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Visite
éclair du président français en Algérie
Que cache le
pragmatisme de Nicolas Sarkozy ?
Que faut-il
retenir du voyage de Nicolas Sarkozy en Algérie ? L’éloquence du
nouveau locataire de l’Elysée a nettement contrasté, ce 10 juillet
2007, avec la discrétion du premier magistrat du pays.
D’aucuns ont mis
la réserve de Abdelaziz Bouteflika sur le compte de sa maladie, en
lui tirant leur chapeau après la promenade à pied qu’il a effectuée
au côté de son invité, dans les jardins de la résidence d’Etat de
Zéralda, qui a duré une vingtaine de minutes. D’autres l’ont liée à
la décision des deux pays de substituer les projets et les dossiers
“concrets” au traité d’amitié algéro-français. D’autres encore y ont
vu le retour de l’approche tactique, rappelant alors que c’est dans
cette même résidence de Zéralda que des chefs d’Etat algériens ont,
pendant l’été 1988 et en mars 2005, mis volontairement de côté le
dossier du Sahara occidental, le temps de se consacrer aux relations
bilatérales algéro-marocaines.
On s’en tiendra,
pour notre part, à l’annonce faite sur la visite d’Etat du nouveau
président français, en novembre prochain en Algérie, qui portera
apparemment sur une “feuille de route” dont le contenu a été dévoilé
par Nicolas Sarkozy lui-même. Ce dernier a en effet déclaré que la
France est prête à coopérer dans les domaines de l’énergie (gaz et
nucléaire civil), de l’agroalimentaire et de l’industrie. Les
entreprises françaises, d’après ses dires, sont d’ailleurs disposées
à investir massivement dans l’industrie algérienne, à condition que
des contraintes soient levées sur le plan du foncier, de la
protection de la propriété industrielle ou de la concurrence émanant
du secteur informel.
Avant d’arriver à
Alger, le président Sarkozy avait accordé un entretien à deux
confrères, El Watan et El-Khabar. Sur
l’exigence de repentance, il s’est clairement déclaré pour une
reconnaissance des faits, mais il a rejeté le repentir sous le
prétexte que c’est une notion religieuse qui n’a pas sa place dans
les relations d’Etat à Etat. En réalité, il n’est pas aisé, du moins
pour le moment, pour le candidat de l’UMP (la droite au pouvoir),
élu en mai dernier, d’aller à l’encontre d’une partie de l’électorat
français – notamment celle liée au lobby pro-israélien et aux
nostalgiques de “l’Algérie française” – qui s’est mobilisée pour le
porter à la présidence de la République. En tout cas, et son
porte-parole l’avait bien signifié précédemment, le traité d’amitié
et les questions de repentance ne figurent pas dans la liste des
priorités du chef de l’Etat français. Et pour imprimer un style
pragmatique, Nicolas Sarkozy s’est défini comme quelqu’un de la
génération n’ayant pas connu la guerre d’Algérie, signalant
sciemment ou involontairement sa différence avec la génération du
président Bouteflika, mais aussi et surtout pour dégager la
responsabilité de l’Etat français des crimes commis pendant la
colonisation ainsi que des réparations devant en découler.
Le style s“arkozien”
dans la nouvelle France
Dans le domaine de
la coopération, Nicolas Sarkozy s’est voulu pratique, il a même usé
d’un langage réaliste en mettant en avant le principe de la
complémentarité, voire celui de gagnant-gagnant : technologie
nucléaire contre l’après-pétrole, sécurisation des
approvisionnements en gaz algérien contre un accès au marché
français et européen. Quant à la coopération militaire, le président
français s’est déclaré prêt à “aller plus loin”, proposant ses
services pour, d’une part, la professionnalisation et la
modernisation des forces armées nationales et, d’autre part, le
renforcement de la sécurité dans le Bassin méditerranéen.
Pour ce qui est de
l’immigration et de la circulation des personnes, thèmes où il était
le plus attendu en Algérie, le président Sarkozy n’a pas voulu
trancher. Il a néanmoins fait savoir que le règlement de la question
de la circulation des personnes, qualifiée de différente par rapport
à l’immigration choisie, est partie intégrante de son projet d’Union
méditerranéenne (UM), non sans observer qu’elle reste tributaire
d’“une coopération sans faille pour lutter contre l’immigration
illégale et les filières clandestines”.
Le seul résultat
concret d’une visite de six heures est la suppression
des visas pour les diplomates, une décision qui, pour rappel, a été
annoncée en novembre 2006, lorsque M. Sarkozy occupait les fonctions
de ministre de l'Intérieur. En fait, la signature d'un
tel accord n'entraîne pas tellement d'impact dans la mesure où les
diplomates ont toujours bénéficié de facilitations particulières en
matière de circulation.
La visite du 10
juillet en Algérie est marquée d’un style nouveau du locataire de
l’Elysée, qui rompt avec celui de son prédécesseur, Jacques Chirac.
Le président Sarkozy a remis en cause le
processus de Barcelone,
lancé en 1995, qui était certes à l’agonie, en proposant la
construction d’une UM. Une Union qui vise à sceller l’exclusion de
la Turquie de l’Union européenne et qui pourrait, selon des
observateurs, renforcer le repositionnement de la France en Afrique
et dans le monde arabo-musulman. L’invité de l’Algérie ne
chercherait-il pas à proposer ses services de sous-traitance aux
Etats-Unis en affichant dès à présent son ambition de sécuriser les
deux rives de la Méditerranée et de marquer en rouge les frontières
de l’espace arabo-musulman ? On en saura certainement plus sur le
projet méditerranéen et les intentions de la France sarkozienne
après la tenue du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement prévu
pour le premier semestre 2008.
