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Semaine du 16 au 22 Septembre 2009

L’idée de son augmentation est largement acquise

A combien s’élèvera le SNMG ?

Rentrée scolaire  2009-2010

Où trouver le fameux tablier bleu ou rose ?

Suppression des antennes paraboliques

Technologie contre diversité

La société de l’information c’est pour quand ?

Football et télés

Enjeux lointains

La politique des réformes face aux pesanteurs politiques et au poids de la rente

Les avatars d’une longue et hésitante transition

Réformes de l’école

Des  sous et des résistances

Justice et Etat à la recherche d’une juste mise à niveau

Simple hypothèse de travail

L’Algérie et le Sahel

De la fin de l’isolement à la régionalisation contraignante

 

 

 

 Nation


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L’idée de son augmentation est largement acquise

A combien s’élèvera le SNMG ?

Derrière la montée des revendications salariales, c'est la question de la répartition des revenus  qui est placée au centre du conflit social. Mais, au-delà du pouvoir d'achat et du mode de fixation des rémunérations, c'est surtout la problématique des inégalités sociales qui est posée en cette rentrée sociale.

Pour fixer les salaires, il y a lieu d’abord d’évaluer les besoins des employés concernés. C’est d’ailleurs sur cette base que des collectifs de travailleurs et les syndicats justifient leurs revendications dans le domaine. Le salaire national minimum garanti (SNMG), comme son nom l’indique, représente ce minimum qui doit couvrir à la fois les besoins en alimentation, le logement, l’habillement et l’accès à un certain nombre de services (eau potable, électricité, transport, santé, éducation). Evidemment, ce minimum est (ou devrait être) lié au niveau de développement économique national, au produit intérieur brut (PIB).

En Algérie, le SNMG a fait l’objet de plusieurs revalorisations. De 1999 à ce jour, il a doublé, passant de 6 000 à 12 000 DA. La dernière revalorisation (12 000 DA) est intervenue lors de la 12e tripartite, en septembre-octobre 2006, accompagnée de la signature d’un pacte économique et social. Mais elle s’est vite avérée insuffisante. Il est en effet admis à tous les niveaux qu’un salaire minimum de 12 000 DA est loin de faire face aux dépenses nécessaires, tant la dégradation du pouvoir d’achat, la dévaluation du dinar et le dysfonctionnement du marché sont lourds sur la balance. Sur un autre plan, bien que l’économie nationale se soit alignée sur les économies de marché ou les économies capitalistes, elle demeure à l’état actuel plus proche des économies de bazar. Envahies par le secteur informel et marquées par le retrait de l’Etat, ces dernières sont qualifiées d’archaïques et sont loin de respecter les lois du marché. L’absence de mécanismes de régulation et de contrôle, les hausses de prix des produits de large consommation, notamment pendant les mois de Ramadhan, les fêtes de l’Aïd et à l’approche de la rentrée sociale, confirment si besoin est l’absence d’un Etat moderne et régulateur en Algérie.

Si tout le monde reconnaît qu’un salaire de 12 000 DA n’est pas suffisant, ni le patronat  ni les pouvoirs publics, encore moins les organismes consultatifs – comme le Conseil national économique et social (CNES) qui estime que 10% des 34 millions d’Algériens seraient dans la pauvreté, sans écarter le risque de propagation sur d’autres foyers – ne veulent se prononcer sur le niveau du SNMG. Même le président de la République, à l’origine de l’annonce d’une augmentation des salaires pour 2009, a préféré s’en remettre, officiellement parlant, à la tripartite.

Quant aux économistes et acteurs économiques, ils estiment que la hausse du SNMG est possible, mais sous certaines conditions, pour se protéger particulièrement contre des déficits budgétaires. Pour M. Lamiri, économiste, l’augmentation des salaires est tributaire de 3 facteurs, à savoir le taux d’inflation, le niveau de productivité et le taux de croissance. 

Quoique justifiable économiquement, la révision du SNMG ne devrait pas dépasser, selon lui, le taux d’inflation, sinon «les pouvoirs publics se verront dans l’obligation de puiser des fonds des réserves de change». D’où sa proposition sur une hausse des salaires située entre 7 et 9%.

Du côté du patronat, il est indiqué que la revalorisation des salaires est fondée socialement au regard de l’appauvrissement des classes sociales à faibles revenus, alors que sur le plan économique, cela constitue une réelle contrainte pour les entreprises, qui restent vulnérables. Récemment, Réda Hamiani, le président du Forum des chefs d’entreprises (FCE), a laissé entendre au journal «TSA» que beaucoup d’entreprises ne pourront pas supporter une hausse importante du SNMG et se verront obligées de la répercuter sur leurs prix. Selon lui, cette situation rendra leur offre invendable sur les marchés, désormais ouverts à l’international et à la concurrence. Faisant le lien avec les décisions prises visant la réduction des importations et la situation déplorable de la production nationale, M. Hamiani a alerté sur les effets d’une trop forte hausse salariale sur les revenus, pouvant entraîner une inflation difficile à contenir.

L’autre point abordé a trait aux contraintes liées à la loi de finances complémentaire 2009. Outre le mécontentement des chefs d’entreprises, exclus de la décision, l’obligation de l’utilisation du crédit documentaire et la suppression des procurations, ainsi que les nouvelles règles introduites en matière d’investissements étrangers poseraient de sérieux problèmes. «Notre crainte est que les nouvelles mesures réduisent effectivement les importations, mais sans pour autant favoriser, pour l’instant, les entreprises nationales», a affirmé le représentant du FCE. Non sans appeler les gouvernants à venir en aide aux entreprises, les PME comprises. En résumé, le patronat, pour les raisons qu’il a évoquées, accueille avec réticence l’idée d’une importante augmentation du SNMG et compte défendre cet avis. Il faut donc s’attendre à ce que la prochaine tripartite, comme d’ailleurs celles qui l’ont précédée, aboutisse à de maigres résultats.

L’UGTA, seul syndicat membre de la tripartite, avait espéré, en 2006, une augmentation conséquente du salaire minimum (20 000DA). Cela n’a pas eu lieu. Pire, la revalorisation du SNMG s’est avérée encore minime, d’autant que l’article 87 bis de la loi 90-11 d’avril 1990 relative aux relations de travail n’a pas été annulé. Cet article donne, pour rappel, un caractère restrictif à la définition du SNMG, puisqu’il inclut les primes et les indemnités dans les composants du salaire de base. L’UGTA a certes défendu le principe de l’abrogation de cet article, notamment au cours de la 11e tripartite, mais elle a fini par abandonner cette question. Défendra-t-elle cette fois  un SNMG à 30 000 DA ?

D’aucuns pensent que la rencontre gouvernement-patronat- syndicat permettra une «amélioration» du SNMG actuel, en l’élevant dans la fourchette 15 000-20 000 DA. L’économiste Abderrahmane Mebtoul, dans sa dernière contribution «Face à la détérioration du pouvoir d’achat des Algériens, évitons le populisme», estime, pour sa part, que l’idéal aurait été d’avoir un SNMG de 36 000 DA dans «un Etat riche» comme l’Algérie. Mais, poursuit-il, même si la population est «de plus en plus pauvre» et en dépit de la «concentration excessive du revenu au profit d’une minorité rentière non productive», la seule augmentation du salaire minimum de 5 000 DA (soit un SNMG de 17 000 DA) est possible. M. Mebtoul critique les gouvernants, leur reprochant d’avoir commis une «erreur politique» en triplant le salaire de certains hauts fonctionnaires «qui pourraient en partie s’expliquer, mais pas ceux des députés et sénateurs (25 fois le SMIG actuel)».

Il n’empêche qu’un triplement du SNMG entraînerait «une dérive inflationniste incontrôlable», pénaliserait «les couches sociales les plus vulnérables» et remettrait en cause, dans le même temps, «les équilibres macro-économiques». Plus loin, l’économiste  et expert international assure qu’au-delà de 18 000 DA, de nombreuses entreprises «se réfugieraient inéluctablement dans la sphère informelle déjà florissante.»

Il est clair que M. Mebtoul incite ceux qui produisent à faire de nouveaux sacrifices, mais il n’oublie pas de rappeler l’essentiel, à savoir que «l’amélioration du pouvoir d’achat et donc l’augmentation des salaires passe par une gestion rationnelle et la maîtrise de la dépense publique». Dans cette optique, l’économiste reproche à l’Etat ses «dépenses de prestige» et condamne la corruption et la baisse de la production hors hydrocarbures, en concluant : «Tout cela renvoie fondamentalement à l’urgence d’une gouvernance rénovée par une grande moralisation de l’Etat, réhabilitant l’entreprise et son fondement, le savoir».

Par Z’hor Chérief

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Rentrée scolaire  2009-2010

Où trouver le fameux tablier bleu ou rose ?

Ils étaient 8 113 152 élèves, tous cycles confondus, à reprendre le chemin de l'école le 13 septembreau titre de l'année scolaire 2009-2010.

Et pour cette fois-ci, le sujet évoqué par tout le monde, c’est la non disponibilité des tabliers exigés cette année, comme si le problème de l’éducation nationale est dans la couleur du tablier alors que la réforme de ce secteur peine à trouver une solution pour les problèmes du secteur, notamment la non disponibilité des professeurs dans les régions isolés, notamment dans les langues étrangères, avec un  déficit  de 20% selon certains syndicat... alors que le ministère de l’Education nationale affirme manquer de 15 000 postes budgétaires. A ne pas oublier les problèmes liés à l’insuffisance des moyens de restauration et de transport, les revendications des enseignants qui n’ont pas attendu longtemps pour afficher leur colère en entamant une grève dès le premier jour de la rentrée. Ne pas oublier également que les dépenses annuelles de ce secteur ont  atteint les 7,5 milliards de dollars, selon ce qu’a été indiqué lors de l’audition du ministre de l’Education mercredi dernier.

Lors de cette audition, le  président Bouteflika a insisté sur la reconduction et la consolidation des actions sociales en faveur des élèves des familles à revenus modestes, à travers l’octroi de la prime de scolarité fixée à 3 000 DA et la gratuité du manuel scolaire.

N’oublions pas également que les familles à faibles revenus alourdis par les dépenses du ramadhan,  se trouvent déjà face au défi d’assurer les  besoins de la scolarisation de leur progéniture, à tel  point que des enfants essayent d’assumer cette responsabilité par un travail clandestin, comme vendre le pain maison et autres. Et maintenant, il faut trouver un tablier bleu et un autre rose, mais sans savoir où le trouver.

En tout cas, désormais, les élèves sont obligés de porter des tabliers de couleur bleue pour les garçons et rose pour les filles. Cependant, de  nombreux élèves se plaignent du fait qu’ils ne trouvent pas le fameux tablier car il n’est pas disponible sur le marché. Quelques élèves ont même été refoulés à l’entrée de leurs établissements scolaires.

De son côté, le ministre de l’Education nationale a  affirmé qu’il n’exige pas un bleu ou un rose spécifique : «L’essentiel est que ce soit un bleu pour les garçons et un rose pour les filles du primaire et du moyen. Celles du secondaire porteront le bleu.» ce qui explique et confirme que le problème n’est pas dans la couleur mais dans la disponibilité du tablier. Mais comment prendre une décision d’obliger un genre de tablier sans assurer les capacités de production nationale de ce produit ?

Il faut savoir que le ministre de l’education nationale avait appelé à une certaine souplesse dans le traitement de cette pénurie dans les tabliers en permettant aux élèves de rejoindre à leurs établissements scolaires avec le tablier disponible.  Mais cette souplesse n’est pas suivie par tout le monde. Car  quelques chefs d’établissement recommandent de le porter le tablier exigé au plus tard dans les trois jours qui suivent  la rentrée ! D’autres donnent  un délai jusqu’après l’Aïd.

Par ailleurs, la rentrée scolaire connaît une nouvelle fois la protestation de la part des enseignants. Car suite à l’appel des syndicats autonomes qui les encadrent dont le Conseil des lycées d’Algérie (CLA), les enseignants ont entamé leur grève dès le premier jour de la rentrée scolaire en portant les mêmes revendications socioprofessionnelles qui reviennent chaque année et en particulier depuis l’adoption de la nouvelle grille des salaires. Du côté de l’Unpef, le constat est clair : il y a insuffisance de la prise en charge  des différents problèmes des enseignants.

En outre, la grippe porcine est devenue une réalité dans notre pays avec la constatation de 50 cas, ce qui nécessite une sensibilisation au  niveau des établissements scolaires. A ce titre,  un cours pilote sur la grippe porcine devait  être donné dans tous les établissements éducatifs répartis sur l’ensemble du  territoire national, en vue de sensibiliser les élèves aux risques de cette  maladie, soulignant l’importance de la prévention pour préserver la santé des uns et des autres.

Si on revient à l’audition consacrée au secteur de l’éducation, on remarque que le chef de l’Etat a tracé une feuille de route pour la poursuite de la réforme de secteur, notamment mettre fin au recours au système de la double vacation dans le fonctionnement des écoles primaires, d’élargir la prise en charge de l’enseignement d’adaptation et de remédiation pédagogique, d’améliorer davantage les conditions de scolarité des élèves et de moderniser le système scolaire par la généralisation progressive des technologies de l’information et de la communication.

En outre,  il a mis en exergue la nécessité de valoriser  le dispositif d’évaluation des élèves, de réduire les échecs scolaires et de veiller à la redynamisation de la pratique sportive dans les établissements scolaires.

S’agissant de taux de scolarisation des enfants des populations nomades dans les wilayas du Sud, le Président a donné des instructions afin que les dispositions pratiques prises en leur faveur soient consolidées davantage cette année par l’élargissement du réseau des cantines scolaires, du transport, de l’extension des internats dans le primaire et par la création, si besoin est, de classes mobiles.

Dans l’exposé sur les  principaux éléments d’évaluation du secteur,  il a été indiqué le secteur  a enregistré des progressions. Il s’agit notamment de 155 nouveaux manuels qui ont été homologués et tirés à presque 300 millions d’exemplaires. Le taux de couverture est passé de 55% en 1999 à 100% des besoins en 2008 ; plus de 97% des enfants scolarisés bénéficient «d’une excellente couverture sanitaire et de prévention» ; le taux de couverture des cantines scolaires est passé de 12% en 1999 (500 000 rationnaires) à plus de 73% en 2008 (près de 2 800 000), le parc de transport scolaire est passé de 1 300 bus en 2007 à 4 808 en 2009. S’agissant  du taux de scolarisation, il a été enregistré  97,40% pour les enfants âgés de 6 ans et 95,28% pour la tranche d’âge 6-15 ans en 2008, attestant de la pérennité de la politique de scolarisation obligatoire. 

D’autre part,  le taux de redoublement  a baissé, passant de 17,6% en 2003/2004 à 13% en 2008/2009 ; le taux de passage en 1ère année moyenne est passé de 78% en 2003/2004 à 88,96% en 2008/2009, tandis que le taux de passage en 1ère année secondaire est passé de 47% en 2003/2004 à 70,63% en 2008/2009. Quant aux examens, le taux de réussite au Brevet est passé de 36,51% en 2003 à 58,68% en 2009, le taux de réussite à l’examen du Baccalauréat, qui se situait aux environs de 20% en 1999, a connu un nette progression durant ces dernières années, dépassant en moyenne à 55% sans rachat. Par ailleurs, le secteur a entamé depuis le mois de janvier 2009 la production et la diffusion de manuels scolaires pour couvrir la totalité des besoins estimés à près de 58 000 000 de manuels et procédé à la mise en place d’un stock de sécurité estimé à 4 400 000 manuels.

Par Nacera Chenafi

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Suppression des antennes paraboliques

Technologie contre diversité

Sous couleur de nécessité urbanistique et technologique, le gouvernement est finalement parti en guerre contre les antennes paraboliques qu'il compte remplacer par la TNT. Le débat s'attarde sur le côté technologique, oubliant que bientôt les Algériens verront leur choix réduit en matière de chaînes de télévision gratuites ou payantes. Une époque prend fin. Elle date de la fin du rideau de fer de l'ancien régime du parti unique.

Comme pour inaugurer une nouvelle ère, l’entrée du pays dans un nouveau stade de la technologie cette semaine a vu le groupe Algérie Télécom procéder, dans un des quartiers de la capitale, à la pose d’un réseau de fibres optiques. Rehaussée par la présence des ministres de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication et de l’Habitat, du wali d’Alger et du P-DG du groupe Algérie Télécom, la cérémonie se voulait le coup d’envoi du réseau triple play (TV, Internet et Voix sur IP) sur fibre optique qui sera installé progressivement à travers toute la capitale. Une expérience pilote, avant de passer au reste du pays, et procéder à la suppression des antennes paraboliques individuelles.

Entre temps, pour rassurer la population, on annonce aussi le remplacement des antennes individuelles par des paraboles collectives. Car, dans le même jour, Algérie Télécom a procédé à l’installation, à Aïn Benian, d’une antenne collective, comme pour démontrer que les Algériens peuvent regarder la parabole sans avoir à «massacrer» leurs façades. Bref, que la suppression annoncée de la parabole individuelle est plus qu’une obligation, une nécessité pour une meilleure qualité de vie.

Ce qui a été dit jusque-là, c’est que ces paraboles collectives serviront à collecter les chaînes  de télévision numériques grâce à une nouvelle technologie. Chaque groupe d’habitants d’un nombre donné bénéficiera des services de trois paraboles (orientées sur Nilesat, Hotbird et Arabsat), chaque utilisateur étant connecté à ce réseau via son propre récepteur satellite (décodeur). Voilà ce qui ressemble, dans la forme, à un retour en arrière, au tout début donc la parabole en Algérie dans les années 1990 et on ne sait, en effet, s’il faudra aux gens s’organiser à nouveau, comme par le passé, en «comité paraboles» pour gérer ces antennes. Des comités à problèmes, cause de frictions incessantes entre voisins (choix des chaînes, fameuses cotisations, maintenance…), que seul le passage à l’antenne individuelle avait pu résoudre. De plus, on ne sait encore, faute d’une communication suffisante, si le nouveau système des paraboles sera payant ou non, sous la forme d’un seul devis à assumer ou d’un abonnement à honorer. Et on ne sait si la possibilité de l’antenne collective sera éternellement ouverte ou si elle relève du provisoire, appelé à s’estomper à la mesure de la progression de la fibre optique. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que les autorités sont résolues à en finir avec les paraboles individuelles et à leur substituer cette nouvelle technologie.

Officiellement, on parle de «reculer la prolifération anarchique et incongrue des paraboles  dans le panorama architectural de nos villes et cités». Et sous le leitmotiv de «rendons nos façades plus présentables», le gouvernement prend les devants et met en place les moyens, avant même que le projet de loi portant sur le système de réception d’images télévisuelles – élaboré dans le sens de l’interdiction des antennes individuelles – ne soit encore promulgué, voire même adopté en Conseil des ministres. On se dit alors qu’au vu du départ en force pris par le gouvernement, le texte en question ne saurait tarder à voir le jour. Dès lors, c’est tout simplement un autre visage qui sera donné aux agglomérations et aux quartiers populaires. Le ministère des Postes et des nouvelles technologies veut en finir avec l’image hideuse des paraboles sur les façades des immeubles, tandis que le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme parle plutôt de changer les cahiers des charges des constructions et d’intégrer de manière obligatoire des réseaux de réception satellitaire «qui permettent d’éviter les installations de fortune bricolées par les foyers, au bénéfice d’installations collectives». Même la vieille antenne hertzienne destinée à capter la chaîne nationale sera hors jeu, car il s’agit aussi de supprimer toute autre forme de réception que le câble, qu’on appelle maintenant la télévision numérique terrestre (TNT). Voilà pour le progrès. Sauf que dans cette affaire, il y a un côté politique dont on ne parle que très peu. Car ces antennes paraboliques ne sont pas que des objets en métal et en plastique ; elles ont un contenu et ce dernier n’est pas sans importance ni sans impact sur la société.

L’explosion de la «parabole» a coïncidé avec la fin du régime du parti unique et l’avènement du pluralisme de la presse écrite dans la production audiovisuelle privée.  Elles sont donc assimilées, malgré tout l’humour que les Algériens y mettent, à une sorte d’acquis de l’ouverture pluraliste du début des années 1990, une sorte de liberté individuelle et de démocratisation de l’accès aux médias étrangers : la parabole et ses multiples chaînes à l’ère du pluralisme, contre la télévision unique du parti unique. La TNT, bien que de qualité non démentie et signe d’un niveau technologique supérieur, n’offrira jamais, à cause de son choix limité, la diversité de plus de deux mille chaînes accessibles grâce à un terminal standard et une parabole de moins d’un mètre de diamètre.

Il se trouve qu’à ce choix multiple de chaînes arabes, occidentales, slaves, asiatiques ou américaines, dont une grande partie est superflue et n’est jamais regardée, les Algériens se sont trop habitués. Une habitude démontrée par le passage rapide de l’antenne collective à celle individuelle puis par la multiplication des petites antennes dans un même foyer.

Suivant des proportions différentes, une partie du public regarde les informations en alternant Al Jazeera et Al Arabya ou France 24, d’autres téléspectateurs apprennent l’anglais sur la BBC ou la CNN, certains s’évadent sur des chaînes de promotions touristiques, les feuilletons turcs ou syriens, sans compter les matchs de football des compétitions européennes et internationales, les programmes pour enfants, la musique à laquelle les jeunes veulent rester «branchés», les chaînes culinaires et, bien plus qu’on le pense, les chaînes religieuses.

Cette diversité des usages si différents de la parabole, démontrée par plusieurs études de l’ASBU (union arabe des radios et télévision) est telle qu’elle ne saurait être contenue dans un seul bouquet TNT. Et ce dernier, on l’imagine, ne pourrait se limiter à l’ENTV et ses clones satellitaires : il faudra donc payer l’achat des ondes et la TNT sera donc forcément un service payant. Alors, après que nos rues seront clean et que ce grand chantier qu’est la révolution numérique sera achevé, l’Etat compte-t-il lui-même fournir les services de la TNT, ou vendre des licences à des privés qui viendront réaliser des profits tirés d’un monopole de fait ? On imagine bien, alors, que les prix ne seront pas donnés et, surtout, qu’il s’agira de payer à l’avance des prestations qui n’ont rien d’un service public. Combien ? Pour la comparaison, acheter une parabole et son décodeur peut coûter au maximum 10 000 dinars, mais cela représentera une dépense unique. En revanche, s’abonner à un bouquet, sur TNT ou sur Internet, revient à payer une redevance mensuelle, alors que les ménages ont le budget suffisamment alourdi par de multiples dépenses que le pouvoir d’achat moyen est loin de pouvoir dépasser.

De la sorte, l’accès aux images sur le monde, hier parfaitement gratuit, ne le sera plus, et la diversité, elle-même réduite, sera une question d’argent. Enfin, il faut dire qu’il n’est pas évident que tous les Algériens acceptent de se plier à la nouvelle loi qui risque de subir ce qu’on appelle l’effet du rejet social, comme c’est le cas pour l’interdiction d’étendre son linge sur les façades et l’utilisation des pétards. Avec les limites du pouvoir d’achat dans ce qui reste encore le pays le plus «parabolisé au monde», il ne faut pas exclure que beaucoup continueront à recourir au système D et à ruser avec les règles. Pour ces irréductibles, «regarder la parabole» est une question de vie ou de mort cathodique. Et pour l’évasion, ils seront prêts à devenir des harraga virtuels…

Par Nabil Benali

 

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La société de l’information c’est pour quand ?

