Semaine du 14 au 20 mai 2008

 

Relents de guerre civile au  Liban

Des morts inutiles

Relents de guerre civile au Liban

Le Jeu dangereux des politiques

 

 
 
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 Relents de guerre civile au  Liban

Des morts inutiles

En cinq jours de combats 81 libanais ont trouvé la mort. Dimanche les combats entre le Hezbollah chiite et les partisans du chef druze pro-gouvernemental Walid Djoumblatt ont fait au moins 36 morts dimanche dans les montagnes à l'est de Beyrouth. Ces chiffres sont donnés par les forces de sécurité libanaises. Et rien ne dit que cette comptabilité va s’arrêter là.   Selon les correspondants de presse sur place de nouveau et dans le nord du pays, à Tripoli, des affrontements ont éclaté entre des activistes alaouites alliés du Hezbollah, du secteur du Djebel Mohsen, et des militants sunnites pro-gouvernementaux de Bab Tebbaneh. Ces tirs ont fait quatre blessés.  Autant dire donc que la calme est loin d’être revenu en dépit de la révocation par l’armée libanaise des décisions prises par le gouvernement à l’encontre du Hezbollah. C’est un calme précaire qui  prévaut partout ailleurs au Liban, notamment à Beyrouth, où une délégation de la Ligue arabe est attendue ce mercredi 14 mai  pour tenter de sortir le pays d'une crise politique qui a entraîné les plus graves violences depuis la guerre civile de 1975-1990. la situation est tellement préoccupante que la communauté internationale et arabe n’ont pas manqué de réagir et d’appeler les parties à la retenue et surtout à s’éloigner du langage des armes.  Mais seront-elles pour autant écoutées ? là est toute la question. Mais il n’en demeure pas moins que  les ministres arabes des Affaires étrangères  réuni  en session extraordinaire au Caire ce dimanche ont décidé de la formation d'une commission ministérielle arabe sous la présidence de Cheikh Hamad Ben Jassem Ben Jaber Al-Thani, premier ministre de l'Etat du Qatar et du secrétaire général de la Ligue arabe, M. Amr Moussa pour le règlement de la crise libanaise. La commission arabe composée des ministres des AE d'Algérie, de Jordanie, de Djibouti, du Yémen, de Bahreïn, des Emirats arabes unis, du Sultanat d'Oman et du Maroc était attendue ce mercredi à Beyrouth. Dans l’intervalle  le conseil des ministres des Affaires étrangères a appelé le président du parlement, le président du conseil des ministres libanais et toutes les parties libanaises a assister à une session spéciale avec la commission ministérielle à l'effet de débattre de la situation critique et de convenir de la mise en oeuvre urgente de l'initiative arabe.  Les pays  arabes  ont également exprimé le refus du recours à la violence armée à des fins politiques contrairement à la légalité constitutionnelle et appelé au règlement de la crise politique libanaise de manière à ce que chaque partie préserve son rôle efficace dans la composante libanaise.  Mais il est à craindre si l’on juge par les déclarations faites justement par des diplomates arabes en dehors que nombre de pays n’encouragent pas dans les faits au rétablissement de la paix et à l’éloignement du spectre de la guerre civile qui menace de nouveau el Liban.  En effet, il est à craindre que la   série de mesures à concrètes à laquelle ont convenu les ministres arabes et  visant à aboutir à un règlement de la crise au Liban qui a récemment connu une escalade dangereuse, n’ait été prise que pour justifier l’existence de la ligue arabe . faut-il rappeler que certains pays arabes ont poussé le gouvernement libanais à boycotter le dernier sommet de la  ligue arabe   au prétexte qu’il s’est tenu à Damas et que cette dernière,  est accusée d’ingérence dans les affaires internes du Liban. Pourtant cette accusation peut être portée à l’encontre d’autres pays arabes et de pays occidentaux. Pour preuve, les accords de Taef  qui ont mis fin à la guerre civile qui a duré plus de quinze ans n’ont –ils pas été signés en la présence de diplomates américains venus  vérifier que ces accords inter libanais ne portaient pas préjudice à leur protégé dans la région. Et puis n’est-il pas aussi utile de rappeler que ces sont les plus importants alliés des américains dans la région, qui ont  décidé de réduire leur représentativité au sommet de Damas qui avait pourtant inscrit à son ordre du jour la question libanaise ? ceci pour dire qu’en définitive l’initiative arabe est quasiment vouée d’avance à l’échec. Car ce qui est recherché ce n’est pas tant la stabilité du Liban  et l’évitement du pire, à savoir la guerre civile, pour son peuple. Mais juste de réduire les capacités de résistance du Hezbollah qui constitue dans cette région la principale menace à la quiétude de Tel Aviv. C’est pourquoi force est de dire que quelques pays arabes, ils se reconnaîtront, ne sont nullement attachés à l’exemple de l’Algérie   à l'unité, à l'indépendance, à la souveraineté et à l'intégrité du Liban. Et les libanais sont-ils conscients du rôle qu’on veut leur faire jouer dans la région ? dans tous les cas de figure,  l'Algérie  par la voix de son ministre de l’Intérieur se dit  "entièrement" confiante quant à la conscience des parties libanaises de la gravité de la situation que traverse leur pays et sait plus que jamais que les frères au Liban sauront faire preuve de sagesse et de retenue pour amorcer un dialogue national à même d'aplanir les problèmes et autres obstacles qui entravent un retour à la normale de la vie politique dans

ce pays.  Mieux Medelci a réitéré la détermination de l'Algérie à "soutenir les frères au Liban en vue d'aboutir à des solutions consensuelles dans le cadre de la Réconciliation nationale au mieux des intérêts de leur pays". A charge pour les  politiques libanais de se déterminer . 

Farah  Bouchali

 

Relents de guerre civile au Liban

Le Jeu dangereux des politiques

A force de provoquer le Hezbollah, la réponse se fait cinglante. En tentant de désarmer la résistance libanaise, A  travers le «démantèlement» de son réseau de transmissions, le gouvernement de Fouad Siniora, allié des Etats-Unis, a mis le pays dans une situation encore plus grave que la crise politique que vit le pays depuis plusieurs années, en particulier depuis la fin de mandat du président Lahoud.

Mais qu’on s’entende bien. Il y a désormais deux lectures à  la situation du Liban, comme celle de la Palestine. Ces lectures diffèrent selon que l’on considère que la crise oppose des «démocrates» à des «intégristes» ou alors des «pro-américains» à  des «anti-américains». Ni la configuration des acteurs des deux camps qui s’affrontent au Liban ni leurs passés respectifs ne permettent la première lecture. Le passé de seigneur de guerre de certains membres du groupe du 14 Mars ne milite pas en leur faveur. Tout comme la présence au sein de la coalition de l’opposition du parti du général Aoun, un anti-syrien de la première heure qui n’a pas attendu le feu vert des Etats-Unis, ne permet pas de taxer l’opposition d’anti-démocratique. «Non, ce n’est pas une guerre civile ni un coup d’Etat. Cela fait partie de la guerre contre les Etats-Unis au Moyen-Orient», explique le journaliste

britannique Robert Fisk sur les colonnes du quotidien londonien The Independent.

De plus, les événements qui se sont succédé depuis l’assassinat de Rafik Hariri, en particulier depuis la guerre israélienne contre le Liban de l’été 2006, ont définitivement dressé les positions géostratégiques sur lesquelles démarrent les deux camps. Le premier, représenté par le gouvernement et les acteurs du 14 Mars, affiche un soutien sans bornes à la vision Étasunienne dans la rÉgion. Des responsables israéliens ont même révélé l’existence, pendant la guerre de 2006, de contacts avec de hauts responsables du camp progouvernemental qui demandaient expressément la liquidation de Nasrallah et réclamaient de porter un sérieux coup militaire contre le Hezbollah avant d’arrêter les bombardements.

Les révélations de l’ancien patron de la DST française, Yves Bonnet, dans son livre intitulé Liban : les otages du mensonge !, sont encore plus précises concernant le rôle d’un des piliers du groupe du 14 Mars, en l’occurrence le président du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt. Pour Yves Bonnet, il ne fait aucun doute que le leader des druzes était déjà  collaborateur des services secrets français depuis 1983. Selon le même livre, Joumblatt «est le vrai collaborateur de la CIA». Ces révélations rejoignent celles de Thomas qui affirme, dans son livre «Les armes secrètes des services secrets américains», la CIA a recruté Walid Joumblatt au début des années 80, et que ce dernier fournissait, à  l’époque déjà, des informations «importantes» sur le Hezbollah et les Syriens.

Quant aux révélations de l’ancien patron des services secrets israéliens, publiées sur le site web Velka, elles renseignent encore plus sur la tendance au sein des principaux acteurs du groupe du 14 Mars. Aaron Zaefi Ferkech raconte comment les services secrets ont armé et entraîné des hommes de Samir Geagea.

Des «milices» pour protéger Israël

Les derniers événements sont, donc, une suite logique de la guerre contre le Liban de l’été 2006. N’ayant pas réussi militairement à  désarmer le Hezbollah, les Etats-Unis, Israël et certains pays arabes dits modérés, en particulier l’Arabie Saoudite, explorent d’autres pistes. Ils décident alors de s’attaquer au réseau des transmissions de la résistance. Pour les profanes, un réseau des transmissions c’est l’œil et l’oreille d’une armée. Et réclamer sa suppression serait comme délester une armée de son armement. Le plus étonnant, c’est que le gouvernement et ses alliés du 14 Mars et des pays arabes (Arabie Saoudite, Egypte et Jordanie) font mine de découvrir pour la première fois l’existence d’un système d’écoute et de transmission du Hezbollah. Tout le monde sait que la réussite du parti de Nasrallah dans sa guerre contre Israël est due, en grande partie, au fait que l’armée du général Ashkenazi ne pouvait pas se renseigner sur les activités des troupes du Hezbollah en raison de «l’aveuglement» en matière de renseignement, comme le précise le rapport de la commission Wenograd qui a enquêté sur l’échec de l’armée israélienne en 2006. En d’autres termes, le rapport conclut qu’Israël était dans la quasi impossibilité d’espionner les communications entre les chefs civils et militaires du Hezbollah. Ce qui explique donc pourquoi le gouvernement de Siniora, poussé par Joumblatt, en veut tellement au réseau de transmission sécurisé du Hezbollah.

Mais, au-delà  des raisons qui ont mené à cette situation, les événements de ces derniers jours ont démontré une chose : l’autre camp, celui du «14 Mars», est bel et bien armé, et dispose même de milices réparties dans plusieurs régions du pays, en particulier à  Beyrouth. Les affrontements, même de courtes durées puisque les hommes du Hezbollah ont fini par avoir le dessus, montrent qu’en face il y avait bien des gens en armes. Le démantèlement de la présence militaire à  Beyrouth liée aux partis de Hariri, Joumblatt et Geagea, toujours niée, s’est avérée être une réalité.

Le Hezbollah n’avait aucun intérêt à s’engouffrer dans une guerre interne. Ceux qui l’ont poussé à  son dernier retranchement en portent cette responsabilité. Leur responsabilité est d’autant plus grande que leurs ouailles Étaient incapables, militairement parlant, de faire face aux combattants du Hezbollah et d’autres fractions de l’opposition. Aaron Zaefi va plus loin en décrivant ce qui s’est passé ces derniers jours au Liban. «Nous avons perdu en une seule journée les réseaux que nous avons construits en trois années avec d’autres services de renseignement de pays arabes amis». Cet ancien responsable israélien affirme même avoir mis en garde la CIA que les combattants du clan de Hariri, de Joumblatt et de Geagea «n’ont pas la volonté de ceux du Hezbollah».

A trop compter sur l’administration américaine de George Bush, le camp du 14 Mars se met dans une situation inextricable. Il est dans l’obligation soit de gagner cette bataille, soit de s’avouer vaincu et de revenir à  de meilleurs sentiments. Car, Joumblatt, Geagea, Hariri, et Gemayel, savent plus que d’autres que mettre le Liban dans le sillage d’Israël c’est l’enfoncer profondément et définitivement dans la crise, car il va falloir gagner militairement contre le Hezbollah. Ce qui ne sera pas une partie de plaisir.

Heureusement que l’armée libanaise a été tenue à l’écart de ce conflit intérieur. Cela a au moins servi à débloquer la situation née depuis que le gouvernement a décidé de s’attaquer au système de transmissions du Hezbollah (A  l’heure où ces lignes sont écrites, l’armée libanaise a annulé les décisions du gouvernement et demandé aux deux belligérants de retirer leurs hommes armés des rues de la capitale et d’autres ville libanaises). Cependant, la crise est loin d’être terminée. Les Etats-Unis et la France refusent de laisser le jeu libre de la représentativité. L’opposition libanaise détient 45% des élus au Parlement, mais n’arrive pas à  décrocher une représentativité à  la mesure de son poids parlementaire au sein du gouvernement. Le groupe du 14 Mars, soutenu par les USA, refuse l’entrée de ministres du Courant nationaliste libre du général Aoun, en raison de son alliance avec Nasrallah. Si les

deux camps se sont entendus sur le nom du futur président de la République, en l’occurrence le général Michel Soleiman, l’actuel patron de l’armée, il reste qu’ils divergent sur la nature du gouvernement d’union nationale et sur le mode des prochaines élections.

D’ailleurs, à  une année de la fin de son mandat, le gouvernement de Siniora ne veut pas modifier le mode électoral de peur de changer radicalement la configuration de la prochaine assemblÉe. Bizarrement, le groupe du 14 Mars, qui a fait de son opposition à  la Syrie son principal cheval de bataille, veut le maintient du régime électoral de l’année 2000, dénommé «la loi de Rostom Ghazala» du nom général syrien qui présidait au destinées du Liban à l’époque de la présence syrienne.

Mais une chose est sûre : la fin de mandat de l’administration de Bush va certainement modifier le rapport de force au Liban. D’ici là, la crise continue.

Abdelkader Djalil

 

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