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La nouvelle guerre froide ?
La presse
occidentale a-t-elle raison de tempêter pour dire que nous sommes
bel et bien à la veille d’une nouvelle guerre froide ? Le 8 février,
Robert Gates, ministre américain de la Défense, traitait la Russie
en ennemi potentiel. Le Président russe profitait de la conférence
internationale annuelle sur la sécurité mondiale des 9 et 10
février, à Munich, pour lui donner la réplique et critiquer un monde
désormais unipolaire, suggérant au passage que celui-ci était en
bien meilleure sécurité quand il y avait cet équilibre imposé par la
Guerre froide. Pour nombre d’analystes, l’escalade diplomatique
entre Washington et Moscou, qui tient désormais les devants de
l’actualité, pousse à croire que beaucoup d’aspects du fait le plus
déterminant du siècle écoulé, la cold war, sont en phase de
réunion tant la virulence, cette fois, des propos de Vladimir
Poutine contre les Etats-Unis a atteint un degré inégalé depuis
l’époque de Gorbatchev. Le tout maintenant est de savoir si les
relations internationales sont effectivement entrées dans une
nouvelle ère ou s’il s’agit d’une conjoncture qui ira en se calmant,
du moins d’ici la proche visite de Robert Gates (l’ex-directeur de
la CIA) à Moscou, s’il s’agit seulement donc d’un coup de colère de
M. Poutine, excédé par une campagne médiatique occidentale qui
chercherait à lui coller sur le dos un scandale après l’autre. Car
aujourd’hui, sur bien des dossiers plus précis que la sécurité dans
monde, comme ce fut le cas pour la Corée du Nord, le Kosovo, l’Iran
et de plus en plus nettement pour l’Irak, la Russie semble vouloir
faire entendre qu’elle n’est plus ce pays affaibli des années 1990
mais une puissance rétablie qui a le pouvoir de dire oui ou non sur
les grandes questions de l’heure et que son siège au Conseil de
sécurité n’est pas uniquement un héritage de l’histoire de l’ex-URSS
mais bel et bien en parfaite adéquation avec le poids qui est le
sien actuellement et ira naturellement grandissant. L’on aurait eu
de précieux indices quant à la marche des choses à l’avenir s’il
était question uniquement d’antiaméricanisme, d’une même nature au
moins que celui qui anime des gouvernements comme celui du Venezuela
de Chavez ou de l’Iran d’Ahmedinedjad, ces principaux animateurs
d’un axe naissant ouvertement opposé à la politique extérieure des
Etats-Unis.
Mais pour les
autorités russes, le problème n’est pas qu’en Amérique. Dans les
faits, les efforts de la Russie pour se donner un plus grand rôle
sur la scène internationale sont plutôt concentrés sur l’Europe et
visent à montrer la nécessité pour l’UE de la prendre comme
partenaire sur un pied d’égalité avec les Etats-Unis.
L’élargissement continu de l'Otan à des Etats qui, hier,
constituaient le bouclier de sécurité de l'ex-URSS dans le cadre du
Pacte de Varsovie, ainsi que l’annonce par le Pentagone de
l’extension de sa ceinture antimissiles à l'Europe (radars en
République tchèque et missiles en Pologne) ne font qu’accentuer
l'exaspération de Moscou qui a maille à dépasser les profondes
séquelles du démantèlement territorial dans les années 1990 et qui
la place en situation de conflit chronique avec plus d’une
république limitrophe. Et la préoccupation sécuritaire n’est pas
seulement militaire, elle est aussi énergétique. Quand la Russie dit
être tentée par la proposition de certaines pays grands exportateurs
de gaz naturel pour se rassembler en cartel, voire d’en être le
meneur, elle profère ainsi une menace dirigée essentiellement contre
une Europe fortement dépendante de ses fournisseurs extérieurs. Rien
n’indique cependant que Moscou serait prête à œuvrer pour la
création d’un bloc qui, s’il ne se substituait pas au défunt bloc de
l’Est, aurait pour vocation de réduire l’influence des Américains et
de leurs alliés européens. Mais cette tendance, qui explique en
grande partie la forte réaction russe, a fait aussi qu’un seul
discours de Poutine a plus œuvré à l'union des Etats-Unis et de
l'Europe que ces deux protagonistes en une décennie. De là à parler
d’une nouvelle guerre froide, voilà ce qui serait hâtif. Ce serait
surtout la manifestation d’une nouvelle tournure qu’ont donc prise
les relations entre la Russie et l'Occident en général. Mais là
n’est pas le fait le plus inquiétant. En mai 2002, Vladimir Poutine
accueillait George W. Bush à Moscou pour la signature d'un traité de
désarmement nucléaire visant à "mettre fin à la Guerre froide". Les
deux pays ont convenu de réduire leurs arsenaux nucléaires à un
niveau maximal de 2 200 ogives à l'horizon 2012. Trois ans plus
tard, jour pour jour, lors d'une parade sur la place Rouge, le
Président russe appelait à ne pas permettre "la répétition ni de
guerres froides ni de guerres chaudes". Le processus devait
aller encore plus loin et étendre ses retombées positives sur de
nombreuses régions du monde et compter comme un facteur d’optimisme
dans un remodelage des relations internationales, dont le point
nodal serait la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, mais cette
nouvelle tension entre les deux superpuissances, l’une en
convalescence et l’autre affaiblie par son aventure douteuse au
Moyen-Orient, ouvre grand la perspective d'une nouvelle course aux
armements entre puissances nucléaires. Les programmes nucléaires
iranien et nord-coréen, eux, n’en seront par contre qu’enhardis.
N. B.
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