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Economie
Algérienne
Le hasard,
moyen de résolution des questions cruciales
Le chroniqueur de
économique de la Chaîne III a encore frappé fort cette semaine en
déclarant que l’Algérie serait leader du monde africain et qu’elle
fournirait des efforts importants à l’effet de le sortir du triste
sort qui est le sien, de même qu’elle serait leader du monde arabe
dans le domaine politique, monde pour lequel elle allait œuvrer à
l’effet d’y introduire les règles de la démocratie et de la
modernité pour lesquelles elle aurait, selon lui, accumulé un savoir
significatif qu la rendrait apte à fournir ce type d’aide qu’elle ne
saurait refuser aux autres pays frères et amis… Ce chroniqueur n’a
pas eu peur d’aller encore plus loin en se désolant que l’UMA
n’allait pas mieux après la menace du retrait de la Libye de la
présidence de celle-ci. Cependant ceci ne saurait le dissuader
d’affirmer sa certitude que l’Algérie allait encore une fois se
sacrifier en prenant à sa charge la mission de “raccommoder” les
pays membres de l’UMA, fâchés entre eux, afin de construire ce
destin commun pour lequel l’Algérie serait encore une fois le
leader… Enfin, dernière sortie de ce chroniqueur de l’histoire
contemporaine du pays, il vient de classer celui-ci parmi les
leaders de la téléphonie mondiale parce que ce dernier compterait,
selon lui, un nombre record d’opérateurs dans ce domaine. Cette
situation lui paraissant tellement extraordinaire qu’il n’a pas
craint de la rappeler à deux reprises – oubliant peut-être que dans
ce domaine précisément, l‘Algérie ne serait classée qu’à la 11e
place en Afrique et ne pourrait occuper qu’une place comprise entre
le cent dixième et le cent vingtième rang au plan mondial…
Ce chroniqueur est
cependant dans son rôle en présentant sous le meilleur aspect qui
soit l’action du gouvernement qui le paie. Ce gouvernement cependant
aurait tort de croire que ce journaliste lui est acquis car sitôt
parti, celui-ci s’empressera de présenter du nouveau gouvernement
qui l’aura remplacé une image tout aussi dithyrambique. Ainsi, si
les rois qui gouvernent l’Algérie passent, les discours courtisans
des médias publics de l’audiovisuel algérien restent. Et il en sera
ainsi tant que les dirigeants de ces médias relèveront de la seule
autorité du gouvernement et non d’institutions indépendantes.
La fonction du
hasard dans la gestion du pays
Mais enfin, il n’y
a pas que du négatif s’agissant d’apprécier l’action du gouvernement
qui semble davantage compter sur le hasard que sur ses propres
capacités à agir sur la réalité du pays. Ainsi par exemple, si le
prix du pétrole augmente, entraînant à son tour celui du gaz, on ne
voit pas où serait l’action du gouvernement qui aurait permis cela.
Et sur le hasard, le gouvernement – au sens générique du terme,
comprenant à la fois au plan formel le gouvernement, c’est-à-dire
l’ensemble des ministres et le président de la République qui en est
politiquement le chef hiérarchique – compte beaucoup pour régler les
problèmes pendants de l’Algérie. Par exemple, la presse nationale
vient de rendre compte du dernier recensement de la population au
Maroc, où il apparaît que celle-ci compterait plus de 29,8 millions
d’habitants, soit disons trente millions, par rapport à une
population algérienne estimée, selon le dernier sondage de l’Office
national des statistiques (ONS) à 32 millions d’habitants. Quand on
sait qu’en 1983, l’Algérie comptait une population de 19,5 millions
d’habitants alors que le Maroc en comptait 20,5, cela reviendrait à
dire qu’entre 1983 et 2003, soit sur vingt ans, l’Algérie aurait cru
de trois millions supplémentaires par rapport au Maroc, ce qui
représenterait à la fois un chiffre extraordinaire et tout aussi
extraordinairement inquiétant. Face à cette situation, que fait le
gouvernement ? Rien, si ce n’est d’attendre que le hasard vienne
corriger cette anomalie maligne qu’est la croissance démographique
en dehors de tout contrôle, qui va faire de l’Algérie un pays
surpeuplé non pas par le nombre de ses habitants mais par le
déséquilibre qui existera entre ses ressources et les besoins de sa
population… On peut supposer que sur des questions qui mettent en
jeu des facteurs à la fois moraux et religieux, tels que la maîtrise
de la croissance démographique, il soit difficile au gouvernement de
prendre des décisions qui risqueraient de heurter la sensibilité de
sa population. Sur d’autres questions, moins sensibles, le
gouvernement semble frappé par le même syndrome de l’inaction.
Ainsi par exemple,
la crise en Kabylie où les animateurs des arouch viennent de se
rappeler à la mémoire des dirigeants du pays en appelant à une grève
dans la région pour la journée du 12 janvier correspondant au nouvel
an berbère. Depuis plus de quatre ans cette crise existe et bute sur
des questions que le Gouvernement semble avoir sacralisées pour
éviter de s’y engager, bloquant ainsi son processus de résolution.
Le gouvernement se refusant à accepter la revendication de arouch
qui est aussi la revendication de toute la population berbérophone
du pays de conférer à la langue amazighe le statut de langue
officielle. En quoi une langue amazighe officielle pourrait-elle
mettre en danger l’unité du pays ? La population berbérophone
est-elle chez elle en Algérie ou ne l’est-elle pas ? Alors pourquoi
la priver d’utiliser sa langue ? En Suisse coexistent quatre langues
officielles ; peut-on dire de la Suisse que c’est un pays déchiré
par les conflits ? En Belgique, on compte trois langues
officielles ; du temps du parti unique (Baath) l’Irak comptait deux
langues officielles : le kurde est langue officielle dans ce pays
depuis 1973 ; l’Afghanistan vient de voter une Constitution qui
confère à six langues parlées dans le pays le statut de langue
officielle … Le gouvernement attendrait peut-être la aussi que le
hasard vienne à son secours et que miraculeusement les Berbères,
c’est-à-dire tous les Algériens, disparaissent de ce pays, ainsi la
question serait résolue. Il est certain que cette attente ne joue
pas en faveur du pays. Tôt ou tard, sous la pression des Européens
et même des Américains, cette question sera résolue dans le sens de
la demande formulée par la population de cette région de la même
manière que la question de l’identité ethnique et culturelle est en
train d’être résolue en Turquie du fait des pressions européennes.
Mais il vaut mieux que cette question soit réglée par les Algériens
entre eux. Si par malheur celle-ci était réglée sous une pression
externe, il en sera fini de l’unité nationale que le gouvernement
dit vouloir préserver en s’entêtant là où il lui est loisible de
trouver un arrangement qui réponde au vœu d’une frange de la
population qui ne veut plus vivre l’aliénation culturelle chez elle…
Le hasard ne sera d’aucun secours pour le gouvernement ; il lui faut
agir sous peine de rater les opportunités qui s’amenuisent au fur et
au mesure que le monde se mondialise et où la décision nationale
sera de plus en plus subordonnée aux accords internationaux et
régionaux.
Sur un registre
plus prosaïque, celui de la gestion courante où les interdits
religieux ou politiques sont moins manifestes, le gouvernement
semble aussi jouer la carte du hasard comme instrument privilégié de
résolution des questions auxquelles il est confronté. Ainsi par
exemple, à propos de la menace acridienne qui pèse sur le pays, il
est question de beaucoup d’efforts fournis avec la mobilisation de
moyens importants pour à la fois lutter sur le sol national et aller
aider les pays voisins confrontés au même phénomène. Le chef du
gouvernement n’a pas jusqu’à présent cru devoir aller se rendre
compte par lui-même du dispositif déployé pour voir si
effectivement, ce que lui disent les différents responsables en
charge de cette lutte est conforme à ce qu’il voit sur le terrain.
Il aurait pu aussi, a la faveur de cette fameuse réunion de la
grande commission mixte algéro-mauritanienne, se déplacer avec son
collègue mauritanien dans le pays de ce dernier pour y voir de
quelle manière moyens mauritaniens et algériens étaient déployés et
agissaient sur le terrain. De la même manière, le chef du
gouvernement aurait pu se déplacer au poste de commandement (s’il en
existe un) de la lutte anti-acridienne pour voir de quelle manière
celui-ci travaillait et si tous ceux qui disent y participer sont
bien présents sur le terrain et font ce qu’ils disent faire. A moins
qu’il ne soit empêché de se déplacer, auquel cas ceci constituerait
une autre affaire !
Sur les
privatisations
Notre fameux
chroniqueur du matin n’a pas oublié, au titre des exploits attribués
au gouvernement, de rappeler que celui-ci avait mis sur le marché
1 200 entreprises publiques à vendre et que cette vente allait
transformer des entreprises malades en entreprises performantes
parce que gérées selon les règles du marché… Sur cette question qui
intéresse beaucoup de personnes, à part l’appel à la vigilance lancé
par Madame Louisa Hanoune, tout semble aller à l’attente d’un hasard
miraculeux qui viendrait donner de la substance à une démarche
gouvernementale molle et sans conviction. Ce qui est davantage
préoccupant, c’est l’absence d’intérêt du Président pour cette
action censée apporter du jus à l’économie nationale. De plus, cette
absence est encore plus manifeste s’agissant de ce l’on pouvait
attendre de ce fameux plan de soutien au développement dont on
attendait qu’il en esquisse les grande lignes. Au fil du temps, ce
plan semble ne comprendre que la réalisation des “restes à
réaliser”, un concept que les gestionnaires qui travaillent dans le
secteur public connaissent bien pour l’avoir pratiqué durant une
autre époque où les gens étaient moins timorés et plus engagés.
