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L’idée de
son augmentation est largement acquise
A combien
s’élèvera le SNMG ?
Derrière la montée
des revendications salariales, c'est la question de la répartition
des revenus qui est placée au centre du conflit social. Mais,
au-delà du pouvoir d'achat et du mode de fixation des rémunérations,
c'est surtout la problématique des inégalités sociales qui est posée
en cette rentrée sociale.
Pour fixer les
salaires, il y a lieu d’abord d’évaluer les besoins des employés
concernés. C’est d’ailleurs sur cette base que des collectifs de
travailleurs et les syndicats justifient leurs revendications dans
le domaine. Le salaire national minimum garanti (SNMG), comme son
nom l’indique, représente ce minimum qui doit couvrir à la fois les
besoins en alimentation, le logement, l’habillement et l’accès à un
certain nombre de services (eau potable, électricité, transport,
santé, éducation). Evidemment, ce minimum est (ou devrait être) lié
au niveau de développement économique national, au produit intérieur
brut (PIB).
En Algérie, le
SNMG a fait l’objet de plusieurs revalorisations. De 1999 à ce jour,
il a doublé, passant de 6 000 à 12 000 DA. La dernière
revalorisation (12 000 DA) est intervenue lors de la 12e tripartite,
en septembre-octobre 2006, accompagnée de la signature d’un pacte
économique et social. Mais elle s’est vite avérée insuffisante. Il
est en effet admis à tous les niveaux qu’un salaire minimum de 12
000 DA est loin de faire face aux dépenses nécessaires, tant la
dégradation du pouvoir d’achat, la dévaluation du dinar et le
dysfonctionnement du marché sont lourds sur la balance. Sur un autre
plan, bien que l’économie nationale se soit alignée sur les
économies de marché ou les économies capitalistes, elle demeure à
l’état actuel plus proche des économies de bazar. Envahies par le
secteur informel et marquées par le retrait de l’Etat, ces dernières
sont qualifiées d’archaïques et sont loin de respecter les lois du
marché. L’absence de mécanismes de régulation et de contrôle, les
hausses de prix des produits de large consommation, notamment
pendant les mois de Ramadhan, les fêtes de l’Aïd et à l’approche de
la rentrée sociale, confirment si besoin est l’absence d’un Etat
moderne et régulateur en Algérie.
Si tout le monde
reconnaît qu’un salaire de 12 000 DA n’est pas suffisant, ni le
patronat ni les pouvoirs publics, encore moins les organismes
consultatifs – comme le Conseil national économique et social (CNES)
qui estime que 10% des 34 millions d’Algériens seraient dans la
pauvreté, sans écarter le risque de propagation sur d’autres foyers
– ne veulent se prononcer sur le niveau du SNMG. Même le président
de la République, à l’origine de l’annonce d’une augmentation des
salaires pour 2009, a préféré s’en remettre, officiellement parlant,
à la tripartite.
Quant aux
économistes et acteurs économiques, ils estiment que la hausse du
SNMG est possible, mais sous certaines conditions, pour se protéger
particulièrement contre des déficits budgétaires. Pour M. Lamiri,
économiste, l’augmentation des salaires est tributaire de 3
facteurs, à savoir le taux d’inflation, le niveau de productivité et
le taux de croissance.
Quoique
justifiable économiquement, la révision du SNMG ne devrait pas
dépasser, selon lui, le taux d’inflation, sinon «les pouvoirs
publics se verront dans l’obligation de puiser des fonds des
réserves de change». D’où sa proposition sur une hausse des salaires
située entre 7 et 9%.
Du côté du
patronat, il est indiqué que la revalorisation des salaires est
fondée socialement au regard de l’appauvrissement des classes
sociales à faibles revenus, alors que sur le plan économique, cela
constitue une réelle contrainte pour les entreprises, qui restent
vulnérables. Récemment, Réda Hamiani, le président du Forum des
chefs d’entreprises (FCE), a laissé entendre au journal «TSA» que
beaucoup d’entreprises ne pourront pas supporter une hausse
importante du SNMG et se verront obligées de la répercuter sur leurs
prix. Selon lui, cette situation rendra leur offre invendable sur
les marchés, désormais ouverts à l’international et à la
concurrence. Faisant le lien avec les décisions prises visant la
réduction des importations et la situation déplorable de la
production nationale, M. Hamiani a alerté sur les effets d’une trop
forte hausse salariale sur les revenus, pouvant entraîner une
inflation difficile à contenir.
L’autre point
abordé a trait aux contraintes liées à la loi de finances
complémentaire 2009. Outre le mécontentement des chefs
d’entreprises, exclus de la décision, l’obligation de l’utilisation
du crédit documentaire et la suppression des procurations, ainsi que
les nouvelles règles introduites en matière d’investissements
étrangers poseraient de sérieux problèmes. «Notre crainte est que
les nouvelles mesures réduisent effectivement les importations, mais
sans pour autant favoriser, pour l’instant, les entreprises
nationales», a affirmé le représentant du FCE. Non sans appeler les
gouvernants à venir en aide aux entreprises, les PME comprises. En
résumé, le patronat, pour les raisons qu’il a évoquées, accueille
avec réticence l’idée d’une importante augmentation du SNMG et
compte défendre cet avis. Il faut donc s’attendre à ce que la
prochaine tripartite, comme d’ailleurs celles qui l’ont précédée,
aboutisse à de maigres résultats.
L’UGTA, seul
syndicat membre de la tripartite, avait espéré, en 2006, une
augmentation conséquente du salaire minimum (20 000DA). Cela n’a pas
eu lieu. Pire, la revalorisation du SNMG s’est avérée encore minime,
d’autant que l’article 87 bis de la loi 90-11 d’avril 1990 relative
aux relations de travail n’a pas été annulé. Cet article donne, pour
rappel, un caractère restrictif à la définition du SNMG, puisqu’il
inclut les primes et les indemnités dans les composants du salaire
de base. L’UGTA a certes défendu le principe de l’abrogation de cet
article, notamment au cours de la 11e tripartite, mais elle a fini
par abandonner cette question. Défendra-t-elle cette fois un SNMG à
30 000 DA ?
D’aucuns pensent
que la rencontre gouvernement-patronat- syndicat permettra une
«amélioration» du SNMG actuel, en l’élevant dans la fourchette 15
000-20 000 DA. L’économiste Abderrahmane Mebtoul, dans sa dernière
contribution «Face à la détérioration du pouvoir d’achat des
Algériens, évitons le populisme», estime, pour sa part, que l’idéal
aurait été d’avoir un SNMG de 36 000 DA dans «un Etat riche» comme
l’Algérie. Mais, poursuit-il, même si la population est «de plus en
plus pauvre» et en dépit de la «concentration excessive du revenu au
profit d’une minorité rentière non productive», la seule
augmentation du salaire minimum de 5 000 DA (soit un SNMG de 17 000
DA) est possible. M. Mebtoul critique les gouvernants, leur
reprochant d’avoir commis une «erreur politique» en triplant le
salaire de certains hauts fonctionnaires «qui pourraient en partie
s’expliquer, mais pas ceux des députés et sénateurs (25 fois le SMIG
actuel)».
Il n’empêche qu’un
triplement du SNMG entraînerait «une dérive inflationniste
incontrôlable», pénaliserait «les couches sociales les plus
vulnérables» et remettrait en cause, dans le même temps, «les
équilibres macro-économiques». Plus loin, l’économiste et expert
international assure qu’au-delà de 18 000 DA, de nombreuses
entreprises «se réfugieraient inéluctablement dans la sphère
informelle déjà florissante.»
Il est clair que
M. Mebtoul incite ceux qui produisent à faire de nouveaux
sacrifices, mais il n’oublie pas de rappeler l’essentiel, à savoir
que «l’amélioration du pouvoir d’achat et donc l’augmentation des
salaires passe par une gestion rationnelle et la maîtrise de la
dépense publique». Dans cette optique, l’économiste reproche à
l’Etat ses «dépenses de prestige» et condamne la corruption et la
baisse de la production hors hydrocarbures, en concluant : «Tout
cela renvoie fondamentalement à l’urgence d’une gouvernance rénovée
par une grande moralisation de l’Etat, réhabilitant l’entreprise et
son fondement, le savoir».
Par Z’hor
Chérief
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Rentrée scolaire 2009-2010
Où trouver le
fameux tablier bleu ou rose ?
Ils étaient 8 113
152 élèves, tous cycles confondus, à reprendre le chemin de l'école
le 13 septembreau titre de l'année scolaire 2009-2010.
Et pour cette
fois-ci, le sujet évoqué par tout le monde, c’est la non
disponibilité des tabliers exigés cette année, comme si le problème
de l’éducation nationale est dans la couleur du tablier alors que la
réforme de ce secteur peine à trouver une solution pour les
problèmes du secteur, notamment la non disponibilité des professeurs
dans les régions isolés, notamment dans les langues étrangères, avec
un déficit de 20% selon certains syndicat... alors que le
ministère de l’Education nationale affirme manquer de 15 000 postes
budgétaires. A ne pas oublier les problèmes liés à l’insuffisance
des moyens de restauration et de transport, les revendications des
enseignants qui n’ont pas attendu longtemps pour afficher leur
colère en entamant une grève dès le premier jour de la rentrée. Ne
pas oublier également que les dépenses annuelles de ce secteur ont
atteint les 7,5 milliards de dollars, selon ce qu’a été indiqué lors
de l’audition du ministre de l’Education mercredi dernier.
Lors de cette
audition, le président Bouteflika a insisté sur la reconduction et
la consolidation des actions sociales en faveur des élèves des
familles à revenus modestes, à travers l’octroi de la prime de
scolarité fixée à 3 000 DA et la gratuité du manuel scolaire.
N’oublions pas
également que les familles à faibles revenus alourdis par les
dépenses du ramadhan, se trouvent déjà face au défi d’assurer les
besoins de la scolarisation de leur progéniture, à tel point que
des enfants essayent d’assumer cette responsabilité par un travail
clandestin, comme vendre le pain maison et autres. Et maintenant, il
faut trouver un tablier bleu et un autre rose, mais sans savoir où
le trouver.
En tout cas,
désormais, les élèves sont obligés de porter des tabliers de couleur
bleue pour les garçons et rose pour les filles. Cependant, de
nombreux élèves se plaignent du fait qu’ils ne trouvent pas le
fameux tablier car il n’est pas disponible sur le marché. Quelques
élèves ont même été refoulés à l’entrée de leurs établissements
scolaires.
De son côté, le
ministre de l’Education nationale a affirmé qu’il n’exige pas un
bleu ou un rose spécifique : «L’essentiel est que ce soit un bleu
pour les garçons et un rose pour les filles du primaire et du moyen.
Celles du secondaire porteront le bleu.» ce qui explique et confirme
que le problème n’est pas dans la couleur mais dans la disponibilité
du tablier. Mais comment prendre une décision d’obliger un genre de
tablier sans assurer les capacités de production nationale de ce
produit ?
Il faut savoir que
le ministre de l’education nationale avait appelé à une certaine
souplesse dans le traitement de cette pénurie dans les tabliers en
permettant aux élèves de rejoindre à leurs établissements scolaires
avec le tablier disponible. Mais cette souplesse n’est pas suivie
par tout le monde. Car quelques chefs d’établissement recommandent
de le porter le tablier exigé au plus tard dans les trois jours qui
suivent la rentrée ! D’autres donnent un délai jusqu’après l’Aïd.
Par ailleurs, la
rentrée scolaire connaît une nouvelle fois la protestation de la
part des enseignants. Car suite à l’appel des syndicats autonomes
qui les encadrent dont le Conseil des lycées d’Algérie (CLA), les
enseignants ont entamé leur grève dès le premier jour de la rentrée
scolaire en portant les mêmes revendications socioprofessionnelles
qui reviennent chaque année et en particulier depuis l’adoption de
la nouvelle grille des salaires. Du côté de l’Unpef, le constat est
clair : il y a insuffisance de la prise en charge des différents
problèmes des enseignants.