On croit rêver. Un opérateur public propose 65 chaînes de télévisions câblées dans le cadre de l'opération visant à mettre un terme à la poussée anarchique des antennes paraboliques. Jusque-là, rien d'anormal. Mais, selon la liste des chaînes publiée par un confrère, sur les 65 proposées, au moins 42 sont… françaises, une seule est algérienne (Canal Algérie) et une autre marocaine (2M). Parmi les chaînes françaises figurent  : TF1, M6, Téva, National Geographic, Gulli, Piwi, Tiji, Teletoon, canal J, France 4, Ciné FX, RTL 9, Escales, TF6, Eurosport et l'Equipe TV. On ne sait pas si dans le paquet des 21 chaînes restantes figurent d'autres chaînes françaises, arabes ou internationales.

L’opération d’éradication des antennes paraboliques a été lancée jeudi dernier en présence du ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication (MPTIC), Hamid Bessalah. L’objectif étant de généraliser la fibre optique pour résorber la prolifération des paraboles qui poussent comme des champignons sur les balcons des immeubles. Si l’objectif est louable, des observations s’imposent quant à la manière avec laquelle est menée cette opération. Si le passage à la fibre optique ne peut être qu’applaudi et soutenu, vouloir imposer une catégorie de chaînes plutôt que d’autres relève des atteintes à la liberté.

D’abord sur quelle base les autorités ont-elles choisi les chaînes devant composer le bouquet numérique qui est proposé aux abonnés ? Pourquoi cette prépondérance des chaînes françaises qui représentent 65% du bouquet ? Pourquoi n’avoir pas introduit des chaînes anglophones (y compris des chaînes éducatives et d’apprentissage de la langue anglaise) ? Et pourquoi s’être contenté de 23 chaînes arabes seulement (ici on suppose que le reste des canaux sont arabes) sur une offre de plus de 300 chaînes disponibles sur les différents satellites qui émettent sur la région ?

Le rôle de l’Etat n’est pas de devenir fournisseur d’accès à des programmes de télévision. L’Etat doit plutôt être un promoteur de l’architecture générale des technologies de l’information à travers des projets comme la mise en place d’un réseau de fibre optique, et en parallèle encourager des opérateurs privés à proposer des services de télévision, d’accès à l’Internet et autres moyens de communications modernes. Et laisser l’usager libre de faire les choix qu’il juge utile pour lui et les membres de sa famille.

Assainir le paysage urbain en éliminant les paraboles individuelles (dont le nombre est estimé à 12 millions au niveau national) pour les remplacer par des systèmes collectifs est une chose, imposer un choix en est une autre. Le projet de loi portant sur le système de réception d’images télévisuelles en substitution des paraboles dans les immeubles est en phase d’élaboration, devra d’ailleurs prendre en compte cette donnée. L’Algérien doit être libre de choisir les programmes qu’il veut. A charge pour lui d’exercer sa liberté dans le respect de la législation (à adopter), c’est-à-dire en s’abstenant de défigurer le paysage urbain. Qu’il souhaite regarder Canal+, TF1, M6, CNN, BBC, Al Jazeera, Al Manar, Iqraa ou Fox Series, il est le seul arbitre.

Le ministère de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication (MPTIC) a pourtant fort à faire dans son projet «e-Algérie 2013», où la chasse aux paraboles, qui n’est pas prévue dans le projet en question, apparaît beaucoup plus comme une caricature.

L’année 2013, c’est déjà demain. Et vu la cadence des réalisations, l’Algérie ne semble pas en mesure d’atteindre les objectifs affichés. Parmi ces objectifs, il y a «l’introduction des TIC et le renforcement de leur usage au sein de l’administration publique», l’«accélération de l’usage des TIC au niveau des entreprises», le «développement des mécanismes et des mesures incitatives permettant l’accès des ménages et des très petites entreprises aux équipements et aux réseaux des TIC», «l’impulsion du développement de l’économie fondée sur le savoir», et le «renforcement de l’infrastructure de télécommunication à haut et très haut débit». Mais à y regarder de près, certains secteurs sont encore loin du but recherché. Le paiement électronique des factures (de téléphone, de l’abonnement Internet, de l’électricité et de l’eau) tarde à se mettre en place, alors que dans des pays voisins et en Afrique, cette solution est déjà opérationnelle. La déclaration d’impôt par voie électronique relève presque du surréalisme. Malgré tous les efforts dont il est fait état dans le secteur bancaire, il n’est encore pas possible de s’adresser à une autre agence que celle de domiciliation pour retirer du cash ou pour consulter le solde de son compte. Au sein des administrations, les choses n’évoluent pas plus rapidement. Seuls deux ministères offres quelques services via Internet. Le ministère de la Justice offre la possibilité de faire une demande de casier judiciaire sur son site Web. Alors que sur celui du ministère de l’Intérieur, il est possible de télécharger quelques imprimés. Ce qui est loin d’être révolutionnaire.

L’école numérique avance à la vitesse de l’escargot. Hormis ce que les élèves peuvent comprendre et apprendre de l’informatique et des technologies de l’information au niveau familial, l’école algérienne ne fournit que des notions sommaires, loin de hisser nos chérubins au niveau de la technique du siècle.

L’inexistence de bornes WiFi pour la connexion Internet via des ordinateurs portables dans les places et jardins publics, ainsi que des sites comme le Palais de la Culture ou l’Office Riad El Feth (à titre d’exemple), ne donne aucune visibilité au projet «e-Algérie 2013».

Et face à toutes ces carences, le conflit commercial opposant Algérie Télécom (AT) à l’opérateur privé Eepad n’est pas de nature à améliorer la situation. Environ 40 000 abonnés et 16 000 cybercafés clients de l’Eepad sont pris en otages, alors que le différend commercial peut être réglé de différentes manières.

Après la disparition de dizaines d’autres providers, voilà que le plus important d’entre eux risque de perdre ses clients. S’il est tout à fait légitime qu’AT veuille récupérer ses créances auprès de l’Eepad, il est moins compréhensible que ce dernier soit le seul opérateur à subir cette sanction radicale, au point où même l’Autorité de régulation des postes et télécommunications s’est étonnée de cette décision prise par AT. Alors que tout le monde sait qu’Algérie Télécom a plusieurs dizaines de milliards de dinars à récupérer auprès d’institutions qui, pourtant, continuent de bénéficier des services (téléphone) de l’opérateur historique.

Par Abdelkader Djalil

 

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Football et télés

Enjeux lointains

Selon des estimations, les droits de télévision pour le Mondial 2010 devraient rapporter 2,1 milliards d'euros à la Fifa. Le sport roi, le jeu le plus démocratique et le plus populaire au monde, s'est progressivement laissé transformer en marchandise.

Par petites touches, à travers les droits de retransmission télévisée des matches, payés aux grands clubs, puis brutalement par l’irruption de chaînes payantes sur la scène mondiale. Les Algériens ont découvert en 2006 que leur télévision nationale ne pesait rien face aux milliardaires en dollars, qui ont accaparé le «marché» du football. Le fait a été vécu comme une violence inouïe contre la liberté de jouir du spectacle de leur équipe nationale et l’indignation a été le sentiment dominant. Les voisins marocains et tunisiens ont réagi  à l’unisson des Algériens. Une solidarité s’est développée sur le Net pour partager les codes de la TSR, encore déchiffrables.  Ce fut une affaire d’Etat. Le président de la république instruit le chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, de résoudre le problème. À J-2 du coup d’envoi de la coupe du monde, tout est entrepris afin que les matches soient accessibles sur l’ENTV. Hachemi Djiar, ministre de la communication, et le directeur général de l’ENTV de l’époque sont dépêchés au Caire où se tenait  une réunion de l’Association des radiodiffuseurs arabes (ASBU),  en présence des responsables des médias lourds d’Afrique du nord et du Moyen-Orient. Il fallait convaincre  cheikh Salah El-Kamal, propriétaire d’ART, lui- même et en faisant intervenir les autorités de son pays. La Fifa est rappelée à ses engagements, mais à sa vocation de prémunir le sport-roi de la dictature de l’argent et de préserver son esprit populaire. En vain. La faille linguistique du contrat, système «D» inespéré, nous a permis de suivre Hafid Derradji nous commenter les matches en  français. Pour la coupe du monde de 2010, les Algériens auront droit à 22 rencontres. L’accord avec ART comprend le droit de retransmission des rencontres de la Coupe d’Afrique des Nations. Mais, si l’Etat est en train d’atténuer les contraintes exercées par les monopoles télévisés, le principe de «marchandisation» du football reste en vigueur et tend à se propager. Nos présidents de clubs sont particulièrement intéressés par  ce qui se trame. Et dans la guerre qui oppose les deux, désormais, géants de la télévision, ART et Al Jazeera, les téléspectateurs doivent s’attendre à ce que leur petit écran ne fonctionne plus qu’avec une carte payée à l’un ou l’autre ou aux deux.  Leur hégémonie sur la télévision dans la sphère arabe est leur objectif vital. Al Jazeera Sport, pionnière dans le cryptage des programmes sportifs dans le monde arabe, détient actuellement les droits sur les championnats d’Espagne, d’Italie, du Portugal, des Pays-Bas et de la Turquie, et compte étendre son hégémonie dans son espace linguistique. Elle s’attaquera à d’autres compétitions dès la fin de l’année.  ART a déjà acheté les droits des matches de plusieurs pays arabes. Les coups bas que les deux protagonistes se portent dénotent de leur peu de scrupules vis-à-vis du public. Ainsi, ART a refusé, cette semaine, de vendre à Al Jazeera des images du match Arabie saoudite contre Bahreïn.

La libéralisation économique (désengagement de l’Etat) étant une donnée politique assise et le travail qui s’engage pour la professionnalisation des clubs ne pourra qu’aboutir à établir une relation commerciale entre les supporters démunis, les plus nombreux, et leurs équipes. Ailleurs, un signe, France 2 en tête, les chaînes gratuites sont balayées du paysage télévisuel de la première Ligue française. Ici, on y va d’un pas sûr, les capacités financières des bouquets du Moyen-Orient sont insoutenables et le besoin de financement du football national immense.  Les négociations entre la FAF, l’ENTV et ART sont dures, mais elles existent et leur aboutissement n’est qu’une question de temps. Le processus est lancé et les tabous balayés. Le commerce sera la seule règle connue dans le football, victime du spectacle et de la joie qu’il procure et de son règne sur les loisirs de millions de jeunes. L’autre enjeu et qui ne transparaîtra qu’à long terme est que le football est avant tout un produit d’appel pour les chaînes de télévision. Leur objectif est de capitaliser des profits et derrière les profits, il y a les espaces publicitaires. Les chaînes qui n’arriveront pas à suivre seront réduites à la portion congrue de l’audimat et devront, si elles sont privées, vivre des difficultés financières et le risque de fermer. Nous pouvons donc tenter une prospective, celle de voir les chaînes publiques perdre les férus de football et le paysage audiovisuel progressivement monopolisé par quelques bouquets qui disposeront du pouvoir de l’information.Là où tout cela a commencé, la FIFA. C’est 207 associations regroupées en six confédérations qui encadrent l’ensemble des événements footballistiques.

