Semaine du 16 au 22 janvier 2008

 

Banque mondiale

Interrogations à propos de la gouvernance économique algérienne

 

 
 
 Economie  

Accueil

 Banque mondiale

Interrogations à propos de la gouvernance économique algérienne

Cette semaine commence par trois annonces importantes au plan mondial. La première est le fait des  banques américaines qui déclarent toutes des bénéfices réalisés au cours du quatrième trimestre 2007, ce qui est un signe fort donné au reste du monde disant en substance que la crise des subprimes serait derrière et que ces banques auraient donc mis de l’ordre dans leurs affaires. Ceci a coïncidé avec la déclaration du  président de la Réserve fédérale américaine (Banque centrale) qui a fait sienne l’étude de beaucoup d’analystes américains, dont plusieurs titulaires du prix Nobel d’économie, sur les risques d’une récession (stagflation) aux Etats-Unis, pouvant conduire à des perturbations de grande ampleur dans le reste du monde.

Cette déclaration a eu pour effet de faire chuter brutalement le prix du pétrole de plus de 8 dollars. Le baril de brent, à Wall Street, est revenu à 91 dollars le vendredi 11 décembre après avoir touché les 99 dollars la veille. Le président de la Banque fédérale se voulait rassurant en annonçant dans la foulée que son institution ferait face à ce risque en prévoyant de baisser son taux directeur de 0,5 point à 3,5%, confirmant la tendance baissière de ce taux amorcée depuis deux ans. Ceci évidemment ne va pas jouer en faveur de la parité du dollar face aux autres monnaies fortes, bien au contraire. Le crédit, moins cher aux Etats-Unis, va faire baisser la parité du dollar par rapport aux autres monnaies utilisées dans les échanges mondiaux. De plus, cette décision va renforcer la valeur de l’or, car les détenteurs de dollars voudront rapidement convertir leurs avoirs dollars en ce métal précieux. Les pays arabes pétroliers, qui disposent de grosses liquidités en dollars, seront les premiers à aller à la chasse à l’or et il est fort à parier que le prix de l’once (28 g) ne sera pas loin de valoir les 1 000 dollars d’ici la fin 2008.

L’Algérie, qui dispose dans ses réserves de la quantité d’or la plus importante du Monde arabe – aux alentours de 170 tonnes, loin cependant des Russes et des Américains qui ont en stock plus de 8 000 tonnes – a déjà vu ses réserves augmenter de plus de 1,5 milliard de dollars du fait de leur valorisation en dollars américains, les prix étant passé sur ces six dernières années de 350 dollars l’once à 850 dollars ces derniers temps. A 900 dollars l’once, prix qu’il ne tardera certainement pas à atteindre l’or au cours du semestre en cours,   le stock d’or détenu par la Banque d’Algérie atteindra 4,5 milliards de dollars, soit l’équivalent des réserves de change totales de l’Afrique du Sud.

Le second évènement de la semaine a été cette  annonce de la Chine prévoyant que sa croissance économique dépasserait les 10% en 2007 alors que ses réserves de change dépassaient déjà les 1 500 milliards de dollars, constituées pour plus de 1 000 milliards de dollars américains.

La troisième annonce concerne les gains enregistrés par la Bourse du Caire au cours de l’année 2007 qui sont énormes puisque de l’ordre de 50%, alors que le Dow Jones est revenu à son niveau du 1er janvier 2007. Il faut signaler que la société Oraison, présente chez nous, joue un rôle primordial sur cette place boursière où ses entreprises représentent plus de 40% de la capitalisation.

Pendant ce temps, que s’est-il passé dans le pays ?

Il y a eu cette publication de l’Office national de statistiques (ONS) annonçant un recul important de la production dans le secteur industriel au cours des neuf premiers mois de 2007, recul qui a dû certainement se confirmer à la fin de l‘année. Rien de vraiment surprenant quand on apprend que les secteurs de la chimie, du textile, du cuir et de la chaussure réalisent des contre performances importantes avec des baisses de plus de 10% ; le secteur de la métallurgie et celui des industries électroniques eux aussi sont signalés en baisse. Soit encore une fois des nouvelles qui n’en sont pas car le secteur industriel dans le pays, y compris celui conduit par le secteur privé, est en recul depuis trois à quatre sans que le gouvernement ne réagisse.