En outre, la
grippe porcine est devenue une réalité dans notre pays avec la
constatation de 50 cas, ce qui nécessite une sensibilisation au
niveau des établissements scolaires. A ce titre, un cours pilote
sur la grippe porcine devait être donné dans tous les
établissements éducatifs répartis sur l’ensemble du territoire
national, en vue de sensibiliser les élèves aux risques de cette
maladie, soulignant l’importance de la prévention pour préserver la
santé des uns et des autres.
Si on revient à
l’audition consacrée au secteur de l’éducation, on remarque que le
chef de l’Etat a tracé une feuille de route pour la poursuite de la
réforme de secteur, notamment mettre fin au recours au système de la
double vacation dans le fonctionnement des écoles primaires,
d’élargir la prise en charge de l’enseignement d’adaptation et de
remédiation pédagogique, d’améliorer davantage les conditions de
scolarité des élèves et de moderniser le système scolaire par la
généralisation progressive des technologies de l’information et de
la communication.
En outre, il a
mis en exergue la nécessité de valoriser le dispositif d’évaluation
des élèves, de réduire les échecs scolaires et de veiller à la
redynamisation de la pratique sportive dans les établissements
scolaires.
S’agissant de taux
de scolarisation des enfants des populations nomades dans les
wilayas du Sud, le Président a donné des instructions afin que les
dispositions pratiques prises en leur faveur soient consolidées
davantage cette année par l’élargissement du réseau des cantines
scolaires, du transport, de l’extension des internats dans le
primaire et par la création, si besoin est, de classes mobiles.
Dans l’exposé sur
les principaux éléments d’évaluation du secteur, il a été indiqué
le secteur a enregistré des progressions. Il s’agit notamment de
155 nouveaux manuels qui ont été homologués et tirés à presque 300
millions d’exemplaires. Le taux de couverture est passé de 55% en
1999 à 100% des besoins en 2008 ; plus de 97% des enfants scolarisés
bénéficient «d’une excellente couverture sanitaire et de prévention»
; le taux de couverture des cantines scolaires est passé de 12% en
1999 (500 000 rationnaires) à plus de 73% en 2008 (près de 2 800
000), le parc de transport scolaire est passé de 1 300 bus en 2007 à
4 808 en 2009. S’agissant du taux de scolarisation, il a été
enregistré 97,40% pour les enfants âgés de 6 ans et 95,28% pour la
tranche d’âge 6-15 ans en 2008, attestant de la pérennité de la
politique de scolarisation obligatoire.
D’autre part, le
taux de redoublement a baissé, passant de 17,6% en 2003/2004 à 13%
en 2008/2009 ; le taux de passage en 1ère année moyenne est passé de
78% en 2003/2004 à 88,96% en 2008/2009, tandis que le taux de
passage en 1ère année secondaire est passé de 47% en 2003/2004 à
70,63% en 2008/2009. Quant aux examens, le taux de réussite au
Brevet est passé de 36,51% en 2003 à 58,68% en 2009, le taux de
réussite à l’examen du Baccalauréat, qui se situait aux environs de
20% en 1999, a connu un nette progression durant ces dernières
années, dépassant en moyenne à 55% sans rachat. Par ailleurs, le
secteur a entamé depuis le mois de janvier 2009 la production et la
diffusion de manuels scolaires pour couvrir la totalité des besoins
estimés à près de 58 000 000 de manuels et procédé à la mise en
place d’un stock de sécurité estimé à 4 400 000 manuels.
Par Nacera
Chenafi
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Suppression des antennes paraboliques
Technologie
contre diversité
Sous couleur de
nécessité urbanistique et technologique, le gouvernement est
finalement parti en guerre contre les antennes paraboliques qu'il
compte remplacer par la TNT. Le débat s'attarde sur le côté
technologique, oubliant que bientôt les Algériens verront leur choix
réduit en matière de chaînes de télévision gratuites ou payantes.
Une époque prend fin. Elle date de la fin du rideau de fer de
l'ancien régime du parti unique.
Comme pour
inaugurer une nouvelle ère, l’entrée du pays dans un nouveau stade
de la technologie cette semaine a vu le groupe Algérie Télécom
procéder, dans un des quartiers de la capitale, à la pose d’un
réseau de fibres optiques. Rehaussée par la présence des ministres
de la Poste et des Technologies de l’information et de la
communication et de l’Habitat, du wali d’Alger et du P-DG du groupe
Algérie Télécom, la cérémonie se voulait le coup d’envoi du réseau
triple play (TV, Internet et Voix sur IP) sur fibre optique qui sera
installé progressivement à travers toute la capitale. Une expérience
pilote, avant de passer au reste du pays, et procéder à la
suppression des antennes paraboliques individuelles.
Entre temps, pour
rassurer la population, on annonce aussi le remplacement des
antennes individuelles par des paraboles collectives. Car, dans le
même jour, Algérie Télécom a procédé à l’installation, à Aïn Benian,
d’une antenne collective, comme pour démontrer que les Algériens
peuvent regarder la parabole sans avoir à «massacrer» leurs façades.
Bref, que la suppression annoncée de la parabole individuelle est
plus qu’une obligation, une nécessité pour une meilleure qualité de
vie.
Ce qui a été dit
jusque-là, c’est que ces paraboles collectives serviront à collecter
les chaînes de télévision numériques grâce à une nouvelle
technologie. Chaque groupe d’habitants d’un nombre donné bénéficiera
des services de trois paraboles (orientées sur Nilesat, Hotbird et
Arabsat), chaque utilisateur étant connecté à ce réseau via son
propre récepteur satellite (décodeur). Voilà ce qui ressemble, dans
la forme, à un retour en arrière, au tout début donc la parabole en
Algérie dans les années 1990 et on ne sait, en effet, s’il faudra
aux gens s’organiser à nouveau, comme par le passé, en «comité
paraboles» pour gérer ces antennes. Des comités à problèmes, cause
de frictions incessantes entre voisins (choix des chaînes, fameuses
cotisations, maintenance…), que seul le passage à l’antenne
individuelle avait pu résoudre. De plus, on ne sait encore, faute
d’une communication suffisante, si le nouveau système des paraboles
sera payant ou non, sous la forme d’un seul devis à assumer ou d’un
abonnement à honorer. Et on ne sait si la possibilité de l’antenne
collective sera éternellement ouverte ou si elle relève du
provisoire, appelé à s’estomper à la mesure de la progression de la
fibre optique. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que les autorités
sont résolues à en finir avec les paraboles individuelles et à leur
substituer cette nouvelle technologie.
Officiellement, on
parle de «reculer la prolifération anarchique et incongrue des
paraboles dans le panorama architectural de nos villes et cités».
Et sous le leitmotiv de «rendons nos façades plus présentables», le
gouvernement prend les devants et met en place les moyens, avant
même que le projet de loi portant sur le système de réception
d’images télévisuelles – élaboré dans le sens de l’interdiction des
antennes individuelles – ne soit encore promulgué, voire même adopté
en Conseil des ministres. On se dit alors qu’au vu du départ en
force pris par le gouvernement, le texte en question ne saurait
tarder à voir le jour. Dès lors, c’est tout simplement un autre
visage qui sera donné aux agglomérations et aux quartiers
populaires. Le ministère des Postes et des nouvelles technologies
veut en finir avec l’image hideuse des paraboles sur les façades des
immeubles, tandis que le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme
parle plutôt de changer les cahiers des charges des constructions et
d’intégrer de manière obligatoire des réseaux de réception
satellitaire «qui permettent d’éviter les installations de fortune
bricolées par les foyers, au bénéfice d’installations collectives».
Même la vieille antenne hertzienne destinée à capter la chaîne
nationale sera hors jeu, car il s’agit aussi de supprimer toute
autre forme de réception que le câble, qu’on appelle maintenant la
télévision numérique terrestre (TNT). Voilà pour le progrès. Sauf
que dans cette affaire, il y a un côté politique dont on ne parle
que très peu. Car ces antennes paraboliques ne sont pas que des
objets en métal et en plastique ; elles ont un contenu et ce dernier
n’est pas sans importance ni sans impact sur la société.
L’explosion de la
«parabole» a coïncidé avec la fin du régime du parti unique et
l’avènement du pluralisme de la presse écrite dans la production
audiovisuelle privée. Elles sont donc assimilées, malgré tout
l’humour que les Algériens y mettent, à une sorte d’acquis de
l’ouverture pluraliste du début des années 1990, une sorte de
liberté individuelle et de démocratisation de l’accès aux médias
étrangers : la parabole et ses multiples chaînes à l’ère du
pluralisme, contre la télévision unique du parti unique. La TNT,
bien que de qualité non démentie et signe d’un niveau technologique
supérieur, n’offrira jamais, à cause de son choix limité, la
diversité de plus de deux mille chaînes accessibles grâce à un
terminal standard et une parabole de moins d’un mètre de diamètre.
Il se trouve qu’à
ce choix multiple de chaînes arabes, occidentales, slaves,
asiatiques ou américaines, dont une grande partie est superflue et
n’est jamais regardée, les Algériens se sont trop habitués. Une
habitude démontrée par le passage rapide de l’antenne collective à
celle individuelle puis par la multiplication des petites antennes
dans un même foyer.
Suivant des
proportions différentes, une partie du public regarde les
informations en alternant Al Jazeera et Al Arabya ou France 24,
d’autres téléspectateurs apprennent l’anglais sur la BBC ou la CNN,
certains s’évadent sur des chaînes de promotions touristiques, les
feuilletons turcs ou syriens, sans compter les matchs de football
des compétitions européennes et internationales, les programmes pour
enfants, la musique à laquelle les jeunes veulent rester «branchés»,
les chaînes culinaires et, bien plus qu’on le pense, les chaînes
religieuses.
Cette diversité
des usages si différents de la parabole, démontrée par plusieurs
études de l’ASBU (union arabe des radios et télévision) est telle
qu’elle ne saurait être contenue dans un seul bouquet TNT. Et ce
dernier, on l’imagine, ne pourrait se limiter à l’ENTV et ses clones
satellitaires : il faudra donc payer l’achat des ondes et la TNT
sera donc forcément un service payant. Alors, après que nos rues
seront clean et que ce grand chantier qu’est la révolution numérique
sera achevé, l’Etat compte-t-il lui-même fournir les services de la
TNT, ou vendre des licences à des privés qui viendront réaliser des
profits tirés d’un monopole de fait ? On imagine bien, alors, que
les prix ne seront pas donnés et, surtout, qu’il s’agira de payer à
l’avance des prestations qui n’ont rien d’un service public.
Combien ? Pour la comparaison, acheter une parabole et son décodeur
peut coûter au maximum 10 000 dinars, mais cela représentera une
dépense unique. En revanche, s’abonner à un bouquet, sur TNT ou sur
Internet, revient à payer une redevance mensuelle, alors que les
ménages ont le budget suffisamment alourdi par de multiples dépenses
que le pouvoir d’achat moyen est loin de pouvoir dépasser.
De la sorte,
l’accès aux images sur le monde, hier parfaitement gratuit, ne le
sera plus, et la diversité, elle-même réduite, sera une question
d’argent. Enfin, il faut dire qu’il n’est pas évident que tous les
Algériens acceptent de se plier à la nouvelle loi qui risque de
subir ce qu’on appelle l’effet du rejet social, comme c’est le cas
pour l’interdiction d’étendre son linge sur les façades et
l’utilisation des pétards. Avec les limites du pouvoir d’achat dans
ce qui reste encore le pays le plus «parabolisé au monde», il ne
faut pas exclure que beaucoup continueront à recourir au système D
et à ruser avec les règles. Pour ces irréductibles, «regarder la
parabole» est une question de vie ou de mort cathodique. Et pour
l’évasion, ils seront prêts à devenir des harraga virtuels…
Par Nabil
Benali
Haut
La société
de l’information c’est pour quand ?
On croit rêver. Un
opérateur public propose 65 chaînes de télévisions câblées dans le
cadre de l'opération visant à mettre un terme à la poussée
anarchique des antennes paraboliques. Jusque-là, rien d'anormal.
Mais, selon la liste des chaînes publiée par un confrère, sur les 65
proposées, au moins 42 sont… françaises, une seule est algérienne
(Canal Algérie) et une autre marocaine (2M). Parmi les chaînes
françaises figurent : TF1, M6, Téva, National Geographic, Gulli,
Piwi, Tiji, Teletoon, canal J, France 4, Ciné FX, RTL 9, Escales,
TF6, Eurosport et l'Equipe TV. On ne sait pas si dans le paquet des
21 chaînes restantes figurent d'autres chaînes françaises, arabes ou
internationales.
