Semaine du 16 au 22 janvier 2008

 

Grève dans la Fonction publique

Au rythme du front social

 

 
 
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 Grève dans la Fonction publique

Au rythme du front social

C’est assurément l’agitation qui anime le front social qui aura focalisé les écrits de presse tout au long de cette semaine et, au vu du caractère dur du mouvement enclenché par les syndicats autonomes, il y a de quoi penser que cela sera encore le cas pour le jours à venir. Commentant une montée au créneau que tout semble attiser, le commentateur d’El Watan, qui voit dans ce qui se passe un «cheveu dans la soupe», se demande d’emblée «y a-t-il, là-haut, une oreille attentive pour écouter les cris de colère de ces milliers d’enseignants du secondaire qui ont séché les cours pour interpeller l’opinion publique sur leur condition de laissés-pour-compte ?». Et de tenter d’y répondre en soulignant que «tout se passe comme si les Algériens devront fatalement ruminer, voire refouler leurs colères actuelles au risque d’être estampillés comme des adversaires potentiels à un dessein politique présidentiel qui tient en haleine les partis politiques et les journalistes». Liberté abonde dans le même sens en appelant à la même chose que ce qu’avait promis Abdelaziz Belkhadem, chef du gouvernement, le dialogue. Son éditorialiste qui part du principe que «la manière, avec laquelle sera gérée cette grève des enseignants, qui n’est pas le fait de quelques agités, comme seraient tentés de le voir les fonctionnaires du ministère de l’Éducation, déterminera les perspectives sociales immédiates», constate que c’est auprès des fonctionnaires que la situation est plus grave. «Leur pouvoir d’achat, en constante dégradation, fait d’eux une catégorie socialement sinistrée et moralement affectée. Et ce n’est pas les modiques augmentations arrachées en septembre, et qui sont déjà plombées par l’escalade infernale des produits de la large consommation, qui mettront un bémol ą leur navrante situation».

Revenant sur le déroulement de la grève en Kabylie, le commentateur du Jour d’Algérie considère qu’il faut prendre avec des pincettes les différentes versions sur l’ampleur réelle du mouvement. «Pour ne rester qu’au niveau des lycées, un tour dans la capitale a montré que le mot d’ordre n’a absolument pas été suivi, n’en déplaise aux potaches, sevrés d’une journée de vacances supplémentaire. Les enseignants semblaient même étonnés, puisqu’ils s’attendaient au 15 janvier pour le piquet de grève», relève-t-il à contresens. Une manière de briser l’unanimité d’un alignement médiatique sur une seule version qui fera dire au commentateur que «la grève a été massivement suivie en Kabylie, mais d’aucuns, et pas forcément à tort, attribuent ce zèle à débrayer à la journée de Yennayer, que certains dans cette région considèrent comme fériée». Pour l’éditorialiste de la Tribune, il est temps de clarifier les choses. «Dialogue ou confrontation, il faut choisir !», est-il demandé. «A chaque rentrée sociale, les syndicats autonomes du secteur de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la fonction publique lancent des appels à la grève pour dénoncer les conditions de vie exécrables de millions de travailleurs algériens». Mais «les responsables ont adopté une attitude qui frôle le mépris à l’égard des revendications des travailleurs. Les membres du gouvernement sont effrayés par les actions des syndicats autonomes, alors que, réellement, le syndicat est un partenaire social important dans le règlement des conflits». Et de proposer qu’aux syndicats autonomes, il soir enfin reconnu «le statut de partenaire social à part entière». Le soir d’Algérie voit une évolution à un autre niveau. Dans l’ébullition actuelle du front social, il entrevoit les prémices d’une seconde centrale syndicale dans ce qui est un «test de vérité pour les organisations syndicales autonomes du secteur de la Fonction publique». «La nouvelle force syndicale regroupée en la circonstance autour de l’intersyndicale, représentant pas moins d’une douzaine d’organisations syndicales autonomes, tentera d’arracher de l’épreuve du terrain son quitus définitif quant à sa grande capacité de représentation dans le secteur de la Fonction publique. L’enjeu est de taille. Il est à la fois d’ordre revendicatif et représentatif». Et de se poser trois questions interdépendantes : «quelle sera sa stratégie future sur le terrain des luttes pour défendre les acquis syndicaux ? Se dirige-t-on vers la construction d’une deuxième centrale syndicale ? Quelles seront les étapes de cette construction ? Les premiers éléments de réponse sont déjà là. «Une ébauche d’union syndicale entre douze syndicats autonomes dans le cadre de l’intersyndical atteste de cette nouvelle stratégie», est-il estimé en conclusion. Pour l’heure, la Dépêche de Kabylie n’y voit pas autre chose qu’une convergence syndicale. «Les syndicats autonomes de la Fonction publique en Algérie réitèrent leur mot d’ordre de grève. Ils ont opté pour un débrayage afin d’exprimer leur refus et mécontentement quant à leur situation socioprofessionnelle. Pour ce faire, les syndicalistes ont accordé leurs violons et ont créé une "force syndicale" pour faire face aux nouvelles donnes sociales qui s’imposent», estime-t-on. Pour sa part, l’éditorialiste du Quotidien d’Oran avertit que «le vrai risque pour les syndicats autonomes - qui ne baignent pas dans un univers où les droits syndicaux sont consacrés - est de voir que leur diversité peut servir à leur affaiblissement». Pour lui, «Il n'est pas difficile, en effet, de semer la division si les uns paraissent favorisés au détriment des autres. Les syndicats sont-ils armés pour éviter ces écueils qui risquent de transformer leurs diversités organiques en atomisation durable ? Ils les ont largement évités jusqu'à présent en raison des dures réalités des salariés qu'ils représentent».

R. A.

   

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