Semaine du 20 au 26 juin  2007

L'éditorial

Chronique d’une reconfiguration   annoncée

 

 
 
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Chronique d’une reconfiguration annoncée

Finalement, les partis politiques n’auront pas à justifier de  l’obtention de 5%  des suffrages exprimés lors des élections pour pouvoir prétendre à leur maintien en vie, mais juste … 4%. 1%, cela peut paraître rien, mais dans ce cas de figure c’est beaucoup. C’est du moins ainsi que peut se défendre celui qui a fait le choix d’opter pour l’un  des deux pourcentages proposés. En sacrifiant le 5%, qui était pourtant le taux le plus prédisposé puisque avancé depuis belle lurette, il a été  fait preuve de largesse. C’est presque une concession ! Et c’est donc la proposition de 4%  qui a été examinée et endossée lors du dernier Conseil des ministres. De plus, une autre petite concession a été faite, puisque le cumul des trois dernières élections est  autorisé et ce, même si on prétend que cette petite largesse a été introduite pour préserver du purgatoire une certaine formation politique. Mais il n’en reste pas moins qu’avec ces modifications introduites à la loi électorale 97-07 du 6 mars 1997, le champ politique va enregistrer un rétrécissement des plus notables. En théorie, ce ne sont pas plus de 9 partis politiques qui réussiront, sur la base de ce décompte, à sauver leur peau. Et partant, à se présenter aux élections locales reportées pour après les fêtes de l’Aïd.  Probablement pour le début du mois de  novembre prochain.

Mais l’amendement de la loi électorale dans ce sens est loin d’être une surprise. Bien au contraire, il était attendu. Notamment depuis les législatives de mai dernier et les résultats obtenus. Le fort taux d’abstention enregistré jeudi 17 mai a fait l’effet d’une douche écossaise pour l’ensemble des acteurs politiques. La reconfiguration du champ politique, souhaitée depuis 1999, pouvait enfin  avoir lieu. Et pour cause, les 35% de participation étaient le prétexte  idoine pour mettre à exécution un projet qui a eu le temps de mûrir. C’est pour éviter l’émiettement des voix, a affirmé le ministre de l’Intérieur. Et on peut comprendre son souci, lui dont le département a la charge d’organiser les joutes électorales.  Se présenter  le lendemain d’une élection et devoir expliquer les résultats n’est pas une chose évidente lorsque la participation tend, au fil des ans, à prendre le chemin de la baisse.

On aurait pu s’en tenir à cette explication pour justifier l’amendement. Mais on dû penser que cela est insuffisant. C’est pourquoi le nouveau président de l’APN a rebondi sur le sujet  en déclarant que la mesure vise les partis qui n’ont pas d’ancrage dans la société. Ainsi, au souci matériel est venu se greffer le souci politique de ne laisser sur la place que les seuls partis représentatifs de la société algérienne. Sauf que dans l’histoire, il y a un hic. Outre le fait que ces mesures fixant un seuil minimal pour pouvoir exercer politiquement et présenter des listes au élections futures sont en violation de la loi fondamentale qui consacre le multipartisme politique, elles sont par  voie de conséquence une remise en cause du processus de démocratisation lancé au lendemain de l’adoption de la Constitution du 23 février 1989. D’autant qu’il faut aussi savoir qui peut aujourd’hui, parmi les partis, se targuer d’avoir un réel ancrage de la société. Car les dernières législatives ont aussi et surtout ce mérite d’avoir remis en cause le poids de chacun d’entre eux au sein de la société. Certes le FLN, le RND, le MSP et autres  PT, RCD  et FNA pour ne citer que ces partis qui constituent l’ossature de l’APN issue des urnes le 17 mai dernier sont en droit de faire valoir leurs scores, mais les résultats obtenus par ces formations sont loin d’être à la hauteur de leur stature et du poids qu’ils prétendre avoir. C’est dire aussi que la notion de représentativité est toute relative  dans notre pays. D’aucuns diront qu’avec 9 partis déjà en lice, il n’y a pas lieu de faire la fine bouche, car c’est déjà pas mal.  Et que cette sélection est tout à fait normale car depuis l’euphorie du début des années 1990 qui a suscité un engouement  pour la chose politique, le pays a mûri et l’expérience acquise dans l’exercice du politique doit être capitalisée. Une première étape a été franchie avec la création de l’alliance présidentielle qui regroupe trois partis politiques. Bien qu’encouragée dès le début, cette expérience n’a pas été rééditée par d’autres formations. En fait, ce n’est que ces derniers mois, à la veille des élections législatives plus précisément, que le modèle a été imité, puisque trois autres formations  ont donné naissance à la coordination des républicains. Mais cette nouvelle donne politique n’épargnera aux  gouvernants le fait qu’ils devront  se défendre contre les accusations qui ne manqueront de pleuvoir. Celle notamment qui porte sur la manipulation et l’instrumentalisation des petits partis que l’on avait, à une époque, vivement encouragés. Il est vrai  toutefois que ce n’est plus la même équipe qui est en place et que, partant, celle qui gouverne aujourd’hui a le droit de récuser l’accusation que l’on serait tenté de lui faire porter. Mais le pays pouvait-il faire les frais d’une reconfiguration de son champ politique ? Assurément non, d’autant que cette solution semble la plus appropriée pour mettre de l’ordre dans un champ qui ne correspond pas plus à l’évolution du pays. Dans cette situation, les petits partis qui sont aujourd’hui exclus par l’amendement de cette même loi adoptée par une grande partie d’entre eux, siégeant alors au CNT, sont les premiers à blâmer. En effet, depuis leur agrément, rares sont ceux qui ont travaillé à l’élargissement de leurs bases. Ils se contentent d’apparitions cycliques, en fait juste le temps de justifier de leur existence et le cas échéant prétendre aux subventions que l’Etat qui, dans sa grande générosité, attribue les deniers sans être trop regardant sur le sort réservé à cet argent. Il paie aujourd’hui le prix de cette insouciance.

Nadia Kerraz

        

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