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Négociations
en trompe-l’oeil
On aimerait croire
que les négociations directes commencées ce lundi à New York entre
le POLISARIO et le Maroc débouchent sur un accord de paix qui mettra
fin à un conflit vieux maintenant de plus d’une trentaine d’années.
Mais comment ne pas constater que ces négociations, peut-être celles
de la dernière chance, n’ont pas été précédées de signes positifs
émis par les deux parties laissant présager une issue prochaine ?
Des pourparlers entourés de solennité, sous l’égide de l’ONU qui
plus est, n’augurent en règle générale d’une solution que dans la
mesure où les parties prenantes ont fait montre au cours des phases
préparatoires de dispositions significatives allant dans ce sens.
Une inflexion dans les positions respectives s’était produite, une
décrispation perceptible dans les propos tenus par les représentants
des deux camps est survenue, qui donnent à penser que les
négociations informelles et les bons offices ont accompli le gros du
travail, qu’une rencontre officielle venant à leur suite suffira à
mener jusqu’à son terme, avant que l’annone n’en soit faite au
monde. Il ne semble pas, hélas, que nous soyons dans ce cas de
figure.
Ni le Maroc ni le
POLISARIO n’ont donné le sentiment qu’ils s’acheminaient vers une
solution de compromis, vers un mariage de leurs positions. En y
mettant les formes, chacun au contraire a tenu à marquer la ligne
rouge que rien ne réussira à lui faire franchir. Ainsi le Maroc
n’admettra aucune solution qui ne reconnaisse pas la marocanité du
Sahara Occidental, et le POLISARIO aucune autre qui revienne à
dénier aux Sahraouis le droit à l’autodétermination.
Dernièrement, le
Maroc a annulé une visite du président brésilien Lula parce qu’il y
avait désaccord entre les deux pays sur les termes du communiqué
final relatifs à la question du Sahara occidental. C’est dire s’il
accepte seulement qu’on aborde celle-ci autrement que sous l’angle
du référendum confirmatif. Il n’est pas d’usage en effet qu’un pays
exige que les chefs d’Etat qui lui rendent visite aient une opinion
identique à la sienne sur une question qui lui tient
particulièrement à coeur. D’ici à ce que pays se mette en devoir de
rompre ses relations diplomatiques avec tous les Etats qui ne lui
apportent pas leur soutien en la matière, il n’y a qu’un pas que le
Maroc semble assez tenté de franchir. A moins, bien entendu, que
tout cela ne soit qu’une comédie destinée à faire croire qu’il est
au bout de sa patience et que bientôt il ne répondra plus de
lui-même. Une façon comme une autre de chercher à conditionner la
partie adverse en vue d’une négociation. Mais, de toute évidence, le
Maroc ne feindrait qu’à moitié si c’était le cas. Son irrédentisme
s’exacerbe naturellement devant les difficultés qui le mettent en
échec.
Les négociations
qui commencent à New York sont certes directes, et elles se tiennent
en pleine lumière, pourtant elles prennent place dans un processus
le plus souvent souterrain qui se développe depuis le cessez-le-feu
de 1991, qui a été riche en rebondissements sous l’apparence d’une
situation continuellement bloquée. Chacune des parties l’a mis à
profit pour engranger un maximum de soutiens à l’échelle
internationale. Il semble bien que le Maroc ait enregistré une
avance sur ce front-là. L’appui manifeste de la France et, à un
degré moindre, de celui des Etats-Unis, en plus de celui de
l’Espagne, qui lui a rarement manqué, n’ont pas peu contribué à
faire pencher le rapport de forces en sa faveur, et à l’encourager à
s’inscrire de plus en plus ouvertement en dehors du plan de paix
onusien comme des accords d’Houston. Aujourd’hui, le Maroc peut se
féliciter d’avoir réussi le coup de force de déplacer le débat
antérieurement axé sur les modalités de la mise en œuvre du principe
de l’autodétermination, vers l’examen de son offre d’autonomie.
Ces négociations
diront si ce processus est irréversible ou non. Cela dépendra moins
des dispositions des protagonistes directs que de la volonté des
membres permanents du Conseil de sécurité de conforter l’un plutôt
que l’autre.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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