Semaine du 18 au 24 juillet 2007

 

Economie Algérienne

Le hasard, moyen de résolution des questions cruciales

Question de l’heure

Vers l’organisation d’une OPEP du gaz

 

 
 
 Economie  

Accueil

 Economie Algérienne

Le hasard, moyen de résolution des questions cruciales

Le chroniqueur de économique de la Chaîne III a encore frappé fort cette semaine en déclarant que l’Algérie serait leader du monde africain et qu’elle fournirait des efforts importants à l’effet de le sortir du triste sort qui est le sien, de même qu’elle serait leader du monde arabe dans le domaine politique, monde pour lequel elle allait œuvrer à l’effet d’y introduire les règles de la démocratie et de la modernité pour lesquelles elle aurait, selon lui, accumulé un savoir significatif qu la rendrait apte à fournir ce type d’aide qu’elle ne saurait refuser aux autres pays frères et amis… Ce chroniqueur n’a pas eu peur d’aller encore plus loin en se désolant que l’UMA n’allait pas mieux après la menace du retrait de la Libye de la présidence de celle-ci. Cependant ceci ne saurait le dissuader d’affirmer sa certitude que l’Algérie allait encore une fois se sacrifier en prenant à sa charge la mission de “raccommoder” les pays membres de l’UMA, fâchés entre eux, afin de construire ce destin commun pour lequel l’Algérie serait encore une fois le leader… Enfin, dernière sortie de ce chroniqueur de l’histoire contemporaine du pays, il vient de classer celui-ci parmi les leaders de la téléphonie mondiale parce que ce dernier compterait, selon lui, un nombre record d’opérateurs dans ce domaine. Cette situation lui paraissant tellement extraordinaire qu’il n’a pas craint de la rappeler à deux reprises – oubliant peut-être que dans ce domaine précisément, l‘Algérie ne serait classée qu’à la 11e place en Afrique et ne pourrait occuper qu’une place comprise entre le cent dixième et le cent vingtième rang au plan mondial…

Ce chroniqueur est cependant dans son rôle en présentant sous le meilleur aspect qui soit l’action du gouvernement qui le paie. Ce gouvernement cependant aurait tort de croire que ce journaliste lui est acquis car sitôt parti, celui-ci s’empressera de présenter du nouveau gouvernement qui l’aura remplacé une image tout aussi dithyrambique. Ainsi, si les rois qui gouvernent l’Algérie passent, les discours courtisans des médias publics de l’audiovisuel algérien restent. Et il en sera ainsi tant que les dirigeants de ces médias relèveront de la seule autorité du gouvernement et non d’institutions indépendantes.

La fonction du hasard dans la gestion du pays

Mais enfin, il n’y a pas que du négatif s’agissant d’apprécier l’action du gouvernement qui semble davantage compter sur le hasard que sur ses propres capacités à agir sur la réalité du pays. Ainsi par exemple, si le prix du pétrole augmente, entraînant à son tour celui du gaz, on ne voit pas où serait l’action du gouvernement qui aurait permis cela. Et sur le hasard, le gouvernement – au sens générique du terme, comprenant à la fois au plan formel le gouvernement, c’est-à-dire l’ensemble des ministres et le président de la République qui en est politiquement le chef hiérarchique – compte beaucoup pour régler les problèmes pendants de l’Algérie. Par exemple, la presse nationale vient de rendre compte du dernier recensement de la population au Maroc, où il apparaît que celle-ci compterait plus de 29,8 millions d’habitants, soit disons trente millions, par rapport à une population algérienne estimée, selon le dernier sondage de l’Office national des statistiques (ONS) à 32 millions d’habitants. Quand on sait qu’en 1983, l’Algérie comptait une population de 19,5 millions d’habitants alors que le Maroc en comptait 20,5, cela reviendrait à dire qu’entre 1983 et 2003, soit sur vingt ans, l’Algérie aurait cru de trois millions supplémentaires par rapport au Maroc, ce qui représenterait à la fois un chiffre extraordinaire et tout aussi extraordinairement inquiétant. Face à cette situation, que fait le gouvernement ? Rien, si ce n’est d’attendre que le hasard vienne corriger cette anomalie maligne qu’est la croissance démographique en dehors de tout contrôle, qui va faire de l’Algérie un pays surpeuplé non pas par le nombre de ses habitants mais par le déséquilibre qui existera entre ses ressources et les besoins de sa population… On peut supposer que sur des questions qui mettent en jeu des facteurs à la fois moraux et religieux, tels que la maîtrise de la croissance démographique, il soit difficile au gouvernement de prendre des décisions qui risqueraient de heurter la sensibilité de sa population. Sur d’autres questions, moins sensibles, le gouvernement semble frappé par le même syndrome de l’inaction.

