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Banque
mondiale
Interrogations
à propos de la gouvernance économique algérienne
Cette semaine
commence par trois annonces importantes au plan mondial. La première
est le fait des banques américaines qui déclarent toutes des
bénéfices réalisés au cours du quatrième trimestre 2007, ce qui est
un signe fort donné au reste du monde disant en substance que la
crise des subprimes serait derrière et que ces banques auraient donc
mis de l’ordre dans leurs affaires. Ceci a coïncidé avec la
déclaration du président de la Réserve fédérale américaine (Banque
centrale) qui a fait sienne l’étude de beaucoup d’analystes
américains, dont plusieurs titulaires du prix Nobel d’économie, sur
les risques d’une récession (stagflation) aux Etats-Unis, pouvant
conduire à des perturbations de grande ampleur dans le reste du
monde.
Cette déclaration
a eu pour effet de faire chuter brutalement le prix du pétrole de
plus de 8 dollars. Le baril de brent, à Wall Street, est revenu à 91
dollars le vendredi 11 décembre après avoir touché les 99 dollars la
veille. Le président de la Banque fédérale se voulait rassurant en
annonçant dans la foulée que son institution ferait face à ce risque
en prévoyant de baisser son taux directeur de 0,5 point à 3,5%,
confirmant la tendance baissière de ce taux amorcée depuis deux ans.
Ceci évidemment ne va pas jouer en faveur de la parité du dollar
face aux autres monnaies fortes, bien au contraire. Le crédit, moins
cher aux Etats-Unis, va faire baisser la parité du dollar par
rapport aux autres monnaies utilisées dans les échanges mondiaux. De
plus, cette décision va renforcer la valeur de l’or, car les
détenteurs de dollars voudront rapidement convertir leurs avoirs
dollars en ce métal précieux. Les pays arabes pétroliers, qui
disposent de grosses liquidités en dollars, seront les premiers à
aller à la chasse à l’or et il est fort à parier que le prix de
l’once (28 g) ne sera pas loin de valoir les 1 000 dollars d’ici la
fin 2008.
L’Algérie, qui
dispose dans ses réserves de la quantité d’or la plus importante du
Monde arabe – aux alentours de 170 tonnes, loin cependant des Russes
et des Américains qui ont en stock plus de 8 000 tonnes – a déjà vu
ses réserves augmenter de plus de 1,5 milliard de dollars du fait de
leur valorisation en dollars américains, les prix étant passé sur
ces six dernières années de 350 dollars l’once à 850 dollars ces
derniers temps. A 900 dollars l’once, prix qu’il ne tardera
certainement pas à atteindre l’or au cours du semestre en cours,
le stock d’or détenu par la Banque d’Algérie atteindra 4,5 milliards
de dollars, soit l’équivalent des réserves de change totales de
l’Afrique du Sud.
Le second
évènement de la semaine a été cette annonce de la Chine prévoyant
que sa croissance économique dépasserait les 10% en 2007 alors que
ses réserves de change dépassaient déjà les 1 500 milliards de
dollars, constituées pour plus de 1 000 milliards de dollars
américains.
La troisième
annonce concerne les gains enregistrés par la Bourse du Caire au
cours de l’année 2007 qui sont énormes puisque de l’ordre de 50%,
alors que le Dow Jones est revenu à son niveau du 1er
janvier 2007. Il faut signaler que la société Oraison, présente chez
nous, joue un rôle primordial sur cette place boursière où ses
entreprises représentent plus de 40% de la capitalisation.
Pendant ce
temps, que s’est-il passé dans le pays ?
Il y a eu cette
publication de l’Office national de statistiques (ONS) annonçant un
recul important de la production dans le secteur industriel au cours
des neuf premiers mois de 2007, recul qui a dû certainement se
confirmer à la fin de l‘année. Rien de vraiment surprenant quand on
apprend que les secteurs de la chimie, du textile, du cuir et de la
chaussure réalisent des contre performances importantes avec des
baisses de plus de 10% ; le secteur de la métallurgie et celui des
industries électroniques eux aussi sont signalés en baisse. Soit
encore une fois des nouvelles qui n’en sont pas car le secteur
industriel dans le pays, y compris celui conduit par le secteur
privé, est en recul depuis trois à quatre sans que le gouvernement
ne réagisse.
D’ailleurs
existe-t-il toujours un gouvernement dans le pays ? C’est la
question que s’est posée une institution internationale, en
l’occurrence la Banque mondiale (BM) qui ne trouve face à elles
aucune autorité algérienne susceptible de l’écouter ou avec qui
dialoguer. C’est ce qui ressort du dernier rapport de cette
institution consacré à la situation économique de l’Algérie. Ce
rapport serait passé inaperçu si ce n’était la vigilance du journal
El Khabar, qui y a relevé un certain nombre de remarques
formulées à l’endroit de la gouvernance économique de l’Algérie,
qu’elle voudrait voir assurée par le ministère des Finances, la
chefferie du gouvernement brillant par son absence du terrain
économique et assurant prématurément le rôle de directrice de
campagne pour un troisième mandat de l’actuel président de la
République. Alors que de jeunes Algériens en sont à leur quatrième
ou cinquième mandat de chômage, sans que le chef de gouvernement ne
verse une larme pour eux.
Selon El Khabar,
le rapport de la BM a passé en revue la situation de quatre secteurs
où le secteur public est prédominant : les transports, les travaux
publics, l’eau, la Santé et l’éducation. Brièvement résumé, ce qui
apparaît c’est cette absence de stratégie dans la démarche des
pouvoirs publics à l’endroit de ces secteurs, avec une situation
moins grave pour l’eau et l’enseignement où, semble t-il, il y
aurait quelque chose qui pourrait ressembler à une vision à long
terme. Le grand point négatif relevé par ce rapport est l’absence de
coopération entre secteurs public et privé, les deux continuant
d’ailleurs à s’ignorer.
Le second point
négatif dans la gouvernance économique algérienne est l’absence de
volonté des pouvoirs publics d’associer le secteur privé (local
certainement) à la prise en charge par la concession de la gestion
des ports et aéroports. Sur cette question, les pouvoirs publics
semblent privilégier le privé étranger pour des considérations
liées, selon eux, à l’absence de professionnalisme du privé local
dans les domaines de la gestion des ouvrages et des installations
appartenant à l’Etat. Ce qui est sûr, c’est que les pouvoirs
publics transforment sans le savoir et certainement sans le vouloir
le pays en colonie économique, après l’avoir libéré de sa sujétion
politique. Il faut prendre garde que l’on ne passe du régime de la
concession à celui de la propriété privée, s’agissant d’ouvrages
stratégiques qui ne sauraient être mis entre les mains d’étrangers.
Les pays européens, champions du libéralisme, ne font pas ce genre
d’erreur et n’hésitent pas à annuler des achats ou des concessions
remportées par des capitaux arabes particulièrement ; ils mettent en
garde leurs entreprises stratégiques de ne pas laisser entrer dans
les capitaux sociaux de leurs entreprises des investissements
étrangers, arabes pour l’instant et qui pourraient être demain
chinois ou russes. L’Algérie serait elle devenue plus royaliste que
le roi Occident en offrant ainsi la gestion de ses entreprises
stratégiques à des mains étrangères ? Il y a là des risques sur
lesquels nos dirigeants devraient réfléchir.
Les autres
remarques de la BM à propos de la gouvernance économique sont que
l’investissement public, dans notre pays, serait peu efficient
d’autant plus que les sommes qui lui sont consacrées sont énormes :
10% du PIB pour la période allant de 2000 à 2004 alors que chez nos
voisins, il serait de 7,5% avec bien entendu une meilleure
efficacité. Ce niveau serait de 16% du PIB hors hydrocarbures, ce
dernier serait passé à 30% l’année 2007. Cette tendance se confirme
puisque le gouvernement, dans le cadre de la Loi de finances pour
l’année 2008, a consacré à l’investissement public une somme
supérieure à 2 000 milliards de dinars, soit plus de 20% du PIB
total et de 37% du PIB hors hydrocarbures. Il y là une accélération
qui n’a aucun sens dès lors que l’on sait que les capacités
d’absorption de l’économie nationale de pareils investissements sont
faibles, ce qui veut dire qu’une grande partie de cet argent ne
trouvera pas d’emploi en 2008.
S’agissant de la
faible efficience de l’investissement public, celle-ci s’observe au
niveau du rythme du développement imprimé, jugé faible, voire
insignifiant. La BM constate que cet investissement public ne
produit pas ce qu’elle appelle la permanence du développement ou sa
durabilité par la permanence des postes créés. Il y aurait une sorte
d’extinction des emplois créés durant la période de réalisation, non
remplacés par des emplois nécessités par la gestion de
l’investissement public en question une fois celui-ci achevé.
La BM s’est
attaquée, dans ce rapport, au fameux Fonds de régulation des
recettes, dont la mission serait terminée dès lors que celui-ci a
permis le remboursement par anticipation de la dette extérieure de
l’Algérie. Par ailleurs, elle demande au gouvernement de se montrer
prudent s’agissant de la gestion des finances publiques par le
cadrage budgétaire de la dépense publique qui doit être contenue.
L’aisance financière actuelle, due à l’augmentation des prix du
pétrole, peut connaître un retournement s’ils venaient à prendre le
chemin de la baisse. Elle suggère en outre de porter le prix de
référence du pétrole à 49 dollars le baril, au lieu de 19
actuellement, pour élaborer le budget de l’Etat. Elle est contre
toute augmentation de salaires qui ne correspondrait à aucune raison
économique.
