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Semaine du 20 au 26 juin  2007

Palestiniens

Sombres perspectives

Palestine

Le gouvernement de crise en position de force

Ouverture des négociations Maroc-Polisario

Le droit international au chevet de la realpolitik

En prélude aux négociations Maroc - Polisario  

La guerre de papier reprend de plus belle

Le mercenariat en Irak

L’eldorado de la sécurité privée

 

 

 

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Palestiniens

Sombres perspectives

Quel avenir pour les territoires palestiniens et qu’en est- il du futur Etat ? C’est bien LA question qui se pose  aujourd’hui. L’évolution dramatique de la situation avec le scénario catastrophe des affrontements fratricides ont totalement  brouillé les cartes. Gaza et la Cisjordanie gérés par deux autorités différentes… Où se situent les responsabilités ?  L’on pourra toujours tenter de cerner les causes politiques qui ont mené à cette évolution. Israël n’a jamais voulu de la paix et s’est évertué à torpiller tous les accords passés avec les Palestiniens en pratiquant la politique de la terre brûlée. Les Etats-Unis lui ont accordé un blanc-seing et l’Europe a suivi. Embargo général depuis la victoire du Hamas aux élections législatives, gels des dûs financiers et la liste est longue. Mais il ne faut pas pour autant dédouaner les deux principales formations palestiniennes, le Hamas et le Fatah. Toutes deux sont tombées dans le piège tendu par les Israéliens et leurs alliés. Tel Aviv tirent les marrons du feu et la population palestinienne trinque. Elle subit la répression de l’occupant israélien et,  désormais, les luttes sanglantes de ses représentants.   De plus,  les déclarations  tonitruantes de soutien des Etats-Unis à Mahmoud Abbas vont  davantage creuser le fossé… Les "solutions" à l’américaine débouchent inévitablement sur  des guerres civiles.

Laminé à Gaza, le Fatah renforce son emprise sur la Cisjordanie

Défait, voire humilié par le Hamas dans la bande de Gaza, le Fatah doit sa faible réponse aux assauts du mouvement de Khaled Mechâal, désormais seul aux commandes du territoire côtier, à ses vieux démons : un manque cruel de leadership, d'incessantes querelles intestines et une corruption rampante. A l'inverse d'un Hamas discipliné, qui a stocké et même fabriqué des milliers d'armes, le Fatah n'a pas su se préparer à l'inévitable confrontation. C'est donc en toute logique que les forces souvent désorganisées du président Mahmoud Abbas ont été dépassées par la force de feu des combattants islamistes lors des affrontements de la semaine écoulée. Beaucoup, en Cisjordanie, ont mal vécu la chute de la bande de Gaza aux mains du Hamas en imputant la responsabilité au numéro un du Fatah, le président Abbas, dont l'indécision et le détachement auraient conduit les siens à la déroute. Le président de l'Autorité palestinienne a beau avoir dissous le gouvernement d'union nationale dirigé par Ismaïl Haniyeh en riposte à l'offensive du Hamas, ce dernier était plus que jamais maître du jeu, comme en témoignait la prise du centre de la sécurité préventive puis du complexe présidentiel à Gaza.

Grand seigneur, Khaled Mechaal, le chef politique du Hamas en exil à Damas, s'est même permis de reconnaître l'autorité du président Abbas, assurant que son mouvement était prêt à travailler avec lui au nom de l'"intérêt national" des Palestiniens. "Cela ne serait pas arrivé sous Abou Ammar" (nom de guerre de Yasser Arafat), se lamentaient nombre de Palestiniens nostalgiques, observant qu'aucun membre de la direction du Fatah ne se trouvait dans la bande de Gaza quand le Hamas a lancé son offensive. Mohamed Dahlan, l'homme fort du Fatah à Gaza, considéré comme le meilleur argument du parti nationaliste palestinien face au Hamas, était en Egypte pour soigner une blessure eu genou, après avoir passé le plus clair de son temps à élargir son influence en Cisjordanie. Quant à Rachid Abou Chbak, chef de la sécurité à Gaza, il réside désormais en Cisjordanie depuis l'attaque, le mois dernier, de son domicile par des militants du Hamas. Il a rejoint Samir Macharaoui, l'un des lieutenants de Dahlan, est installé depuis plusieurs mois à Ramallah.

Si les deux formations ont pu se constituer un arsenal de guerre (aussi modeste soit-il) via un intense trafic passant par des tunnels creusés sous la frontière entre Gaza et l'Egypte, le Hamas, soutenu par l'Iran, peut en outre s'appuyer sur une véritable industrie de l'armement artisanal, du mortier au lance-grenade. Le Fatah avait certes plus d'hommes sur le terrain, mais le Hamas était nettement mieux organisé, sachant tirer profit de toute faiblesse de l'adversaire, notamment de son absence de commandement central. "Le Hamas a un leadership, un objectif, une idéologie et des fonds", observe l'analyste Talal Okal, spécialiste de Gaza. "Le Fatah n'a en revanche ni leadership, ni but, ni vision, ni argent..." Outre l'absence de réel centre nerveux, le Fatah paie à Gaza les conséquences de la corruption et de l'arrogance qui, ajoutées à la mort de Yasser Arafat, lui ont fait perdre les élections législatives de 2006. "Le Fatah se détruit lui-même depuis un moment et il ne fait rien pour tenter de se réformer", constate le politologue Saïd Zidani, évoquant de mesquines luttes de pouvoir à tous les niveaux du mouvement. "Dès qu'ils sont quatre, ils forment leur propre groupe", résume, désabusé, Abou Ali Turk, responsable du Fatah à Toubas, en Cisjordanie.  