Ainsi par exemple, la crise en Kabylie où les animateurs des arouch viennent de se rappeler à la mémoire des dirigeants du pays en appelant à une grève dans la région pour la journée du 12 janvier correspondant au nouvel an berbère. Depuis plus de quatre ans cette crise existe et bute sur des questions que le Gouvernement semble avoir sacralisées pour éviter de s’y engager, bloquant ainsi son processus de résolution. Le gouvernement se refusant à accepter la revendication de arouch qui est aussi la revendication de toute la population berbérophone du pays de conférer à la langue amazighe le statut de langue officielle. En quoi une langue amazighe officielle pourrait-elle mettre en danger l’unité du pays ? La population berbérophone est-elle chez elle en Algérie ou ne l’est-elle pas ? Alors pourquoi la priver d’utiliser sa langue ? En Suisse coexistent quatre langues officielles ; peut-on dire de la Suisse que c’est un pays déchiré par les conflits ? En Belgique, on compte trois langues officielles ; du temps du parti unique (Baath) l’Irak comptait deux langues officielles : le kurde est langue officielle dans ce pays depuis 1973 ;   l’Afghanistan vient de voter une Constitution qui confère à six langues parlées dans le pays le statut de langue officielle … Le gouvernement attendrait peut-être la aussi que le hasard vienne à son secours et que miraculeusement les Berbères, c’est-à-dire tous les Algériens, disparaissent de ce pays, ainsi la question serait résolue. Il est certain que cette attente ne joue pas en faveur du pays. Tôt ou tard, sous la pression des Européens et même des Américains, cette question sera résolue dans le sens de la demande formulée par la population de cette région de la même manière que la question de l’identité ethnique et culturelle est en train d’être résolue en Turquie du fait des pressions européennes. Mais il vaut mieux que cette question soit réglée par les Algériens entre eux. Si par malheur celle-ci était réglée sous une pression externe, il en sera fini de l’unité nationale que le gouvernement dit vouloir préserver en s’entêtant là où il lui est loisible de trouver un arrangement qui réponde au vœu d’une frange de la population qui ne veut plus vivre l’aliénation culturelle chez elle… Le hasard ne sera d’aucun secours pour le gouvernement ; il lui faut agir sous peine de rater les opportunités qui s’amenuisent au fur et au mesure que le monde se mondialise et où la décision nationale sera de plus en plus subordonnée aux accords internationaux et régionaux.

Sur un registre plus prosaïque, celui de la gestion courante où les interdits religieux ou politiques sont moins manifestes, le gouvernement semble aussi jouer la carte du hasard comme instrument privilégié de résolution des questions auxquelles il est confronté. Ainsi par exemple, à propos de la menace acridienne qui pèse sur le pays, il est question de beaucoup d’efforts fournis avec la mobilisation de moyens importants pour à la fois lutter sur le sol national et aller aider les pays voisins confrontés au même phénomène. Le chef du gouvernement n’a pas jusqu’à présent cru devoir aller se rendre compte par lui-même du dispositif déployé pour voir si effectivement, ce que lui disent les différents responsables en charge de cette lutte est conforme à ce qu’il voit sur le terrain. Il aurait pu aussi, a la faveur de cette fameuse réunion de la grande commission mixte algéro-mauritanienne, se déplacer avec son collègue mauritanien dans le pays de ce dernier pour y voir de quelle manière moyens mauritaniens et algériens étaient déployés et agissaient sur le terrain. De la même manière, le chef du gouvernement aurait pu se déplacer au poste de commandement (s’il en existe un) de la lutte anti-acridienne pour voir de quelle manière celui-ci travaillait et si tous ceux qui disent y participer sont bien présents sur le terrain et font ce qu’ils disent faire. A moins qu’il ne soit empêché de se déplacer, auquel cas ceci constituerait une autre affaire !

Sur les privatisations

Notre fameux chroniqueur du matin n’a pas oublié, au titre des exploits attribués au gouvernement, de rappeler que celui-ci avait mis sur le marché 1 200 entreprises publiques à vendre et que cette vente allait transformer des entreprises malades en entreprises performantes parce que gérées selon les règles du marché… Sur cette question qui intéresse beaucoup de personnes, à part l’appel à la vigilance lancé par Madame Louisa Hanoune, tout semble aller à l’attente d’un hasard miraculeux qui viendrait donner de la substance à une démarche gouvernementale molle et sans conviction. Ce qui est davantage préoccupant, c’est l’absence d’intérêt du Président pour cette action censée apporter du jus à l’économie nationale. De plus, cette absence est encore plus manifeste s’agissant de ce l’on pouvait attendre de ce fameux plan de soutien au développement dont on attendait qu’il en esquisse les grande lignes. Au fil du temps, ce plan semble ne comprendre que la réalisation des “restes à réaliser”, un concept que les gestionnaires qui travaillent dans le secteur public connaissent bien pour l’avoir pratiqué durant une autre époque où les gens étaient moins timorés et plus engagés. Celui-ci consiste à réunir tous les projets initiés par les anciens gouvernements et abandonnés faute d’argent et en faire un programme d’action. Pour avoir donc du nouveau, il faudrait attendre le hasard pour que de nouvelles idées surgissent. Ce qui est sû r, c’est que si le hasard a produit quelques surprises qui on été utiles au pays, celui-ci pourrait faire le chemin inverse et produire des choses moins positives pour le pays et que celui-ci ne pourrait prendre en charge faute de n’avoir pas appris à agir sur les réalités qui sont à l’origine des contraintes qu’il subit et qui l’empêcheraient d’avancer…