La FIFA ne se cache plus de brasser des centaines millions de dollars ou d’euros. Elle a la main sur les droits de retransmission TV de la Coupe du monde, les droits marketing, les droits de licence et d’autres produits. Elle doit être, selon ses statuts, une association à but  non lucratif et tenue d’assurer le développement et la promotion du football en utilisant ses bénéfices. Michel Platini disait, lors de son installation à l’UEFA : «Le foot est un jeu avant d’être un produit - le foot est un sport avant d’être un marché - le foot est un spectacle avant d’être un business» et Blatter :  «… on nous reproche d’avoir trop d’argent. Mais nous devons avoir suffisamment de réserves pour nous protéger en cas de souci - par exemple par rapport à l’organisation d’une Coupe du monde. Les gens oublient aussi souvent que nous devons redistribuer 70% de nos revenus aux fédérations nationales par le biais de nos différents programmes d’assistance ». Mais tout n’est pas tel que le public croit. Une  déposition signée du vice-président de la Fédération somalienne Mohiadin Hassan Ali deux mois après l’élection de Blatter à la tête de la FIFA en 1998,  révèle  ceci : « …nous avons accepté de l’argent pour voter au nom de la Somalie en faveur de J. Blatter lors de l’élection présidentielle de Paris.. ».  Dans une déclaration à la presse en 2002 , il persiste «…L’argent a été fourni par Mohamed Ben Hamman (un Qatari membre du comité exécutif de la Fifa). Il a payé les billets d’avion et la note d’hôtel ainsi que l’argent de poche pour quatre officiels de la Fédération Somalienne…Je l’ai vu de mes propres yeux. La nuit précédant l’élection, des gens faisaient la queue à l’hôtel Méridien Montparnasse pour recevoir de l’argent…» Et d’ajouter : «Certains m’ont dit qu’ils avaient reçu 5 000 dollars avant le vote et la même somme le jour suivant. Après la victoire de Blatter, j’ai fait ma propre enquête et j’ai découvert que 18 participants africains au vote avaient accepté de l’argent pour voter pour Blatter…»  Les dessous de la FIFA sont encore plus sordides et le voile s’est déjà levé sur le rôle de Dassler, patron d’Adidas, dans les intronisations à la tête de la fédération.

A chaque élection, la presse se pose la question de savoir qui Dassler soutient. Le président du football mondial tournerait autour de plus de 6 millions d’euros avec, en prévision d’une disgrâce, une prime de plus de 15,5 millions d’euros. Il faut ajouter des frais de déplacement de 500  dollars par jour.

Le football n’est, décidément, pas entre de bonnes mains et son pouvoir d’attraction sur les foules encore moins.

Par Ahmed Halfaoui

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La politique des réformes face aux pesanteurs politiques et au poids de la rente

Les avatars d’une longue et hésitante transition

S'il y a un concept que les hommes politiques et les médias ont «trituré» et fait circuler à tout-va, chacun selon sa vision technique ou son modèle idéologique, c'est bien celui des réformes.

En Algérie, on a même pu coller une indécollable étiquette de «réformiste» au cabinet Hamrouche qui, en 1990, avait initié un certain nombre de mesures – dont la  création de titres de presse écrite par des éditeurs privés –  lesquelles, il est vrai, constituaient un pas audacieux vers la rupture avec le régime du parti et de la pensée uniques.

L’expérience de Hamrouche, marquée par la touche particulière de son ministre de l’économie Ghazi Hidouci- fut arrêtée net par la précipitation des événements politiques qui ont vu l’aile radicale des islamistes marcher à l’assaut des institutions de la République.

Cependant, dans le lexique de la classe dirigeante du pays, le terme ‘’réformes’’ a été utilisé quelques années après la mort de Boumediene, une façon de rompre avec un héritage ‘’encombrant’’. Ce fut la restructuration des grandes entreprises publiques et la marche vers le reniement de la révolution agraire. Les lois sur l’autonomie des entreprises promulguées en 1988 préludaient l’ouverture de l’économie algérienne au privé et l’adoption du concept de concurrence.

Dans la plupart des pays à économie dirigiste, le concept des réformes a précédé de quelques années l’effondrement du bloc socialiste et, symbole d’une transformation non violente, la chute du Mur de Berlin. Cette chronologie, sans avoir l’exactitude du métronome, est dictée par l’intensité des problèmes et des contradictions internes que traînaient les régimes et les systèmes sociaux des pays en question. L’Algérie faisait partie de ces pays à économie ‘’socialiste’’ dont les orientations ont été consignées dans les textes fondamentaux de la République (Charte d’Alger, Charte nationale de 1976 élaborée sous Boumediene… enrichie en 1986 sous Chadli, les différentes constitutions). Dans le sillage de la proximité idéologique avec les économie de l’Europe de l’Est, et particulièrement de l’ex-URSS, l’Algérie s’est investie dans les nationalisations à grande échelle et opta pour l’ ‘’industrie industrialisante’’.  A côté des gaspillages, des erreurs d’aiguillage et de l’immaturité de nos forces productives, sans doute beaucoup de bonne foi et d’esprit primesautier ont présidé aux choix opérés par les gestionnaires algériens. En d’autres termes, il n’est pas exclu que, en agissant et en gérant comme ils l’ont fait, il aient cherché à ‘’rendre heureux’’ le peuple. Ce que les sociologues et autres économistes appelleront, quelques années après, la démagogie, le clientélisme et le patrimonialisme était, au cours des années 1970, une euphorie générale permise par les cours du pétrole et du gaz. La force de pression de ces produits énergétiques est apparue au grand jour en 1973 lors du grand choc pétrolier. L’Algérie a, bien entendu, adhéré à l’OPEP. Le succès de l’OPEP en 1973 a marqué le point culminant d’une évolution progressive des forces en présence dans le sens d’une augmentation de la puissance des pays exportateurs. Les plus importantes de ces forces étaient les suivantes : l’évolution du rapport entre la demande et l’offre mondiales de pétrole, la détermination de plus en plus affirmée des nations arabes riches en pétrole de s’en servir comme d’une arme contre Israël, et une série de modifications dans la situation pétrolière des Etats-Unis. La demande mondiale de pétrole brut a augmenté rapidement jusqu’en 1973. La consommation mondiale d’énergie a augmenté à un taux d’un peu plus de 5 % par an entre 1950 et 1972. La part du pétrole dans la consommation mondiale d’énergie est passée au cours de la même période de 29% à 46%, si bien que la consommation de pétrole a elle-même augmenté d’environ 7,5% par an, taux de croissance bien supérieur à celui de la production mondiale de l’ensemble des produits. L’offre mondiale de pétrole brut a augmenté au moins aussi vite que la demande mondiale. Les réserves prouvées représentaient à la fin de 1972 environ 34 ans de consommation mondiale. On était parvenu à maintenir, bon an mal an, ce rapport entre les réserves et la consommation annuelle, en dépit de la croissance rapide de la consommation de pétrole à partir du milieu des années cinquante. Mais la demande mondiale a augmenté beaucoup plus vite que l’offre des pays extérieurs à l’OPEP. Les découvertes pétrolières postérieures à la seconde Guerre mondiale ont été très inégalement distribuées entre les pays. ‘’La main invisible d’Allah a doté l’OPEP de l’essentiel du pétrole mondial’’, ironisent les chercheurs Lindert et Kindleberger dans ‘’Economie internationale’’. En effet, la part des pays de l’OPEP dans la production mondiale de pétrole brut est passée d’environ 20% en 1938 à plus de 40% en 1960, date de la création de l’OPEP, pour atteindre plus de 50%  à la veille du premier choc pétrolier. En octobre 1973, à l’occasion de la guerre isrélo-arabe dite du Kippour, les pays arabes adoptent des mesures d’embargo sur leurs livraisons de brut ; l’OPEP en profite pour décider unilatéralement des hausses des prix. En l’espace de six mois, le prix du baril du brut de référence est passé de 2,9 dollars à 11,6 dollars. De la fin de 1978 au début de 1981, les tensions créées sur l’offre de pétrole par la révolution iranienne et par le début de la guerre entre l’Irak et l’Iran se conjuguent, permettant aux pays de l’OPEP de fixer de nouvelles hausses. Entre  1970 et 1981, sous l’effet des chocs pétroliers, le prix moyen du baril aura été multiplié par dix-neuf, en dollars courants.

Pour une vie meilleure…

C’est de ce climat d’euphorie que le président Chadli Bendjedid va hériter en février 1979 au point de fixer un slogan pour le congrès du FLN dont il était le secrétaire général : ‘’Pour une vie meilleure’’. Les jeunes Algériens qui commençaient à voir s’assombrir leur horizon avaient ironiquement donné suite à cette devise en en faisant une belle boutade : ‘’Pour une vie meilleure, il faut aller ailleurs’’– qui va se confirmer vingt ans après par le moyen du phénomène ‘’harraga’’.

Pour avoir la paix sociale, dissuader toute forme d’opposition qui remettrait en cause le parti unique et se garantir des mandats successifs sans aucun contrôle, le pouvoir politique d’alors a créé une immense confusion entre la sphère politique et la sphère économique. L’Etat, non seulement encadre politiquement et administrativement le pays, mais aussi vend des chaussures chez Districh, des couvertures à la Cotitex, des téléviseurs à l’EDIED, des Mazda bâchées à la SNVI, des vélos, des poêles à mazout et des lentilles dans le Souk El Fellah. Cela a fini par créer des clientèles et des réseaux de corruption. Vu que toute initiative privée était brimée, sinon interdite (même les hammams et les salles de cinéma étaient nationalisés au début des années 1960), l’économie du pays évoluait sous le ‘’label’’ de la pénurie. A l’époque, l’opposant Aït Ahmed qualifia ainsi le pouvoir en place de «pouvoir qui gère la société à coups de chartes et à coups de pénuries».  Le ridicule, qui n’avait aucune raison de tuer ses auteurs, était poussé un peu plus loin lorsque le gouvernement du début des années 1980 établit un Plan anti-pénurie (le PAP). Ce Plan n’a eu recours à aucun investissement productif ou autre idée géniale du même ordre. Il se contenta de faire face aux ruptures de stock par de nouvelles importations permises par la manne pétrolière.

L’Etat recrutait à tour de bras dans les entreprises publiques et dans les structures administratives. Il n’était pas regardant sur la dépense. Trois personnes pour un mini-standard téléphonique utilisant deux interphones, huit gardiens pour une minuscule unité de production, 1200 ouvriers pour des ateliers dont le seuil de rentabilité n’en supporte pas plus de 400, et d’autres énormités du genre rendues possibles par la rente pétrolière.

C’est en comprenant la nature du régime politique et son assise économique bâtie exclusivement sur la distribution de la rente que l’on pourra saisir l’intention des autorités du pays de  procéder à des réformes suite à l’impasse historique qui a grevé le processus de légitimation par la rente.

Impasses économiques et apories idéologiques

Moins de vingt ans après l’Indépendance, la société commence à frétiller dans le sens d’une demande de démocratisation des institutions, de la libération des initiatives citoyennes, d’un mieux-être socioéconomique et d’une franche justice sociale. Ce dernier concept, comme celui de la démocratie d’ailleurs (auquel on se pique de greffer des épithètes de ‘’responsable’’, ‘’populaire’’), était pourtant chanté sur tous les toits de la République officielle et était inscrit dans tous les textes fondamentaux du pays. Mais, c’est connu à travers le monde, les régimes les plus décriés établissent les lois les plus enviées pour en faire table rase dans la réalité.

Le mouvement culturel berbère de 1980 fait partie de cette revendication de démocratie. Ce mouvement, qui s’est voulu public, a quelque peu ébranlé certaines certitudes officielles relatives à la soi-disant impunité de pouvoir gouverner sans répondre de sa gestion.

Au fur et à mesure que les prix du pétrole baissaient, particulièrement à partir de 1986, et que les privilèges de la clientèle se faisaient maigres, des mouvements sociaux, où se mêlaient vraies  et manipulations provenant du sérail, faisaient leur apparition. Oran, Constantine, Rouiba et tant d’autres villes et localités commençaient à casser la chape de plomb qui pesait sur les populations.

A la veille de l’explosion d’octobre 1988, plusieurs impasses étaient identifiées dans la voie algérienne du développement et dans la gouvernance politique du pays. Sans verser dans le détail, on peut dégager les grosses obstructions qui avaient asphyxié le corps du pays.

