Semaine du 14 au 20 février 2007

 Disparus

Des questions qui dérangent

 Le RCD à la croisée des chemins

Saïd Sadi peut-il revenir ?

 Délinquance

Un mal qui persiste

 

 
 
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Des questions qui dérangent

La signature récente, à Paris, par l’Algérie, de la Convention internationale pour la protection des personnes contre toutes les disparitions forcées, suggère-t-elle une révision de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale ou de certains de ses articles ? La question est entièrement posée car ladite Convention, adoptée le 20 décembre 2006 par l’assemblée générale des Nations unies, s’impose comme un nouvel instrument juridique qui contraint et reconnaît aux victimes de disparitions forcées et à leurs proches le droit à réparation.

 Les dernières déclarations que le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, a faites à l’APS, sont loin d’apporter la réponse espérée. Le diplomate, s’en tenant au fait que l’Algérie, associée au consensus général pour l’adoption de la Convention, « n’a aucune leçon à recevoir de quiconque » compte tenu de son expérience dans la lutte contre le terrorisme et ses pratiques dont les disparitions forcées. Même s’il pense que les dispositions du Traité en matière de droit d’obtention d’une réparation pour les victimes des disparitions sont prises en compte « complètement, largement, généreusement » par la Charte algérienne. Pourtant, quand on y regarde de très près, cette Convention invite les pays signataires à sanctionner pénalement les auteurs des disparitions forcées, interdit les lieux de détention secrets, tout en en reconnaissant aux victimes et à leurs proches un droit à réparation ainsi qu'à la vérité. Chose qui est strictement interdite dans la Charte pour la réconciliation nationale, aussi bien pour les victimes du terrorisme, y compris celles enlevées par les islamistes armés, que les personnes disparues ayant fait l’objet de dépassements émanant d’éléments des corps de sécurité.

Les observateurs sont partagés sur le contenu et les intentions que pourrait cacher la Convention internationale. D’aucuns estiment que celle-ci est un prolongement du « qui tue qui ? » et viserait à mettre à mal l’Etat algérien, en particulier son institution militaire. D’autres, se basant sur les interminables luttes intestines au sein du pouvoir algérien et de la difficulté, actuellement, pour le président de la République, d’exercer les pouvoirs qui lui sont accordés par un article de la Charte, pour « décider d’une amnistie totale de l’ensemble des terroristes », soutiennent que la Convention internationale « vise à légitimer la démarche présidentielle au mépris des victimes du terrorisme ».

Certains observateurs défendent, cependant, un tout autre avis. Selon eux, la Convention pour la protection des personnes contre les disparitions forcées, même si elle comporte un quelconque calcul, répond à une demande, longtemps revendiquée, par nos citoyens, à savoir la lutte contre l’oubli, la justice et la culture de la mémoire. Ces observateurs indiquent en outre qu’il faut saisir cette occasion pour débattre publiquement et sereinement sur le drame national, avant d’insister sur « la recherche d’un véritable consensus » et surtout « l’écriture de la page noire de la décennie passée par les seuls Algériens, afin de la refermer définitivement ». D’autant, ajoutent-ils, que les Kébir, Heddam et Hattab sont « conviés le droit à réintégrer la société en bénéficiant parfois d’une pension ».

Un manque de courage politique ?

L’activité terroriste est en nette régression en Algérie. Cette tendance se confirme depuis près de deux ans, avec le retour des accords de partenariat et l’accélération de la libéralisation de l’économie nationale, notamment depuis l’année 2006.

Le retour à une certaine normalité signifie-t-il le dépassement de l’idéologie théocratique ? En dehors de la lutte antiterroriste, rien n’est fait en matière de débat d’idées ni d’ouverture des espaces aux forces éprises de progrès et de modernité. Alors que le libéralisme version économie de bazar agresse, les intellectuels rénovateurs, souvent regardés comme des pro-occidentaux, sont tenus dans l’isolement, sinon encouragés à plier bagage. Par ailleurs, on n’a encore vu ni les élites au pouvoir ni les penseurs ou chercheurs se mobiliser autour de la réforme de l’islam, de l’égalité entre les deux sexes et de la séparation du politique et du religieux. Pis, l’école reste le terrain privilégié pour imposer une éducation fermée à la critique et à l’ouverture sur les autres civilisations.

