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Semaine du 14 au 20 mai 2008

 

Union pour la Méditerranée

Infaisable sans l’Algérie ?

Visite de la ministre française de l’Intérieur en Algérie

Les non-dits sur les enjeux régionaux

Après plus d’un mois de la tenue du congrès de l’UGTA

La guéguerre dans les coulisses de la Maison du Peuple

L’échéance 2009 passée sous silence

L’étrange congrès du MSP

Djahid Younsi, secrétaire général du mouvement El Islah

«Nous faisons de l’opposition constructive » 

 

 

 

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Union pour la Méditerranée

Infaisable sans l’Algérie ?

D’abord il y a eu Michèle Alliot Marie, ministre française de l’Intérieur, puis Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie française qui suivait de près. On pourrait croire que les relations entre l’Algérie et la France connaissent une dynamique extraordinaire au point où les allers-retours  s’inscrivent quotidiennement dans les agendas des ministres. Il semble que cela est beaucoup plus révélateur d’un malaise.

Au centre des va-et-vient, l’Union pour la Méditerranée. Michèle Alliot Marie en a parlé, Kouchner l’a confirmé dans une interview accordée à l’APS*.

L’Algérie tarde à donner une réponse, du moins le «non» n’est pas encore dit et les Français voudraient entendre un «oui» franc et clair. Effectivement, tout n’est pas encore joué pour cette union dont on a annoncé bien avant l’heure la tenue du sommet de sa fondation pour le 13 juillet prochain. Un sommet qui devrait accueillir un maximum de chefs d’Etat pour que l’union soit crédible et fasse oublier le couac gigantesque du processus de Barcelone. C’est en fait le seul gage de crédibilité que cherche le Président français qui a l’air de ramer dur, et sans mauvais jeu de mot, sur son union pour la Méditerranée. 

Alors que les débats battaient leur plein au sein de l’UE, notamment entre Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande à propos de cette union, un journal allemand publiait une caricature montrant le Président français seul, sur un canoë, au milieu de la mer, en train de pagayer. Cette image risque de coller à lui un moment si les choses ne se précisent pas, notamment coté rive Sud.

Pour ce qui est de l’Algérie, on sait que la réponse dépendra en bonne partie de l’évolution de la situation  au Moyen-Orient, plus précisément en Palestine. Effectivement, un des chefs d’Etats invité à ce sommet sera le Premier ministre Israélien, Ehud Olmet, s’il est encore en poste d’ici là. 

On sait aussi que l’on tient en Algérie à la question de la libre-circulation des personnes et des biens, ou encore aux relations équilibrées et équitables. L’union semble pour le moment conçue en faveur des seuls Européens et pour répondre à leurs besoins et urgences. Des appréhensions qui n’ont pas encore été levées, du moins côté algérien rien n’est fait pour dire que les réponses claires ont été apportées. Les contours peu précis ont été rendus encore plus difficiles à voir alors que l’on annonçait l’installation du secrétariat de l’union à Tunis et le siège de la présidence au Maroc. Des rumeurs, selon la ministre française de l’Intérieur, sans pour autant dire si tout était décidé ou pas encore.   

Seule l’hésitation algérienne ?

Au-delà des réticences algériennes, l’Union pour la Méditerranée est de toute façon mal partie. Le projet lui-même a déjà eu deux vies. Un premier projet souhaité par le Président français et dessiné par son conseiller Henri Guaino, qui consistait à y associer que les seuls pays riverains du nord et du sud. La seconde vie, suite au débat houleux au sein de l’UE, a abouti à un projet qui intègre tous les membres de l’UE dans leurs relations avec la rive sud de la Méditerranée. Cette insistance allemande pour soustraire le projet à une «hégémonie» française, car c’est bien de cela qu’il s’agit, aura pour conséquence la mise en place d’une logique de partenariat complètement déséquilibrée. Les pays de la rive sud vont s’associer individuellement dans une relation de coopération à un groupe soudé, qui a ses institutions, sa monnaie unique et qui a aboli ses frontières. Mieux, l’UE a érigé un mur en Méditerranée plus solide et plus dur à abattre que ne l’était le Mur de Berlin et que traversent au péril de leur vie les harraga de tout poil, comme le faisaient avant eux les dissidents de l’Est en «faisant» le mur.   

De plus, la relation d’un faisceau  avec une union sans qu’il n’existe un  mouvement circulaire entre les pays de la Méditerranée laisse rêveur. 

Peut-on imaginer traverser la frontière sans peine entre la Syrie et la Turquie (à cause du problème kurde) sans parler des difficultés entre le Liban et la Syrie ?  On peut y ajouter les tensions aux frontières entre la bande de Gaza et l’Egypte. Pour rappel également, la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc est toujours fermée.

Par ailleurs, chez un des acteurs clés de cette union, la Turquie, on n’apprécie pas l’offre d’un ersatz d’adhésion à l’Union européenne, on préfère parler d’alternative,  en Europe, à son adhésion à l’UE.

Une union à vocation économique et sécuritaire en Méditerranée, pourquoi pas ? La nécessité stratégique pour la mise en place de grands ensembles démographiques n’a plus à être prouvée. Mais de toute évidence, le chemin est encore long pour faire de la mare nostrum, continent d’eau, le lac de paix souhaité par ses riverains. 

Amine Esseghir

 

*«C’est dans cet esprit de renouveau que je me rends aujourd’hui à Alger, pour parler des nombreux projets que nous avons encore à accomplir ensemble. Parmi eux, il y a notamment la question cruciale de l’Union pour la Méditerranée. Vous savez que nous sommes très attachés à la réussite de ce projet, qui sera au cœur de la présidence française de l’Union européenne, à partir du 1er juillet prochain. Le président Sarkozy souhaite que l’ensemble des pays concernés par ce projet ambitieux, tant au sein de l’Union européenne que sur la rive sud de la Méditerranée, soient pleinement associés à sa conception : il s’agit là d’une condition sine qua non du succès de cette entreprise. L’Algérie a manifesté très tôt son intérêt pour le projet, et nous sommes aujourd’hui d’accord sur sa philosophie générale : privilégier une véritable approche partenariale et mettre l’accent sur des sujets concrets, afin de ne pas retomber dans les écueils du processus de Barcelone.
Dans cette optique, l’Algérie fait évidemment partie des partenaires majeurs sur lesquels nous comptons beaucoup. C’est ce que je vais redire à mes interlocuteurs, et c’est le sens du message que le président de la République m’a chargé de remettre à son homologue.»

Bernard Kouchner à l’APS, le 11 mai 2008.

 

 

 

Visite de la ministre française de l’Intérieur en Algérie

Les non-dits sur les enjeux régionaux

Derrière la politique de Paris, destinée délibérément à dresser Rabat contre Alger, se pose une question de fond : celle de la place de l’Algérie à l’échelle maghrébine et euroméditerranéenne.

Pour la seconde fois, Michèle Alliot-Marie a foulé le sol algérien, pour une visite de quarante-huit heures qui s’est déroulée les 5 et 6 mai dernier. La ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des Collectivités locales a ramené dans ses bagages un projet de renforcement des capacités d’action et modernisation des services de la Protection civile algérienne, d’un montant de plus de 2 millions d’euros, consacré à la formation et la spécialisation du personnel. C’est en fait le seul résultat, annoncé publiquement, qui s’est d’ailleurs traduit par la signature d’une convention entre les deux parties.

Outre son déplacement à Tlemcen, l’invitée du ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales a réservé le gros de son temps aux entretiens à huis clos, particulièrement avec son homologue algérien, Nourredine Yazid Zerhouni, avec le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Bouabdellah Ghoulamallah, et le président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Lors de sa rencontre avec les médias nationaux, Mme Alliot-Marie s’est montrée éloquente, faisant des promesses par-ci pour le développement de la coopération bilatérale et formulant des souhaits par-là de voir des secteurs, comme la sécurité, la protection civile et l’aménagement de l’administration territoriale renforcés davantage.

Par ailleurs, la ministre française n’a pas arrêtée de faire l’éloge de l’Algérie, la considérant comme «un partenaire clé» pour la France dans la lutte antiterroriste, voire «un partenaire stratégique de première importance» dans tous les domaines pour relancer enfin la «relation d’exception».

Moins prolixe et plus mesuré, Zerhouni a laissé entendre que l’amitié algéro-française doit se bâtir sur la confiance. Il a également soutenu que cette visite sera l’occasion d’élaborer un «bon programme» pour améliorer les relations entre les deux pays.

Coup d’envoi du ballet diplomatique

La visite éclair de la ministre française de l’Intérieur, également en charge des affaires du culte, ne saurait se résumer aux questions sécuritaires relevant de son département et à la signature d’un contrat ou aux discours louangeurs. Son voyage, qui sera suivi prochainement (il est attendu à Alger ce lundi 12 mai)  par celui du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et celui du Premier ministre, François Fillon, obéit à des logiques tributaires des intérêts de l’Etat français, mais aussi de la conjoncture tant nationale, régionale qu’internationale. L’invitée de Zerhouni est en effet venue sonder ses interlocuteurs algériens, en premier lieu le premier magistrat du pays, au sujet du projet d’Union pour la Méditerranée (UPM) qui semble d’ores et déjà conforter les objectifs américains.

Il y a quelques jours, le quotidien français Le Monde n’a pas écarté le risque de défection de plusieurs dirigeants arabes, dont le Président algérien, au sommet de Paris prévu pour le 13 juillet 2008, destiné à officialiser le nouveau partenariat euroméditerranéen. Un tel sommet, s’il venait à se réaliser dans les conditions actuelles, cautionnerait l’occupation israélienne en Palestine, du moins dans les territoires censés accueillir un Etat palestinien, en référence aux termes des Nations unies. Sur un autre plan, l’UPM, initiée par le président français Nicolas Sarkozy, garde le silence sur l’occupation illégale du Sahara occidental par le Maroc et cherche à forcer la main à tous, ONU comprise, afin d’avaliser le fait accompli colonial dans le territoire «non autonome». Par conséquent, l’Algérie ne peut approuver le projet d’UPM tel qu’il est conçu aujourd’hui, car il vise non seulement à transgresser la légalité internationale, mais aussi à se servir des pays du sud de la Méditerranée comme bouclier pour veiller sur le confort de l’Union européenne, la protéger notamment contre l’immigration clandestine et le terrorisme.

L’appel lancé d’Alger par Michèle Alliot-Marie à l’intégration de notre pays sous l’argument d’échapper à la sphère des «nains démographiques et économiques» est un leurre dès lors que l’Algérie, de même que les autres pays du sud de la Méditerranée, n’ont pas été associés à la réflexion autour du projet de Sarkozy ni à la négociation ayant suivi dans les rangs européens. De plus, comment peser sur le plan économique et sur les valeurs humaines, comme le suggère la ministre, alors que rien n’a été fait par l’UE pour effacer les discriminations présentes entre le Nord et le Sud et pour faire appliquer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

Paris assume pleinement son soutien à Rabat

On est tenté de penser que parmi les objectifs assignés à la visite de Michèle Alliot-Marie figure l’accord à arracher à Bouteflika pour qu’Alger soit présente, en juillet, au forum de Paris. Par ailleurs, en déclarant avoir sollicité le président algérien sur sa propre analyse stratégique par rapport au contexte régional et au devenir des défis à relever ensemble, la ministre a laissé entendre qu’elle a discuté aussi de la question sahraouie. Dans ce cadre, le souhait de Paris de voir Alger soutenir le plan d’autonomie marocain n’est pas à exclure, après la scandaleuse requête émise récemment par Rabat au patron du FLN et néanmoins chef du gouvernement. Comme il n’est pas à écarter non plus l’appui français au communiqué du ministre des Affaires étrangères du Makhzen, daté du 5 mai 2008, relatif à la réouverture des frontières algéro-marocaines et à une rencontre entre «frères» pour discuter des «questions en suspens».

On notera la réponse à la fois subtile et provocante de la ministre française pour justifier le parti pris de la France vis-à-vis du Maroc au détriment des droits nationaux des Sahraouis, de la stabilité dans la région du Maghreb et de la sécurité même de l’Algérie. Mme Alliot-Marie a éludé toutes les problématiques, enfermant le droit international dans la parenthèse du bon vouloir du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle a en effet proclamé que son pays a joué un « le rôle actif » dans l’élaboration de la résolution 1813 du 30 avril dernier, et insisté sur le fait que le texte a été adopté « à l’unanimité par le Conseil de sécurité ». L’attitude d’Alliot-Marie, qu’on ne peut dissocier de la politique d’alignement de la France au Maroc, pourrait fort bien être interprétée comme un défi lancé à l’Algérie.

Et, alors que le projet d’Union pour la Méditerranée n’a pas encore vu le jour, les obstacles se dressent et viennent troubler une situation déjà tendue dans la région. Au conflit du Sahara occidental, s’ajoutent la question du choix de l’Etat maghrébin devant abriter le siège de l’UPM et celle du pays qui détiendrait le secrétariat général, deux problèmes qui suscitent bien des rumeurs et qui vont provoquer sûrement des arbitrages. Mais, ce n’est pas tout, puisque la visite de Michèle Alliot-Marie en Algérie coïncide avec la crise que traverse en ce moment le Conseil français du culte musulman (CFCM), une institution imposée par Sarkozy en 2003, alors ministre de l’Intérieur, qui a créé des «querelles d’influence». Une crise ayant pour origine la présidence du CFCM, occupée jusque-là par le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubekeur, représentant de la plus importante communauté musulmane en France, l'algérienne, que les Marocains veulent décrocher au cours des prochaines élections programmées pour le 8 juin 2008.

Derrière les partis-pris de la France, son impatience à bâtir une UPM sur mesure, ses politiques destinées délibérément à dresser Rabat contre Alger et les ballets diplomatiques se pose une question de fond, qui est celle de la place de l’Algérie à l’échelle régionale et au niveau de l’espace euroméditerranéen. Quelle est alors la réponse des dirigeants algériens ?

Z’hor Chérief

 

 

Après plus d’un mois de la tenue du congrès de l’UGTA

La guéguerre dans les coulisses de la Maison du Peuple

Le clash provoqué par l’introduction de la disposition statutaire portant création du poste de secrétaire général adjoint ne cesse d’avoir des répercussions sur l’après congrès.

Plus d’un mois aprés la tenue de son onzième congrès, l’Union Générale des Travailleurs Algériens, (UGTA) n’a encore pas d’exécutif. Les treize secrétaires nationaux qui devaient le constituer ne sont  toujours pas connus. C’est le 9 avril dernier que devait se réunir la commission exécutive nationale (CEN) pour trancher la question. Rien n’y fit. La première session de la nouvelle instance issue du congrès a été reportée à une date ultérieure. Ni la date de son nouveau calendrier encore moins les raisons de la décision prise par le secrétaire général de la centrale syndicale, Abdelmadjid Sidi Saïd, n’ont été divulgués dans le  communiqué qui avait annoncé le report. Mais l’on peut imaginé dores et déjà les intentions du premier responsable de la centrale syndicale. Juste après sa réélection à son poste, Sidi Saïd n’a pas hésité un seul instant à lancer une série d’avertissements en direction de ses détracteurs,  à l’intérieur ou à l’extérieur des structures de l’UGTA, en leur signifiant qu’il est désormais le seul maître à bord. Il faut le dire, lui qui a failli perdre la main sur l’organisation en l’espace de quelques heures seulement, lors du déroulement  du 11eme congrès, ne pouvait que se sentir plus fort à la sortie d’un véritable coup de force tenté par l’ancien responsable de l’Organique, Salah Djenouhat. On le devine aujourd’hui, Abdelmadjid Sidi Saïd veut prendre tout son temps pour convoquer la réunion de la commission exécutive nationale, car seul lui a les pouvoirs et les prérogatives pour le faire. La question qui se pose : le secrétaire générale de l’UGTA va-t-il reconduire les treize membres de l’ancien secrétariat constitué majoritairement de militants et de responsables du Rassemblement National Démocratique ? Rien n’est si sur ! Sidi Saïd aura faire à faire avec l’autre tendance qui a influé lourdement sur les travaux du 11eme congrès, en l’occurrence les syndicalistes affiliés au parti de Abdelaziz Belkhadem. Pour certains, le retard mis pour la désignation de l’exécutif et le report à une date ultérieure de la réunion de la CEN est du en partie au prolongement, jusqu’à aujourd’hui,  de cette guéguerre qui a éclaté lors du dernier rendez vous organique de la centrale aujourd’hui du poste du secrétaire général adjoint et qui se poursuit en sourdine dans les coulisses de la Maison du Peuple. Salah Djenouhat a-t-il définitivement renoncé au poste qui devait lui revenir de droit ? Aucune information n’est filtrée à son sujet depuis son retrait de la course lors des travaux du congrès suite à l’intervention de certaines personnalités politiques pour éviter l’éclatement de l’organisation. Le concerné lui-même s’est muré inexplicablement dans un silence qui ont dit long sur la fracture qui existe entre lui et le premier responsable de l’organisation. Espère-t-il encore à briguer le poste de secrétaire général adjoint de l’Union Générale des Travailleurs Algériens ? Beaucoup d’observateurs pensent qu’ayant été à l’origine, avec l’accord même du premier responsable de l’Organisation qui n’avait pas appris l’introduction de la nouvelle disposition statutaire lors du congrès mais bien avant sa tenue, Salah Djenouhat continue toujours à croire en son destin. Mais arrivera-t-il à réunir le consensus autour de sa personne surtout après le clash qu’il a provoqué fin mars dernier ? Des cercles syndicaux et même politiques, notamment dans les coulisses du parti auquel il appartient, pensent que l’ancien responsable de l’Organique de l’UGTA ne répondrait plus aux conditions minimales qui requiert une telle responsabilité en cela que le poste de secrétaire général adjoint de l’Organisation exigerait un minimum de cohabitation avec le premier responsable de la centrale syndicale. Or, à moins d’une réconciliation de dernière minute, les relations entre les deux hommes ne sont plus ce qu’elles étaient. Et c’est pourquoi l’annonce aujourd’hui, ici et là, le nom de Abdelkader Malki, ancien secrétaire national chargé de la communication, au nouveau poste créé par la nouvelle disposition statutaire. Serait ce le compromis auquel ont abouti les tractations au sein de l’UGTA ? Tout porte à le croire. Le RND aurait ainsi gardé une position importante au sein de la centrale et maintenu ses atouts en écartant un postulant potentiel à ce poste, en l’occurrence M Merabet militant du rival FLN.

Sidi Saïd seul maître abord, sans exécutif…

Ce qui reste à savoir en effet, ce sont les prérogatives qui seront adossées à futur adjoint de Abdelmadjid Sidi Saïd. Et là, la couleur est annoncée par le secrétaire général en lançant, quelques jours, seulement, après sa réélection  qu’il était le seul patron de l’Organisation.  Autrement dit, nul ne viendrait empiéter sur son terrain, ni réduire ses pouvoirs. Lors de la célébration de la journée internationale des travailleurs, le 1er mai dernier, Abdelamadjid Sidi Saïd avait affirmé, en insistant sur la nouvelle vision dans l’action syndicale, que «chacun de nous doit œuvrer dans l’intérêt de l’Organisation collectivement et dans l’intérêt du pays». Mais ceux qui veulent, indiquait-il, mettre l’UGTA dans des conditions difficiles nous ne l’accepteront pas». Abdelmadjid Sidi Saïd, qui assistait à la Maison du Syndicat «Abdelhak  Benhamouda» aux cérémonies de la fête du 1er mai, a indiqué, toutefois que «les portes de l’UGTA restent ouvertes à tous  les syndicalistes sincères qui y trouveront un espace pour le dialogue et la  participation aux prises de décisions». Le SG de l'UGTA, n’avait pas manqué aussi de souligner que «le congrès a été clôturé  le 31 mars», et que les «faux clivages et les malentendus doivent aujourd’hui  être dépassés». Pas forcément. Il n’est  un secret pour personne que la stabilité au niveau de la direction de la centrale syndicale a toujours été définie  par des facteurs externes au syndicat, elle est, à coup sur subordonnée, aux fluctuations des évolutions politiques nationales. Et le cas de l’introduction de la disposition statutaire portant la création du poste du secrétaire général adjoint, une nouveauté qui paraissait anodine au départ, y est intimement lié. Le retard dans la nomination d’un responsable à ce nouveau poste, ainsi que dans la désignation des membres du secrétariat national ne pouvaient qu’obéir à cette donne qui n’est au demeurant, pas nouvelle dans notre pays. Alors quand est ce que la commission exécutive nationale (CEN) se réunira-t-elle pour trancher toutes ces questions restées en suspens après le 11eme congrès de l’organisation ? Et jusqu’à une organisation syndicale de la taille de l’UGTA, et ce au moment ou beaucoup d’interrogations se posent sur l’avenir du monde de travail, fonctionnera sans exécutif ? Sidi Saïd a tenté de rassurer, que les dossiers en cours, concernant la nouvelle grille des salaires et les statuts particuliers, sont bien pris en charge.

Mohamed Gacem

 

 

L’échéance 2009 passée sous silence

L’étrange congrès du MSP

Le quatrième et récent congrès du Mouvement de la société pour la paix (MSP) aura été exclusivement accaparé par le duel Soltani-Menasra et les questions organiques, alors que les aspects politiques et stratégiques ont été totalement évacués. Trop peu pour un parti qui se dit proche de la prise du pouvoir, à moins d’un an de la présidentielle…

Le suspense n’aura finalement pas trop duré. Le président sortant est reconduit et tout est bien qui finit bien dans la maison MSP. Abou Djerra Soltani a donc remporté sa bataille contre Abdelmadjid Menasra et se s’est maintenu au poste de président du mouvement, comme s’il l’avait échappé belle ou qu’il ait été réellement menacé en la matière. Il y a tout de même laissé des plumes avec la suppression du cumul des mandats. Mais s’il devra se désister de son poste de ministre, avouons que ce sera pour se départir d’un portefeuille qu’il n’avait pas et d’un mandat qui, au fond, n’avait de sens que symbolique. Ses missions en tant que ministre d’Etat ont été insignifiantes, aussi bien à l’étranger qu’à l’intérieur, puisque aucune mission d’élaboration, de réflexion ou de contrôle ne lui a jamais été confiée, lui qui affirmait qu’en tant que ministre d’Etat, il avait la charge de «veiller sur l’Etat». En réalité, avec ou sans lui comme ministre, le MSP est encore et toujours dans le gouvernement, au Parlement, au sein des assemblées locales, le tout grâce à son investissement dans l’Alliance présidentielle aux côtés du FLN et du RND qu’il a rejoint depuis 1997 dans le sillage de la politique participationniste de Mahfoud Nahnah. Une politique inscrite sur le long terme et qui, à l’inverse de son rival l’ex-Fis, a permis de sauver l’ex-Hamas et de le préserver de tout passif compromettant.

Cette ligne politique du parti étant la même, celle qui forge la philosophie des frères musulmans et qui prône la non-confrontation directe avec le pouvoir en place, il faut se dire que l’absence de toute décision stratégique à l’issue du quatrième congrès ne doit cependant pas être interprétée comme le signe d’une continuité ou que rien de fondamental n’a changé au MSP. Car, contrairement aux apparences, ce n’est pas au plan organique - qui avait captivé l’essentiel de l’attention des médias -qu’une évolution s’est produite, mais bien au plan politique et idéologique qui ne semble pas avoir été analysé avec suffisamment de recul. Sinon, le congrès ne fut tout simplement qu’un non-événement, y compris pour ce qui est des rebondissements : le marathon des débats autour d’un ordre du jour visiblement problématique, des statuts du parti et du non cumul de mandats a pris une dimension tellement importante que l’appât du sensationnel nous a fait oublier l’essentiel, c'est-à-dire l’avenir du parti pour les cinq ans à venir. Ce congrès était le moment idéal pour la base du MSP afin que cela soit mis sur la table : si ce n’est pas pendant les congrès que se déclinent les stratégies partisanes, à quel moment cela se fait-il ?

A dire vrai, un congrès n’est pas seulement une œuvre de reconstruction organique. Il est avant tout un moment lors duquel les instances nationales sont suspendues pour remettre la décision et la souveraineté entre les mains de la base. A elle de déterminer, par l’entremise de ses représentants, sa nouvelle perspective et de se doter des instances et des hommes qu’elle charge de traduire ses aspirations. Veut-on nous faire accroire qu’au MSP, on ne sache tenir de congrès que pour décider de l’identité du président du parti ? Ou alors que cette formation qui dit être proche de la prise du pouvoir, en se donnant l’échéance de 2012 pour ce faire, ne tient de congrès que pour satisfaire aux exigences réglementaires du ministère de l’Intérieur ?

L’approuver serait faire l’impasse sur  et la philosophie fondatrice de ce parti et de son fonctionnement interne. Fondé par Mahfoud Nahnah, qui ne doit d’y être parvenu que grâce au soutien et à la caution de personnalités influentes et en retrait dans la mouvance islamiste, le véritable décideur reste et demeure le Madjliss Echoura. L’enjeu du président du parti est en réalité parfaitement secondaire et Abou Djerra Soltani n’en est pas le «patron» mais le porte-voix d’une stratégie décidée par l’instance suprême. En dehors de cette caractéristique qui a permis au MSP de survivre à son fondateur (ça n’est pas le cas de tous les partis, malheureusement pour eux), cette formation n’est pas comme les autres. Le MSP reste un des seuls partis, en dehors du FFS au sein de l’Internationale socialiste et du PT parmi la Quatrième internationale, à faire parti d’une internationale, islamiste pour son cas. Ses liens sont vivants, profonds et permanents avec de multiples mouvements islamistes en Egypte, en Iran, au Liban, en Irak, etc. Les consultations sur les stratégies les meilleures sont poussées, les soutiens politiques mutuels avérés, les échanges de délégations innombrables.

C’est dire que l’absence de tout document sanctionnant le congrès et faisant office de résolution politique ou de plate-forme idéologique est plus que suspecte. Rien qu’un exemple, et pas des moindres, l’impasse faite sur les questions politiques, avec ce surprenant résultat que le MSP ne se prononce pas sur le projet de la révision constitutionnelle ni se détermine par rapport à l’idée d’un troisième mandat pour Abdelaziz Bouteflika. Ce que Abou Djerra Soltani avait pourtant promis lors de son dernier passage au Forum de l’ENTV, en indiquant que ce serait alors cette instance souveraine qui trancherait la question.

Mais en créant et en maintenant une confusion qui dure depuis plusieurs mois, le MSP semble plutôt se réserver une issue de secours, une excuse toute faite pour ne pas avoir à dire maintenant ce qu’il a à dire sur la présidentielle de 2009. Ne poussons pas la tentative de compréhension à déduire qu’il n’y a aucune intention de répondre favorablement aux attentes du FLN de Abdelaziz Belkhadem. Car le tout est encore de deviner si le MSP a décidé de faire cavalier seul ou qu’il ne pense qu’à mieux monnayer son soutien. Et puisque cet étrange congrès n’a pas débouché sur une position claire par rapport à une question capitale, il faut comprendre que la réponse ne viendra en fait que lorsque le président Bouteflika fera enfin l’annonce publique de son projet de révision constitutionnelle.

Cela étant acquis, il n’est pas sûr que le débat de fond qui agite les islamistes du MSP soit centré sur les projets du président Bouteflika. Bien loin de cette dimension, le passage sous silence de l’échéance 2009 peut aussi démontrer l’existence d’une ligne de démarcation interne entre une aile porteuse de la stratégie participationniste et une autre qui, sans être plus révolutionnaire, pense que le contexte permet aujourd’hui de passer à une toute autre étape. La préservation d’une participation à la présidentielle autre qu’en soutien à Abdelaziz Bouteflika, les distances prises en catimini par rapport au FLN et au RND, les ballons sonde sur cette fameuse prise du pouvoir en 2012, la priorité donnée à la moralisation de la politique et la campagne contre la corruption, les consultations ouvertes avec les autres composantes de «l’islamisme légal», tout cela accrédite sérieusement l’existence d’une tendance lourde au sein du MSP qui entend s’inscrire dans le même schéma que les islamistes qui ont réussi dans d’autres systèmes multipartites, à l’image de l’AKP en Turquie. L’on sait que cet exemple, dit de la deuxième génération, a réveillé l’espoir des islamistes après l’échec de leurs tendances révolutionnaires et qu’il n’a pas été sans influence sur les islamistes algériens (se référer aux diverses publications islamistes ou aux conférences-débats organisées depuis quelques années). Mais il faudra attendre encore quelques signes pour savoir qui des deux tendances, entre «participationnistes» et «autonomistes», a réellement le dessus au sein de l’appareil du MSP. Des signes qui ne tarderont pas à se manifester à mesure qu’avril 2009 approche.

Nabil Benali

 

 

Djahid Younsi, secrétaire général du mouvement El Islah

«Nous faisons de l’opposition constructive » 

Djahid Younsi est docteur en mécanique, une matière qu'il enseignait avant de devenir directeur d’institut de cette discipline à l’université Badji-Mokhtar de Annaba. Il a rejoint le mouvement islamique à l’avènement du multipartisme. Deux fois député, il a fait le mandat de 1997-2002 dans la liste du mouvement Ennahda avant de rompre lors de la crise de 1998. Il a rejoint, à sa création en 1999, le parti El Islah qui a terrassé le mouvement des Adami, Derbal et Boughazi en remportant 43 sièges contre trois au mandat 2002-2007. Le charisme du Cheikh Djaballah était alors une carte gagnante. En 2004, le divorce est consommé. L’éviction du président du mouvement n’est que la traduction d’une crise de fond, voire un conflit d’idées et de positionnement par rapport aux nouvelles donnes politiques et reconfigurations organiques dictées par la nécessaire mue que le cheikh et acolytes refusaient pour une raison ou une autre.

Interview réalisée par Salah Bey

 

Les Débats : Quelle lecture faites-vous de la sentence du Conseil d’Etat qui semble tomber à pic pour vous octroyer une certaine légitimité à la tête du mouvement ?

Djahid Younsi : D’emblée, le verdict est une décision définitive concernant le conflit, connu par l’opinion publique, depuis la fin 2004 où le premier jugement  de la cour d’Alger était en notre faveur. Deux ans après, le Conseil d’Etat confirme la première décision et met un terme à la crise qui prévaut au sein du mouvement. Il n’y a, à mon avis, aucune lecture à faire dès lors que la décision primaire permet à l’autre partie de faire appel et que la décision du Conseil d’Etat n’a fait qu’entériner une fois pour toutes. En effet, la décision nous est communiquée et on attend l’avis du jugement après quoi nous allons procéder à la restitution des quelques droits demeurant entre les mains des personnes qui ne font plus partie du mouvement.

L’autre partie, le camp Djaballah en l’occurrence, aussi confiante que vous, estime être surprise par la décision qu’ils n’ont pas encore reçue. Y a-t-il un malentendu là-dessous ?

Cet aspect ne nous regarde pas. Ce qui nous concerne est que nous sommes désormais les représentants légaux et officiels du mouvement devant les instances publiques et l’opinion. Il n’y a pas lieu de faire de supercherie et nous allons empêcher de parler au nom du mouvement. Celui qui veut le faire doit se chercher une autre tribune car El Islah est aujourd’hui entre de bonnes mains qui œuvrent d’ores et déjà à compléter sa restructuration au niveau des 48 wilayas et à élargir sa base au niveau des communes.

Il y a, dois-je rappeler, deux catégories de partis. Il y a ceux qui ont œuvré à se doter de structures de bases solides et ont consolidé leur présence et leur réputation populaire, et il y a hélas ceuxqui n’existent que par des slogans creux, profitant de certaines conjonctures et usant de discours populistes qui chatouillent la fibre sentimentale de la population. Ces partis ont certes glané des résultats provisoires, éphémères. Mais place au travail sérieux, réel et constructif. C’est ce à quoi nous nous attelons pour reconstruire un parti fort, de façon scientifique et pragmatique. Nous espérons atteindre nos objectifs après avoir introduit de nouvelles méthodes de travail, recomposé l’organigramme et renouvelé notre discours.

Les résultats des dernières consultations électorales ont permis de mettre le doigt sur le profond malaise qui a traversé un mouvement divisé. Est-ce la résultante d’une division consommée ou la sanction de votre électorat mécontent ?

Une lecture approfondie doit être apportée à ces résultats qui, sans doute, renseignent sur le malaise que traverse notre mouvement. A mon avis, plusieurs facteurs ont contribué à ces résultats. Le facteur primordial est le «non vote» populaire massif. Et le background du mouvement El Islah est compris parmi la masse mécontente. L’électorat islamique est pour sa majorité très mécontent de la situation qui prévaut dans le pays, d’où le boycott qui a eu lieu par deux fois en mai et en novembre 2007. Tout le monde sait ce qui est arrivé au courant islamiste à qui l'on a endossé l’entière responsabilité de la tragédie nationale. Pourtant, nous avons souscrit à la réconciliation nationale. Et qui dit réconciliation nationale dit contribuer à apporter des solutions à la crise et non rendre responsable une partie à la place d’une autre. En d’autres termes, le courant islamiste est déçu par cette inégalité de condamnation ou du jugement dans une crise entre plusieurs parties en conflit. Les islamistes ont subi une double injustice. La réconciliation visait, entre autres aspects, la solution sécuritaire afin de ramener les gens à la raison et quitter les maquis pour adhérer à l’intégration sociale. Le constat fait que sur le plan sécuritaire, disons qu’il y a de bons résultats, alors que du côté insertion sociale, les choses sont restées en l’état. Ce qui a fait émerger une masse de mécontent de la politique entreprise et qui a pris par conséquent une position vis-à-vis de la classe politique, dont El Islah, qui a subi une sanction contre sa participation d’une part et contre le contentieux d'une autre. De même pour les sympathisants qui ont réagi de la sorte et ont effectué un vote sanction sévèrement traduit par de piètres récoltes électorales.  

 

Pourtant, le MSP fait partie de la même mouvance que vous et a réalisé des résultats dépassant pour le moins ses aspirations. Comment expliquez-vous cette percée électorale qui contredit ce que vous avancez ?

Ce parti a pris conscience des défis à relever en leur temps et s’est mis au travail, à la consolidation des entités de base. Cependant, en ce qui nous concerne à El Islah, nous avons hérité d'un état organique ruiné en ce sens que rares sont les bureaux légaux sur le terrain. Plutôt, ils n’existaient qu’en fonction d’une certaine conjoncture et des slogans liés, faut-il dire, à la tragédie nationale. Cette situation ne nous réjouit pas du tout. Ce à quoi nous nous sommes engagés, c'est le changement.

Le facteur essentiel est inévitablement la crise qu’a connu le mouvement. Les réticences exprimées ça et là sont la réelle interprétation de l’hésitation des militants à prendre une position tranchée en faveur d’un camp par rapport à l’autre. Le tardif du feu vert donné pour la participation du mouvement aux élections. Vous vous rappelez que l’octroi de l’autorisation de participer ne s’est fait que quelques jours seulement avant le scrutin ? Pour l’aventure, c’en était une et l’obligation de relever le défis était pressante car l’avenir du mouvement était en jeu ; il fallait le relancer sans a priori afin de ne pas sombrer. Notre souci majeur était de réaffirmer l'existence d'El Islah et l’épreuve n’était pas facile.

Vous n’êtes pas partis de zéro puisque vous avez hérité de structures et de responsables fidèles au mouvement et non aux personnes. Qu’en dites vous ?

Fort heureusement, les pré-requis d’El Islah sont des valeurs à ne pas occulter. Les Islahistes se souviennent de l’article anti-alcool, de la loi incriminant le colonialisme restée dans le tiroirs du bureau de l’APN, entre autres grands dossiers nationaux revendiqués par El Islah et qui lui ont valu de larges sympathies à l’extérieur du mouvement qui discernent entre les partis aux nobles missions et ceux qui font de leur agrément des fonds de commerce. Des partis qui n’existent que pour se partager les rôles et la rente. Ils se sont transformés en sigles creux, qui ne portent aucun projet et qui n’ont même pas l’esprit d’initiative pour défendre les grands dossiers. On a vu des partis dits représentatifs ne vouant aucun intérêt aux questions d’importance nationale, régionale et stratégique. Par exemple, à propos de l’embargo imposé sur Gaza et la Palestine, nous nous sommes trouvés seuls.

Vous ne pensez pas que vous êtes en train de payer le prix de votre différence par rapport aux partis de la classe politique ?

