,
puis le 19 juin et, enfin, le 5 juillet de cette année, le discours
annonçant la révision de la Constitution ne vient toujours pas,
plongeant l’opinion nationale dans une attente encore plus
intenable, tandis que le gouvernement et les parlementaires sortent
en congé avec l’idée d’un possible rappel à tout moment.
Qu’est-ce qui retarde
cette annonce bien que tout indique aujourd’hui que les conditions
sont réunies mieux que jamais pour y procéder, d’autant que le RND
d’Ahmed Ouyahia (de retour au gouvernement avec un départ à
l’arrière-goût amer en mai 2006) a fini par épouser la voie du
troisième mandat ?
La réponse n’est pas
ailleurs que dans la manière avec laquelle le consensus définitif
sur cette affaire de révision constitutionnelle semble s’être enfin
construit et dont la déclaration qui a sanctionné le dernier congrès
du RND constitue un indice éloquent. A bien la lire, le soutien à la
révision de la Constitution et celui au troisième mandat sont mis
sur un pied d’égalité. Plus explicitement, le RND semble ne soutenir
la révision de la Constitution que pour offrir la possibilité à A.
Bouteflika de se représenter pour un troisième mandat. Sans plus.
En d’autres termes, le
RND, qui fait semblant d’avoir changé d’opinion, ne fait que se
redire : oui à un amendement de l’article 74 et Ouyahia ne se
présentera jamais contre Bouteflika, entendre qu’il ne s’opposera
jamais à son pouvoir ni à son ambition de le garder.
Le RND, pris dans le
tourbillon de la surenchère et surtout ne pouvant se permettre le
conflit frontal, a été pressé de trouver une reformulation de ses
positions antérieures (tandis que le MSP continue à se faire le mort
par rapport à cette question).
On est loin, malgré
toutes les apparences dont il faut toujours se garder, de la
révision constitutionnelle voulue par le FLN et sur laquelle le
parti espérait s’appuyer pour opérer une redistribution des cartes
au sein du système politique. Une révision qui redessinera le jeu
institutionnel, avec un Exécutif nouveau et un Parlement autre, mais
surtout avec un président de la République encore plus au centre de
la vie nationale. Cette révision-là, si elle finit tout de même par
avoir lieu, n’a cependant toujours pas le soutien du RND et,
objectivement, aussi, celui du MSP. Elle n’a pas non plus la caution
du PT dont la dirigeante est pourtant proche de A. Belkhadem ni de
l’opposition.
Le FLN aurait eu
beaucoup plus de soutiens, pourtant, s’il était parvenu à mettre en
œuvre son projet d’amnistie générale, si la réconciliation nationale
s’était réalisée comme il la voulait. La situation et le paysage
politiques en auraient été autres et rien n’aurait été plus facile
que de dépasser ce cadre si étroit et si gênant de l’Alliance
présidentielle avec lequel il se trouve obligé de composer, pour
ainsi dire, au détriment de sa propre santé.
(A suivre)
Nabil Benali
Haut
Inflation et pouvoir d'achat
La vie de plus en plus chère
Au premier semestre de l'année 2008, le taux de l'inflation a
atteint 4,9%. Le chiffre publié par l'Office national des
statistiques (ONS) se rapproche assez de celui fourni par le Fonds
monétaire international (4,5%). Cette progression de l'inflation,
enregistrée depuis des années, signifie une seule chose : la vie
devient de plus en plus chère en Algérie et les citoyens ont un mal
fou à joindre les deux bouts.
En fait, cette tendance à la hausse n'a pas cessé tout au long des
dernières années. Pour preuve, en comparaison avec la même période
de l'année 2007, il est constaté une évolution de l'inflation autour
de 2,5%. Les consommateurs, qui ont bien ressenti ces hausses de
prix, ne savent plus à quel saint se vouer. En effet, pour l'année
en cours, l'ONS a enregistré une augmentation de 9,2% pour les
produits alimentaires et 4,5% pour les produits agricoles frais.
Autrement dit, les produits de large consommation ainsi que les
légumes et les fruits n'ont pas échappé à cette hausse. Les prix des
huiles et des graisses ont évolué de 44,8%, le café, les infusions
et les thés de 29,2%, les fruits de 17,9%, le poisson frais de
17,5%, le lait et ses dérivés de 8%... Un grand souci pour les
ménagères qui ne savent plus quoi mettre dans leurs couffins et
comment ruser pour nourrir toute une famille. Car au rythme où vont
les choses depuis quelques années, il n'est pas facile de gérer les
dépenses familiales entre les charges de la maison, les dépenses
pour la nourriture et l'habillement et les autres frais qui arrivent
souvent à l'imprévu. En effet, quand la fin du mois est bien loin et
qu'il est encore tôt pour empocher son salaire, des frais imprévus
s'annoncent de façon impérative : une maladie qu'il faut soigner, un
équipement de la maison qu'il faut absolument réparer ou remplacer,
des articles scolaires dont les enfants ont besoin, des chaussures
qu'il faut remplacer… Quand l'argent manque, beaucoup de dépenses se
rappellent à notre souvenir. Une situation bien difficile, il faut
le dire, car les salaires actuels ne suffisent pas à prendre en
charge toutes les dépenses.
Le SNMG est encore insuffisant
Il y a quelques années, quand l'UGTA demandait au gouvernement une
augmentation de salaires conséquente, une étude avait été réalisée
qui a abouti à la nécessité d'avoir un salaire minimum garanti de
25 000 DA pour qu'une famille puisse vivre correctement. Le SNAPAP
a, pour sa part réalisé une étude à travers laquelle les dépenses
d'une famille algérienne sont divisées comme suit : produits de base
alimentaire, dépenses pour les soins médicaux, frais scolaires,
loyer, énergie, eau. Résultat : pour tout cela il faut au moins un
salaire de base de 33 000 DA. Mais curieusement, quand à l'issue de
la tripartite, le gouvernement avait accepté l'idée d'augmenter les
salaires des travailleurs, le SNMG a été fixé à 12 000 DA. Si les
syndicats autonomes avaient rejeté cette augmentation jugée
insuffisante, la Centrale syndicale n'a rien trouvé à redire elle
qui, pourtant, estimait qu'un salaire de base de 25 000 DA serait
juste assez suffisant pour les dépenses courantes.
Inutile dans ce cas
d'envisager un budget pour les loisirs ou les vacances. Et c'est un
peu normal car, c'est le signe évident que le pouvoir d'achat n'est
plus ce qu'il était quand les prix des produits de large
consommation étaient encore soutenus par l'Etat. L'instauration de
l'économie de marché et la libéralisation des prix ont fait que la
classe moyenne, qui vivait correctement il y a seulement quelques
années, est sur le point de disparaître, absorbée par l'apparition
d'une frange de la société qui brasse des sommes d'argent
astronomiques, habite dans des villas luxueuses et fréquente des
magasins où la moindre babiole coûte une fortune. La classe moyenne
est en train de devenir pauvre. C'est une vérité des plus palpables
et des plus tristes. Elle est le résultat d'un choix économique où
l'Etat n'a pas pensé à prendre des mesures pour assurer le minimum
aux consommateurs qui se retrouvent maintenant à se battre pour
pouvoir survivre. C'est pour cela d'ailleurs que l'on voit chaque
fois plus d'enfants investir le monde de l'emploi, informel
s'entend, en contradiction avec la législation du travail. Cette
législation ne peut rien contre les petites têtes qui sillonnent les
plages en proposant aux estivants beignets, m'hadjeb, thé fait
maison ou boissons fraîches, ou quand elles choisissent le bord des
autoroutes, au plus grand péril de leur vie, pour y vendre poteries,
petits souvenirs, galettes, maïs ou tout autre produit qui pourrait
intéresser les automobilistes qui, parfois, s'arrêtent pour leur
acheter quelques articles.
Relancer le secteur agricole
Les observateurs expliquent cette évolution de l'inflation par
l'augmentation des prix des matières premières sur les marchés
internationaux. C’est le résultat aussi de la flambée des prix du
pétrole. Le processus est très simple : le prix des hydrocarbures
augmente, il fait augmenter par la même occasion les coûts des
matières premières. Les pays qui importent le plus de matières
premières se retrouvent à les payer plus cher et cela fait
automatiquement augmenter le prix des produits finis. L'Algérie
qui, à chaque fois, recourt aux importations pour éviter que des
problèmes ne surviennent suite à une pénurie signalée ou à
l'augmentation excessive d'un produit sur le marché local, sait très
bien qu'il faut souvent payer cher les produits importés.
Cette situation n'est
pas sans menacer notre sécurité alimentaire et fait de nous un pays
dépendant. En effet, en 2007, la facture alimentaire avait atteint
la somme de 4,8 milliards de dollars. Il est certain que la solution
de l'importation étant la plus facile, les factures n'en seront que
plus importantes pour les années à venir. Les choses ne pourront pas
continuer ainsi indéfiniment car l'argent du pétrole qui sert, pour
le moment, à couvrir ces frais, ne sera pas toujours disponible. La
famine sera-t-elle notre lot ? Car, à ce moment là, ce n'est plus de
pouvoir d'achat dont il sera question mais de survie.
Il est encore temps de
se rattraper et de mettre en place une politique qui assure une
vraie relance pour le secteur agricole, pourvoyeur de toutes les
richesses, dont l'exploitation n'est pas au mieux. Les spécialistes
le disent clairement, l'inflation aurait été beaucoup plus
importante si le mois de juin n’avait été si clément. En effet,
l'abondance des produits agricoles frais a sérieusement endigué la
flambée des prix. Le prix de la pomme de terre a baissé de 15,6%
alors que les autres légumes de façon générale ont connu une baisse
de 25% par rapport aux mois passés. Voilà une raison bien indiquée
pour penser à une relance du secteur agricole. C'est notre seul
garant d'avoir toujours de quoi manger à des prix raisonnables.
Khadidja Mohamed Bouziane
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Pourquoi l’économie ne décolle-t-elle pas ?
Soyons sérieux !
Le chef de l’Etat a fait
un constat d’échec cinglant des réformes économiques. Les réponses
que les responsables tentent d’apporter sont aussi maladroites
qu’intempestives.
