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Grève
dans la Fonction publique
Au rythme du
front social
C’est assurément
l’agitation qui anime le front social qui aura focalisé les écrits
de presse tout au long de cette semaine et, au vu du caractère dur
du mouvement enclenché par les syndicats autonomes, il y a de quoi
penser que cela sera encore le cas pour le jours à venir. Commentant
une montée au créneau que tout semble attiser, le commentateur d’El
Watan, qui voit dans ce qui se passe un «cheveu dans la soupe», se
demande d’emblée «y a-t-il, là-haut, une oreille attentive pour
écouter les cris de colère de ces milliers d’enseignants du
secondaire qui ont séché les cours pour interpeller l’opinion
publique sur leur condition de laissés-pour-compte ?». Et de tenter
d’y répondre en soulignant que «tout se passe comme si les Algériens
devront fatalement ruminer, voire refouler leurs colères actuelles
au risque d’être estampillés comme des adversaires potentiels à un
dessein politique présidentiel qui tient en haleine les partis
politiques et les journalistes». Liberté abonde dans le même sens en
appelant à la même chose que ce qu’avait promis Abdelaziz Belkhadem,
chef du gouvernement, le dialogue. Son éditorialiste qui part du
principe que «la manière, avec laquelle sera gérée cette grève des
enseignants, qui n’est pas le fait de quelques agités, comme
seraient tentés de le voir les fonctionnaires du ministère de
l’Éducation, déterminera les perspectives sociales immédiates»,
constate que c’est auprès des fonctionnaires que la situation est
plus grave. «Leur pouvoir d’achat, en constante dégradation, fait
d’eux une catégorie socialement sinistrée et moralement affectée. Et
ce n’est pas les modiques augmentations arrachées en septembre, et
qui sont déjà plombées par l’escalade infernale des produits de la
large consommation, qui mettront un bémol ą leur navrante
situation».
Revenant sur le
déroulement de la grève en Kabylie, le commentateur du Jour
d’Algérie considère qu’il faut prendre avec des pincettes les
différentes versions sur l’ampleur réelle du mouvement. «Pour ne
rester qu’au niveau des lycées, un tour dans la capitale a montré
que le mot d’ordre n’a absolument pas été suivi, n’en déplaise aux
potaches, sevrés d’une journée de vacances supplémentaire. Les
enseignants semblaient même étonnés, puisqu’ils s’attendaient au 15
janvier pour le piquet de grève», relève-t-il à contresens. Une
manière de briser l’unanimité d’un alignement médiatique sur une
seule version qui fera dire au commentateur que «la grève a été
massivement suivie en Kabylie, mais d’aucuns, et pas forcément à
tort, attribuent ce zèle à débrayer à la journée de Yennayer, que
certains dans cette région considèrent comme fériée». Pour
l’éditorialiste de la Tribune, il est temps de clarifier les choses.
«Dialogue ou confrontation, il faut choisir !», est-il demandé. «A
chaque rentrée sociale, les syndicats autonomes du secteur de
l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la fonction publique
lancent des appels à la grève pour dénoncer les conditions de vie
exécrables de millions de travailleurs algériens». Mais «les
responsables ont adopté une attitude qui frôle le mépris à l’égard
des revendications des travailleurs. Les membres du gouvernement
sont effrayés par les actions des syndicats autonomes, alors que,
réellement, le syndicat est un partenaire social important dans le
règlement des conflits». Et de proposer qu’aux syndicats autonomes,
il soir enfin reconnu «le statut de partenaire social à part
entière». Le soir d’Algérie voit une évolution à un autre niveau.
Dans l’ébullition actuelle du front social, il entrevoit les
prémices d’une seconde centrale syndicale dans ce qui est un «test
de vérité pour les organisations syndicales autonomes du secteur de
la Fonction publique». «La nouvelle force syndicale regroupée en la
circonstance autour de l’intersyndicale, représentant pas moins
d’une douzaine d’organisations syndicales autonomes, tentera
d’arracher de l’épreuve du terrain son quitus définitif quant à sa
grande capacité de représentation dans le secteur de la Fonction
publique. L’enjeu est de taille. Il est à la fois d’ordre
revendicatif et représentatif». Et de se poser trois questions
interdépendantes : «quelle sera sa stratégie future sur le terrain
des luttes pour défendre les acquis syndicaux ? Se dirige-t-on vers
la construction d’une deuxième centrale syndicale ? Quelles seront
les étapes de cette construction ? Les premiers éléments de réponse
sont déjà là. «Une ébauche d’union syndicale entre douze syndicats
autonomes dans le cadre de l’intersyndical atteste de cette nouvelle
stratégie», est-il estimé en conclusion. Pour l’heure, la Dépêche de
Kabylie n’y voit pas autre chose qu’une convergence syndicale. «Les
syndicats autonomes de la Fonction publique en Algérie réitèrent
leur mot d’ordre de grève. Ils ont opté pour un débrayage afin
d’exprimer leur refus et mécontentement quant à leur situation
socioprofessionnelle. Pour ce faire, les syndicalistes ont accordé
leurs violons et ont créé une "force syndicale" pour faire face aux
nouvelles donnes sociales qui s’imposent», estime-t-on. Pour sa
part, l’éditorialiste du Quotidien d’Oran avertit que «le vrai
risque pour les syndicats autonomes - qui ne baignent pas dans un
univers où les droits syndicaux sont consacrés - est de voir que
leur diversité peut servir à leur affaiblissement». Pour lui, «Il
n'est pas difficile, en effet, de semer la division si les uns
paraissent favorisés au détriment des autres. Les syndicats sont-ils
armés pour éviter ces écueils qui risquent de transformer leurs
diversités organiques en atomisation durable ? Ils les ont largement
évités jusqu'à présent en raison des dures réalités des salariés
qu'ils représentent».
R. A.
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