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Disparus
Des questions qui dérangent
La signature
récente, à Paris, par l’Algérie, de la Convention internationale
pour la protection des personnes contre toutes les disparitions
forcées, suggère-t-elle une révision de la Charte pour la paix et la
réconciliation nationale ou de certains de ses articles ? La
question est entièrement posée car ladite Convention, adoptée le 20
décembre 2006 par l’assemblée générale des Nations unies, s’impose
comme un nouvel instrument juridique qui contraint et reconnaît aux
victimes de disparitions forcées et à leurs proches le droit à
réparation.
Les dernières
déclarations que le ministre des Affaires étrangères, Mohamed
Bedjaoui, a faites à l’APS, sont loin d’apporter la réponse espérée.
Le diplomate, s’en tenant au fait que l’Algérie, associée au
consensus général pour l’adoption de la Convention, « n’a aucune
leçon à recevoir de quiconque » compte tenu de son expérience
dans la lutte contre le terrorisme et ses pratiques dont les
disparitions forcées. Même s’il pense que les dispositions du Traité
en matière de droit d’obtention d’une réparation pour les victimes
des disparitions sont prises en compte « complètement, largement,
généreusement » par la Charte algérienne. Pourtant, quand on y
regarde de très près, cette Convention invite les pays signataires à
sanctionner pénalement les auteurs des disparitions forcées,
interdit les lieux de détention secrets, tout en en reconnaissant
aux victimes et à leurs proches un droit à réparation ainsi qu'à la
vérité. Chose qui est strictement interdite dans la Charte pour la
réconciliation nationale, aussi bien pour les victimes du
terrorisme, y compris celles enlevées par les islamistes armés, que
les personnes disparues ayant fait l’objet de dépassements émanant
d’éléments des corps de sécurité.
Les observateurs
sont partagés sur le contenu et les intentions que pourrait cacher
la Convention internationale. D’aucuns estiment que celle-ci est un
prolongement du « qui tue qui ? » et viserait à mettre à mal
l’Etat algérien, en particulier son institution militaire. D’autres,
se basant sur les interminables luttes intestines au sein du pouvoir
algérien et de la difficulté, actuellement, pour le président de la
République, d’exercer les pouvoirs qui lui sont accordés par un
article de la Charte, pour « décider d’une amnistie totale de
l’ensemble des terroristes », soutiennent que la Convention
internationale « vise à
légitimer la démarche présidentielle au mépris des victimes du
terrorisme ».
Certains
observateurs défendent, cependant, un tout autre avis. Selon eux, la
Convention pour la protection des personnes contre les disparitions
forcées, même si elle comporte un quelconque calcul, répond à une
demande, longtemps revendiquée, par nos citoyens, à savoir la lutte
contre l’oubli, la justice et la culture de la mémoire. Ces
observateurs indiquent en outre qu’il faut saisir cette occasion
pour débattre publiquement et sereinement sur le drame national,
avant d’insister sur « la recherche d’un véritable consensus »
et surtout « l’écriture de la page noire de la décennie passée
par les seuls Algériens, afin de la refermer définitivement ».
D’autant, ajoutent-ils, que les Kébir, Heddam et Hattab sont
« conviés le droit à réintégrer la
société en bénéficiant parfois d’une pension ».
Un manque de
courage politique ?
L’activité
terroriste est en nette régression en Algérie. Cette tendance se
confirme depuis près de deux ans, avec le retour des accords de
partenariat et l’accélération de la libéralisation de l’économie
nationale, notamment depuis l’année 2006.
Le retour à une
certaine normalité signifie-t-il le dépassement de l’idéologie
théocratique ? En dehors de la lutte antiterroriste, rien n’est fait
en matière de débat d’idées ni d’ouverture des espaces aux forces
éprises de progrès et de modernité. Alors que le libéralisme version
économie de bazar agresse, les intellectuels rénovateurs, souvent
regardés comme des pro-occidentaux, sont tenus dans l’isolement,
sinon encouragés à plier bagage. Par ailleurs, on n’a encore vu ni
les élites au pouvoir ni les penseurs ou chercheurs se mobiliser
autour de la réforme de l’islam, de l’égalité entre les deux sexes
et de la séparation du politique et du religieux. Pis, l’école reste
le terrain privilégié pour imposer une éducation fermée à la
critique et à l’ouverture sur les autres civilisations.
Tout semble avoir changé en cette année
1999, avec le retour de l’Algérie sur la scène internationale. L’après-septembre
2001, l’embellie financière rendue possible grâce aux hydrocarbures,
les remboursements de la dette, les augmentations de salaires, la
rivalité entre Américains et Européens dont la finalité est avant
tout l’accès aux ressources naturelles du pays, ont contribué à
remettre sur pied l’Etat et, avec lui, un régime qui était sur le
point de s’effondrer.
La guerre ayant fait rage pendant une
décennie est enveloppée du nom de « tragédie nationale » en
référence aux souffrances engendrées. Les personnes assassinées,
mutilées ou blessées sont désignées sous le vocable de « victimes de
la tragédie nationale », que ce soient des agents de police, de
gendarmerie ou des militaires, des simples citoyens tués, torturés
et kidnappés par les groupes islamistes, ou des disparus enlevés
et/ou tués par des éléments du corps de sécurité. Ni les familles
des uns ni celles des autres ne peuvent engager de poursuites
judiciaires contre les auteurs des crimes. Seule la réparation
matérielle est permise. Comble de l’ironie, des islamistes amnistiés
par la loi sur la concorde civile ont fait campagne pour la
réélection de Abdelaziz Bouteflika et la Charte pour la paix et la
réconciliation nationale, alors que des citoyens, même ceux très
affectés par la décennie noire, ainsi que des personnalités
politiques, n’ont pas pu s’exprimer dans les meetings et encore
moins à la télévision algérienne.
Des médias, locaux et étrangers, ont cependant donné la parole à des
chefs islamistes ; certains ont même fait l’apologie de Rabah Kébir
lorsqu’il est revenu de son exil et foulé le sol algérien. Cette
situation a dû conforter Anouar Heddam, celui qui avait revendiqué
l’attentat terroriste au boulevard Amirouche, à Alger, commis en
janvier 1995, puisqu’il a aussitôt annoncé son intention à rentrer
au pays, afin d’exercer ses pleins « droits ».
Le mercredi 7 février 2007, soit
au lendemain de la signature par
l’Algérie de la Convention internationale pour la protection des
personnes contre toutes les disparitions forcées,
un séminaire international sur
« la vérité, la paix et la conciliation », a été empêché par
la police, avec l’accord de la wilaya d’Alger.
La rencontre organisée par
cinq associations des victimes (Collectif des familles de disparus
en Algérie, SOS Disparus, Djazaïrouna, Association nationale des
familles de disparus et Somoud), avait pour objectifs de débattre
sur « les expériences de justice transitionnelle à travers le
monde » et de réfléchir sur « les dynamiques des Commissions Vérité,
et la relation entre la recherche de la vérité, la justice et la
paix sociale ».
Pourquoi
l’alliance entre les victimes des terroristes islamistes et les
victimes des agents de la sécurité dérange-t-elle ? Qui a intérêt,
aujourd’hui, à la voir se cantonner aux seuls disparus victimes des
dépassements des agents de sécurité ?
Z’hor Chérief
Haut
Le
RCD à la croisée des chemins
Saïd Sadi
peut-il revenir ?
C’est une nouvelle
tonalité, une nouvelle approche qui nous a été livrée, jeudi
dernier, par le docteur Saïd Sadi lors de son discours d’ouverture
du 3e congrès du RCD à la Coupole d’Alger. Un ton très
conciliant, une démarche à la recherche du consensus, dans le cadre
d’un débat “serein”, “sérieux” et “adulte”, selon les propres
qualificatifs de l’orateur. Le discours de jeudi dernier de Saïd
Sadi traduit vraisemblablement le passage du Rassemblement pour la
culture et la démocratie (RCD) à une nouvelle étape de sa vie. Un
changement qui intervient, notons-le, à la 18e année
d’existence de la formation, non pas l’âge de la majorité mais de la
“maturité” pour un parti politique.
Le réquisitoire et
les critiques portées par Saïd Sadi à l’égard d’un système qui
produit l’échec, la corruption et le mépris, ne doivent pas cacher
les messages que l’orateur a lancés en faveur d’“un débat
sérieux, sincère et responsable” pour “aider la Nation à
trouver la juste voie”. Car le président du RCD considère que
“dans notre pays, en dépit des apparences, il y a moins de
divergences sur le contenu que sur le rythme et la manière”.
“L’opposition a pu être impatiente. Le pouvoir a sans doute été trop
lent”, explique-t-il en guise d’invitation à enterrer les haches
de guerre qu’opposition et pouvoir affectionnent tant dans le
“débat” politique.
