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Le hidjab n’est pas obligatoire en islam
Gamal Al-Bana,
le trouble-culte
Qui est Gamal
Al-Bana ? Son nom peut paraître habituel ; effectivement, il a le
même patronyme que le fondateur des Frères musulmans d’Egypte. Il
écrit depuis les années quarante sur le renouveau religieux et il
est redécouvert à l’orée d’un retour de la religion sur la scène
publique.
Ce penseur
égyptien n’est autre que frère cadet du célèbre Hassan Al-Banna,
fondateur des Frères musulmans. Il est en train de bousculer de
manière violente les “constantes” islamiques et dérange gravement
une certaine idée que l’on se fait de l’avenir des sociétés
musulmanes qui ne peuvent être qu’inéluctablement livrées au
salafisme triomphant. Il semble qu’il n’en soit rien et, plus que
jamais, la pensée islamique semble prise d’une dynamique inattendue.
Al-Banna ne dit
rien de moins que le hidjab, voile islamique, n’est pas une
obligation légale, que la femme musulmane peut se marier sans témoin
et sans ouali (tuteur légal). Le penseur a fait ces
déclarations dans un contexte particulièrement tendu en Egypte,
alors que le ministre égyptien de la Culture, Farouq Hosni, avait
critiqué cette propension de ses concitoyennes à porter le hidjab.
Si les propos du ministre sont le fruit d’un démarche intellectuelle
éloignée des considérations spirituelles, les conclusions de
Al-Banna sont, elles, éminemment religieuses. Pour lui, le hidjab
s’est imposé à l’islam puisqu’il était une manière de s’habiller.
Gamal Al-Banna souligne que le Coran n’est pas une “marque déposée”
pour la retrouver sur les vêtements dits légaux (chari’). Les
recommandations contenues dans le verset : “Et dis aux croyantes
de baisser leurs regards, de garder leur chasteté et de ne montrer
de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur
voile sur leurs poitrines ; et qu'elles ne montrent leurs atours
qu'à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou
à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux
fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes
musulmanes, ou aux esclaves qu'elles possèdent, ou aux domestiques
mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des
parties cachées des femmes. Et qu'elles ne frappent pas avec leurs
pieds de façon que l'on sache ce qu'elles cachent de leurs parures.
Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous
récoltiez le succès”(1) traitaient de la manière
usuelle de s’habiller à cette époque. Les femmes portaient le voile,
comme elles le faisaient depuis des siècles que ce soit en
Mésopotamie ou en Grèce, et les hommes des turbans pour se protéger
du soleil ou de la poussière. Sinon le seul verset qui évoque le
hidjab étant : “ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et
aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles :
elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées.
Allah est Pardonneur et Miséricordieux.”(2) Selon
Al-Banna, il s’agit là d’une allégorie relative à une rideau ou
quelque chose qui cache du regard des autres les femmes du Prophète.
Mais Al-Banna ne s’arrête pas en si bon chemin, il indique qu’un
hadith réputé vrai (sahih) évoque les ablutions que faisaient
en commun hommes et femmes et, ainsi, ces femmes ne pouvaient rester
couvertes pour accomplir ce rite. Se référant à l’histoire l’islam,
il rappelle que le khalife Omar avait sermonné une servante, esclave
musulmane, pour s’être accoutrée en mettant le voile, celui-ci
permettant de distinguer les femmes libres (qui le portent) des
esclaves (qui ne le portent pas).
Un hidjab qui
cache bien des misères
Mais en fait, la
question du hidjab soulevée par Al-Banna peut paraître accessoire
malgré le bruit et la fureur qu’elle a suscitée. Le penseur va plus
loin en évoquant les question des libertés individuelles, notamment
celles des femmes qui peuvent, selon lui, se marier sans recours ni
à un tuteur légal ni à des témoins, les questions de la vie des
musulmans en Occident alors qu’ils sont en proie aux tentations,
sexuelles notamment, le rapport du musulman à la prière et la
question de la suppression de la mixité qu’il qualifie d’“opération
barbare”. Les audaces qu’il ose sont sans commune mesure avec tout
ce qui a été écrit ou dit jusque-là.
