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Chasser définitivement les vieux démons
C’est malheureux
et triste à la fois. Le Liban, ce pays qui a enfanté tant et tant
d’hommes et de femmes de culture, renoue avec la violence
sanglante. Plus de 80 morts ont été enregistrés en quelques jours de
combats fratricides. Une violence que l’on croyait pourtant,
naïvement peut-être, disparue à jamais du quotidien de ce pays après
la guerre civile qui a duré quinze ans (de 1975 à 1990). Le Liban et
les Libanais avaient tellement souffert que l’on s’est mis à
espérer, après les accords de Taef (un traité inter-libanais
présenté comme une tentative de restaurer la paix par un
cessez-le-feu et par la réconciliation nationale), qu’ils allaient
tirer les leçons de cette période pour ne plus jamais laisser les
démons de la guerre prendre le dessus sur la sagesse et le dialogue
qui doivent prévaloir dans la prise en charge des problèmes internes
du pays du Cèdre.
Mais c’était
compter sans cette malédiction qui semble frapper ce pays. Déjà en
2005, les bruits d’une guerre civile ont retenti après l’assassinat
de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, dans l’explosion d’un
véhicule. L’attentat avait causé la mort de 22 autres personnes.
Depuis, l’inquiétude est toujours là. Et pour cause, on savait le
Liban sur la corde raide car la moindre étincelle allait
nécessairement mettre le feu aux poudres et replonger le pays dans
la tourmente et la folie meurtrière. Cela n’a pas raté. Une décision
du gouvernement prise à l’encontre du Hezbollah a libéré les démons
de la violence.
Mais il ne faut
pas se leurrer. C’était écrit d’avance. Et si cette fois encore,
comme en 2005, on a pu éviter le pire, cela n’aurait été que partie
remise. Du reste, la promptitude constatée dans le déclenchement des
violences sanglantes témoigne de l’existence de cette charge
explosive. La crise était bien là. Elle était larvée et tôt ou tard
elle aurait fini par exploser. Et pour cause, l’instabilité au
Liban, alimentée de l’intérieur, est recherchée par des parties
extérieures car en définitive, elle profite plus à ceux dont les
desseins ne sont jamais avoués.
Le drame de ce
beau pays, c’est que l’on a réussi à transformer ses richesses, sa
multiconfessionnalité entre autres, en une faiblesse. D’où sa
fragilité interne exacerbée par les pressions de l’extérieur. Le
Liban, en vérité, est victime de sa propre géographie. C’est un
pays où l’instabilité est entretenue volontairement car elle sert,
en bout de course, les intérêts d’Israël. Ce n’est un secret pour
personne. Et c’est la raison aussi qui complique sa situation. Les
parties libanaises ne sont pas seules maîtresses de leurs décisions,
de leur destin. Or les parties étrangères sont mues par des intérêts
divergents, voire opposés. Et qu’un pays, qu’un peuple en paye le
lourd tribut importe peu. Peu de pays, mêmes arabes, se soucient du
bien-être de la population. Ces mêmes pays qui ont poussé le Liban à
boycotter le sommet arabe de Damas où pourtant la question
libanaise était inscrite. Mais ceux qui tirent les ficelles ont
préféré pousser au pourrissement de la situation. Pour preuve, moins
de deux mois après l’on assiste, avec ces violences, à des relents
de nouvelle guerre civile qui réduira à néant tous les efforts de
réconciliation politique et de développement économique déployés
depuis la signature des accords de Taef.
En fait, si de
nouveau la guerre civile s’installait au Liban, gageons qu’il sera
encore plus difficile pour les Libanais d’y mettre un terme. Et de
nouveau, le pays du Cèdre serait dans une spirale infernale de
violences continues et sanglantes. Les politiques libanais
peuvent-ils l’ignorer ? Certainement non. Et quand bien même ils
seraient tentés de laisser parler les armes, ils devraient prendre
le temps de se retourner vers le passé et de se rappeler ce que
quinze ans de guerre civile ont rapporté à leur pays. Ce recul leur
évitera de reproduire les mêmes égarements. Certes à partir d’Alger,
les choses semblent plus évidentes. Mais c’est juste parce qu’on
sait qu’il faut, quelle que soit la situation, éviter de recourir
aux armes et surtout privilégier le dialogue. Un dialogue sérieux,
à même de sortir le Liban de la crise.
Les pays arabes, à
l’image de l'Algérie, préoccupés du seul intérêt du Liban, se
doivent de réagir et d’appeler les parties libanaises à faire preuve
de discernement. Il faut pour ce faire lancer des initiatives,
engager des médiations, déployer des efforts dans le but de faire
revenir les parties à la raison. Il faut encourager «la réalisation
des consensus requis pour permettre au Liban de recouvrer sa
sécurité afin de préserver le rôle de ses institutions
constitutionnelles", estime à juste titre l’Algérie. Mais ce vœu
trouvera-t-il un écho favorable ? Là est toute la question.
Nadia Kerraz
Haut
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