Tout semble avoir changé en cette année 1999, avec le retour de l’Algérie sur la scène internationale. L’après-septembre 2001, l’embellie financière rendue possible grâce aux hydrocarbures, les remboursements de la dette, les augmentations de salaires, la rivalité entre Américains et Européens dont la finalité est avant tout l’accès aux ressources naturelles du pays, ont contribué à remettre sur pied l’Etat et, avec lui, un régime qui était sur le point de s’effondrer.

La guerre ayant fait rage pendant une décennie est enveloppée du nom de « tragédie nationale » en référence aux souffrances engendrées. Les personnes assassinées, mutilées ou blessées sont désignées sous le vocable de « victimes de la tragédie nationale », que ce soient des agents de police, de gendarmerie ou des militaires, des simples citoyens tués, torturés et kidnappés par les groupes islamistes, ou des disparus enlevés et/ou tués par des éléments du corps de sécurité. Ni les familles des uns ni celles des autres ne peuvent engager de poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes. Seule la réparation matérielle est permise. Comble de l’ironie, des islamistes amnistiés par la loi sur la concorde civile ont fait campagne pour la réélection de Abdelaziz Bouteflika et la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, alors que des citoyens, même ceux très affectés par la décennie noire, ainsi que des personnalités politiques, n’ont pas pu s’exprimer dans les meetings et encore moins à la télévision algérienne. Des médias, locaux et étrangers, ont cependant donné la parole à des chefs islamistes ; certains ont même fait l’apologie de Rabah Kébir lorsqu’il est revenu de son exil et foulé le sol algérien. Cette situation a dû conforter Anouar Heddam, celui qui avait revendiqué l’attentat terroriste au boulevard Amirouche, à Alger, commis en janvier 1995, puisqu’il a aussitôt annoncé son intention à rentrer au pays, afin d’exercer ses pleins « droits ».

Le mercredi 7 février 2007, soit au lendemain de la signature par l’Algérie de la Convention internationale pour la protection des personnes contre toutes les disparitions forcées, un séminaire international sur « la vérité, la paix et la conciliation », a été empêché par la police, avec l’accord de la wilaya d’Alger.

La rencontre organisée par cinq associations des victimes (Collectif des familles de disparus en Algérie, SOS Disparus, Djazaïrouna, Association nationale des familles de disparus et Somoud), avait pour objectifs de débattre sur « les expériences de justice transitionnelle à travers le monde » et de réfléchir sur « les dynamiques des Commissions Vérité, et la relation entre la recherche de la vérité, la justice et la paix sociale ».

Pourquoi l’alliance entre les victimes des terroristes islamistes et les victimes des agents de la sécurité dérange-t-elle ? Qui a intérêt, aujourd’hui, à la voir se cantonner aux seuls disparus victimes des dépassements des agents de sécurité ?

Z’hor Chérief

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 Le RCD à la croisée des chemins

Saïd Sadi peut-il revenir ?

C’est une nouvelle tonalité, une nouvelle approche qui nous a été livrée, jeudi dernier, par le docteur Saïd Sadi lors de son discours d’ouverture du 3e congrès du RCD à la Coupole d’Alger. Un ton très conciliant, une démarche à la recherche du consensus, dans le cadre d’un débat “serein”, “sérieux” et “adulte”, selon les propres qualificatifs de l’orateur. Le discours de jeudi dernier de Saïd Sadi traduit vraisemblablement le passage du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) à une nouvelle étape de sa vie. Un changement qui intervient, notons-le, à la 18e année d’existence de la formation, non pas l’âge de la majorité mais de la “maturité” pour un parti politique.

Le réquisitoire et les critiques portées par Saïd Sadi à l’égard d’un système qui produit l’échec, la corruption et le mépris, ne doivent pas cacher les messages que l’orateur a lancés en faveur d’“un débat sérieux, sincère et responsable” pour “aider la Nation à trouver la juste voie”. Car le président du RCD considère que “dans notre pays, en dépit des apparences, il y a moins de divergences sur le contenu que sur le rythme et la manière”. “L’opposition a pu être impatiente. Le pouvoir a sans doute été trop lent”, explique-t-il en guise d’invitation à enterrer les haches de guerre qu’opposition et pouvoir affectionnent tant dans le “débat” politique.

“Notre projet est réaliste, rassure-t-il. Il organise les urgences et définit les projections pour une société de justice et de progrès.”

Les propositions du RCD, Saïd Sadi pense qu’elles peuvent en “grande majorité” constituer “un compromis pour un débat transpartisan et, éventuellement, déboucher sur un menu pour un programme alternatif consensuel qui peut meubler une phase transitoire à définir”.

L’orateur parle de “la refondation de l’Etat”, mais ne fait plus référence à ce “pacte de la refondation nationale” qu’avait lancé le RCD il y a quelques années, aux pires moments de la crise de Kabylie. Il n’y a pas de préalable au dialogue proposé.

Quand Sadi parle de la laïcité, il l’évoque en terme de conviction chez le RCD. Mais, cette fois, il en parle autrement : “Nous continuons à considérer que le principe d’une laïcité inspirée de notre Histoire permet d’affranchir la religion de l’Etat pour la restituer au champ de la foi.” Il ne s’agit plus d’imposer, mais plutôt d’un appel au dialogue à propos de cette question, qu’il considère fondamentale.

On a comme l’impression que le président du RCD ne veut plus de l’attitude de confrontation avec l’autre. Il sait, d’ailleurs, et les années de sang l’ont largement montré, que la confrontation est contreproductive et qu’elle ne mène qu’à la guerre et à la désolation. “Le terrorisme est vaincu, mais sa matrice idéologique reste taboue.” De quelle matrice s’agit-il ? L’intégrisme ? L’islamisme ? Sadi ne désigne aucun ennemi, il préfère parler de “débat sérieux, serein et adulte” sur la question de la place de la religion dans la société. “Pour autant, il faut convenir que le débat est délicat et qu’il est loin d’être épuisé”, avertit Saïd Sadi, qui estime qu’il existe aussi “un autre chantier” qu’il faut ouvrir “avec lucidité et responsabilité”. Il s’agit de la question du “modèle” de l'Etat “qui doit être réfléchi en référence à la sociologie et à la culture de notre société”.

Les islamistes n’ont pas été les seuls à êtres épargnés dans le discours de Saïd Sadi. Le patron du RCD ne pipera pas mot sur le mouvement des ârouch, aucune critique à leur égard, même si aucune des figures connues de ce mouvement citoyen n’a été invitée à l’ouverture du 3e congrès. Et encore moins l’ex-numéro deux du parti et ancien ministre RCD, Amara Benyounes (UFD), qui n’a pas été convié non plus à cet événement.

Toujours dans le registre des “no comment !” dans le discours d’ouverture de ce 3e congrès, Sadi n’est également pas revenu sur l’épisode où le RCD était l’allié du président de la République, pendant plus d’une année durant laquelle il avait pas moins de trois ministres dans le gouvernement de Ali Benflis. Ni fierté ni regrets officiels, juste une gêne perceptible par le silence sur cette étape de la vie du parti, tout comme le silence sur celle où le RCD était partie prenante du mouvement des ârouch (plusieurs animateurs de base de ce mouvement font, d’ailleurs, partie des congressistes).

“Sortir d’une vécu de violence”

L’objectif principal pour Saïd Sadi, “le défi qui s’impose” à l’Algérie, est de trouver “les ressources qui permettent de sortir d’un vécu de violence pour s’inscrire dans une perspective de construction dans la sérénité”. L’essentiel étant, pour lui, de transcender la douleur pour “installer l’apaisement”. Il en appelle à la nécessité de la “différence” en politique. “La pluralité, dit-il, a vocation à explorer au mieux les possibilités des solutions qui s’offrent à un pays en vue de parvenir au consensus et non à mener au déchirement ou à l’exclusion.” Ou, en d’autres termes, ce qu’il appelle “une issue consensuelle à une histoire tourmentée”. “Il ne s’agit pas, précise-t-il, d’être amnésique.” Son argument : “Tous les peuples ont connu dérives et épreuves. Les plus grands sont ceux qui ont su traiter courageusement leur passif pour dépasser le malheur. Oui à la paix mais sans pénaliser « la vérité et la justice”, dit-il en allusion à la Charte pour la réconciliation nationale qui efface d’un trait ce qui s’est passé durant la décennie 1990. Sadi sait que le sujet ne sera jamais enterré et qu’il resurgira un jour. Il dénonce l’instrumentalisation de la crise et en appelle “à la sagesse et à la responsabilité” pour “un examen lucide” de ce qui s’est passé durant cette sombre période de l’histoire de l’Algérie.