Sur le plan politique, l’hégémonie du parti unique dans toutes les structures de l’Etat et de la société a atteint sa charge de rupture. Le contrôle de la nébuleuse d’opposition et l’élimination de tout cadre d’expression démocratique (associatif, syndical, politique…) n’ont été rendus possibles que par la gestion clientéliste de la rente pétrolière. Le pouvoir du parti unique avait entretenu des relais dans la société de façon à absorber toute forme d’opposition et d’organisation autonome de la société. Néanmoins, à partir de 1986, le prix du baril de pétrole, unique source de recettes du pays, commençait à dégringoler. Du même coup, les relais et clientèles du pouvoir voyaient leur influence régresser et leurs privilèges chanceler. Le doute gagnait de plus en plus les hautes sphères du pouvoir. On en arriva alors à porter atteinte au plus symbolique ‘’présent’’ par lequel les autorités berçaient le rêve d’exil de la jeunesse algérienne : l’allocation touristique. Ce début de faiblesse de l’Etat – un Etat qui n’a plus les moyens de sa politique, c’est-à-dire de contrôle et d’embrigadement – a profité surtout au courant islamiste qui a fait sas classes sur les campus de l’Université pendant les années 1970. La jonction entre cette tendance et les franges les plus économiquement marginales de la société n’a pas tardé à se réaliser dans ce climat de remise en cause et de curée générale. Cette décrépitude des structures de l’Etat et de l’économie ne pouvait visiblement pas profiter au courant démocratique embryonnaire formé dans la clandestinité. La culture de la rente et de l’assistanat ainsi que les replis sur soi que cette chute aux enfers a charriés ne militaient guère pour une alternative démocratique basée sur la culture du travail, de l’effort et de la transparence dans la gestion.

Les effets de la crise, manipulés par groupes occultes de la nomenklatura, ne tardèrent pas à se manifester dans la rue. Ce fut alors la grande explosion d’octobre 1988 lors de laquelle un millier de jeunes algériens furent tués par l’armée. La révolte d’octobre 1988 consacra la ‘’faillite sanglante’’ du régime, comme en a fait sa manchette à l’époque un hebdomadaire parisien, tandis qu’un ambassadeur algérien, qui deviendra quelques mois plus tard ministre, parlait de ‘’chahut de gamins qui a dérapé’’ .

Au plan économique, les entreprises publiques étaient étranglées par les découverts et les dettes, crise amplifiée par la taille de ces entreprises auxquelles sont confiées les missions de production et de commercialisation en même temps.

Sur le plan financier, les services de la dette extérieure, d’un encours de 26 milliards de dollars, absorbaient la presque totalité des recettes pétrolières.

Une autre impasse, consubstantiellement liée à la nature du régime politique et à la vision de l’Etat qui en est issue, se rapporte à la centralisation excessive de la gestion de l’Etat et de l’économie. Ce jacobinisme, voulu comme bouclier qui protège le sérail et qui renforce le contrôle de la société, a atteint ses limites historiques par ses conséquences économiques, environnementales et culturelles qu’il a dressées comme un frein au développement du pays et de la société. De même, l’école, espoir de la société après l’indépendance du pays pour une formation de qualité et une voie de réalisation sociale de la jeunesse, a été prise en otage par les calculs politiciens où la pédagogie et la compétence n’ont presque pas droit ce cité. Le liant de tous ces errements se trouve être le secteur de la justice où l’indépendance des magistrats est devenu un vœu pieux, même si, comme pour d’autres beaux idéaux, elle est consignée dans tous les textes officiels du pays.

La voie tortueuse des réformes 

C’est acculées par toutes ces impasses,  qui grèvent la gestion du pays et qui remettent aussi en cause le processus de légitimation du pouvoir politique tel qu’il est issu de la guerre de Libération, que les autorités du pays avaient montré, au début des années 1990, des velléités de réformes. L’accélération des événements a fait que les gouvernants n’ont pas eu le loisir ni d’anticiper, ni de planifier ni, étrange impuissance, de bien négocier les changements. Sur le plan politique, la Constitution de février 1989 a vu dans le multipartisme une panacée. Mais c’était des associations à caractère politique et non des partis. Une inutile manœuvre sémantique de dernière minute du pouvoir politique pour se barricader contre les assauts d’une inéluctable libéralisation. La suite des événements ne laissa de choix à personne. Le déferlement du terrorisme islamiste et le reflux de l’espoir démocratique vont cohabiter avec la grande fracture économique du pays. En effet, la cessation de payement de la dette extérieure algérienne entraînera le rééchelonnement de celle-ci, les mesures draconiennes de libéralisation des prix et de gel des programmes sociaux, le licenciement dans les entreprises publiques et d’autres contraintes sociales contenues dans un dispositif appelé PAS (Plan d’ajustement structurel) dicté à l’Algérie par le Fonds monétaire international (FMI) à titre de conditionnalité accompagnant le rééchelonnement de la dette.

Au prix de dizaines de milliers de morts, de centaines de milliers de travailleurs licenciés, d’anciennes maladies, vaincues par l’Algérie des années 70, réapparues, du discrédit de la pratique politique (on a réussi la ‘’prouesse’’ de faire porter l’échec des réformes au multipartisme naissant), au prix donc d’une cassure et d’une dérive historiques, les Algériens ont traversé la dernière décennie du 20e siècle en se retrouvant, en la personne de M. Abdelaziz Bouteflika, avec un président- ancien ministre inconnu de la nouvelle génération, que personne ne voyait venir.

Pour Bouteflika, la ‘’mère’’ des réformes, après son accession à la présidence en avril 1999, se situait dans la sphère politique et consistait, à ses yeux, à réinstaller la paix civile par l’endiguement du terrorisme. Alors, il prolongea, par les dispositifs de la Concorde civile et de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, les efforts d’une aile de l’Armée nationale populaire commencés sous le règne de Liamine Zeroual. Les résultats sont différemment appréciés par les citoyens et les personnalités politiques, même si la tendance lourde qui se dégage est que le terrorisme a véritablement reflué et que, par conséquent, il ne constitue plus une menace pour l’Etat ni ne peut donner lieu à une alternative politique qu’il s’était donné pour mission de sustenter et de défendre par la violence.

Sur le plan économique, les réformes programmées depuis 1999 par les autorités du pays seraient gênées dans leur progression par l’embellie financière qui, quelque part, renforcerait les conduites rentières et le statu quo général. C’est ce que laissait entendre une question d’un journaliste espagnol d’ ’’El Pais’’ adressée au président de la République en 2006. La question est formulée ainsi : «On a un peu l’impression que l’âge d’or que vous traversez vous incite à ajourner les réformes économiques. Est-ce vrai»? La réponse va, bien entendu, dans le sens de la réfutation, et précise que l’Algérie se prépare à l’après-pétrole. Sur le plan des principes et de la ‘’littérature’’ économique vantant les vertus de l’économie de marché, l’Algérie n’a pas lésiné sur les moyens pour faire connaître les nouvelles orientations économiques qui consistent à libérer l’initiative privée, à mettre à niveau celles des entreprises publiques qui ont des prédispositions à soutenir la compétition et la pression d’une mondialisation rampante  et, enfin, à orienter l’investissement dans le sens de l’exhortation à conquérir les nouveaux créneaux créateurs de richesses et d’emploi. Bref, et pour reprendre les termes de l’ancien argentier du pays, M. Benachenhou, il s’agit de passer d’une économie de rente à une économie de production. C’est ce que répétera, à un terme près, le ministre des Finances, Karim Djoudi, en commentant la dernière loi de finances complémentaire (LFC-2009) en disant qu’il était impératif de passer d’une économie de consommation à une économie de production.

Mais, depuis que Ouyahia, en sa qualité de Premier ministre, avait tablé au milieu des années 1990 sur un volume d’exportation hors hydrocarbures de 2 milliards de dollars comme seuil minimal à partir duquel le mouvement est censé prendre son élan, on sait ce que les prévisions des autorités sont devenues. Pour les derniers exercices, ce ‘’seuil’’ atteint laborieusement le milliard de dollars. Et la tendance pour le cours terme n’indique pas un mouvement extraordinairement florissant. Par rapport au ratio classique de la balance des payements qui établit, aux yeux des autorités et des analystes, la santé économique et commerciale d’un pays, ce critère, très positif dans notre pays, doit être soupesé avec des pincettes eu égard à sa composante basée sur la mono-exportation.

Un nouvel âge d’or ?

Les données macroéconomiques ayant succédé aux fourches caudines du FMI sont, depuis les cinq dernières années, des plus satisfaisantes. L’encours de la dette extérieure est réduit, depuis que le gouvernement a commencé à payer par anticipation, à moins d’un milliard de dollars (exactement 600 millions d’après le ministre des Finances) ; l’inflation est contenue dans des proportions ‘’acceptables’’ même si elle a tendance à prendre une courbe ascendante suite aux investissements publics distributeurs de salaires mais non encore générateurs de richesses (5,4%) ; le chômage oscille entre 11 et 13% de la population active ; les réserves de change dépassent les 140 milliards de dollars.

Depuis que l’Algérie a commencé à respirer le grand air de l’embellie financière, des experts et même certains modestes observateurs de la scène économique nationale n’ont pas manqué de relever la vérification de cette thèse connue depuis que l’homme s’est organisé en société : l’argent ne fait pas le bonheur. Cela demeure vrai que ce soit à l’échelle du foyer ou dans l’univers de la république. Certains officiels n’ont pas pris de gants pour dire la réalité crûment. «Nous avons les ressources financières, mais cela ne suffit pas», avouait Mourad Medelci, ancien ministres des Finances. L’Algérie l’apprend un peu plus chaque jour. Les rentrées de devises issues de l’exportation des hydrocarbures n’ont jamais atteint le niveau qui est le leur aujourd’hui.

Cependant, les véritables réformes attendues par les partenaires économiques tardent à voir le jour. Les privatisations, la restructuration du système bancaire (un des piliers, avec la libération du foncier, de l’acte d’investissement), la formation qualifiante, la réforme de l’administration (censée encadrer la relance économique), tous ces segments attendent d’être mis en branle pour espérer enclencher le mouvement des capitaux qui permettrait de faire dépasser à l’économie algérienne son caractère rentier.

Les griefs adressés, particulièrement depuis ces trois dernières années, à l’Algérie par les organismes financiers internationaux dans le domaine de l’action économique sont relatifs à la lenteur dans le processus de privatisation, l’immobilisme des établissements bancaires au sein desquels des surliquidités inquiétantes ont été enregistrées (elles ont atteint en décembre  2008 le montant de 1400 milliards de DA) et certaines procédures bureaucratiques liées à la gestion du foncier industriel.

Les spécialistes des questions financières pensent que les derniers scandales qui ont éclaboussé certains établissements bancaires publics (détournements, crédits douteux…) et d’autres établissements privés sont la preuve que les règles administratives et managériales régissant ces institutions sont faussées à la base. Les règles prudentielles, qui ne doivent pas signifier réticence des banques à financer l’économie, doivent être accompagnées d’ingénierie financière et de procédures d’audits réguliers. Les prises de participation ou la privatisation partielle de certains établissements sont une partie de la solution pour leur mise à niveau.

En matière d’investissements étrangers, les réformes économiques, dans leurs volets financier, fiscal, foncier, administratif… constituent le levain qui assure attractivité et capital confiance. Le rapport de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) sur l’investissement dans le monde, publié en 2008, classe notre pays dans la position de huitième en Afrique en matière d’attractivité pour les investissements étrangers. Ces derniers, appelés communément IDE (investissements directs étrangers), étaient de 1,6 milliard de dollars en 2007 en direction de l’Algérie, selon l’institution onusienne.

L’Algérie vient bien après le Nigeria (12,5 mds de $), l’Egypte (11,6 mds de $), l’Afrique du Sud (5,2 mds de $), la Maroc (2,6 mds de $), la Lybie (2,5) et le Soudan (2,4). Pour toute l’Afrique, les IDE représentent 53 milliards de dollars en 2007. L’Algérie en a capté à peine 3%.  Il est vrai que le critère des IDE a été fort discuté en Algérie pour savoir s’il constitue une base logique de réflexion sur les vrais investissements porteurs de richesses et de possibilités de création d’emplois dans le pays. Cependant, ce signal demeure un sérieux critère en matière de degré d’attractivité pour les entreprises étrangères, donc du climat des affaires dans le pays.

Lorsque l’informel s’érige en système

L’un des facteurs économiques qui ont puissamment contribué à la perversion des valeurs du travail, à l’évasion fiscale et la fragilisation de larges pans de la société (particulièrement les enfants qui n’ont pas l’âge de travailler et les femmes), c’est bien l’économie informelle, laquelle se manifeste de différentes façons : activités commerciales non déclarées aux impôts, importations frauduleuses (contrebande), salariés exerçant au noir, travail des enfants…etc. Le phénomène de l’économie informelle par lequel le travail au noir a reçu ses «lettres de noblesse» a pris dans notre pays de telles proportions que le président de la République avait, il y a maintenant trois ans, tiré la sonnette d’alarme. Il était question qu’une étude spécifique soit menée sur cette gangrène de façon à la circonscrire sur les plans juridique, technique et stratégique. L’âpre réalité ne peut laisser indifférents les décideurs, d’autant qu’une constante propension vers le pire semble se dessiner : un accroissement moyen annuel de 8% est enregistré au niveau des populations nouvelles ‘’accédant’’ à ce type d’activités. Au mépris de la législation algérienne, des lois de l’Organisation internationale du travail et des règles primaires de la dignité humaine et de l’ergonomie, des adolescent(e)s, et parfois des enfants, sont enrôlés dans des ateliers clandestins ou des chantiers de travaux loin des regards chastes de l’administration. Fragilisée par le chômage endémique, l’échec scolaire et la bureaucratie, une partie de la population algérienne, maillon faible de la société, en est réduite à accepter n’importe quel boulot et à n’importe quel prix pour sauver la face pendant quelques mois ou quelques années.

Les ‘’preneurs’’ ne manquent pas. Ils sont secrétés par la période de transition de l’économie algérienne caractérisée par le bazar et l’activité souterraine. L’ancien ministre des finances nous donne la consolation que le secteur informel a ‘’permis à des  populations de vivre’’. Il sait pourtant avant tout le monde et mieux que quiconque que la médaille, momentanément luisante, possède son revers autrement plus douloureux et plus dramatique qu’on ne l’imagine à première vue. Le montant de l’évasion fiscale qui se chiffre ainsi en dizaines de milliards de dinars aurait pu certainement contrebalancer la part des recettes en hydrocarbures dans l’élaboration de la loi de finances et servir de levier à de nouveaux investissement, eux-mêmes créateurs d’emplois… légaux. Et puis, par symétrie au vieil adage des financiers qui dit que ‘’trop d’impôts tue l’impôt’’, un recouvrement inique d’impôt, qui s’exerce sur les activités productives et commerciales régulières, risque de tuer l’économie structurée. Un emploi non déclaré ou une marchandise non facturée (ce qui représente environ 30% de l’activité commerciale) sont un immense manque à gagner pour le fisc et un poison ingénieusement distillé aux activités légales.

Au sein de ce puissant créneau de l’informel, des milliers de jeunes ont fait leurs ‘’armes’’ et ont connu des villes et de nouveaux espaces européens ou asiatiques. Dubai, Ankara, Damas, le Maroc, l’Italie, chaque station a vu défiler des Algériens à la recherche de la marchandise à revendre dans la Casbah d’Alger, à El Hamri ou à Tadjnent.

Par Saâd Taferka

 

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Réformes de l’école

Des  sous et des résistances

Des sommes faramineuses ont été englouties pour la construction d’écoles primaires, collèges et lycées, réalisations qui, parfois, sont positionnées dans les coins les plus reculés du territoire. D’ailleurs, le récent phénomène d’exode rural causé par l’insécurité dans l’arrière-pays montagneux et certaines zones des Hauts Plateaux a fait sortir certaines écoles très retirées de leur anonymat  du fait que les autorités de wilaya ont décidé de les fermer en raison de la faiblesse des effectifs. L’école algérienne du début des années soixante a hérité de la pédagogie et de la rigueur de l’école française. Les résultats sont palpables, même s’ils sont escamotés par l’économie rentière qui s’installera dans le pays à partir des années 1970. Les résultats, ce sont tous ces cadres qui ont pris le relais des entreprises pétrolières françaises dans le Sud algérien ; ce sont tous ces médecins qui, par des actions de volontariat, ont mené une lutte implacable contre la tuberculose ; ce sont aussi ces hauts cadres de l’administration qui ont, dans un climat d’adversité, relevé le défi du départ des personnels européens. Après les premières et timides actions d’arabisation ayant touché certaines matières jugées ‘’idéologiques’’ (droit, histoire, géographie, philosophie), les responsable de l’Éducation, enhardis par une économie rentière et clientéliste qui pouvait se passer des cadres de valeur, du travail et de la production, ont franchi le pas dans le sens de la domestication complète de l’école algérienne. Les résultats de la mise en œuvre de l’ordonnance d’avril 1976 relative à l’École fondamentale ne se sont pas fait attendre. Outre une déperdition scolaire calamiteuse, les élèves qui terminent leur cursus ont un niveau scolaire tellement faible que, même avec le bac en poche, ils ne sont pas assurés de franchir les portes de l’université. Quand bien même ils y accèdent, le handicap de la langue d’enseignement vient refroidir les ardeurs de beaucoup de postulants. D’ailleurs, un phénomène nouveau, et assez révélateur pour être souligné, marque ces dernières années le paysage du secteur de l’enseignement. Il s’agit des bacheliers qui refont l’examen du bac parce que les notes obtenues lors du premier examen ne leur permettent pas d’avoir accès à la filière convoitée. Un cas d’école, sans jeu de mots, dans l’Algérie du XXe siècle. La société, les organisations de parents d’élèves et des partis politiques ont réclamé des réformes dans le secteur de l’éducation depuis longtemps. Le constat étant établi, restait la volonté politique de moderniser l’école algérienne pour la mettre au diapason des enjeux sociaux, scientifiques, techniques et économiques que notre pays affronte à l’aube du 21e siècle. C’est ainsi que le président Bouteflika a pris l’initiative de constituer une commission de réforme de l’enseignement présidée par le professeur Benzaghou.

Les recommandations de la Commission sont assez prometteuses. Pour s’en rendre compte, il suffit de s’arrêter sur les réactions qu’elles ont soulevées auprès d’organisations et de partis conservateurs. Par contraste, ces réformes apparaissent comme un véritable espoir pour tous ceux qui rêvent d’un avenir radieux pour ce pays. Il semble que le département de Benbouzid ait plutôt agi avec beaucoup de circonspection en matière de prise en charge pratique de ces recommandations. La preuve en est que les décisions prises par le ministère le sont au compte-goutte, et certaines d’entre elles ont pris à contre-courant l’esprit même des réformes. Sinon, comment expliquer l’épée de Damoclès qui pèse sur les écoles privées sommées qu’elles sont de dispenser le même programme avec les mêmes outils que l’école publique ?

L’on se souvient également de cette mesure farfelue qui a consisté, en 2005, à renvoyer quatorze proviseurs sous le prétexte qu’ils n’ont pas réussi à faire obtenir à leurs établissements des résultats performants. Depuis quand la note d’examen relève-t-elle exclusivement d’un directeur d’établissement ?  Face aux défis imposés par la nouvelle économie et le contexte d’une mondialisation effrénée, la société tout entière est en droit d’attendre une pédagogie moderne et un cadre idéal d’enseignement dégagé des scories de l’ancien système où le seul critère qui doit prévaloir sera le règne de la compétence.           

S. T.

 

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Justice et Etat à la recherche d’une juste mise à niveau

Il est établi que l’accès à la modernité politique, économique et culturelle de la société ne peut faire l’économie de profondes réformes de la justice de façon à ce qu’elle réponde aux nouveaux besoins générés par les transformations sociales. Ces réformes sont à identifier aussi bien au niveau institutionnel représentant la superstructure ‘’idéologique’’ et conceptuelle de la justice (Constitution, Assemblée populaire nationale, Sénat) qu’au niveau des structures techniques chargées de rendre la justice (cours, tribunaux et auxiliaires de justice). 

Avec l’entrée de l’Algérie dans l’économie de marché, de nouveaux besoins, inconnus il y a quelques années, s’expriment sur le plan de la réglementation et de la légalité. Le contrôle de la qualité des marchandises à l’importation (principalement les médicaments, les produits alimentaires, la pièce de rechange) pour faire face aux risques sanitaires et à la contrefaçon constitue, à n’en pas douter, un chapitre important de nouvelles mesures législatives que le pays a été contraint de confectionner. Il en est de même des nouvelles formes de criminalité (cybercriminalité), du trafic de drogue et d’immigration clandestine (la harga est en voie d’être criminalisée, pour les survivants et les extradés bien sûr !)

Toutes les affaires de détournement et de dilapidation de deniers publics, de corruption et d’autres formes de malversations qui tiennent, depuis ces dernières années en cours, la population, les institutions et les gestionnaires en haleine – outre les modes de gestion et la conduite des affaires publiques qui leur ont donné naissance – nous renvoient indubitablement vers la notion de justice. Car, une fois que le scandale éclate suite à des défaillances dans la manœuvre ou encore suite une douteuse banqueroute, le sort de ces affaires échappe totalement à la hiérarchie administrative et atterrit inéluctablement entre les mains de la justice. Bras séculier des valeurs la République et de l’État de droit, la justice a donné lieu à une abondante littérature destinée à en préciser les contours, en étudier les modes d’expression et analyser les influences qui s’exercent sur ses grandes orientations et sa mise en application.

La notion de justice a été galvaudée et malmenée dans notre pays, si bien qu’elle a fini par être discréditée auprès de simples citoyens qui lui ont collé moult épithètes peu flatteuses et une kyrielle de quolibets qui en disent long sur la manière dont est perçue et vécue l’action de cette instance qui est considérée comme un des trois pouvoirs fondateurs de la gouvernance à côté du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif.

Au début des années 2000, le président Bouteflika a chargé une commission de faire des propositions pour les réformes de la justice, commission présidée par le professeur Mohand Issad. Il en était attendu des réponses pour les questions que les citoyens et la société se posent au sujet de ce secteur : modernisation des services, indépendance effective des magistrats, extension des champs d’intervention avec prise en charge des données de la nouvelle l’économie du pays (droit fiscal, arbitrage dans les conflits avec les entreprises étrangères, bioéthique, droits d’auteur à la faveur de l’extension d’Internet, protection des mineurs,…). En dehors des bribes rapportées par la presse, aucun dispositif particulier ou corps de recommandations ne sont présentés comme étant issus des travaux de cette fameuse commission.

Il en est de même avec l’autre commission présidée par Missoum S’bih à laquelle le président de la République confia la mission de réfléchir à la réforme de l’Etat (structures, institutions, missions, divisions du territoire). L’on ne sait pas encore si le projet du nouveau découpage du territoire, les rudiments de décentralisation de l’administration en préparation et les projets des codes de la commune et de la wilaya s’inspireront des propositions de cette commission ou, au contraire, ce sont de simples éléments libres et épars qui ne répondent à aucune vision globale ou homogène tendant à réformer les structures et les missions de l’Etat.

S.T.

