Semaine du 20 au 26 juin  2007

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Négociations en trompe-l’oeil

 

 
 
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 Négociations en trompe-l’oeil

On aimerait croire que les négociations directes commencées ce lundi à New York entre le POLISARIO et le Maroc débouchent sur un accord de paix qui mettra fin à un conflit vieux maintenant de plus d’une trentaine d’années. Mais comment ne pas constater que ces négociations, peut-être celles de la dernière chance, n’ont pas été précédées de signes positifs émis par les deux parties laissant présager une issue prochaine ? Des pourparlers entourés de solennité, sous l’égide de l’ONU qui plus est, n’augurent en règle générale d’une solution que dans la mesure où les parties prenantes ont fait montre au cours des phases préparatoires de dispositions significatives allant dans ce sens. Une inflexion dans les positions respectives s’était produite, une décrispation perceptible dans les propos tenus par les représentants des deux camps est survenue, qui donnent à penser que les négociations informelles et les bons offices ont accompli le gros du travail, qu’une rencontre officielle venant à leur suite suffira à mener jusqu’à son terme, avant que l’annone n’en soit faite au monde. Il ne semble pas, hélas, que nous  soyons dans ce cas de figure.

Ni le Maroc ni le POLISARIO n’ont donné le sentiment qu’ils s’acheminaient vers une solution de compromis, vers un mariage de leurs positions. En y mettant les formes, chacun au contraire a tenu à marquer la ligne rouge que rien ne réussira à lui faire franchir. Ainsi le Maroc n’admettra aucune solution qui ne reconnaisse pas la marocanité du Sahara Occidental, et le POLISARIO aucune autre qui revienne à dénier aux Sahraouis le droit à l’autodétermination.

Dernièrement, le Maroc a annulé une visite du président brésilien Lula parce qu’il y avait désaccord entre les deux pays sur les termes du communiqué final relatifs à la question du Sahara occidental. C’est dire s’il accepte seulement qu’on aborde celle-ci autrement que sous l’angle du référendum confirmatif. Il n’est pas d’usage en effet qu’un pays exige que les chefs d’Etat qui lui rendent visite aient une opinion identique à la sienne sur une question qui lui tient particulièrement à coeur. D’ici à ce que pays se mette en devoir de rompre ses relations diplomatiques avec tous les Etats qui ne lui apportent pas leur soutien en la matière, il n’y a qu’un pas que le Maroc semble assez tenté de franchir. A moins, bien entendu, que tout cela ne soit qu’une comédie destinée à faire croire qu’il est au bout de sa patience et que bientôt il ne répondra plus de lui-même. Une façon comme une autre de chercher à conditionner la partie adverse en vue d’une négociation. Mais, de toute évidence, le Maroc ne feindrait qu’à moitié si c’était le cas. Son irrédentisme s’exacerbe naturellement devant les difficultés qui le mettent en échec.

Les négociations qui commencent à New York sont certes directes, et elles se tiennent en pleine lumière, pourtant elles prennent place dans un processus le plus souvent souterrain qui se développe depuis le cessez-le-feu de 1991, qui a été riche en rebondissements sous l’apparence d’une situation continuellement bloquée. Chacune des parties l’a mis à profit pour engranger un maximum de soutiens à l’échelle internationale. Il semble bien que le Maroc ait enregistré une avance sur ce front-là. L’appui manifeste de la France et, à un degré moindre, de celui des Etats-Unis, en plus de celui de l’Espagne, qui lui a rarement manqué, n’ont pas peu contribué à faire pencher le rapport de forces en sa faveur, et à l’encourager à s’inscrire de plus en plus ouvertement en dehors du plan de paix onusien comme des accords d’Houston. Aujourd’hui, le Maroc peut se féliciter d’avoir réussi le coup de force de déplacer le débat antérieurement axé sur les modalités de la mise en œuvre du principe de l’autodétermination, vers l’examen  de son offre d’autonomie.

Ces négociations diront si ce processus est irréversible ou non. Cela dépendra moins des dispositions des protagonistes directs que de la volonté des membres permanents du Conseil de sécurité de conforter l’un plutôt que l’autre.

M. Habili

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