Le Hamas, passage obligé  à Gaza

Boycotté par l'Occident et  incapable de gouverner malgré sa victoire aux élections palestiniennes, le  Hamas cherche à s'imposer comme un interlocuteur incontournable en prenant par  la force le contrôle de la bande de Gaza. Depuis l'entrée du Hamas au gouvernement en mars 2006, deux mois après avoir  remporté haut la main les élections législatives, l'Occident, aligné sur Tel Aviv, a suspendu ses aides financières directes à  l'Autorité palestinienne. Les querelles avec le Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas, pour le  contrôle des services de sécurité et les divergences politiques ont rendu  impossible toute cohabitation, laissant le gouvernement dominé par le Hamas  dans l'impossibilité d'exercer un réel pouvoir.  

"Le Hamas voit le contrôle de la bande de Gaza comme un atout renforçant sa  position face à Israël, les Etats-Unis et même le monde arabe et il s'en  servira certainement comme argument pour tenter d'arracher une reconnaissance",  estime George Giacman, un Palestinien qui dirige l'Institut pour l'étude de la  démocratie, basé à Ramallah, en Cisjordanie.  "Celui qui contrôle la bande de Gaza, même s'il s'agit d'un territoire  exigu, devient de facto un partenaire", ajoute-t-il. "Le Hamas semble être  parvenu à la conclusion que le contrôle de Gaza était le seul moyen d'obtenir  une reconnaissance." 

Le politologue palestinien Hani Al-Masri en convient : le Hamas, qui refuse  de reconnaître le droit d'Israël à exister et prône la lutte armée contre cet  Etat, "cherche à se faire accepter par le monde par la force, après avoir vu  son gouvernement soumis à un siège depuis plus d'un an."

Relevant les réactions internationales hostiles, analystes et responsables  estiment que le tour de force du Hamas porte un sévère coup à la quête  palestinienne d'établir un Etat indépendant dans la bande de Gaza  et en Cisjordanie.  Le négociateur palestinien en chef, Saeb Erakat, du mouvement Fatah, affirme  ainsi que la prise de Gaza par le Hamas est "la pire chose" qui soit arrivée  aux Palestiniens depuis l'occupation de leurs terres par Israël en 1967.  "Malheureusement cela nous ramène de nombreuses années en  arrihre", déclare-t-il.  "La bande de Gaza et la Cisjordanie sont désormais séparées et les  aspirations d'un Etat palestinien repoussées. Gaza est officiellement hors du  contrôle de l'Autorité palestinienne", selon lui.

Pour Nader Saïd, directeur d'un institut de sondages en Cisjordanie, le  Hamas ne pourra gouverner la bande de Gaza que “d'une poigne de fer".  "Le Hamas n'a aucune alternative politique à offrir. Sous son règne, la  bande de Gaza se transformera en un nouveau Afghanistan et il n'aura d'autre  choix que d'user d'une poigne de fer pour gouverner car de nouveaux groupes  armés encore plus extrémistes y feront leur apparition", estime-t-il. 

Rien qu'en une semaine, 113 Palestiniens ont été tués dans la dernière  vague de combats entre le Hamas et les services de sécurité fidèles au Fatah,  alors que des dizaines d'autres ont péri dans les violences interpalestiniennes  depuis un an.  Selon Nader Saïd, de puissants clans de Gaza, dont des membres ont été tués par  les combattants islamistes, vont mener la vie dure au Hamas.  "Des groupes vont vouloir se venger. L'Irak est un jeu d'enfants comparé à  ce que sera la bande de Gaza sous le contrôle du Hamas", dit-il. 

La violence des attaques menées par le Hamas contre les QG de l'Autorité  palestinienne a même suscité de critiques de responsables du mouvement  islamiste en Cisjordanie.  "Occuper les QG des services de sécurité et les brûler n'a rien d'héroïque.  Avant le limogeage du gouvernement j'envisageais de démissionner avec trois  autres ministres pour protester contre ce qui se passait à Gaza", déclare le ministre sortant des Collectivités locales, issu du Hamas, Mohamad  Barghouthi.

L. H.

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Palestine

Le gouvernement de crise en position de force

Avec son gouvernement de crise, Mahmoud Abbas a réussi à inverser la tendance qui le donnait pour dirigeant illégitime à la tête de l’Autorité palestinienne au bénéfice du Hamas. Et depuis, comme s’il s’agissait d’une partition minutieusement écrite, c’est toute la communauté internationale qui achève d’isoler le parti de Khaled Machaal.

