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Un accord en guise
d’ajournement
La
sainteté du lieu de rencontre a donc joué, elle a dispensé sa
grâce : le Fatah et le Hamas ont décidé de former un nouveau
gouvernement national. Pour quel programme ? Personne ne le sait
encore. Peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes. La première
urgence semble bien avoir été en effet de ne pas décevoir les
Saoudiens, ces généreux et sourcilleux donateurs. Quant au reste,
ils aviseront, d’autant que tout ne dépend pas d’eux. Les Israéliens
et les Américains ont leur mot à dire. Ce qui aurait beaucoup aidé à
la paix au Moyen-Orient, ç’aurait été bien sûr que ces deux-là
soient aussi invités par le roi (mais évidemment pas à la Mecque ,
sanctuaire réservé aux seuls musulmans), et que par respect pour
lui, on décide de faire bouger les lignes, de faire tomber les murs,
de baisser les armes, de négocier, et de négocier encore. Puisque la
preuve est faite, et depuis longtemps, que personne n’est capable
d’éliminer l’autre, de le dépouiller de son statut de partie
prenante au conflit.
Mahmoud Abbas est d’avis qu’Israël n’a d’autre choix que d’accepter
l’accord passé entre Palestiniens ; sous-entendu : l’accord
consistant à de s’entretuer. Voilà qui semble fort ; ainsi donc
Israël qui tient le Hamas pour une organisation terroriste devrait
tout à coup réviser son attitude et lever l’embargo sur les
territoires, dont le but est justement de faire tomber le
gouvernement dirigé par le Hamas. Ou il s’agit là d’une parole de
circonstance, ou le président palestinien a fini de se convaincre
qu’une reprise des hostilités avec Israël valait mieux qu’une guerre
civile, dont l’issue peut très bien du reste ne pas être à
l’avantage du Fatah. A voir l’air dont cela a été dit, on est porté
à ne pas trop parier sur la solidité des engagements pris sous
l’égide du roi saoudien. Et quand on voit de plus qu’Ismaël Haniyeh
n’a même pas laissé le temps à l’encre de l’accord de sécher pour
déclarer que celui-ci n’obligeait pas du tout son mouvement à
reconnaître Israël, comment ne pas être conforté dans ce sentiment ?
Toutefois, les Saoudiens n’apprécieraient pas beaucoup que les
Palestiniens sitôt rentrés chez eux, font comme si de rien n’était,
reprenant leurs affrontements là où ils les ont laissés, tenus
qu’ils étaient de répondre à une invitation qu’ils ne pouvaient
ignorer sans le payer par des représailles qui feront mal à la
caisse, qu’elle soit ou non d’ailleurs soumise à embargo. Si l’offre
de bons services provenait d’ailleurs, de la Jordanie ou de l’Egypte
par exemple, qui ne disposent pas d’arguments aussi convaincants,
aussi respectables qu’elles soient l’une et l’autre, alors là, oui,
ils n’auraient pas été obligés d’obtempérer. Ils auraient été moins
contraints encore de faire le déplacement et les simagrées qui vont
avec si l’initiative, au lieu de venir des seuls Saoudiens, était
lancée par la Ligue arabe au nom de tous les pays membres. Le plus
probable est qu’ils n’auraient même alors consenti de trêve et
qu’ils auraient continué à s’entretuer allègrement en attendant que
des parties plus influentes aient la bonté de s’en émouvoir un peu.
Et
s’il en est ainsi, c’est sûrement que le conflit palestinien n’est
pas pour le moment au centre des préoccupations américaines, et
partant de celles de la communauté internationale, et notamment des
Européens. Si Condoleeza Rice n’annonce pas une tournée au
Moyen-Orient, il ne faut pas s’attendre à ce que Javier Solanas
fasse de même, ou que la France dépêche son ministre des Affaires
étrangères dans la région, encore que sa destination de prédilection
ce soit plutôt le Liban par les temps qui courent. Le nœud gordien
du moment, ce n’est même pas l’Irak, c’est l’Iran et son programme
nucléaire. Pour les Américains, c’est aux Iraniens, ce n’est plus à
Al-Qaïda, qu’ils doivent leurs difficultés en Irak. Tant que ce nœud
n’est pas tranché, tout ce qui est demandé aux Palestiniens c’est de
mettre un bémol à leurs querelles internes, non de leur trouver une
solution, ce qui bien entendu n’est pas vraiment leur affaire, en
tout cas n’est pas la leur à l’exclusion de toute autre partie.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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