 

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Simple hypothèse de travail

La classe politique, ou plus exactement ce qui en tient lieu, est entrée, depuis de longs mois maintenant, dans une léthargie dont elle pourrait bien ne plus jamais se défaire.

C'est un peu comme si la dernière élection présidentielle l'avait délestée de ce qui lui restait de force, ou d'illusions.

Les partis de la coalition gouvernementale, qui ont pourtant apporté leur soutien au candidat Bouteflika, et qui de ce fait ont des raisons de se poser en vainqueurs, paradoxalement ne se portent pas mieux que leurs adversaires de l’opposition. Ni le FLN, ni le RND, et moins encore le MSP, n’ont aujourd’hui de réels motifs de satisfaction. Il y a tout lieu de penser que si une élection devait se tenir dans le court ou moyen termes, leur reflux électoral, bien loin d’être jugulé serait au contraire se verrait si nettement confirmé qu’aucun tripatouillage des urnes ne serait en mesure de le masquer. Mais, dira-t-on peut-être, comment est-il possible d’être aussi affirmatif ? Ne seriez vous pas en train de prendre une accalmie de la scène politique, suite à une élection présidentielle récente, et compte tenu du fait qu’il n’existe pas de consultation populaire  dans le court, ni même dans le moyen terme, un fait momentané autrement dit pour une donnée appelée à durer, pour une réalité d’ordre structurel ? 

S’agissant du FLN tout au moins, le doute n’est guère permis : il a achevé sa tâche historique depuis bien longtemps déjà. Il s’est survécu tout au long du système du parti unique, à l’instar de bien des partis au passé révolutionnaire à travers le monde, et pour cause. Or tous ses semblables, ceux-là mêmes qui lui avaient servi de modèle, ont cédé la place aujourd’hui ou se sont profondément transformés, à la faveur de la dernière vague démocratique ayant balayé le monde, mais pas lui, qui prétend se maintenir encore pour une durée indéfinie. Il ne doit néanmoins cette survie qu’au fait qu’il a dû  accepter de partager le rôle de parti appartenant au pouvoir avec d’autres formations, et en particulier avec le RND, né d’une scission dans ses rangs, non reconnue comme telle cependant, ni par lui, ni par aucun bord, pas même par l’opposition attitrée. Comme s’il s’agissait en l’espèce d’un tabou que personne ne voit de son intérêt de briser.

Que le RND dérive du FLN, c’est pourtant l’évidence même. Tous ses dirigeants n’en viennent-ils pas ? Et l’on est sans doute fondé à en dire autant d’une bonne partie de ses troupes. De plus, compte tenu des circonstances tout à fait  particulières qui ont présidé à sa création, il est clair qu’il était destiné à jouer ces mêmes premiers rôles qui jusque-là étaient l’apanage de l’ex-parti unique. (La direction du FLN de l’époque, emmenée par Abdelhamid Mehri,  s’engageait, aux côtés du FFS et du FIS notamment, dans une voie qui devait aboutir aux propositions réconciliatrices du Contrat de Rome, dont on sait qu’il fut catégoriquement rejeté pat le pouvoir.) De fait, à peine était-il formé que le RND remportait les élections législatives à la reprise du processus électoral, mais il est vrai dans des conditions contestées par l’ensemble de la classe politique, qui, pour obtenir leur annulation, au moins partielle, était descendue dans la rue à plusieurs reprises, avant d’en appeler à la grève générale, peu suivie,  dans le centre du pays.

Une occasion ratée de recomposition politique

Autant il était alors compréhensible que le FLN fasse tout ce qui était en son pouvoir pour discréditer au plus vite le rival qu’on lui donnait, autant il était au contraire de l’intérêt des  autres partis de soutenir, quelque répugnance qu’ils en aient eu, le parti créé sur les terres de l’ex-parti unique, qui ne pouvait que s’en trouver affaibli. L’erreur qu’ils ne devaient pas commettre en tout cas, c’était de faire alliance avec le FLN, la formation précisément qui incarnait le système pour le dépassement duquel ils militaient, sachant que pour certains de leurs dirigeants tout au moins,  ce combat remontait à plus loin que les débuts du multipartisme,  sous prétexte de protester contre la fraude dont ils auraient été victimes au même titre que le vieux parti.

Le bon sens politique, le bon sens tout court en fait, suffisait pour s’apercevoir que toute scission dans la famille la plus intéressée à la conservation du système était pain béni pour les courants qui ne pouvaient prospérer que sur ses décombres. Ce devait être encore plus évident pour ceux d’entre eux, au premier le chef le RCD, qui en avaient appelé à l’arrêt des élections remportées par le FIS, et qui les premiers ont préconisé par la suite la mobilisation de la population des campagnes contre les groupes terroristes. Pour ceux-là, s’il y avait une alliance, dans les circonstances de l’époque tout au moins, encore dominées par la violence, c’était avec le nouveau parti de la «famille révolutionnaire» qu’il fallait la passer, en aucune manière avec l’ex-parti unique,  qui plus est signataire du Contrat de Rome, auquel ils se sont également opposés, aux côtés précisément de la tendance au sein du FLN qui allait quitter celui-ci pour former le RND.

A ce positionnement de fond, en cohérence avec leurs choix les plus fondamentaux, ils ont préféré la posture peu crédible de partis que seuls la fraude électorale maintient loin de l’exercice du pouvoir.

Mais ce ne sont pas uniquement les nouveaux partis qui dès avant ces premières élections, dès la création du RND en fait, ont pris position en faveur d’une tendance au sein du régime contre une autre, symbolisée par le nouveau-né, « le bébé moustachu » comme on disait dans des journaux plus partiaux et militants que jamais. Toute une frange de l’opinion, se donnant le nom avantageux de démocrates, ce qu’elle ne fait plus guère, faisait de l’opposition systématiquement au RND, pourtant le  « parti des patriotes », parti alors dominant au gouvernement, le véritable motif de sa ligne politique . «J’ai trois ennemis, écrivait alors un directeur de journal, dont l’excuse est qu’il n’y comprenait rien, ce sont : Zeroual, Ouyahia, et Betchine.» C’est-à-dire les personnes mêmes à qui le RND était censé servir d’instrument aux fins de conservation du pouvoir.

Bien étrange attitude quand on y pense. La frange même de l’opinion qui en appelait à une lutte sans merci contre le terrorisme islamiste, flétrie par ses adversaires pour cela comme la tendance éradicatrice au sein du régime, ou dans sa périphérie immédiate, partait en guerre au plan politique contre la formation même qui se revendiquait du même combat qu’elle.

Avec une opposition aussi infantile, prête à sacrifier un intérêt de long terme pour le plaisir momentané de s’admirer dans le miroir de journaux d’autant plus flatteurs qu’ils poussaient à la roue comme des automates, le FLN ne pouvait à terme que redresser la barre à son avantage. De fait, il recouvrait la prépondérance dans sa famille politique dès les élections suivantes. Ainsi a été mise en échec la première tentative interne au système de recomposer le champ politique.

La scission provoquée au sein du FLN n’avait de sens que si ce dernier était sans cesse distancé par le nouveau parti. Ainsi seulement aurait pu être créées les conditions de son dépassement et, par suite, celle d’un changement politique dans le cadre duquel les différents courants politiques seraient en mesure d’alterner au pouvoir. Notons bien : les courants politiques, non pas les partis existants, qui n’en sont dans le meilleur des cas que les représentants momentanés,  dont le crédit est plus ou moins grand au sein de l’opinion. Les partis naissent et meurent, parfois du fait d’une seule erreur politique. Ce n’est pas le cas des courants qui leur préexistent et qui peuvent longtemps leur survivre,   à même par conséquent de dégager d’autres organes de représentation et de conquête du pouvoir. Cela veut dire que les formations existantes peuvent toutes disparaître à plus ou moins brèves échéances sans que les courants dont ils sont issus, et qu’ils prétendent représenter  au niveau des institutions politiques, disparaissent pour autant. Les courants en effet tiennent leur existence des clivages principaux qui traversent les sociétés tout en les structurant.

Toute société est le produit de l’histoire et toute histoire se nourrit d’oppositions naissant et  se développant dans les limites d’une unité politique. Par recomposition politique, il ne faut donc pas entendre disparition d’anciens clivages et apparition de nouveaux, ce qui relève de la longue temporalité et n’est pas du ressort de l’activité politique axée quant à elle  sur la conquête du pouvoir ou sur sa conservation, si on le détient déjà, cela dans un horizon toujours rapproché.

Au lieu de cela, à quoi avons-nous assisté ? A une marche à reculons, à une involution, à la reconquête par le FLN de son titre de principale force politique du pays, lui qui, en tant qu’ancien parti unique, était appelé à faire les frais du processus démocratique au fur et à mesure de son approfondissement.

Faut-il s’étonner après cela que ce soit la classe politique dans son ensemble qui s’en trouve en porte-à-faux par rapport à la société et comme vivant de sa propre vie ? De sorte que la distinction entre grands et petits ne signifie plus grand-chose. Les chiffres ne permettent guère de se leurrer sur ce point : sur un total de 18 millions d’électeurs, les grands partis, ou supposés tels, que sont le FLN et le RND, qui désormais ne diffèrent en rien sinon par leur attitude passée à l’égard du terrorisme, n’obtiennent pas à eux deux trois millions de voix, malgré la fraude de l’un ou de l’autre, ou des deux à la fois, encore que lors des dernières législatives ce soit le FLN qui en fut accusé par l’organisme officiel en charge de la surveillance du déroulement du scrutin.

S’il en est ainsi, c’est pour une raison bien connue : une classe politique forme système. Ce n’en est pas vraiment une si une de ses composantes se développe démesurément dans le même temps où elle  obtient des résultats électoraux sans commune mesure avec ceux de ses concurrents. Bien entendu, au début d’un processus électoral, il est possible qu’une formation devance largement ses rivales. Mais en général ce fait est l’indice probant que la société est travaillée par une révolution, quelle qu’elle soit. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé  au moins pour partie au début des années 1990,  en droite ligne d’un processus remontant à des années auparavant.

Une classe politique forme système pour la bonne raison que les partis sont pour l’essentiel l’expression de clivages principaux dans la société. Sans un équilibre des forces en présence, la société serait entraînée dans un bouillonnement perpétuel, tout près à chaque fois de rompre son unité.

Une nouvelle tentative de recomposition ?

Ce la fait des semaines que la scène politico-médiatique bruit de rumeurs selon lesquelles un nouveau parti serait en préparation dont la mission serait de porter la candidature du frère du président en exercice à la prochaine élection présidentielle. Pour l’heure, tout ce qui est porté à la connaissance de l’opinion publique c’est le lancement il y a quelques semaines d’une organisation à but humanitaire au cours d’une sorte d’assemblée générale tenue à l’hôtel Es-Safir, et sous la houlette d’une personne dont on dit qu’elle dépend de la présidence, peu importe à quel titre. Voilà pour les faits. On peut toujours supposer qu’il n’y a pas de fumée sans feu, mais ce ne sera jamais qu’une supposition.

A priori, un projet de ce type semble improbable. Ce qui est beaucoup plus concevable en revanche, c’est la volonté chez tout président qui compte se retirer à la fin de son mandat de peser sur les conditions de sa succession, ou même de vouloir imposer un successeur.

C’est peu probable parce qu’on a de la peine à imaginer qu’un président projette la création d’un nouveau parti qui nécessairement porterait atteinte à la raison d’être du FLN et du RND. A quoi en effet serviraient ces deux-là dans les années à venir si on ne voulait pas d’eux dans une affaire aussi cruciale que la succession? D’autant plus que si  le président est en mesure  de désigner son successeur, que ce soit son frère ou quelqu’un d’autre, pourquoi se donner la peine de créer un autre parti issu de la même famille politique alors qu’il peut obtenir le même résultat en s’appuyant sur les formations existantes ?