“Notre projet
est réaliste, rassure-t-il.
Il organise les urgences et définit les projections pour une
société de justice et de progrès.”
Les propositions
du RCD, Saïd Sadi pense qu’elles peuvent en “grande majorité”
constituer “un compromis pour
un débat transpartisan et, éventuellement, déboucher sur un menu
pour un programme alternatif consensuel qui peut meubler une phase
transitoire à définir”.
L’orateur parle de
“la refondation de l’Etat”, mais ne fait plus référence à ce “pacte
de la refondation nationale” qu’avait lancé le RCD il y a quelques
années, aux pires moments de la crise de Kabylie. Il n’y a pas de
préalable au dialogue proposé.
Quand Sadi parle
de la laïcité, il l’évoque en terme de conviction chez le RCD. Mais,
cette fois, il en parle autrement : “Nous continuons à considérer
que le principe d’une laïcité inspirée de notre Histoire permet
d’affranchir la religion de l’Etat pour la restituer au champ de la
foi.” Il ne s’agit plus d’imposer, mais plutôt d’un appel au
dialogue à propos de cette question, qu’il considère fondamentale.
On a comme
l’impression que le président du RCD ne veut plus de l’attitude de
confrontation avec l’autre. Il sait, d’ailleurs, et les années de
sang l’ont largement montré, que la confrontation est
contreproductive et qu’elle ne mène qu’à la guerre et à la
désolation. “Le terrorisme est vaincu, mais sa matrice
idéologique reste taboue.” De quelle matrice s’agit-il ?
L’intégrisme ? L’islamisme ? Sadi ne désigne aucun ennemi, il
préfère parler de “débat sérieux, serein et adulte” sur la question
de la place de la religion dans la société. “Pour autant, il faut
convenir que le débat est délicat et qu’il est loin d’être épuisé”,
avertit Saïd Sadi, qui estime qu’il existe aussi “un autre chantier”
qu’il faut ouvrir “avec lucidité et responsabilité”. Il s’agit de la
question du “modèle” de l'Etat
“qui doit être réfléchi en référence à
la sociologie et à la culture de notre société”.
Les islamistes
n’ont pas été les seuls à êtres épargnés dans le discours de Saïd
Sadi. Le patron du RCD ne pipera pas mot sur le mouvement des ârouch,
aucune critique à leur égard, même si aucune des figures connues de
ce mouvement citoyen n’a été invitée à l’ouverture du 3e
congrès. Et encore moins l’ex-numéro deux du parti et ancien
ministre RCD, Amara Benyounes (UFD), qui n’a pas été convié non plus
à cet événement.
Toujours dans le
registre des “no comment !” dans le discours d’ouverture de
ce 3e congrès, Sadi n’est également pas revenu sur
l’épisode où le RCD était l’allié du président de la République,
pendant plus d’une année durant laquelle il avait pas moins de trois
ministres dans le gouvernement de Ali Benflis. Ni fierté ni regrets
officiels, juste une gêne perceptible par le silence sur cette étape
de la vie du parti, tout comme le silence sur celle où le RCD était
partie prenante du mouvement des ârouch (plusieurs animateurs de
base de ce mouvement font, d’ailleurs, partie des congressistes).
“Sortir d’une
vécu de violence”
L’objectif
principal pour Saïd Sadi, “le défi qui s’impose” à l’Algérie, est de
trouver “les ressources qui permettent de sortir d’un vécu de
violence pour s’inscrire dans une perspective de construction dans
la sérénité”. L’essentiel étant, pour lui, de transcender la
douleur pour “installer l’apaisement”. Il en appelle à la nécessité
de la “différence” en politique. “La pluralité, dit-il, a
vocation à explorer au mieux les possibilités des solutions qui
s’offrent à un pays en vue de parvenir au consensus et non à mener
au déchirement ou à l’exclusion.” Ou, en d’autres termes, ce
qu’il appelle “une issue consensuelle à une histoire tourmentée”.
“Il ne s’agit pas, précise-t-il, d’être amnésique.” Son
argument : “Tous les peuples ont connu dérives et épreuves. Les
plus grands sont ceux qui ont su traiter courageusement leur passif
pour dépasser le malheur. Oui à la paix mais sans pénaliser « la
vérité et la justice”, dit-il en allusion à la Charte pour la
réconciliation nationale qui efface d’un trait ce qui s’est passé
durant la décennie 1990. Sadi sait que le sujet ne sera jamais
enterré et qu’il resurgira un jour. Il dénonce l’instrumentalisation
de la crise et en appelle “à la sagesse et à la responsabilité” pour
“un examen lucide” de ce qui s’est passé durant cette sombre période
de l’histoire de l’Algérie.
Sortir de la
violence, oui, mais il existe d’autres urgences pour le RCD. La
réforme de l’école par le retour aux propositions de la commission
Benzaghou, la lutte contre la corruption, “la levée de toute
entrave, que cela soit au niveau associatif, syndical ou partisan”
et, en d’autres termes, l’édification d’institutions et d’une
vie politique dignes de ce nom. Pour cela, il n’est plus question de
considérer le citoyen comme mineur à vie. “On a souvent dit, en
effet, que le peuple algérien n’était pas mûr pour la démocratie
tout en l’encensant quand il s’agit de provoquer ses réactions
épidermiques pour l’engager dans des manœuvres dilatoires”,
affirme le docteur Sadi.
Gérer, c’est
assumer les résultats de sa gestion, considère le patron du RCD.
“On ne peut pas revendiquer, en 2007, le pouvoir absolu et refuser
d’assumer la moindre responsabilité du bilan de sa propre gestion.”
C’est pour cela qu’il lui parait inconcevable que l’on veuille
nous convaincre que “la gabegie du groupe Khalifa n’était pas
connue des plus grands dirigeants alors qu’il sévissait à ciel
ouvert pendant des années”. C’est justement contre ce qu’il
appelle “la dérive patrimoniale qui a privatisé l’Etat avec tous
les gâchis sous-jacents qui relaient et amplifient les méfaits d’une
corruption endémique” qu’il faut lutter, inlassablement lutter.
Pour la réussite de tout cela, il ne faut plus exclure peuple
algérien de la décision. “Nous devons apprendre à nous parler, à
nous écouter et à nous respecter afin de trouver, ensemble, les
solutions aux problèmes du pays.” Tout un programme !
Abdelkader
Djalil
Haut
Délinquance
Un mal qui
persiste
On a beau parler
de la délinquance depuis des années, évoquer ses causes et
préconiser les moyens de prévention, rien n’y fait. Ce phénomène de
société est aujourd’hui encore plus présent que par le passé.
Garçons et filles, sont de plus en plus impliqués dans des délits et
parfois dans des crimes de sang. L’usage et le trafic des drogues
chez les adolescents ne surprennent plus personne. 17% de garçons
scolarisés et 2% de filles, âgés entre 15 et 16 ans, reconnaissent
avoir consommé du cannabis, révèle l’enquête menée par Medspad
Algérie. Une autre enquête, réalisée par la Forem, estime que 23,5%
des lycéens usent au moins d’une drogue. Un pas sépare ces jeunes de
la pente glissante.
Il est vrai que
les médias ont toujours abondamment parlé de la délinquance et de
tout ce qui pousse les jeunes à se tourner vers la violence. Car
l’on se dit toujours que si on connaît le déclic qui fait dévier ces
jeunes du droit chemin, il serait plus facile de les en empêcher.
Mais les choses se
passent autrement et la délinquance est plus présente que jamais. Le
bilan de la Gendarmerie nationale, pour le premier trimestre de
l’année 2006, nous révèle une situation très peu reluisante. En
effet, 1.027 mineurs ont été impliqués dans plusieurs délits, même
si le vol reste le principal de ces forfaits avec 44 %, selon les
chiffres fournis par l’Office national des statistiques. Un rapport
de la direction nationale de la Sûreté nationale donne, pour sa
part, des chiffres encore plus élevés et qui concernent les jeunes
délinquants. Ils sont 11.302 mineurs, dont 272 filles, à avoir été
arrêtés par les services de sécurité. Ce qui signifie aussi
clairement que possible que le nombre de ces délinquants ne cesse
d’augmenter au fil des années. Pour les services de la DGSN, cette
augmentation était de l’ordre de 5% entre 2004 et 2005.
L’ONG
internationale Terre des hommes fait état de 5.000 enfants
abandonnés dont 1.600 sont des nourrissons. Quel avenir réserve la
rue à ces jeunes, si ce n’est la voie de la drogue, des larcins des
vols et des agressions ?
L’Observatoire des
droits de l’enfant, qui a réalisé une enquête sur les enfants de la
rue durant la période qui s’étend entre mars et mai 2006, est arrivé
au résultat suivant : 3.485 mineurs étaient en danger moral.
Apparemment, ces jeunes n’ont bénéficié d’aucun suivi ou du moins
leur prise en charge n’était pas efficace. Pour preuve, en 2006, 25
mineurs ont commis des crimes de sang. La situation est plus grave
encore, car nous sommes bien loin des vols à la tire et des larcins
qu’on commet pour s’offrir sa dose de cocaïne ou de cannabis. Selon
la même source, les actes de délinquance ont atteint, au premier
semestre 2006, 5.637, dont 45 % sont des vols. Près de 4.000 jeunes
arrêtés ont été remis en liberté. Autrement dit remis à la rue, car
beaucoup de ces adolescents ne vivent plus chez leurs parents.
Les chiffres
fournis par la Forem nous apprennent qu’ils sont entre 15 et 20.000
adolescents, à travers le pays, à avoir abandonné le foyer de leurs
parents. Comment vivent-ils ? La réponse nous est donnée par l’étude
de la Forem qui nous apprend que sur les 189 enfants ciblés à Alger,
Oran, Annaba et Tamanrasset, 61% vivent de mendicité, 15% de vols et
2% de prostitution.
Ces différentes
études et enquêtes nous apprennent que la délinquance a sérieusement
augmenté ces dernières années, mais elles nous apprennent aussi que
la délinquance a changé de forme. Elle était isolée, elle est
devenue une délinquance de groupe.
Une autre
particularité est à signaler. Dans le passé, on a toujours affirmé
que les délinquants sont issus de parents divorcés ou séparés,
vivent dans des conditions socio-économiques précaires, ont été
rejetés par le système éducatif, sont le plus souvent victimes du
mauvais traitement du père ou de la mère, ou des deux à la fois.
Mais il faut croire que ce profil tracé depuis toujours n’est
presque plus de mise aujourd’hui. Les études ont démontré que
beaucoup d’adolescents délinquants vivent encore chez leurs parents
qui ne sont ni divorcés ni séparés ; ils fréquentent encore l’école,
même si leurs résultats scolaires ne sont pas toujours brillants.
Une récente
enquête de la Mediterranean School Survey Project on Alcohol and
Other Drugs (Nedspad Algérie) nous apprend que l’usage de la drogue
n’est plus l’apanage des jeunes qui vivent dans la rue. Pour preuve,
17 % de garçons scolarisés à Alger, dont l’âge varie entre 15 et 16
ans, avouent avoir consommé du cannabis ; 2 % des filles font le
même aveu.
Une autre étude
réalisée par la Forem estime que 23,5 % de garçons scolarisés disent
avoir consommé une drogue.
Ces chiffres
devraient nous secouer et nous faire prendre conscience que le
danger de la délinquance n’est pas aussi loin qu’on l’aurait
imaginé. Tous les enfants sont menacés, un jour ou l’autre, par ce
phénomène. Le profil que l’on a toujours tracé du délinquant a
changé. Désormais, n’importe quel adolescent peut se droguer, rater
ses cours de temps à autre, commettre quelques chapardages sans
grande valeur, tout en vivant sous le toit parental. Et si personne
ne prend garde et ne s’avise de prendre en charge cet adolescent, la
dérive peut survenir très vite.
C’est donc pour
essayer de limiter un tant soit peu les dégâts qu’un projet de loi,
élaboré par le ministère de la Justice, attend d’être approuvé par
le Conseil des ministres. Ce projet comprend des mesures
foncièrement préventives pour l’enfant de 13 ans, pour ceux qui ont
dépassé cet âge, ce sont surtout les parents qui seront punis.
Mais plus qu’un
projet et des mesures répressives, il est à constater le manque
flagrant de brigades spécialisées pour mineurs et le nombre
insuffisant d’établissements à même d’accueillir des jeunes en
danger moral.
Les éducateurs en
milieu ouvert qui œuvraient dans les écoles et les quartiers durant
les années quatre-vingt-dix étaient d’une grande aide pour les
enfants en danger moral. L’expérience serait intéressante à
renouveler, surtout dans les écoles où l’usage de la drogue est de
plus en plus généralisé. Il faut aussi tenir compte du fait que le
délinquant n’est plus le jeune marginalisé, mais qu’il peut être
n’importe quel lycéen ou collégien.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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