L’opération
d’éradication des antennes paraboliques a été lancée jeudi dernier
en présence du ministre de la Poste et des Technologies de
l’information et de la communication (MPTIC), Hamid Bessalah.
L’objectif étant de généraliser la fibre optique pour résorber la
prolifération des paraboles qui poussent comme des champignons sur
les balcons des immeubles. Si l’objectif est louable, des
observations s’imposent quant à la manière avec laquelle est menée
cette opération. Si le passage à la fibre optique ne peut être
qu’applaudi et soutenu, vouloir imposer une catégorie de chaînes
plutôt que d’autres relève des atteintes à la liberté.
D’abord sur quelle
base les autorités ont-elles choisi les chaînes devant composer le
bouquet numérique qui est proposé aux abonnés ? Pourquoi cette
prépondérance des chaînes françaises qui représentent 65% du
bouquet ? Pourquoi n’avoir pas introduit des chaînes anglophones (y
compris des chaînes éducatives et d’apprentissage de la langue
anglaise) ? Et pourquoi s’être contenté de 23 chaînes arabes
seulement (ici on suppose que le reste des canaux sont arabes) sur
une offre de plus de 300 chaînes disponibles sur les différents
satellites qui émettent sur la région ?
Le rôle de l’Etat
n’est pas de devenir fournisseur d’accès à des programmes de
télévision. L’Etat doit plutôt être un promoteur de l’architecture
générale des technologies de l’information à travers des projets
comme la mise en place d’un réseau de fibre optique, et en parallèle
encourager des opérateurs privés à proposer des services de
télévision, d’accès à l’Internet et autres moyens de communications
modernes. Et laisser l’usager libre de faire les choix qu’il juge
utile pour lui et les membres de sa famille.
Assainir le
paysage urbain en éliminant les paraboles individuelles (dont le
nombre est estimé à 12 millions au niveau national) pour les
remplacer par des systèmes collectifs est une chose, imposer un
choix en est une autre. Le projet de loi portant sur le système de
réception d’images télévisuelles en substitution des paraboles dans
les immeubles est en phase d’élaboration, devra d’ailleurs prendre
en compte cette donnée. L’Algérien doit être libre de choisir les
programmes qu’il veut. A charge pour lui d’exercer sa liberté dans
le respect de la législation (à adopter), c’est-à-dire en
s’abstenant de défigurer le paysage urbain. Qu’il souhaite regarder
Canal+, TF1, M6, CNN, BBC, Al Jazeera, Al Manar, Iqraa ou Fox Series,
il est le seul arbitre.
Le ministère de la
Poste et des Technologies de l’information et de la communication
(MPTIC) a pourtant fort à faire dans son projet «e-Algérie 2013», où
la chasse aux paraboles, qui n’est pas prévue dans le projet en
question, apparaît beaucoup plus comme une caricature.
L’année 2013,
c’est déjà demain. Et vu la cadence des réalisations, l’Algérie ne
semble pas en mesure d’atteindre les objectifs affichés. Parmi ces
objectifs, il y a «l’introduction des TIC et le renforcement de leur
usage au sein de l’administration publique», l’«accélération de
l’usage des TIC au niveau des entreprises», le «développement des
mécanismes et des mesures incitatives permettant l’accès des ménages
et des très petites entreprises aux équipements et aux réseaux des
TIC», «l’impulsion du développement de l’économie fondée sur le
savoir», et le «renforcement de l’infrastructure de
télécommunication à haut et très haut débit». Mais à y regarder de
près, certains secteurs sont encore loin du but recherché. Le
paiement électronique des factures (de téléphone, de l’abonnement
Internet, de l’électricité et de l’eau) tarde à se mettre en place,
alors que dans des pays voisins et en Afrique, cette solution est
déjà opérationnelle. La déclaration d’impôt par voie électronique
relève presque du surréalisme. Malgré tous les efforts dont il est
fait état dans le secteur bancaire, il n’est encore pas possible de
s’adresser à une autre agence que celle de domiciliation pour
retirer du cash ou pour consulter le solde de son compte. Au sein
des administrations, les choses n’évoluent pas plus rapidement.
Seuls deux ministères offres quelques services via Internet. Le
ministère de la Justice offre la possibilité de faire une demande de
casier judiciaire sur son site Web. Alors que sur celui du ministère
de l’Intérieur, il est possible de télécharger quelques imprimés. Ce
qui est loin d’être révolutionnaire.
L’école numérique
avance à la vitesse de l’escargot. Hormis ce que les élèves peuvent
comprendre et apprendre de l’informatique et des technologies de
l’information au niveau familial, l’école algérienne ne fournit que
des notions sommaires, loin de hisser nos chérubins au niveau de la
technique du siècle.
L’inexistence de
bornes WiFi pour la connexion Internet via des ordinateurs portables
dans les places et jardins publics, ainsi que des sites comme le
Palais de la Culture ou l’Office Riad El Feth (à titre d’exemple),
ne donne aucune visibilité au projet «e-Algérie 2013».
Et face à toutes
ces carences, le conflit commercial opposant Algérie Télécom (AT) à
l’opérateur privé Eepad n’est pas de nature à améliorer la
situation. Environ 40 000 abonnés et 16 000 cybercafés clients de l’Eepad
sont pris en otages, alors que le différend commercial peut être
réglé de différentes manières.
Après la
disparition de dizaines d’autres providers, voilà que le plus
important d’entre eux risque de perdre ses clients. S’il est tout à
fait légitime qu’AT veuille récupérer ses créances auprès de l’Eepad,
il est moins compréhensible que ce dernier soit le seul opérateur à
subir cette sanction radicale, au point où même l’Autorité de
régulation des postes et télécommunications s’est étonnée de cette
décision prise par AT. Alors que tout le monde sait qu’Algérie
Télécom a plusieurs dizaines de milliards de dinars à récupérer
auprès d’institutions qui, pourtant, continuent de bénéficier des
services (téléphone) de l’opérateur historique.
Par Abdelkader
Djalil
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Football et
télés
Enjeux
lointains
Selon des
estimations, les droits de télévision pour le Mondial 2010 devraient
rapporter 2,1 milliards d'euros à la Fifa. Le sport roi, le jeu le
plus démocratique et le plus populaire au monde, s'est
progressivement laissé transformer en marchandise.
Par petites
touches, à travers les droits de retransmission télévisée des
matches, payés aux grands clubs, puis brutalement par l’irruption de
chaînes payantes sur la scène mondiale. Les Algériens ont découvert
en 2006 que leur télévision nationale ne pesait rien face aux
milliardaires en dollars, qui ont accaparé le «marché» du football.
Le fait a été vécu comme une violence inouïe contre la liberté de
jouir du spectacle de leur équipe nationale et l’indignation a été
le sentiment dominant. Les voisins marocains et tunisiens ont réagi
à l’unisson des Algériens. Une solidarité s’est développée sur le
Net pour partager les codes de la TSR, encore déchiffrables. Ce fut
une affaire d’Etat. Le président de la république instruit le chef
du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, de résoudre le problème. À J-2
du coup d’envoi de la coupe du monde, tout est entrepris afin que
les matches soient accessibles sur l’ENTV. Hachemi Djiar, ministre
de la communication, et le directeur général de l’ENTV de l’époque
sont dépêchés au Caire où se tenait une réunion de l’Association
des radiodiffuseurs arabes (ASBU), en présence des responsables des
médias lourds d’Afrique du nord et du Moyen-Orient. Il fallait
convaincre cheikh Salah El-Kamal, propriétaire d’ART, lui- même et
en faisant intervenir les autorités de son pays. La Fifa est
rappelée à ses engagements, mais à sa vocation de prémunir le
sport-roi de la dictature de l’argent et de préserver son esprit
populaire. En vain. La faille linguistique du contrat, système «D»
inespéré, nous a permis de suivre Hafid Derradji nous commenter les
matches en français. Pour la coupe du monde de 2010, les Algériens
auront droit à 22 rencontres. L’accord avec ART comprend le droit de
retransmission des rencontres de la Coupe d’Afrique des Nations.
Mais, si l’Etat est en train d’atténuer les contraintes exercées par
les monopoles télévisés, le principe de «marchandisation» du
football reste en vigueur et tend à se propager. Nos présidents de
clubs sont particulièrement intéressés par ce qui se trame. Et dans
la guerre qui oppose les deux, désormais, géants de la télévision,
ART et Al Jazeera, les téléspectateurs doivent s’attendre à ce que
leur petit écran ne fonctionne plus qu’avec une carte payée à l’un
ou l’autre ou aux deux. Leur hégémonie sur la télévision dans la
sphère arabe est leur objectif vital. Al Jazeera Sport, pionnière
dans le cryptage des programmes sportifs dans le monde arabe,
détient actuellement les droits sur les championnats d’Espagne,
d’Italie, du Portugal, des Pays-Bas et de la Turquie, et compte
étendre son hégémonie dans son espace linguistique. Elle s’attaquera
à d’autres compétitions dès la fin de l’année. ART a déjà acheté
les droits des matches de plusieurs pays arabes. Les coups bas que
les deux protagonistes se portent dénotent de leur peu de scrupules
vis-à-vis du public. Ainsi, ART a refusé, cette semaine, de vendre à
Al Jazeera des images du match Arabie saoudite contre Bahreïn.
La libéralisation
économique (désengagement de l’Etat) étant une donnée politique
assise et le travail qui s’engage pour la professionnalisation des
clubs ne pourra qu’aboutir à établir une relation commerciale entre
les supporters démunis, les plus nombreux, et leurs équipes.
Ailleurs, un signe, France 2 en tête, les chaînes gratuites sont
balayées du paysage télévisuel de la première Ligue française. Ici,
on y va d’un pas sûr, les capacités financières des bouquets du
Moyen-Orient sont insoutenables et le besoin de financement du
football national immense. Les négociations entre la FAF, l’ENTV et
ART sont dures, mais elles existent et leur aboutissement n’est
qu’une question de temps. Le processus est lancé et les tabous
balayés. Le commerce sera la seule règle connue dans le football,
victime du spectacle et de la joie qu’il procure et de son règne sur
les loisirs de millions de jeunes. L’autre enjeu et qui ne
transparaîtra qu’à long terme est que le football est avant tout un
produit d’appel pour les chaînes de télévision. Leur objectif est de
capitaliser des profits et derrière les profits, il y a les espaces
publicitaires. Les chaînes qui n’arriveront pas à suivre seront
réduites à la portion congrue de l’audimat et devront, si elles sont
privées, vivre des difficultés financières et le risque de fermer.
Nous pouvons donc tenter une prospective, celle de voir les chaînes
publiques perdre les férus de football et le paysage audiovisuel
progressivement monopolisé par quelques bouquets qui disposeront du
pouvoir de l’information.Là où tout cela a commencé, la FIFA. C’est
207 associations regroupées en six confédérations qui encadrent
l’ensemble des événements footballistiques.
La FIFA ne se
cache plus de brasser des centaines millions de dollars ou d’euros.
Elle a la main sur les droits de retransmission TV de la Coupe du
monde, les droits marketing, les droits de licence et d’autres
produits. Elle doit être, selon ses statuts, une association à but
non lucratif et tenue d’assurer le développement et la promotion du
football en utilisant ses bénéfices. Michel Platini disait, lors de
son installation à l’UEFA : «Le foot est un jeu avant d’être un
produit - le foot est un sport avant d’être un marché - le foot est
un spectacle avant d’être un business» et Blatter : «… on nous
reproche d’avoir trop d’argent. Mais nous devons avoir suffisamment
de réserves pour nous protéger en cas de souci - par exemple par
rapport à l’organisation d’une Coupe du monde. Les gens oublient
aussi souvent que nous devons redistribuer 70% de nos revenus aux
fédérations nationales par le biais de nos différents programmes
d’assistance ». Mais tout n’est pas tel que le public croit. Une
déposition signée du vice-président de la Fédération somalienne
Mohiadin Hassan Ali deux mois après l’élection de Blatter à la tête
de la FIFA en 1998, révèle ceci : « …nous avons accepté de
l’argent pour voter au nom de la Somalie en faveur de J. Blatter
lors de l’élection présidentielle de Paris.. ». Dans une
déclaration à la presse en 2002 , il persiste «…L’argent a été
fourni par Mohamed Ben Hamman (un Qatari membre du comité exécutif
de la Fifa). Il a payé les billets d’avion et la note d’hôtel ainsi
que l’argent de poche pour quatre officiels de la Fédération
Somalienne…Je l’ai vu de mes propres yeux. La nuit précédant
l’élection, des gens faisaient la queue à l’hôtel Méridien
Montparnasse pour recevoir de l’argent…» Et d’ajouter : «Certains
m’ont dit qu’ils avaient reçu 5 000 dollars avant le vote et la même
somme le jour suivant. Après la victoire de Blatter, j’ai fait ma
propre enquête et j’ai découvert que 18 participants africains au
vote avaient accepté de l’argent pour voter pour Blatter…» Les
dessous de la FIFA sont encore plus sordides et le voile s’est déjà
levé sur le rôle de Dassler, patron d’Adidas, dans les
intronisations à la tête de la fédération.
A chaque élection,
la presse se pose la question de savoir qui Dassler soutient. Le
président du football mondial tournerait autour de plus de 6
millions d’euros avec, en prévision d’une disgrâce, une prime de
plus de 15,5 millions d’euros. Il faut ajouter des frais de
déplacement de 500 dollars par jour.
Le football n’est,
décidément, pas entre de bonnes mains et son pouvoir d’attraction
sur les foules encore moins.
Par Ahmed
Halfaoui
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La politique des réformes face aux pesanteurs
politiques et au poids de la rente
Les avatars
d’une longue et hésitante transition
S'il y a un
concept que les hommes politiques et les médias ont «trituré» et
fait circuler à tout-va, chacun selon sa vision technique ou son
modèle idéologique, c'est bien celui des réformes.
En Algérie, on a
même pu coller une indécollable étiquette de «réformiste» au cabinet
Hamrouche qui, en 1990, avait initié un certain nombre de mesures –
dont la création de titres de presse écrite par des éditeurs privés
– lesquelles, il est vrai, constituaient un pas audacieux vers la
rupture avec le régime du parti et de la pensée uniques.
L’expérience de
Hamrouche, marquée par la touche particulière de son ministre de
l’économie Ghazi Hidouci- fut arrêtée net par la précipitation des
événements politiques qui ont vu l’aile radicale des islamistes
marcher à l’assaut des institutions de la République.
Cependant, dans le
lexique de la classe dirigeante du pays, le terme ‘’réformes’’ a été
utilisé quelques années après la mort de Boumediene, une façon de
rompre avec un héritage ‘’encombrant’’. Ce fut la restructuration
des grandes entreprises publiques et la marche vers le reniement de
la révolution agraire. Les lois sur l’autonomie des entreprises
promulguées en 1988 préludaient l’ouverture de l’économie algérienne
au privé et l’adoption du concept de concurrence.
Dans la plupart
des pays à économie dirigiste, le concept des réformes a précédé de
quelques années l’effondrement du bloc socialiste et, symbole d’une
transformation non violente, la chute du Mur de Berlin. Cette
chronologie, sans avoir l’exactitude du métronome, est dictée par
l’intensité des problèmes et des contradictions internes que
traînaient les régimes et les systèmes sociaux des pays en question.
L’Algérie faisait partie de ces pays à économie ‘’socialiste’’ dont
les orientations ont été consignées dans les textes fondamentaux de
la République (Charte d’Alger, Charte nationale de 1976 élaborée
sous Boumediene… enrichie en 1986 sous Chadli, les différentes
constitutions). Dans le sillage de la proximité idéologique avec les
économie de l’Europe de l’Est, et particulièrement de l’ex-URSS,
l’Algérie s’est investie dans les nationalisations à grande échelle
et opta pour l’ ‘’industrie industrialisante’’. A côté des
gaspillages, des erreurs d’aiguillage et de l’immaturité de nos
forces productives, sans doute beaucoup de bonne foi et d’esprit
primesautier ont présidé aux choix opérés par les gestionnaires
algériens. En d’autres termes, il n’est pas exclu que, en agissant
et en gérant comme ils l’ont fait, il aient cherché à ‘’rendre
heureux’’ le peuple. Ce que les sociologues et autres économistes
appelleront, quelques années après, la démagogie, le clientélisme et
le patrimonialisme était, au cours des années 1970, une euphorie
générale permise par les cours du pétrole et du gaz. La force de
pression de ces produits énergétiques est apparue au grand jour en
1973 lors du grand choc pétrolier. L’Algérie a, bien entendu, adhéré
à l’OPEP. Le succès de l’OPEP en 1973 a marqué le point culminant
d’une évolution progressive des forces en présence dans le sens
d’une augmentation de la puissance des pays exportateurs. Les plus
importantes de ces forces étaient les suivantes : l’évolution du
rapport entre la demande et l’offre mondiales de pétrole, la
détermination de plus en plus affirmée des nations arabes riches en
pétrole de s’en servir comme d’une arme contre Israël, et une série
de modifications dans la situation pétrolière des Etats-Unis. La
demande mondiale de pétrole brut a augmenté rapidement jusqu’en
1973. La consommation mondiale d’énergie a augmenté à un taux d’un
peu plus de 5 % par an entre 1950 et 1972. La part du pétrole dans
la consommation mondiale d’énergie est passée au cours de la même
période de 29% à 46%, si bien que la consommation de pétrole a
elle-même augmenté d’environ 7,5% par an, taux de croissance bien
supérieur à celui de la production mondiale de l’ensemble des
produits. L’offre mondiale de pétrole brut a augmenté au moins aussi
vite que la demande mondiale. Les réserves prouvées représentaient à
la fin de 1972 environ 34 ans de consommation mondiale. On était
parvenu à maintenir, bon an mal an, ce rapport entre les réserves et
la consommation annuelle, en dépit de la croissance rapide de la
consommation de pétrole à partir du milieu des années cinquante.
Mais la demande mondiale a augmenté beaucoup plus vite que l’offre
des pays extérieurs à l’OPEP. Les découvertes pétrolières
postérieures à la seconde Guerre mondiale ont été très inégalement
distribuées entre les pays. ‘’La main invisible d’Allah a doté
l’OPEP de l’essentiel du pétrole mondial’’, ironisent les chercheurs
Lindert et Kindleberger dans ‘’Economie internationale’’. En effet,
la part des pays de l’OPEP dans la production mondiale de pétrole
brut est passée d’environ 20% en 1938 à plus de 40% en 1960, date de
la création de l’OPEP, pour atteindre plus de 50% à la veille du
premier choc pétrolier. En octobre 1973, à l’occasion de la guerre
isrélo-arabe dite du Kippour, les pays arabes adoptent des mesures
d’embargo sur leurs livraisons de brut ; l’OPEP en profite pour
décider unilatéralement des hausses des prix. En l’espace de six
mois, le prix du baril du brut de référence est passé de 2,9 dollars
à 11,6 dollars. De la fin de 1978 au début de 1981, les tensions
créées sur l’offre de pétrole par la révolution iranienne et par le
début de la guerre entre l’Irak et l’Iran se conjuguent, permettant
aux pays de l’OPEP de fixer de nouvelles hausses. Entre 1970 et
1981, sous l’effet des chocs pétroliers, le prix moyen du baril aura
été multiplié par dix-neuf, en dollars courants.
Pour une vie
meilleure…
C’est de ce climat
d’euphorie que le président Chadli Bendjedid va hériter en février
1979 au point de fixer un slogan pour le congrès du FLN dont il
était le secrétaire général : ‘’Pour une vie meilleure’’. Les jeunes
Algériens qui commençaient à voir s’assombrir leur horizon avaient
ironiquement donné suite à cette devise en en faisant une belle
boutade : ‘’Pour une vie meilleure, il faut aller ailleurs’’– qui va
se confirmer vingt ans après par le moyen du phénomène ‘’harraga’’.
Pour avoir la paix
sociale, dissuader toute forme d’opposition qui remettrait en cause
le parti unique et se garantir des mandats successifs sans aucun
contrôle, le pouvoir politique d’alors a créé une immense confusion
entre la sphère politique et la sphère économique. L’Etat, non
seulement encadre politiquement et administrativement le pays, mais
aussi vend des chaussures chez Districh, des couvertures à la
Cotitex, des téléviseurs à l’EDIED, des Mazda bâchées à la SNVI, des
vélos, des poêles à mazout et des lentilles dans le Souk El Fellah.
Cela a fini par créer des clientèles et des réseaux de corruption.
Vu que toute initiative privée était brimée, sinon interdite (même
les hammams et les salles de cinéma étaient nationalisés au début
des années 1960), l’économie du pays évoluait sous le ‘’label’’ de
la pénurie. A l’époque, l’opposant Aït Ahmed qualifia ainsi le
pouvoir en place de «pouvoir qui gère la société à coups de chartes
et à coups de pénuries». Le ridicule, qui n’avait aucune raison de
tuer ses auteurs, était poussé un peu plus loin lorsque le
gouvernement du début des années 1980 établit un Plan anti-pénurie
(le PAP). Ce Plan n’a eu recours à aucun investissement productif ou
autre idée géniale du même ordre. Il se contenta de faire face aux
ruptures de stock par de nouvelles importations permises par la
manne pétrolière.
L’Etat recrutait à
tour de bras dans les entreprises publiques et dans les structures
administratives. Il n’était pas regardant sur la dépense. Trois
personnes pour un mini-standard téléphonique utilisant deux
interphones, huit gardiens pour une minuscule unité de production,
1200 ouvriers pour des ateliers dont le seuil de rentabilité n’en
supporte pas plus de 400, et d’autres énormités du genre rendues
possibles par la rente pétrolière.
C’est en
comprenant la nature du régime politique et son assise économique
bâtie exclusivement sur la distribution de la rente que l’on pourra
saisir l’intention des autorités du pays de procéder à des réformes
suite à l’impasse historique qui a grevé le processus de
légitimation par la rente.
Impasses
économiques et apories idéologiques
Moins de vingt ans
après l’Indépendance, la société commence à frétiller dans le sens
d’une demande de démocratisation des institutions, de la libération
des initiatives citoyennes, d’un mieux-être socioéconomique et d’une
franche justice sociale. Ce dernier concept, comme celui de la
démocratie d’ailleurs (auquel on se pique de greffer des épithètes
de ‘’responsable’’, ‘’populaire’’), était pourtant chanté sur tous
les toits de la République officielle et était inscrit dans tous les
textes fondamentaux du pays. Mais, c’est connu à travers le monde,
les régimes les plus décriés établissent les lois les plus enviées
pour en faire table rase dans la réalité.
Le mouvement
culturel berbère de 1980 fait partie de cette revendication de
démocratie. Ce mouvement, qui s’est voulu public, a quelque peu
ébranlé certaines certitudes officielles relatives à la soi-disant
impunité de pouvoir gouverner sans répondre de sa gestion.
Au fur et à mesure
que les prix du pétrole baissaient, particulièrement à partir de
1986, et que les privilèges de la clientèle se faisaient maigres,
des mouvements sociaux, où se mêlaient vraies et manipulations
provenant du sérail, faisaient leur apparition. Oran, Constantine,
Rouiba et tant d’autres villes et localités commençaient à casser la
chape de plomb qui pesait sur les populations.
A la veille de
l’explosion d’octobre 1988, plusieurs impasses étaient identifiées
dans la voie algérienne du développement et dans la gouvernance
politique du pays. Sans verser dans le détail, on peut dégager les
grosses obstructions qui avaient asphyxié le corps du pays.
Sur le plan
politique, l’hégémonie du parti unique dans toutes les structures de
l’Etat et de la société a atteint sa charge de rupture. Le contrôle
de la nébuleuse d’opposition et l’élimination de tout cadre
d’expression démocratique (associatif, syndical, politique…) n’ont
été rendus possibles que par la gestion clientéliste de la rente
pétrolière. Le pouvoir du parti unique avait entretenu des relais
dans la société de façon à absorber toute forme d’opposition et
d’organisation autonome de la société. Néanmoins, à partir de 1986,
le prix du baril de pétrole, unique source de recettes du pays,
commençait à dégringoler. Du même coup, les relais et clientèles du
pouvoir voyaient leur influence régresser et leurs privilèges
chanceler. Le doute gagnait de plus en plus les hautes sphères du
pouvoir. On en arriva alors à porter atteinte au plus symbolique
‘’présent’’ par lequel les autorités berçaient le rêve d’exil de la
jeunesse algérienne : l’allocation touristique. Ce début de
faiblesse de l’Etat – un Etat qui n’a plus les moyens de sa
politique, c’est-à-dire de contrôle et d’embrigadement – a profité
surtout au courant islamiste qui a fait sas classes sur les campus
de l’Université pendant les années 1970. La jonction entre cette
tendance et les franges les plus économiquement marginales de la
société n’a pas tardé à se réaliser dans ce climat de remise en
cause et de curée générale. Cette décrépitude des structures de
l’Etat et de l’économie ne pouvait visiblement pas profiter au
courant démocratique embryonnaire formé dans la clandestinité. La
culture de la rente et de l’assistanat ainsi que les replis sur soi
que cette chute aux enfers a charriés ne militaient guère pour une
alternative démocratique basée sur la culture du travail, de
l’effort et de la transparence dans la gestion.
Les effets de la
crise, manipulés par groupes occultes de la nomenklatura, ne
tardèrent pas à se manifester dans la rue. Ce fut alors la grande
explosion d’octobre 1988 lors de laquelle un millier de jeunes
algériens furent tués par l’armée. La révolte d’octobre 1988
consacra la ‘’faillite sanglante’’ du régime, comme en a fait sa
manchette à l’époque un hebdomadaire parisien, tandis qu’un
ambassadeur algérien, qui deviendra quelques mois plus tard
ministre, parlait de ‘’chahut de gamins qui a dérapé’’ .
Au plan
économique, les entreprises publiques étaient étranglées par les
découverts et les dettes, crise amplifiée par la taille de ces
entreprises auxquelles sont confiées les missions de production et
de commercialisation en même temps.
Sur le plan
financier, les services de la dette extérieure, d’un encours de 26
milliards de dollars, absorbaient la presque totalité des recettes
pétrolières.
Une autre impasse,
consubstantiellement liée à la nature du régime politique et à la
vision de l’Etat qui en est issue, se rapporte à la centralisation
excessive de la gestion de l’Etat et de l’économie. Ce jacobinisme,
voulu comme bouclier qui protège le sérail et qui renforce le
contrôle de la société, a atteint ses limites historiques par ses
conséquences économiques, environnementales et culturelles qu’il a
dressées comme un frein au développement du pays et de la société.
De même, l’école, espoir de la société après l’indépendance du pays
pour une formation de qualité et une voie de réalisation sociale de
la jeunesse, a été prise en otage par les calculs politiciens où la
pédagogie et la compétence n’ont presque pas droit ce cité. Le liant
de tous ces errements se trouve être le secteur de la justice où
l’indépendance des magistrats est devenu un vœu pieux, même si,
comme pour d’autres beaux idéaux, elle est consignée dans tous les
textes officiels du pays.
La voie
tortueuse des réformes
C’est acculées par
toutes ces impasses, qui grèvent la gestion du pays et qui
remettent aussi en cause le processus de légitimation du pouvoir
politique tel qu’il est issu de la guerre de Libération, que les
autorités du pays avaient montré, au début des années 1990, des
velléités de réformes. L’accélération des événements a fait que les
gouvernants n’ont pas eu le loisir ni d’anticiper, ni de planifier
ni, étrange impuissance, de bien négocier les changements. Sur le
plan politique, la Constitution de février 1989 a vu dans le
multipartisme une panacée. Mais c’était des associations à caractère
politique et non des partis. Une inutile manœuvre sémantique de
dernière minute du pouvoir politique pour se barricader contre les
assauts d’une inéluctable libéralisation. La suite des événements ne
laissa de choix à personne. Le déferlement du terrorisme islamiste
et le reflux de l’espoir démocratique vont cohabiter avec la grande
fracture économique du pays. En effet, la cessation de payement de
la dette extérieure algérienne entraînera le rééchelonnement de
celle-ci, les mesures draconiennes de libéralisation des prix et de
gel des programmes sociaux, le licenciement dans les entreprises
publiques et d’autres contraintes sociales contenues dans un
dispositif appelé PAS (Plan d’ajustement structurel) dicté à
l’Algérie par le Fonds monétaire international (FMI) à titre de
conditionnalité accompagnant le rééchelonnement de la dette.
Au prix de
dizaines de milliers de morts, de centaines de milliers de
travailleurs licenciés, d’anciennes maladies, vaincues par l’Algérie
des années 70, réapparues, du discrédit de la pratique politique (on
a réussi la ‘’prouesse’’ de faire porter l’échec des réformes au
multipartisme naissant), au prix donc d’une cassure et d’une dérive
historiques, les Algériens ont traversé la dernière décennie du 20e
siècle en se retrouvant, en la personne de M. Abdelaziz Bouteflika,
avec un président- ancien ministre inconnu de la nouvelle
génération, que personne ne voyait venir.
Pour Bouteflika,
la ‘’mère’’ des réformes, après son accession à la présidence en
avril 1999, se situait dans la sphère politique et consistait, à ses
yeux, à réinstaller la paix civile par l’endiguement du terrorisme.
Alors, il prolongea, par les dispositifs de la Concorde civile et de
la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, les efforts
d’une aile de l’Armée nationale populaire commencés sous le règne de
Liamine Zeroual. Les résultats sont différemment appréciés par les
citoyens et les personnalités politiques, même si la tendance lourde
qui se dégage est que le terrorisme a véritablement reflué et que,
par conséquent, il ne constitue plus une menace pour l’Etat ni ne
peut donner lieu à une alternative politique qu’il s’était donné
pour mission de sustenter et de défendre par la violence.
Sur le plan
économique, les réformes programmées depuis 1999 par les autorités
du pays seraient gênées dans leur progression par l’embellie
financière qui, quelque part, renforcerait les conduites rentières
et le statu quo général. C’est ce que laissait entendre une question
d’un journaliste espagnol d’ ’’El Pais’’ adressée au président de la
République en 2006. La question est formulée ainsi : «On a un peu
l’impression que l’âge d’or que vous traversez vous incite à
ajourner les réformes économiques. Est-ce vrai»? La réponse va, bien
entendu, dans le sens de la réfutation, et précise que l’Algérie se
prépare à l’après-pétrole. Sur le plan des principes et de la
‘’littérature’’ économique vantant les vertus de l’économie de
marché, l’Algérie n’a pas lésiné sur les moyens pour faire connaître
les nouvelles orientations économiques qui consistent à libérer
l’initiative privée, à mettre à niveau celles des entreprises
publiques qui ont des prédispositions à soutenir la compétition et
la pression d’une mondialisation rampante et, enfin, à orienter
l’investissement dans le sens de l’exhortation à conquérir les
nouveaux créneaux créateurs de richesses et d’emploi. Bref, et pour
reprendre les termes de l’ancien argentier du pays, M. Benachenhou,
il s’agit de passer d’une économie de rente à une économie de
production. C’est ce que répétera, à un terme près, le ministre des
Finances, Karim Djoudi, en commentant la dernière loi de finances
complémentaire (LFC-2009) en disant qu’il était impératif de passer
d’une économie de consommation à une économie de production.
Mais, depuis que
Ouyahia, en sa qualité de Premier ministre, avait tablé au milieu
des années 1990 sur un volume d’exportation hors hydrocarbures de 2
milliards de dollars comme seuil minimal à partir duquel le
mouvement est censé prendre son élan, on sait ce que les prévisions
des autorités sont devenues. Pour les derniers exercices, ce
‘’seuil’’ atteint laborieusement le milliard de dollars. Et la
tendance pour le cours terme n’indique pas un mouvement
extraordinairement florissant. Par rapport au ratio classique de la
balance des payements qui établit, aux yeux des autorités et des
analystes, la santé économique et commerciale d’un pays, ce critère,
très positif dans notre pays, doit être soupesé avec des pincettes
eu égard à sa composante basée sur la mono-exportation.
Un nouvel âge
d’or ?
Les données
macroéconomiques ayant succédé aux fourches caudines du FMI sont,
depuis les cinq dernières années, des plus satisfaisantes. L’encours
de la dette extérieure est réduit, depuis que le gouvernement a
commencé à payer par anticipation, à moins d’un milliard de dollars
(exactement 600 millions d’après le ministre des Finances) ;
l’inflation est contenue dans des proportions ‘’acceptables’’ même
si elle a tendance à prendre une courbe ascendante suite aux
investissements publics distributeurs de salaires mais non encore
générateurs de richesses (5,4%) ; le chômage oscille entre 11 et 13%
de la population active ; les réserves de change dépassent les 140
milliards de dollars.
Depuis que
l’Algérie a commencé à respirer le grand air de l’embellie
financière, des experts et même certains modestes observateurs de la
scène économique nationale n’ont pas manqué de relever la
vérification de cette thèse connue depuis que l’homme s’est organisé
en société : l’argent ne fait pas le bonheur. Cela demeure vrai que
ce soit à l’échelle du foyer ou dans l’univers de la république.
Certains officiels n’ont pas pris de gants pour dire la réalité
crûment. «Nous avons les ressources financières, mais cela ne suffit
pas», avouait Mourad Medelci, ancien ministres des Finances.
L’Algérie l’apprend un peu plus chaque jour. Les rentrées de devises
issues de l’exportation des hydrocarbures n’ont jamais atteint le
niveau qui est le leur aujourd’hui.
Cependant, les
véritables réformes attendues par les partenaires économiques
tardent à voir le jour. Les privatisations, la restructuration du
système bancaire (un des piliers, avec la libération du foncier, de
l’acte d’investissement), la formation qualifiante, la réforme de
l’administration (censée encadrer la relance économique), tous ces
segments attendent d’être mis en branle pour espérer enclencher le
mouvement des capitaux qui permettrait de faire dépasser à
l’économie algérienne son caractère rentier.
Les griefs
adressés, particulièrement depuis ces trois dernières années, à
l’Algérie par les organismes financiers internationaux dans le
domaine de l’action économique sont relatifs à la lenteur dans le
processus de privatisation, l’immobilisme des établissements
bancaires au sein desquels des surliquidités inquiétantes ont été
enregistrées (elles ont atteint en décembre 2008 le montant de 1400
milliards de DA) et certaines procédures bureaucratiques liées à la
gestion du foncier industriel.
Les spécialistes
des questions financières pensent que les derniers scandales qui ont
éclaboussé certains établissements bancaires publics (détournements,
crédits douteux…) et d’autres établissements privés sont la preuve
que les règles administratives et managériales régissant ces
institutions sont faussées à la base. Les règles prudentielles, qui
ne doivent pas signifier réticence des banques à financer
l’économie, doivent être accompagnées d’ingénierie financière et de
procédures d’audits réguliers. Les prises de participation ou la
privatisation partielle de certains établissements sont une partie
de la solution pour leur mise à niveau.
En matière
d’investissements étrangers, les réformes économiques, dans leurs
volets financier, fiscal, foncier, administratif… constituent le
levain qui assure attractivité et capital confiance. Le rapport de
la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement
(CNUCED) sur l’investissement dans le monde, publié en 2008, classe
notre pays dans la position de huitième en Afrique en matière
d’attractivité pour les investissements étrangers. Ces derniers,
appelés communément IDE (investissements directs étrangers), étaient
de 1,6 milliard de dollars en 2007 en direction de l’Algérie, selon
l’institution onusienne.
L’Algérie vient
bien après le Nigeria (12,5 mds de $), l’Egypte (11,6 mds de $),
l’Afrique du Sud (5,2 mds de $), la Maroc (2,6 mds de $), la Lybie
(2,5) et le Soudan (2,4). Pour toute l’Afrique, les IDE représentent
53 milliards de dollars en 2007. L’Algérie en a capté à peine 3%.
Il est vrai que le critère des IDE a été fort discuté en Algérie
pour savoir s’il constitue une base logique de réflexion sur les
vrais investissements porteurs de richesses et de possibilités de
création d’emplois dans le pays. Cependant, ce signal demeure un
sérieux critère en matière de degré d’attractivité pour les
entreprises étrangères, donc du climat des affaires dans le pays.
Lorsque
l’informel s’érige en système
L’un des facteurs
économiques qui ont puissamment contribué à la perversion des
valeurs du travail, à l’évasion fiscale et la fragilisation de
larges pans de la société (particulièrement les enfants qui n’ont
pas l’âge de travailler et les femmes), c’est bien l’économie
informelle, laquelle se manifeste de différentes façons : activités
commerciales non déclarées aux impôts, importations frauduleuses
(contrebande), salariés exerçant au noir, travail des enfants…etc.
Le phénomène de l’économie informelle par lequel le travail au noir
a reçu ses «lettres de noblesse» a pris dans notre pays de telles
proportions que le président de la République avait, il y a
maintenant trois ans, tiré la sonnette d’alarme. Il était question
qu’une étude spécifique soit menée sur cette gangrène de façon à la
circonscrire sur les plans juridique, technique et stratégique.
L’âpre réalité ne peut laisser indifférents les décideurs, d’autant
qu’une constante propension vers le pire semble se dessiner : un
accroissement moyen annuel de 8% est enregistré au niveau des
populations nouvelles ‘’accédant’’ à ce type d’activités. Au mépris
de la législation algérienne, des lois de l’Organisation
internationale du travail et des règles primaires de la dignité
humaine et de l’ergonomie, des adolescent(e)s, et parfois des
enfants, sont enrôlés dans des ateliers clandestins ou des chantiers
de travaux loin des regards chastes de l’administration. Fragilisée
par le chômage endémique, l’échec scolaire et la bureaucratie, une
partie de la population algérienne, maillon faible de la société, en
est réduite à accepter n’importe quel boulot et à n’importe quel
prix pour sauver la face pendant quelques mois ou quelques années.
Les ‘’preneurs’’
ne manquent pas. Ils sont secrétés par la période de transition de
l’économie algérienne caractérisée par le bazar et l’activité
souterraine. L’ancien ministre des finances nous donne la
consolation que le secteur informel a ‘’permis à des populations de
vivre’’. Il sait pourtant avant tout le monde et mieux que quiconque
que la médaille, momentanément luisante, possède son revers
autrement plus douloureux et plus dramatique qu’on ne l’imagine à
première vue. Le montant de l’évasion fiscale qui se chiffre ainsi
en dizaines de milliards de dinars aurait pu certainement
contrebalancer la part des recettes en hydrocarbures dans
l’élaboration de la loi de finances et servir de levier à de
nouveaux investissement, eux-mêmes créateurs d’emplois… légaux. Et
puis, par symétrie au vieil adage des financiers qui dit que ‘’trop
d’impôts tue l’impôt’’, un recouvrement inique d’impôt, qui s’exerce
sur les activités productives et commerciales régulières, risque de
tuer l’économie structurée. Un emploi non déclaré ou une marchandise
non facturée (ce qui représente environ 30% de l’activité
commerciale) sont un immense manque à gagner pour le fisc et un
poison ingénieusement distillé aux activités légales.
Au sein de ce
puissant créneau de l’informel, des milliers de jeunes ont fait
leurs ‘’armes’’ et ont connu des villes et de nouveaux espaces
européens ou asiatiques. Dubai, Ankara, Damas, le Maroc, l’Italie,
chaque station a vu défiler des Algériens à la recherche de la
marchandise à revendre dans la Casbah d’Alger, à El Hamri ou à
Tadjnent.
Par Saâd
Taferka
Haut
Réformes de l’école
Des sous et
des résistances
Des sommes
faramineuses ont été englouties pour la construction d’écoles
primaires, collèges et lycées, réalisations qui, parfois, sont
positionnées dans les coins les plus reculés du territoire.
D’ailleurs, le récent phénomène d’exode rural causé par l’insécurité
dans l’arrière-pays montagneux et certaines zones des Hauts Plateaux
a fait sortir certaines écoles très retirées de leur anonymat du
fait que les autorités de wilaya ont décidé de les fermer en raison
de la faiblesse des effectifs. L’école algérienne du début des
années soixante a hérité de la pédagogie et de la rigueur de l’école
française. Les résultats sont palpables, même s’ils sont escamotés
par l’économie rentière qui s’installera dans le pays à partir des
années 1970. Les résultats, ce sont tous ces cadres qui ont pris le
relais des entreprises pétrolières françaises dans le Sud algérien ;
ce sont tous ces médecins qui, par des actions de volontariat, ont
mené une lutte implacable contre la tuberculose ; ce sont aussi ces
hauts cadres de l’administration qui ont, dans un climat
d’adversité, relevé le défi du départ des personnels européens.
Après les premières et timides actions d’arabisation ayant touché
certaines matières jugées ‘’idéologiques’’ (droit, histoire,
géographie, philosophie), les responsable de l’Éducation, enhardis
par une économie rentière et clientéliste qui pouvait se passer des
cadres de valeur, du travail et de la production, ont franchi le pas
dans le sens de la domestication complète de l’école algérienne. Les
résultats de la mise en œuvre de l’ordonnance d’avril 1976 relative
à l’École fondamentale ne se sont pas fait attendre. Outre une
déperdition scolaire calamiteuse, les élèves qui terminent leur
cursus ont un niveau scolaire tellement faible que, même avec le bac
en poche, ils ne sont pas assurés de franchir les portes de
l’université. Quand bien même ils y accèdent, le handicap de la
langue d’enseignement vient refroidir les ardeurs de beaucoup de
postulants. D’ailleurs, un phénomène nouveau, et assez révélateur
pour être souligné, marque ces dernières années le paysage du
secteur de l’enseignement. Il s’agit des bacheliers qui refont
l’examen du bac parce que les notes obtenues lors du premier examen
ne leur permettent pas d’avoir accès à la filière convoitée. Un cas
d’école, sans jeu de mots, dans l’Algérie du XXe siècle. La société,
les organisations de parents d’élèves et des partis politiques ont
réclamé des réformes dans le secteur de l’éducation depuis
longtemps. Le constat étant établi, restait la volonté politique de
moderniser l’école algérienne pour la mettre au diapason des enjeux
sociaux, scientifiques, techniques et économiques que notre pays
affronte à l’aube du 21e siècle. C’est ainsi que le président
Bouteflika a pris l’initiative de constituer une commission de
réforme de l’enseignement présidée par le professeur Benzaghou.
Les
recommandations de la Commission sont assez prometteuses. Pour s’en
rendre compte, il suffit de s’arrêter sur les réactions qu’elles ont
soulevées auprès d’organisations et de partis conservateurs. Par
contraste, ces réformes apparaissent comme un véritable espoir pour
tous ceux qui rêvent d’un avenir radieux pour ce pays. Il semble que
le département de Benbouzid ait plutôt agi avec beaucoup de
circonspection en matière de prise en charge pratique de ces
recommandations. La preuve en est que les décisions prises par le
ministère le sont au compte-goutte, et certaines d’entre elles ont
pris à contre-courant l’esprit même des réformes. Sinon, comment
expliquer l’épée de Damoclès qui pèse sur les écoles privées sommées
qu’elles sont de dispenser le même programme avec les mêmes outils
que l’école publique ?
L’on se souvient
également de cette mesure farfelue qui a consisté, en 2005, à
renvoyer quatorze proviseurs sous le prétexte qu’ils n’ont pas
réussi à faire obtenir à leurs établissements des résultats
performants. Depuis quand la note d’examen relève-t-elle
exclusivement d’un directeur d’établissement ? Face aux défis
imposés par la nouvelle économie et le contexte d’une mondialisation
effrénée, la société tout entière est en droit d’attendre une
pédagogie moderne et un cadre idéal d’enseignement dégagé des
scories de l’ancien système où le seul critère qui doit prévaloir
sera le règne de la compétence.
S. T.
Haut
Justice et
Etat à la recherche d’une juste mise à niveau
Il est établi que
l’accès à la modernité politique, économique et culturelle de la
société ne peut faire l’économie de profondes réformes de la justice
de façon à ce qu’elle réponde aux nouveaux besoins générés par les
transformations sociales. Ces réformes sont à identifier aussi bien
au niveau institutionnel représentant la superstructure
‘’idéologique’’ et conceptuelle de la justice (Constitution,
Assemblée populaire nationale, Sénat) qu’au niveau des structures
techniques chargées de rendre la justice (cours, tribunaux et
auxiliaires de justice).
Avec l’entrée de
l’Algérie dans l’économie de marché, de nouveaux besoins, inconnus
il y a quelques années, s’expriment sur le plan de la réglementation
et de la légalité. Le contrôle de la qualité des marchandises à
l’importation (principalement les médicaments, les produits
alimentaires, la pièce de rechange) pour faire face aux risques
sanitaires et à la contrefaçon constitue, à n’en pas douter, un
chapitre important de nouvelles mesures législatives que le pays a
été contraint de confectionner. Il en est de même des nouvelles
formes de criminalité (cybercriminalité), du trafic de drogue et
d’immigration clandestine (la harga est en voie d’être criminalisée,
pour les survivants et les extradés bien sûr !)
Toutes les
affaires de détournement et de dilapidation de deniers publics, de
corruption et d’autres formes de malversations qui tiennent, depuis
ces dernières années en cours, la population, les institutions et
les gestionnaires en haleine – outre les modes de gestion et la
conduite des affaires publiques qui leur ont donné naissance – nous
renvoient indubitablement vers la notion de justice. Car, une fois
que le scandale éclate suite à des défaillances dans la manœuvre ou
encore suite une douteuse banqueroute, le sort de ces affaires
échappe totalement à la hiérarchie administrative et atterrit
inéluctablement entre les mains de la justice. Bras séculier des
valeurs la République et de l’État de droit, la justice a donné lieu
à une abondante littérature destinée à en préciser les contours, en
étudier les modes d’expression et analyser les influences qui
s’exercent sur ses grandes orientations et sa mise en application.
La notion de
justice a été galvaudée et malmenée dans notre pays, si bien qu’elle
a fini par être discréditée auprès de simples citoyens qui lui ont
collé moult épithètes peu flatteuses et une kyrielle de quolibets
qui en disent long sur la manière dont est perçue et vécue l’action
de cette instance qui est considérée comme un des trois pouvoirs
fondateurs de la gouvernance à côté du pouvoir exécutif et du
pouvoir législatif.
Au début des
années 2000, le président Bouteflika a chargé une commission de
faire des propositions pour les réformes de la justice, commission
présidée par le professeur Mohand Issad. Il en était attendu des
réponses pour les questions que les citoyens et la société se posent
au sujet de ce secteur : modernisation des services, indépendance
effective des magistrats, extension des champs d’intervention avec
prise en charge des données de la nouvelle l’économie du pays (droit
fiscal, arbitrage dans les conflits avec les entreprises étrangères,
bioéthique, droits d’auteur à la faveur de l’extension d’Internet,
protection des mineurs,…). En dehors des bribes rapportées par la
presse, aucun dispositif particulier ou corps de recommandations ne
sont présentés comme étant issus des travaux de cette fameuse
commission.
Il en est de même
avec l’autre commission présidée par Missoum S’bih à laquelle le
président de la République confia la mission de réfléchir à la
réforme de l’Etat (structures, institutions, missions, divisions du
territoire). L’on ne sait pas encore si le projet du nouveau
découpage du territoire, les rudiments de décentralisation de
l’administration en préparation et les projets des codes de la
commune et de la wilaya s’inspireront des propositions de cette
commission ou, au contraire, ce sont de simples éléments libres et
épars qui ne répondent à aucune vision globale ou homogène tendant à
réformer les structures et les missions de l’Etat.
S.T.
Haut
Simple hypothèse de travail
La classe
politique, ou plus exactement ce qui en tient lieu, est entrée,
depuis de longs mois maintenant, dans une léthargie dont elle
pourrait bien ne plus jamais se défaire.
C'est un peu comme
si la dernière élection présidentielle l'avait délestée de ce qui
lui restait de force, ou d'illusions.
Les partis de la
coalition gouvernementale, qui ont pourtant apporté leur soutien au
candidat Bouteflika, et qui de ce fait ont des raisons de se poser
en vainqueurs, paradoxalement ne se portent pas mieux que leurs
adversaires de l’opposition. Ni le FLN, ni le RND, et moins encore
le MSP, n’ont aujourd’hui de réels motifs de satisfaction. Il y a
tout lieu de penser que si une élection devait se tenir dans le
court ou moyen termes, leur reflux électoral, bien loin d’être
jugulé serait au contraire se verrait si nettement confirmé qu’aucun
tripatouillage des urnes ne serait en mesure de le masquer. Mais,
dira-t-on peut-être, comment est-il possible d’être aussi
affirmatif ? Ne seriez vous pas en train de prendre une accalmie de
la scène politique, suite à une élection présidentielle récente, et
compte tenu du fait qu’il n’existe pas de consultation populaire
dans le court, ni même dans le moyen terme, un fait momentané
autrement dit pour une donnée appelée à durer, pour une réalité
d’ordre structurel ?
S’agissant du
FLN tout au moins, le doute n’est guère permis : il a achevé sa
tâche historique depuis bien longtemps déjà. Il s’est survécu tout
au long du système du parti unique, à l’instar de bien des partis au
passé révolutionnaire à travers le monde, et pour cause. Or tous ses
semblables, ceux-là mêmes qui lui avaient servi de modèle, ont cédé
la place aujourd’hui ou se sont profondément transformés, à la
faveur de la dernière vague démocratique ayant balayé le monde, mais
pas lui, qui prétend se maintenir encore pour une durée indéfinie.
Il ne doit néanmoins cette survie qu’au fait qu’il a dû accepter de
partager le rôle de parti appartenant au pouvoir avec d’autres
formations, et en particulier avec le RND, né d’une scission dans
ses rangs, non reconnue comme telle cependant, ni par lui, ni par
aucun bord, pas même par l’opposition attitrée. Comme s’il
s’agissait en l’espèce d’un tabou que personne ne voit de son
intérêt de briser.
Que le RND dérive
du FLN, c’est pourtant l’évidence même. Tous ses dirigeants n’en
viennent-ils pas ? Et l’on est sans doute fondé à en dire autant
d’une bonne partie de ses troupes. De plus, compte tenu des
circonstances tout à fait particulières qui ont présidé à sa
création, il est clair qu’il était destiné à jouer ces mêmes
premiers rôles qui jusque-là étaient l’apanage de l’ex-parti unique.
(La direction du FLN de l’époque, emmenée par Abdelhamid Mehri,
s’engageait, aux côtés du FFS et du FIS notamment, dans une voie qui
devait aboutir aux propositions réconciliatrices du Contrat de Rome,
dont on sait qu’il fut catégoriquement rejeté pat le pouvoir.) De
fait, à peine était-il formé que le RND remportait les élections
législatives à la reprise du processus électoral, mais il est vrai
dans des conditions contestées par l’ensemble de la classe
politique, qui, pour obtenir leur annulation, au moins partielle,
était descendue dans la rue à plusieurs reprises, avant d’en appeler
à la grève générale, peu suivie, dans le centre du pays.
Une occasion
ratée de recomposition politique
Autant il était
alors compréhensible que le FLN fasse tout ce qui était en son
pouvoir pour discréditer au plus vite le rival qu’on lui donnait,
autant il était au contraire de l’intérêt des autres partis de
soutenir, quelque répugnance qu’ils en aient eu, le parti créé sur
les terres de l’ex-parti unique, qui ne pouvait que s’en trouver
affaibli. L’erreur qu’ils ne devaient pas commettre en tout cas,
c’était de faire alliance avec le FLN, la formation précisément qui
incarnait le système pour le dépassement duquel ils militaient,
sachant que pour certains de leurs dirigeants tout au moins, ce
combat remontait à plus loin que les débuts du multipartisme, sous
prétexte de protester contre la fraude dont ils auraient été
victimes au même titre que le vieux parti.
Le bon sens
politique, le bon sens tout court en fait, suffisait pour
s’apercevoir que toute scission dans la famille la plus intéressée à
la conservation du système était pain béni pour les courants qui ne
pouvaient prospérer que sur ses décombres. Ce devait être encore
plus évident pour ceux d’entre eux, au premier le chef le RCD, qui
en avaient appelé à l’arrêt des élections remportées par le FIS, et
qui les premiers ont préconisé par la suite la mobilisation de la
population des campagnes contre les groupes terroristes. Pour
ceux-là, s’il y avait une alliance, dans les circonstances de
l’époque tout au moins, encore dominées par la violence, c’était
avec le nouveau parti de la «famille révolutionnaire» qu’il fallait
la passer, en aucune manière avec l’ex-parti unique, qui plus est
signataire du Contrat de Rome, auquel ils se sont également opposés,
aux côtés précisément de la tendance au sein du FLN qui allait
quitter celui-ci pour former le RND.
A ce
positionnement de fond, en cohérence avec leurs choix les plus
fondamentaux, ils ont préféré la posture peu crédible de partis que
seuls la fraude électorale maintient loin de l’exercice du pouvoir.
Mais ce ne sont
pas uniquement les nouveaux partis qui dès avant ces premières
élections, dès la création du RND en fait, ont pris position en
faveur d’une tendance au sein du régime contre une autre, symbolisée
par le nouveau-né, « le bébé moustachu » comme on disait dans des
journaux plus partiaux et militants que jamais. Toute une frange de
l’opinion, se donnant le nom avantageux de démocrates, ce qu’elle ne
fait plus guère, faisait de l’opposition systématiquement au RND,
pourtant le « parti des patriotes », parti alors dominant au
gouvernement, le véritable motif de sa ligne politique . «J’ai trois
ennemis, écrivait alors un directeur de journal, dont l’excuse est
qu’il n’y comprenait rien, ce sont : Zeroual, Ouyahia, et Betchine.»
C’est-à-dire les personnes mêmes à qui le RND était censé servir
d’instrument aux fins de conservation du pouvoir.
Bien étrange
attitude quand on y pense. La frange même de l’opinion qui en
appelait à une lutte sans merci contre le terrorisme islamiste,
flétrie par ses adversaires pour cela comme la tendance éradicatrice
au sein du régime, ou dans sa périphérie immédiate, partait en
guerre au plan politique contre la formation même qui se
revendiquait du même combat qu’elle.
Avec une
opposition aussi infantile, prête à sacrifier un intérêt de long
terme pour le plaisir momentané de s’admirer dans le miroir de
journaux d’autant plus flatteurs qu’ils poussaient à la roue comme
des automates, le FLN ne pouvait à terme que redresser la barre à
son avantage. De fait, il recouvrait la prépondérance dans sa
famille politique dès les élections suivantes. Ainsi a été mise en
échec la première tentative interne au système de recomposer le
champ politique.
La scission
provoquée au sein du FLN n’avait de sens que si ce dernier était
sans cesse distancé par le nouveau parti. Ainsi seulement aurait pu
être créées les conditions de son dépassement et, par suite, celle
d’un changement politique dans le cadre duquel les différents
courants politiques seraient en mesure d’alterner au pouvoir. Notons
bien : les courants politiques, non pas les partis existants, qui
n’en sont dans le meilleur des cas que les représentants
momentanés, dont le crédit est plus ou moins grand au sein de
l’opinion. Les partis naissent et meurent, parfois du fait d’une
seule erreur politique. Ce n’est pas le cas des courants qui leur
préexistent et qui peuvent longtemps leur survivre, à même par
conséquent de dégager d’autres organes de représentation et de
conquête du pouvoir. Cela veut dire que les formations existantes
peuvent toutes disparaître à plus ou moins brèves échéances sans que
les courants dont ils sont issus, et qu’ils prétendent représenter
au niveau des institutions politiques, disparaissent pour autant.
Les courants en effet tiennent leur existence des clivages
principaux qui traversent les sociétés tout en les structurant.
Toute société est
le produit de l’histoire et toute histoire se nourrit d’oppositions
naissant et se développant dans les limites d’une unité politique.
Par recomposition politique, il ne faut donc pas entendre
disparition d’anciens clivages et apparition de nouveaux, ce qui
relève de la longue temporalité et n’est pas du ressort de
l’activité politique axée quant à elle sur la conquête du pouvoir
ou sur sa conservation, si on le détient déjà, cela dans un horizon
toujours rapproché.
Au lieu de cela, à
quoi avons-nous assisté ? A une marche à reculons, à une involution,
à la reconquête par le FLN de son titre de principale force
politique du pays, lui qui, en tant qu’ancien parti unique, était
appelé à faire les frais du processus démocratique au fur et à
mesure de son approfondissement.
Faut-il s’étonner
après cela que ce soit la classe politique dans son ensemble qui
s’en trouve en porte-à-faux par rapport à la société et comme vivant
de sa propre vie ? De sorte que la distinction entre grands et
petits ne signifie plus grand-chose. Les chiffres ne permettent
guère de se leurrer sur ce point : sur un total de 18 millions
d’électeurs, les grands partis, ou supposés tels, que sont le FLN et
le RND, qui désormais ne diffèrent en rien sinon par leur attitude
passée à l’égard du terrorisme, n’obtiennent pas à eux deux trois
millions de voix, malgré la fraude de l’un ou de l’autre, ou des
deux à la fois, encore que lors des dernières législatives ce soit
le FLN qui en fut accusé par l’organisme officiel en charge de la
surveillance du déroulement du scrutin.
S’il en est ainsi,
c’est pour une raison bien connue : une classe politique forme
système. Ce n’en est pas vraiment une si une de ses composantes se
développe démesurément dans le même temps où elle obtient des
résultats électoraux sans commune mesure avec ceux de ses
concurrents. Bien entendu, au début d’un processus électoral, il est
possible qu’une formation devance largement ses rivales. Mais en
général ce fait est l’indice probant que la société est travaillée
par une révolution, quelle qu’elle soit. C’est d’ailleurs ce qui
s’est passé au moins pour partie au début des années 1990, en
droite ligne d’un processus remontant à des années auparavant.
Une classe
politique forme système pour la bonne raison que les partis sont
pour l’essentiel l’expression de clivages principaux dans la
société. Sans un équilibre des forces en présence, la société serait
entraînée dans un bouillonnement perpétuel, tout près à chaque fois
de rompre son unité.
Une nouvelle
tentative de recomposition ?
Ce la fait des
semaines que la scène politico-médiatique bruit de rumeurs selon
lesquelles un nouveau parti serait en préparation dont la mission
serait de porter la candidature du frère du président en exercice à
la prochaine élection présidentielle. Pour l’heure, tout ce qui est
porté à la connaissance de l’opinion publique c’est le lancement il
y a quelques semaines d’une organisation à but humanitaire au cours
d’une sorte d’assemblée générale tenue à l’hôtel Es-Safir, et sous
la houlette d’une personne dont on dit qu’elle dépend de la
présidence, peu importe à quel titre. Voilà pour les faits. On peut
toujours supposer qu’il n’y a pas de fumée sans feu, mais ce ne sera
jamais qu’une supposition.
A priori, un
projet de ce type semble improbable. Ce qui est beaucoup plus
concevable en revanche, c’est la volonté chez tout président qui
compte se retirer à la fin de son mandat de peser sur les conditions
de sa succession, ou même de vouloir imposer un successeur.
C’est peu probable
parce qu’on a de la peine à imaginer qu’un président projette la
création d’un nouveau parti qui nécessairement porterait atteinte à
la raison d’être du FLN et du RND. A quoi en effet serviraient ces
deux-là dans les années à venir si on ne voulait pas d’eux dans une
affaire aussi cruciale que la succession? D’autant plus que si le
président est en mesure de désigner son successeur, que ce soit son
frère ou quelqu’un d’autre, pourquoi se donner la peine de créer un
autre parti issu de la même famille politique alors qu’il peut
obtenir le même résultat en s’appuyant sur les formations
existantes ?
Mais supposons
qu’il y ait du vrai dans ce qu’on raconte tant dans les chaumières
que dans les journaux. Alors la question qui se pose est la
suivante : quelle nécessité y-t-il de créer un nouveau parti quand
on peut aisément s’en passer ? La seule réponse plausible à cette
question ne peut être que ceci : c’est parce que les deux partis
qu’on a sous la main ne font pas l’affaire, qu’on est sûr qu’ils ils
nuiront à la cause bien plus qu’ils ne pourront la servir. Et dans
ce cas, cela voudrait dire que l’on a fini par admettre que la
classe politique telle qu’elle se présente aujourd’hui est bien
morte, pas uniquement le FLN et le RND, mais également ceux qui
remplissent la fonction d’opposition, et que la seule chose à faire
dans ce domaine c’est de susciter enfin la recomposition, en
réalité à l’ordre du jour depuis un certain nombre d’années. Car,
en effet, la création d’un parti dont la mission serait de faire le
futur président de la République signerait du même coup la mort du
FLN et du RND, qui, à n’en pas douter, compte tenu de leur
répugnance à entrer dans l’opposition, verraient leurs élites et
leurs bases passer dans un bel ensemble dans le nouveau parti.
L’histoire n’avance-t-il par ses mauvais côtés ? Alors les
conditions seraient réunies pour que le remaniement du paysage
politique puisse être entreprise. Car, en effet, il n’est pas
concevable que le FLN et le RND soient, malgré leur bon état de
services dans leur forme actuelle, obligés de se couler dans le
nouveau parti sans que les autres composantes de la classe
politique en soient profondément affectées.
Par Mohamed
Habili
Haut
L’Algérie
et le Sahel
De la fin de
l’isolement à la régionalisation contraignante
L'activisme d'Al-Qaïda
au Maghreb islamique dans la région du Sahel pose de sérieux défis à
la sécurité nationale de l'Algérie. À la rébellion touarègue
considérée depuis longtemps comme un abcès de fixation du fait de
ses incidences potentielles sur le territoire algérien, est venu se
greffer un terrorisme transnational et déterritorialisé, rendant la
problématique algérienne de sécurité, en rapport avec cette région,
encore plus complexe.
S’il est admis que
la campagne mondiale contre le terrorisme offre à l’Algérie
l’opportunité de s’affirmer comme un acteur majeur et par la même
occasion de reconnaître son rôle international, l’insertion du Sahel
dans cette stratégie globale est porteuse de nouvelles contraintes.
Ainsi s’achemine-t-on vers une régionalisation de la lutte
antiterroriste, comme prolongement de la campagne mondiale aux
contours définis par les États-Unis. De là émerge la problématique
de cet article : de quelle manière l’Algérie s’adapte-t-elle à cette
régionalisation ? Parviendra-t-elle à imposer son rôle dans une
région où les luttes d’influence vont en s’intensifiant ?
Du terrorisme
local au terrorisme global :
la fin de la
dualité État
contre opposition
armée ?
L’analyse du
terrorisme en Algérie a été pendant longtemps l’un des sujets sur
lequel les perceptions des décideurs occidentaux et les grilles
d’analyse adoptées par les chercheurs et experts n’étaient pas
symétriques. Tout au long de la décennie précédente, les analyses
relatives à la situation en Algérie se résumaient dans leur
globalité à une lecture binaire d’un phénomène de violence opposant
le gouvernement algérien à l’opposition islamiste armée 1. Il en
découle une représentation dans laquelle les groupes islamistes sont
catalogués comme des combattants luttant contre un gouvernement qui
les a privés d’une victoire assurée au cours des élections
législatives de décembre 1991. Représentée de cette manière, la
violence qui s’en est suivie n’était qu’une réaction à la décision
des autorités politico-militaires d’interrompre le processus
électoral.
De l’isolement…
Violemment
critiqué par certaines capitales occidentales, l’arrêt du processus
électoral a été perçu comme un signal allant à contresens d’un
mouvement de démocratisation qui a commencé à gagner l’Afrique du
Nord vers la fin des années 1980. Commence alors pour le
gouvernement algérien de l’époque une course diplomatique pour
convaincre ces partenaires du bien fondé de leur décision. Or la
tâche était loin d’être aisée. Profitant de cette lecture duale qui
s’est imposée dans le discours de certains journalistes et experts
occidentaux, les leaders du FIS se sont lancés dans un forcing
médiatique pour amener les capitales occidentales à exercer des
pressions sur les autorités algériennes afin qu’elles restaurent le
processus électoral.
Le crédit accordé
par certains cercles médiatiques et universitaires aux thèses du FIS
a eu comme effet d’isoler davantage le régime algérien, cela
d’autant que la question du respect des droits de l’homme a souvent
été mise en avant pour justifier ce réalignement aux thèses du parti
dissous. Dans un contexte économique et financier interne en crise,
la marge de manœuvre des autorités algériennes n’était pas des plus
confortables. La riposte diplomatique du gouvernement algérien s’est
avérée d’une faible efficacité, puisque certains gouvernements
européens ont accordé l’exile politique à des dirigeants du FIS. Aux
États-Unis, l’administration Clinton plaidait ouvertement pour la
reprise du processus électoral tout en condamnant la violence des
groupes islamistes armés 2.
Paradoxalement,
ces mêmes gouvernements occidentaux, américain en premier,
reconnaissaient, à partir de la fin des années 1990, plus
particulièrement le rôle de l’Algérie dans la lutte antiterroriste,
la qualifiant même d’allié important et de source inestimable dans
le domaine du renseignement 3. Pour autant, cette reconnaissance ne
lui a pas fourni l’accès aux équipements militaires dont elle avait
besoin. L’administration Clinton se montrait très réticente à vendre
des équipements militaires à un gouvernement qu’elle accusait d’être
peu prompt à accélérer le processus de réformes démocratiques 4. De
surcroît, les États-Unis maintenaient une certaine politique
favorable aux intérêts du Maroc notamment pour ce qui est de la
question du Sahara occidental, et le refus de vendre des armes à
l’Algérie participait de ce souci de maintenir l’équilibre des
forces dans la région en faveur de leur allié ou du moins dans une
sorte de parité stratégique.
... à
l’insertion dans la lutte mondiale contre le terrorisme
Il a fallu
attendre les événements du 11 septembre 2001 pour que cette lecture
binaire de la crise algérienne subisse une remise en cause.
Inaugurant une nouvelle ère dans la lutte contre le terrorisme, ces
événements ont ouvert les portes de l’internationalisation pour les
groupes armés algériens. Le Groupe salafiste pour la prédication et
le combat (GSPC), qui éprouvait de très grandes difficultés à
légitimer son action contre le régime algérien après que la Charte
pour la paix et la réconciliation nationale eut incité beaucoup
d’éléments des groupes de terroristes à se rendre, a fini par
rallier la démarche d’Al-Qaïda dans une ultime tentative de se re
légitimer 5. Son ancien leader, Hassan Hattab, a fait une
déclaration publique dans laquelle il déclare l’allégeance de groupe
à Al-Qaïda et décide la réorientation de la stratégie de son
organisation en optant pour une nouvelle définition de l’ennemi, les
services de sécurité devenant la seule cible 6. Devenant partie
intégrante de la stratégie d’Al-Qaïda, l’action du GSPC se devait
d’être en conformité avec l’idéologie de cette nébuleuse mondiale en
optant pour un nouveau modus operandi avec pour cible privilégiée
les intérêts étrangers.
Plus explicite,
Abdelmalek Droukdel le nouveau chef du GSPC déclarait dans un
entretien accordé au quotidien américain The New York Times : «C’est
devenu notre devoir d’éloigner avec toute notre force cette campagne
de croisade et de déclarer clairement que les intérêts américains
sont des cibles légitimes. Nous nous efforcerons de les frapper
toutes les fois que nous le pourrons. Et nous sommes sûrs que
l’Amérique va perdre sa guerre contre nous comme elle l’a perdue
contre l’Afghanistan et l’Irak 7». Mais viser les intérêts
américains, c’est aussi pour cette organisation un moyen d’attirer
l’appui populaire et d’isoler le gouvernement algérien, à qui elle
reproche d’avoir dépensé l’argent du pétrole pour «combattre le
jihad et les moudjahidin en achetant des armes qui sont dirigées
contre des musulmans et les enfants de cette nation dans les
montagnes 8».
Toutefois, la
stratégie d’internationalisation du GSPC ne se limite pas seulement
à cet objectif. Mettre l’ennemi proche (le gouvernement algérien) et
l’ennemi lointain (l’Occident 9) dans la même balance vise aussi à
obliger le gouvernement algérien à insérer sa stratégie de lutte
antiterroriste dans un cadre international contraignant. En effet,
s’il est indéniable que les attentats du 11 septembre et la campagne
mondiale de lutte contre le terrorisme ont permis à l’Algérie de
desserrer l’étau qui l’étreignait, en mettant à profit son
expérience acquise dans ce domaine, devenant ce faisant un
partenaire fiable des États-Unis dans cette campagne, il n’en reste
pas moins vrai qu’indexer sa stratégie sur celle des États-Unis
implique un certain coût. La stratégie adoptée depuis 1992 doit être
réorientée pour être en phase avec les exigences de la lutte globale
contre le terrorisme. En termes de perception et de définition du
terrorisme, une intériorisation du cadre conceptuel formalisé par
les Américains s’impose. Mais plus important encore, avec cette
campagne mondiale, la portée géographique de la stratégie algérienne
de lutte antiterroriste va connaître une extension. De la
neutralisation de la menace dans les limites du territoire algérien,
cette stratégie sera davantage axée sur l’endiguement des activités
des groupes terroristes opérant dans la bande sahélo-saharienne. Une
forme de régionalisation dans laquelle la stratégie algérienne de
lutte antiterroriste doit s’insérer, avec comme implication pour les
forces armées algériennes une intériorisation de nouvelles normes et
critères de combat. Il ne fait aucun doute que cette régionalisation
imposera à l’Algérie d’opérer certains arbitrages dans ses priorités
concernant sa politique dans cette région. Cette régionalisation
aura aussi des implications sur son rôle au sein de cet espace
géopolitique ô combien vital pour sa sécurité nationale. Mais avant
d’analyser ces aspects inhérents à la problématique sécuritaire
sahélo-saharienne à la lumière de la menace que fait peser
l’activisme d’Al-Qaïda dans le Maghreb Islamique, examinons d’abord
cette menace et sa portée réelle.
AQMI et
rébellion touarègue : le dangereux risque d’enchevêtrement
Lorsque l’on parle
du Sahel, on évoque surtout le trafic de drogue, la contrebande en
tous genres, l’immigration clandestine, la rébellion touarègue, mais
aussi la famine et la sécheresse, en raison de l’aridité du climat,
car les taux de pluviométrie sont parmi les plus bas de la planète.
Cette région dont
la superficie dépasse les trois millions de kilomètres carrés se
caractérise aussi par une configuration sociologique où l’élément
ethno tribal est très saillant.
Ceci expliquant
cela, les gouvernements des pays de la région se montrent le plus
souvent incapables d’étendre leur droit légitime d’exercer la
violence, au sens wébérien du terme, sur des territoires contrôlés
par des tribus. Le cas de la rébellion touarègue dans la province du
Kidal au nord du Mali est un élément révélateur de cette
incapacité.Si cette incapacité est symptomatique de la crise de
l’État au Sahel, elle n’est pas pour autant un indice pouvant
postuler la faillite de ces États 10, à l’instar de la Somalie.
Néanmoins, il est difficile de ne pas admettre que la faiblesse du
contrôle que ces gouvernements sont censés exercer sur leurs
territoires a balisé le terrain pour l’implantation des éléments d’Al-Qaïda.
Doit-on soutenir l’hypothèse d’une connexion entre la rébellion
touarègue et les groupes terroristes ?
A priori, il est
difficile d’établir l’existence d’une connexion entre la rébellion
et Al-Qaïda. Autant qu’il serait hasardeux d’adhérer aux thèses
s’efforçant d’établir un lien entre le Front Polisario et cette
nébuleuse terroriste 11. Notre propos ici est d’expliquer comment
une telle région est devenue la concentration d’activités
terroristes menaçant la sécurité des pays comme l’Algérie et
poussant une superpuissance comme les États-Unis à intégrer la
région sahélo-saharienne dans sa guerre contre le terrorisme.
Par Cherif Dris
à suivre
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