Sortir de la violence, oui, mais il existe d’autres urgences pour le RCD. La réforme de l’école par le retour aux propositions de la commission Benzaghou, la lutte contre la corruption, “la levée de toute entrave, que cela soit au niveau associatif, syndical ou partisan” et, en d’autres termes, l’édification d’institutions et d’une vie politique dignes de ce nom. Pour cela, il n’est plus question de considérer le citoyen comme mineur à vie. “On a souvent dit, en effet, que le peuple algérien n’était pas mûr pour la démocratie tout en l’encensant quand il s’agit de provoquer ses réactions épidermiques pour l’engager dans des manœuvres dilatoires”, affirme le docteur Sadi.

Gérer, c’est assumer les résultats de sa gestion, considère le patron du RCD. “On ne peut pas revendiquer, en 2007, le pouvoir absolu et refuser d’assumer la moindre responsabilité du bilan de sa propre gestion.” C’est pour cela qu’il lui parait inconcevable que l’on veuille nous convaincre que “la gabegie du groupe Khalifa n’était pas connue des plus grands dirigeants alors qu’il sévissait à ciel ouvert pendant des années”. C’est justement contre ce qu’il appelle “la dérive patrimoniale qui a privatisé l’Etat avec tous les gâchis sous-jacents qui relaient et amplifient les méfaits d’une corruption endémique” qu’il faut lutter, inlassablement lutter. Pour la réussite de tout cela, il ne faut plus exclure peuple algérien de la décision. “Nous devons apprendre à nous parler, à nous écouter et à nous respecter afin de trouver, ensemble, les solutions aux problèmes du pays.” Tout un programme !

Abdelkader Djalil

 

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 Délinquance

Un mal qui persiste

On a beau parler de la délinquance depuis des années, évoquer ses causes et préconiser les moyens de prévention, rien n’y fait. Ce phénomène de société est aujourd’hui encore plus présent que par le passé. Garçons et filles, sont de plus en plus impliqués dans des délits et parfois dans des crimes de sang. L’usage et le trafic des drogues chez les adolescents ne surprennent plus personne. 17% de garçons scolarisés et 2% de filles, âgés entre 15 et 16 ans, reconnaissent avoir consommé du cannabis, révèle l’enquête menée par Medspad Algérie. Une autre enquête, réalisée par la Forem, estime que 23,5% des lycéens usent au moins d’une drogue. Un pas sépare ces jeunes de la pente glissante.

Il est vrai que les médias ont toujours abondamment parlé de la délinquance et de tout ce qui pousse les jeunes à se tourner vers la violence. Car l’on se dit toujours que si on connaît le déclic qui fait dévier ces jeunes du droit chemin, il serait plus facile de les en empêcher.

Mais les choses se passent autrement et la délinquance est plus présente que jamais. Le bilan de la Gendarmerie nationale, pour le premier trimestre de l’année 2006, nous révèle une situation très peu reluisante. En effet, 1.027 mineurs ont été impliqués dans plusieurs délits, même si le vol reste le principal de ces forfaits avec 44 %, selon les chiffres fournis par l’Office national des statistiques. Un rapport de la direction nationale de la Sûreté nationale donne, pour sa part, des chiffres encore plus élevés et qui concernent les jeunes délinquants. Ils sont 11.302 mineurs, dont 272 filles, à avoir été arrêtés par les services de sécurité. Ce qui signifie aussi clairement que possible que le nombre de ces délinquants ne cesse d’augmenter au fil des années. Pour les services de la DGSN, cette augmentation était de l’ordre de 5% entre 2004 et 2005.

L’ONG internationale Terre des hommes fait état de 5.000 enfants abandonnés dont 1.600 sont des nourrissons. Quel avenir réserve la rue à ces jeunes, si ce n’est la voie de la drogue, des larcins des vols et des agressions ?

L’Observatoire des droits de l’enfant, qui a réalisé une enquête sur les enfants de la rue durant la période qui s’étend entre mars et mai 2006, est arrivé au résultat suivant : 3.485 mineurs étaient en danger moral. Apparemment, ces jeunes n’ont bénéficié d’aucun suivi ou du moins leur prise en charge n’était pas efficace. Pour preuve, en 2006, 25 mineurs ont commis des crimes de sang. La situation est plus grave encore, car nous sommes bien loin des vols à la tire et des larcins qu’on commet pour s’offrir sa dose de cocaïne ou de cannabis. Selon la même source, les actes de délinquance ont atteint, au premier semestre 2006, 5.637, dont 45 % sont des vols. Près de 4.000 jeunes arrêtés ont été remis en liberté. Autrement dit remis à la rue, car beaucoup de ces adolescents ne vivent plus chez leurs parents.

Les chiffres fournis par la Forem nous apprennent qu’ils sont entre 15 et 20.000 adolescents, à travers le pays, à avoir abandonné le foyer de leurs parents. Comment vivent-ils ? La réponse nous est donnée par l’étude de la Forem qui nous apprend que sur les 189 enfants ciblés à Alger, Oran, Annaba et Tamanrasset, 61% vivent de mendicité, 15% de vols et 2% de prostitution.

Ces différentes études et enquêtes nous apprennent que la délinquance a sérieusement augmenté ces dernières années, mais elles nous apprennent aussi que la délinquance a changé de forme. Elle était isolée, elle est devenue une délinquance de groupe.

Une autre particularité est à signaler. Dans le passé, on a toujours affirmé que les délinquants sont issus de parents divorcés ou séparés, vivent dans des conditions socio-économiques précaires, ont été rejetés par le système éducatif, sont le plus souvent victimes du mauvais traitement du père ou de la mère, ou des deux à la fois. Mais il faut croire que ce profil tracé depuis toujours n’est presque plus de mise aujourd’hui. Les études ont démontré que beaucoup d’adolescents délinquants vivent encore chez leurs parents qui ne sont ni divorcés ni séparés ; ils fréquentent encore l’école, même si leurs résultats scolaires ne sont pas toujours brillants.

Une récente enquête de la Mediterranean School Survey Project on Alcohol and Other Drugs (Nedspad Algérie) nous apprend que l’usage de la drogue n’est plus l’apanage des jeunes qui vivent dans la rue. Pour preuve, 17 % de garçons scolarisés à Alger, dont l’âge varie entre 15 et 16 ans, avouent avoir consommé du cannabis ; 2 % des filles font le même aveu.

Une autre étude réalisée par la Forem estime que 23,5 % de garçons scolarisés disent avoir consommé une drogue.

Ces chiffres devraient nous secouer et nous faire prendre conscience que le danger de la délinquance n’est pas aussi loin qu’on l’aurait imaginé. Tous les enfants sont menacés, un jour ou l’autre, par ce phénomène. Le profil que l’on a toujours tracé du délinquant a changé. Désormais, n’importe quel adolescent peut se droguer, rater ses cours de temps à autre, commettre quelques chapardages sans grande valeur, tout en vivant sous le toit parental. Et si personne ne prend garde et ne s’avise de prendre en charge cet adolescent, la dérive peut survenir très vite.

C’est donc pour essayer de limiter un tant soit peu les dégâts qu’un projet de loi, élaboré par le ministère de la Justice, attend d’être approuvé par le Conseil des ministres. Ce projet comprend des mesures foncièrement préventives pour l’enfant de 13 ans, pour ceux qui ont dépassé cet âge, ce sont surtout les parents qui seront punis.

Mais plus qu’un projet et des mesures répressives, il est à constater le manque flagrant de brigades spécialisées pour mineurs et le nombre insuffisant d’établissements à même d’accueillir des jeunes en danger moral.

Les éducateurs en milieu ouvert qui œuvraient dans les écoles et les quartiers durant les années quatre-vingt-dix étaient d’une grande aide pour les enfants en danger moral. L’expérience serait intéressante à renouveler, surtout dans les écoles où l’usage de la drogue est de plus en plus généralisé. Il faut aussi tenir compte du fait que le délinquant n’est plus le jeune marginalisé, mais qu’il peut être n’importe quel lycéen ou collégien.

Khadidja Mohamed Bouziane

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