Par ailleurs, si
Jacques Chirac commençait ses tournées au Maghreb par le royaume du
Maroc, son successeur a préféré marquer sa rupture en décidant de se
rendre d’abord en Algérie, pour son premier voyage hors d’Europe
depuis son élection. Le choix d’un partenaire qui connaît une
montée en puissance,
surtout dans les domaines du gaz et du pétrole, a-t-elle pesé dans
la balance ou s’agit-il simplement d’une mise en scène calculée ?
Aucun
infléchissement de ses choix ?
Même si cette
stratégie semble avoir froissé le royaume chérifien, il faut savoir
que la visite de Nicolas Sakozy a été annoncée depuis plusieurs
semaines aux diplomates marocains, à l’exemple du ministre des
Affaires étrangères. Mais Rabat n’a exprimé sa demande de report
“pour des raisons de calendrier” qu’à trois jours de la tournée du
président français. Le report de l’escale marocaine est-il tactique,
contourne-t-il les éventuelles menaces terroristes ou est-il
seulement une manière de ne pas mettre Rabat en mauvaise position,
particulièrement après le dernier coup de force qui a fini par
échouer au début du mois courant ? De toutes les façons, M. Sarkozy
a bien laissé entendre que le problème du Sahara occidental ne
faisait pas partie de ses préoccupations actuelles. Il a même
attesté que son homologue algérien a réitéré la position de notre
pays vis-à-vis de ce conflit, sans lui demander de “renoncer” à la
position traditionnelle de la France. Il a en outre prétendu que la
question sahraouie “n’est pas un facteur de blocage dans les
relations algéro-françaises” ni même “un enjeu pour la France”. A
partir de là, faut-il faire l’impasse sur la présence de Bernard
Kouchner, en tant que ministre des Affaires étrangères, dans la
délégation française qui accompagnait le président Sarkozy ? La
question est posée dès lors que M. Kouchner – qui avait assuré, il y
a quelques années, que la question du Sahara occidental était une
invention de l’Algérie – n’est revenu à aucun moment sur ses
déclarations.
Concernant le
dossier de la décolonisation dans l’ex-colonie espagnole, retenons
pour l’instant que M. Sarkozy s’en est tenu à la résolution 1754
adoptée à l’unanimité en avril dernier par le Conseil de sécurité.
Laquelle résolution invitait le Maroc et le Front Polisario à se
remettre autour de la table des négociations pour trouver une
solution politique garantissant l’autodétermination du peuple
sahraoui, en précisant avoir pris note des offres marocaine et
sahraouie. “Il me semble que cette résolution a été qualifiée, y
compris par le président Bouteflika, d’intéressante. Il faut que les
choses progressent”, a commenté le président français, estimant
que “l’important, c’est que l’Union du Maghreb arabe puisse se
construire dans l’entente entre l’Algérie et le Maroc”. Aux
confrères d’El Watan et d’El-Khabar, Nicolas Sarkozy
avait confié, à propos des négociations : “Un nouveau rendez-vous
a été pris (en août 2007, ndlr).
J’espère très sincèrement que ces
discussions vont aboutir à une solution raisonnable, acceptable par
chacune des parties, et je suis certain que tous les pays de la
région qui ont une influence sur ce dossier, dont l’Algérie, auront
à cœur d’y contribuer.”
Que dire de plus
sur le style “sarkozien”, sinon reprendre l’avis de certains
éditorialistes français : si les uns le décrivent sous les traits
d’une personne à la “franchise roublarde”, à la “sincérité
maîtrisée” et à la “boulimie d’action”, d’autres en revanche avisent
de sa méthode qui “frise ouvertement l’autoritarisme” ou “sa
politique de débauchage à gauche qui n'entraîne aucun
infléchissement de ses choix”…
Z’hor Chérief
Haut
France-Algérie
Passé, passions
et pesanteurs
Ceux
interrogés, sur le sort des relations algéro-françaises à l’ère de
celui qui fut qualifié de « candidat imprévisible» à l’Elysée (1)
n’ont pas eu tort en disant que « Sarkozy va surprendre les
Algériens ». Le nouveau président français a surpris tout le monde
pour avoir choisi comme porte de sortie vers le monde extérieur
l’Algérie (2). Ce pays qu’il considère comme une locomotive dans le
rêve sarkozyen de l’Union méditerranéenne où la France réserve à
l’Algérie une place centrale sinon de première classe. On aimerait
bien vous croire M. le président.
Le nouveau
locataire de l’Élysée informe à l’occasion de sa halte algéroise que
“Cette idée n’est pas française”, sans souffler mot sur son origine
ni sur ses aboutissants. Serait-elle une idée algérienne pour servir
de passerelle entre l’Europe et l’Afrique. On n’en saura trop rien
avant une année. Mais tout indique que la France sous Nicolas
Sarkozy porte tout l’intérêt à faire du 21e siècle, le
siècle de l’énergie propre, le siècle de la planète bleu, le siècle
de la paix. Là M. Sarkozy a révélé en indiquant “la volonté” du
président algérien de “préparer l’après-hydrocarbures”, de faire de
l’Algérie “un pays émergent avec une industrie, avec des services”
et de l’industrie intelligente. Tout un processus de développement
qui requiert un rapprochement d’exception sous forme de partenariat
sans complexe ni préjugés. Un développement articulé notamment sur
l’investissement. Mais M. Sarkozy a évité sciemment de parler
d’accord d’exception ou de traité d’amitié entre les deux pays
voisins. Selon lui, l’amitié ne s’écrit pas, elle se vit. Mieux
encore, le président de l’UMP est profondément convaincu qu’elle se
mesurera en “actes concrets”. Et la France, ajoutera-t-il, est prête
à coopérer “non seulement dans le domaine du gaz, mais également
dans celui du nucléaire civil, de l’agroalimentaire et de
l’industrie”. “Les entreprises françaises sont disposées à investir
massivement dans l’industrie”, a-t-il précisé lors d’une conférence
de presse animée à l’issue d’un déjeuner de travail dans le cadre
verdoyant de la résidence d’Etat de Zéralda, à l’ouest d’Alger.
