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Quel avenir pour
les territoires palestiniens et qu’en est- il du futur Etat ? C’est
bien LA question qui se pose aujourd’hui. L’évolution dramatique de
la situation avec le scénario catastrophe des affrontements
fratricides ont totalement brouillé les cartes. Gaza et la
Cisjordanie gérés par deux autorités différentes… Où se situent les
responsabilités ? L’on pourra toujours tenter de cerner les causes
politiques qui ont mené à cette évolution. Israël n’a jamais voulu
de la paix et s’est évertué à torpiller tous les accords passés avec
les Palestiniens en pratiquant la politique de la terre brûlée. Les
Etats-Unis lui ont accordé un blanc-seing et l’Europe a suivi.
Embargo général depuis la victoire du Hamas aux élections
législatives, gels des dûs financiers et la liste est longue. Mais
il ne faut pas pour autant dédouaner les deux principales formations
palestiniennes, le Hamas et le Fatah. Toutes deux sont tombées dans
le piège tendu par les Israéliens et leurs alliés. Tel Aviv tirent
les marrons du feu et la population palestinienne trinque. Elle
subit la répression de l’occupant israélien et, désormais, les
luttes sanglantes de ses représentants. De plus, les
déclarations tonitruantes de soutien des Etats-Unis à Mahmoud Abbas
vont davantage creuser le fossé… Les "solutions" à l’américaine
débouchent inévitablement sur des guerres civiles.
Laminé à Gaza,
le Fatah renforce son emprise sur la Cisjordanie
Défait, voire
humilié par le Hamas dans la bande de Gaza, le Fatah doit sa faible
réponse aux assauts du mouvement de Khaled Mechâal, désormais seul
aux commandes du territoire côtier, à ses vieux démons : un manque
cruel de leadership, d'incessantes querelles intestines et une
corruption rampante. A l'inverse d'un Hamas discipliné, qui a stocké
et même fabriqué des milliers d'armes, le Fatah n'a pas su se
préparer à l'inévitable confrontation. C'est donc en toute logique
que les forces souvent désorganisées du président Mahmoud Abbas ont
été dépassées par la force de feu des combattants islamistes lors
des affrontements de la semaine écoulée. Beaucoup, en Cisjordanie,
ont mal vécu la chute de la bande de Gaza aux mains du Hamas en
imputant la responsabilité au numéro un du Fatah, le président
Abbas, dont l'indécision et le détachement auraient conduit les
siens à la déroute. Le président de l'Autorité palestinienne a beau
avoir dissous le gouvernement d'union nationale dirigé par Ismaïl
Haniyeh en riposte à l'offensive du Hamas, ce dernier était plus que
jamais maître du jeu, comme en témoignait la prise du centre de la
sécurité préventive puis du complexe présidentiel à Gaza.
Grand seigneur,
Khaled Mechaal, le chef politique du Hamas en exil à Damas, s'est
même permis de reconnaître l'autorité du président Abbas, assurant
que son mouvement était prêt à travailler avec lui au nom de
l'"intérêt national" des Palestiniens. "Cela ne serait pas arrivé
sous Abou Ammar" (nom de guerre de Yasser Arafat), se lamentaient
nombre de Palestiniens nostalgiques, observant qu'aucun membre de la
direction du Fatah ne se trouvait dans la bande de Gaza quand le
Hamas a lancé son offensive. Mohamed Dahlan, l'homme fort du Fatah à
Gaza, considéré comme le meilleur argument du parti nationaliste
palestinien face au Hamas, était en Egypte pour soigner une blessure
eu genou, après avoir passé le plus clair de son temps à élargir son
influence en Cisjordanie. Quant à Rachid Abou Chbak, chef de la
sécurité à Gaza, il réside désormais en Cisjordanie depuis
l'attaque, le mois dernier, de son domicile par des militants du
Hamas. Il a rejoint Samir Macharaoui, l'un des lieutenants de Dahlan,
est installé depuis plusieurs mois à Ramallah.
Si les deux
formations ont pu se constituer un arsenal de guerre (aussi modeste
soit-il) via un intense trafic passant par des tunnels creusés sous
la frontière entre Gaza et l'Egypte, le Hamas, soutenu par l'Iran,
peut en outre s'appuyer sur une véritable industrie de l'armement
artisanal, du mortier au lance-grenade. Le Fatah avait certes plus
d'hommes sur le terrain, mais le Hamas était nettement mieux
organisé, sachant tirer profit de toute faiblesse de l'adversaire,
notamment de son absence de commandement central. "Le Hamas a un
leadership, un objectif, une idéologie et des fonds", observe
l'analyste Talal Okal, spécialiste de Gaza. "Le Fatah n'a en
revanche ni leadership, ni but, ni vision, ni argent..." Outre
l'absence de réel centre nerveux, le Fatah paie à Gaza les
conséquences de la corruption et de l'arrogance qui, ajoutées à la
mort de Yasser Arafat, lui ont fait perdre les élections
législatives de 2006. "Le Fatah se détruit lui-même depuis un moment
et il ne fait rien pour tenter de se réformer", constate le
politologue Saïd Zidani, évoquant de mesquines luttes de pouvoir à
tous les niveaux du mouvement. "Dès qu'ils sont quatre, ils forment
leur propre groupe", résume, désabusé, Abou Ali Turk, responsable du
Fatah à Toubas, en Cisjordanie.
Le Hamas,
passage obligé à Gaza
Boycotté par
l'Occident et incapable de gouverner malgré sa victoire aux
élections palestiniennes, le Hamas cherche à s'imposer comme un
interlocuteur incontournable en prenant par la force le contrôle de
la bande de Gaza. Depuis l'entrée du Hamas au gouvernement en mars
2006, deux mois après avoir remporté haut la main les élections
législatives, l'Occident, aligné sur Tel Aviv, a suspendu ses aides
financières directes à l'Autorité palestinienne. Les querelles avec
le Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas, pour le contrôle des
services de sécurité et les divergences politiques ont rendu
impossible toute cohabitation, laissant le gouvernement dominé par
le Hamas dans l'impossibilité d'exercer un réel pouvoir.
"Le Hamas voit le
contrôle de la bande de Gaza comme un atout renforçant sa position
face à Israël, les Etats-Unis et même le monde arabe et il s'en
servira certainement comme argument pour tenter d'arracher une
reconnaissance", estime George Giacman, un Palestinien qui dirige
l'Institut pour l'étude de la démocratie, basé à Ramallah, en
Cisjordanie. "Celui qui contrôle la bande de Gaza, même s'il s'agit
d'un territoire exigu, devient de facto un partenaire",
ajoute-t-il. "Le Hamas semble être parvenu à la conclusion que le
contrôle de Gaza était le seul moyen d'obtenir une
reconnaissance."
Le politologue
palestinien Hani Al-Masri en convient : le Hamas, qui refuse de
reconnaître le droit d'Israël à exister et prône la lutte armée
contre cet Etat, "cherche à se faire accepter par le monde par la
force, après avoir vu son gouvernement soumis à un siège depuis
plus d'un an."
Relevant les
réactions internationales hostiles, analystes et responsables
estiment que le tour de force du Hamas porte un sévère coup à la
quête palestinienne d'établir un Etat indépendant dans la bande de
Gaza et en Cisjordanie. Le négociateur palestinien en chef, Saeb
Erakat, du mouvement Fatah, affirme ainsi que la prise de Gaza par
le Hamas est "la pire chose" qui soit arrivée aux Palestiniens
depuis l'occupation de leurs terres par Israël en 1967.
"Malheureusement cela nous ramène de nombreuses années en arrihre",
déclare-t-il. "La bande de Gaza et la Cisjordanie sont désormais
séparées et les aspirations d'un Etat palestinien repoussées. Gaza
est officiellement hors du contrôle de l'Autorité palestinienne",
selon lui.
