Semaine du 16 au 22 janvier 2008

 

L'éditorial

L’épreuve de force

 

 
 
 Editorial

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L’épreuve de force
L’échec du Pacte économique et social étant consommé alors qu’on comptait sur lui pour instaurer une paix sociale durable et profitable à des réformes officiellement consensuelles, c’est le retour à la case départ depuis la série de grèves nationales dans plusieurs secteurs névralgiques. Et depuis le réveil des veux démons du front social, c’est comme si tout était à refaire par tous les protagonistes, avec cette nuance de taille que si beaucoup de temps a été perdu par les syndicats, beaucoup en a été gagné par le gouvernement. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi malgré le peu d’aide que lui apporte une UGTA en perte de vitesse, ce dernier semble tenir bon face à la pression des syndicats autonomes et ne manifeste aucune intention de faire marche arrière dans sa réforme de la Fonction publique après avoir engagé les chantiers des statuts particuliers et de la nouvelle grille des salaires.

Ce qui, en revanche, évoque un cas de statu quo, c’est la tournure que prend le bras de fer engagé à la manière d’un premier round d’observation et d’évaluation du rapport de force. Le fait est perceptible dans plus d’un aspect. C’est ce dont témoigne, en tout cas, l’annonce du gouvernement de son attachement au dialogue, sans pour autant signifier une invitation claire ne ce sens ni que soient proposés une date et un ordre du jour à des partenaires bien définis. Sans qu’il y ait de dialogue, en somme. En face, les syndicats autonomes menacent de continuer à faire ce qu’ils savent faire, c’est-à-dire organiser des grèves dont l’étendue demeure sujette à débat, sans dire ce qu’ils envisageraient si la situation d’impasse actuelle devait se prolonger.

A vrai dire, en faisant traîner les choses, le gouvernement table surtout sur leur essoufflement et mise sur leurs divisions qu’ils ne manquent pas d’étaler au grand jour. Car ce qui était leur élément de force, cette diversité qui leur permis de contourner la Centrale syndicale UGTA et de s’implanter dans différents secteurs, risque aujourd’hui de devenir leur faiblesse et les jeter dans une course à la surenchère qui pourrait ne pas profiter à leur cause. Il faut se dire aussi que, dans la phase actuelle, en se contenant d’observer l’évolution des choses avant de se décider à trouver la réponse qui arrangerait au mieux ses affaires, le gouvernement cherche surtout à savoir de combien de temps il dispose encore. Temps qu’il souhaite mettre à profit pour accélérer la promulgation du nouveau dispositif encadrant les fonctionnaires, tous les fonctionnaires, et réussir à mettre devant le fait accompli les syndicats autonomes devant une politique qui aura à ce moment force de loi.

Voilà où en est la situation dont l’issue est malheureusement incertaine et seuls les prochains jours permettront d’y voir plus clair.

Ce qui est acquis, en revanche, c’est que le problème de fond n’est toujours pas en voie de règlement : ni la crise du champ syndical, créée et alimentée par le refus d’un pluralisme véritable ni la crise du pouvoir d’achat qui en cristallise l’action et demeure de facteur de mobilisation des salariés.

C’est pourtant sur ces deux questions que le FLN a réussi à déborder tous ses adversaires à l’issue d’un long travail politique qui s’est soldé par la prise de la chefferie du gouvernement. En prenant la tête de la revendication pour la hausse des salaires, à contresens d’un Ahmed Ouyahia victime de ses demi mots, Abdelaziz Belkhadem a donné l’illusion qu’il était à la fois en phase avec les syndicats autonomes, en particulier, et avec la demande sociale en général. Pour peu, il aurait réussi à personnifier à lui tout seul cette bonne vieille gauche du FLN du bon vieux temps du socialisme. Il faut reconnaître à l’actuel chef du gouvernement d’avoir tenu parole. Des augmentations de salaire, il y en a eu et pas seulement, puisqu’une série de réformes a été lancée dans la foulée, comme en un package unique. Mais la hausse en question a-t-elle été suffisante pour entraîner tout le monde dans une euphorie générale, assez consistante pour pousser le monde du travail à quelques concessions ou, au moins, vider les syndicats de leurs revendications ? Les travailleurs ont-il gagné au change avec une dépermanisation mieux organisée et une précarité de l’emploi instaurée sous couleur de compétitivité, contre quelques centaines de dinars en plus vite rattrapés par les flambées des produits de première nécessité ? A en croire le mécontentement des syndicats, pas du tout !

On objecterait que cette agitation, ce chahut d’adultes (pour paraphraser un commentateur bien inspiré) retomberait à néant à mesure que les statuts particuliers voient le jour et que les hausses des salaires parviennent alors à éteindre la colère chez un secteur après l’autre. Ce serait alors prendre la question pour une affaire purement technique. Le fait est que les syndicats, quelle que soit leur maturité, leur force ou leur degré d’organisation, ont la particularité de penser qu’en réalité, une hausse des salaires ne servirait absolument à rien. Politiquement, elle ne saurait diminuer de leur exigence de reconnaissance par les pouvoirs publics. Economiquement, elle n’est d’aucun effet au sein d’un modèle ne produisant pas assez de richesses pour ses besoins et dans un marché totalement dépendant de ses importations. Mais là s’arrête le travail des syndicats et commence celui des hommes politiques. Et c’est à ce moment que l’on constate à quel point notre classe politique est défaillante, car c’est dans des épreuves pareilles que la force de proposition des partis émerge et parvient à structurer les clivages sur les questions nationales pour dégager les alternatives nécessaires.

Nabil Benali

 

 

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