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Grèves : la double motivation
La particularité
des mouvements sociaux actuels, c’est qu’ils ne sont pas purement
socioprofessionnels. Ils ne sont pas non plus politiques, si par là
on veut dire qu’ils sont inspirés par un ou plusieurs partis.
Sans doute les
travailleurs de tous les secteurs ont-ils de bonnes raisons d’être
mécontents des conditions qui sont aujourd’hui les leurs. Ainsi, on
ne leur a pas plus tôt annoncé des augmentations de salaires, qui
leur ont fait l’effet d’une provocation tant elles décevaient
leurs attentes, que survient une flambée des prix, touchant les
produits de première nécessité, qui annihile par avance le peu qui
leur a été concédé aux termes de la nouvelle grille des salaires. Il
y a peu de chance, qui plus est, que le renchérissement de ces
produits soit circonstanciel. Tout porte à penser au contraire qu’il
s’agit là d’un réajustement au détriment des salaires et au profit
du capital se produisant à un niveau mondial. La forte croissance,
qui ne se dément pas, que connaissent nombre de pays du Sud (la
Chine, l’Inde, le Brésil, le Pakistan et bien d’autres encore) a
pour conséquence une hausse de la demande, notamment des produits
alimentaires, ce qui a entraîné la hausse des prix. Le plus probable
aussi, c’est que tant que cette croissance se poursuit à la même
allure, la demande des produits alimentaires augmentera plus vite
que leur offre. C’est par dizaines de millions que les habitants de
ces pays deviennent des consommateurs solvables. Il faudra du temps
avant que l’offre ne s’ajuste à une demande qui va croissant.
Les travailleurs
algériens peuvent comprendre la hausse des produits importés. Encore
qu’il n’y ait pas de raison qu’ils en fassent les frais, d’autant
que les caisses de l’Etat, grâce à la croissance mondiale justement,
sont pleines. Mais ils se voient agressés de toutes parts. A côté en
effet de l’érosion continue de leur pouvoir d’achat, il y a cette
perpétuelle provocation que leur fait le gouvernement en refusant
le dialogue avec les syndicats qu’ils se sont donnés. Le seul
partenaire social que le gouvernement reconnaît à ce jour, c’est l’UGTA,
un syndicat désormais comme un autre, dont la représentativité est
inférieure à celle des syndicats autonomes (autonomes, bien sûr, par
rapport au gouvernement) dans les secteurs où la syndicalisation est
traditionnellement importante, comme la Fonction publique par
exemple. Il n’est à peu près plus aucune déclaration de Sidi Saïd
qui ne les fasse réagir sur un ton peu cordial. Il dirait par très
beau temps que le ciel est bleu que l’envie est furieuse chez
beaucoup d’Algériens, travailleurs ou pas d’ailleurs, de lui
apporter la contradiction. Il faut être aveugle et sourd pour ne pas
constater que Sidi Saïd, dont la fonction est infiniment plus
politique que syndicale, comme cela est évident pour tout le monde,
provoque à la grève rien qu’en respirant. Alors ne parlons pas de ce
dont il est capable quand il s’avise de jouer au représentant des
travailleurs, de tous les travailleurs, y compris de ceux des
secteurs où son organisation est nettement minoritaire. Imaginons ce
que serait la réaction des partis si le FLN se mettait à parler en
leur nom à tous. Il serait sur-le-champ remis à sa place, par tous
et par chacun en particulier, ses alliés au gouvernement que sont le
RND et le MSP, se montrant sans doute aussi indignés, sinon plus,
que les autres. C’est pourtant ce que fait continuellement l’UGTA
dans le monde du travail.
Si on mettait en
balance d’un côté les motivations purement économiques, et de
l’autre celles qui relèvent purement des droits syndicaux, ou plutôt
de la volonté des travailleurs de les imposer, il est très probable
que ce sont les secondes qui prédomineront dans les mouvements
sociaux actuels. La grève des enseignants du secondaire du début de
semaine, où la revendication salariale est pourtant mise en avant,
ne ferait pas exception à ce qui semble bien être une constante du
mouvement social aujourd’hui.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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