Le nouveau cabinet palestinien d'urgence, formé après la prise du contrôle de la bande de Gaza par le mouvement islamiste Hamas, a tenu cette semaine sa première réunion à Ramallah, en Cisjordanie. La réunion, présidée par le nouveau Premier ministre Salam Fayyad, un économiste indépendant, a été l’occasion de clairement faire savoir qu’il est question de travailler au rétablissement de la sécurité et à la consolidation de l'unité entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. Ce cabinet, qui a prêté serment dimanche devant le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, compte onze ministres outre M. Fayyad, qui détient également les portefeuilles des Finances et des Affaires étrangères. Ce gouvernement, rappelons-le, est la conséquence de l’assaut ravageur donné par les éléments du Hamas à Gaza. Dénonçant un "putsch" où le Hamas a mis en déroute les forces de sécurité fidèles au Fatah de M. Abbas, ce dernier a limogé jeudi le gouvernement du Premier ministre islamiste Ismaïl Haniyeh et mis en place le cabinet d'urgence.

En prêtant serment, M. Fayyad avait lui aussi insisté sur "l'unité" de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. "L'heure du travail a sonné. Il est temps de se retrousser les manches pour sauver notre peuple et notre pays. Travaillons ensemble pour libérer la Palestine."

Le Hamas a jugé illégitime ce gouvernement.

En première réaction, l’Union européenne a annoncé qu’elle allait soutenir financièrement le gouvernement palestinien d'urgence mené par l'économiste Salam Fayyad, en l'appelant à aider aussi bien la Cisjordanie que la population de Gaza. Une partie de l'argent (que l'UE versera aux Palestiniens) passera par le compte que Fayyad a établi en tant que ministre des Finances et qu'il a gardé comme Premier ministre. C’est, pour les 27, la garantie qu’il y aura une relation directe avec son gouvernement. Cette aide financière de l’UE, si elle vient à un moment particulier, n’en constitue pas moins un geste tout aussi exceptionnel. L'UE avait gelé en mars 2006, lors de l'arrivée au pouvoir du mouvement radical palestinien Hamas, son aide financière directe au gouvernement palestinien. Depuis la formation d'un gouvernement d'union nationale Fatah-Hamas en mars 2007 et la nomination de M. Fayyad au poste de ministre des Finances, l'UE a posé des jalons pour reprendre son aide, en envoyant notamment des experts auprès de M. Fayyad, mais sans que cela soit suivi d’effet. Et jusque-là, l’hésitation de Bruxelles n’est pas tout à faite dépassée. L'UE soutient qu’elle ne pourrait pas reprendre immédiatement son aide directe au gouvernement palestinien. Elle évoque les impératifs de contrôle financier et de transparence et met en avant l’importance de l’aide humanitaire. N’est-ce pas là la meilleure manière de préserver le poids du gouvernement de crise, en lui épargnant déjà tout soupçon de malversation ou de corruption, comme ceux qui ont failli emporter l’Autorité palestinienne et permis la victoire du Hamas ? Sur le terrain, l’UE s’engage donc à apporter l'aide humanitaire à Gaza via les agences de l'ONU (Unrwa) et via le mécanisme spécial mis en place en juin 2006 pour aider les Palestiniens sans passer par le Hamas, boycotté par l'UE qui le considère comme une organisation terroriste.

Les 27, qui doivent recevoir la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni, devraient la presser de reconnaître le gouvernement d'urgence de M. Fayyad, qui ne comporte plus aucun ministre du Hamas mais uniquement des indépendants.

Comme si un étau se formait autour du mouvement de Khaled Machaal, l'UE devrait appeler Israël à reprendre immédiatement le reversement aux Palestiniens des taxes et droits de douane collectés en leur nom et gelés depuis l'arrivée au pouvoir du Hamas. La réponse n’a pas tardé : le Premier ministre israélien Ehud Olmert s'est dit prêt à reconnaître un gouvernement palestinien qui ne comprendrait aucune personnalité du Hamas et a évoqué, à New York, la possibilité de reversement des revenus fiscaux et douaniers.

Le mot d’ordre est clair : contre les putschistes de Ramallah, c’est le soutien au reste du peuple palestinien. Mais comment ? Là, les opinions divergent et c’est l’option avancée par le tandem Washnigton-Tel Aviv qui semble en passe de l’emporter. Israël a tenté, lundi matin, de convaincre l'Union européenne de participer à “la stratégie américaine d'isolement du Hamas à Gaza”. Le gouvernement israélien a aussi appelé les ministres de l'Union à débloquer des fonds pour soutenir le nouveau gouvernement d'urgence du président Mahmoud Abbas en Cisjordanie.

Cependant, certains diplomates européens ont émis des doutes quant à l'éventuel succès de cette politique. "Cela pourrait aider à résoudre certain problèmes actuels, mais qu'en est-il du futur ?", a déclaré un diplomate européen.

L'ancien Premier ministre membre du Hamas Ismail Haniyeh a, quant à lui, affirmé qu'il considérait que le gouvernement d'union nationale mis sur pied en mars était le seul gouvernement palestinien légitime. Il a aussi accusé Mahmoud Abbas de participer à un complot américain visant à éjecter le Hamas du gouvernement palestinien. C’est dire que la conjoncture est absolument décisive et les prochaines semaines risquent bien de départager durablement les deux camps. Au bénéfice duquel d’entre eux ? Le gouvernement de crise, qui détient les leviers diplomatiques et financiers, semble déjà en bonne position pour influer sérieusement sur le cours des événements.