Mais supposons qu’il y ait du vrai dans ce qu’on raconte tant dans les chaumières que dans les journaux. Alors la question qui se pose est la suivante : quelle nécessité y-t-il de créer un nouveau parti quand on peut aisément s’en passer ? La seule réponse plausible à cette question ne peut être que ceci : c’est parce que les deux partis qu’on a sous la main ne font pas l’affaire, qu’on est sûr qu’ils ils nuiront à la cause bien plus qu’ils ne pourront la servir. Et dans ce cas, cela voudrait dire que l’on a fini par admettre que la classe politique telle qu’elle se présente aujourd’hui est bien morte, pas uniquement le FLN et le RND, mais également ceux qui remplissent la fonction d’opposition, et que la seule chose à faire dans ce domaine c’est de susciter enfin la recomposition,  en réalité à l’ordre du jour depuis un certain nombre d’années.  Car, en effet, la création d’un parti dont la mission serait de faire le futur président de la République signerait du même coup la mort du FLN et du RND, qui, à n’en pas douter, compte tenu de leur répugnance à entrer dans l’opposition,  verraient leurs élites et leurs bases passer dans un bel ensemble dans le nouveau parti. L’histoire n’avance-t-il par ses mauvais côtés ? Alors les conditions seraient réunies pour que le remaniement du paysage politique puisse être entreprise. Car, en effet, il n’est pas concevable que le FLN et le RND soient, malgré leur bon état de services dans leur forme actuelle, obligés de se couler dans le nouveau parti sans que les autres composantes  de la classe politique en soient profondément affectées.

Par Mohamed Habili

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L’Algérie et le Sahel

De la fin de l’isolement à la régionalisation contraignante

L'activisme d'Al-Qaïda au Maghreb islamique dans la région du Sahel pose de sérieux défis à la sécurité nationale de l'Algérie. À la rébellion touarègue considérée depuis longtemps comme un abcès de fixation du fait de ses incidences potentielles sur le territoire algérien, est venu se greffer un terrorisme transnational et déterritorialisé, rendant la problématique algérienne de sécurité, en rapport avec cette région, encore plus complexe.

S’il est admis que la campagne mondiale contre le terrorisme offre à l’Algérie l’opportunité de s’affirmer comme un acteur majeur et par la même occasion de reconnaître son rôle international, l’insertion du Sahel dans cette stratégie globale est porteuse de nouvelles contraintes. Ainsi s’achemine-t-on vers une régionalisation de la lutte antiterroriste, comme prolongement de la campagne mondiale aux contours définis par les États-Unis. De là émerge la problématique de cet article : de quelle manière l’Algérie s’adapte-t-elle à cette régionalisation ? Parviendra-t-elle à imposer son rôle dans une région où les luttes d’influence vont en s’intensifiant ?

Du terrorisme local au terrorisme global :

la fin de la dualité État

contre opposition armée ?

L’analyse du terrorisme en Algérie a été pendant longtemps l’un des sujets sur lequel les perceptions des décideurs occidentaux et les grilles d’analyse adoptées par les chercheurs et experts n’étaient pas symétriques. Tout au long de la décennie précédente, les analyses relatives à la situation en Algérie se résumaient dans leur globalité à une lecture binaire d’un phénomène de violence opposant le gouvernement algérien à l’opposition islamiste armée 1. Il en découle une représentation dans laquelle les groupes islamistes sont catalogués comme des combattants luttant contre un gouvernement qui les a privés d’une victoire assurée au cours des élections législatives de décembre 1991. Représentée de cette manière, la violence qui s’en est suivie n’était qu’une réaction à la décision des autorités politico-militaires d’interrompre le processus électoral.

De l’isolement…

Violemment critiqué par certaines capitales occidentales, l’arrêt du processus électoral a été perçu comme un signal allant à contresens d’un mouvement de démocratisation qui a commencé à gagner l’Afrique du Nord vers la fin des années 1980. Commence alors pour le gouvernement algérien de l’époque une course diplomatique pour convaincre ces partenaires du bien fondé de leur décision. Or la tâche était loin d’être aisée. Profitant de cette lecture duale qui s’est imposée dans le discours de certains journalistes et experts occidentaux, les leaders du FIS se sont lancés dans un forcing médiatique pour amener les capitales occidentales à exercer des pressions sur les autorités algériennes afin qu’elles restaurent le processus électoral.

Le crédit accordé par certains cercles médiatiques et universitaires aux thèses du FIS a eu comme effet d’isoler davantage le régime algérien, cela d’autant que la question du respect des droits de l’homme a souvent été mise en avant pour justifier ce réalignement aux thèses du parti dissous. Dans un contexte économique et financier interne en crise, la marge de manœuvre des autorités algériennes n’était pas des plus confortables. La riposte diplomatique du gouvernement algérien s’est avérée d’une faible efficacité, puisque certains gouvernements européens ont accordé l’exile politique à des dirigeants du FIS. Aux États-Unis, l’administration Clinton plaidait ouvertement pour la reprise du processus électoral tout en condamnant la violence des groupes islamistes armés 2.

Paradoxalement, ces mêmes gouvernements occidentaux, américain en premier, reconnaissaient, à partir de la fin des années 1990, plus particulièrement le rôle de l’Algérie dans la lutte antiterroriste, la qualifiant même d’allié important et de source inestimable dans le domaine du renseignement 3. Pour autant, cette reconnaissance ne lui a pas fourni l’accès aux équipements militaires dont elle avait besoin. L’administration Clinton se montrait très réticente à vendre des équipements militaires à un gouvernement qu’elle accusait d’être peu prompt à accélérer le processus de réformes démocratiques 4. De surcroît, les États-Unis maintenaient une certaine politique favorable aux intérêts du Maroc notamment pour ce qui est de la question du Sahara occidental, et le refus de vendre des armes à l’Algérie participait de ce souci de maintenir l’équilibre des forces dans la région en faveur de leur allié ou du moins dans une sorte de parité stratégique.

... à l’insertion dans la lutte mondiale contre le terrorisme

Il a fallu attendre les événements du 11 septembre 2001 pour que cette lecture binaire de la crise algérienne subisse une remise en cause. Inaugurant une nouvelle ère dans la lutte contre le terrorisme, ces événements ont ouvert les portes de l’internationalisation pour les groupes armés algériens. Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui éprouvait de très grandes difficultés à légitimer son action contre le régime algérien après que la Charte pour la paix et la réconciliation nationale eut incité beaucoup d’éléments des groupes de terroristes à se rendre, a fini par rallier la démarche d’Al-Qaïda dans une ultime tentative de se re légitimer 5. Son ancien leader, Hassan Hattab, a fait une déclaration publique dans laquelle il déclare l’allégeance de groupe à Al-Qaïda et décide la réorientation de la stratégie de son organisation en optant pour une nouvelle définition de l’ennemi, les services de sécurité devenant la seule cible 6. Devenant partie intégrante de la stratégie d’Al-Qaïda, l’action du GSPC se devait d’être en conformité avec l’idéologie de cette nébuleuse mondiale en optant pour un nouveau modus operandi avec pour cible privilégiée les intérêts étrangers.

Plus explicite, Abdelmalek Droukdel le nouveau chef du GSPC déclarait dans un entretien accordé au quotidien américain The New York Times : «C’est devenu notre devoir d’éloigner avec toute notre force cette campagne de croisade et de déclarer clairement que les intérêts américains sont des cibles légitimes. Nous nous efforcerons de les frapper toutes les fois que nous le pourrons. Et nous sommes sûrs que l’Amérique va perdre sa guerre contre nous comme elle l’a perdue contre l’Afghanistan et l’Irak 7». Mais viser les intérêts américains, c’est aussi pour cette organisation un moyen d’attirer l’appui populaire et d’isoler le gouvernement algérien, à qui elle reproche d’avoir dépensé l’argent du pétrole pour «combattre le jihad et les moudjahidin en achetant des armes qui sont dirigées contre des musulmans et les enfants de cette nation dans les montagnes 8».

Toutefois, la stratégie d’internationalisation du GSPC ne se limite pas seulement à cet objectif. Mettre l’ennemi proche (le gouvernement algérien) et l’ennemi lointain (l’Occident 9) dans la même balance vise aussi à obliger le gouvernement algérien à insérer sa stratégie de lutte antiterroriste dans un cadre international contraignant. En effet, s’il est indéniable que les attentats du 11 septembre et la campagne mondiale de lutte contre le terrorisme ont permis à l’Algérie de desserrer l’étau qui l’étreignait, en mettant à profit son expérience acquise dans ce domaine, devenant ce faisant un partenaire fiable des États-Unis dans cette campagne, il n’en reste pas moins vrai qu’indexer sa stratégie sur celle des États-Unis implique un certain coût. La stratégie adoptée depuis 1992 doit être réorientée pour être en phase avec les exigences de la lutte globale contre le terrorisme. En termes de perception et de définition du terrorisme, une intériorisation du cadre conceptuel formalisé par les Américains s’impose. Mais plus important encore, avec cette campagne mondiale, la portée géographique de la stratégie algérienne de lutte antiterroriste va connaître une extension. De la neutralisation de la menace dans les limites du territoire algérien, cette stratégie sera davantage axée sur l’endiguement des activités des groupes terroristes opérant dans la bande sahélo-saharienne. Une forme de régionalisation dans laquelle la stratégie algérienne de lutte antiterroriste doit s’insérer, avec comme implication pour les forces armées algériennes une intériorisation de nouvelles normes et critères de combat. Il ne fait aucun doute que cette régionalisation imposera à l’Algérie d’opérer certains arbitrages dans ses priorités concernant sa politique dans cette région. Cette régionalisation aura aussi des implications sur son rôle au sein de cet espace géopolitique ô combien vital pour sa sécurité nationale. Mais avant d’analyser ces aspects inhérents à la problématique sécuritaire sahélo-saharienne à la lumière de la menace que fait peser l’activisme d’Al-Qaïda dans le Maghreb Islamique, examinons d’abord cette menace et sa portée réelle.

AQMI et rébellion touarègue : le dangereux risque d’enchevêtrement

Lorsque l’on parle du Sahel, on évoque surtout le trafic de drogue, la contrebande en tous genres, l’immigration clandestine, la rébellion touarègue, mais aussi la famine et la sécheresse, en raison de l’aridité du climat, car les taux de pluviométrie sont parmi les plus bas de la planète.

Cette région dont la superficie dépasse les trois millions de kilomètres carrés se caractérise aussi par une configuration sociologique où l’élément ethno tribal est très saillant.

Ceci expliquant cela, les gouvernements des pays de la région se montrent le plus souvent incapables d’étendre leur droit légitime d’exercer la violence, au sens wébérien du terme, sur des territoires contrôlés par des tribus. Le cas de la rébellion touarègue dans la province du Kidal au nord du Mali est un élément révélateur de cette incapacité.Si cette incapacité est symptomatique de la crise de l’État au Sahel, elle n’est pas pour autant un indice pouvant postuler la faillite de ces États 10, à l’instar de la Somalie. Néanmoins, il est difficile de ne pas admettre que la faiblesse du contrôle que ces gouvernements sont censés exercer sur leurs territoires a balisé le terrain pour l’implantation des éléments d’Al-Qaïda. Doit-on soutenir l’hypothèse d’une connexion entre la rébellion touarègue et les groupes terroristes ?

A priori, il est difficile d’établir l’existence d’une connexion entre la rébellion et Al-Qaïda. Autant qu’il serait hasardeux d’adhérer aux thèses s’efforçant d’établir un lien entre le Front Polisario et cette nébuleuse terroriste 11. Notre propos ici est d’expliquer comment une telle région est devenue la concentration d’activités terroristes menaçant la sécurité des pays comme l’Algérie et poussant une superpuissance comme les États-Unis à intégrer la région sahélo-saharienne dans sa guerre contre le terrorisme.

Par Cherif Dris

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