On en est conscient et on s’est dit aussi que nous payons, probablement, notre parti-pris par rapport aux grandes questions d’intérêt national ou de souveraineté. Et l’on sait que chaque position et chaque revendication a son prix.  En dépit du fait que nous sommes le seul parti qui subit à son tour un embargo, nous prenons des initiatives telles les campagnes anti-évangélisation ou anti-blasphématoire contre la Prophète (QSSL), le soutien aux Palestiniens de Gaza, etc. Autant d’activités qui font d’El Islah un grand parti, même sans élus. Toutefois, il y a des partis dits grands, avec leurs élus, mais qui sont carrément absents de la scène politique. El Islah est un parti qui la force de proposition. Nous sommes présents à tout moment pour garder en éveil la conscience collective algérienne qu’on veut dégommer. Nous gardons en mémoire toutes les préoccupations d’ordres national, islamique et arabe et les atrocités commises contre le peuple algérien ainsi que ce qu’endurent nos frères palestiniens. Nous voulons combattre la culture de l’oubli. Le viol de la Palestine en 1948 est appelé jour d’indépendance par les sionistes. Il est dit drame (nekba) par les arabes alors que nous, à El Islah, nous avons créé un troisième substitut pour appeler le 15 mai Youm Falistine qu’on célèbrera à partir de cette année à travers tout le territoire national pendant une semaine pour inculquer la résistance aux générations montantes. Seront conviées toutes les élites nationales, culturelles, politiques, syndicales, historiques, scientifiques, sportives et la société civile. Le but est de lancer une journée phare pour symboliser et célébrer l’espoir de restitution de la Palestine en redonnant un sens à la noblesse de défendre une cause qu’on ne peut assimiler à un crime. La notion de résistance n’est pas le terrorisme, comme veut l’imprimer l’Occident en manipulant le crime organisé pour terroriser les peuples et salir la dignité humaine qui croit en une cause.

Vous êtes réputés, à El Islah, pour être partisans du triptyque reconnaissance, repentir et compensation, notamment après le projet de loi incriminant le colonialisme que vous avez formulé en réponse, je crois, à la loi du 26 février qui fait l’apologie du colonialisme. Avez-vous transmis ces préoccupations à l’ambassadeur français ?

Nous n’avons aucun contact avec l’actuel ambassadeur. Avec l’ancien nous avions opportunément des contactes permanents à chaque fois que l’occasion se présentait avec les visites du président français ou le président du parlement. Nous avons fait aussi des correspondances dans le cadre de l’amitié algéro-française dans lesquelles est mentionnée 36 crimes de guerre mais les réponses des français n’ont pas été, comme de coutume, à la hauteur.

M. Bajolet a réitéré la position de son prédécesseur, à l’occasion du 8 mai, en dénonçant les exactions du colonialisme français. Que lui avez-vous dit ?

Nous n’avons pas rencontré l’actuel ambassadeur dont les relations sont perturbées à cause de ce dossiers mais nous avions des contactes du temps de M. De Verdière à qui nous avons exprimé sans ambages notre position et nos sentiments.

Nous avons pris acte de la dernière sortie de l’actuel ambassadeur, que je crois instruit par Paris pour exprimer une position officielle qu’on considère un pas mais qui reste en réalité insuffisant car la reconnaissance doit être suivie par le pardon d’autant que la France a conditionné le traité d’amitié avec les Allemands par le pardon et une compensation morale et matérielle aux juifs victimes de l’holocauste. Nous disons que ce ne sont pas les Allemands qui ont inventé l’holocauste mais sont les Français. En Algérie nous avons subi au moins quatre holocaustes contre les algériens dès le début de l’occupation. Il y a l’holocauste de Laghouat où pas moins de 2 500 victimes ont été brûlées vives. On a vidé un village de ses habitants, on les a mis dans des sacs, on les a drogués au chloroforme puis brûlés vifs. Un officier de l’armée coloniale reconnaît que plus de 700 martyrs ont péri dans un holocauste à Miliana. Un troisième s’est produit dans la région d'El Harachich, dans le nord constantinois, et un autre à Guelma, sur le site visité par l’ancien ambassadeur. Toutes les atrocités ont été inventées et expérimentées par la France coloniale. Qui a inventé la guillotine ? Les Français. Qui a inventé le piratage aérien ? Ce sont les Français. qui ont les premiers piraté l’avion des six dirigeants historiques. Nous sommes dépositaires de la mémoire algérienne, mais nous nous considérons un maillon dans la chaîne de lutte contre l’oubli car nous ne tolérons pas l’insulte de notre mémoire.

Qu’en est-il de l’ambassadeur américain ? L’avez-vous rencontré dans le cadre des consultations avec les partis et les syndicats ?

Non pas de la manière groupée instituée par M. Ford, qui a transformé cette prétendue concertation en interrogatoire de classe politique. Nous avons pris position contre ces agissements qui s’assimilent à de l’ingérence caractérisée dans nos affaires internes. Des questions relevaient de la souveraineté nationale. J’ai personnellement dénoncé ces simulacres d’enquêtes programmées dans plusieurs interventions via des chaînes de télévision satellitaires ou la presse nationale et étrangère. A El Islah, nous défendons des valeurs nationales. Nous ne nous sommes pas rabaissés de la sorte pour répondre à ces interrogatoires qui ont enfreint l’éthique diplomatique et politique. Nous sentions que la dignité et l’hospitalité algériennes étaient violées…

Pour revenir à votre parti, votre voix s’est quelque peu tue après avoir perdu les sièges au Parlement, le siège, les militants... Comment allez-vous affronter cette nouvelle réalité, maintenant que vous avez tout perdu ?

Nous n’avons pas rien perdu puisque notre mouvement se porte bien en dépit des contraintes qui surgissent sur notre parcours. Nous ne croyons pas qu’avec des dizaines de députés au Parlement nous pouvions seuls provoquer le changement souhaité, si ce n’était la solidarité d’autres représentants qui ont aidé à l’aboutissement des propositions d’El Islah. Certes, beaucoup se sont investis dans notre crise pour tirer des dividendes, ce que nous ne pouvions éviter. Le mouvement a les moyens de faire aboutir son projet ; il est en ascension remarquable, contrairement à certaines formations politiques qui ont des députés mais n’ont pas de voix. Nous avons des rendez-vous à saisir. Nous assurons que le mouvement n’est pas un appareil électoral mais un parti porteur de projet de société avec ou sans élus. Nous pratiquons la politique dans le sens large du terme et non pas pour glaner des strapontins ça et là. Les élections pour nous sont un moyen et non une fin en soi.

Vous étiez absents, lors du 4e congrès du MSP. Ne vous a-t-on pas invités ? 

Nous n’avons pas reçu d’invitation et sans chercher à justifier l’injustifiable nous n’avons pas reçu non plus des explications. Mais je crois qu’il y a eu un malentendu quelque part.

Peut-être que les organisateurs ont préféré inviter l’aile Djaballah… Vous ne vous êtes pas posé cette éventualité ?

Avec ou sans invitation, ils sont nos frères et nous leur pardonnons cette omission. Mais j’insiste pour vous dire qu’il y a eu amalgame. Passons.

Pas avant de savoir, par exemple, si les dirigeant du MSP ont préféré ne pas inviter les deux camps pour ne fâcher personne ?

Ce qui est sûr c'est qu’on nous a dit que des invitations nous étaient adressées et que la personne chargée de les distribuer s’est trompée de destinataire. Stop !  

Etes-vous toujours partisan du forum islamique qui regroupe les différents acteurs du courant islamique ?

Oui, nous nous attelons à mettre enœuvre l’initiative de coordination islamo-islamique. Nous voulons atteindre un consensus au sein du courant islamique en Algérie. Ce compromis est fait pour éviter les affrontements ou les contradictions entre différentes forces présentes sur la scène politique. Nous voulons construire des canaux de communication entre politiques islamistes.

Une autre alliance pour supprimer la compétition entre partis islamistes par exemple ?

Non, notre objectif n’est pas d’annuler la diversité ou la différence, encore moins la compétitivité, mais instituer un espace de convergence pour que les grandes questions de la Oumma ne soient plus orphelines en Algérie, ou qu'elles soient marginalisées à cause de notre division. Nous voulons réaliser une charte pour le courant islamique qui imposera un "Smig" politique qui rassemble toutes les forces afin de faire cause commune sur toutes les questions et garantir la revendication d'une voix commune, quelle que soit le niveau de chaque force. Ce forum est un pas vers l’action convergente autour de thèmes déterminés.

Quelle place réservez-vous aux autres partis des courant nationaux ou démocrates ?

Nous cherchons à instituer une voie vers le dialogue objectif, serein et porteur.

Il y a, par ailleurs, des espaces de convergence avec le courant nationaliste en ce qui concerne les valeurs nationales et les constantes. Nous convergeons également avec les démocrates et les laïcs vers des aspirations communes concernant les libertés. C’est dire que nous comptons impulser une sorte d’interactivité entre acteurs politique en quête d’une vraie assise de dialogue en ce sens d’aller vers l’autre qui puisse, à l’optique de ce dialogue, nous donner et/ou recevoir une autre image, plus vraie celle-là, que l’on connaît et dont nous sommes appelés tous à mieux se connaître mutuellement.

Notre drame en Algérie est l’absence d’espaces de rencontres et de dialogue entre les franges de la société représentées par des formations politiques plutôt rivales qu’adverses. La cause de notre tragédie en Algérie est que chacun veut annuler l’autre et non proposer mieux que l’autre et qu’enfin de compte nous nous sommes trouvés face à des malentendants qui s’excluent mutuellement ou se radicalisent réciproquement et s’entredéchirent dans la société.

 

Vous avez hérité d’un parti réputé être un acteur de l’opposition. Allez-vous conduire El Islah sur la même ligne de l’opposition ou songez-vous recentrer vos positions sur celles de l’Alliance présidentielle ?

Ecoutez, faire de l’opposition politique ou la participation, c’est selon, est un fait symptomatique qui ne peut durer éternellement. On ne naît pas opposant ni au pouvoir non plus. C’est pourquoi nous faisons dans l’oppositionnel, c'est-à-dire de l’opposition pour l’opposition, de l’opposition constructive, qui propose et avertit contre les insuffisances ou les dérives. A notre sens, tout est relatif et tout repositionnement est construit à la base d’un ensemble de données à examiner, analyser puis peser le pour et le contre pour enfin synthétiser une position quelconque. Pour prendre de telles décisions ce n’est plus au niveau des instances organiques classiques du mouvement comme le bureau national ou medjlis echoura nous avons doté El Islah mais nous avons doté le parti d’une nouvelle instance dite «institution référendaire» dans la quelle tous les militants sont appelés à s’exprimer dans un semblant de référendum, à travers les structures de base locales, pour trancher les grandes décisions qui implique la formation dans les grandes questions qui l’intéressent de près ou de loin.

Concrètement, M. Younsi, êtes-vous dans le camp de l’opposition ?

Oui nous sommes dans l’opposition et notre discours, si vous avez suivi la campagne électorale, est celui d’un parti de l’opposition.

Pourtant, des rumeurs assuraient que la première cause de la dissidence dans le parti est votre refus de l’opposition du cheikh Djaballah qui décline à chaque fois l’offre de participer au gouvernement, qui vous séduit par la proposition de portefeuilles. Qu’en dites-vous ? 

Personnellement, je n’aime pas évoquer le sujet dépassé. Mais je peux vous assurer qu’il n’en est rien de ce que vous avez avancé. On ne nous a jamais proposé quoi que ce soit. Ce genre de supputations n'est pas à l'ordre du jour. 

On dit aussi que vous avez tenté de vous concilier avec le cheikh, dans le cadre d’une réconciliation conditionnée, pour garder user de son charisme. N’est-ce pas ? 

Ça aussi relève d’un passé sur lequel je ne veux pas y revenir pour la simple raison que ce n’est pas juste. Ceci dit nous aurions aimé ne pas en arriver là. Nous penchons vers l’avenir pour construire El Islah de demain.

C'est-à-dire réformer El Islah ou amorcer un renouveau du parti ?

La priorité, en toute franchise, est de réformer El Islah qui a pris du vieux et a tourné en rond plusieurs années. Nous l’avons doté de nouvelles structures plus percutantes, plus efficaces telle la jeunesse, la femme, l’instance des scientifiques et le forum interne qui exposera une fois par mois un thème à débattre avec les gens de la presse, les industriels, les scientifiques, les hommes d’affaires et les politiques afin d’inculquer une culture du débat et de l’expression libre et renouer avec le dialogue entre les algériens avides de dialogue.

En toute objectivité, combien pèse El Islah aujourd’hui sur l’échiquier politique ?

En toute franchise, il n’y a pas à comparer notre parti avec les autres. A El Islah, nous avons estimé que si classe politique il y a, ou du moins ce qu'il en reste, elle est dépassée par les événements. Autrement dit, les états-majors de ces partis sont vieillissants, les discours dépassés cadrent mal avec les aspirations du peuple. La nécessité de les renouveler devient indispensable, voire vitale pour la survie de la classe, pour son salut.

Interview réalisée par Salah Bey 

 

 

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