Nabil Benali

 

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Ouverture des négociations Maroc-Polisario

Le droit international au chevet de la realpolitik

Pour la première fois depuis dix ans, le Maroc et le Front Polisario ont repris langue en se lançant, dès le 18 juin dernier, à Manhasset, luxueuse résidence diplomatique des Nations unies, dans des négociations sur l'avenir du Sahara occidental.

Avant de se rendre dans la ville américaine de Manhasset, chacun des antagonistes a donné son point de vue sur les négociations, via les médias, en s’appuyant sur la résolution 1754 du Conseil de sécurité. Celle-ci, adoptée à l’unanimité le 30 avril dernier, a en effet appelé à des négociations directes entre les deux parties en conflit, sous l’égide de l’ONU, pour trouver une solution politique garantissant le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination. Pour les Sahraouis, l’ONU est toujours responsable de la décolonisation du territoire du Sahara occidental et l’autodétermination constitue “un passage obligatoire” pour mettre fin au conflit maroco-sahraoui, vieux de 32 ans. Dans ce cadre, il reviendra au peuple sahraoui et à lui seul de décider de son avenir, à travers un référendum organisé et contrôlé par l’organisation des Nations unies. Les responsables du Polisario et les autorités de la RASD se sont engagés à respecter les résultats de la consultation référendaire et ont, dès à présent, donné des gages concrets pour le Maroc et même pour toute la région, dans le cas où l’option d’indépendance l’emporterait. Seulement, les Sahraouis ont informé la communauté internationale et l’opinion publique que le Maroc n’a montré aucune volonté politique d’en finir avec la politique du fait accompli, l’occupation par la force des armes et le reniement des engagements souscrits. “Le rendez-vous de Manhasset sera pour nous un examen de la volonté du Conseil de sécurité”, a déclaré le 11 juin dernier le ministre des Affaires étrangères de la RASD, à Alger, en faisant référence notamment à “certains pays (qui) se sont portés complices de la rébellion marocaine et de sa politique expansionniste”. Le diplomate a aussi fixé les “lignes rouges” à ne pas dépasser, en précisant : “Il reviendra au Front Polisario et aux Sahraouis de décider quand ils devront reprendre les armes et dans quel contexte. Les lignes rouges ne doivent pas toucher l’essentiel : la transgression des droits inaliénables du peuple sahraoui et la légitimation du fait accompli marocain.”

Plus tard, Mohamed Abdelaziz, président de la RASD et également secrétaire général du Front Polisario, a assuré que le sort définitif du Sahara occidental est tributaire du choix démocratique du peuple sahraoui. Dans une interview diffusée vendredi dernier par la télévision quatarie Al-Jazira, le chef de l’Etat sahraoui a fait savoir que la proposition marocaine relative à un plan d’autonomie de l’ex-colonie espagnole ne posait pas problème, dès lors qu’elle serait présentée au peuple sahraoui, au même titre que les deux autres options (indépendance du territoire et intégration au Maroc), “dans le cadre d'un référendum libre et démocratique organisé et supervisé par les Nations unies”. A partir de là, si “les Sahraouis choisissent d'adopter la proposition marocaine, ils l'auront”, a-t-il ajouté.

Quelle place pour la realpolitik ?

Si les parties marocaine et sahraouie se réfèrent à la résolution 1754, il n’en demeure pas moins que chacune lui réserve sa propre interprétation. Pour la simple raison que le dernier texte du Conseil de sécurité, même s’il avalise les résolutions précédentes de l’ONU et s’il se prononce pour l’autodétermination du peuple sahraoui, n’a pas tranché : au lieu de sanctionner la partie qui viole la légalité internationale, l’instance onusienne a préféré mettre dos à dos l’agresseur et l’agressé. On comprend alors pourquoi les autorités marocaines continuent à camper dans leurs positions, tentant de placer la question de l’autodétermination dans le cadre du projet d’autonomie et d’une souveraineté territoriale du royaume. Une souveraineté qui, faut-il préciser, n’est pas reconnue par le droit international ni les différents organes de l’ONU. C’est donc dans cette logique que le Maroc s’est présenté à la table des négociations, en se montrant résolu à dépasser le conflit. “Nous y allons avec beaucoup d'optimisme et avec la volonté de définitivement tourner la page”, a confié le porte-parole du gouvernement de Rabat, Nabil Benabdellah, le jeudi 15 juin.

Depuis avril dernier notamment, la question sahraouie a réoccupé le devant de la scène internationale. On assiste même à une impatience, chez certains membres influents du Conseil de sécurité, de régler définitivement le dossier du Sahara occidental. Ce qui en soi est une bonne chose. Bien qu’il reste à savoir de quelle manière sera fermé ce dossier, qui est non seulement source de souffrances surtout pour le peuple sahraoui, mais aussi un facteur querelleur, voire déstabilisateur, dans la région maghrébine, cette région qui représente aujourd’hui un marché fort intéressant, pour ne pas dire convoité par les grands de ce monde. A partir de là, quelle place faudra-t-il réserver à la realpolitik dans l’examen du dossier de décolonisation du territoire non autonome du Sahara occidental ?

Comme aiment à le dire les nouveaux politiques, l’heure est au pragmatisme. Celui-ci nous invite à regarder le présent et à construire l’avenir, sans pour autant cracher sur le passé ni sur les acquis démocratiques de l’humanité. Dans ce cadre, il est utile de rappeler que le Maroc a démontré, à maintes reprises, qu’il ne pouvait être souverain du territoire sahraoui. Depuis la fin du protectorat français, Rabat a inscrit l’ex-Sahara espagnol et d’autres territoires voisins dans la liste des revendications du “Grand Maroc”. Grâce à la complicité de hauts responsables de l’ONU et de l’Espagne, le royaume marocain a bloqué la décolonisation du Sahara occidental, passant outre l’avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye (octobre 1975) qui s’était prononcée pour l'autodétermination et l’indépendance du peuple sahraoui. Mais le Maroc a somme toute accepté, en novembre 1975, de partager ce territoire avec la Mauritanie. Il s’est ensuite engagé, à partir de la moitié des années 1980, auprès de l’OUA et de l’ONU, à respecter les résultats du référendum d’autodétermination. Même après avoir érigé des murs de défense pour bloquer les incursions de l’armée sahraouie et exploiter les richesses naturelles de l’ex-colonie espagnole (phosphate, poisson, pétrole…), le Maroc s’est plié à la légalité internationale et approuvé le règlement politique du conflit. Lequel règlement a intégré, entre autres, l’option d’indépendance, en avalisant le plan de l’ONU de 1991 et en signant les accords de Houston de 1997, qui ont été menés par l’Américain James Baker en qualité d’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies. Quoi de plus normal que la délégation sahraouie, présente aux négociations de Manhasset, soit composée de mêmes membres ayant négocié les accords de Houston ? Quoi de plus légitime qu’elle interpelle l’ONU sur ses responsabilités et ses engagements, d’autant que la population sahraouie des territoires occupés risque d’être aujourd’hui victime d’un génocide certain… 

A moins d’un coup de force programmé qui reposerait sur une histoire de filouterie aux relents de l’holocauste, la realpolitik est tenue de se mettre en accord avec la légalité internationale et la coexistence pacifique.

 Z’hor Chérief

 

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En prélude aux négociations Maroc - Polisario  

La guerre de papier reprend de plus belle

Les médias marocains sont partis en campagne un peu plus d’une semaine avant l’ouverture, le 18 juin, des négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario.

Offrant une “publicité” sans borne à un supposé soutien international – notamment par l’ONU* – à la proposition marocaine d’autonomie interne au Sahara occidental, la presse marocaine reste sur des approches diverses quant aux résultats attendus des négociations. Le dénominateur commun à ces analyses demeure l’implication de l’Algérie dans le conflit et les nécessaires négociations à entamer avec ce pays. Dans le même temps, il est vain de vouloir trouver une quelconque diversité d’opinion, un quelconque bémol à la position de front des médias marocains quant au plébiscite de la position et la vision officielle du Maroc au sujet du conflit. On notera toutefois que les clameurs se sont tues à l’approche de la date fatidique, hormis quelques chroniques orientées de Khalil Hachimi Idrissi, le patron de Aujourd’hui le Maroc.

Les médias marocains n’en sont pas à leur première offensive dans la guerre de papier qu’ils livrent à l’Algérie. Il reste qu’on ne doit pas s’y tromper : tous les journalistes marocains ne sont pas de la bataille, mais des porte-voix et des porte-plumes sont mobilisés pour la campagne, à l’image de Naïm Kamal membre du parti El-Istiqlal et journaliste. Il écrit, le 5 juin dernier, dans Aujourd’hui Le Maroc, un quotidien qui fonde sa ligne éditoriale sur sa seule animosité vis-à-vis de l’Algérie, que la seule manière de régler les problèmes relationnels entre les deux pays passe par la psychanalyse (qui sont les fous ?). “Cela nécessitera de l’Algérie l’abandon, tout en leur trouvant des substituts, de son rêve prussien mais aussi de toute une culture d’adversité avec le Maroc qu’elle a mis à contribution dans la construction de l’Etat national algérien à peine vieux de quarante-cinq ans. Qui lui a servi également dans le pétrissage du lien social. Malheureusement, la seule impression d’unité que donne l’Algérie c’est une forme ‘d’union sacrée’ faite d’une mixture de rancœur injustifiée, de complexe de supériorité collective et d’infériorité individuelle nourries par une fierté démesurée et un orgueil sans limites. Tout le reste de l’édifice algérien, ou pratiquement, aux prises avec une violence qui n’en finit pas d’être résiduelle, est en difficulté.” Naïm Kamel, magnanime, souligne : “Voici un grand pays dont le peuple n’a pas reculé devant le sacrifice, généreusement nanti par la nature en moyens d’asseoir naturellement son rang et son influence, mais qui n’arrive à vivre en paix ni avec lui-même ni avec ses voisins. Dès lors, comment faire pour comprendre ses frénésies qu’en recourant, fut-ce en partie, aux outils de la psychanalyse ?”

De guerre lasse

Pour comprendre ce qu’il veut dire par “rêve prussien de l’Algérie”, il faut revenir à octobre 2004 alors qu’il avait développé sa thèse dans le quotidien L’Opinion sous le titre Le rêve prussien de l’Algérie. Il avait comparé les velléités de Bismarck de construire un grand empire à celui supposé de l’Algérie par sa volonté de s’armer massivement : “Guerre sur guerre (des Duchés contre le Danemark en 1864, austro-prussienne en 1866, franco-allemande de 1870), Bismarck réussit à faire l’unité allemande et la Prusse devient en 1871 le plus grand royaume constitutif de l’Empire allemand du IIe Reich. Mais c’est un mirage de victoire d’autant plus absurde qu’elle est à la Pyrrhus aussi chèrement payée pour son obtention que monstrueusement coûteuse par ses conséquences : moins de cinquante ans, elle débouche sur la sale guerre et l’humiliation des accords de Versailles, affront qui sera lavé à son tour dans la mer de sang de la Seconde Guerre mondiale. Bilan du mirage prussien et des autres rêves coloniaux du même acabit : plus de quatre-vingt millions de morts, la ruine par deux fois de l’Europe et la disqualification définitive des puissances européennes au profit des Etats-Unis d’Amérique.”

Sur le site Menara, dans la rubrique actualité, il est intéressant de noter la contribution du très sérieux  Jawad Kerdoudi, consultant, économiste et président de l’Institut marocain des relations internationales qui croit savoir que “de son côté, l’Algérie, qui n’apprécie gère l’évolution de l’affaire du Sahara en faveur du Maroc, a déclaré récemment, par la voix du Président Bouteflika, que le dossier de Sahara constitue ‘un facteur de blocage à la construction du Maghreb arabe uni’, alors qu’il avait toujours affirmé que ‘le Sahara ne représente pas un obstacle à l’édification maghrébine’”.

Un conseil d’ami

Pour sa part, le journal L’Opinion conseille : “L’Algérie doit faire preuve de réalisme.” Le journal indique dans un article quel’Algérie a, sans doute, parfaitement lu et compris les termes de cette résolution et le sens dans lequel elle invite les parties à s’engager, qui est la solution politique mutuellement acceptable et définitive du conflit. Ainsi conçue et recommandée par l’ONU, celle-ci est l’unique solution appelant au réalisme, à la clairvoyance et à la responsabilité politique et, nécessairement pour se faire, à un changement qui se départit des faux principes et des politiques qui sacrifient l’intérêt des peuples et leur unité sur l’autel de l’hégémonisme et de l’expansionnisme”. Bien entendu, cette solution politique ne saurait être autre chose que la vision marocaine d’autonomie. 

Moins véhément certes, Al Bayane, dans son édition du 7 juin, met en avant le succès de la diplomatie marocaine pour convaincre de la justesse de ses propositions.   “A la suite de l'annonce par le Maroc du projet d'autonomie du Sahara dans le cadre de la souveraineté marocaine, écrit le journal, la diplomatie algérienne, plus expérimentée, s'est lancée pendant les trois mois qui ont précédé l'examen du dossier par le Conseil de sécurité, dans une course-poursuite diplomatique à la trousse d'une diplomatie marocaine, moins professionnel.” Qu’on ne s’y trompe pas, le journal ne jette pas de fleurs à la diplomatie algérienne mais met en avant son échec devant “la désarmante  sincérité” des diplomates marocains.  

Le magazine Telquel, connu pour sa position assez indépendante des lignes suggérées par Rabat aux journaux, cite Réda Taoujni, président de l’association Sahara marocain, qui considère que, lors de ces négociations, “le Maroc et le Polisario se prêtent, dans une première étape, à une nécessaire hypocrisie diplomatique, qui permet à la communauté internationale d’espérer une solution du conflit”. “Problème, indique le magazine, aucune des deux parties ne semble prête à faire de concessions. Dans leurs différentes déclarations, les responsables algériens et ceux de la RASD ont, tout au long de ces derniers mois, répété leur ‘rejet du plan d’autonomie marocain et leur attachement à la solution référendaire’”. Un autre interlocuteur, un acteur associatif et lobbyiste sahraoui, précise dans les colonnes de Telquel : “Je me demande quel genre de concessions le Maroc a-t-il prévu pour ces négociations. Que peut-il bien offrir au-delà de l’autonomie élargie ? Il ne reste plus que l’indépendance après.”

La contribution de tous

Al Ahdath Al Maghribya, quotidien en langue arabe, présenté comme le plus fort tirage des quotidiens marocains, apporte aussi sa modeste pierre à l’édifice puisque dans son édition du 5 juin, il met en évidence la volonté de l’Algérie d’entraver la bonne préparation des négociations (à ce propos il faudrait peut-être se demander d’abord qui a été enclin à chauffer les bendirs de la guerre !) en voulant créer un lobby soutien aux séparatistes, en se référant à la conférence de presse tenue à Alger  le 4 juin dernier par le sénateur belge Pierre Galand.

Si tant est que la seule guerre que veulent livrer les Marocains aux Algériens n’est que diatribes et propos belliqueux, cela n’occasionnera pas de dommages collatéraux est  c’est tant mieux même si, et cela les Marocains le savent aussi bien, cette prétendue guerre de papier ne résoudra pas le conflit du Sahara occidental. Dans le même temps, cette propension des médias à alimenter la polémique indique bien que nous ne sommes pas à l’orée du règlement du problème sahraoui. Il serait peut-être temps pour tous (intellectuels, journalistes, représentants de la société civile) de dépasser les échanges de mégères pour trouver une solution qui permettrait au Maroc de ne pas perdre la face, à l’Algérie de ne pas se dédire et aux  Sahraouis de trouver la solution la plus juste à leur situation. La construction du Maghreb** en a urgemment besoin.

Amine Esseghir

 

* De l’avis de tous les observateurs crédibles, la résolution onusienne du 30 avril a voulu ménager tout le monde permettant à tous – le Maroc, le Polisario et même l’Algérie qui se voit confortée dans sa position – de se dire satisfaits du vote à l’unanimité de ladite résolution.

 

** Doit-on dire que les affaires continuent malgré tout ? Des entreprises algériennes seront présentes à Casablanca, du 26 juin au 1er juillet, pour participer à la semaine de l’Algérie au Maroc qui se tiendra au grand palais de la Foire internationale de Casablanca. Une soixantaine d’exposants sont attendus, parmi eux  une cinquantaine d’entreprises de production  et de services parmi les plus importantes de leurs secteurs en Algérie.  

 

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Le mercenariat en Irak

L’eldorado de la sécurité privée

“ Des habitants furieux, mutilant les corps carbonisés de quatre civils tués à Fallujah” lors d’une attaque spectaculaire contre les forces d’occupation américaine en Irak. La nouvelle a fait le tour des médias occidentaux, en ce mois d’avril de l’année 2007. Ah, ces méchants irakiens qui tuent des “civils” ! Des “civils” parmi les hommes de la coalition ? En réalité, il s’agit de mercenaires qui empochent 1 000 dollars par jour pour commettre les pires crimes de guerre en Irak, au nom de l’instauration de la démocratie et afin libérer les Irakiens. Car, en plus des militaires d’Amérique, de Grande-Bretagne et autres pays qui ont accepté de coaliser avec l’administration Bush pour envahir l’Irak, il y a bien un autre type de “militaires” qui sèment la terreur dans ce pays.

Les quatre Américains capturés dans une attaque de la résistance irakienne, puis tués et mutilés par des habitants de Fallujah, devenue symbole de la résistance irakienne, ne sont ni des GI’s ni des marines, mais des mercenaires en tenues civiles mais armés jusqu’aux dents, qui travaillaient pour la société Blackwater. Une compagnie privée de maintien de la paix, doux euphémisme pour désigner la pratique du mercenariat. 80 mercenaires ont été tués dans d’autres batailles à Fallujah, Bagdad et Nadjaf. C’est d’ailleurs la capture et la mutilation de quatre d’entre eux à proximité de Fallujah, dans le secteur sunnite de l’Irak, qui a déclenché les batailles d’avril.

Blackwater n’est pas la seule entreprise de mercenariat implantée en Irak. Elles sont plusieurs dizaines de sociétés (25 selon certaines sources) à y avoir pied, ce qui correspond à plusieurs dizaines de milliers de mercenaires activant dans les grandes villes irakiennes. On a dénombré, dès les premiers mois qui ont suivi la chute du régime de Saddam, plus de 20 000 hommes travaillant pour des Sociétés militaires privées (SMP). Leur nombre a déjà atteint 100 000 hommes actuellement, faisant ainsi des firmes privées de sécurité la troisième force armée en Irak.

Comme son appellation l’indique, Blackwater (traduisez “eau d’égout” ou “eau trouble”) fait un sale boulot en Irak ; elle a été créée en 1997, par un ancien membre des commandos de la marine américaine, les Navy Seal. Ses plus significatifs contrats, Blackwater les obtient grâce à la guerre contre le terrorisme lancée par George W. Bush à la suite des attentats du 11 septembre 2001. En 2002, après l’invasion de l’Afghanistan, la compagnie se voit attribuer, sans appel d’offres, son premier contrat, d’un montant de cinq millions de dollars, pour la protection du quartier général de la CIA à Kaboul. Un an plus tard, la même société décroche un de ses plus importants contrats. Il s’agit de la protection du proconsul américain en Irak, Paul Bremer. Ce contrat a permis à Blackwater d’étendre ses activités et sa présence dans la région. Elle a ouvert des bureaux à Bagdad, à Amman (en Jordanie) et à Koweït City. On estime les contrats obtenus par cette société à plus d’un milliard de dollars avec le gouvernement des Etats-Unis.

Escadrons de la mort

“Ces types se baladent où ils veulent avec une puissance de feu énorme et ils n'obéissent pas à la hiérarchie militaire. C'est dangereux et inquiétant”, s’étonne Phil Carter, un ancien officier de l’armée américaine (cité par Libération du 8 mai 2007). C’est justement ce que veut le commandement de la coalition, pour ne pas devoir assumer les bévues de ces mercenaires.

Le 14 novembre 2006, des escadrons de la mort, habillés en commandos de police, ont enlevé jusqu'à 150 personnes, du personnel et des visiteurs, lors d'une descente en plein jour dans l'annexe du ministère des Hautes études, au centre de Bagdad. La plupart de ces personnes ont été retrouvées mortes quelques jours plus tard. Beaucoup accusent ces mercenaires d’être derrière ces tueries, dont le but est d’opposer sunnites et chiites en Irak. En janvier 2005, l'hebdomadaire Newsweek faisait état de l’intention “d'envoyer des Forces Spéciales en Irak avec pour mission d'enlever et tuer des gens”. “Nous devons trouver un moyen de lancer une offensive contre l'opposition. Jusqu'à présent, nous sommes restés sur la défensive et nous sommes en train de perdre”, a déclaré un fonctionnaire de la Maison-Blanche à l'hebdomadaire Newsweek. Une méthode largement utilisée par la CIA en Amérique Latine et au Salvador en particulier, après une longue expérience en la matière acquise et appliquée au Viêtnam.

Ce n’est pas la première fois que l’armée américaine fait appel à des milices privées. En Bosnie, en 1996, 10% des personnes autour du champ de bataille étaient des civils employés par des sociétés privées au profit du Pentagone. Organisées autour de l’International Peace Operations Association (IPOA - www.ipoaonline.org), les plus en vue des SMP sont au nombre de 42. Elles ont pour nom Agility Logistics, ArmorGroup, Ayr Aviation, Blackwater USA, Centigon, Chemonics International, Demining Enterprises International Pty., DynCorp International, EOD Technology, HART Security, Pacific Architects & Engineers, et autres Security Support Solutions (3S). Elles brassent des milliards de dollars grâce à la politique d’externalisation (politique de libéralisation et de privatisation). Certaines figurent parmi les 500 premières sociétés américaines. Elles se décrivent comme étant des entreprises de fourniture de services de technologie. Certaines entraînent les troupes dans le désert koweïtien, d'autres gardent les personnalités pro-américaines comme le président afghan Hamid Karzaï, protègent des ambassades, des bâtiments sensibles et des bases à l'étranger, expérimentent et utilisent des systèmes d'armes sophistiqués ou parfois recueillent des renseignements. Pour plusieurs milliards de dollars, Kellog Brown & Root (KBR), une filiale d'Haliburton dont l’ex-président est Dick Cheney, a assuré la logistique des troupes américaines dans les Balkans.

Le quotidien français Le Monde, dans son édition du 11 février 2003, rapporte que “des salariés de DynCorp International formaient la police et dirigeaient aussi un réseau de prostitution en Bosnie”. “Quand le scandale a éclaté, ils ont été seulement licenciés. Ils ne dépendent pas de la justice militaire. Ils n'ont pas à répondre de leurs actes à une autorité judiciaire et politique.”

Les recrues de ces sociétés militaires privées “proviennent des pays réputés pour la rudesse de leur formation militaire : Afrique du Sud, Ukraine, Russie, Grande-Bretagne, USA… Les ressortissants d’Amérique latine, notamment Chiliens ou les Népalais sont prisés pour leur teint davantage en harmonie avec les caractéristiques du type arabe, ainsi que naturellement, les ressortissants du Moyen-Orient et de l’ensemble arabe pour des tâches d’interprétariat et de décryptage d’informations”, selon René Naba (www.mondialisation.ca). “Une répartition des tâches semble s’être opérée entre les firmes américaines et britanniques. Si les Anglais sont présents dans leur ancienne zone d’influence, notamment les émirats pétroliers du Golfe, l’Amérique a la haute main sur l’Arabie Saoudite et le reste du Moyen-Orient”. Derrière tout cela, il y a bien sûr le commerce des armes qui encourage et alimente ces activités criminelles. Nous sommes loin des Bob Denard & Co., mais devant une nouvelle forme de mercenariat en col blanc, représenté par des “ingénieurs” et des recruteurs spécialistes en gestion des ressources humaines (GRH).

La France est très peu présente actuellement dans le domaine du mercenariat. Elle est quand même présente à travers Earthwind Holding Corporation, une petite société militaire privée francophone qui dispose de “30 à 40 anciens militaires et policiers français en Irak pour la sous-traitance des missions auparavant imparties aux officiers anglophones”.

L’Afrique du Sud et Israël sont également sur ce terrain. Le premier à travers Executive Outcomes et Lev-Dan pour le second. Filiale de Kardan Investment (pierres précieuses en Afrique !), Lev-Dan est aussi présente en Irak où ses instructeurs forment des soldats kurdes. “Interop et Colosseum, deux sociétés israéliennes de mercenariat, serviraient de couverture à cette activité de l’armée israélienne” en Irak.

Abdelkader Djalil

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