Semaine du 14 au 20 février 2007

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Un accord en guise d’ajournement

 

 
 
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  Un accord en guise d’ajournement

La sainteté du lieu de rencontre a donc joué, elle a dispensé sa grâce : le Fatah et le Hamas ont décidé de former un nouveau gouvernement national. Pour quel programme ? Personne ne le sait encore. Peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes. La première urgence semble bien avoir été en effet  de ne pas décevoir les Saoudiens, ces généreux et sourcilleux donateurs. Quant au reste, ils aviseront, d’autant que tout ne dépend pas d’eux. Les Israéliens et les Américains ont leur mot à dire. Ce qui aurait beaucoup aidé à la paix au Moyen-Orient, ç’aurait été bien sûr que ces deux-là soient aussi invités par le roi (mais évidemment pas à la Mecque , sanctuaire réservé aux seuls musulmans), et que par respect pour lui, on décide de faire bouger les lignes, de faire tomber les murs, de baisser les armes, de négocier, et de négocier encore. Puisque la preuve est faite, et depuis longtemps, que personne n’est capable d’éliminer l’autre, de le dépouiller de son statut de partie prenante au conflit.

Mahmoud Abbas est d’avis qu’Israël n’a d’autre choix que d’accepter l’accord passé entre Palestiniens ; sous-entendu : l’accord consistant à de s’entretuer. Voilà qui semble fort ; ainsi donc Israël qui tient le Hamas pour une organisation terroriste devrait tout à coup réviser son attitude et lever l’embargo sur les territoires, dont le but est justement de faire tomber le gouvernement dirigé par le Hamas. Ou il s’agit là d’une parole de circonstance, ou le président palestinien a fini de se convaincre qu’une reprise des hostilités avec Israël valait mieux qu’une guerre civile, dont l’issue peut très bien du reste ne pas être à l’avantage du Fatah. A voir l’air dont cela a été dit, on est porté à ne pas trop parier sur la solidité des engagements pris sous l’égide  du roi saoudien. Et quand on voit de plus qu’Ismaël Haniyeh n’a même pas laissé le temps à l’encre de l’accord de sécher pour déclarer que celui-ci n’obligeait pas du tout son mouvement à reconnaître Israël, comment ne pas être conforté dans ce sentiment ?

Toutefois, les Saoudiens n’apprécieraient pas beaucoup que les Palestiniens sitôt rentrés chez eux, font comme si de rien n’était, reprenant leurs affrontements là où ils les ont laissés, tenus qu’ils étaient de répondre à une invitation qu’ils ne pouvaient ignorer sans le payer par des représailles qui feront mal à la caisse, qu’elle soit ou non d’ailleurs soumise à embargo. Si l’offre de bons services provenait d’ailleurs, de la Jordanie ou de l’Egypte par exemple, qui ne disposent pas d’arguments aussi convaincants, aussi respectables qu’elles soient l’une et l’autre, alors là, oui, ils n’auraient pas été obligés d’obtempérer. Ils auraient été moins contraints encore de faire  le déplacement et les simagrées qui vont avec si l’initiative, au lieu de venir des seuls Saoudiens, était lancée par la Ligue arabe au nom de tous les pays membres. Le plus probable est qu’ils n’auraient même alors consenti de trêve et qu’ils auraient continué à s’entretuer allègrement en attendant que des parties plus influentes aient la bonté de s’en émouvoir un peu.

Et s’il en est ainsi, c’est sûrement que le conflit palestinien n’est pas pour le moment au centre des préoccupations américaines, et partant de celles de la communauté internationale, et notamment des Européens. Si Condoleeza Rice n’annonce pas une tournée au Moyen-Orient, il ne faut pas s’attendre à ce que Javier Solanas fasse de même, ou que la France dépêche son ministre des Affaires étrangères dans la région, encore que sa destination de prédilection ce soit plutôt le Liban par les temps qui courent. Le nœud gordien du moment, ce n’est même pas l’Irak, c’est l’Iran et son programme nucléaire. Pour les Américains, c’est aux Iraniens, ce n’est plus à Al-Qaïda, qu’ils doivent leurs difficultés en Irak. Tant que ce nœud n’est pas tranché, tout ce qui est demandé aux Palestiniens c’est de mettre un bémol à leurs querelles internes, non de leur trouver une solution, ce qui bien entendu n’est pas vraiment leur affaire, en tout cas n’est pas la leur à l’exclusion de toute autre partie.

M. Habili

 

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