Pour Nader Saïd,
directeur d'un institut de sondages en Cisjordanie, le Hamas ne
pourra gouverner la bande de Gaza que “d'une poigne de fer". "Le
Hamas n'a aucune alternative politique à offrir. Sous son règne, la
bande de Gaza se transformera en un nouveau Afghanistan et il n'aura
d'autre choix que d'user d'une poigne de fer pour gouverner car de
nouveaux groupes armés encore plus extrémistes y feront leur
apparition", estime-t-il.
Rien qu'en une
semaine, 113 Palestiniens ont été tués dans la dernière vague de
combats entre le Hamas et les services de sécurité fidèles au
Fatah, alors que des dizaines d'autres ont péri dans les violences
interpalestiniennes depuis un an. Selon Nader Saïd, de puissants
clans de Gaza, dont des membres ont été tués par les combattants
islamistes, vont mener la vie dure au Hamas. "Des groupes vont
vouloir se venger. L'Irak est un jeu d'enfants comparé à ce que
sera la bande de Gaza sous le contrôle du Hamas", dit-il.
La violence des
attaques menées par le Hamas contre les QG de l'Autorité
palestinienne a même suscité de critiques de responsables du
mouvement islamiste en Cisjordanie. "Occuper les QG des services
de sécurité et les brûler n'a rien d'héroïque. Avant le limogeage
du gouvernement j'envisageais de démissionner avec trois autres
ministres pour protester contre ce qui se passait à Gaza", déclare
le ministre sortant des Collectivités locales, issu du Hamas,
Mohamad Barghouthi.
L. H.
Haut
Palestine
Le gouvernement
de crise en position de force
Avec son
gouvernement de crise, Mahmoud Abbas a réussi à inverser la tendance
qui le donnait pour dirigeant illégitime à la tête de l’Autorité
palestinienne au bénéfice du Hamas. Et depuis, comme s’il s’agissait
d’une partition minutieusement écrite, c’est toute la communauté
internationale qui achève d’isoler le parti de Khaled Machaal.
Le nouveau cabinet
palestinien d'urgence, formé après la prise du contrôle de la bande
de Gaza par le mouvement islamiste Hamas, a tenu cette semaine sa
première réunion à Ramallah, en Cisjordanie. La réunion, présidée
par le nouveau Premier ministre Salam Fayyad, un économiste
indépendant, a été l’occasion de clairement faire savoir qu’il est
question de travailler au rétablissement de la sécurité et à la
consolidation de l'unité entre la Cisjordanie et la bande de Gaza.
Ce cabinet, qui a prêté serment dimanche devant le président de
l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, compte onze ministres outre
M. Fayyad, qui détient également les portefeuilles des Finances et
des Affaires étrangères. Ce gouvernement, rappelons-le, est la
conséquence de l’assaut ravageur donné par les éléments du Hamas à
Gaza. Dénonçant un "putsch" où le Hamas a mis en déroute les forces
de sécurité fidèles au Fatah de M. Abbas, ce dernier a limogé jeudi
le gouvernement du Premier ministre islamiste Ismaïl Haniyeh et mis
en place le cabinet d'urgence.
En prêtant
serment, M. Fayyad avait lui aussi insisté sur "l'unité" de la
Cisjordanie et de la bande de Gaza. "L'heure du travail a sonné. Il
est temps de se retrousser les manches pour sauver notre peuple et
notre pays. Travaillons ensemble pour libérer la Palestine."
Le Hamas a jugé
illégitime ce gouvernement.
En première
réaction, l’Union européenne a annoncé qu’elle allait soutenir
financièrement le gouvernement palestinien d'urgence mené par
l'économiste Salam Fayyad, en l'appelant à aider aussi bien la
Cisjordanie que la population de Gaza. Une partie de l'argent (que
l'UE versera aux Palestiniens) passera par le compte que Fayyad a
établi en tant que ministre des Finances et qu'il a gardé comme
Premier ministre. C’est, pour les 27, la garantie qu’il y aura une
relation directe avec son gouvernement. Cette aide financière de
l’UE, si elle vient à un moment particulier, n’en constitue pas
moins un geste tout aussi exceptionnel. L'UE avait gelé en mars
2006, lors de l'arrivée au pouvoir du mouvement radical palestinien
Hamas, son aide financière directe au gouvernement palestinien.