On attendait le Président sur les questions économiques, le voilà parti sur des questions politiques en mettant au goût du jour la réconciliation nationale, offrant ainsi sans le savoir un puissant et confortable dérivatif aux questions qui fâchent, celles de l’économie, que tous les membres du gouvernement et acteurs politiques de la scène nationale s’empresseront d’abandonner pour rejoindre le Président sur ce terrain bien commode. Les autres problèmes sérieux qui harcèlent le pays attendront que le hasard s’en “préoccupe”…

B. Hachemane

 

Haut

 

Question de l’heure

Vers l’organisation d’une OPEP du gaz

L’événement de la semaine passée a été la visite rendue par Hamed El-Attia, ministre qatari du Pétrole du Gaz, à son homologue russe, visite qui a duré trois jours et a donné lieu à la signature d’un accord qui peut être considéré comme similaire à celui conclu entre Sonatrach et Gazprom, le géant gazier russe. Cet accord avait ému les capitales occidentales qui voyaient là le début de la mise en place d’une organisation du type OPEP, qui leur donne du fil à retordre depuis des années. Avec une OPEP du pétrole c’était déjà difficile pour eux, avec une autre pour le gaz, ce serait dramatique, d’autant que les Européens se méfient des Russes pour avoir subi, dans un passé récent, des dommages dans leur approvisionnement en gaz dont ils rendent ces derniers responsables. La Russie, qui prendrait certainement la direction de ce  nouveau cartel s’il venait à se créer, cette information n’est pas pour rassurer le Européens. 

L’Iran appelle de son côté à l’organisation de ce “cartel” ; les dirigeants iraniens et russes se sont déjà rencontrés et ont abordé le sujet. Qu’un pays comme le Qatar, connu pour être proche des Occidentaux, pousse maintenant dans la même direction, voilà qui va rendre ce projet imminent.

Il faut rappeler que le protocole d’accord signé entre Gazprom et Sonatrach porte sur l’exploration, l’extraction, le transport d’hydrocarbures, le développement d’infrastructures gazières et enfin le traitement et la vente de gaz. Ce qui veut dire que ce protocole, tout comme l’accord signé entre la Russie et le Qatar, va plus loin que la simple entente commerciale fondement de l’OPEP. La Russie,  avec plus de 45 000 milliards de mètres cubes de gaz, le Qatar avec plus 25 000 milliards et l’Iran avec plus de 26 000 détiendraient à eux trois plus de 60% des réserves mondiales de gaz d’ou l’inquiétude des pays occidentaux. L’Algérie, avec ses 4 500 milliards de réserves, aura peu d’influence dans ce cartel si elle le rejoignait ; comme pour le pétrole, ce sont les pays qui détiennent les plus grosses réserves qui décident en fin de compte de sa politique.

S’agissant maintenant du protocole d’accord liant Gazprom et Sonatrach, Francis Perrin alors rédacteur en chef de la revue Pétrole et Gaz arabes remarquait, pour mettre du baume sur les inquiétudes manifestées par les professionnels français,  que “l’Algérie signe fréquemment des accords de ce type sans qu’ils débouchent forcément sur des projets industriels concrets”, il reste maintenant aux responsables algériens ayant signé ce protocole de démentir M. Perrin en donnant corps à cet accord… Sans attendre la mise en place de ce cartel, la répartition du marché du gaz est en cours entre les différents gros producteurs actuels et futurs. L’Algérie devrait faire un choix et ne pas se disperser en considérant qu’elle ne sera pas compétitive sur le marché asiatique où l’Iran va se déployer – ce pays a déjà lancé la construction d’un gazoduc devant alimenter le Pakistan et l’Inde –, la Russie sera très compétitive en Europe et en Chine, le Qatar visera le Japon les pays de l’ASEAN (tigres et dragons d’Asie du Sud-Est) et ceux du Pacifique Sud  (Australie, Nouvelle Zélande). Pour  l’Algérie ce sera l’Europe, l’Amérique du Nord  et surtout le marché du Maghreb, qu’il est urgent d’organiser dans le cadre de l’UMA.

B. H.

Haut

E-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche