Semaine du 14 au 20 mai 2008

 

L'éditorial

Chasser définitivement les vieux démons

 

 
 
 Éditorial

Chasser définitivement les vieux démons

C’est malheureux et triste à la fois. Le Liban, ce pays qui a enfanté tant et tant d’hommes et de femmes de culture,  renoue avec la violence sanglante. Plus de 80 morts ont été enregistrés en quelques jours de combats fratricides. Une violence que l’on  croyait pourtant, naïvement peut-être, disparue à jamais du quotidien de ce pays après la guerre civile qui a duré quinze ans (de 1975 à 1990). Le Liban et les Libanais avaient tellement souffert que l’on s’est mis à espérer, après les accords de Taef (un traité inter-libanais présenté comme une tentative de restaurer la paix par un cessez-le-feu et par la réconciliation nationale), qu’ils allaient tirer les leçons de cette période pour ne plus jamais laisser les démons de la guerre prendre le dessus sur la sagesse et le dialogue qui doivent prévaloir dans la prise en charge des problèmes internes du pays du Cèdre.

Mais c’était compter sans cette malédiction qui semble frapper ce pays. Déjà en 2005, les bruits d’une guerre civile ont retenti après l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, dans l’explosion d’un véhicule. L’attentat avait causé la mort de  22 autres personnes. Depuis,  l’inquiétude est toujours là. Et pour cause, on savait le Liban sur la corde raide car la moindre étincelle allait nécessairement  mettre le feu aux poudres et replonger le pays dans la tourmente et la folie meurtrière. Cela n’a pas raté. Une décision du gouvernement prise à l’encontre du Hezbollah a libéré les démons de la violence.

Mais il ne faut pas se leurrer. C’était écrit d’avance. Et si cette fois encore, comme en 2005,  on a pu éviter le pire, cela n’aurait été que partie remise. Du reste, la promptitude constatée dans le déclenchement des violences sanglantes témoigne de l’existence de cette charge explosive. La crise était bien là. Elle était larvée et tôt ou tard elle aurait fini par exploser. Et pour cause, l’instabilité au Liban, alimentée de l’intérieur, est recherchée par des parties extérieures car  en définitive, elle profite plus à ceux dont les desseins ne sont jamais avoués.

Le drame de ce beau pays, c’est que l’on a réussi à  transformer ses richesses, sa multiconfessionnalité entre autres, en une faiblesse. D’où sa fragilité interne exacerbée par les pressions de l’extérieur. Le Liban, en vérité, est victime de sa propre géographie. C’est un  pays où l’instabilité est entretenue volontairement  car elle sert, en bout de course, les intérêts d’Israël. Ce n’est un secret pour personne. Et c’est la raison aussi qui complique sa situation. Les parties libanaises ne sont pas seules maîtresses de leurs décisions, de leur destin. Or les parties étrangères sont mues par des intérêts divergents, voire opposés. Et qu’un pays, qu’un peuple en paye le lourd tribut importe peu. Peu de pays, mêmes arabes, se soucient du bien-être de la population. Ces mêmes pays qui ont poussé le Liban à boycotter le sommet  arabe de Damas où pourtant la question libanaise était inscrite. Mais ceux qui tirent les ficelles ont préféré pousser au pourrissement de la situation. Pour preuve, moins de deux mois après l’on assiste, avec ces violences, à des relents de nouvelle guerre civile qui réduira à néant tous les efforts de réconciliation politique et de développement économique déployés depuis la signature des accords de Taef.

En fait, si de nouveau la guerre civile s’installait au Liban, gageons qu’il sera encore plus difficile pour les Libanais d’y mettre un terme. Et de nouveau, le pays du Cèdre serait dans une spirale infernale de violences continues et sanglantes. Les  politiques libanais peuvent-ils  l’ignorer ? Certainement non. Et quand bien même ils seraient tentés de laisser parler les armes, ils devraient prendre le temps de se retourner vers le passé et de se rappeler ce que quinze ans de guerre civile ont rapporté à leur pays. Ce  recul leur évitera de reproduire les mêmes égarements. Certes à partir d’Alger, les choses semblent plus évidentes. Mais c’est juste parce qu’on sait qu’il faut, quelle que soit la situation, éviter de recourir aux armes et surtout privilégier le dialogue. Un  dialogue sérieux, à même de sortir le Liban de la crise.

Les pays arabes, à l’image de  l'Algérie, préoccupés du seul intérêt du Liban, se doivent de réagir et d’appeler les parties libanaises à faire preuve de discernement.  Il faut pour ce faire lancer des initiatives, engager des médiations, déployer des efforts dans le but de faire revenir les parties à la raison. Il faut encourager «la réalisation des consensus requis pour permettre au Liban de recouvrer sa sécurité afin de préserver le rôle de ses institutions constitutionnelles", estime à juste titre l’Algérie. Mais ce vœu trouvera-t-il un écho favorable ? Là est toute la question.

Nadia Kerraz

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