Le président de la
République, Abdelaziz Bouteflika, a déclaré sèchement que les
privatisations ont été un échec et que la démarche était mal
engagée. On peut cependant élargir le constat à tous les segments de
l’économie nationale sans risque de se tromper. Ce n’est pas
uniquement la démarche de privatisation qui a subi d’importants
revers, c’est tout le processus de l’ouverture économique qui était
biaisé dés son entame. Combien de milliards de dollars engloutis
dans l’assainissement des entreprises, dans les réformes bancaires
qui se sont avérés inconséquentes. Les sommes colossales dépensées
dans ces programmes inefficients dépassent l’imaginaire, près de
200 milliards de dollars selon des bilans approximatifs. Le résultat
est là : les entreprises plusieurs fois assainies n’ont pas repris,
au contraire, elles ont fermé et attendent toujours preneurs. Les
banques, quant à elles, continuent toujours à fonctionner de manière
archaïque pénalisant ainsi le nerf du développement de l’économie
nationale. Ce n’est pas surprenant d’apprendre, alors, que la
dernière note de conjoncture de la Banque d’Algérie fasse état d’un
taux de rentabilité de 28% pour les banques étrangères installées en
Algérie. Un taux de rentabilité qui n’est réalisé dans aucun pays,
constatent les observateurs. Les autorités qui ont à chaque fois
applaudi l’arrivée et l’installation de ces institutions financières
ont fini par apprendre à leurs dépens que l’opération profitait
beaucoup plus aux banques étrangères qu’à l’économie nationale,
parce que ces banques ont préféré, on peut même dire qu’elles se
sont fixé comme seul objectif d’investir dans le créneau du crédit à
la consommation. L’on se lamente aujourd’hui sur les conséquences de
certaines décisions prises très maladroitement. Beaucoup de banques
publiques auraient réalisé les mêmes profits et le même taux de
rentabilité si elles n’avaient pas été empêchées d’investir ce
circuit porteur du crédit à la consommation. La CNEP et la BADR, qui
ont suscité un réel intérêt pour les consommateurs de crédits,
notamment pour l’acquisition de véhicules neufs, ont été stoppées
net dans leur élan. Certainement pour encourager l’essor des
institutions bancaires étrangères. L’argument était de retourner ces
banques à leur vocation première : la première la promotion du
logement et la seconde l’agriculture.
Quelle est, en effet,
cette règle qui empêche une banque de diversifier ses produits ?
Aucune. Le hic est de se rendre compte aujourd’hui de cette
maladresse et de faire le constat suivant : les institutions
financières étrangères (Cetelem entre autres) refusent de financer
des projets qui sont à même de contribuer au redressement de
l’économie nationale. Trop tard pour rattraper le coup ! Le
gouvernement, qui essaie de remédier à cette situation tente tout de
même d’obliger les banques étrangères de regarder, un peu, dans la
direction du financement des entreprises. Un refus aurait été
signifié à Société Générale de procéder à un emprunt obligataire.
Elle serait autorisée à le faire, selon des informations répercutées
par la presse, à la seule condition d’abandonner, un tant soit peu,
le crédit à la consommation au profit du financement de projets
industriels jusque-là pris en charge uniquement par les banques
publiques. Si une telle démarche semble légitime à plusieurs égards,
elle renseigne, cependant, sur la cacophonie et l’incohérence de la
politique de développement de l’économie nationale dans tous ses
compartiments. Elle donne l’air de fonctionner au jour le jour, au
lieu de se fonder sur une véritable stratégie avec des objectifs
bien définis. Peut-être que l’installation de l’éminent économiste
Sid Ali Boukrami comme commissaire au plan au ministère des Finances
obéit-il à cet impératif de réfléchir sur le court, le moyen et le
long terme.
Décisions maladroites
Dans la foulée de ces
anomalies, l’on peut évoquer aussi la problématique des
investissements étrangers en Algérie. En dehors des marchés pris
dans le cadre des programmes de réalisation des infrastructures de
base et dans le secteur des hydrocarbures, force est de constater
que les investissements se font très rares. Le point noir que
constitue la décision du constructeur automobile français Renault
d’aller s’implanter au Maroc plutôt qu’en Algérie ou il réalise des
records en terme de vente de ses produits fait couler encore
beaucoup d’encre. L’événement, qui a défrayé la chronique économique
maghrébine, montre combien sont incapables ceux qui tiennent les
leviers de l’économie nationale de rendre la destination Algérie
attractive pour les capitaux étrangers. Mais l’affaire Renault, et
avant celle de Daewo, un autre constructeur automobile qui a fui le
pays dans les années 1990, est loin de servir de leçon.
Le ministère des
Finances a cru appropriée la décision qu’il a prise récemment
d’instaurer une taxe à l’achat d’un véhicule neuf. Si une telle
mesure sanctionne les consommateurs en réduisant encore plus leur
pouvoir d’achat, elle porte aussi les relents d’une décision
punitive envers les marques qui commercent leurs produits en
Algérie. L’argentier du pays avait bien déclaré que si les
concessionnaires voulaient bien produire en Algérie, des facilités
leur seraient accordées. Karim Djoudi dit à demi-mot que celui qui
voudrait garder sa part du gâteau n’a qu’à implanter son usine chez
nous. De l’avis de beaucoup d’analystes, ce n’est pas de cette
manière qu’on peut convaincre l’investisseur étranger de venir en
Algérie. Cela est valable et pour le secteur de l’automobile et pour
les autres domaines. Combien de promesses faites par les
investisseurs arabes – plus de 100 milliards de dollars – sans que
les projets étalés sur la place publique ne soient concrétisés ?
Pourquoi les véritables investissements nous boudent-ils ? Le
problème est certainement ailleurs. Il est dans l’incapacité des
autorités politiques d’instaurer un climat sain pour les affaires,
dans l’incapacité de se doter d’un véritable réseau bancaire et d’un
système financier débarrassé des archaïsmes. Et dans l’incapacité de
mettre en place un réseau d’investisseurs nationaux susceptible de
jouer le rôle de locomotive pour l’économie nationale. C’est tout
cela qui fait défaut à cette dernière qui, malgré une embellie
financière sans précédent, n’arrive pas à décoller. Le chef de l’Etat
a annoncé tout récemment que l’Etat algérien a investi, depuis 2001,
200 milliards de dollars. Mais tout porte à croire que cela a été
englouti dans les infrastructures de base.
Mohamed Gacem
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Privatisations
Quel échec ?
Depuis quelque temps, le
discours ambiant est passé du triomphalisme sur le bilan de la
privatisation au pessimisme le plus total. Pourtant, en sept ans,
ce sont plus de 33% du secteur public qui ont été liquidés.
Depuis les déclarations
de Abdelaziz Bouteflika sur la privatisation, les supputations et
les faux scoops se multiplient sur les décisions d’Ahmed Ouyahia et
qui ont fini par créer une impression que le gouvernement serait à
la veille d’une révision stratégique de sa politique de
privatisation. On parle de changement de méthodes, de nouvelles
évaluations, de réformes législative et institutionnelle et, pour
les plus farfelues des versions, on évoque même l’abandon de la
privatisation.
C’est que la
privatisation, et peut-être est-ce la faute aux protagonistes du
débat national instauré depuis les années 1990, a toujours été un
dossier fortement politisé, voire idéologisé, tandis que la majorité
des partis politiques et médias ne se sont jamais intéressés
suffisamment à cette question, se contentant de ressasser le
discours libéral ambiant tel qu’il leur était proposé à la
consommation par les autorités. L’UGTA a, elle aussi, sa part de
responsabilité dans la faiblesse du débat sur la privatisation,
processus auquel elle s’est fortement opposée pour des motifs
populistes et qu’elle a fini par soutenir sous l’argument de la
fatalité de la mondialisation.
Cela pour dire que la
privatisation en Algérie n’a jamais été un sujet clair et le
gouvernement en porte une grande part de responsabilité, depuis les
fameuses ordonnances de Liamine Zeroual de 1995. Si la volonté
politique a de tout temps été réitérée quant à une privatisation
totale du secteur public, à l’exception de certaines grandes
entreprises stratégiques, jamais le gouvernement n’a pu fournir un
programme clair et détaillé, d’autant que les équipes qui se
succédaient avaient chacune sa propre interprétation des textes.
C’est ainsi que les Fonds de participation ont longtemps joué le
rôle de sociétés-mères à l’heure de l’autonomie des entreprises, les
holdings ont encadré la restructuration du secteur public
économique, avant que les Sociétés de gestion de participations
(SGP) ne viennent servir de relais au MPPI qui joue le rôle effectif
d’agence de la privatisation.
Un bilan logique
Certes, en 13 ans, le
bilan de la privatisation n’est pas brillant. Mais encore faut-il
bien l’analyser. De 1995 à 1998, seules 10 entreprises ont pu être
vendues à des opérateurs privés, alors que plus de 1300 (les EPL
notamment) ont été vendues aux salariés. En 1998, l’ex-Conseil
national de la privatisation que dirigeait Abderrahmane Mebtoul
avait réussi à mener à leur terme les appels d’offres pour une
centaine d’entreprises (agroalimentaire, hôtellerie, matériaux de
construction…), mais tout été remis en cause. De 1998 à 2001, on
compte une multiplication des opérations de prise de participation
dans de grandes entreprises (Saidal, EMB, Enad…). En 2001, tout
l’arsenal juridique et institutionnel a été revu à la faveur des
lois Temmar, alors que s’achevaient les opérations d’évaluation des
EPE. Depuis 2001, en dehors de l’intermède de l’ex-ministre Hamlaoui,
alors ministre délégué à la Privatisation et rattaché directement à
Ahmed Ouyahia, peu de chiffres avaient circulé sur les opérations de
privatisation et surtout sur les travaux du Conseil des
participations de l’Etat. On recensait près de 200 entreprises
publiques économiques (EPE) qui ont changé de main depuis le début
2004. Tout ce que l’on sait depuis, c’est que la liste des
entreprises privatisables comprend pas moins de 1200 unités, dont
400 ont été définitivement cédées.
Ce taux de 33% de
réussite en sept ans n’est pas négligeable. Il ne l’est absolument
pas quand on apprend que dans des pays comme la France ou l’Italie,
la privatisation entamée dans les années 1980 n’est toujours pas
finie.
Il est vrai que si ce
niveau d’avancée a pu être réalisé, il l’est surtout dans des
secteurs bien déterminés comme les services, les matériaux de
construction, les mines (par le jeu de la concession) ou
l’agroalimentaire. Il s’agit globalement des entreprises évoluant
dans les segments d’activité ou la croissance est au rendez-vous,
s’agissant des opérateurs nationaux, ou des entreprises contrôlant
une position dominante, voire un monopole dans le marché national (à
l’image de Sider, ENGI, Enad…).
Par ailleurs, l’on
dénombre parmi les 1200 entreprises au moins 300 qui sont plus
qu’invendables, tout simplement parce que financièrement
déstructurées et le plus intrépide des ministres de la privatisation
n’y pourrait rien. Quant au restant des EPE, leur vente se fera ou
ne se fera pas au gré des conjonctures et des évolutions du marché
mondial, avec cette certitude que les entreprises les moins cotées
sont celles des industries manufacturières où l’Algérie développe un
trop grand retard. C’est dire, en fin de compte, que si retards il y
a, ils sont imputables en premier chef à l’état du secteur public
dans son ensemble et dans son modèle tel qu’initié depuis les années
1970. Il apparaît donc que le retard de la privatisation en Algérie,
s’il en est, est une chose très relative, d’autant que la
libéralisation de beaucoup de secteurs a démontré qu’elle n’est plus
au cœur des réformes économiques, comme le démontrent le secteur de
la téléphonie ou le secteur bancaire.
Alors que voulait dire
le chef de l’Etat en parlant de l’échec de la privatisation, alors
que Hamid Temmar conserve encore son poste ? Ce ministre a
d’ailleurs vu son pouvoir sur le SGP encore plus renforcé et ses
prérogatives en matière d’investissement plus élargis au début de
cette année ? Voilà, n’est-ce pas, encore une énigme difficile à
percer.
Nabil Benali
Haut
La réhabilitation et le
développement des chemins de fer bénéficient d’un solide intérêt du
gouvernement
Une nouvelle stratégie à mettre sur
rails
En inaugurant de
nouveaux équipements de transport ferroviaire à la fin du mois de
juillet dernier, le président de la République a voulu mettre
symboliquement en exergue la nouvelle politique de l’Etat en matière
de redynamisation d’un des secteurs les plus sensibles dans la vie
économique et sociale du pays.
Une nouvelle
nomenclature voit déjà le jour en Algérie où il est question, par
exemple, d’autorail, de LNA (ligne à grande vitesse), de boucle du
Sud et de bretelles. Quant au TGV (train à grande vitesse), le
président Bouteflika juge que l’on ne peut investir dans cet
équipement de pointe s’il n’est pas soutenu par un projet
touristique d’envergure. Un argument qui tient la route et qui
invite le gouvernement à une politique de coordination
intersectorielle où tous les projets de développement sauraient
trouver leur complémentarité.
Les deux grands
accidents de la route survenus le week-end dernier, le premier à
Mascara (24 morts et des plusieurs blessés), le second à Tiaret (un
renversement de bus s’est soldé par 23 blessés), interpellent – à
l’instar de tous les accidents routiers – les décideurs (hommes
politiques, économistes, aménagistes) sur la presque exclusivité de
l’usage de la route comme mode de transport public. Le désintérêt
pour la voie ferrée a trop duré. Presque un demi-siècle après
l’Indépendance, le réseau ferroviaire national s’est réduit comme
peau de chagrin. Le dernier accident ferroviaire, survenu au début
de l’année en cours et ayant eu pour théâtre un tunnel à voie unique
dans les gorges de Lakhdaria, nous jette à la figure les retards du
développement des chemins de fer dans notre pays. Quelle que fut la
cause de l’accident (humaine ou mécanique), les citernes de
carburant, calcinées et restées à l’intérieur du tunnel, ont bloqué
totalement le trafic sur cette voie, ce qui suppose que toute
liaison ferroviaire entre la capitale et l’Est du pays était
impossible avant le dégagement total de ces carcasses. Si d’autres
voies alternatives existaient, la situation ne serait pas aussi
dramatique et, en attendant la réparation de la voie endommagée, les
trains circuleraient sur des voies parallèles.
De même, quelles que
soient l’ampleur des désagréments et les autres perturbations qui
ont affecté à la fin de l’année 2007 les usagers des chemins de fer,
elles ne pourront jamais être comparées à ce qui se passe, par
exemple, dans les pays européens lorsque les cheminots décident
d’arrêter le travail. Cette relativisation des problèmes générés par
la grève des transports ferroviaires en Algérie est principalement
due à la place fort modeste qu’occupe ce secteur d’activité dans le
transport des personnes et des marchandises. Un chiffre suffit, à
lui seul, pour illustrer cet état de fait. Dans le cadre de
l’application du Schéma directeur routier et autoroutier (SDRA), il
a été relevé que la voie terrestre demeure le moyen privilégié des
échanges dans notre pays, soit 90% de l’ensemble du volume de
marchandises faisant l’objet de transit. Pour le transport de
voyageurs, même si l’on ne dispose pas de statistiques pointues, la
situation n’est pas très différente. Le transport par bus, trolley,
taxis collectifs…demeure clairement prédominant.
Au lendemain de
l’Indépendance, le réseau ferroviaire algérien était long de
3 900 km. Au vu de la croissance démographique et des besoins
économiques et sociaux, ce volume a rapidement perdu de son
efficacité. La politique générale du pays, pour des raisons que
l’histoire économique et sociale pourra élucider un jour, n’était
pas orientée vers les grandes infrastructures, qu’elles soient
routières, ferroviaires ou hydrauliques. Ce n’est qu’à la faveur des
grands projets initiés depuis 2000 que les chemins de fer sont
sortis d’un long et dommageable anonymat.
En effet, ce secteur
vital de l’économie national a bénéficié, au premier semestre de
l’année dernière, d’une enveloppe budgétaire de 500 milliards de
dinars (7 milliards de dollars), en sus de l’enveloppe de même
montant débloquée dans le cadre du Plan de soutien à la croissance
économique (PSCE) couvrant la période 2005-2009. Selon le ministre
des Transports, 500 km de voies sont en cours de réalisation dans le
cadre du PSCE. La nouvelle cagnotte permettra de prolonger le réseau
sur un linéaire de 700 km.
Au vu des limites
objectives du réseau routier touché par la vétusté des
infrastructures, la surexploitation de certains axes techniquement
inadaptés et l’inadéquation entre le volume de marchandises
transportées et la densité du réseau, d’autres voies ont été
explorées en même temps que le développement du réseau routier
lequel, d’ici 2025, aura reçu un investissement de l’ordre de
40 milliards de dollars. Parmi les autres voies sollicitées, le
chemin de fer demeure la direction privilégiée eu égard aux retards
de développement qui grèvent ce secteur et aux potentialités dont
dispose le pays en la matière, entendu qu’il a hérité de la
colonisation d’une ligne traversant l’Atlas tellien d’est en ouest
et reliant entre elles trois capitales maghrébines avec quelques
bretelles en direction des Hauts Plateaux. Le développement
économique du pays, la croissance démographique et la nouvelle carte
géographique des échanges et des bassins de production ont
inexorablement induit de nouveaux besoins en matière de transport de
marchandises et de voyageurs.
Si le moyen de transport
ferroviaire bénéficie d’une attention particulière des acteurs
économiques et des pouvoirs publics ces deux dernières années, c’est
principalement pour les grandes capacités dont il peut disposer et
le côté pratique et fluide de la voie qu’il emprunte. En effet, il
n’échappe à personne que le transport a toujours constitué un
segment majeur de l’économie dans les étapes de la fourniture des
équipements, de la matière première, des produits finis ou
semi-finis ainsi que de leur transbordement des/ou vers les ports.
Le point de chute peut même être un aéroport dans le cas où la suite
de la prestation de transport doit être assurée par avion cargo.
Dans la comptabilité des
entreprises, la rubrique transport occupe parfois des postes
importants, surtout lorsque les bassins de production (usines,
fermes, ateliers) sont situés à des distances éloignées. Pour un
pays aussi vaste que l’Algérie, l’enjeu du transport de marchandises
et de voyageurs se trouve naturellement décuplé. Cependant, jusqu’à
présent, les activités liées au transport sont concentrées sur le
déplacement par voie de route. La majorité de la population
algérienne étant positionnée au Nord, particulièrement sur la côte,
les voies terrestres se trouvent ainsi étranglées par l’intensité du
trafic et la nature du relief caractérisant la bande nord. C’est
pourquoi l’alternative du rail a fini par s’imposer après des
retards considérables enregistrés dans ce secteur.
Un réseau vétuste et
peu performant
Le réseau ferroviaire
algérien a été réalisé par l’administration française à la fin du
XIXe siècle. Jusqu’au début des années 1960, le réseau
exploité était de 3 900 kilomètres. L’intérêt prépondérant des
pouvoirs publics pour le transport routier a non seulement fait
stagner le développement du rail, mais, pire, a conduit à la
suppression pure et simple de certaines dessertes. Elément
structurant au même titre que les autres infrastructures lourdes
(ports, aéroports, routes, autoroutes, barrages hydrauliques…), le
chemin de fer a bénéficié à la fin des années 1980 d’une profonde
réflexion qui a voulu exploiter des idées anciennes dont certaines
remontent à la période coloniale. Ainsi, il a été question d’étoffer
la voie du nord en la doublant sur 1 300 km (de la frontière
marocaine à la frontière tunisienne), ceci indépendamment des
bifurcations qui vont sur Skikda, Annaba, Oran et Arzew. Dans le
sillage du développement de la voie du nord, une voie parallèle sur
les Hauts Plateaux était également envisagée. Mieux, des travaux ont
commencé à partir de Batna pour faire aboutir la ligne sur la voie
du sud-ouest (Mechria-Aïn Sefra). Les jeunes soldats de l’ANP
regroupés en Groupements de travaux de la voie fer (GTVF) ont pu
relier Batna à M’sila. Après la dissolution de ces groupements à la
fin des années 1980, les travaux se sont arrêtés. Avec le nouvel
intérêt porté à cette zone dans le cadre des investissements entrant
dans l’«option Hauts Plateaux», la réhabilitation de ce vieux projet
s’avère impérative. Logiquement, doivent suivre les bretelles qui
vont relier la voie du nord à la ligne des Hauts Plateaux (Blida-Djelfa,
Constantine-Batna) qu’il s’agit plutôt de réhabiliter puisqu’elles
existent depuis longtemps.
La stratégie de
développement du rail sur les Hauts Plateaux rejoint la conception
des pouvoirs publics de remettre au goût du jour le plan «option
Hauts Plateaux» discuté en Conseil des ministres en février 2004. En
2006, un programme de développement intégré tendant à améliorer les
conditions de vie des populations locales et à revitaliser les
espaces steppiques a été adopté par le gouvernement. Cette vision
remontant aux années 1980 prévoyait des facilitations en matière
d’investissement sur ces territoires vastes mais faiblement
développées et où le site pour une nouvelle capitale du pays fut
choisi (nouvelle ville de Boughezoul).
Répondre aux nouveaux
besoins de l’économie et de la société
Cette option est basée
sur le constat d’un déséquilibre démographique entre la côte et
l’intérieur du pays, la mauvaise gestion des ressources naturelles,
l’impasse de la politique de l’emploi et la menace de
désertification qui pèse sur le nord de l’Algérie, sachant que des
villes et des territoires entiers ont pratiquement rejoint le
domaine aride (Sougueur, Ksar El-Boukhari, Aflou, Barika, El-Aricha…).
Le vieux projet des Hauts Plateaux fut abandonné «sans préavis»
lorsque le baril commençait à connaître les abysses de la Bourse.
Un autre projet de plus
grande envergure était aussi dans l’air à cette époque. C’était le
plan connu sous le nom de «boucle du Sud», il s’agissait de
raccorder le sud du pays au Tell par l’extension des voies ferrées
qui arriveraient à Touggourt (Est) et à Béchar (Ouest). L’itinéraire
tracé pour cette voie étant Touggourt-Hassi
Messaoud-Ouargla-Ghardaïa-Adrar-Béchar. Certes, c’est un mégaprojet
coûteux qui prend l’allure du Transsibérien, lequel fut réalisé par
des prisonniers. Néanmoins, les activités existantes au niveau des
zones pétrolières et gazières, l’ébauche d’une agriculture
saharienne à Adrar et dans la vallée de Zousfana (Taghit, Igli, Beni
Abbès) militeraient sans doute pour un tel projet et cela
indépendamment des futures et éventuelles zones d’exploitation qui
pourraient concerner les gisements de minerais dans le Sud (à
l’exemple du fer de Ghar Djebilet, dans la région de Tindouf).
De nouvelles
perspectives pourraient aussi s’ouvrir pour le réseau ferroviaire du
nord du pays. Ainsi, des pays du Sahel (Niger, Mali) ont montré un
intérêt certain ces dernières années pour un éventuel acheminement
de leurs marchandises importées d’Europe via les ports algériens. Au
début des années 2000, une délégation de l’un des pays de cette zone
a exploré avec les autorités algériennes cette possibilité au niveau
du port de Djendjen, dans la wilaya de Jijel. Les marchandises
pourraient être expédiées sur la ligne de Ramdane-Djamel
jusqu’à…Adrar, si le chemin de fer venait à rallier cette ville. De
là, elles seraient transportées par route sur Niamey ou Bamako.
Un autre projet
structurant est en train de voir le jour en Kabylie. Outre la
modernisation de la ligne Alger-Tizi Ouzou, le chemin de fer
s’étendra jusqu’à Oued Aïssi, au niveau de la zone industrielle
Aïssat-Idir. Cette voie serait, à terme, extensible jusqu’à Fréha.
Pour le quinquennat
2005-2009, la SNTF prévoit la réalisation de trois lignes à grande
vitesse (LGV) : Bordj Bou Arréridj-Khemis Miliana sur 320 km (avec
un itinéraire indépendant de l’actuel mais qui passera par Bouira et
Béni Mansour) , Bou Medfaâ-Djelfa sur 260 km, Touggourt-Hassi
Messaoud sur 240 km. Cette entreprise publique compte également
procéder à l’électrification de la ligne du Nord (de la frontière
est à la frontière ouest) et à l’acquisition de 64 rames
automotrices en plus de 30 locomotives diesel (General Motors). La
vitesse développée par les LGV va de 160 à 200 km/h.
Un segment important de
l’économie nationale est ainsi promis à un développement fulgurant
de façon à ce qu’il puisse rattraper les retards accumulés pendant
quatre décennies et servir en même temps de veines irriguant les
économies maghrébines tendues vers une future intégration.
Saâd Taferka
Notes
de vacances
Les émigrés font le
plein… d’économies
En plus du soleil, de la
bonne nourriture et des visites de famille, les émigrés font le
plein avant de rebrousser chemin vers leurs pays d’accueil. Les
malles des voitures repartent aussi remplies qu’elles l’étaient à
leur arrivée en objets et produits en tout genre. Le phénomène tend
à devenir une pratique quasi systématique ces deux dernières années
à la faveur du taux de change (parallèle) de l’euro face au dinar
(1 € pour environ 115 DA), mais également en raison de la cherté de
la vie en France due à la hausse des prix du pétrole.
Au port de Ghazaouet, en
cette journée de fin du mois de juillet, les véhicules des émigrés
font la queue pour l’embarquement vers le port d’Almeria en Espagne.
Une fois débarqués, ils continueront leur chemin vers la France. Les
juilletistes rentrent, laissant la place aux aoûtiens. Ils repartent
presque aussi chargés qu’ils sont venus. Tout au long de leur
séjour, ils font leurs emplettes, profitant des prix abordables, en
comparaison avec ceux qui sont pratiqués dans l’Hexagone. Tapis,
chaussures, vêtements, produits de beauté, fruits, légumes et autres
produits alimentaires. Tout y passe, même les pièces de rechange
automobiles et les téléphones portables.
Dans la région de
Ghazaouet (nord de la wilaya de Tlemcen) et les localités voisines
comme Tounane, les marchés hebdomadaires sont une occasion inratable
pour faire le plein. «La vie devient tellement difficile en France
qu’on essaye de profiter au maximum pour rentabiliser notre séjour
en Algérie», affirme Mustapha, qui vient du nord de la France, de
Lille plus exactement. «On ramène des cadeaux, mais on se fait
plaisir au retour nous aussi.»
Mustapha ne vient pas
tous les ans. La dernière fois, en 2006, il a fait refaire les
amortisseurs de son véhicule chez un garagiste à Ghazaouet. Selon
ses dires, ça lui a coûté, pièce et main-d’œuvre, quatre fois moins
cher que ce que ça lui aurait coûté en France. Cette année, il a
acheté des pneus neufs, même si, avoue-t-il, «je n’ai pas fait de
grosses économies sur cette affaire».
A leur tour, les
commerçants profitent au maximum de la période des grandes vacances.
«Je fais l’essentiel de mon chiffre d’affaires en été, en
particulier avec les émigrés», affirme le propriétaire d’une
supérette de Tounane, une ville grandissante, située à 10 km de
Ghazouet, où l’activité commerçante atteint son apogée en été. «Non
seulement ils consomment beaucoup pendant leur séjour, mais les
émigrés font leurs emplettes avant de repartir», nous explique ce
commerçant, lui-même ancien émigré dont les enfants sont restés
là-bas.
Plus encore en cette
période précédant le mois sacré de ramadan, les émigrés achètent
pleins de produits qu’ils trouvent bien plus chers en France en
raison des différentes taxes. «Un kilo de pruneaux d’Agen vous ne
l’aurez pas à moins de 6,5 € en grande surface en France, ici je
l’ai acheté 400 ou 450 DA et c’est de la très bonne qualité»,
affirme Mustapha, qui a également commandé un sac de 50 kg de sucre
cristallisé pour l’avant-veille de son départ. «A 60 ou même à 70 DA
le kilo de sucre, ça reste toujours deux fois moins que chez nous,
où le prix est de l’ordre de 1,5 €, soit 150 DA», précise-t-il. Le
sac de 50 kg est consommé en 6 à 7 mois. «J’en ai jusqu’au mois de
mars, c’est pas mal comme économie.»
Pour ses trois enfants,
dont deux scolarisés, Fatima, l’épouse de Mustapha, s’est chargée de
leur acheter quelques vêtements pour la rentrée des classes. Des
pantalons jeans et des baskets essentiellement.
Le marché hebdomadaire
de Tounane ne désemplit pas chaque mercredi. «Les achats sont
massifs les deux derniers mercredis des mois de juillet et août. En
prévision de leur retour en France, les émigrés s’approvisionnent
beaucoup en cette période», nous explique Boussif, dont les deux
frères sont également commerçants dans la région. «Il fut un temps
où c’étaient eux qui ramenaient du tissu de France, maintenant ils
l’achètent ici, ça leur revient beaucoup moins cher.»
Fadéla, de Strasbourg,
est à la recherche de robes traditionnelles pour elle est ses deux
adolescentes, en prévision de nombreuses fêtes de mariage de la
famille. Elle a déjà fait le tour des magasins spécialisés dans les
produits féminins, avant de commencer à faire ses achats. «J’achète
des robes pour assister au mariage de mon cousin, mais j’en emmène
aussi pour des amies algériennes qui ne sont pas venues au bled
cette année. Pendant le ramadan, les fêtes de l’Aïd et autres
circonstances familiales, nous adorons mettre les bad’iates (robes
traditionnelles de l’ouest du pays)», affirme notre interlocutrice,
qui prévoit de débourser jusqu’à 30 000 DA, soit environ 250 € pour
elle et ses filles. «Pour cette année seulement, je ne fais pas ça
tout le temps», tient-elle à préciser. Ses filles, Iman et Zeineb,
ont déjà changé de portables dès leur arrivée et ont acheté plein
d’autres accessoires. «C’est vachement moins cher qu’en France et
l’on trouve des modèles très récents aussi», dit Iman, la plus jeune
des deux.
En dehors de la panoplie
de produits achetés, de plus en plus d’émigrés préfèrent aussi faire
des soins dentaires en Algérie. Avant même son arrivée, Mustapha
avait déjà pris rendez-vous pour lui, son épouse et ses trois
enfants, auprès d’un dentiste, «un ami de la famille» exerçant à
Ghazaouet. «Entre 800 et 1000 DA le traitement d’une dent, soit
moins de 10 €, c’est sans commune mesure avec les coûts pratiqués en
France, même dans le cas d’un conventionnement avec la sécurité
sociale», selon Mustapha qui, en une dizaine de jours, a traité
l’ensemble des «chantiers dentaires» de sa petite famille venue
passer des vacances au pays natal.
La veille de son retour
à Lille, Mustapha n’oublie pas d’aller chez le coiffeur. «Oui, c’est
dix fois moins cher ici. Une coupe à 1 € ça n’existe pas en France,
il faut compter environ 10 €», dit-il avec le sourire. «J’ai des
amis qui font tous la même chose la veille de leur départ»,
lance-t-il comme pour se justifier.
A deux heures du départ
vers Almeria, notre émigré effectue les derniers achats. Des
légumes, des fruits, du pain et quelques litres de lait en tetrapak,
à consommer durant le voyage qui sera long. Et il n’oublie surtout
pas de faire le plein de gazole et d’en rajouter un jerrican de
30 litres. Là aussi, doté d’une calculette mentale, notre
interlocuteur nous fait la démonstration qu’il fait d’énormes
économies. «Entre 1,30 et 1,44 € le litre de gazole dans le Nord, je
fais largement plus de 120 € d’économie, de quoi faire un plein et
demi là-bas», ajoute-t-il.
Avant de partir,
Mustapha ne cache pas qu’il envisage de faire scolariser ses enfants
en Algérie. «Ils sont français, ils peuvent faire leurs études
universitaires en France s’ils le veulent. Ici, je serais rassuré
pour leur éducation, sans compter les économies que je ferais sur
toute l’année, même avec le coût du déplacement, en hiver ou au
printemps, de leur maman qui viendra les voir», dit-il.
Comme Mustapha, Fatima
et Fadéla, ils sont nombreux, nos compatriotes résidant à
l’étranger, qui souhaitent vivre sur les deux tableaux : être payés
en euros et dépenser en dinars…
Abdelkader Djalil
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |