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Semaine du 16 au 22 janvier 2008

 

Migration clandestine

Une responsabilité partagée

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Migration clandestine

Une responsabilité partagée

Malgré les dangers de la mer, le durcissement de la législation européenne, les dispositifs sécuritaires en Europe et en Algérie et les poursuites judiciaires dont font l’objet les harraga, rien ne semble décourager ces derniers à être encore et toujours plus nombreux à risquer leurs vies pour tenter l’aventure. Le mal-vivre dont on parle serait-il l’unique explication ?

Dans une récente conférence, l’ambassadeur du Portugal à Alger, dont le pays vient d’achever la présidence tournante de l’UE, s’est exprimé en faveur d’un traitement global de l’immigration clandestine, se disant conscient que ce problème ne peut être résolu par la seule approche sécuritaire. Il joint ainsi sa voix à la position des pays du Maghreb qui n’ont eu de cesse de demander que soient mises en place des conditions favorables de développement dans les pays du Sud, partant du principe que l’origine de la migration clandestine se trouve dans les disparités entre les deux rives. C’est sans doute un bon début puisque l’approche européenne s’est jusque-là borné aux seuls aspects sécuritaires, non pas dans l’intention, mais dans la pratique si l’on regarde la faiblesse des retombées des Accords d’association qui n’ont pas beaucoup rapproché les situations sociales et économiques des pays européens avec celles de leurs partenaires maghrébins ni instauré cette fameuse zone de prospérité partagée portée par la Déclaration de Barcelone. En attendant, les uns et les autres continuent à endurer un phénomène qui semble dépasser les autorités et contre lesquelles les mesures n’ont pas réussi à en amoindrir les effets, et non à inverser sa tendance à la croissance. La motivation des migrants clandestins serait-elle tout simplement plus forte que tout ?

Dans une récente étude, la première qui soit plus ou moins sérieuse et commandé par le ministère de la Solidarité nationale, un groupe de chercheurs a tenté de fournir ce que l’on pourrait qualifier de «sociologie du harrag». Le but était de dégager une compréhension qui soit pratique et permette d’appréhender dans ses justes facettes le phénomène en question. Il fallait donc nécessairement dégager, par la même, le profil du migrant clandestin. De cette étude, l’on apprendra que les harragas sont âgés entre 18 et 40 ans, sont célibataires à hauteur de 75% et 63% d’entre eux ont déjà un emploi. Contrairement aux pays voisins, nos candidats à l’émigration clandestine ne sont pas forcément d’un faible niveau d’instruction : 38% d’entre eux sont universitaires alors que 40% ont un niveau scolaire du palier moyen. Leur situation financière n’est pas aisée mais reste loin de la pauvreté. Selon cette étude, l’on sait que la migration irrégulière touche plus les couches moyennes, qui sont fragilisés et qui risquent de sombrer dans la pauvreté. Cela mène à déduire, aux termes de cette même enquête, qu’en vérité, qu’ils soient déjà employés ou pas, les jeunes refusent la précarité et entendent vivre dans un meilleur niveau de sécurité. C’est donc le sentiment d’insécurité qui est à la base de l’intention de migrer. C’est ce sentiment qu’exploitent les réseaux de la migration clandestine et il y a là matière à souligner que si les chercheurs et les médias ont concentré leurs efforts de traitement du phénomène sur les harraga, très peu de travail a été consenti pour décortiquer le travail clandestin des passeurs et des circuits dans lesquels ils activent. En effet, on parle beaucoup des causes de la migration clandestine en s’intéressant aux motivations premières des harraga, sans doute parce qu’il y a unanimité pour considérer que la lutte contre le phénomène doit toucher d’abord les causes et non seulement les symptômes, mais il ne faut perdre de vue que, toujours du point de vue du harrag, c’est sa perception de ce qui l’attend, de ce dont il rêve, qui fait aussi partie du problème.

Comment ces aventuriers voient-ils l’Europe ? Leur imaginaire est certes nourri par la force des images provenant des chaînes de télévision françaises qui véhiculent le mode de vie d’une société vivant dans des pays riches, avec leurs démocraties achevées, leurs modèles sociaux et leurs loisirs. Le contraste est d’une violence aux effets incommensurables sur une jeunesse frustrée à beaucoup de niveaux qui vient virtuellement des choses auxquelles elle n’a pas concrètement accès. L’autre source de frustration est dans la limitation de la circulation des personnes, sachant que 100% des harraga sont des personnes qui ne peuvent pas se rendre en Europe, non faute de moyens financiers (une traversée en mer coûte au moins deux fois plus cher qu’un billet d’avion sur le vol le plus onéreux), mais parce qu’ils ne remplissent pas les critères imposés pour obtenir un visa d’entrée dans l’un des pays de l’espace Schengen. Mais cela ne suffit pas pour comprendre ce qui, dans la tête d’un harrag, soit plus fort que la peur de mourir en mer. Ce qui réussit à prendre le dessus, et il n’y a aucun mal à le deviner, ce sont les promesses de l’Eldorado dépeintes par les passeurs eux-mêmes. Ces derniers ne proposent pas que la traversée. Ils proposent aussi de déposer leurs «clients» dans des rivages sûrs, loin des dispositifs de sécurité mis en place sur les côtes de l’Europe. Ils leurs promettent surtout des contacts et des entrées dans des réseaux situés sur place, autant de rouages clandestins sensés les prendre en charge, les héberger et leur fournir un travail au noir comme première étape de leur intégration. Ces circuits peuvent prendre plusieurs formes que l’on peut plus ou moins assimiler à de la pure exploitation, puisque le migrant est alors entièrement sous la botte de ces réseaux qui deviennent, au vu de sa situation, des protecteurs. L’activité de ces derniers n’est apparemment pas connue avec précision. Va-t-elle jusqu’à recruter certains candidats dans les réseaux criminels ? S’agit-il de fournir des faux documents à l’arrivée afin de permettre aux migrants de se déplacer à travers toute l’Europe ? Comment ces derniers finissent-ils par quitter les côtes où ils ont débarqué pour rejoindre les villes ? L’absence de réponses à ces questions permet de dire qu’en terre européenne, où de grands moyens sont consentis pour la surveillance des côtes, la lutte ne semble pas suffisamment efficace contre les relais des réseaux de migration qu’empruntent les harraga. Enfin, ce qui renforce aussi la volonté des migrants, c’est l’existence d’exemples encourageants. A la lecture de témoignages rapportés par la presse, il serait faux de croire que les migrants clandestins qui échouent sur les côtes de l’Europe et qui sont interceptés sont tous et systématiquement renvoyés chez eux. Par la grâce de certaines lois et procédures, il y en a qui transitent dans des camps, le temps que leur situation soit traitée par les autorités locales. Parmi eux, des «chanceux» traversent les mailles (volontairement faites ?) du filet et parviennent à rejoindre les rangs de l’immigration légale… choisie.

Autant dire que dans ce dossier de la migration clandestine, l’approche faite autant par les responsables que les médias gagnerait à se départir de certains clichés pour se pencher sur les non-dits, surtout dans le discours de l’Union européenne qui souhaite la fin de la migration clandestine mais sans mettre tous les moyens qu’il faut ni pour la lutte contre les réseaux ni à plus long terme ne serait-ce pour apporter l’aide promise au développement. Une promesse qui lui a rapporté jusque-là la levée des barrières à ses produits et services en mal de débouchés…

Nabil Benali

 

Le phénomène prend de l’ampleur

Selon un bilan établi durant l’année 2007 par les différents services de sécurité sur la migration clandestine durant ces trois dernières années, il ressort que 21 tentatives collectives de migration clandestine ont été empêchées en 2005, concluant à l’arrestation de 57 individus. En revanche, la migration clandestine par mer a enregistré un taux d’évolution de 1 153 % entre 2005 et 2006 !

A septembre 2007, 918 harraga ont été sauvés d’une mort certaine durant cette même année, tandis que 1 382 ont été interceptés par les garde-côtes en 2006 et 336 en 2005. Au total, de 2005 à 2007, 2 340 personnes ont été interceptées en mer avant qu’elles n’aillent au bout de leur rêve. 1 000 d’entre elles couraient un danger fatal dont elles furent sauvées de justesse.

N. B.

 

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Politique

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Un fait est désormais acquis : la classe politique, dans sa forme actuelle, n’a plus que peu de chose à voir avec la société qu’elle est censée représenter. S’il existe encore des gens pour s’inscrire en faux contre ce constat, qui n’est d’ailleurs pas nouveau, sûrement ils ne doivent pas être nombreux. Les partis eux-mêmes donnent le sentiment d’attendre qu’un événement se produise qui les mette dans l’obligation de se transformer, ou plutôt qui leur fera la grâce de les  propulser d’un coup à une autre étape de leur évolution. On ne les voit pas se remettre en cause, ce qui voudrait dire que prenant acte des mutations en cours, ils se prépareraient à accomplir leur propre révolution interne. Le seul d’entre eux où des voix se sont élevées pour appeler à des réajustements nécessaires, c’est paradoxalement le FLN, celui qui a le plus d’intérêt à ce qu’aucune évolution ne survienne, dans le système politique comme dans la classe politique. Mais l’on sait combien ce mouvement, dont il n’est pas facile d’apprécier la profondeur, est étroitement lié à la conjoncture politique. Le FLN est assez coutumier, qui plus est, de ces dissidences qui se mènent au nom des principes et des intérêts supérieurs, mais qui se révèlent au bout du compte n’être qu’un voile pudique jeté sur des calculs d’une toute autre nature. Peut-être que celle qui a fait parler d’elle dernièrement, qui a revendiqué un débat interne de fond, dont Abderrezak Bouhara a semblé le chef de file, n’a-t-elle pas la duplicité de celles qui l’avaient précédées. Toujours est-il qu’elle ne paraît pas de force à se développer par elle-même. Elle est à l’évidence tributaire de quelque chose d’autre, dont elle essaye justement de se démarquer, mais sans convaincre personne : l’enjeu de la présidence à venir, ou plus exactement les termes dans lesquelles cette échéance se pose jusqu’à maintenant.  C’est ainsi que cette dissidence a toutes les choses d’enfler, et peut-être même en fin de compte obtiendra-t-elle satisfaction, si la direction actuelle du FLN échoue dans son entreprise, qui est d’obtenir le consensus national autour du troisième mandat pour le président en fonction. Mais si au contraire les efforts du  secrétaire général et de son équipe sont couronnées de succès, ce qui n’est pas encore le cas, le FLN ira bien à un congrès extraordinaire, mais ce ne sera certainement pas pour débattre de l’avenir et de ses exigences, car celui-ci dépend bien plus de l’issue de cette présidentielle que des rectifications, aussi pertinentes qu’elles soient en elles-mêmes, dans la ligne et les pratiques du parti.

Cela dit, du moins existe-t-il au FLN une velléité de débat. Ailleurs, c’est le calme plat, pour ne pas dire le retour à l’hibernation après l’émotion des locales, qui, comme il fallait s’y attendre, n’ont pas drainé un grand nombre d’électeurs. Il n’en reste pas moins étonnant qu’il n’y ait pas un seul d’entre eux au sein duquel se soit posée la question de savoir pourquoi cette désaffection persistante de l’électorat. On dirait qu’ils se sont donné le mot pour l’éluder—pour étouffer l’affaire, en quelque sorte. Les partis les plus minoritaires, à qui pourtant on ne pouvait guère imputé la forte abstention, ont fait comme les « grands » : ils n’ont pas essayé de saisir, du moins publiquement, les raisons pour lesquelles les électeurs ne votent à toutes les échéances qui se présentent désormais qu’en petit nombre. Il est vrai qu’ils auraient été tenus, ce faisant, d’aborder le problème par un autre bout. Il leur aurait fallu en effet tourner le regard vers eux-mêmes pour se demander pourquoi le reflux électoral de ceux qui passent pour grands, et qui ne le sont pas en vérité, ne leur profite pas. Pourquoi ne décollent-ils pas, alors que les résultats globaux des formations les plus importantes décroissent sensiblement. Un parti est minoritaire parce qu’il y a des partis qui sont majoritaires. Mais si ces derniers ne soutiennent plus leur rang, honnêtement s’entend, comment s’expliquer que les petits restent quand même petits, autrement que par le fait qu’ils ne sont pas perçus par l’opinion publique comme des alternatives sérieuses.

Ainsi donc, ni les grands ni les petits n’avaient intérêt à aborder de front ce genre de questions. On les voit finalement adopter la même attitude consistant à faire le dos rond et à attendre un retournement de conjoncture qui les tirerait d’affaire.

Les partis : des interprètes de l’opinion

C’est comme s’ils se disaient les uns comme les autres que l’opinion n’y changera rien, qu’elle n’est même pas un acteur, n’ayant pas de réalité précise. Tout au plus, ont-ils l’air de penser, peut-on lui prêter des sautes d’humeurs, par définition imprévisibles, toujours inexplicables ; des revirements qui ne tiennent  à rien de tangible. L’opinion est changeante, par nature. Aujourd’hui elle est avec vous, et demain contre vous. Il se trouve qu’aujourd’hui son attitude est plutôt négative envers nous, nous la classe politique. Mais rien n’empêche de penser qu’elle ne reviendra pas plus tard à de meilleurs sentiments à notre égard.

Ceux qui pensent cela dans le secret de leur cœur, ou en privé (mais alors en tout petit comité, et d’une petite voix en plus, car il ne faut surtout pas qu’il y ait là une oreille indiscrète susceptible de le rapporter), doivent bien se douter de temps en temps qu’ils se payent de balivernes. S’ils pensent vraiment qu’il n’existe pas d’opinion nationale au sens d’acteur collectif, bien plus déterminant, dans une situation de crise en particulier, que la classe politique, qu’ils nous expliquent alors à qui eux-mêmes s’adressent-ils quand ils font une quelconque proposition? Au pouvoir ? Mais le pouvoir n’est pas une chose qu’on détient ou qu’on ne détient pas, c’est un rapport. Le pouvoir lui-même, sauf dans un régime de terreur, et ce n’est pas notre cas, tient parce que la majorité le veut bien. Faire de la politique, quand on est dans l’opposition notamment, c’est faire tout ce qui est en son pouvoir pour convaincre chaque Algérien en particulier,  et ainsi gagner à soi la majorité. C’est justement cela l’opinion nationale, la majorité des citoyens.

Et nécessairement cette majorité préexiste à l’action des partis.

Le fait est que pour faire une classe politique, il faut le concours de trois choses : une opinion nationale, c’est-à-dire une nation sujet de sa propre histoire ; des courants d’opinion, car dans son principe l’opinion nationale n’est pas un espace homogène, elle est traversée et structurée par des clivages fondamentaux (il en est deux chez nous : Etat/Religion et travailleurs/Possédants, qui à eux seuls démontrent que l’Algérie est un Etat moderne) ; enfin, des partis en adéquation avec les deux premiers facteurs.  Ces derniers existent et ils sont agissants. Sans la crise qui persiste (elle ne pourra être véritablement surmontée que dans l’épanouissement démocratique), il aurait été compréhensible de ne pas les voir à l’œuvre et, en conséquence, de mettre en doute leur existence.

Mais alors, se demandera-t-on peut-être, à quoi peuvent servir les partis si dans une crise, il est possible de se passer d’eux et s’il est des réalités plus fondamentales : opinion nationale et courants politiques ? A quelque chose d’essentiel, mais qui est cependant secondaire par rapport aux deux autres conditions.

Une opinion nationale ne sait dire que non, non à ce dont elle ne veut absolument pas. C’est à travers des partis qu’elle pourra dire oui, oui à l’une ou l’autre de leurs offres politiques. Et quand celles-ci n’existent pas, ou ne sont pas de nature à emporter son adhésion, c’est toute la classe politique qui se trouve remise en cause. Parce que ne sachant que dire non à ce qui est proposé mais qu’elle estime nuisible, pas nécessairement proposé par la classe politique d’ailleurs, ce non qu’elle signifie par un biais ou par un autre attend d’être interprété par la classe politique. Cette dernière,  qui n’est au fond qu’un instrument, ou un organe, n’est cependant  pas là uniquement pour exécuter la tâche qui lui aura été indiquée.  Elle est en effet assez spécialisée et compétente, ou devrait l’être, pour être en mesure de savoir ce que la société attend d’elle. Alors seulement, elle pourra agir.

La classe politique telle qu’elle se présente n’est à l’évidence pas à la hauteur de cette tâche.

M. Habili

 

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