A propos de cette
aisance financière, la BM signale qu’elle pourrait donner lieu à des
gaspillages et à la propagation de la corruption, qui sont
antinomiques de tout projet de développement sérieux. Il faut
rappeler que la BM sait ce dont elle parle puisqu’elle a classé
dernièrement l’Algérie à la 125e place selon les
facilités d’investissements offertes, ce qui est un très mauvais
classement. Transparency International, pour sa part, donnait un
rang similaire dans le classement de la corruption. Ce qui aurait dû
pousser les pouvoirs publics à engager une réflexion, qui tarde
toujours, s’agissant de connaître le pourquoi de ces mauvais
classements et le pourquoi de la faible performance du pays dans le
domaine du développement où rien de vraiment significatif n’a
jusqu’à présent été réalisé, à part les promesses qui ne manquent
pas.
Constatant, comme
tous les visiteurs étrangers venus faire des affaires dans le pays,
qu’il n’existe pas d’autorité économique avec qui discuter, la BM
suggère aux pouvoirs publics d’ériger au niveau du ministère des
Finances une banque de données alimentée régulièrement par des
rapports semestriels en provenance de tous les ministères en charge
de projets économiques ainsi que des wilayas. Cette suggestion
signifiant que c’est ce ministère qui serait en charge du pilotage
de l’ensemble des projets de développement initiés dans le pays, ce
qui paraît légitime en ce sens que c’est ce ministère qui contrôle
la dépense publique et qui fournit l’argent ; c’est donc à lui
qu’incombe la responsabilité d’en contrôler l’usage.
Les dernières
remarques de la BM concernent des points qui méritent qu’on s’y
intéresse. Par exemple, elle suggère que les statistiques de
l’évolution des secteurs vitaux devraient faire l’objet d’une
attention soutenue de la part de pouvoirs publics. L’institution se
montre par ailleurs très critique s’agissant de l’absence de
réformes dans le secteur de la santé, où elle observe un turn over
élevé ainsi que le développement du secteur privé qui conduit à
davantage de discrimination lorsqu’il s’agit de l’accès aux soins.
Cette discrimination est davantage marquée à la campagne.
Tout ceci bien
entendu ne peut avoir échappé aux observateurs de l’intérieur, qui
ne peuvent qu’être d’accord avec les observations de la Banque
mondiale qui, malheureusement, semble tenue à bonne distance du pays
par des pouvoirs publics qui ne veulent pas d’un contrôle externe,
fut-il conduit pour la bonne cause, c’est-à-dire dans l’intérêt de
la majorité des Algériens dont l’avis est ignoré par ceux la même
qui dirigent en son nom. Ici, joueurs et arbitre sont
interchangeables, comme le dit un adage de chez nous sous une forme
plus crue.
La BM ne peut se
prêter à ce jeu et il est malheureux que les autres acteurs
politiques qui se réclament de l’opposition partagent la même
inhibition à l’endroit du contrôle international au lieu de demander
précisément davantage de contrôle et d’audits internationaux de la
situation économique du pays, qui pourrait être en plus mauvais état
que ce qu’en a dit la Banque mondiale dans son rapport, où la
question de la croissance démographique n’est pas abordée alors
qu’elle doit être au centre de toutes les recommandations venant des
Instituions internationales qui se préoccupent du devenir des pays
dits en développement. Depuis la venue du président Bouteflika aux
affaires, pas moins de 3,5 millions d’individus (peut être même
quatre millions) sont venus s’ajouter aux 29,5 millions d’habitants
que comptait le pays à son arrivée. Alors que le gouvernement peine
à trouver des solutions à l’augmentation et à la rareté des produits
de première nécessité, que dire des logements et autres prestations
auxquels les gens aspirent.
Les institutions
internationales portent un œil objectif dans leur examen de la
situation économique et sociale d’un pays. Leur intérêt n’est pas de
favoriser une partie contre l’autre mais de montrer les erreurs à ne
pas faire compte tenu de leur grande expérience de la fréquentation
des pays mal lotis. Prenons leurs conseils pour ce qu’ils sont et ne
leur faisons pas de procès en sorcellerie que beaucoup, ici et
ailleurs, leur font lorsque les affaires vont mal… Ces institutions
ne gèrent pas à la place des politiques locaux. Alors que l’on dit
que le pays s’ouvre à l’extérieur, ce n’est pas le moment de le
fermer aux institutions internationales. Des rapports comme
celui-ci, tout comme celui du PNUD, doivent être les bienvenus et
devraient faire obligatoirement l’objet d’interpellations au
Parlement algérien. Si une institution internationale dit que les
choses ne vont pas bien dans le pays, les députés ont le devoir de
demander au gouvernement sa version des choses sans verser dans la
langue de bois et les accusations de complot et autres balivernes
dont le pays a été gavé dans le passé.
B. Hachemane
Haut
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