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Union pour la Méditerranée
Infaisable sans
l’Algérie ?
D’abord il y a eu
Michèle Alliot Marie, ministre française de l’Intérieur, puis
Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française qui suivait de
près. On pourrait croire que les relations entre l’Algérie et la
France connaissent une dynamique extraordinaire au point où les
allers-retours s’inscrivent quotidiennement dans les agendas des
ministres. Il semble que cela est beaucoup plus révélateur d’un
malaise.
Au centre des
va-et-vient, l’Union pour la Méditerranée. Michèle Alliot Marie en a
parlé, Kouchner l’a confirmé dans une interview accordée à l’APS*.
L’Algérie tarde à
donner une réponse, du moins le «non» n’est pas encore dit et les
Français voudraient entendre un «oui» franc et clair. Effectivement,
tout n’est pas encore joué pour cette union dont on a annoncé bien
avant l’heure la tenue du sommet de sa fondation pour le 13 juillet
prochain. Un sommet qui devrait accueillir un maximum de chefs d’Etat
pour que l’union soit crédible et fasse oublier le couac gigantesque
du processus de Barcelone. C’est en fait le seul gage de crédibilité
que cherche le Président français qui a l’air de ramer dur, et sans
mauvais jeu de mot, sur son union pour la Méditerranée.
Alors que les
débats battaient leur plein au sein de l’UE, notamment entre Nicolas
Sarkozy et la chancelière allemande à propos de cette union, un
journal allemand publiait une caricature montrant le Président
français seul, sur un canoë, au milieu de la mer, en train de
pagayer. Cette image risque de coller à lui un moment si les choses
ne se précisent pas, notamment coté rive Sud.
Pour ce qui est de
l’Algérie, on sait que la réponse dépendra en bonne partie de
l’évolution de la situation au Moyen-Orient, plus précisément en
Palestine. Effectivement, un des chefs d’Etats invité à ce sommet
sera le Premier ministre Israélien, Ehud Olmet, s’il est encore en
poste d’ici là.
On sait aussi que
l’on tient en Algérie à la question de la libre-circulation des
personnes et des biens, ou encore aux relations équilibrées et
équitables. L’union semble pour le moment conçue en faveur des seuls
Européens et pour répondre à leurs besoins et urgences. Des
appréhensions qui n’ont pas encore été levées, du moins côté
algérien rien n’est fait pour dire que les réponses claires ont été
apportées. Les contours peu précis ont été rendus encore plus
difficiles à voir alors que l’on annonçait l’installation du
secrétariat de l’union à Tunis et le siège de la présidence au
Maroc. Des rumeurs, selon la ministre française de l’Intérieur, sans
pour autant dire si tout était décidé ou pas encore.
Seule
l’hésitation algérienne ?
Au-delà des
réticences algériennes, l’Union pour la Méditerranée est de toute
façon mal partie. Le projet lui-même a déjà eu deux vies. Un premier
projet souhaité par le Président français et dessiné par son
conseiller Henri Guaino, qui consistait à y associer que les seuls
pays riverains du nord et du sud. La seconde vie, suite au débat
houleux au sein de l’UE, a abouti à un projet qui intègre tous les
membres de l’UE dans leurs relations avec la rive sud de la
Méditerranée. Cette insistance allemande pour soustraire le projet à
une «hégémonie» française, car c’est bien de cela qu’il s’agit, aura
pour conséquence la mise en place d’une logique de partenariat
complètement déséquilibrée. Les pays de la rive sud vont s’associer
individuellement dans une relation de coopération à un groupe soudé,
qui a ses institutions, sa monnaie unique et qui a aboli ses
frontières. Mieux, l’UE a érigé un mur en Méditerranée plus solide
et plus dur à abattre que ne l’était le Mur de Berlin et que
traversent au péril de leur vie les harraga de tout poil, comme le
faisaient avant eux les dissidents de l’Est en «faisant» le mur.
De plus, la
relation d’un faisceau avec une union sans qu’il n’existe un
mouvement circulaire entre les pays de la Méditerranée laisse
rêveur.
Peut-on imaginer
traverser la frontière sans peine entre la Syrie et la Turquie (à
cause du problème kurde) sans parler des difficultés entre le Liban
et la Syrie ? On peut y ajouter les tensions aux frontières entre
la bande de Gaza et l’Egypte. Pour rappel également, la frontière
terrestre entre l’Algérie et le Maroc est toujours fermée.
Par ailleurs, chez
un des acteurs clés de cette union, la Turquie, on n’apprécie pas
l’offre d’un ersatz d’adhésion à l’Union européenne, on préfère
parler d’alternative, en Europe, à son adhésion à l’UE.
Une union à
vocation économique et sécuritaire en Méditerranée, pourquoi pas ?
La nécessité stratégique pour la mise en place de grands ensembles
démographiques n’a plus à être prouvée. Mais de toute évidence, le
chemin est encore long pour faire de la mare nostrum, continent
d’eau, le lac de paix souhaité par ses riverains.
Amine Esseghir
*«C’est
dans cet esprit de renouveau que je me rends aujourd’hui à Alger,
pour parler des nombreux projets que nous avons encore à accomplir
ensemble. Parmi eux, il y a notamment la question cruciale de
l’Union pour la Méditerranée. Vous savez que nous sommes très
attachés à la réussite de ce projet, qui sera au cœur de la
présidence française de l’Union européenne, à partir du 1er juillet
prochain. Le président Sarkozy souhaite que l’ensemble des pays
concernés par ce projet ambitieux, tant au sein de l’Union
européenne que sur la rive sud de la Méditerranée, soient pleinement
associés à sa conception : il s’agit là d’une condition
sine qua non du succès
de cette entreprise. L’Algérie a manifesté très tôt son intérêt pour
le projet, et nous sommes aujourd’hui d’accord sur sa philosophie
générale : privilégier une véritable approche partenariale et mettre
l’accent sur des sujets concrets, afin de ne pas retomber dans les
écueils du processus de Barcelone.
Dans cette optique, l’Algérie fait évidemment partie des partenaires
majeurs sur lesquels nous comptons beaucoup. C’est ce que je vais
redire à mes interlocuteurs, et c’est le sens du message que le
président de la République m’a chargé de remettre à son homologue.»
Bernard Kouchner à l’APS, le 11 mai 2008.
Visite de la ministre française de l’Intérieur en Algérie
Les non-dits
sur les enjeux régionaux
Derrière la
politique de Paris, destinée délibérément à dresser Rabat contre
Alger, se pose une question de fond : celle de la place de l’Algérie
à l’échelle maghrébine et euroméditerranéenne.
Pour la seconde
fois, Michèle Alliot-Marie a foulé le sol algérien, pour une visite
de quarante-huit heures qui s’est déroulée les 5 et 6 mai dernier.
La ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des Collectivités
locales a ramené dans ses bagages un projet de renforcement des
capacités d’action et modernisation des services de la Protection
civile algérienne, d’un montant de plus de 2 millions d’euros,
consacré à la formation et la spécialisation du personnel. C’est en
fait le seul résultat, annoncé publiquement, qui s’est d’ailleurs
traduit par la signature d’une convention entre les deux parties.
Outre son
déplacement à Tlemcen, l’invitée du ministre de l’Intérieur et des
Collectivités locales a réservé le gros de son temps aux entretiens
à huis clos, particulièrement avec son homologue algérien,
Nourredine Yazid Zerhouni, avec le ministre des Affaires religieuses
et des Wakfs, Bouabdellah Ghoulamallah, et le président de la
République, Abdelaziz Bouteflika. Lors de sa rencontre avec les
médias nationaux, Mme Alliot-Marie s’est montrée
éloquente, faisant des promesses par-ci pour le développement de la
coopération bilatérale et formulant des souhaits par-là de voir des
secteurs, comme la sécurité, la protection civile et l’aménagement
de l’administration territoriale renforcés davantage.
Par ailleurs, la
ministre française n’a pas arrêtée de faire l’éloge de l’Algérie, la
considérant comme «un partenaire clé» pour la France dans la lutte
antiterroriste, voire «un partenaire stratégique de première
importance» dans tous les domaines pour relancer enfin la «relation
d’exception».
Moins prolixe et
plus mesuré, Zerhouni a laissé entendre que l’amitié
algéro-française doit se bâtir sur la confiance. Il a également
soutenu que cette visite sera l’occasion d’élaborer un «bon
programme» pour améliorer les relations entre les deux pays.
Coup d’envoi du
ballet diplomatique
La visite éclair
de la ministre française de l’Intérieur, également en charge des
affaires du culte, ne saurait se résumer aux questions sécuritaires
relevant de son département et à la signature d’un contrat ou aux
discours louangeurs. Son voyage, qui sera suivi prochainement (il
est attendu à Alger ce lundi 12 mai) par celui du ministre des
Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et celui du Premier ministre,
François Fillon, obéit à des logiques tributaires des intérêts de l’Etat
français, mais aussi de la conjoncture tant nationale, régionale
qu’internationale. L’invitée de Zerhouni est en effet venue sonder
ses interlocuteurs algériens, en premier lieu le premier magistrat
du pays, au sujet du projet d’Union pour la Méditerranée (UPM) qui
semble d’ores et déjà conforter les objectifs américains.
Il y a quelques
jours, le quotidien français Le Monde n’a pas écarté le risque de
défection de plusieurs dirigeants arabes, dont le Président
algérien, au sommet de Paris prévu pour le 13 juillet 2008, destiné
à officialiser le nouveau partenariat euroméditerranéen. Un tel
sommet, s’il venait à se réaliser dans les conditions actuelles,
cautionnerait l’occupation israélienne en Palestine, du moins dans
les territoires censés accueillir un Etat palestinien, en référence
aux termes des Nations unies. Sur un autre plan, l’UPM, initiée par
le président français Nicolas Sarkozy, garde le silence sur
l’occupation illégale du Sahara occidental par le Maroc et cherche à
forcer la main à tous, ONU comprise, afin d’avaliser le fait
accompli colonial dans le territoire «non autonome». Par conséquent,
l’Algérie ne peut approuver le projet d’UPM tel qu’il est conçu
aujourd’hui, car il vise non seulement à transgresser la légalité
internationale, mais aussi à se servir des pays du sud de la
Méditerranée comme bouclier pour veiller sur le confort de l’Union
européenne, la protéger notamment contre l’immigration clandestine
et le terrorisme.
L’appel lancé
d’Alger par Michèle Alliot-Marie à l’intégration de notre pays sous
l’argument d’échapper à la sphère des «nains démographiques et
économiques» est un leurre dès lors que l’Algérie, de même que les
autres pays du sud de la Méditerranée, n’ont pas été associés à la
réflexion autour du projet de Sarkozy ni à la négociation ayant
suivi dans les rangs européens. De plus, comment peser sur le plan
économique et sur les valeurs humaines, comme le suggère la
ministre, alors que rien n’a été fait par l’UE pour effacer les
discriminations présentes entre le Nord et le Sud et pour faire
appliquer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?
Paris assume
pleinement son soutien à Rabat
On est tenté de
penser que parmi les objectifs assignés à la visite de Michèle
Alliot-Marie figure l’accord à arracher à Bouteflika pour qu’Alger
soit présente, en juillet, au forum de Paris. Par ailleurs, en
déclarant avoir sollicité le président algérien sur sa propre
analyse stratégique par rapport au contexte régional et au devenir
des défis à relever ensemble, la ministre a laissé entendre qu’elle
a discuté aussi de la question sahraouie. Dans ce cadre, le souhait
de Paris de voir Alger soutenir le plan d’autonomie marocain n’est
pas à exclure, après la scandaleuse requête émise récemment par
Rabat au patron du FLN et néanmoins chef du gouvernement. Comme il
n’est pas à écarter non plus l’appui français au communiqué du
ministre des Affaires étrangères du Makhzen, daté du 5 mai 2008,
relatif à la réouverture des frontières algéro-marocaines et à une
rencontre entre «frères» pour discuter des «questions en suspens».
On notera la
réponse à la fois subtile et provocante de la ministre française
pour justifier le parti pris de la France vis-à-vis du Maroc au
détriment des droits nationaux des Sahraouis, de la stabilité dans
la région du Maghreb et de la sécurité même de l’Algérie. Mme Alliot-Marie
a éludé toutes les problématiques, enfermant le droit international
dans la parenthèse du bon vouloir du Conseil de sécurité de l’ONU.
Elle a en effet proclamé que son pays a joué un « le rôle actif »
dans l’élaboration de la résolution 1813 du 30 avril dernier, et
insisté sur le fait que le texte a été adopté « à l’unanimité par le
Conseil de sécurité ». L’attitude d’Alliot-Marie, qu’on ne peut
dissocier de la politique d’alignement de la France au Maroc,
pourrait fort bien être interprétée comme un défi lancé à l’Algérie.
Et, alors que le
projet d’Union pour la Méditerranée n’a pas encore vu le jour, les
obstacles se dressent et viennent troubler une situation déjà tendue
dans la région. Au conflit du Sahara occidental, s’ajoutent la
question du choix de l’Etat maghrébin devant abriter le siège de l’UPM
et celle du pays qui détiendrait le secrétariat général, deux
problèmes qui suscitent bien des rumeurs et qui vont provoquer
sûrement des arbitrages. Mais, ce n’est pas tout, puisque la visite
de Michèle Alliot-Marie en Algérie coïncide avec la crise que
traverse en ce moment le Conseil français du culte musulman (CFCM),
une institution imposée par Sarkozy en 2003, alors ministre de
l’Intérieur, qui a créé des «querelles d’influence». Une crise ayant
pour origine la présidence du CFCM, occupée jusque-là par le recteur
de la mosquée de Paris, Dalil Boubekeur, représentant de la plus
importante communauté musulmane en France, l'algérienne, que les
Marocains veulent décrocher au cours des prochaines élections
programmées pour le 8 juin 2008.
Derrière les
partis-pris de la France, son impatience à bâtir une UPM sur mesure,
ses politiques destinées délibérément à dresser Rabat contre Alger
et les ballets diplomatiques se pose une question de fond, qui est
celle de la place de l’Algérie à l’échelle régionale et au niveau de
l’espace euroméditerranéen. Quelle est alors la réponse des
dirigeants algériens ?
Z’hor Chérief
Après plus d’un mois de la tenue du congrès de l’UGTA
La guéguerre
dans les coulisses de la Maison du Peuple
Le clash provoqué
par l’introduction de la disposition statutaire portant création du
poste de secrétaire général adjoint ne cesse d’avoir des
répercussions sur l’après congrès.
Plus d’un mois
aprés la tenue de son onzième congrès, l’Union Générale des
Travailleurs Algériens, (UGTA) n’a encore pas d’exécutif. Les treize
secrétaires nationaux qui devaient le constituer ne sont toujours
pas connus. C’est le 9 avril dernier que devait se réunir la
commission exécutive nationale (CEN) pour trancher la question. Rien
n’y fit. La première session de la nouvelle instance issue du
congrès a été reportée à une date ultérieure. Ni la date de son
nouveau calendrier encore moins les raisons de la décision prise par
le secrétaire général de la centrale syndicale, Abdelmadjid Sidi
Saïd, n’ont été divulgués dans le communiqué qui avait annoncé le
report. Mais l’on peut imaginé dores et déjà les intentions du
premier responsable de la centrale syndicale. Juste après sa
réélection à son poste, Sidi Saïd n’a pas hésité un seul instant à
lancer une série d’avertissements en direction de ses détracteurs,
à l’intérieur ou à l’extérieur des structures de l’UGTA, en leur
signifiant qu’il est désormais le seul maître à bord. Il faut le
dire, lui qui a failli perdre la main sur l’organisation en l’espace
de quelques heures seulement, lors du déroulement du 11eme congrès,
ne pouvait que se sentir plus fort à la sortie d’un véritable coup
de force tenté par l’ancien responsable de l’Organique, Salah
Djenouhat. On le devine aujourd’hui, Abdelmadjid Sidi Saïd veut
prendre tout son temps pour convoquer la réunion de la commission
exécutive nationale, car seul lui a les pouvoirs et les prérogatives
pour le faire. La question qui se pose : le secrétaire générale de
l’UGTA va-t-il reconduire les treize membres de l’ancien secrétariat
constitué majoritairement de militants et de responsables du
Rassemblement National Démocratique ? Rien n’est si sur ! Sidi Saïd
aura faire à faire avec l’autre tendance qui a influé lourdement sur
les travaux du 11eme congrès, en l’occurrence les syndicalistes
affiliés au parti de Abdelaziz Belkhadem. Pour certains, le retard
mis pour la désignation de l’exécutif et le report à une date
ultérieure de la réunion de la CEN est du en partie au prolongement,
jusqu’à aujourd’hui, de cette guéguerre qui a éclaté lors du
dernier rendez vous organique de la centrale aujourd’hui du poste du
secrétaire général adjoint et qui se poursuit en sourdine dans les
coulisses de la Maison du Peuple. Salah Djenouhat a-t-il
définitivement renoncé au poste qui devait lui revenir de droit ?
Aucune information n’est filtrée à son sujet depuis son retrait de
la course lors des travaux du congrès suite à l’intervention de
certaines personnalités politiques pour éviter l’éclatement de
l’organisation. Le concerné lui-même s’est muré inexplicablement
dans un silence qui ont dit long sur la fracture qui existe entre
lui et le premier responsable de l’organisation. Espère-t-il encore
à briguer le poste de secrétaire général adjoint de l’Union Générale
des Travailleurs Algériens ? Beaucoup d’observateurs pensent
qu’ayant été à l’origine, avec l’accord même du premier responsable
de l’Organisation qui n’avait pas appris l’introduction de la
nouvelle disposition statutaire lors du congrès mais bien avant sa
tenue, Salah Djenouhat continue toujours à croire en son destin.
Mais arrivera-t-il à réunir le consensus autour de sa personne
surtout après le clash qu’il a provoqué fin mars dernier ? Des
cercles syndicaux et même politiques, notamment dans les coulisses
du parti auquel il appartient, pensent que l’ancien responsable de
l’Organique de l’UGTA ne répondrait plus aux conditions minimales
qui requiert une telle responsabilité en cela que le poste de
secrétaire général adjoint de l’Organisation exigerait un minimum de
cohabitation avec le premier responsable de la centrale syndicale.
Or, à moins d’une réconciliation de dernière minute, les relations
entre les deux hommes ne sont plus ce qu’elles étaient. Et c’est
pourquoi l’annonce aujourd’hui, ici et là, le nom de Abdelkader
Malki, ancien secrétaire national chargé de la communication, au
nouveau poste créé par la nouvelle disposition statutaire. Serait ce
le compromis auquel ont abouti les tractations au sein de l’UGTA ?
Tout porte à le croire. Le RND aurait ainsi gardé une position
importante au sein de la centrale et maintenu ses atouts en écartant
un postulant potentiel à ce poste, en l’occurrence M Merabet
militant du rival FLN.
Sidi Saïd seul
maître abord, sans exécutif…
Ce qui reste à
savoir en effet, ce sont les prérogatives qui seront adossées à
futur adjoint de Abdelmadjid Sidi Saïd. Et là, la couleur est
annoncée par le secrétaire général en lançant, quelques jours,
seulement, après sa réélection qu’il était le seul patron de
l’Organisation. Autrement dit, nul ne viendrait empiéter sur son
terrain, ni réduire ses pouvoirs. Lors de la célébration de la
journée internationale des travailleurs, le 1er mai dernier,
Abdelamadjid Sidi Saïd avait affirmé, en insistant sur la nouvelle
vision dans l’action syndicale, que «chacun de nous doit œuvrer dans
l’intérêt de l’Organisation collectivement et dans l’intérêt du
pays». Mais ceux qui veulent, indiquait-il, mettre l’UGTA dans des
conditions difficiles nous ne l’accepteront pas». Abdelmadjid Sidi
Saïd, qui assistait à la Maison du Syndicat «Abdelhak Benhamouda»
aux cérémonies de la fête du 1er mai, a indiqué, toutefois que «les
portes de l’UGTA restent ouvertes à tous les syndicalistes sincères
qui y trouveront un espace pour le dialogue et la participation aux
prises de décisions». Le SG de l'UGTA, n’avait pas manqué aussi de
souligner que «le congrès a été clôturé le 31 mars», et que les
«faux clivages et les malentendus doivent aujourd’hui être
dépassés». Pas forcément. Il n’est un secret pour personne que la
stabilité au niveau de la direction de la centrale syndicale a
toujours été définie par des facteurs externes au syndicat, elle
est, à coup sur subordonnée, aux fluctuations des évolutions
politiques nationales. Et le cas de l’introduction de la disposition
statutaire portant la création du poste du secrétaire général
adjoint, une nouveauté qui paraissait anodine au départ, y est
intimement lié. Le retard dans la nomination d’un responsable à ce
nouveau poste, ainsi que dans la désignation des membres du
secrétariat national ne pouvaient qu’obéir à cette donne qui n’est
au demeurant, pas nouvelle dans notre pays. Alors quand est ce que
la commission exécutive nationale (CEN) se réunira-t-elle pour
trancher toutes ces questions restées en suspens après le 11eme
congrès de l’organisation ? Et jusqu’à une organisation syndicale de
la taille de l’UGTA, et ce au moment ou beaucoup d’interrogations se
posent sur l’avenir du monde de travail, fonctionnera sans exécutif
? Sidi Saïd a tenté de rassurer, que les dossiers en cours,
concernant la nouvelle grille des salaires et les statuts
particuliers, sont bien pris en charge.
Mohamed Gacem
L’échéance 2009 passée sous silence
L’étrange
congrès du MSP
Le quatrième et
récent congrès du Mouvement de la société pour la paix (MSP) aura
été exclusivement accaparé par le duel Soltani-Menasra et les
questions organiques, alors que les aspects politiques et
stratégiques ont été totalement évacués. Trop peu pour un parti qui
se dit proche de la prise du pouvoir, à moins d’un an de la
présidentielle…
Le suspense n’aura
finalement pas trop duré. Le président sortant est reconduit et tout
est bien qui finit bien dans la maison MSP. Abou Djerra Soltani a
donc remporté sa bataille contre Abdelmadjid Menasra et se s’est
maintenu au poste de président du mouvement, comme s’il l’avait
échappé belle ou qu’il ait été réellement menacé en la matière. Il y
a tout de même laissé des plumes avec la suppression du cumul des
mandats. Mais s’il devra se désister de son poste de ministre,
avouons que ce sera pour se départir d’un portefeuille qu’il n’avait
pas et d’un mandat qui, au fond, n’avait de sens que symbolique. Ses
missions en tant que ministre d’Etat ont été insignifiantes, aussi
bien à l’étranger qu’à l’intérieur, puisque aucune mission
d’élaboration, de réflexion ou de contrôle ne lui a jamais été
confiée, lui qui affirmait qu’en tant que ministre d’Etat, il avait
la charge de «veiller sur l’Etat». En réalité, avec ou sans lui
comme ministre, le MSP est encore et toujours dans le gouvernement,
au Parlement, au sein des assemblées locales, le tout grâce à son
investissement dans l’Alliance présidentielle aux côtés du FLN et du
RND qu’il a rejoint depuis 1997 dans le sillage de la politique
participationniste de Mahfoud Nahnah. Une politique inscrite sur le
long terme et qui, à l’inverse de son rival l’ex-Fis, a permis de
sauver l’ex-Hamas et de le préserver de tout passif compromettant.
Cette ligne
politique du parti étant la même, celle qui forge la philosophie des
frères musulmans et qui prône la non-confrontation directe avec le
pouvoir en place, il faut se dire que l’absence de toute décision
stratégique à l’issue du quatrième congrès ne doit cependant pas
être interprétée comme le signe d’une continuité ou que rien de
fondamental n’a changé au MSP. Car, contrairement aux apparences, ce
n’est pas au plan organique - qui avait captivé l’essentiel de
l’attention des médias -qu’une évolution s’est produite, mais bien
au plan politique et idéologique qui ne semble pas avoir été analysé
avec suffisamment de recul. Sinon, le congrès ne fut tout simplement
qu’un non-événement, y compris pour ce qui est des rebondissements :
le marathon des débats autour d’un ordre du jour visiblement
problématique, des statuts du parti et du non cumul de mandats a
pris une dimension tellement importante que l’appât du sensationnel
nous a fait oublier l’essentiel, c'est-à-dire l’avenir du parti pour
les cinq ans à venir. Ce congrès était le moment idéal pour la base
du MSP afin que cela soit mis sur la table : si ce n’est pas pendant
les congrès que se déclinent les stratégies partisanes, à quel
moment cela se fait-il ?
A dire vrai, un
congrès n’est pas seulement une œuvre de reconstruction organique.
Il est avant tout un moment lors duquel les instances nationales
sont suspendues pour remettre la décision et la souveraineté entre
les mains de la base. A elle de déterminer, par l’entremise de ses
représentants, sa nouvelle perspective et de se doter des instances
et des hommes qu’elle charge de traduire ses aspirations. Veut-on
nous faire accroire qu’au MSP, on ne sache tenir de congrès que pour
décider de l’identité du président du parti ? Ou alors que cette
formation qui dit être proche de la prise du pouvoir, en se donnant
l’échéance de 2012 pour ce faire, ne tient de congrès que pour
satisfaire aux exigences réglementaires du ministère de
l’Intérieur ?
L’approuver serait
faire l’impasse sur et la philosophie fondatrice de ce parti et de
son fonctionnement interne. Fondé par Mahfoud Nahnah, qui ne doit
d’y être parvenu que grâce au soutien et à la caution de
personnalités influentes et en retrait dans la mouvance islamiste,
le véritable décideur reste et demeure le Madjliss Echoura. L’enjeu
du président du parti est en réalité parfaitement secondaire et Abou
Djerra Soltani n’en est pas le «patron» mais le porte-voix d’une
stratégie décidée par l’instance suprême. En dehors de cette
caractéristique qui a permis au MSP de survivre à son fondateur (ça
n’est pas le cas de tous les partis, malheureusement pour eux),
cette formation n’est pas comme les autres. Le MSP reste un des
seuls partis, en dehors du FFS au sein de l’Internationale
socialiste et du PT parmi la Quatrième internationale, à faire parti
d’une internationale, islamiste pour son cas. Ses liens sont
vivants, profonds et permanents avec de multiples mouvements
islamistes en Egypte, en Iran, au Liban, en Irak, etc. Les
consultations sur les stratégies les meilleures sont poussées, les
soutiens politiques mutuels avérés, les échanges de délégations
innombrables.
C’est dire que
l’absence de tout document sanctionnant le congrès et faisant office
de résolution politique ou de plate-forme idéologique est plus que
suspecte. Rien qu’un exemple, et pas des moindres, l’impasse faite
sur les questions politiques, avec ce surprenant résultat que le MSP
ne se prononce pas sur le projet de la révision constitutionnelle ni
se détermine par rapport à l’idée d’un troisième mandat pour
Abdelaziz Bouteflika. Ce que Abou Djerra Soltani avait pourtant
promis lors de son dernier passage au Forum de l’ENTV, en indiquant
que ce serait alors cette instance souveraine qui trancherait la
question.
Mais en créant et
en maintenant une confusion qui dure depuis plusieurs mois, le MSP
semble plutôt se réserver une issue de secours, une excuse toute
faite pour ne pas avoir à dire maintenant ce qu’il a à dire sur la
présidentielle de 2009. Ne poussons pas la tentative de
compréhension à déduire qu’il n’y a aucune intention de répondre
favorablement aux attentes du FLN de Abdelaziz Belkhadem. Car le
tout est encore de deviner si le MSP a décidé de faire cavalier seul
ou qu’il ne pense qu’à mieux monnayer son soutien. Et puisque cet
étrange congrès n’a pas débouché sur une position claire par rapport
à une question capitale, il faut comprendre que la réponse ne
viendra en fait que lorsque le président Bouteflika fera enfin
l’annonce publique de son projet de révision constitutionnelle.
Cela étant acquis,
il n’est pas sûr que le débat de fond qui agite les islamistes du
MSP soit centré sur les projets du président Bouteflika. Bien loin
de cette dimension, le passage sous silence de l’échéance 2009 peut
aussi démontrer l’existence d’une ligne de démarcation interne entre
une aile porteuse de la stratégie participationniste et une autre
qui, sans être plus révolutionnaire, pense que le contexte permet
aujourd’hui de passer à une toute autre étape. La préservation d’une
participation à la présidentielle autre qu’en soutien à Abdelaziz
Bouteflika, les distances prises en catimini par rapport au FLN et
au RND, les ballons sonde sur cette fameuse prise du pouvoir en
2012, la priorité donnée à la moralisation de la politique et la
campagne contre la corruption, les consultations ouvertes avec les
autres composantes de «l’islamisme légal», tout cela accrédite
sérieusement l’existence d’une tendance lourde au sein du MSP qui
entend s’inscrire dans le même schéma que les islamistes qui ont
réussi dans d’autres systèmes multipartites, à l’image de l’AKP en
Turquie. L’on sait que cet exemple, dit de la deuxième génération, a
réveillé l’espoir des islamistes après l’échec de leurs tendances
révolutionnaires et qu’il n’a pas été sans influence sur les
islamistes algériens (se référer aux diverses publications
islamistes ou aux conférences-débats organisées depuis quelques
années). Mais il faudra attendre encore quelques signes pour savoir
qui des deux tendances, entre «participationnistes» et
«autonomistes», a réellement le dessus au sein de l’appareil du MSP.
Des signes qui ne tarderont pas à se manifester à mesure qu’avril
2009 approche.
Nabil Benali
Djahid Younsi, secrétaire général du mouvement El Islah
«Nous faisons
de l’opposition constructive »
Djahid Younsi est
docteur en mécanique, une matière qu'il enseignait avant de devenir
directeur d’institut de cette discipline à l’université
Badji-Mokhtar de Annaba. Il a rejoint le mouvement islamique à
l’avènement du multipartisme. Deux fois député, il a fait le mandat
de 1997-2002 dans la liste du mouvement Ennahda avant de rompre lors
de la crise de 1998. Il a rejoint, à sa création en 1999, le parti
El Islah qui a terrassé le mouvement des Adami, Derbal et Boughazi
en remportant 43 sièges contre trois au mandat 2002-2007. Le
charisme du Cheikh Djaballah était alors une carte gagnante. En
2004, le divorce est consommé. L’éviction du président du mouvement
n’est que la traduction d’une crise de fond, voire un conflit
d’idées et de positionnement par rapport aux nouvelles donnes
politiques et reconfigurations organiques dictées par la nécessaire
mue que le cheikh et acolytes refusaient pour une raison ou une
autre.
Interview
réalisée par Salah Bey
Les Débats :
Quelle lecture faites-vous de la sentence du Conseil d’Etat qui
semble tomber à pic pour vous octroyer une certaine légitimité à la
tête du mouvement ?
Djahid Younsi :
D’emblée, le verdict est une décision définitive concernant le
conflit, connu par l’opinion publique, depuis la fin 2004 où le
premier jugement de la cour d’Alger était en notre faveur. Deux ans
après, le Conseil d’Etat confirme la première décision et met un
terme à la crise qui prévaut au sein du mouvement. Il n’y a, à mon
avis, aucune lecture à faire dès lors que la décision primaire
permet à l’autre partie de faire appel et que la décision du Conseil
d’Etat n’a fait qu’entériner une fois pour toutes. En effet, la
décision nous est communiquée et on attend l’avis du jugement après
quoi nous allons procéder à la restitution des quelques droits
demeurant entre les mains des personnes qui ne font plus partie du
mouvement.
L’autre partie,
le camp Djaballah en l’occurrence, aussi confiante que vous, estime
être surprise par la décision qu’ils n’ont pas encore reçue. Y
a-t-il un malentendu là-dessous ?
Cet aspect ne nous
regarde pas. Ce qui nous concerne est que nous sommes désormais les
représentants légaux et officiels du mouvement devant les instances
publiques et l’opinion. Il n’y a pas lieu de faire de supercherie et
nous allons empêcher de parler au nom du mouvement. Celui qui veut
le faire doit se chercher une autre tribune car El Islah est
aujourd’hui entre de bonnes mains qui œuvrent d’ores et déjà à
compléter sa restructuration au niveau des 48 wilayas et à élargir
sa base au niveau des communes.
Il y a, dois-je
rappeler, deux catégories de partis. Il y a ceux qui ont œuvré à se
doter de structures de bases solides et ont consolidé leur présence
et leur réputation populaire, et il y a hélas ceuxqui n’existent que
par des slogans creux, profitant de certaines conjonctures et usant
de discours populistes qui chatouillent la fibre sentimentale de la
population. Ces partis ont certes glané des résultats provisoires,
éphémères. Mais place au travail sérieux, réel et constructif. C’est
ce à quoi nous nous attelons pour reconstruire un parti fort, de
façon scientifique et pragmatique. Nous espérons atteindre nos
objectifs après avoir introduit de nouvelles méthodes de travail,
recomposé l’organigramme et renouvelé notre discours.
Les résultats
des dernières consultations électorales ont permis de mettre le
doigt sur le profond malaise qui a traversé un mouvement divisé.
Est-ce la résultante d’une division consommée ou la sanction de
votre électorat mécontent ?
Une lecture
approfondie doit être apportée à ces résultats qui, sans doute,
renseignent sur le malaise que traverse notre mouvement. A mon avis,
plusieurs facteurs ont contribué à ces résultats. Le facteur
primordial est le «non vote» populaire massif. Et le background du
mouvement El Islah est compris parmi la masse mécontente.
L’électorat islamique est pour sa majorité très mécontent de la
situation qui prévaut dans le pays, d’où le boycott qui a eu lieu
par deux fois en mai et en novembre 2007. Tout le monde sait ce qui
est arrivé au courant islamiste à qui l'on a endossé l’entière
responsabilité de la tragédie nationale. Pourtant, nous avons
souscrit à la réconciliation nationale. Et qui dit réconciliation
nationale dit contribuer à apporter des solutions à la crise et non
rendre responsable une partie à la place d’une autre. En
d’autres termes, le courant islamiste est déçu par cette inégalité
de condamnation ou du jugement dans une crise entre plusieurs
parties en conflit. Les islamistes ont subi une double injustice. La
réconciliation visait, entre autres aspects, la solution sécuritaire
afin de ramener les gens à la raison et quitter les maquis pour
adhérer à l’intégration sociale. Le constat fait que sur le plan
sécuritaire, disons qu’il y a de bons résultats, alors que du côté
insertion sociale, les choses sont restées en l’état. Ce qui a fait
émerger une masse de mécontent de la politique entreprise et qui a
pris par conséquent une position vis-à-vis de la classe politique,
dont El Islah, qui a subi une sanction contre sa participation d’une
part et contre le contentieux d'une autre. De même pour les
sympathisants qui ont réagi de la sorte et ont effectué un vote
sanction sévèrement traduit par de piètres récoltes électorales.
Pourtant, le
MSP fait partie de la même mouvance que vous et a réalisé des
résultats dépassant pour le moins ses aspirations. Comment
expliquez-vous cette percée électorale qui contredit ce que vous
avancez ?
Ce parti a pris
conscience des défis à relever en leur temps et s’est mis au
travail, à la consolidation des entités de base. Cependant, en ce
qui nous concerne à El Islah, nous avons hérité d'un état organique
ruiné en ce sens que rares sont les bureaux légaux sur le terrain.
Plutôt, ils n’existaient qu’en fonction d’une certaine conjoncture
et des slogans liés, faut-il dire, à la tragédie nationale. Cette
situation ne nous réjouit pas du tout. Ce à quoi nous nous sommes
engagés, c'est le changement.
Le facteur
essentiel est inévitablement la crise qu’a connu le mouvement. Les
réticences exprimées ça et là sont la réelle interprétation de
l’hésitation des militants à prendre une position tranchée en faveur
d’un camp par rapport à l’autre. Le tardif du feu vert donné pour la
participation du mouvement aux élections. Vous vous rappelez que
l’octroi de l’autorisation de participer ne s’est fait que quelques
jours seulement avant le scrutin ? Pour l’aventure, c’en était une
et l’obligation de relever le défis était pressante car l’avenir du
mouvement était en jeu ; il fallait le relancer sans a priori afin
de ne pas sombrer. Notre souci majeur était de réaffirmer
l'existence d'El Islah et l’épreuve n’était pas facile.
Vous n’êtes pas
partis de zéro puisque vous avez hérité de structures et de
responsables fidèles au mouvement et non aux personnes. Qu’en dites
vous ?
Fort heureusement,
les pré-requis d’El Islah sont des valeurs à ne pas occulter. Les
Islahistes se souviennent de l’article anti-alcool, de la loi
incriminant le colonialisme restée dans le tiroirs du bureau de l’APN,
entre autres grands dossiers nationaux revendiqués par El Islah et
qui lui ont valu de larges sympathies à l’extérieur du mouvement qui
discernent entre les partis aux nobles missions et ceux qui font de
leur agrément des fonds de commerce. Des partis qui n’existent que
pour se partager les rôles et la rente. Ils se sont transformés en
sigles creux, qui ne portent aucun projet et qui n’ont même pas
l’esprit d’initiative pour défendre les grands dossiers. On a vu des
partis dits représentatifs ne vouant aucun intérêt aux questions
d’importance nationale, régionale et stratégique. Par exemple, à
propos de l’embargo imposé sur Gaza et la Palestine, nous nous
sommes trouvés seuls.
Vous ne pensez
pas que vous êtes en train de payer le prix de votre différence par
rapport aux partis de la classe politique ?
On en est
conscient et on s’est dit aussi que nous payons, probablement, notre
parti-pris par rapport aux grandes questions d’intérêt national ou
de souveraineté. Et l’on sait que chaque position et chaque
revendication a son prix. En dépit du fait que nous sommes le seul
parti qui subit à son tour un embargo, nous prenons des initiatives
telles les campagnes anti-évangélisation ou anti-blasphématoire
contre la Prophète (QSSL), le soutien aux Palestiniens de Gaza, etc.
Autant d’activités qui font d’El Islah un grand parti, même sans
élus. Toutefois, il y a des partis dits grands, avec leurs élus,
mais qui sont carrément absents de la scène politique. El Islah est
un parti qui la force de proposition. Nous sommes présents à tout
moment pour garder en éveil la conscience collective algérienne
qu’on veut dégommer. Nous gardons en mémoire toutes les
préoccupations d’ordres national, islamique et arabe et les
atrocités commises contre le peuple algérien ainsi que ce
qu’endurent nos frères palestiniens. Nous voulons combattre la
culture de l’oubli. Le viol de la Palestine en 1948 est appelé jour
d’indépendance par les sionistes. Il est dit drame (nekba)
par les arabes alors que nous, à El Islah, nous avons créé un
troisième substitut pour appeler le 15 mai Youm Falistine
qu’on célèbrera à partir de cette année à travers tout le territoire
national pendant une semaine pour inculquer la résistance aux
générations montantes. Seront conviées toutes les élites nationales,
culturelles, politiques, syndicales, historiques, scientifiques,
sportives et la société civile. Le but est de lancer une journée
phare pour symboliser et célébrer l’espoir de restitution de la
Palestine en redonnant un sens à la noblesse de défendre une cause
qu’on ne peut assimiler à un crime. La notion de résistance n’est
pas le terrorisme, comme veut l’imprimer l’Occident en manipulant le
crime organisé pour terroriser les peuples et salir la dignité
humaine qui croit en une cause.
Vous êtes
réputés, à El Islah, pour être partisans du triptyque
reconnaissance, repentir et compensation, notamment après le projet
de loi incriminant le colonialisme que vous avez formulé en réponse,
je crois, à la loi du 26 février qui fait l’apologie du
colonialisme. Avez-vous transmis ces préoccupations à l’ambassadeur
français ?
Nous n’avons aucun
contact avec l’actuel ambassadeur. Avec l’ancien nous avions
opportunément des contactes permanents à chaque fois que l’occasion
se présentait avec les visites du président français ou le président
du parlement. Nous avons fait aussi des correspondances dans le
cadre de l’amitié algéro-française dans lesquelles est mentionnée 36
crimes de guerre mais les réponses des français n’ont pas été, comme
de coutume, à la hauteur.
M. Bajolet a
réitéré la position de son prédécesseur, à l’occasion du 8 mai, en
dénonçant les exactions du colonialisme français. Que lui avez-vous
dit ?
Nous n’avons pas
rencontré l’actuel ambassadeur dont les relations sont perturbées à
cause de ce dossiers mais nous avions des contactes du temps de M.
De Verdière à qui nous avons exprimé sans ambages notre position et
nos sentiments.
Nous avons pris
acte de la dernière sortie de l’actuel ambassadeur, que je crois
instruit par Paris pour exprimer une position officielle qu’on
considère un pas mais qui reste en réalité insuffisant car la
reconnaissance doit être suivie par le pardon d’autant que la France
a conditionné le traité d’amitié avec les Allemands par le pardon et
une compensation morale et matérielle aux juifs victimes de
l’holocauste. Nous disons que ce ne sont pas les Allemands qui ont
inventé l’holocauste mais sont les Français. En Algérie nous avons
subi au moins quatre holocaustes contre les algériens dès le début
de l’occupation. Il y a l’holocauste de Laghouat où pas moins de
2 500 victimes ont été brûlées vives. On a vidé un village de ses
habitants, on les a mis dans des sacs, on les a drogués au
chloroforme puis brûlés vifs. Un officier de l’armée coloniale
reconnaît que plus de 700 martyrs ont péri dans un holocauste à
Miliana. Un troisième s’est produit dans la région d'El Harachich,
dans le nord constantinois, et un autre à Guelma, sur le site visité
par l’ancien ambassadeur. Toutes les atrocités ont été inventées et
expérimentées par la France coloniale. Qui a inventé la guillotine ?
Les Français. Qui a inventé le piratage aérien ? Ce sont les
Français. qui ont les premiers piraté l’avion des six dirigeants
historiques. Nous sommes dépositaires de la mémoire algérienne, mais
nous nous considérons un maillon dans la chaîne de lutte contre
l’oubli car nous ne tolérons pas l’insulte de notre mémoire.
Qu’en est-il de
l’ambassadeur américain ? L’avez-vous rencontré dans le cadre des
consultations avec les partis et les syndicats ?
Non pas de la
manière groupée instituée par M. Ford, qui a transformé cette
prétendue concertation en interrogatoire de classe politique. Nous
avons pris position contre ces agissements qui s’assimilent à de
l’ingérence caractérisée dans nos affaires internes. Des questions
relevaient de la souveraineté nationale. J’ai personnellement
dénoncé ces simulacres d’enquêtes programmées dans plusieurs
interventions via des chaînes de télévision satellitaires ou la
presse nationale et étrangère. A El Islah, nous défendons des
valeurs nationales. Nous ne nous sommes pas rabaissés de la sorte
pour répondre à ces interrogatoires qui ont enfreint l’éthique
diplomatique et politique. Nous sentions que la dignité et
l’hospitalité algériennes étaient violées…
Pour revenir à
votre parti, votre voix s’est quelque peu tue après avoir perdu les
sièges au Parlement, le siège, les militants... Comment allez-vous
affronter cette nouvelle réalité, maintenant que vous avez tout
perdu ?
Nous n’avons pas
rien perdu puisque notre mouvement se porte bien en dépit des
contraintes qui surgissent sur notre parcours. Nous ne croyons pas
qu’avec des dizaines de députés au Parlement nous pouvions seuls
provoquer le changement souhaité, si ce n’était la solidarité
d’autres représentants qui ont aidé à l’aboutissement des
propositions d’El Islah. Certes, beaucoup se sont investis dans
notre crise pour tirer des dividendes, ce que nous ne pouvions
éviter. Le mouvement a les moyens de faire aboutir son projet ; il
est en ascension remarquable, contrairement à certaines formations
politiques qui ont des députés mais n’ont pas de voix. Nous avons
des rendez-vous à saisir. Nous assurons que le mouvement n’est pas
un appareil électoral mais un parti porteur de projet de société
avec ou sans élus. Nous pratiquons la politique dans le sens large
du terme et non pas pour glaner des strapontins ça et là. Les
élections pour nous sont un moyen et non une fin en soi.
Vous étiez
absents, lors du 4e congrès du MSP. Ne vous a-t-on pas
invités ?
Nous n’avons pas
reçu d’invitation et sans chercher à justifier l’injustifiable nous
n’avons pas reçu non plus des explications. Mais je crois qu’il y a
eu un malentendu quelque part.
Peut-être que
les organisateurs ont préféré inviter l’aile Djaballah… Vous ne vous
êtes pas posé cette éventualité ?
Avec ou sans
invitation, ils sont nos frères et nous leur pardonnons cette
omission. Mais j’insiste pour vous dire qu’il y a eu amalgame.
Passons.
Pas avant de
savoir, par exemple, si les dirigeant du MSP ont préféré ne pas
inviter les deux camps pour ne fâcher personne ?
Ce qui est sûr
c'est qu’on nous a dit que des invitations nous étaient adressées et
que la personne chargée de les distribuer s’est trompée de
destinataire. Stop !
Etes-vous
toujours partisan du forum islamique qui regroupe les différents
acteurs du courant islamique ?
Oui, nous nous
attelons à mettre enœuvre l’initiative de coordination
islamo-islamique. Nous voulons atteindre un consensus au sein du
courant islamique en Algérie. Ce compromis est fait pour éviter les
affrontements ou les contradictions entre différentes forces
présentes sur la scène politique. Nous voulons construire des canaux
de communication entre politiques islamistes.
Une autre alliance
pour supprimer la compétition entre partis islamistes par exemple ?
Non, notre
objectif n’est pas d’annuler la diversité ou la différence, encore
moins la compétitivité, mais instituer un espace de convergence pour
que les grandes questions de la Oumma ne soient plus orphelines en
Algérie, ou qu'elles soient marginalisées à cause de notre division.
Nous voulons réaliser une charte pour le courant islamique qui
imposera un "Smig" politique qui rassemble toutes les forces afin de
faire cause commune sur toutes les questions et garantir la
revendication d'une voix commune, quelle que soit le niveau de
chaque force. Ce forum est un pas vers l’action convergente autour
de thèmes déterminés.
Quelle place
réservez-vous aux autres partis des courant nationaux ou
démocrates ?
Nous cherchons à
instituer une voie vers le dialogue objectif, serein et porteur.
Il y a, par
ailleurs, des espaces de convergence avec le courant nationaliste en
ce qui concerne les valeurs nationales et les constantes. Nous
convergeons également avec les démocrates et les laïcs vers des
aspirations communes concernant les libertés. C’est dire que nous
comptons impulser une sorte d’interactivité entre acteurs politique
en quête d’une vraie assise de dialogue en ce sens d’aller vers
l’autre qui puisse, à l’optique de ce dialogue, nous donner et/ou
recevoir une autre image, plus vraie celle-là, que l’on connaît et
dont nous sommes appelés tous à mieux se connaître mutuellement.
Notre drame en
Algérie est l’absence d’espaces de rencontres et de dialogue entre
les franges de la société représentées par des formations politiques
plutôt rivales qu’adverses. La cause de notre tragédie en Algérie
est que chacun veut annuler l’autre et non proposer mieux que
l’autre et qu’enfin de compte nous nous sommes trouvés face à des
malentendants qui s’excluent mutuellement ou se radicalisent
réciproquement et s’entredéchirent dans la société.
Vous avez
hérité d’un parti réputé être un acteur de l’opposition. Allez-vous
conduire El Islah sur la même ligne de l’opposition ou songez-vous
recentrer vos positions sur celles de l’Alliance présidentielle ?
Ecoutez, faire de
l’opposition politique ou la participation, c’est selon, est un fait
symptomatique qui ne peut durer éternellement. On ne naît pas
opposant ni au pouvoir non plus. C’est pourquoi nous faisons dans
l’oppositionnel, c'est-à-dire de l’opposition pour l’opposition, de
l’opposition constructive, qui propose et avertit contre les
insuffisances ou les dérives. A notre sens, tout est relatif et tout
repositionnement est construit à la base d’un ensemble de données à
examiner, analyser puis peser le pour et le contre pour enfin
synthétiser une position quelconque. Pour prendre de telles
décisions ce n’est plus au niveau des instances organiques
classiques du mouvement comme le bureau national ou medjlis
echoura nous avons doté El Islah mais nous avons doté le parti
d’une nouvelle instance dite «institution référendaire» dans la
quelle tous les militants sont appelés à s’exprimer dans un semblant
de référendum, à travers les structures de base locales, pour
trancher les grandes décisions qui implique la formation dans les
grandes questions qui l’intéressent de près ou de loin.
Concrètement,
M. Younsi, êtes-vous dans le camp de l’opposition ?
Oui nous sommes
dans l’opposition et notre discours, si vous avez suivi la campagne
électorale, est celui d’un parti de l’opposition.
Pourtant, des
rumeurs assuraient que la première cause de la dissidence dans le
parti est votre refus de l’opposition du cheikh Djaballah qui
décline à chaque fois l’offre de participer au gouvernement, qui
vous séduit par la proposition de portefeuilles. Qu’en dites-vous ?
Personnellement,
je n’aime pas évoquer le sujet dépassé. Mais je peux vous assurer
qu’il n’en est rien de ce que vous avez avancé. On ne nous a jamais
proposé quoi que ce soit. Ce genre de supputations n'est pas à
l'ordre du jour.
On dit aussi
que vous avez tenté de vous concilier avec le cheikh, dans le cadre
d’une réconciliation conditionnée, pour garder user de son charisme.
N’est-ce pas ?
Ça aussi relève
d’un passé sur lequel je ne veux pas y revenir pour la simple raison
que ce n’est pas juste. Ceci dit nous aurions aimé ne pas en arriver
là. Nous penchons vers l’avenir pour construire El Islah de demain.
C'est-à-dire
réformer El Islah ou amorcer un renouveau du parti ?
La priorité, en
toute franchise, est de réformer El Islah qui a pris du vieux et a
tourné en rond plusieurs années. Nous l’avons doté de nouvelles
structures plus percutantes, plus efficaces telle la jeunesse, la
femme, l’instance des scientifiques et le forum interne qui exposera
une fois par mois un thème à débattre avec les gens de la presse,
les industriels, les scientifiques, les hommes d’affaires et les
politiques afin d’inculquer une culture du débat et de l’expression
libre et renouer avec le dialogue entre les algériens avides de
dialogue.
En toute
objectivité, combien pèse El Islah aujourd’hui sur l’échiquier
politique ?
En toute
franchise, il n’y a pas à comparer notre parti avec les autres. A El
Islah, nous avons estimé que si classe politique il y a, ou du moins
ce qu'il en reste, elle est dépassée par les événements. Autrement
dit, les états-majors de ces partis sont vieillissants, les discours
dépassés cadrent mal avec les aspirations du peuple. La nécessité de
les renouveler devient indispensable, voire vitale pour la survie de
la classe, pour son salut.
Interview
réalisée par Salah Bey
Haut
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