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Accords
de partenariat économique avec l’UE
L’Afrique
résiste
Jamais un thème
n’aura autant réussi à mobiliser en Afrique. Les Accords de
partenariat économique (APE), des accords de libre-échange entre
l’Union européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du
Pacifique (ACP), font l’objet d’un rejet quasi unanime dans les pays
africains concernés. Opérateurs économiques, syndicats,
travailleurs, agriculteurs, intellectuels, société civile,
associations de femmes et parfois même des chefs d’Etats se
mobilisent contre ces accords. Une mobilisation qui s’étend même à
la diaspora africaine en Europe.
«Non aux APE»,
«oui aux accords de partenariat pour le développement», scandaient
les milliers de participants à la marche nationale du lundi 7
janvier 2008, qui a eu lieu dans la capitale sénégalaise à l’appel
de la coalition contre les APE.
Mais, conscients
que le refus pour le refus ne peut constituer une solution aux
problèmes de l’Afrique, les anti-APE souhaitent plutôt l’ouverture
d’un dialogue avec l’Europe afin de construire un partenariat pour
la croissance et le développement dans le continent. La position
exprimée par le président sénégalais, Abdoulaye Wade, lors du sommet
UE/ACP qui s’est tenu à Lisbonne (Portugal) en décembre 2007,
réconforte la position des anti-APE. Le président de Sao Tomé et
Principe, M. Fradique de Menezes, a lui aussi refusé catégoriquement
l’adhésion aux APE avec l'UE, considérant qu’une telle adhésion
serait «un choc trop fort» pour l’économie de ce pays mono
exportateur de cacao.
Même les églises
ont exprimé leur opposition à la signature des APE. Les dirigeants
des églises d’Afrique australe (Ouganda, Burundi, Kenya, Rwanda et
Tanzanie) avaient, très tôt, alerté les gouvernements africains
concernés sur les dangers de ces accords, les invitant à ne pas les
signer. «Les échanges commerciaux entre l’UE et les ACP seront plus
déséquilibrés qu’avant. Les ACP vont définitivement perdre le
contrôle du commerce avec la signature des APE», affirme un
communiqué des églises de l’Afrique australe rendu public en
novembre 2007.
«La construction
d’un nouveau partenariat Europe-Afrique demande à la fois du temps,
de la cohérence et une prise en compte des déséquilibres de pouvoirs
économique et politique et des ambitions légitimes de chaque
peuple», lit-on dans l’«Appel aux peuples d’Afrique à l’opinion
publique européenne et internationale» lancé par la coalition à
l’occasion de la marche de Dakar.
En effet, les APE
ce ne sont pas autre chose que la création d’une zone de
libre-échange entre les pays d’Afrique et l’Union européenne. Avec
tout ce que cela implique pour les producteurs africains, aussi bien
dans l’industrie que l’agriculture, comme perte de revenus sur leur
propre marché qui sera envahi par les produits en provenance
d’Europe. Et, comme l’affirme le président du Conseil national du
patronat sénégalais (CNP), M. Baïdy Agne, «aucun chef d’entreprise
aussi "africain, républicain, patriote" soit-il, ne saurait
maintenir ses investissements et préserver des emplois dans des
secteurs non-compétitifs dans le cadre de l’APE».
Quant à l’accès
des produits africains sur le marché européen, c’est une autre
histoire. L’expérience a montré que les Européens (les pays
Occidentaux en général) sont très frileux lorsqu’il s’agit
d’importation de biens en provenance de pays en voie de
développement. La barrière des «normes» est bien là comme gardienne
indéfectible du marché européen.
Les ACP sont
l’aboutissement d’une série de conventions et d’accords signés entre
l’Afrique et l’UE au titre de «partenariat» entre les deux
ensembles. Le processus a commencé pendant de la colonisation
occidentale de l’Afrique, à travers le Traité de Rome du 25 mars
1957 avec le régime d’association des Pays et territoires
d’Outre-mer (PTOM). Puis, à l’indépendance des Etats africains, par
les Conventions successives de Yaoundé I et II (1963 et 1969), de
Lomé I, II, III, IV et IV-bis (1975, 1980, 1985, 1990, 1995), et
enfin de l’Accord de Cotonou de juin 2000 qui a été révisé cinq
années plus tard.
De l’ensemble de
ces processus de «partenariat» avec l’Europe, l’Afrique n’en est pas
sortie avec grand-chose. Ses pays restent des fournisseurs de
matière première, quand ils ne sont pas en proie à des conflits
fratricides à cause justement de ces richesses (pétrole, or,
diamants, cacao, café, coton…).
Si pendant tout le
processus, les idées ont toujours été claires chez les Etats
européens, les pays africains ont très souvent perdu du temps sans
savoir dans quelle direction il fallait vraiment s’orienter pour
arriver à décrocher et imposer un partenariat équitable pour les
deux parties. L’Afrique n’a même pas pu réaliser les objectifs
d’intégration économique régionale, l’élaboration du cadre de
référence de l’APE ni la formulation des programmes de mise à niveau
pour les négocier avec la partie européenne.
Tout cela est
vrai. Mais rien ne justifie que l’Afrique jette le peu d’industrie
qui lui reste dans la gueule du loup ni qu’elle sacrifie son
agriculture. Et puis, franchement, il faut ne pas oublier que les
priorités pour l’Europe sont le désarmement tarifaire progressif
ainsi que la flexibilité et l’asymétrie dans les échanges. Alors que
pour l’Afrique, il s’agit plutôt de la mise à niveau de son secteur
productif, du renforcement de ses capacités productives et de
l’intégration économique régionale, avant de passer à l’étape des
Accords de partenariat économique.
Le manque de
visibilité sur les impacts positifs et négatifs des ACP est tel que
le secteur privé africain ne cache pas ses craintes et refuse même
l’aboutissement de ce processus en l’état actuel des choses. Devant
une situation inchangée des pays africains, et tant que certains
d’entre eux émargent au titre des Pays pauvres très endettés (PPTE)
et de d’allègement de la dette multilatérale (IADM), il n’est pas
possible de parler de partenariat «équitable» Afrique-Europe. Outre
le «système négocié de préférence commerciale et de promotion du
secteur privé », les APE prévoient aussi des dispositions de lutte
contre le terrorisme et l’immigration clandestine. Deux sujets
fétiches que les Européens adorent inclure dans toute négociation.
Pour l’instant,
seule la Mauritanie s’est déclarée franchement favorable aux APE,
après le feu vert de l’Assemblée nationale. A mi-chemin, le Ghana a
préféré, quant à lui, signer un accord intérimaire de libre-échange
avec l'Union européenne, qui lui permettra, dès cette année,
d’exporter sur le marché européen sans limitation de quotas et sans
droits de douane. Il ne s’agit là que d’une étape vers un APE dont
les négociations se poursuivront en 2008.
Dans le reste des
pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, on reste très prudent
sinon tout à fait contre ces accords. On l’a vu avec la marche des
Sénégalais, mais on n’e pense pas moins au Niger, au Mali et dans
d’autres pays concernés. Réunie le jour même de la marche de Dakar,
la société civile malienne a, elle aussi, exprimé son refus des APE,
considérant que leur signature «occasionnera un manque à gagner de
100 milliards de francs CFA (environ 153 millions d’euros) à la
douane malienne», conséquence directe du démantèlement tarifaire.
Même son de cloche
à Niamey, au Niger, où les anti-APE estiment que ces accords
«portent en eux la désintégration des économies et institutions
régionales et rendront impossible tout espoir d’intégration
continentale et de tentative de construction des marchés
régionaux». La société civile nigérienne considère même que la
réciprocité commerciale dont se prétendent les accords est
«faussement symétrique et inéquitable» et prépare «l’invasion de nos
marchés par les produits européens subventionnés». Les Nigériens
prévoient des pertes de recettes douanières allant jusqu’à 26,75
milliards de francs CFA (environ 40 millions d’euros) par an en cas
d’adhésion aux APE.
Tout le monde sait
que les milliards promis par les Européens ne compenseront jamais, à
moyen et long termes, les pertes économiques de l’Afrique. La
«préférence» qui sera accordée aux produits africains ne règlera pas
la question de leur compétitivité.
La mobilisation
semble commencer à donner des fruits. L'Union européenne se dit
disposée à reconnaître la pertinence de certaines critiques avancées
contre les Accords de partenariat économique, en particulier
concernant la question de l'ouverture complète des marchés. La porte
de la renégociation n’est pas fermée.
Abdelkader
Djalil
Haut
Le Maroc et le Polisario se sont revus aux
Etats-Unis
Manhasset
III ravale son échec
Annoncé comme
décisif, le troisième round des négociations n’a fait que confirmer
les divergences profondes qui divisent les deux parties, après que
Rabat ait renié tous ses engagements.
La rencontre
Maroc-Front Polisario s’est tenue à huis clos, du 7 au 9 janvier
dernier, à Manhasset, aux Etats-Unis, sous les auspices des Nations
unies. Comme les précédentes, la troisième étape n’a pas dégagé de
résultats palpables. Selon des observateurs, cela était prévisible
tant les oppositions dans des problèmes de décolonisation sont
grandes entre les belligérants. Pour d’autres, le conflit du Sahara
occidental est avant tout une question d’application du droit
international, aujourd’hui otage des intérêts des puissants de ce
monde. Ils relèvent ainsi à la fois l’absence de délai dans l’agenda
des négociations et le manque de fermeté du Conseil de sécurité de
l’ONU envers Rabat, dont le seul souci est d’avaliser une
souveraineté qui ne lui est pas acquise.
La veille des
pourparlers, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon,
s’est exprimé pour demander aux parties de «commencer à
s’orienter vers une phase de discussions plus intensive et
substantielle». Dans le même temps, il a reconnu la difficulté
de «négocier une solution mutuellement acceptable». Le
lendemain, M. Ki-Moon est revenu sur cette idée, signalant que la
question sahraouie est «extrêmement complexe et difficile à
régler». Il a cependant refusé de commenter la menace de reprise
des hostilités brandie le mois passé par le Polisario, se limitant à
dire aux deux parties de «se montrer constantes, patientes et
persévérantes et (…) (de) régler cette question par le
dialogue». De deux choses l’une : soit le secrétaire général de
l’ONU n’a pas pris au sérieux le ras-le-bol des Sahraouis qui
menacent de reprendre les armes si l’année en cours n’était pas
«celle de la paix, de la liberté et de l’indépendance» ; soit il
estime, en sa qualité de haut responsable onusien, au fait du
rapport de force au sein du Conseil de sécurité, qu’il y a urgence à
calmer les esprits pour éviter le pourrissement de la situation et
l’embrasement au niveau de la région.
Coïncidence ou
pas, cette région, convoitée particulièrement par les Etats-Unis et
la France, est devenue, depuis quelques mois, la cible de
terroristes islamistes affiliés à une section d’Al-Qaîda.
L’annulation, pour la première fois, du rallye Paris-Dakar pour
raison sécuritaire – une idée suggérée par les Français –, n’a,
semble-t-il, pas livré tous ses secrets. Comme d’ailleurs la
corrélation non élucidée entre certains événements, tels que les
attentats commis le 11 décembre 2007 contre le siège de l’ONU à
Alger, soit la veille de la tenue du 12e congrès du Front
Polisario, les harcèlements d’Al-Jazira contre l’Algérie et la
complicité de cette chaîne télévisée avec Al-Qaîda, ainsi que la
rébellion des Touareg maliens et l’empressement des Américains, à
placer des bases militaires dans la zone du Sahel.
Un 4e
round de discussions annoncé en mars 2008
Manhasset III. Les
délégations marocaine et sahraouie se sont séparées, mercredi
dernier, sans parvenir à un accord commun sur les questions de fond.
Comme en juin et août dernier, le chef de la délégation marocaine et
néanmoins ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, a présenté
l’initiative d’autonomie comme la base préalable pour des
discussions «sérieuses», la qualifiant de «solution
consensuelle». Son homologue sahraoui, également président du
Parlement de la République sahraouie (RASD), Mahfoud Ali Beiba, a
réitéré l'attachement du Polisario à un référendum
d'autodétermination «libre et juste», qui offrirait au peuple
sahraoui le choix entre l'option d'indépendance défendue par le
mouvement national de libération et celle de l'autonomie proposée
par le Maroc.
Même si les deux
positions sont éloignées l’une de l’autre, elles ont des chances de
se compléter car ayant comme dénominateur commun la population du
Sahara occidental. Seulement, s’agirait-il de la population recensée
par la Minurso (Mission de l’ONU pour un référendum au Sahara
occidental) ou celle évoquée dans le plan Baker, qui englobe les
Sahraouis et les Marocains installés dans les territoires occupés du
Sahara occidental entre 1975 et 1999 ? Dans l’un des scénarios
pessimistes, le royaume chérifien pourrait engager une nouvelle
bataille autour de l’élargissement des listes des électeurs aux
Marocains établis de 1999 à ce jour, sous le prétexte que le conflit
perdure. Mais, pour l’instant, les deux parties ont convenu de se
retrouver pour un quatrième round de négociations, du 11 au 13 mars
2008, au même endroit, pour faire entrer, cette fois, «le
processus dans une phase de négociation plus intense et davantage
axée sur le fond», selon les termes de l’envoyé personnel du
secrétaire général de l'ONU pour le Sahara occidental, Peter Van
Walsum.
Pression sur
les Marocains ou les Sahraouis ?
Ce dernier, à
l’issue des travaux, a admis que «les parties ont continué
d'exprimer de fortes divergences de vues sur les questions
fondamentales en jeu». M. Van Walsum a en outre annoncé une
tournée prochaine dans la région pour «des consultations
approfondies». Il reste à savoir ce que l’envoyé personnel de Ban
Ki-Moon entend par «négociations axée sur le fond». Se réfère-t-il à
la position du Conseil de sécurité en faveur d’une «solution
politique juste, durable et mutuellement acceptable» garantissant le
droit du peuple sahraoui à l'autodétermination ? Insinue-t-il que le
Maroc doit regagner les rails de la légalité internationale ?
Veut-il plutôt faire comprendre que le Polisario, tout comme le
Maroc, doivent envisager une nouvelle manière de penser qui
satisferait à la fois les membres influents du Conseil de sécurité
et la libre expression des Sahraouis conformément aux résolutions
onusiennes ?
Sans anticiper sur
les événements, rappelons que le rôle de facilitateur et de
médiateur joué par Peter Van Walsum, lors des trois sessions, n’a
pas influé de façon radicale sur la position du Maroc, qui continue
de camper sur sa proposition d'autonomie sous souveraineté du
royaume. Au contraire, le silence observé par l’envoyé personnel
devant la démarche unilatérale de la délégation marocaine est
comprise, par certaines, comme des «largesses de la part de l’ONU»,
voire «une tentative délibérée de tronquer le principe de
l’autodétermination d’un élément essentiel qu’est l’option
d’indépendance». Cette hypothèse est à retenir dès lors que le
recours légitime à la guerre de libération nationale, revendiqué par
le Polisario, est torpillé par les Marocains, qui l’ont vite classé
au rang d’«encouragement aux projets subversifs», tentant
d’entretenir la confusion et même de trouver un lien avec le
terrorisme qui frappe la région.
Sans verser dans
l’alarmisme, le dossier du Sahara occidental se trouve aujourd’hui
sur une pente raide, car le Maroc et les pays occidentaux alliés,
voient dans les négociations le moyen d’exercer des pressions sur le
Polisario, afin de l’obliger à se plier au plan marocain. Dans ce
cas, le recours à la couverture de l'ONU est du domaine de la ruse,
pour tromper la communauté internationale et lui faire cautionner la
légitimité de la dénaturation d’un principe fondamental des droits
de l’homme, à savoir : le droit à l'autodétermination de tout peuple
colonial et colonisé.
Les choses peuvent
pourtant changer dans le sens positif, d’autant que la communauté
internationale est consciente des enjeux actuels. Pourtant, elle
doit s’impliquer résolument dans les négociations pour donner des
chances réelles au processus de paix d'aboutir et amener le Conseil
de sécurité à se prononcer avec précision sur la partie qui ne cesse
de violer la légalité internationale.
Z’hor Chérief
Haut
Politique et civilisation
La révolution
de Nicolas Sarkozy
Pouvoir, changer,
construire, choquer, oser, améliorer, réconcilier, progresser,
consolider et s’affirmer. Ce sont là les verbes-outils qu’utilise le
Président français pour marquer son époque. Nicolas Sarkozy veut
aller plus loin dans sa révolution et c’est le verbe «décider» qui
en est le mot clé. Avec un volontarisme inhabituel dans ce pays, il
compte rendre plus rayonnante la France. La France s’est réveillée
le 7 janvier 2008 sur un nouveau son de cloche. Un ton qui n’a pas
le temps de regarder derrière mais vers l’avenir.
«Je suis là
pour prendre des décisions»,
dixit le Président français dans l’une de ses plus importantes
sorties publiques après son élection à l’Elysée depuis huit mois.
Fidèle à lui-même, Sarkozy en a pris tellement au point que les
Français ne l’ont pas cru, étonnés de l’ampleur de «la politique de
la civilisation» qu’il entend mener pour occasionner une deuxième
«renaissance française» au sein d’une Europe tournée vers le Bassin
méditerranéen. Très ambitieux, le projet titanesque, c’est le cas de
le dire, du «très volontariste» président Sarkozy qui veut subjuguer
un certain laxisme qui a fait de la France un pays à la traîne du
G8. Il veut dépoussiérer la France chiraquienne de sa lourdeur.
«Essayons
d’autres voies», a clamé
Nicolas Sarkozy, déterminé à oser le changement. Et c’est loin d’une
idée caricaturale de son projet révolutionnaire que l’architecte de
la deuxième révolution française esquisse sa politique. Dix grands
chantiers sont annoncés, dont trois internationaux. En effet,
Sarkozy veut entamer sa révolution tout en pensant à un nouvel ordre
mondial. Réaliser son rêve méditerranéen tout en pensant à
l’élargissement du G8 à la Chine, l’Afrique du sud, le Pakistan et
l’Inde et élargir le Conseil de sécurité au Japon, l’Allemagne, le
Brésil, l’Inde et un pays africain.
Petite ou grande
révolution, c'est donc sur ce fond que Nicolas Sarkozy va décliner
sa deuxième étape du quinquennat annoncée à l'occasion des vœux
prononcés le 31 décembre. L’éEcole, l’hôpital, l’environnement,
l’énergie, la recherche scientifique, la culture et l’agriculture.
Il sera question d’une nouvelle dynamique à insuffler à la France.
En attendant qu’elle révèle tous ses secrets, la politique de
civilisation qu'il entend défendre est à ses yeux ce qu'elle est
censée recouvrir concrètement.
La
réconciliation et la politique des quotas
Fait inédit, le
Président français évoque de plus en plus la réconciliation. Il veut
réconcilier les Français avec l’histoire de leur civilisation et
l’Européen avec son identité. Alors qu’il prône la diversité en
France, il se base sur une politique des quotas. Est-ce une nouvelle
forme de discrimination positive ou une formule égalitaire ? Le
Président ne l’explique pas. Difficile à faire qu’à croire, eu égard
au paradoxe entraîné par la bioéthique et la volonté d’aller vers
l’analyse d’ADN de ressortissants français. Il promet des résultats.
Sceptiques quant
au contexte des vraies préoccupations des Français, à savoir le
pouvoir d'achat, la hausse du coût de la vie, l’emploi, les
retraites et encore une fois la croissance dont on prédit qu'elle
sera la fausse note en 2008, ne garantit pas, selon ses détracteurs,
«qu'il y parvienne de la façon dont il l'imaginait». Mais M.
Sarkozy, conscient des défis et des enjeux qui l’attendent, veut y
croire. Il veut surprendre. Il rejette la mondialisation subie.
Celle qui inhibe et démobilise. Il faut repousser les choses dans le
bon sens. Et le bon sens, selon lui, est de continuer la recherche
des voies et moyens pour s’en sortir. C’est réorienter le gouvernail
à chaque fois que les vents le font bouger. Sarkozy tente de tenir
le taureau par les cornes. «Point d’hésitation, il faut aller de
l’avant», se défend-il tout en reconnaissant ses erreurs qu’il
faut assumer pour les corriger.
Les municipales
en embuscade
L’opposition sait
que «dire ce n'est pas faire». Elle croit que tout ce qui se dit
et/ou se fait à l’Elysée «ne déroge pas aux coup d’artifices
utilisés par le passé», allusion faite à la mise en zoom de la
vie privée du Président, pour éviter de parler du pouvoir d'achat ou
de la croissance. Deux chapes de plomb où Sarkozy est très attendu.
L’opposition se demande déjà si, dans la majorité, on ne cherche
pas, tout simplement, à gagner du temps parce que «l'on sait que
les lendemains d'élections municipales seront difficiles».
La France prend la
présidence de l'Union européenne le 1er juillet prochain,
l’obligeant à avoir des comptes assainis, ce qui pourrait conduire
le gouvernement à opter pour une politique de rigueur qui ne ferait
qu'ajouter aux inquiétudes des Français. Mais malgré le handicap
d'une situation internationale défavorable et en l'absence d'un
contexte économique porteur, le Président devrait notamment décliner
les thèmes annoncés à l'occasion de ses vœux aux Français. Un
exercice difficile et déterminant pour les élections municipales à
venir, dont la majorité entend faire un enjeu national. Intraitable,
l’opposition prédit que l'état de grâce n'est pour certains que peu
durable. Et l’optimisme débridé ne doit pas se substituer à une
réalité, qu’hormis à l'UMP où l’on croit que Nicolas Sarkozy peut
changer le cours des choses. Mais avec les coûts de l'énergie, avec
la crise des subprimes aux Etats-Unis, avec le retour annoncé de
l'inflation et avec les maigres perspectives de croissance pour
2008, le contexte international tend objectivement à infirmer les
ambitions de Sarkozy. On se demande, en effet, comment un homme
seul, même armé d'une grande volonté, peut suffire à la tâche. Pour
les moins enthousiastes, les inquiétudes des Français, appelés à
composer avec des illusions, ne font que commencer. Sarkozy, lui,
veut rassembler tous les Français et les embarquer sur la voie de la
civilisation pour «tenir tous les engagements pris». S’est-il
armé pour la circonstance ? Il dit vouloir montrer que «la France
ne baisse pas les bras et veut changer de logique économique».
Pour ce faire, il faut, selon la formule «suivez mon regard»,
mesurer la croissance autrement, estime-t-il et ce, pour réduire
l'écart entre la perception qu'ont les Français de leur situation et
les outils statistiques qui font état d'un progrès continu. Et pour
y parvenir, il a donc chargé deux prix Nobel d'économie, Joseph
Stieglitz et Amartya Sen, de réfléchir à de nouveaux éléments de
mesure.
Sarkozy ne cache
pas s’être inspiré du concept de «politique de civilisation»
développé par le sociologue Edgar Morin(1). Ce dernier
s'est déclaré «très attentif» aux propos du Président, mardi 8
janvier, durant sa conférence de presse, et se dit «prêt à entrer
dans un débat» autour du concept auquel le chef de l'Etat français a
fait référence.
Selon cet émérite
sociologue, le bouillon Sarkozy «marie» certains des thèmes,
notamment l'idée qu'il faut faire primer la qualité sur la quantité,
le mieux sur le plus. Mais il y a encore beaucoup de «plus» dans ce
qu'il dit. «La croissance, la quantité d'heures de travail...»,
a-t-il déclaré quelques heures seulement après la prestation du
locataire de l’Elysée.
Sarkozy et le
rêve de France locomotive
Des quotas dans la
gestion de l'immigration : «Cela fait trop longtemps qu'on en
parle. Tout le monde sait que c'est la seule solution. Eh bien, il
faut franchir le pas et arrêter de vouloir protéger les uns, ne pas
choquer les autres.» Le président a affirmé que les socialistes
au pouvoir en Italie (gouvernement de Romano Prodi) et en Espagne
(José Luis Zapatero) voulaient mettre en place des expulsions
collectives. Les deux péninsules ont d’ailleurs mis fin à la
régularisation massive des sans-papiers. Par ailleurs, si Bruxelles
opte pour l’émigration comme solution à une Europe vieillissante,
Sarkozy, qui en prendra la présidence tournante en juillet prochain,
tente de convaincre ses pairs de la pertinence des thèses
françaises. La France, symbole de la déclaration universelle des
droits de l’homme, en veut au regroupement familial avant d’opter
pour l’«émigration utile» et piétiner les droits basiques des
Français d’«en bas», dans les banlieues. Le Président français n’a
pas éludé de «teinter» le pouvoir en France de couleurs ethniques.
Il compte imiter les USA pour permettre l’introduction de
compétences de différentes origines et couleurs pour occuper des
postes, au même titre que les Français de souche. Mais que cache
l’envers du décor ? Que va-t-il répondre pour convaincre les voisins
de la rive sud de la Méditerranée pour adhérer à son projet
civilisationnel alors qu’au Nord, on se prépare à procéder à des
exclusions collectives et mettre dans l’embarras les gouvernements
nord-africains, syrien et libanais ? Quelle place réserve-t-on aux
gouvernements qu’il soutient pour qu’il n’y ait pas de gouvernement
talibans en Mauritanie et en Algérie notamment ?
Nicolas Sarkozy
semble, d’après ses compatriotes, aller trop vite en besogne. Il
veut embarquer tout le monde à la fois, immédiatement, sans
expliquer qui est qui, qui fait quoi et que veulent les uns et les
autres, à moins qu’il croie que tout le monde soit convaincu d’un
rêve d’une arche clouée au sol par des réalités amèrement
contradictoires. Et, bien évidemment, des sujets plus terre-à-terre.
A force d’oser ramer dans tous les sens, le flux cassera
immanquablement la barque ! On ne le souhaite pas, loin de là, pour
le bien des civilisations au destin commun. Certainement pas pour
l’affrontement.
Salah Bey
___________________________________________
(1) Edgar
Morin, auteur en 1997 d'un livre intitulé
Pour une politique de civilisation.
Haut
E-mail :contact@lesdebats.com |