Semaine du 16 au 22 janvier 2008

 

Accords de partenariat économique avec l’UE

L’Afrique résiste

Le Maroc et le Polisario se sont revus aux Etats-Unis

Manhasset III ravale son échec

Politique et civilisation

La révolution de Nicolas Sarkozy

 

 
 
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 Accords de partenariat économique avec l’UE

L’Afrique résiste

Jamais un thème n’aura autant réussi à mobiliser en Afrique. Les Accords de partenariat économique (APE), des accords de libre-échange entre l’Union européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), font l’objet d’un rejet quasi unanime dans les pays africains concernés. Opérateurs économiques, syndicats, travailleurs, agriculteurs, intellectuels, société civile, associations de femmes et parfois même des chefs d’Etats se mobilisent contre ces accords. Une mobilisation qui s’étend même à la diaspora africaine en Europe.

 «Non aux APE», «oui aux accords de partenariat pour le développement», scandaient les milliers de participants à la marche nationale du lundi 7 janvier 2008, qui a eu lieu dans la capitale sénégalaise à l’appel de la coalition contre les APE.

Mais, conscients que le refus pour le refus ne peut constituer une solution aux problèmes de l’Afrique, les anti-APE souhaitent plutôt l’ouverture d’un dialogue avec l’Europe afin de construire un partenariat pour la croissance et le développement dans le continent. La position exprimée par le président sénégalais, Abdoulaye Wade, lors du sommet UE/ACP qui s’est tenu à Lisbonne (Portugal) en décembre 2007, réconforte la position des anti-APE. Le président de Sao Tomé et Principe, M. Fradique de Menezes, a lui aussi refusé catégoriquement l’adhésion aux APE avec l'UE, considérant qu’une telle adhésion serait «un choc trop fort» pour l’économie de ce pays mono exportateur de cacao.

Même les églises ont exprimé leur opposition à la signature des APE. Les dirigeants des églises d’Afrique australe (Ouganda, Burundi, Kenya, Rwanda et Tanzanie) avaient, très tôt, alerté les gouvernements africains concernés sur les dangers de ces accords, les invitant à ne pas les signer. «Les échanges commerciaux entre l’UE et les ACP seront plus déséquilibrés qu’avant. Les ACP vont définitivement perdre le contrôle du commerce avec la signature des APE», affirme un communiqué des églises de l’Afrique australe rendu public en novembre 2007.

«La construction d’un nouveau partenariat Europe-Afrique demande à la fois du temps, de la cohérence et une prise en compte des déséquilibres de pouvoirs économique et politique et des ambitions légitimes de chaque peuple», lit-on dans l’«Appel aux peuples d’Afrique à l’opinion publique européenne et internationale» lancé par la coalition à l’occasion de la marche de Dakar.

En effet, les APE ce ne sont pas autre chose que la création d’une zone de libre-échange entre les pays d’Afrique et l’Union européenne. Avec tout ce que cela implique pour les producteurs africains, aussi bien dans l’industrie que l’agriculture, comme perte de revenus sur leur propre marché qui sera envahi par les produits en provenance d’Europe. Et, comme l’affirme le président du Conseil national du patronat sénégalais (CNP), M. Baïdy Agne, «aucun chef d’entreprise aussi "africain, républicain, patriote" soit-il, ne saurait maintenir ses investissements et préserver des emplois dans des secteurs non-compétitifs dans le cadre de l’APE».

Quant à l’accès des produits africains sur le marché européen, c’est une autre histoire. L’expérience a montré que les Européens (les pays Occidentaux en général) sont très frileux lorsqu’il s’agit d’importation de biens en provenance de pays en voie de développement. La barrière des «normes» est bien là comme gardienne indéfectible du marché européen.

Les ACP sont l’aboutissement d’une série de conventions et d’accords signés entre l’Afrique et l’UE au titre de «partenariat» entre les deux ensembles. Le processus a commencé pendant de la colonisation occidentale de l’Afrique, à travers le Traité de Rome du 25 mars 1957 avec le régime d’association des Pays et territoires d’Outre-mer (PTOM). Puis, à l’indépendance des Etats africains, par les Conventions successives de Yaoundé I et II (1963 et 1969), de Lomé I, II, III, IV et IV-bis (1975, 1980, 1985, 1990, 1995), et enfin de l’Accord de Cotonou de juin 2000 qui a été révisé cinq années plus tard.

De l’ensemble de ces processus de «partenariat» avec l’Europe, l’Afrique n’en est pas sortie avec grand-chose. Ses pays restent des fournisseurs de matière première, quand ils ne sont pas en proie à des conflits fratricides à cause justement de ces richesses (pétrole, or, diamants, cacao, café, coton…).

Si pendant tout le processus, les idées ont toujours été claires chez les Etats européens, les pays africains ont très souvent perdu du temps sans savoir dans quelle direction il fallait vraiment s’orienter pour arriver à décrocher et imposer un partenariat équitable pour les deux parties. L’Afrique n’a même pas pu réaliser les objectifs d’intégration économique régionale, l’élaboration du cadre de référence de l’APE ni la formulation des programmes de mise à niveau pour les négocier avec la partie européenne.

Tout cela est vrai. Mais rien ne justifie que l’Afrique jette le peu d’industrie qui lui reste dans la gueule du loup ni qu’elle sacrifie son agriculture. Et puis, franchement, il faut ne pas oublier que les priorités pour l’Europe sont le désarmement tarifaire progressif ainsi que la flexibilité et l’asymétrie dans les échanges. Alors que pour l’Afrique, il s’agit plutôt de la mise à niveau de son secteur productif, du renforcement de ses capacités productives et de l’intégration économique régionale, avant de passer à l’étape des Accords de partenariat économique.

Le manque de visibilité sur les impacts positifs et négatifs des ACP est tel que le secteur privé africain ne cache pas ses craintes et refuse même l’aboutissement de ce processus en l’état actuel des choses. Devant une situation inchangée des pays africains, et tant que certains d’entre eux émargent au titre des Pays pauvres très endettés (PPTE) et de d’allègement de la dette multilatérale (IADM), il n’est pas possible de parler de partenariat «équitable» Afrique-Europe. Outre le «système négocié de préférence commerciale et de promotion du secteur privé », les APE prévoient aussi des dispositions de lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine. Deux sujets fétiches que les Européens adorent inclure dans toute négociation.

Pour l’instant, seule la Mauritanie s’est déclarée franchement favorable aux APE, après le feu vert de l’Assemblée nationale. A mi-chemin, le Ghana a préféré, quant à lui, signer un accord intérimaire de libre-échange avec l'Union européenne, qui lui permettra, dès cette année, d’exporter sur le marché européen sans limitation de quotas et sans droits de douane. Il ne s’agit là que d’une étape vers un APE dont les négociations se poursuivront en 2008.

Dans le reste des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, on reste très prudent sinon tout à fait contre ces accords. On l’a vu avec la marche des Sénégalais, mais on n’e pense pas moins au Niger, au Mali et dans d’autres pays concernés. Réunie le jour même de la marche de Dakar, la société civile malienne a, elle aussi, exprimé son refus des APE, considérant que leur signature «occasionnera un manque à gagner de 100 milliards de francs CFA (environ 153 millions d’euros) à la douane malienne», conséquence directe du démantèlement tarifaire.

Même son de cloche à Niamey, au Niger, où les anti-APE estiment que ces accords «portent en eux la désintégration des économies et institutions régionales et rendront impossible tout espoir d’intégration continentale et de tentative  de construction des marchés régionaux». La société civile nigérienne considère même que la réciprocité commerciale dont se prétendent les accords est «faussement symétrique et inéquitable» et prépare «l’invasion de nos marchés par les produits européens subventionnés». Les Nigériens prévoient des pertes de recettes douanières allant jusqu’à 26,75 milliards de francs CFA (environ 40 millions d’euros) par an en cas d’adhésion aux APE.

Tout le monde sait que les milliards promis par les Européens ne compenseront jamais, à moyen et long termes, les pertes économiques de l’Afrique. La «préférence» qui sera accordée aux produits africains ne règlera pas la question de leur compétitivité.

La mobilisation semble commencer à donner des fruits. L'Union européenne se dit disposée à reconnaître la pertinence de certaines critiques avancées contre les Accords de partenariat économique, en particulier concernant la question de l'ouverture complète des marchés. La porte de la renégociation n’est pas fermée.

Abdelkader Djalil

 

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Le Maroc et le Polisario se sont revus aux Etats-Unis

Manhasset III ravale son échec

Annoncé comme décisif, le troisième round des négociations n’a fait que confirmer les divergences profondes qui divisent les deux parties, après que Rabat ait renié tous ses engagements.

La rencontre Maroc-Front Polisario s’est tenue à huis clos, du 7 au 9 janvier dernier, à Manhasset, aux Etats-Unis, sous les auspices des Nations unies. Comme les précédentes, la troisième étape n’a pas dégagé de résultats palpables. Selon des observateurs, cela était prévisible tant les oppositions dans des problèmes de décolonisation sont grandes entre les belligérants. Pour d’autres, le conflit du Sahara occidental est avant tout une question d’application du droit international, aujourd’hui otage des intérêts des puissants de ce monde. Ils relèvent ainsi à la fois l’absence de délai dans l’agenda des négociations et le manque de fermeté du Conseil de sécurité de l’ONU envers Rabat, dont le seul souci est d’avaliser une souveraineté qui ne lui est pas acquise. 

La veille des pourparlers, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, s’est exprimé pour demander aux parties de «commencer à s’orienter vers une phase de discussions plus intensive et substantielle». Dans le même temps, il a reconnu la difficulté de «négocier une solution mutuellement acceptable». Le lendemain, M. Ki-Moon est revenu sur cette idée, signalant que la question sahraouie est «extrêmement complexe et difficile à régler». Il a cependant refusé de commenter la menace de reprise des hostilités brandie le mois passé par le Polisario, se limitant à dire aux deux parties de «se montrer constantes, patientes et persévérantes et (…) (de) régler cette question par le dialogue». De deux choses l’une : soit le secrétaire général de l’ONU n’a pas pris au sérieux le ras-le-bol des Sahraouis qui menacent de reprendre les armes si l’année en cours n’était pas «celle de la paix, de la liberté et de l’indépendance» ; soit il estime, en sa qualité de haut responsable onusien, au fait du rapport de force au sein du Conseil de sécurité, qu’il y a urgence à calmer les esprits pour éviter le pourrissement de la situation et l’embrasement au niveau de la région.

Coïncidence ou pas, cette région, convoitée particulièrement par les Etats-Unis et la France, est devenue, depuis quelques mois, la cible de terroristes islamistes affiliés à une section d’Al-Qaîda. L’annulation, pour la première fois, du rallye Paris-Dakar pour raison sécuritaire – une idée suggérée par les Français –, n’a, semble-t-il, pas livré tous ses secrets. Comme d’ailleurs la corrélation non élucidée entre certains événements, tels que les attentats commis le 11 décembre 2007 contre le siège de l’ONU à Alger, soit la veille de la tenue du 12e congrès du Front Polisario, les harcèlements d’Al-Jazira contre l’Algérie et la complicité de cette chaîne télévisée avec Al-Qaîda, ainsi que la rébellion des Touareg maliens et l’empressement des Américains, à placer des bases militaires dans la zone du Sahel.

Un 4e round de discussions annoncé en mars 2008

Manhasset III. Les délégations marocaine et sahraouie se sont séparées, mercredi dernier, sans parvenir à un accord commun sur les questions de fond. Comme en juin et août dernier, le chef de la délégation marocaine et néanmoins ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, a présenté l’initiative d’autonomie comme la base préalable pour des discussions «sérieuses», la qualifiant de «solution consensuelle». Son homologue sahraoui, également président du Parlement de la République sahraouie (RASD), Mahfoud Ali Beiba, a réitéré l'attachement du Polisario à un référendum d'autodétermination «libre et juste», qui offrirait au peuple sahraoui le choix entre l'option d'indépendance défendue par le mouvement national de libération et celle de l'autonomie proposée par le Maroc.

Même si les deux positions sont éloignées l’une de l’autre, elles ont des chances de se compléter car ayant comme dénominateur commun la population du Sahara occidental. Seulement, s’agirait-il de la population recensée par la Minurso (Mission de l’ONU pour un référendum au Sahara occidental) ou celle évoquée dans le plan Baker, qui englobe les Sahraouis et les Marocains installés dans les territoires occupés du Sahara occidental entre 1975 et 1999 ? Dans l’un des scénarios pessimistes, le royaume chérifien pourrait engager une nouvelle bataille autour de l’élargissement des listes des électeurs aux Marocains établis de 1999 à ce jour, sous le prétexte que le conflit perdure. Mais, pour l’instant, les deux parties ont convenu de se retrouver pour un quatrième round de négociations, du 11 au 13 mars 2008, au même endroit, pour faire entrer, cette fois, «le processus dans une phase de négociation plus intense et davantage axée sur le fond», selon les termes de l’envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU pour le Sahara occidental, Peter Van Walsum.

Pression sur les Marocains ou les Sahraouis ?

Ce dernier, à l’issue des travaux, a admis que «les parties ont continué d'exprimer de fortes divergences de vues sur les questions fondamentales en jeu». M. Van Walsum a en outre annoncé une tournée prochaine dans la région pour «des consultations approfondies». Il reste à savoir ce que l’envoyé personnel de Ban Ki-Moon entend par «négociations axée sur le fond». Se réfère-t-il à la position du Conseil de sécurité en faveur d’une «solution politique juste, durable et mutuellement acceptable» garantissant le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination ? Insinue-t-il que le Maroc doit regagner les rails de la légalité internationale ? Veut-il plutôt faire comprendre que le Polisario, tout comme le Maroc, doivent envisager une nouvelle manière de penser qui satisferait à la fois les membres influents du Conseil de sécurité et la libre expression des Sahraouis conformément aux résolutions onusiennes ?

Sans anticiper sur les événements, rappelons que le rôle de facilitateur et de médiateur joué par Peter Van Walsum, lors des trois sessions, n’a pas influé de façon radicale sur la position du Maroc, qui continue de camper sur sa proposition d'autonomie sous souveraineté du royaume. Au contraire, le silence observé par l’envoyé personnel devant la démarche unilatérale de la délégation marocaine est comprise, par certaines, comme des «largesses de la part de l’ONU», voire «une tentative délibérée de tronquer le principe de l’autodétermination d’un élément essentiel qu’est l’option d’indépendance». Cette hypothèse est à retenir dès lors que le recours légitime à la guerre de libération nationale, revendiqué par le Polisario, est torpillé par les Marocains, qui l’ont vite classé au rang d’«encouragement aux projets subversifs», tentant d’entretenir la confusion et même de trouver un lien avec le terrorisme qui frappe la région.

Sans verser dans l’alarmisme, le dossier du Sahara occidental se trouve aujourd’hui sur une pente raide, car le Maroc et les pays occidentaux alliés, voient dans les négociations le moyen d’exercer des pressions sur le Polisario, afin de l’obliger à se plier au plan marocain. Dans ce cas, le recours à la couverture de l'ONU est du domaine de la ruse, pour tromper la communauté internationale et lui faire cautionner la légitimité de la dénaturation d’un principe fondamental des droits de l’homme, à savoir : le droit à l'autodétermination de tout peuple colonial et colonisé.

Les choses peuvent pourtant changer dans le sens positif, d’autant que la communauté internationale est consciente des enjeux actuels. Pourtant, elle doit s’impliquer résolument dans les négociations pour donner des chances réelles au processus de paix d'aboutir et amener le Conseil de sécurité à se prononcer avec précision sur la partie qui ne cesse de violer la légalité internationale.

Z’hor Chérief

 

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Politique et civilisation

La révolution de Nicolas Sarkozy

Pouvoir, changer, construire, choquer, oser, améliorer, réconcilier, progresser, consolider et s’affirmer. Ce sont là les verbes-outils qu’utilise le Président français pour marquer son époque. Nicolas Sarkozy veut aller plus loin dans sa révolution et c’est le verbe «décider» qui en est le mot clé. Avec un volontarisme inhabituel dans ce pays, il compte rendre plus rayonnante la France. La France s’est réveillée le 7 janvier 2008 sur un nouveau son de cloche. Un ton qui n’a pas le temps de regarder derrière mais vers l’avenir.

«Je suis là pour prendre des décisions», dixit le Président français dans l’une de ses plus importantes sorties publiques après son élection à l’Elysée depuis huit mois. Fidèle à lui-même, Sarkozy en a pris tellement au point que les Français ne l’ont pas cru, étonnés de l’ampleur de «la politique de la  civilisation» qu’il entend mener pour occasionner une deuxième «renaissance française» au sein d’une Europe tournée vers le Bassin méditerranéen. Très ambitieux, le projet titanesque, c’est le cas de le dire, du «très volontariste» président Sarkozy qui veut subjuguer un certain laxisme qui a fait de la France un pays à la traîne du G8. Il veut dépoussiérer la France chiraquienne de sa lourdeur.

«Essayons d’autres voies», a clamé Nicolas Sarkozy, déterminé à oser le changement. Et c’est loin d’une idée caricaturale de son projet révolutionnaire que l’architecte de la deuxième révolution française esquisse sa politique. Dix grands chantiers sont annoncés, dont trois internationaux. En effet, Sarkozy veut entamer sa révolution tout en pensant à un nouvel ordre mondial. Réaliser son rêve méditerranéen tout en pensant à l’élargissement du G8 à la Chine, l’Afrique du sud, le Pakistan et l’Inde et élargir le Conseil de sécurité au Japon, l’Allemagne, le Brésil, l’Inde et un pays africain. 

Petite ou grande révolution, c'est donc sur ce fond que Nicolas Sarkozy va décliner sa deuxième étape du quinquennat annoncée à l'occasion des vœux prononcés le 31 décembre. L’éEcole, l’hôpital, l’environnement, l’énergie, la recherche scientifique, la culture et l’agriculture. Il sera question d’une nouvelle dynamique à insuffler à la France. En attendant qu’elle révèle tous ses secrets, la politique de civilisation qu'il entend défendre est à ses yeux ce qu'elle est censée recouvrir concrètement.

La réconciliation et la politique des quotas

Fait inédit, le Président français évoque de plus en plus la réconciliation. Il veut réconcilier les Français avec l’histoire de leur civilisation et l’Européen avec son identité. Alors qu’il prône la diversité en France, il se base sur une politique des quotas. Est-ce une nouvelle forme de discrimination positive ou une formule égalitaire ? Le Président ne l’explique pas. Difficile à faire qu’à croire, eu égard au paradoxe entraîné par la bioéthique et la volonté d’aller vers l’analyse d’ADN de ressortissants français. Il promet des résultats.

Sceptiques quant au contexte des vraies préoccupations des Français, à savoir le pouvoir d'achat, la hausse du coût de la vie, l’emploi, les retraites et encore une fois la croissance dont on prédit qu'elle sera la fausse note en 2008, ne garantit pas, selon ses détracteurs, «qu'il y parvienne de la façon dont il l'imaginait». Mais M. Sarkozy, conscient des défis et des enjeux qui l’attendent, veut y croire. Il veut surprendre. Il rejette la mondialisation subie. Celle qui inhibe et démobilise. Il faut repousser les choses dans le bon sens. Et le bon sens, selon lui, est de continuer la recherche des voies et moyens pour s’en sortir. C’est réorienter le gouvernail à chaque fois que les vents le font bouger. Sarkozy tente de tenir le taureau par les cornes. «Point d’hésitation, il faut aller de l’avant», se défend-il tout en reconnaissant ses erreurs qu’il faut assumer pour les corriger.

Les municipales en embuscade

L’opposition sait que «dire ce n'est pas faire». Elle croit que tout ce qui se dit et/ou se fait à l’Elysée «ne déroge pas aux coup d’artifices utilisés par le passé», allusion faite à la mise en zoom de la vie privée du Président, pour éviter de parler du pouvoir d'achat ou de la croissance. Deux chapes de plomb où Sarkozy est très attendu. L’opposition se demande déjà si, dans la majorité, on ne cherche pas, tout simplement, à gagner du temps parce que «l'on sait que les lendemains d'élections municipales seront difficiles».

La France prend la présidence de l'Union européenne le 1er juillet prochain, l’obligeant à avoir des comptes assainis, ce qui pourrait conduire le gouvernement à opter pour une politique de rigueur qui ne ferait qu'ajouter aux inquiétudes des Français. Mais malgré le handicap d'une situation internationale défavorable et en l'absence d'un contexte économique porteur, le Président devrait notamment décliner les thèmes annoncés à l'occasion de ses vœux aux Français. Un exercice difficile et déterminant pour les élections municipales à venir, dont la majorité entend faire un enjeu national. Intraitable, l’opposition prédit que l'état de grâce n'est pour certains que peu durable. Et l’optimisme débridé ne doit pas se substituer à une réalité, qu’hormis à l'UMP où l’on croit que Nicolas Sarkozy peut changer le cours des choses. Mais avec les coûts de l'énergie, avec la crise des subprimes aux Etats-Unis, avec le retour annoncé de l'inflation et avec les maigres perspectives de croissance pour 2008, le contexte international tend objectivement à infirmer les ambitions de Sarkozy. On se demande, en effet, comment un homme seul, même armé d'une grande volonté, peut suffire à la tâche. Pour les moins enthousiastes, les inquiétudes des Français, appelés à composer avec des illusions,  ne font que commencer. Sarkozy, lui, veut rassembler tous les Français et les embarquer sur la voie de la civilisation pour «tenir tous les engagements pris». S’est-il armé pour la circonstance ? Il dit vouloir montrer que «la France ne baisse pas les bras et veut changer de logique économique». Pour ce faire, il faut, selon la formule «suivez mon regard», mesurer la croissance autrement, estime-t-il et ce, pour réduire l'écart entre la perception qu'ont les Français de leur situation et les outils statistiques qui font état d'un progrès continu. Et pour y parvenir, il a donc chargé deux prix Nobel d'économie, Joseph Stieglitz et Amartya Sen, de réfléchir à de nouveaux éléments de mesure.

Sarkozy ne cache pas s’être inspiré du concept de «politique de civilisation» développé par le sociologue Edgar Morin(1). Ce dernier s'est déclaré «très attentif» aux propos du Président, mardi 8 janvier, durant sa conférence de presse, et se dit «prêt à entrer dans un débat» autour du concept auquel le chef de l'Etat français a fait référence.

Selon cet émérite sociologue, le bouillon Sarkozy «marie» certains des thèmes, notamment l'idée qu'il faut faire primer la qualité sur la quantité, le mieux sur le plus. Mais il y a encore beaucoup de «plus» dans ce qu'il dit. «La croissance, la quantité d'heures de travail...», a-t-il déclaré quelques heures seulement après la prestation du locataire de l’Elysée.

Sarkozy et le rêve de France locomotive 

Des quotas dans la gestion de l'immigration : «Cela fait trop longtemps qu'on en parle. Tout le monde sait que c'est la seule solution. Eh bien, il faut franchir le pas et arrêter de vouloir protéger les uns, ne pas choquer les autres.» Le président a affirmé que les socialistes au pouvoir en Italie (gouvernement de Romano Prodi) et en Espagne (José Luis Zapatero) voulaient mettre en place des expulsions collectives. Les deux péninsules ont d’ailleurs mis fin à la régularisation massive des sans-papiers. Par ailleurs, si Bruxelles opte pour l’émigration comme solution à une Europe vieillissante, Sarkozy, qui en prendra la présidence tournante en juillet prochain, tente de convaincre ses pairs de la pertinence des thèses françaises. La France, symbole de la déclaration universelle des droits de l’homme, en veut au regroupement familial avant d’opter pour l’«émigration utile» et piétiner les droits basiques des Français d’«en bas», dans les banlieues. Le Président français n’a pas éludé de «teinter» le pouvoir en France de couleurs ethniques. Il compte imiter les USA pour permettre l’introduction de compétences de différentes origines et couleurs pour occuper des postes, au même titre que les Français de souche. Mais que cache l’envers du décor ? Que va-t-il répondre pour convaincre les voisins de la rive sud de la Méditerranée pour adhérer à son projet civilisationnel  alors qu’au Nord, on se prépare à procéder à des exclusions collectives et mettre dans l’embarras les gouvernements nord-africains, syrien et libanais ? Quelle place réserve-t-on aux gouvernements qu’il soutient pour qu’il n’y ait pas de gouvernement talibans en Mauritanie et en Algérie notamment ?

Nicolas Sarkozy semble, d’après ses compatriotes, aller trop vite en besogne. Il veut embarquer tout le monde à la fois, immédiatement, sans expliquer qui est qui, qui fait quoi et que veulent les uns et les autres, à moins qu’il croie que tout le monde soit convaincu d’un rêve d’une arche clouée au sol par des réalités amèrement contradictoires. Et, bien évidemment, des sujets plus terre-à-terre. A force d’oser ramer dans tous les sens, le flux cassera immanquablement la barque ! On ne le souhaite pas, loin de là, pour le bien des civilisations au destin commun. Certainement pas pour l’affrontement.

Salah Bey      

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(1) Edgar Morin, auteur en 1997 d'un livre intitulé Pour une politique de civilisation.

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