Semaine du 14 au 20 février 2007

L'éditorial : Par Nabil Benali

La nouvelle guerre froide ?

 

 
 
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  La nouvelle guerre froide ?

La presse occidentale a-t-elle raison de tempêter pour dire que nous sommes bel et bien à la veille d’une nouvelle guerre froide ? Le 8 février, Robert Gates, ministre américain de la Défense, traitait la Russie en ennemi potentiel. Le Président russe profitait de la conférence internationale annuelle sur la sécurité mondiale des 9 et 10 février, à Munich, pour lui donner la réplique et critiquer un monde désormais unipolaire, suggérant au passage que celui-ci était en bien meilleure sécurité quand il y avait cet équilibre imposé par la Guerre froide. Pour nombre d’analystes, l’escalade diplomatique entre Washington et Moscou, qui tient désormais les devants de l’actualité, pousse à croire que beaucoup d’aspects du fait le plus déterminant du siècle écoulé, la cold war, sont en phase de réunion tant la virulence, cette fois, des propos de Vladimir Poutine contre les Etats-Unis a atteint un degré inégalé depuis l’époque de Gorbatchev. Le tout maintenant est de savoir si les relations internationales sont effectivement entrées dans une nouvelle ère ou s’il s’agit d’une conjoncture qui ira en se calmant, du moins d’ici la proche visite de Robert Gates (l’ex-directeur de la CIA) à Moscou, s’il s’agit seulement donc d’un coup de colère de M. Poutine, excédé par une campagne médiatique occidentale qui chercherait à lui coller sur le dos un scandale après l’autre. Car aujourd’hui, sur bien des dossiers plus précis que la sécurité dans monde, comme ce fut le cas pour la Corée du Nord, le Kosovo, l’Iran et de plus en plus nettement pour l’Irak, la Russie semble vouloir faire entendre qu’elle n’est plus ce pays affaibli des années 1990 mais une puissance rétablie qui a le pouvoir de dire oui ou non sur les grandes questions de l’heure et que son siège au Conseil de sécurité n’est pas uniquement un héritage de l’histoire de l’ex-URSS mais bel et bien en parfaite adéquation avec le poids qui est le sien actuellement et ira naturellement grandissant. L’on aurait eu de précieux indices quant à la marche des choses à l’avenir s’il était question uniquement d’antiaméricanisme, d’une même nature au moins que celui qui anime des gouvernements comme celui du Venezuela de Chavez ou de l’Iran d’Ahmedinedjad, ces principaux animateurs d’un axe naissant ouvertement opposé à la politique extérieure des Etats-Unis.

Mais pour les autorités russes, le problème n’est pas qu’en Amérique. Dans les faits, les efforts de la Russie pour se donner un plus grand rôle sur la scène internationale sont plutôt concentrés sur l’Europe et visent à montrer la nécessité pour l’UE de la prendre comme partenaire sur un pied d’égalité avec les Etats-Unis. L’élargissement continu de l'Otan à des Etats qui, hier, constituaient le bouclier de sécurité de l'ex-URSS dans le cadre du Pacte de Varsovie, ainsi que l’annonce par le Pentagone de l’extension de sa ceinture antimissiles à l'Europe (radars en République tchèque et missiles en Pologne) ne font qu’accentuer l'exaspération de Moscou qui a maille à dépasser les profondes séquelles du démantèlement territorial dans les années 1990 et qui la place en situation de conflit chronique avec plus d’une république limitrophe. Et la préoccupation sécuritaire n’est pas seulement militaire, elle est aussi énergétique. Quand la Russie dit être tentée par la proposition de certaines pays grands exportateurs de gaz naturel pour se rassembler en cartel, voire d’en être le meneur, elle profère ainsi une menace dirigée essentiellement contre une Europe fortement dépendante de ses fournisseurs extérieurs. Rien n’indique cependant que Moscou serait prête à œuvrer pour la création d’un bloc qui, s’il ne se substituait pas au défunt bloc de l’Est, aurait pour vocation de réduire l’influence des Américains et de leurs alliés européens. Mais cette tendance, qui explique en grande partie la forte réaction russe, a fait aussi qu’un seul discours de Poutine a plus œuvré à l'union des Etats-Unis et de l'Europe que ces deux protagonistes en une décennie. De là à parler d’une nouvelle guerre froide, voilà ce qui serait hâtif. Ce serait surtout la manifestation d’une nouvelle tournure qu’ont donc prise les relations entre la Russie et l'Occident en général. Mais là n’est pas le fait le plus inquiétant. En mai 2002, Vladimir Poutine accueillait George W. Bush à Moscou pour la signature d'un traité de désarmement nucléaire visant à "mettre fin à la Guerre froide". Les deux pays ont convenu de réduire leurs arsenaux nucléaires à un niveau maximal de 2 200 ogives à l'horizon 2012. Trois ans plus tard, jour pour jour, lors d'une parade sur la place Rouge, le Président russe appelait à ne pas permettre "la répétition ni de guerres froides ni de guerres chaudes". Le processus devait aller encore plus loin et étendre ses retombées positives sur de nombreuses régions du monde et compter comme un facteur d’optimisme dans un remodelage des relations internationales, dont le point nodal serait la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, mais cette nouvelle tension entre les deux superpuissances, l’une en convalescence et l’autre affaiblie par son aventure douteuse au Moyen-Orient, ouvre grand la perspective d'une nouvelle course aux armements entre puissances nucléaires. Les programmes nucléaires iranien et nord-coréen, eux, n’en seront par contre qu’enhardis.

N. B.

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