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Le FLN à la croisée des chemins
Il serait faux de
croire que le parti de Abdelaziz Belkhadem soit effectivement le
grand perdant des dernières législatives. Si le FLN a reculé dans
les scores, autant en nombre de sièges qu'en voix exprimées en sa
faveur, avec pas moins de 1 million d'électeurs qui ne lui ont pas
renouvelé leur confiance, son plus grand objectifs lors aura été
réalisé, en réunissant la conservation de son statut de première
force politique du pays tout en s'effaçant au profit des autres,
afin de se débarrasser quelques peu de cette image hégémonique qui
n'était pas pour le servir et qui a très tôt donné l'impression d'un
Etat-FLN, avec la domination des figures issues de ses rangs de la
quasi-totalité des institutions de la républiques. Le fait d'être
passé de la majorité absolue à la majorité relative a servi cet
objectif que le FLN n'aurait cependant pas forcément recherché. Il
n'y a qu'à constater le nombre de députés indépendants qui se sont
tous mis sous sa bannière, avant même d'être installée à l'hémicycle
de Zighout Youcef pour se rendre compte que tous les moyens avaient
été mis à contribution pour préserver les positions antérieures.
Dans ce cas de figure, comme dans celui qui a réellement eu lieu, il
ne faut pas perdre de vue que cela ne devait avoir aucune influence
sur la composition du gouvernement. Que le FLN ait conservé sa
majorité absolue ou qu'il l'ait perdue, comme il s'est produit le 17
mai, cela n'a aucun rapport avec l'Exécutif, puisque le système
politique actuel n'oblige pas le président de la république à
choisir parmi la majorité son chef du gouvernement. Le maintien de
Abdelaziz Belkhadem à ses fonctions, après un intermède de quelques
jours encore plein de mystères, ainsi que l'écrasante majorité de
l'ancienne équipe, à deux départ près, a tôt fait de couper la route
aux spéculations qui mettaient le FLN en obligation de marchander
une quelconque alliance afin de pouvoir continuer à diriger
l'Exécutif. L'on sait très bien, et ce n'est pas nouveau, que les
résultats des législatives et la composition du gouvernement sont
deux faits totalement distincts, l'un n'étant pas la conséquence de
l'autre, ou alors pour si peu. Il n'y a qu'à se souvenir quand
Abdelaziz Belkhadem demandait publiquement le départ de sept d'entre
ses ministres, au moment où le FLN paraissait sur une lancée
inexorable, alors qu'il ne bénéficiait du dixième du répondant qu'il
se croyait en droit d'attendre d'El Mouradia.
Il est permis de
penser, cependant, que le FLN aurait souhaité parvenir à une plus
grande participation des autrtes formations dans le gouvernement,
sans que cela bien sûr ne vienne lui chicaner sa place à la
chefferie du gouvernement, meilleure garantie n'est-ce pas pour
qu'il puisse démontrer que lui, mieux que quiconque, est bien placé
pour donner sa traduction concrète au programme du Président. Ce
partage, qui n'est pas inspiré par une sorte de générosité nouvelle,
aurait eu pour effet d'atténuer le passif gestionnel du FLN et de le
diluer parmi une noria de partis politiques, un peu comme ce parti a
quelque peu réussi à faire durant les gouvernements d'Ahmed
Benbitour et de Ali Benflis. Cela aurait donné, entre autres
résultats, que l'on ne puisse pas attribuer une aussi forte
abstention que celle enregistrée le 17 mai dernier à la seul gestion
du FLN, mais que cette responsabilité soit partagée On voit bien, en
somme, comment le fait d'accuser les petits partis et les candidats
indépendants d'être à l'origine de l'abstention et de l'émiettement
des voix n'a pas été une version vraiment admise par tous, à
supposer qu'il y 'en ait qui croit vraiment que c'est ainsi que
l'opinion pense.
Somme toute, tout
en opérant quelques concessions de formes, qui ne vise en vérité
qu'à donner encore plus de marge de manoeuvre au FLN en le
débarrassant de la casserole de l'abstention, ce parti n'a d'autre
choix que de continuer et à réussir, avec le peu de temps qui lui
est encore imparti, ce qu'il n'a pu faire depuis qu'il a évincé
Ahmed Ouyahia de la chefferie du gouvernement. Il devra dans cette
optique trouver toutes les ressources nécessaires pour faire en
moins de temps qu'avant, deux fois plus, pour retrouver un crédit
laminé, ne serait-ce qu'eu égard aux critiques maintes fois
publiquement exprimées envers les ministres du gouvernement
Belkhadem par le président Bouteflika en premier chef. On devine
bien qu'une telle tâche, herculéenne, n'a absolument rien de facile.
Elle pourrait même s'avérer impossible, s'agissant non pas des gros
dossiers et des chantiers de réformes à tous les niveaux, mais juste
au niveau de la qualité de vie des Algériens, là où ces derniers
l'attendent précisément, comme ils en ont exprimé le mécontentement
généralisé en ce 17 mai. Nous disons que le FLN est conscient de
l'utilité d'un partage du bilan, pas très reluisant de la gestion
des affaires publiques et cela est d'autant plus vrai à l'approche
des élections locales, partant du principe que la majorité des
assemblées est justement entre ses mains. Le FLN devra-t-il, suivant
une tendance lourde commandée par une conjoncture difficile, se
résoudre une nouvelle fois à un repli tactique, juste pour ne pas
insulter l'avenir et mieux appréhender ce dernier pour le
quinquennat suivant ? On ne peut répondre immédiatement par la
négative, au train où vont les choses. Après avoir perdu la moitié
de ses électeurs, le parti de Belkhadem a toutefois le choix entre
deux options. Soit se contenter d'une kyrielle d'élus "mal élus" et
qui risquent de faire l'objet de contestations encore plus marquées
au niveau local, soit se résoudre à passer des alliances avec ses
alliés les plus proches pour un partage qui amoindrisse le nombre
des sièges, sans toucher à son influence sur la scène politique. Ce
serait là un dilemme difficile à trancher, si la base du parti
n'avait pas à coeur de ne rien laisser, pas même des miettes, à la
concurrence une fois ouverte la compétition pour les assemblées et
les privilèges qui vont avec.
Nabil Benali
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