D’ailleurs existe-t-il toujours un gouvernement dans le pays ? C’est la question que s’est  posée une institution internationale, en l’occurrence la Banque mondiale (BM) qui ne trouve face à elles aucune autorité algérienne susceptible de l’écouter ou avec qui dialoguer. C’est ce qui ressort du dernier rapport de cette institution consacré à la situation économique de l’Algérie. Ce rapport serait passé inaperçu si ce n’était la vigilance du journal El Khabar, qui y a relevé un certain nombre de remarques formulées à l’endroit de la gouvernance économique de l’Algérie,  qu’elle voudrait voir assurée par le ministère des Finances, la chefferie du gouvernement brillant par son absence du terrain économique et assurant prématurément le rôle de directrice de campagne pour un troisième mandat de l’actuel président de la République. Alors que de jeunes Algériens en sont à leur quatrième ou cinquième mandat de chômage, sans que le chef de gouvernement ne verse une larme pour eux.

Selon El Khabar, le rapport de la BM a passé en revue la situation de quatre secteurs où le secteur public est prédominant : les transports, les travaux publics, l’eau, la Santé et l’éducation. Brièvement résumé, ce qui apparaît c’est cette absence de stratégie dans la démarche des pouvoirs publics à l’endroit de ces secteurs, avec une situation moins grave pour l’eau et  l’enseignement où, semble t-il, il y aurait quelque chose qui pourrait ressembler à une vision à long terme. Le grand point négatif relevé par ce rapport est l’absence de coopération entre secteurs public et privé, les deux continuant d’ailleurs à s’ignorer.

Le second point négatif dans la gouvernance économique algérienne est l’absence de volonté des pouvoirs publics d’associer le secteur privé (local certainement) à la prise en charge par la concession de la gestion des ports et aéroports. Sur cette question, les pouvoirs publics semblent privilégier le privé étranger pour des considérations liées, selon eux, à l’absence de professionnalisme du privé local dans les domaines de la gestion des ouvrages et des installations  appartenant à l’Etat. Ce qui est sûr, c’est que les pouvoirs publics  transforment sans le savoir et certainement sans le vouloir le pays en colonie économique, après l’avoir libéré de sa sujétion politique. Il faut prendre garde que l’on ne passe du régime de la concession à celui de la propriété privée, s’agissant d’ouvrages stratégiques qui ne sauraient être mis entre les mains d’étrangers. Les pays européens, champions du libéralisme, ne font pas ce genre d’erreur et n’hésitent pas à annuler des achats ou des concessions remportées par des capitaux arabes particulièrement ; ils mettent en garde leurs entreprises stratégiques de ne pas laisser entrer dans les capitaux sociaux de leurs entreprises des investissements étrangers, arabes pour l’instant et qui pourraient être demain chinois ou russes. L’Algérie serait elle devenue plus royaliste que le roi Occident en offrant ainsi la gestion de ses entreprises  stratégiques à des mains étrangères ? Il y a là des risques sur lesquels nos dirigeants  devraient réfléchir.

Les autres remarques de la BM à propos de la gouvernance économique sont que l’investissement public, dans notre pays, serait peu efficient d’autant plus que les sommes qui lui sont consacrées sont énormes : 10% du PIB pour la période allant de 2000 à 2004 alors que chez nos voisins, il serait de 7,5% avec bien entendu une meilleure efficacité. Ce niveau serait de 16% du PIB hors hydrocarbures, ce dernier serait passé à 30% l’année 2007. Cette tendance se confirme puisque le gouvernement, dans le cadre de la Loi de finances pour l’année 2008, a consacré à l’investissement public une somme supérieure à 2 000 milliards de dinars, soit plus de 20% du PIB total et de 37% du PIB hors hydrocarbures. Il y  là une accélération qui n’a aucun sens dès lors que l’on sait que les capacités d’absorption de l’économie nationale de pareils investissements sont faibles, ce qui veut dire qu’une grande partie de cet argent ne trouvera pas d’emploi en 2008.

S’agissant de la faible efficience de l’investissement public, celle-ci s’observe au niveau du rythme du développement imprimé, jugé faible, voire insignifiant.  La BM constate que cet investissement public ne produit pas ce qu’elle appelle la permanence du développement ou sa durabilité par la permanence des postes créés. Il y aurait une sorte d’extinction des emplois créés durant la période de réalisation, non remplacés par des emplois nécessités par la gestion de l’investissement public en question une fois celui-ci achevé.

La BM s’est attaquée, dans ce rapport, au fameux Fonds de régulation des recettes, dont la mission serait terminée dès lors que celui-ci a permis le remboursement par anticipation de la dette extérieure de l’Algérie. Par  ailleurs, elle demande au gouvernement de se montrer prudent s’agissant de la gestion des finances publiques par le cadrage budgétaire de la dépense publique qui doit être contenue. L’aisance financière actuelle, due à l’augmentation des prix du pétrole, peut connaître un retournement s’ils venaient à prendre le chemin de la baisse. Elle suggère en outre de porter le prix de référence du pétrole à 49 dollars le baril, au lieu de 19 actuellement, pour élaborer le budget de l’Etat. Elle est contre toute augmentation de salaires qui ne correspondrait à aucune raison économique.

A propos de cette aisance financière, la BM signale qu’elle pourrait donner lieu à des gaspillages et à la propagation de la corruption, qui sont antinomiques de tout projet de développement sérieux. Il faut rappeler que la BM sait ce dont elle parle puisqu’elle a classé dernièrement l’Algérie à la 125e place selon les facilités d’investissements offertes, ce qui est un très mauvais classement. Transparency International, pour sa part, donnait un rang similaire dans le classement de la corruption. Ce qui aurait dû pousser les pouvoirs publics à engager une réflexion, qui tarde toujours, s’agissant de connaître le pourquoi de ces mauvais classements et le pourquoi de la faible performance du pays dans le domaine du développement où rien de vraiment significatif n’a jusqu’à présent été réalisé, à part les promesses qui ne manquent pas.

Constatant, comme tous les visiteurs étrangers venus faire des affaires dans le pays, qu’il n’existe pas d’autorité économique avec qui discuter, la BM suggère aux pouvoirs publics d’ériger au niveau du ministère des Finances une banque de données alimentée régulièrement par des rapports semestriels en provenance de tous les ministères en charge de projets économiques ainsi que des wilayas. Cette suggestion signifiant que c’est ce ministère qui serait en charge du pilotage de l’ensemble des projets de développement initiés dans le pays, ce qui paraît légitime en ce sens que c’est ce ministère qui contrôle la dépense publique et qui fournit l’argent ; c’est donc à lui qu’incombe la responsabilité d’en contrôler l’usage.

Les dernières remarques de la BM concernent des points qui méritent qu’on s’y intéresse. Par exemple, elle suggère que les statistiques de l’évolution des secteurs vitaux devraient faire l’objet d’une attention soutenue de la part de pouvoirs publics. L’institution se montre par ailleurs très critique s’agissant de l’absence de réformes  dans le secteur de la santé, où elle observe un turn over élevé ainsi que le développement du secteur privé qui conduit à davantage de discrimination lorsqu’il s’agit de l’accès aux soins. Cette discrimination est davantage marquée à la campagne.

Tout ceci bien entendu ne peut avoir échappé aux observateurs de l’intérieur, qui ne peuvent qu’être d’accord avec les observations de la Banque mondiale qui, malheureusement, semble tenue à bonne distance du pays par des pouvoirs publics qui ne veulent pas d’un contrôle externe, fut-il conduit pour la bonne cause, c’est-à-dire dans l’intérêt de la majorité des Algériens dont l’avis est ignoré par ceux la même qui dirigent en son nom. Ici, joueurs et arbitre sont interchangeables, comme le dit un adage de chez nous sous une forme plus crue.

La BM ne peut se prêter à ce jeu et il est malheureux que les autres acteurs politiques qui se réclament  de l’opposition partagent la même inhibition à l’endroit du contrôle international au lieu de demander précisément davantage de contrôle et d’audits internationaux de la situation économique du pays, qui pourrait être en plus mauvais état que ce qu’en a dit la Banque mondiale dans son rapport, où la question de la croissance démographique n’est pas abordée alors qu’elle doit être au centre de toutes les recommandations venant des Instituions internationales qui se préoccupent du devenir des pays dits en développement. Depuis la venue du président Bouteflika aux affaires, pas moins de 3,5 millions d’individus (peut être même quatre millions) sont venus s’ajouter aux 29,5 millions d’habitants que comptait le pays à son arrivée. Alors que le gouvernement peine à trouver des solutions à l’augmentation et à la rareté des produits de première nécessité, que dire des logements et autres prestations auxquels les gens aspirent.

Les institutions internationales portent un œil objectif dans leur examen de la situation économique et sociale d’un pays. Leur intérêt n’est pas de favoriser une partie contre l’autre mais de montrer les erreurs à ne pas faire  compte tenu de leur grande expérience de la fréquentation des pays mal lotis. Prenons leurs conseils pour ce qu’ils sont et ne leur faisons pas de procès en sorcellerie que beaucoup, ici et ailleurs, leur font lorsque les affaires vont mal… Ces institutions ne gèrent pas à la place des politiques locaux. Alors que l’on dit que le pays s’ouvre à l’extérieur, ce n’est pas le moment de le fermer aux institutions internationales. Des rapports comme celui-ci, tout comme celui du PNUD, doivent être les bienvenus et devraient faire obligatoirement l’objet d’interpellations au Parlement algérien. Si une institution internationale dit que les choses ne vont pas bien dans le pays, les députés ont le devoir de demander au gouvernement sa version des choses sans verser dans la langue de bois et les accusations de complot et autres balivernes dont le pays a été gavé dans le passé.

B. Hachemane

 

Haut

E-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche