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Chronique d’une reconfiguration annoncée
Finalement, les
partis politiques n’auront pas à justifier de l’obtention de 5%
des suffrages exprimés lors des élections pour pouvoir prétendre à
leur maintien en vie, mais juste … 4%. 1%, cela peut paraître rien,
mais dans ce cas de figure c’est beaucoup. C’est du moins ainsi que
peut se défendre celui qui a fait le choix d’opter pour l’un des
deux pourcentages proposés. En sacrifiant le 5%, qui était pourtant
le taux le plus prédisposé puisque avancé depuis belle lurette, il a
été fait preuve de largesse. C’est presque une concession ! Et
c’est donc la proposition de 4% qui a été examinée et endossée lors
du dernier Conseil des ministres. De plus, une autre petite
concession a été faite, puisque le cumul des trois dernières
élections est autorisé et ce, même si on prétend que cette petite
largesse a été introduite pour préserver du purgatoire une certaine
formation politique. Mais il n’en reste pas moins qu’avec ces
modifications introduites à la loi électorale 97-07 du 6 mars 1997,
le champ politique va enregistrer un rétrécissement des plus
notables. En théorie, ce ne sont pas plus de 9 partis politiques qui
réussiront, sur la base de ce décompte, à sauver leur peau. Et
partant, à se présenter aux élections locales reportées pour après
les fêtes de l’Aïd. Probablement pour le début du mois de novembre
prochain.
Mais l’amendement
de la loi électorale dans ce sens est loin d’être une surprise. Bien
au contraire, il était attendu. Notamment depuis les législatives de
mai dernier et les résultats obtenus. Le fort taux d’abstention
enregistré jeudi 17 mai a fait l’effet d’une douche écossaise pour
l’ensemble des acteurs politiques. La reconfiguration du champ
politique, souhaitée depuis 1999, pouvait enfin avoir lieu. Et pour
cause, les 35% de participation étaient le prétexte idoine pour
mettre à exécution un projet qui a eu le temps de mûrir. C’est pour
éviter l’émiettement des voix, a affirmé le ministre de l’Intérieur.
Et on peut comprendre son souci, lui dont le département a la charge
d’organiser les joutes électorales. Se présenter le lendemain
d’une élection et devoir expliquer les résultats n’est pas une chose
évidente lorsque la participation tend, au fil des ans, à prendre le
chemin de la baisse.
On aurait pu s’en
tenir à cette explication pour justifier l’amendement. Mais on dû
penser que cela est insuffisant. C’est pourquoi le nouveau président
de l’APN a rebondi sur le sujet en déclarant que la mesure vise les
partis qui n’ont pas d’ancrage dans la société. Ainsi, au souci
matériel est venu se greffer le souci politique de ne laisser sur la
place que les seuls partis représentatifs de la société algérienne.
Sauf que dans l’histoire, il y a un hic. Outre le fait que ces
mesures fixant un seuil minimal pour pouvoir exercer politiquement
et présenter des listes au élections futures sont en violation de la
loi fondamentale qui consacre le multipartisme politique, elles sont
par voie de conséquence une remise en cause du processus de
démocratisation lancé au lendemain de l’adoption de la Constitution
du 23 février 1989. D’autant qu’il faut aussi savoir qui peut
aujourd’hui, parmi les partis, se targuer d’avoir un réel ancrage de
la société. Car les dernières législatives ont aussi et surtout ce
mérite d’avoir remis en cause le poids de chacun d’entre eux au sein
de la société. Certes le FLN, le RND, le MSP et autres PT, RCD et
FNA pour ne citer que ces partis qui constituent l’ossature de l’APN
issue des urnes le 17 mai dernier sont en droit de faire valoir
leurs scores, mais les résultats obtenus par ces formations sont
loin d’être à la hauteur de leur stature et du poids qu’ils
prétendre avoir. C’est dire aussi que la notion de représentativité
est toute relative dans notre pays. D’aucuns diront qu’avec
9 partis déjà en lice, il n’y a pas lieu de faire la fine bouche,
car c’est déjà pas mal. Et que cette sélection est tout à fait
normale car depuis l’euphorie du début des années 1990 qui a suscité
un engouement pour la chose politique, le pays a mûri et
l’expérience acquise dans l’exercice du politique doit être
capitalisée. Une première étape a été franchie avec la création de
l’alliance présidentielle qui regroupe trois partis politiques. Bien
qu’encouragée dès le début, cette expérience n’a pas été rééditée
par d’autres formations. En fait, ce n’est que ces derniers mois, à
la veille des élections législatives plus précisément, que le modèle
a été imité, puisque trois autres formations ont donné naissance à
la coordination des républicains. Mais cette nouvelle donne
politique n’épargnera aux gouvernants le fait qu’ils devront se
défendre contre les accusations qui ne manqueront de pleuvoir. Celle
notamment qui porte sur la manipulation et l’instrumentalisation des
petits partis que l’on avait, à une époque, vivement encouragés. Il
est vrai toutefois que ce n’est plus la même équipe qui est en
place et que, partant, celle qui gouverne aujourd’hui a le droit de
récuser l’accusation que l’on serait tenté de lui faire porter. Mais
le pays pouvait-il faire les frais d’une reconfiguration de son
champ politique ? Assurément non, d’autant que cette solution semble
la plus appropriée pour mettre de l’ordre dans un champ qui ne
correspond pas plus à l’évolution du pays. Dans cette situation, les
petits partis qui sont aujourd’hui exclus par l’amendement de cette
même loi adoptée par une grande partie d’entre eux, siégeant alors
au CNT, sont les premiers à blâmer. En effet, depuis leur agrément,
rares sont ceux qui ont travaillé à l’élargissement de leurs bases.
Ils se contentent d’apparitions cycliques, en fait juste le temps de
justifier de leur existence et le cas échéant prétendre aux
subventions que l’Etat qui, dans sa grande générosité, attribue les
deniers sans être trop regardant sur le sort réservé à cet argent.
Il paie aujourd’hui le prix de cette insouciance.
Nadia Kerraz
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