Mais Al-Banna
n’est pas là uniquement pour jeter des pavés dans la mare. Pour lui,
la lecture même du Coran doit évoluer et les musulmans qui, selon
ses propos, “ont donné à l’esprit congé depuis mille ans”,
doivent revoir les interprétations du Coran à la lumière des
connaissances modernes, de la pensée universelle et de la révolution
que le Coran a apporté au moment de sa révélation. Quant au hadith,
il en appelle à l’esprit critique des musulmans pour savoir
distinguer ce qui est en conformité avec l’esprit du Coran et ce qui
ne l’est pas. Il souligne qu’à l’époque des khalifes qui ont succédé
au Prophète, certaines des sanctions extrêmes relatives aux péchés
capitaux, comme couper la main du voleur, avaient été levées dans
des circonstances particulières. Mettant en avant que l’adaptation
relative du message divin est inscrite dans l’histoire même de
l’islam, il se demande pourquoi ces mêmes adaptations ne seraient
plus possibles aujourd’hui.
Pour le frère
cadet du fondateur des Frères musulmans d’Egypte, les débats
aujourd’hui plus pressants que celui autour du hidjab concernent la
citoyenneté, le respect des principes des droits de l’homme dans les
pays musulmans. Dès lors, si Al-Banna ouvre un débat au sens le plus
large, il reste qu’on ne peut le qualifier d’incroyant (zinbdiq)
ou d’impie pour la simple raison qu’il revendique haute et fort son
islam et présente des connaissances et une érudition religieuse
implacable. Al-Banna n’a rien d’un Ali Sina(3) qui
utilise le Coran et ses connaissances religieuses pour mieux
critiquer l’islam ; malgré tout ce qui s’est dit sur les Frères
musulmans d’Egypte, il défend corps et bien la mémoire de son frère,
le Cheikh Hassan.
Bien entendu, les
critiques de certains conservateurs, notamment ceux d’Al-Azhar et
d’autres, profondément salafistes, ne se sont pas fait attendre.
Pour eux, Al-Banna suit le même chemin tortueux que certains
intellectuels laïcisants égyptiens ou arabes et n’apporte rien de
nouveau. Certes, Al-Banna rappelle des faits historiques et se
réfère énormément au patrimoine historique islamique, alors qu’il
tire ses conclusions de ses lectures du Coran et des hadiths. Dans
le même temps, en allant toucher à un des signes religieux les plus
significatifs quant à un retour massif en religion des sociétés
musulmanes (les femmes voilées), sous la férule essentiellement des
mouvements salafistes ou chiites rampants, il touche à un marquage
politique essentiel du fondamentalisme musulman.
Dès lors, même
ceux qui le critiquent ne répondent pas aux questions qu’il pose ni
ne participent au débat qu’il propose. Ne pouvant remettre en
question les idées qu’il avance, seule la censure(4) qui
le frappe en Egypte est à même de taire ses propos, faute de pouvoir
les réfuter.
Amine Esseghir
1- Sourate
Annour (la lumière), 31.
2- Sourate Al
Ahzab (les coalisés), 59.
3- Ali Sina est un
laïc qui se présente comme un musulman qui a quitté l’islam. Il a
créé Faith Freedom International, une sorte d’ONG qui possède
essentiellement un site Internet destiné à donner aux musulmans qui
ont abandonné leur foi la possibilité de témoigner pour, dit-il,
“démasquer l’islam et montrer qu’il est une idéologie impérialiste
qui tient du nazisme, déguisée en religion”.
4- Entre autres
livres interdits de Gamal Al-Banna, sur proposition de la commission
de censure d’Al-Azhar, La
responsabilité de l’échec de l’Etat islamique.
Un grand nombre
d’articles de Gamal Al-Banna sont disponibles en arabe sur http: //www.metransparent.com/authors/arabic/banna.html.
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