|
Accueil
Relents
de guerre civile au Liban
Des morts
inutiles
En cinq jours de
combats 81 libanais ont trouvé la mort. Dimanche les combats entre
le Hezbollah chiite et les partisans du chef druze
pro-gouvernemental Walid Djoumblatt ont fait au moins 36 morts
dimanche dans les montagnes à l'est de Beyrouth. Ces chiffres sont
donnés par les forces de sécurité libanaises. Et rien ne dit que
cette comptabilité va s’arrêter là. Selon les correspondants de
presse sur place de nouveau et dans le nord du pays, à Tripoli, des
affrontements ont éclaté entre des activistes alaouites alliés du
Hezbollah, du secteur du Djebel Mohsen, et des militants sunnites
pro-gouvernementaux de Bab Tebbaneh. Ces tirs ont fait quatre
blessés. Autant dire donc que la calme est loin d’être revenu en
dépit de la révocation par l’armée libanaise des décisions prises
par le gouvernement à l’encontre du Hezbollah. C’est un calme
précaire qui prévaut partout ailleurs au Liban, notamment à
Beyrouth, où une délégation de la Ligue arabe est attendue ce
mercredi 14 mai pour tenter de sortir le pays d'une crise politique
qui a entraîné les plus graves violences depuis la guerre civile de
1975-1990. la situation est tellement préoccupante que la communauté
internationale et arabe n’ont pas manqué de réagir et d’appeler les
parties à la retenue et surtout à s’éloigner du langage des armes.
Mais seront-elles pour autant écoutées ? là est toute la question.
Mais il n’en demeure pas moins que les ministres arabes des
Affaires étrangères réuni en session extraordinaire au Caire ce
dimanche ont décidé de la formation d'une commission ministérielle
arabe sous la présidence de Cheikh Hamad Ben Jassem Ben Jaber
Al-Thani, premier ministre de l'Etat du Qatar et du secrétaire
général de la Ligue arabe, M. Amr Moussa pour le règlement de la
crise libanaise. La commission arabe composée des ministres des AE
d'Algérie, de Jordanie, de Djibouti, du Yémen, de Bahreïn, des
Emirats arabes unis, du Sultanat d'Oman et du Maroc était attendue
ce mercredi à Beyrouth. Dans l’intervalle le conseil des ministres
des Affaires étrangères a appelé le président du parlement, le
président du conseil des ministres libanais et toutes les parties
libanaises a assister à une session spéciale avec la commission
ministérielle à l'effet de débattre de la situation critique et de
convenir de la mise en oeuvre urgente de l'initiative arabe. Les
pays arabes ont également exprimé le refus du recours à la
violence armée à des fins politiques contrairement à la légalité
constitutionnelle et appelé au règlement de la crise politique
libanaise de manière à ce que chaque partie préserve son rôle
efficace dans la composante libanaise. Mais il est à craindre si
l’on juge par les déclarations faites justement par des diplomates
arabes en dehors que nombre de pays n’encouragent pas dans les faits
au rétablissement de la paix et à l’éloignement du spectre de la
guerre civile qui menace de nouveau el Liban. En effet, il est à
craindre que la série de mesures à concrètes à laquelle ont
convenu les ministres arabes et visant à aboutir à un règlement de
la crise au Liban qui a récemment connu une escalade dangereuse,
n’ait été prise que pour justifier l’existence de la ligue arabe .
faut-il rappeler que certains pays arabes ont poussé le gouvernement
libanais à boycotter le dernier sommet de la ligue arabe au
prétexte qu’il s’est tenu à Damas et que cette dernière, est
accusée d’ingérence dans les affaires internes du Liban. Pourtant
cette accusation peut être portée à l’encontre d’autres pays arabes
et de pays occidentaux. Pour preuve, les accords de Taef qui ont
mis fin à la guerre civile qui a duré plus de quinze ans n’ont –ils
pas été signés en la présence de diplomates américains venus
vérifier que ces accords inter libanais ne portaient pas préjudice à
leur protégé dans la région. Et puis n’est-il pas aussi utile de
rappeler que ces sont les plus importants alliés des américains dans
la région, qui ont décidé de réduire leur représentativité au
sommet de Damas qui avait pourtant inscrit à son ordre du jour la
question libanaise ? ceci pour dire qu’en définitive l’initiative
arabe est quasiment vouée d’avance à l’échec. Car ce qui est
recherché ce n’est pas tant la stabilité du Liban et l’évitement du
pire, à savoir la guerre civile, pour son peuple. Mais juste de
réduire les capacités de résistance du Hezbollah qui constitue dans
cette région la principale menace à la quiétude de Tel Aviv. C’est
pourquoi force est de dire que quelques pays arabes, ils se
reconnaîtront, ne sont nullement attachés à l’exemple de l’Algérie
à l'unité, à l'indépendance, à la souveraineté et à l'intégrité du
Liban. Et les libanais sont-ils conscients du rôle qu’on veut leur
faire jouer dans la région ? dans tous les cas de figure,
l'Algérie par la voix de son ministre de l’Intérieur se dit
"entièrement" confiante quant à la conscience des parties libanaises
de la gravité de la situation que traverse leur pays et sait plus
que jamais que les frères au Liban sauront faire preuve de sagesse
et de retenue pour amorcer un dialogue national à même d'aplanir les
problèmes et autres obstacles qui entravent un retour à la normale
de la vie politique dans
ce pays. Mieux
Medelci a réitéré la détermination de l'Algérie à "soutenir les
frères au Liban en vue d'aboutir à des solutions consensuelles dans
le cadre de la Réconciliation nationale au mieux des intérêts de
leur pays". A charge pour les politiques libanais de se déterminer
.
Farah Bouchali
Relents de guerre civile au Liban
Le Jeu
dangereux des politiques
A force de
provoquer le Hezbollah, la réponse se fait cinglante. En tentant de
désarmer la résistance libanaise, A travers le «démantèlement» de
son réseau de transmissions, le gouvernement de Fouad Siniora, allié
des Etats-Unis, a mis le pays dans une situation encore plus grave
que la crise politique que vit le pays depuis plusieurs années, en
particulier depuis la fin de mandat du président Lahoud.
Mais qu’on
s’entende bien. Il y a désormais deux lectures à la situation du
Liban, comme celle de la Palestine. Ces lectures diffèrent selon que
l’on considère que la crise oppose des «démocrates» à des
«intégristes» ou alors des «pro-américains» à des
«anti-américains». Ni la configuration des acteurs des deux camps
qui s’affrontent au Liban ni leurs passés respectifs ne permettent
la première lecture. Le passé de seigneur de guerre de certains
membres du groupe du 14 Mars ne milite pas en leur faveur. Tout
comme la présence au sein de la coalition de l’opposition du parti
du général Aoun, un anti-syrien de la première heure qui n’a pas
attendu le feu vert des Etats-Unis, ne permet pas de taxer
l’opposition d’anti-démocratique. «Non, ce n’est pas une guerre
civile ni un coup d’Etat. Cela fait partie de la guerre contre les
Etats-Unis au Moyen-Orient», explique le journaliste
britannique Robert
Fisk sur les colonnes du quotidien londonien The Independent.
De plus, les
événements qui se sont succédé depuis l’assassinat de Rafik Hariri,
en particulier depuis la guerre israélienne contre le Liban de l’été
2006, ont définitivement dressé les positions géostratégiques sur
lesquelles démarrent les deux camps. Le premier, représenté par le
gouvernement et les acteurs du 14 Mars, affiche un soutien sans
bornes à la vision Étasunienne dans la rÉgion. Des responsables
israéliens ont même révélé l’existence, pendant la guerre de 2006,
de contacts avec de hauts responsables du camp progouvernemental qui
demandaient expressément la liquidation de Nasrallah et réclamaient
de porter un sérieux coup militaire contre le Hezbollah avant
d’arrêter les bombardements.
Les révélations de
l’ancien patron de la DST française, Yves Bonnet, dans son livre
intitulé Liban : les otages du mensonge !, sont encore plus précises
concernant le rôle d’un des piliers du groupe du 14 Mars, en
l’occurrence le président du Parti socialiste progressiste, Walid
Joumblatt. Pour Yves Bonnet, il ne fait aucun doute que le leader
des druzes était déjà collaborateur des services secrets français
depuis 1983. Selon le même livre, Joumblatt «est le vrai
collaborateur de la CIA». Ces révélations rejoignent celles de
Thomas qui affirme, dans son livre «Les armes secrètes des services
secrets américains», la CIA a recruté Walid Joumblatt au début des
années 80, et que ce dernier fournissait, à l’époque déjà, des
informations «importantes» sur le Hezbollah et les Syriens.
Quant aux
révélations de l’ancien patron des services secrets israéliens,
publiées sur le site web Velka, elles renseignent encore plus sur la
tendance au sein des principaux acteurs du groupe du 14 Mars. Aaron
Zaefi Ferkech raconte comment les services secrets ont armé et
entraîné des hommes de Samir Geagea.
Des «milices»
pour protéger Israël
Les derniers
événements sont, donc, une suite logique de la guerre contre le
Liban de l’été 2006. N’ayant pas réussi militairement à désarmer le
Hezbollah, les Etats-Unis, Israël et certains pays arabes dits
modérés, en particulier l’Arabie Saoudite, explorent d’autres
pistes. Ils décident alors de s’attaquer au réseau des transmissions
de la résistance. Pour les profanes, un réseau des transmissions
c’est l’œil et l’oreille d’une armée. Et réclamer sa suppression
serait comme délester une armée de son armement. Le plus étonnant,
c’est que le gouvernement et ses alliés du 14 Mars et des pays
arabes (Arabie Saoudite, Egypte et Jordanie) font mine de découvrir
pour la première fois l’existence d’un système d’écoute et de
transmission du Hezbollah. Tout le monde sait que la réussite du
parti de Nasrallah dans sa guerre contre Israël est due, en grande
partie, au fait que l’armée du général Ashkenazi ne pouvait pas se
renseigner sur les activités des troupes du Hezbollah en raison de
«l’aveuglement» en matière de renseignement, comme le précise le
rapport de la commission Wenograd qui a enquêté sur l’échec de
l’armée israélienne en 2006. En d’autres termes, le rapport conclut
qu’Israël était dans la quasi impossibilité d’espionner les
communications entre les chefs civils et militaires du Hezbollah. Ce
qui explique donc pourquoi le gouvernement de Siniora, poussé par
Joumblatt, en veut tellement au réseau de transmission sécurisé du
Hezbollah.
Mais, au-delà des
raisons qui ont mené à cette situation, les événements de ces
derniers jours ont démontré une chose : l’autre camp, celui du «14
Mars», est bel et bien armé, et dispose même de milices réparties
dans plusieurs régions du pays, en particulier à Beyrouth. Les
affrontements, même de courtes durées puisque les hommes du
Hezbollah ont fini par avoir le dessus, montrent qu’en face il y
avait bien des gens en armes. Le démantèlement de la présence
militaire à Beyrouth liée aux partis de Hariri, Joumblatt et Geagea,
toujours niée, s’est avérée être une réalité.
Le Hezbollah
n’avait aucun intérêt à s’engouffrer dans une guerre interne. Ceux
qui l’ont poussé à son dernier retranchement en portent cette
responsabilité. Leur responsabilité est d’autant plus grande que
leurs ouailles Étaient incapables, militairement parlant, de faire
face aux combattants du Hezbollah et d’autres fractions de
l’opposition. Aaron Zaefi va plus loin en décrivant ce qui s’est
passé ces derniers jours au Liban. «Nous avons perdu en une seule
journée les réseaux que nous avons construits en trois années avec
d’autres services de renseignement de pays arabes amis». Cet ancien
responsable israélien affirme même avoir mis en garde la CIA que les
combattants du clan de Hariri, de Joumblatt et de Geagea «n’ont pas
la volonté de ceux du Hezbollah».
A trop compter sur
l’administration américaine de George Bush, le camp du 14 Mars se
met dans une situation inextricable. Il est dans l’obligation soit
de gagner cette bataille, soit de s’avouer vaincu et de revenir à
de meilleurs sentiments. Car, Joumblatt, Geagea, Hariri, et Gemayel,
savent plus que d’autres que mettre le Liban dans le sillage
d’Israël c’est l’enfoncer profondément et définitivement dans la
crise, car il va falloir gagner militairement contre le Hezbollah.
Ce qui ne sera pas une partie de plaisir.
Heureusement que
l’armée libanaise a été tenue à l’écart de ce conflit intérieur.
Cela a au moins servi à débloquer la situation née depuis que le
gouvernement a décidé de s’attaquer au système de transmissions du
Hezbollah (A l’heure où ces lignes sont écrites, l’armée libanaise
a annulé les décisions du gouvernement et demandé aux deux
belligérants de retirer leurs hommes armés des rues de la capitale
et d’autres ville libanaises). Cependant, la crise est loin d’être
terminée. Les Etats-Unis et la France refusent de laisser le jeu
libre de la représentativité. L’opposition libanaise détient 45% des
élus au Parlement, mais n’arrive pas à décrocher une
représentativité à la mesure de son poids parlementaire au sein du
gouvernement. Le groupe du 14 Mars, soutenu par les USA, refuse
l’entrée de ministres du Courant nationaliste libre du général Aoun,
en raison de son alliance avec Nasrallah. Si les
deux camps se sont
entendus sur le nom du futur président de la République, en
l’occurrence le général Michel Soleiman, l’actuel patron de l’armée,
il reste qu’ils divergent sur la nature du gouvernement d’union
nationale et sur le mode des prochaines élections.
D’ailleurs, à une
année de la fin de son mandat, le gouvernement de Siniora ne veut
pas modifier le mode électoral de peur de changer radicalement la
configuration de la prochaine assemblÉe. Bizarrement, le groupe du
14 Mars, qui a fait de son opposition à la Syrie son principal
cheval de bataille, veut le maintient du régime électoral de l’année
2000, dénommé «la loi de Rostom Ghazala» du nom général syrien qui
présidait au destinées du Liban à l’époque de la présence syrienne.
Mais une chose est
sûre : la fin de mandat de l’administration de Bush va certainement
modifier le rapport de force au Liban. D’ici là, la crise continue.
Abdelkader
Djalil
Haut
E-mail :contact@lesdebats.com |