Les nouveaux
sentiers de Sarkozy
L’hote d’Alger
aborde ensuite le projet de l’union méditerranéenne (UM) où
“l’Algérie a une place centrale”, un projet qui “n’est pas un
substitut du processus de Barcelone ni celui de l’Union européenne
et encore moins celui du cadre euromed (5 +5)”. « J’ai fait part au
président Bouteflika du projet que la France porte, celui de l’union
méditerranéenne » a-t-il lancé d’emblée. J’ai voulu, adjoindra-t-il,
recueillir l’avis du président Bouteflika et dire que l’Algérie
avait une place centrale pour porter ce projet. Il s’agit, selon
lui, d’un projet politique fort autour duquel les hommes de la
Méditerranée construiront, par l’union, la paix, « comme il y a 60
ans, les Européens avaient construit l’UE ». Ce projet est, à ses
yeux, un appui au dialogue des cultures. « A cet endroit précis de
la Méditerranée, tout peut se jouer », précisera Sarkozy, disant que
l’initiative se construira autour de projets concrets, en matière
d’environnement notamment. Sarkozy reste convaincu que la
Méditerranée peut devenir « la mer la plus propre au monde ». La
forte déclaration d’Alger de Nicolas Sarkozy n’est pas à une
contradiction prés. L’importance de l’union méditerranéenne est liée
à ses “projets concrets”, à savoir, toutes les questions relatives à
“l’environnement, la paix, la sécurité, le développement économique
(…)”. De quoi faire un partenariat d’exception. Interrogé sur « le
partenariat d’exception » entre l’Algérie et la France, annoncé
après la visite de Jacques Chirac à Alger en 2003, Nicolas Sarkozy a
éludé d’assumer l’héritage de l’idéal mis en route par le duo
Bouteflika-Chirac. Il a déclaré que « l’important n’est pas de
qualifier un accord, mais de lui donner un contenu ». Sarkozy paraît
décidé à rompre avec la méthode Chirac. C’est clair, « l’amitié se
nourrissait davantage de projets et d’actions que de traités, de
discours ou de paroles », a-t-il précisé. Même s’il est trop tôt
pour dire que le projet d’un traité d’amitié entre l’Algérie et la
France semble être définitivement enterré mais, noyée dans le rêve
de l’Union mise en avant par le nouveau résident du palais du
Faubourg-Saint-Honoré (Paris). D’aucuns auront compris que le
président français Nicolas Sarkozy a, durant sa courte visite en
Algérie, manifestement voulu dissiper les zones d’ombre qui planent
sur les relations entre deux pays que rapprochent l’histoire et la
géographie. En parlant de sa volonté de participer à l’entente entre
deux peuples souverains dont le regard est résolument tourné vers
l’avenir, il tient un discours de rupture par rapport aux pesanteurs
du passé. Mais se définir comme une personne qui n’appartient pas à
“la génération de la guerre d’Algérie” ne lave pas l’homme fort de
la France d’avoir été complice dans la rédaction de la loi de la
discorde (3) entre les deux voisins. Ceci ne le dédouane pas non
plus en sa qualité de nouveau décideur du palais du devoir de
repentance et non seulement des regrets. “Je suis venu en Algérie
participer à une entente entre deux peuples souverains qui ont une
histoire mouvementée, mais qui aspirent à avoir un regard résolument
tourné vers l'avenir”, indique le président Sarkozy qui dit regarder
les souffrances algériennes pendant l’ère coloniale avec un grand
respect. Se suffira-t-on de mots pour exprimer ses compassions
envers des blessures profondes, encore vivaces ? “Nous allons faire
des propositions concrètes en novembre” a-t-il tenté d’anticiper en
guise de bonne foi. Une foi qui souffre de bonne volonté politique
d’aller au vif des sentiments réciproques qu’éprouvent les deux
peuples.
La repentance,
ce mal algéro-français
Les passions entre
Alger et Paris ont encore de beaux jours à vivre en dépit des
progrès enregistrés. Car beaucoup de non-dits accompagne ce
processus d’exception bilatéral alourdis par des malentendus. La
visite de travail a eu lieu la veille du mémorable 14 juillet, la
visite d’Etat est inscrite courant novembre, un mémorable mois du
calendrier algérien. Par concret, les algériens n’ont sur le cœur
que ce « mal de la repentance » qui ne fait pas tant de mal au
français, comme le prétend l’ancien ministre de l’intérieur et du
culte, qu’il n’en fait un grand soulagement au deuil et aux douleurs
qu’éprouvent ses voisins du sud de la méditerranée et aide à
réorienter la boussole vers le cap d’un avenir commun certain. C’est
le moins qu’on puisse attendre de la diplomatie de la cinquième
puissance au monde. Pour autant, le chef d’Etat s’est mis ici dans
la posture de l’homme des défis, et s’il peut le plus, il peut le
moins à l’égard d’un réchauffement entre deux pays aussi voués à
avancer que le sont l’Algérie et la France. Mais qu’attend-on d’un
homme qui se veut plus rassembleur. Nicolas Sarkozy sait
pertinemment que la France peut être, en Algérie, mise en
concurrence, probablement défavorable, avec des candidats aussi
déterminés que les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, mais aussi des pays
comme l’Allemagne, la Belgique, l’Angleterre, l’Italie, qui peuvent
s’avérer être des rivaux lorsque l’intérêt de chacun primera sur
celui de l’Europe. On peut comprendre que Nicolas Sarkozy, en
soulignant que les peuples algérien et français étaient résolument
tournés vers l’avenir, c’est que ni l’un ni l’autre ne pouvait
trouver, y compris dans le passé, des raisons de l’insulter.
Toutefois, on ne peut nier ce que l’on était par le passé ou ne pas
reconnaître ce que l’on a fait. N’a-t-il pas dit un jour que
« tourner le dos au passé c’est tourner le dos à l’avenir » ? Et
comment vouloir occulter le passé pour bien construire l’avenir avec
les Algériens
En Algérie alors
que le passé a été la pierre angulaire du traité franco-allemand
d’amitié et de coopération signé en 1963. La similitude est presque
parfaite pour dire que le traité d'amitié si cher à Jacques Chirac
est définitivement enterré. Le texte, calqué sur le traité d'amitié
qui scelle la coopération entre la France et l'Allemagne, était prêt
depuis des mois. Qu’en sera-t-il si sa conclusion butera
inévitablement sur le préalable de "repentance" française pour les
crimes commis pendant la guerre d'Algérie. La preuve de l'amitié, ce
ne sont pas les excuses, mais les projets d'avenir, a dit en
substance M. Sarkozy au président Bouteflika. Et l'avenir, c'est
l'"Union méditerranéenne", dont les Algériens attendent avec intérêt
de connaître la substance. Si les contours en sont encore flous, les
prémices en sont claires. Si le traité d’amitié a échoué parce qu'il
n’a pas de contenu ou c’est un avatar de dialogue Nord-Sud qui place
l’Algérie dans une position de dépendance vis-à-vis de son voisin
puissant du Nord. C’est qu’on a voulu créer des relations inégales
entre les deux capitales. Si l’ère Chirac a misé sur le
développement du commerce et du libre-échange, ce qui revient à
confondre la fin et les moyens d’un partenariat d’exception. Avec
Sarkozy, il faut inverser l'ordre des facteurs en mettant l'accent
sur la base du développement économique et social, la santé,
l'expertise et la politique industrielle. Avec comme priorité
encourager le libre investissement dans les secteurs dits productifs
pour sceller une étroite amitié, si on veut bien donner un contenu.
Le co-développement doit, comme priorité, se substituer au commerce
et le gain facile au dépend d’un voisin qui ne veut pas être traité
comme un simple sous-traitant de la France. Mais entre les passions
des uns et des autres, le passé commun à assumer objectivement, il y
a lieu d’assainir un lourd passif. Ne dit-on pas que les bons compte
font les bons amis. C’est une équation vérifiée qui n’accepte
apparemment pas d’autres variables. Et au-delà, des pesanteurs de
l’histoire et de la géographie qui constituent des facteurs communs
qui rapprochent, il y a l’avenir qui se construit au présent dont
les fondements sont ancrés dans le passé. A la guerre comme à la
paix algériens et français mettent énormément de temps pour se
comprendre mutuellement.
Salah Bey
_________________________
1- Le candidat de
l’UMP (Union pour la majorité présidentielle) fut élu à l’Elysée le
6 mai 2007.
2- la visite du
travail du président Nicolas Sarkozy effectuée à Alger est la
première sortie hors Europe, elle est intervenue quelques jours
seulement du sommet du G8 ayant eu lieu en Allemagne.
3- La loi du 23
février 2005 qui fait l’apologie du colonialisme.
Haut
A quand une régulation
du marché des fruits et légumes ?
Baraket
Monsieur Barkat !
Les promesses du
ministre de l’Agriculture n’en finissent pas. A chaque hausse des
prix des fruits et légumes, Saïd Barkat sort pour nous rassurer que
la situation va se normaliser sous peu. Le ministre oublie peut-être
qu’il est à la tête de son département depuis 7 ans et qu’il a lancé
une réforme du secteur qui a coûté des centaines de millions de
dollars, dans le cadre du Plan national de développement agricole (PNDA).
Les Algériens sont donc en droit de savoir à quoi ont servi cette
réforme et toutes ces sommes dépensées si, au bout du compte, des
légumes de large consommation, comme la pomme de terre, coûtent
toujours aussi cher quelle que soit la saison.
Selon M. Barkat,
le secteur de l’agriculture a enregistré en 2006 “une croissance de
4,5%” et créé “un million d’emplois depuis 2000”. C’est le genre de
chiffres dont raffolent les ministres en général : taux de
croissance, participation au PNB, emplois créés et extension de la
surface agricole. Des statistiques qui servent plus à orner des
rapports destinés à la consommation d’institutions financières
internationales (comme le FMI et la Banque mondiale) et autres
rapports de conjoncture qu’à rassurer sur l’état de l’économie
algérienne. C’est le cas du secteur de l’agriculture qui, malgré les
performances annoncées, n’a pas d’incidence sur le vécu du citoyen.
Grâce aux
politiques officielles, l’Algérie est devenue importatrice de
céréales (de blé en particulier) pour plusieurs centaines de
millions de dollars par an. Bien sur, l’accusé principal est le mode
de consommation national qui privilégie les céréales aux légumes. Et
quand les Algériens se mettent à consommer des légumes, ces derniers
sont hors de prix. A 60 DA le kilo, le coût moyen de la consommation
de pomme de terre pour une petite famille (à raison d’un kilo par
jour), est de 1 800 DA par mois. Uniquement pour la pomme de terre.
Pourtant, le ministre de l’Agriculture annonçait que la production
de pomme de terre allait s’améliorer “grâce aux dispositions qui
ont été prises”, disait-il en janvier 2007. Les derniers
chiffres fournis par M. Barkat font état d’un excédent de 20% en
production de fruits et légumes au cours des cinq dernières années.
Pour ce qui est de
la hausse des prix que connaît, régulièrement et depuis le mois de
ramadan dernier, le marché des fruits et légumes, le ministre
l’explique par le manque de marchés de gros qui, selon lui, est de
nature à faciliter l’action des intermédiaires de seconde, troisième
et quatrième main avant que la production n’arrive sur le marché du
détail.
Attendue pour l’après-ramadan
puis pour le mois de mars dernier, la baisse des prix de la pomme de
terre n’a pas eu lieu. Hormis l’intervention des intermédiaires,
d’autres explications sont régulièrement avancées. Quand la hausse a
lieu en hiver, l’on avance la difficulté de la récolte. Quand elle
provient en été, c’est plutôt la sécheresse qu’on met en avant.
Actuellement, son prix varie de 45 à 60 DA. Le pire est attendu pour
le ramadan, murmurent les détaillants.
En période de
grandes chaleurs, il est anormal que le prix de vente de la
tomate tourne autour de 25-35 DA. Idem pour le poivron, qui ne
descend pas sous la barre des 45 DA, atteignant jusqu’à 60 DA. Qu’en
sera-t-il alors pendant le ramadan ?!
Said Barkat a beau
dire qu’il n’est pas responsable de la création des marchés de gros
ni de la régulation des prix. Il n’a pas tort. Mais, il faudrait
qu’on nous explique à quoi servent les Conseils de gouvernement qui
n’arrivent pas à faire collaborer deux départements (Commerce et
Agriculture) pour que cesse cette mascarade des prix élevés au
moment où la production est abondante et que l’exportation n’arrive
pas à décoller.
Certains avancent
aussi la dépendance de l’Algérie envers la semence de pomme de terre
qui, pour certains, est trop grave pour permettre une production
suffisante : nos besoins sont de l’ordre de 80 000 tonnes par an,
que la production nationale n’arrive pas à satisfaire. Nous sommes
donc, pour le cas particulier de la pomme de terre, devant une
équation à trois variables (climat, intermédiaires, semence) qui
n’est pas si difficile à résoudre et qui ne nécessite pas des
mathématiciens chevronnés mais juste des fonctionnaires appliqués.
Même constat pour
le lait, dont la production nationale continue d’être loin des
besoins, faisant ainsi de l’importation la seule issue possible
(pour la coquette somme d’un demi-milliard de dollars) avec tout ce
que cela engendre comme hausses des prix. Tant que l’Etat poursuit
sa politique de subvention (qui profite aussi bien aux smicards
qu’aux fortunés !), le problème n’aura de graves incidences, mais si
les pouvoirs publics cessent d’aider les producteurs finaux, la
situation risque de dégénérer lorsque des millions d’Algériens ne
pourront plus boire de lait.
Pour le lait
aussi, les responsables n’hésitent pas à faire des promesses sans
lendemain. Fin 2005, un haut fonctionnaire du ministère de
l’Agriculture annonçait que “les besoins de l’Algérie seraient
couverts d’ici à fin 2006”. Sur un volume de besoins estimé à 3
milliards de litres par an (environ 110 litres/habitant/an),
l’Algérie ne produit que 2 milliards de litres annuellement. Notre
pays fait partie des trois ou quatre premiers importateurs de lait
dans le monde.
Selon les
déclarations triomphalistes de cadres responsables du secteur,
l’Algérie devait, dès fin 2006, combler le déficit en production
laitière ce qui, par conséquent, aurait permis de réduire la facture
de l’importation. Comme d’habitude, la promesse d’autosuffisance en
lait était accompagnée de chiffres. Ces derniers faisaient état de
l’importation en 2005 d’environ 17 000 génisses, en plus de 34 000
autres importées un an auparavant, soit plus de 50 000 génisses
importées en 18 mois. Pourquoi autant de cheptel lorsqu’on sait que
les superficies fourragères sont largement insuffisantes, d’où le
recours à l’importation (encore !) de l’aliment bétail qui fait
grimper le coût du litre de lait produit localement, nécessitant
ainsi le recours à la subvention de l’Etat pour rendre le prix du
lait accessible. Sans compter, aussi, le problème de la collecte du
lait et du recours à l’abattage par les éleveurs qui préfèrent
vendre de la viande plutôt que du lait. Selon certaines sources, le
taux de collecte ne dépasserait pas les 8% (2000-2004), alors que le
taux d’intégration industrielle serait de 14% seulement.
A noter que le
montant global des subventions dont a bénéficié la filière lait et
fourrages, au titre du Fonds national de régulation et de
développement agricole (FNDRA), s’est élevé à 5,6 milliards de
dinars entre 2000 et 2005.
Si personne ne
peut nier les efforts faits dans le secteur de l’Agriculture, il
n’est pas possible également d’occulter que les résultats n’ont pas
été à la hauteur des dépenses engagées. D’ailleurs, ce ne sont pas
les bilans chiffrés des dépenses et de la production qui nous
donneront une idée exacte de la situation de l’agriculture en
Algérie. Le plus important serait, peut-être, d’ouvrir un débat sur
la réforme du secteur et sur ses effets en matière de satisfaction
du marché national.
Abdelkader
Djalil
Haut
Société
Quand les prix
grimpent
A peine la pénurie
de lait, passée depuis quelques mois, avec la menace d’une
augmentation de son prix oubliées par le consommateur, voilà que
d’autres produits voient leur prix augmenter en cet été qui hésite
entre une chaleur des plus accablantes et des journées à la
fraîcheur printanière. Semoule, farine, sucre, huile… sont désormais
plus chers. Des dépenses en plus pour des citoyens qui ne savent
plus où donner de la tête.
Aussi curieux que
cela puisse paraître, la valse des prix prend toujours une courbe
ascendante. C’est comme ça depuis de longues années. Les prix ne
font qu’augmenter. Fruits, légumes, farine, café, sucre… Il est très
rare de voir le prix de l’un de ces produits baisser un peu. Le
consommateur, habitué, ne sait même plus formuler de réclamations ou
alors, quand il lui arrive d’en faire, c’est le plus souvent pour se
dégager de ce poids qui lui contraint le cœur.
Mais en même
temps, il met la main à la poche et achète ce qu’il vient de
dénigrer auparavant. C’est faute de mieux, dit-il. Si quelqu’un lui
fait remarquer qu’il vient de se plaindre de la cherté de la vie et
de tout ce qui est exposé au marché, c’est le prototype du
consommateur algérien qui se plaint des prix élevés mais refuse de
bouder, ne serait-ce que pour un temps, les produits qu’on lui
propose.
En cet été qui
hésite entre des journées de très grande chaleur et d'autres à la
fraîcheur printanière, les choses ne s’annoncent pas différentes et
déjà la pomme de terre ne se vend pas moins de 60 DA. Ce légume qui
se fait ainsi désirer est le plus prisé par toutes les familles
algériennes. Que manger d’autre que de la pomme de terre qu’on peut
transformer en ragoût, en purée ou en patates boulangères, sans
oublier les frites qu’adultes et enfants consomment sans rechigner ?
Que manger d’autre quand ce légume atteint des prix impossibles,
même dans la wilaya où il est le plus cultivé ? Forcément, ce qui
reste et qui n’est pas moins cher.
Décidément, les
ménagères ne sont pas gâtées cet été et font chaque jour une vraie
gymnastique pour gérer convenablement le budget familial.
En effet, les prix
de la semoule et de la farine ont augmenté de 30%. Ces augmentations
se sont faites en deux fois, une première fois entre février et mars
et une seconde entre avril et mai, sans que cela soit annoncé
officiellement. Résultat : la semoule qui était vendue à 25 DA le
kilo, est actuellement à 40 DA, ce qui n’est pas peu.
Le ministère du
Commerce qui n’a, à aucun moment, annoncé que les prix de la farine
et de la semoule allaient augmenter, justifie cette situation par le
prix du blé qui a atteint entre 180 et 250 euros la tonne sur les
marchés mondiaux. Ainsi, un sac de semoule de 25 kilos a augmenté de
80 DA et un sac de farine de 50 kilos, de 60 DA.
Cette situation
n’est pas pour arranger les grossistes, dont les marges de bénéfice
se sont réduites à 5% alors qu’elles étaient de 10%. De plus, ces
derniers se plaignent aussi de ce que la semoule et le blé importés
de Turquie et de Pologne laissent à désirer et se vendent mal.
Au-delà de ces
aspects, il faut aussi se poser des questions. Le prix du pain ne
risque-t-il pas, lui aussi, de connaître une envolée au moment où le
prix de la matière première a augmenté ? Personne n’ignore que les
boulangers ont, à plusieurs reprises, menacé de recourir à des
grèves si le prix du pain n'était pas revu à la hausse. Ne
risquent-ils pas, cette fois, de concrétiser leur menace ?
C’est-à-dire augmenter le prix du pain comme ils l’entendent, ou
bien mettre leur four au repos.
C’est que chacun
cherche le gain facile et rapide, sans se soucier du consommateur.
Tout le monde a encore en mémoire la crise du lait qui a eu lieu il
y a quelques mois et qui nous a rappelée les années où les pénuries
se déclaraient un peu partout et touchaient toutes les denrées
alimentaires.
Les producteurs de
lait qui se sont toujours plaint de la cherté de la matière
première, c’est-à-dire la poudre du lait, ont demandé à ce que le
prix du sachet de lait soit revu à la hausse, et pour avoir gain de
cause, ils ont réduit leur production au minimum.
Les choses sont
rentrées dans l’ordre quand l’Etat a affirmé qu’il subventionnerait
la matière première. Le prix du lait n’a pas augmenté et de
nombreuses familles ont été soulagées par cette décision. Leur
enfants continuent à boire du lait, et donc à avoir des protéines et
du calcium. C’est déjà quelque chose, quand on sait que beaucoup de
familles ne sont pas bien nourries et que de nombreux enfants sont
loin de consommer les rations quotidiennes nécessaires à leur
croissance. Quoi de plus normal quand les prix des denrées
alimentaires prennent une courbe ascendante et les salaires stagnent
depuis des années ?
Et quand le
gouvernement accepte enfin d’augmenter les salaires, c’est souvent
d’une manière symbolique. En effet, il est connu dans le monde
entier que le SNMG doit couvrir les besoins alimentaires, le
logement, l’habillement et aussi les frais de santé, de transport…
Or, le SNMG, chez nous, suffit à peine à faire vivre une famille de
trois personnes. En parallèle, tout augmente à une vitesse
vertigineuse. Le kilo de sucre qui était vendu à 55 DA il y a
seulement quelques jours, dépasse en ce moment les 60 DA. Un bidon
d’huile de 5 litres atteint presque 500 DA. Pourtant,
officiellement, aucune augmentation des prix n’a été annoncée. Mais
il faut croire que les commerçants fixent leurs prix comme bon leur
semble et ne se soucient même pas des services de contrôle.
Autrement dit, le client, censé être traité comme un roi, est, en
fin de compte, le dindon de la farce. Car au lieu de profiter des
plaisirs de l’été et de la plage, il se retrouve à gérer un budget
sérieusement déséquilibré par toutes les dépenses.
Que lui reste-t-il
pour ses vacances ? Presque rien, faut-il dire, car il doit d’ores
et déjà se préparer pour la rentrée des classes, qui coïncide cette
année avec le début du ramadan, autre source d'inquiétude pour le
chef de famille. C’est tout un enchaînement qui n’est pas près de
prendre fin. Et le budget familial de plus en plus sollicité par les
augmentations des prix ne risque pas d’être équilibré.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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Une journée de
regroupement thérapeutique à Bou Ismaïl
Avec les
enfants de « la tragédie nationale »
A Bou Ismaïl, mais
aussi à Skikda, Béjaïa et Béni Saf, les centres de regroupement
thérapeutique d’enfants victimes de la tragédie nationale vont
accueillir cette année autour de 500 enfants. Le but est de donner à
des enfants traumatisés par ce qu’ils ont vu ou vécu comme violences
durant les années du terrorisme la possibilité de rêver d’un avenir
transformé en promesses, rien que cela.
“Je pense que
le terme est trop lourd à porter pour ces enfants”,
nous dit le docteur Taïba, l’un des deux médecins affectés au centre
thérapeutique de Bou Ismaïl. Le terme en question est “tragédie
nationale”. Certainement que lorsqu’on a créé ce concept politique,
on n’a pas pensé aux enfants et il ne fait aucun doute que son sens
échappe totalement à ces adolescents qui suivent en fait une
thérapie conséquemment à la décennie noire ou tragédie nationale.
Pourtant, ces enfants sont effectivement l’illustration même de la
tragédie. Issus des familles de victimes du terrorisme ou de
familles de terroristes, ils ont vécu le même drame et essayent
aujourd’hui de se débarrasser de séquelles nées durant les années de
violence qu’a connu le pays. Certes, ce n’est que depuis 2006 que
les regroupements thérapeutiques concernent les enfants issus des
deux camps, si tant est que l’on puisse parler de camps dans le cas
d’un drame aussi complexe que celui vécu par les Algériens.
Dans le bus qui
les ramène de la plage, les enfants reviennent de loin. Certes, la
plage est à quelques kilomètres du centre, mais ce n’est pas de
cette distance qu’il s’agit. Ces enfants qui chantent, qui tapent
des mains et font un raffut de tous les diables auraient pu avoir
des comportements totalement différents. Les séquelles de violences
ont des noms terribles lorsqu’il s’agit des plus jeunes :
agressivité, phobies, troubles de la psychomotricité, du sommeil et
du langage… la timidité reste le symptôme le plus bénin. Au-delà, on
parle de volonté de vengeance ou de désespoir, des termes
probablement aussi lourds à porter que celui de tragédie nationale.
Mais sont-ils
aussi des enfants malades de leur pays ? On pourrait le penser,
parce qu’on entre au centre de regroupement comme on rentre à
l’hôpital. Les enfants sont hébergés durant leurs trois semaines de
vacances au Centre médico-pédagogique situé à l’intérieur même de la
clinique médico-chirurgicale infantile ; là où on opère les enfants
malades du cœur.
Si ces enfants
sont suivis pour les traumatismes psychologiques qu’ils ont subis,
ne vont-ils pas se sentir malades au lieu de penser qu’ils sont en
vacances ? Pour Souad Mahmoudi, l’une des huit psychologues en
charge de ces enfants, c’était effectivement un risque mais “on a
vu l’année passée comment les enfants du regroupement sont allés
inviter, à l’une des soirées que l’on organise, des enfants
hospitalisés avec lesquels ils avaient lié connaissance. Ils
faisaient clairement la différence entre eux qui sont bien portants
et ces enfants malades qui s’ennuyaient”. Cette psychologue, qui
travaille dans une des cellules de proximité de l’Agence du
développement social de Constantine, ainsi que les sept autres qui
viennent de différentes wilayas, sont en fait en immersion totale
depuis des années dans les traumas de ces enfants. Ils suivent au
plus près leur évolution et constatent les changements et les
améliorations.
Acrobaties
Certes, chaque
enfant est un cas à part et il n’y a pas lieu de généraliser. Tous
reviennent chez eux avec un dossier qui souligne ce qu’il y a lieu
de faire en urgence ou de manière plus approfondie. Du fait qu’il y
ait peu d’enfants en même temps – ils sont à peine 34 à Bou Ismaïl –
le suivi ne peut être que plus efficace. En fait, c’est une
véritable “colo 5 étoiles” mise en place par le ministère de la
Solidarité nationale et gérée, comme les trois autres, par l’ADS,
offerte ces enfants une fois l’an. Par ailleurs, cette période vécue
en vase clos permet aux psychologues de l’ADS de cerner précisément
les malaises et de penser à la thérapie adéquate.
Il reste que ce
qui est gagné en vingt jours risque fort de partir en fumée dès que
l’enfant retrouve son environnement habituel. Ces psys constatent
parfois que les enfants sont livrés à eux-mêmes. Que certains
parents, trop pris par les problèmes quotidiens et la course à la
prise en charge, oublient de s’occuper de leurs enfants. A quoi cela
est-il dû, alors que le suivi psychologique est quasi permanent et à
domicile au niveau des cellules de proximité ? Du fait de
“l’absence de culture psychologique”, nous indique Soumiya, une
psychologue de Annaba.
A leur arrivée au
centre de regroupement, les enfants reprennent contact avec leurs
anciens amis, les “habitués”, et les nouveaux s’intègrent au groupe.
Première manœuvre thérapeutique : la réalisation d’une fresque
collective, celle de l’arrivée ; à la fin de la session, une seconde
fresque sera réalisée. Pour les psys, c’est un véritable livre
ouvert pour comprendre ce qui se passe chez ces enfants. Car le plus
dur c’est bien de comprendre ce qui se trame dans les têtes des
gamins.
Comment amener
l’enfant à parler de ce qui le trouble ? Les psychologues recourent
sans modération aux groupes de parole. “En fait, on ne formalise
pas la discussion. Le groupe s’installe et discute. En général,
c’est le psychologue lui-même qui ouvre le bal en disant quelque
chose qui puisse capter l’attention des enfants, susciter leur
réaction et les pousse à parler”, explique Abdelkader,
psychologue. “Il y a certes des enfants qui, tout de suite,
entrent dans le vif du sujet, parlent et s’expriment. D’autres,
moins expansifs, ne disent rien, mais en fait intérieurement ils
parlent et c’est déjà un début”, renchérit Robila Abdaoui.
Certes 34 enfants
(sur 45 prévus initialement) ni les 500 prévus dans les quatre
centres répartis sur la côte, ne représentent en aucune manière
l’ampleur du drame. Est-ce dans ce cas l’expression du moindre de la
foi ? Probablement, mais il est intéressant de noter que cette
expérience est menée depuis huit ans, alors que depuis 2003, on a
affiné la méthode d’évaluation. Elle est devenue plus précise grâce
au “scoring” qui permet de donner une visibilité aux progrès
enregistrés et ainsi évaluer clairement le type de trauma et
l’évolution de l’enfant dans sa capacité à en sortir.
Mais à Bou Ismaïl,
les psys sont appelés sur deux fronts en même temps. Ils ont affaire
à des adolescents. “Un double travail”, dit Mohamed Sellami,
un psy qui crapahute dans la steppe dans une cellule ADS, au sud de
Sidi Bel Abbès. “Il faut distinguer les expression du trauma et
les questions psychologiques liées à l’âge et à l’évolution des
adolescents.” Ce jour-là, d’ailleurs, une des filles présentait
des troubles, apparemment une crise d’on ne sait quoi que le médecin
a vite vu comme étant de la simulation. Elle a été emmenée à
l’infirmerie et le médecin a bien compris qu’elle n’avait aucun
problème organique. “Je lui ai dit je sais que tu n’as rien, elle
m’a répondu qu’elle allait me dire ce dont elle se plaignait à
condition que je n’en parle pas. C’était un accord accepté, à
condition que ce soit elle-même qui en parle à un des psychologues”,
indique le Dr Taïba. En fait, le médecin, au-delà du
traitement de la “bobologie” dans ce genre de regroupement de
vacances, devient parfois un vecteur et un révélateur des troubles
psychologiques dont peuvent souffrir ces enfants. D’ailleurs, la
journée passe sans que les psys disent quoi que ce soit à la jeune
fille, même s’ils avaient l’attention braquée sur elle.
Dans cette colonie
de vacances un peu spéciale, on retrouve tout ce qui existe dans un
centre de vacances de ce genre. Des ateliers divers qui offrent un
tas d’activités : dessin, peinture, travaux manuels, psychodrame,
terre glaise et plâtre. L’œuvre artistique est là, au-delà du
loisir, un moyen d’expression inestimable, jugent les psys. On y a
ajouté aussi le photo-langage. Il s’agit d’utiliser la photographie
pour créer des évocations, une expression chez le sujet, à l’image
du commentaire sur les taches d’encres.
Quelle
évaluation ?
Mais ces enfants
sont-ils finalement différents des autres ? Pour preuve que ces
adolescents sont en train d’évoluer normalement, l’histoire du Don
Juan du camp. Cela s’est passé durant la saison 2006. Un des jeunes
du centre avait écrit un poème et l’avait illustré d’un dessin pour
une des filles du camp. Mal lui en prit car il a été tout de suite
pris à partie par les autres filles, qui exprimaient ainsi une
jalousie évidente, mais normale, à l’endroit de sa dulcinée.
“Cela a été effectivement une somme de problèmes supplémentaires
pour nous puisqu’il fallait veiller au grain”, nous indique
Souad, “mais c’était aussi un
indicateur que ces enfants étaient en train de vivre normalement
leur jeunesse”.
Mais ce qui
préoccupe le plus les psys, ce n’est pas les amourettes d’été des
adolescents. Ils constatent une importante déperdition scolaire et
essayent de pousser les jeunes vers l’apprentissage ou les métiers.
Il ne faut pas non plus oublier que le terrorisme a frappé par la
violence ou le recrutement le plus souvent dans les couches les plus
défavorisées, là où il n’est pas évident d’avoir une scolarité
régulière.
Cela dit, de
bonnes nouvelles arrivent aux oreilles des psys. Un des ados des
anciennes sessions a pu décrocher son bac cette année, à sa seconde
tentative. Il a appelé les psychologues du centre pour leur annoncer
la bonne nouvelle. C’est certainement un sujet de satisfaction pour
ces mineurs de fond que sont le psys des cellules de proximité. Car
ce que l’on remarque chez eux, c’est bien leur bonne volonté
évidente (présente certes autant chez les médecins, les éducateurs
spécialisés en charge des groupes d’enfants ou l’encadrement, mais
honneur aux soldats des premières lignes). “Le travailleur social
a une tâche ingrate, mais nous l’avons choisi”, confie Mohamed,
le psychologue venu de Bel Abbès.
Ces psys sont
aussi conscients qu’un travail colossal est consenti depuis huit
ans ; une méthodologie précise et affinée a été mise en place depuis
2003, mais point d’évaluation globale de ce travail. Si on a
regroupé 500 enfants chaque année, il y a eu aussi des rotations
importantes ; dès lors, le nombre de cas dépasse nettement les 500
jeunes concernés en 2007. Les psychologues rencontrés à Bou Ismaïl
savent qu’ils ont entre les mains une matière scientifique
considérable.
Dans la mesure où
on ne cesse de mettre en évidence l’expérience algérienne en matière
de lutte contre le terrorisme, qui est effectivement significative
de par le monde, notre expérience dans le suivi des traumas
post-conflit ne mérite-t-elle pas la même attention ? Les psys
disent émettre chaque année une recommandation pour la mise ne place
d’un superviseur, un observateur externe, éloigné, qui permettrait
de synthétiser la méthodologie et son avancement et évaluer
réellement ses résultats. Puissent-ils être entendus.
Amine Esseghir
Une Japonaise a
vu de près
Mme
Takaki Keiko, anthropologue japonaise et chercheur au CREAD avait,
en 2004, essayé de mettre en place à titre expérimental un atelier
d’origami (l’art traditionnel japonais de pliage du papier). Une
expérience qui lui avait permis de constater de visu les résultats
engrangés par les encadreurs algériens de ces centres. Pour elle, il
s’est agi d’une référence à prendre en compte dans l’organisation de
centres de vacances de ce genre, notamment au Japon, un pays, on le
sait, qui n’a pas connu de troubles politiques importants depuis la
fin de la Seconde Guerre mondiale.
D’après La lettre de l’ADS, novembre 2005.
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