Celui-ci consiste à réunir tous les projets initiés par les anciens
gouvernements et abandonnés faute d’argent et en faire un programme
d’action. Pour avoir donc du nouveau, il faudrait attendre le hasard
pour que de nouvelles idées surgissent. Ce qui est sû r, c’est que
si le hasard a produit quelques surprises qui on été utiles au pays,
celui-ci pourrait faire le chemin inverse et produire des choses
moins positives pour le pays et que celui-ci ne pourrait prendre en
charge faute de n’avoir pas appris à agir sur les réalités qui sont
à l’origine des contraintes qu’il subit et qui l’empêcheraient
d’avancer…
On attendait le
Président sur les questions économiques, le voilà parti sur des
questions politiques en mettant au goût du jour la réconciliation
nationale, offrant ainsi sans le savoir un puissant et confortable
dérivatif aux questions qui fâchent, celles de l’économie, que tous
les membres du gouvernement et acteurs politiques de la scène
nationale s’empresseront d’abandonner pour rejoindre le Président
sur ce terrain bien commode. Les autres problèmes sérieux qui
harcèlent le pays attendront que le hasard s’en “préoccupe”…
B. Hachemane
Haut
Question
de l’heure
Vers l’organisation d’une OPEP du gaz
L’événement de la
semaine passée a été la visite rendue par Hamed El-Attia, ministre
qatari du Pétrole du Gaz, à son homologue russe, visite qui a duré
trois jours et a donné lieu à la signature d’un accord qui peut être
considéré comme similaire à celui conclu entre Sonatrach et Gazprom,
le géant gazier russe. Cet accord avait ému les capitales
occidentales qui voyaient là le début de la mise en place d’une
organisation du type OPEP, qui leur donne du fil à retordre depuis
des années. Avec une OPEP du pétrole c’était déjà difficile pour
eux, avec une autre pour le gaz, ce serait dramatique, d’autant que
les Européens se méfient des Russes pour avoir subi, dans un passé
récent, des dommages dans leur approvisionnement en gaz dont ils
rendent ces derniers responsables. La Russie, qui prendrait
certainement la direction de ce nouveau cartel s’il venait à se
créer, cette information n’est pas pour rassurer le Européens.
L’Iran appelle de
son côté à l’organisation de ce “cartel” ; les dirigeants iraniens
et russes se sont déjà rencontrés et ont abordé le sujet. Qu’un pays
comme le Qatar, connu pour être proche des Occidentaux, pousse
maintenant dans la même direction, voilà qui va rendre ce projet
imminent.
Il faut rappeler
que le protocole d’accord signé entre Gazprom et Sonatrach porte sur
l’exploration, l’extraction, le transport d’hydrocarbures, le
développement d’infrastructures gazières et enfin le traitement et
la vente de gaz. Ce qui veut dire que ce protocole, tout comme
l’accord signé entre la Russie et le Qatar, va plus loin que la
simple entente commerciale fondement de l’OPEP. La Russie, avec
plus de 45 000 milliards de mètres cubes de gaz, le Qatar avec plus
25 000 milliards et l’Iran avec plus de 26 000 détiendraient à eux
trois plus de 60% des réserves mondiales de gaz d’ou l’inquiétude
des pays occidentaux. L’Algérie, avec ses 4 500 milliards de
réserves, aura peu d’influence dans ce cartel si elle le
rejoignait ; comme pour le pétrole, ce sont les pays qui détiennent
les plus grosses réserves qui décident en fin de compte de sa
politique.
S’agissant
maintenant du protocole d’accord liant Gazprom et Sonatrach, Francis
Perrin alors rédacteur en chef de la revue Pétrole et Gaz arabes
remarquait, pour mettre du baume sur les inquiétudes manifestées par
les professionnels français, que “l’Algérie signe fréquemment
des accords de ce type sans qu’ils débouchent forcément sur des
projets industriels concrets”, il reste maintenant aux
responsables algériens ayant signé ce protocole de démentir
M. Perrin en donnant corps à cet accord… Sans attendre la mise en
place de ce cartel, la répartition du marché du gaz est en cours
entre les différents gros producteurs actuels et futurs. L’Algérie
devrait faire un choix et ne pas se disperser en considérant qu’elle
ne sera pas compétitive sur le marché asiatique où l’Iran va se
déployer – ce pays a déjà lancé la construction d’un gazoduc devant
alimenter le Pakistan et l’Inde –, la Russie sera très compétitive
en Europe et en Chine, le Qatar visera le Japon les pays de l’ASEAN
(tigres et dragons d’Asie du Sud-Est) et ceux du Pacifique Sud
(Australie, Nouvelle Zélande). Pour l’Algérie ce sera l’Europe,
l’Amérique du Nord et surtout le marché du Maghreb, qu’il est
urgent d’organiser dans le cadre de l’UMA.
B. H.
Haut
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