Depuis la formation d'un gouvernement d'union nationale Fatah-Hamas
en mars 2007 et la nomination de M. Fayyad au poste de ministre des
Finances, l'UE a posé des jalons pour reprendre son aide, en
envoyant notamment des experts auprès de M. Fayyad, mais sans que
cela soit suivi d’effet. Et jusque-là, l’hésitation de Bruxelles
n’est pas tout à faite dépassée. L'UE soutient qu’elle ne pourrait
pas reprendre immédiatement son aide directe au gouvernement
palestinien. Elle évoque les impératifs de contrôle financier et de
transparence et met en avant l’importance de l’aide humanitaire.
N’est-ce pas là la meilleure manière de préserver le poids du
gouvernement de crise, en lui épargnant déjà tout soupçon de
malversation ou de corruption, comme ceux qui ont failli emporter
l’Autorité palestinienne et permis la victoire du Hamas ? Sur le
terrain, l’UE s’engage donc à apporter l'aide humanitaire à Gaza via
les agences de l'ONU (Unrwa) et via le mécanisme spécial mis en
place en juin 2006 pour aider les Palestiniens sans passer par le
Hamas, boycotté par l'UE qui le considère comme une organisation
terroriste.
Les 27, qui
doivent recevoir la ministre israélienne des Affaires étrangères
Tzipi Livni, devraient la presser de reconnaître le gouvernement
d'urgence de M. Fayyad, qui ne comporte plus aucun ministre du Hamas
mais uniquement des indépendants.
Comme si un étau
se formait autour du mouvement de Khaled Machaal, l'UE devrait
appeler Israël à reprendre immédiatement le reversement aux
Palestiniens des taxes et droits de douane collectés en leur nom et
gelés depuis l'arrivée au pouvoir du Hamas. La réponse n’a pas
tardé : le Premier ministre israélien Ehud Olmert s'est dit prêt à
reconnaître un gouvernement palestinien qui ne comprendrait aucune
personnalité du Hamas et a évoqué, à New York, la possibilité de
reversement des revenus fiscaux et douaniers.
Le mot d’ordre est
clair : contre les putschistes de Ramallah, c’est le soutien au
reste du peuple palestinien. Mais comment ? Là, les opinions
divergent et c’est l’option avancée par le tandem Washnigton-Tel
Aviv qui semble en passe de l’emporter. Israël a tenté, lundi matin,
de convaincre l'Union européenne de participer à “la stratégie
américaine d'isolement du Hamas à Gaza”. Le gouvernement israélien a
aussi appelé les ministres de l'Union à débloquer des fonds pour
soutenir le nouveau gouvernement d'urgence du président Mahmoud
Abbas en Cisjordanie.
Cependant,
certains diplomates européens ont émis des doutes quant à l'éventuel
succès de cette politique. "Cela pourrait aider à résoudre certain
problèmes actuels, mais qu'en est-il du futur ?", a déclaré un
diplomate européen.
L'ancien Premier
ministre membre du Hamas Ismail Haniyeh a, quant à lui, affirmé
qu'il considérait que le gouvernement d'union nationale mis sur pied
en mars était le seul gouvernement palestinien légitime. Il a aussi
accusé Mahmoud Abbas de participer à un complot américain visant à
éjecter le Hamas du gouvernement palestinien. C’est dire que la
conjoncture est absolument décisive et les prochaines semaines
risquent bien de départager durablement les deux camps. Au bénéfice
duquel d’entre eux ? Le gouvernement de crise, qui détient les
leviers diplomatiques et financiers, semble déjà en bonne position
pour influer sérieusement sur le cours des événements.
Nabil Benali
Haut
Ouverture des négociations Maroc-Polisario
Le droit
international au chevet de la realpolitik
Pour la première
fois depuis dix ans, le Maroc et le Front Polisario ont repris
langue en se lançant, dès le 18 juin dernier, à Manhasset, luxueuse
résidence diplomatique des Nations unies, dans des négociations sur
l'avenir du Sahara occidental.
Avant de se rendre
dans la ville américaine de Manhasset, chacun des antagonistes a
donné son point de vue sur les négociations, via les médias, en
s’appuyant sur la résolution 1754 du Conseil de sécurité. Celle-ci,
adoptée à l’unanimité le 30 avril dernier, a en effet appelé à des
négociations directes entre les deux parties en conflit, sous
l’égide de l’ONU, pour trouver une solution politique garantissant
le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination. Pour
les Sahraouis, l’ONU est toujours responsable de la décolonisation
du territoire du Sahara occidental et l’autodétermination constitue
“un passage obligatoire” pour mettre fin au conflit maroco-sahraoui,
vieux de 32 ans. Dans ce cadre, il reviendra au peuple sahraoui et à
lui seul de décider de son avenir, à travers un référendum organisé
et contrôlé par l’organisation des Nations unies. Les responsables
du Polisario et les autorités de la RASD se sont engagés à respecter
les résultats de la consultation référendaire et ont, dès à présent,
donné des gages concrets pour le Maroc et même pour toute la région,
dans le cas où l’option d’indépendance l’emporterait. Seulement, les
Sahraouis ont informé la communauté internationale et l’opinion
publique que le Maroc n’a montré aucune volonté politique d’en finir
avec la politique du fait accompli, l’occupation par la force des
armes et le reniement des engagements souscrits. “Le rendez-vous de
Manhasset sera pour nous un examen de la volonté du Conseil de
sécurité”, a déclaré le 11 juin dernier le ministre des Affaires
étrangères de la RASD, à Alger, en faisant référence notamment
à “certains pays (qui) se sont portés complices de la rébellion
marocaine et de sa politique expansionniste”. Le diplomate a aussi
fixé les “lignes rouges” à ne pas dépasser, en précisant : “Il
reviendra au Front Polisario et aux Sahraouis de décider quand ils
devront reprendre les armes et dans quel contexte. Les lignes rouges
ne doivent pas toucher l’essentiel : la transgression des droits
inaliénables du peuple sahraoui et la légitimation du fait accompli
marocain.”
Plus tard, Mohamed
Abdelaziz, président de la RASD et également secrétaire général du
Front Polisario, a assuré que le sort définitif du Sahara occidental
est tributaire du choix démocratique du peuple sahraoui. Dans une
interview diffusée vendredi dernier par la télévision quatarie
Al-Jazira, le chef de l’Etat sahraoui a fait savoir que la
proposition marocaine relative à un plan d’autonomie de l’ex-colonie
espagnole ne posait pas problème, dès lors qu’elle serait présentée
au peuple sahraoui, au même titre que les deux autres options
(indépendance du territoire et intégration au Maroc), “dans le cadre
d'un référendum libre et démocratique organisé et supervisé par les
Nations unies”. A partir de là, si “les Sahraouis choisissent
d'adopter la proposition marocaine, ils l'auront”, a-t-il ajouté.
Quelle place
pour la realpolitik ?
Si les parties
marocaine et sahraouie se réfèrent à la résolution 1754, il n’en
demeure pas moins que chacune lui réserve sa propre interprétation.
Pour la simple raison que le dernier texte du Conseil de sécurité,
même s’il avalise les résolutions précédentes de l’ONU et s’il se
prononce pour l’autodétermination du peuple sahraoui, n’a pas
tranché : au lieu de sanctionner la partie qui viole la légalité
internationale, l’instance onusienne a préféré mettre dos à dos
l’agresseur et l’agressé. On comprend alors pourquoi les autorités
marocaines continuent à camper dans leurs positions, tentant de
placer la question de l’autodétermination dans le cadre du projet
d’autonomie et d’une souveraineté territoriale du royaume. Une
souveraineté qui, faut-il préciser, n’est pas reconnue par le droit
international ni les différents organes de l’ONU. C’est donc dans
cette logique que le Maroc s’est présenté à la table des
négociations, en se montrant résolu à dépasser le conflit. “Nous y
allons avec beaucoup d'optimisme et avec la volonté de
définitivement tourner la page”, a confié le porte-parole du
gouvernement de Rabat, Nabil Benabdellah, le jeudi 15 juin.
Depuis avril
dernier notamment, la question sahraouie a réoccupé le devant de la
scène internationale. On assiste même à une impatience, chez
certains membres influents du Conseil de sécurité, de régler
définitivement le dossier du Sahara occidental. Ce qui en soi est
une bonne chose. Bien qu’il reste à savoir de quelle manière sera
fermé ce dossier, qui est non seulement source de souffrances
surtout pour le peuple sahraoui, mais aussi un facteur querelleur,
voire déstabilisateur, dans la région maghrébine, cette région qui
représente aujourd’hui un marché fort intéressant, pour ne pas dire
convoité par les grands de ce monde. A partir de là, quelle place
faudra-t-il réserver à la realpolitik dans l’examen du dossier de
décolonisation du territoire non autonome du Sahara occidental ?
Comme aiment à le
dire les nouveaux politiques, l’heure est au pragmatisme. Celui-ci
nous invite à regarder le présent et à construire l’avenir, sans
pour autant cracher sur le passé ni sur les acquis démocratiques de
l’humanité. Dans ce cadre, il est utile de rappeler que le Maroc a
démontré, à maintes reprises, qu’il ne pouvait être souverain du
territoire sahraoui. Depuis la fin du protectorat français, Rabat a
inscrit l’ex-Sahara espagnol et d’autres territoires voisins dans la
liste des revendications du “Grand Maroc”. Grâce à la complicité de
hauts responsables de l’ONU et de l’Espagne, le royaume marocain a
bloqué la décolonisation du Sahara occidental, passant outre l’avis
consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye
(octobre 1975) qui s’était prononcée pour l'autodétermination et
l’indépendance du peuple sahraoui. Mais le Maroc a somme toute
accepté, en novembre 1975, de partager ce territoire avec la
Mauritanie. Il s’est ensuite engagé, à partir de la moitié des
années 1980, auprès de l’OUA et de l’ONU, à respecter les résultats
du référendum d’autodétermination. Même après avoir érigé des murs
de défense pour bloquer les incursions de l’armée sahraouie et
exploiter les richesses naturelles de l’ex-colonie espagnole
(phosphate, poisson, pétrole…), le Maroc s’est plié à la légalité
internationale et approuvé le règlement politique du conflit. Lequel
règlement a intégré, entre autres, l’option d’indépendance, en
avalisant le plan de l’ONU de 1991 et en signant les accords de
Houston de 1997, qui ont été menés par l’Américain James Baker en
qualité d’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies.
Quoi de plus normal que la délégation sahraouie, présente aux
négociations de Manhasset, soit composée de mêmes membres ayant
négocié les accords de Houston ? Quoi de plus légitime qu’elle
interpelle l’ONU sur ses responsabilités et ses engagements,
d’autant que la population sahraouie des territoires occupés risque
d’être aujourd’hui victime d’un génocide certain…
A moins d’un coup
de force programmé qui reposerait sur une histoire de filouterie aux
relents de l’holocauste, la realpolitik est tenue de se mettre en
accord avec la légalité internationale et la coexistence pacifique.
Z’hor Chérief
Haut
En prélude aux négociations Maroc - Polisario
La guerre de
papier reprend de plus belle
Les médias
marocains sont partis en campagne un peu plus d’une semaine avant
l’ouverture, le 18 juin, des négociations directes entre le Maroc et
le Front Polisario.
Offrant une
“publicité” sans borne à un supposé soutien international –
notamment par l’ONU* – à la proposition marocaine d’autonomie
interne au Sahara occidental, la presse marocaine reste sur des
approches diverses quant aux résultats attendus des négociations. Le
dénominateur commun à ces analyses demeure l’implication de
l’Algérie dans le conflit et les nécessaires négociations à entamer
avec ce pays. Dans le même temps, il est vain de vouloir trouver une
quelconque diversité d’opinion, un quelconque bémol à la position de
front des médias marocains quant au plébiscite de la position et la
vision officielle du Maroc au sujet du conflit. On notera toutefois
que les clameurs se sont tues à l’approche de la date fatidique,
hormis quelques chroniques orientées de Khalil Hachimi Idrissi, le
patron de Aujourd’hui le Maroc.
Les médias
marocains n’en sont pas à leur première offensive dans la guerre de
papier qu’ils livrent à l’Algérie. Il reste qu’on ne doit pas s’y
tromper : tous les journalistes marocains ne sont pas de la
bataille, mais des porte-voix et des porte-plumes sont mobilisés
pour la campagne, à l’image de Naïm Kamal membre du parti
El-Istiqlal et journaliste. Il écrit, le 5 juin dernier, dans
Aujourd’hui Le Maroc, un quotidien qui fonde sa ligne éditoriale sur
sa seule animosité vis-à-vis de l’Algérie, que la seule manière de
régler les problèmes relationnels entre les deux pays passe par la
psychanalyse (qui sont les fous ?). “Cela nécessitera de l’Algérie
l’abandon, tout en leur trouvant des substituts, de son rêve
prussien mais aussi de toute une culture d’adversité avec le Maroc
qu’elle a mis à contribution dans la construction de l’Etat national
algérien à peine vieux de quarante-cinq ans. Qui lui a servi
également dans le pétrissage du lien social. Malheureusement, la
seule impression d’unité que donne l’Algérie c’est une forme
‘d’union sacrée’ faite d’une mixture de rancœur injustifiée, de
complexe de supériorité collective et d’infériorité individuelle
nourries par une fierté démesurée et un orgueil sans limites. Tout
le reste de l’édifice algérien, ou pratiquement, aux prises avec une
violence qui n’en finit pas d’être résiduelle, est en difficulté.”
Naïm Kamel, magnanime, souligne : “Voici un grand pays dont le
peuple n’a pas reculé devant le sacrifice, généreusement nanti par
la nature en moyens d’asseoir naturellement son rang et son
influence, mais qui n’arrive à vivre en paix ni avec lui-même ni
avec ses voisins. Dès lors, comment faire pour comprendre ses
frénésies qu’en recourant, fut-ce en partie, aux outils de la
psychanalyse ?”
De guerre lasse
Pour comprendre ce
qu’il veut dire par “rêve prussien de l’Algérie”, il faut revenir à
octobre 2004 alors qu’il avait développé sa thèse dans le quotidien
L’Opinion sous le titre Le rêve prussien de l’Algérie. Il avait
comparé les velléités de Bismarck de construire un grand empire à
celui supposé de l’Algérie par sa volonté de s’armer massivement :
“Guerre sur guerre (des Duchés contre le Danemark en 1864,
austro-prussienne en 1866, franco-allemande de 1870), Bismarck
réussit à faire l’unité allemande et la Prusse devient en 1871 le
plus grand royaume constitutif de l’Empire allemand du IIe
Reich. Mais c’est un mirage de victoire d’autant plus absurde
qu’elle est à la Pyrrhus aussi chèrement payée pour son obtention
que monstrueusement coûteuse par ses conséquences : moins de
cinquante ans, elle débouche sur la sale guerre et l’humiliation des
accords de Versailles, affront qui sera lavé à son tour dans la mer
de sang de la Seconde Guerre mondiale. Bilan du mirage prussien et
des autres rêves coloniaux du même acabit : plus de quatre-vingt
millions de morts, la ruine par deux fois de l’Europe et la
disqualification définitive des puissances européennes au profit des
Etats-Unis d’Amérique.”
Sur le site Menara,
dans la rubrique actualité, il est intéressant de noter la
contribution du très sérieux Jawad Kerdoudi, consultant, économiste
et président de l’Institut marocain des relations internationales
qui croit savoir que “de son côté, l’Algérie, qui n’apprécie gère
l’évolution de l’affaire du Sahara en faveur du Maroc, a déclaré
récemment, par la voix du Président Bouteflika, que le dossier de
Sahara constitue ‘un facteur de blocage à la construction du Maghreb
arabe uni’, alors qu’il avait toujours affirmé que ‘le Sahara ne
représente pas un obstacle à l’édification maghrébine’”.
Un conseil
d’ami
Pour sa part, le
journal L’Opinion conseille : “L’Algérie doit faire preuve de
réalisme.” Le journal indique dans un article que “l’Algérie
a, sans doute, parfaitement lu et compris les termes de cette
résolution et le sens dans lequel elle invite les parties à
s’engager, qui est la solution politique mutuellement acceptable et
définitive du conflit. Ainsi conçue et recommandée par l’ONU,
celle-ci est l’unique solution appelant au réalisme, à la
clairvoyance et à la responsabilité politique et, nécessairement
pour se faire, à un changement qui se départit des faux principes et
des politiques qui sacrifient l’intérêt des peuples et leur unité
sur l’autel de l’hégémonisme et de l’expansionnisme”. Bien entendu,
cette solution politique ne saurait être autre chose que la vision
marocaine d’autonomie.
Moins véhément
certes, Al Bayane, dans son édition du 7 juin, met en avant le
succès de la diplomatie marocaine pour convaincre de la justesse de
ses propositions. “A la suite de l'annonce par le Maroc du projet
d'autonomie du Sahara dans le cadre de la souveraineté marocaine,
écrit le journal, la diplomatie algérienne, plus expérimentée, s'est
lancée pendant les trois mois qui ont précédé l'examen du dossier
par le Conseil de sécurité, dans une course-poursuite diplomatique à
la trousse d'une diplomatie marocaine, moins professionnel.” Qu’on
ne s’y trompe pas, le journal ne jette pas de fleurs à la diplomatie
algérienne mais met en avant son échec devant “la désarmante
sincérité” des diplomates marocains.
Le magazine
Telquel, connu pour sa position assez indépendante des lignes
suggérées par Rabat aux journaux, cite Réda Taoujni, président de
l’association Sahara marocain, qui considère que, lors de ces
négociations, “le Maroc et le Polisario se prêtent, dans une
première étape, à une nécessaire hypocrisie diplomatique, qui permet
à la communauté internationale d’espérer une solution du conflit”.
“Problème, indique le magazine, aucune des deux parties ne semble
prête à faire de concessions. Dans leurs différentes déclarations,
les responsables algériens et ceux de la RASD ont, tout au long de
ces derniers mois, répété leur ‘rejet du plan d’autonomie marocain
et leur attachement à la solution référendaire’”. Un autre
interlocuteur, un acteur associatif et lobbyiste sahraoui, précise
dans les colonnes de Telquel : “Je me demande quel genre de
concessions le Maroc a-t-il prévu pour ces négociations. Que peut-il
bien offrir au-delà de l’autonomie élargie ? Il ne reste plus que
l’indépendance après.”
La contribution
de tous
Al Ahdath Al
Maghribya, quotidien en langue arabe, présenté comme le plus fort
tirage des quotidiens marocains, apporte aussi sa modeste pierre à
l’édifice puisque dans son édition du 5 juin, il met en évidence la
volonté de l’Algérie d’entraver la bonne préparation des
négociations (à ce propos il faudrait peut-être se demander d’abord
qui a été enclin à chauffer les bendirs de la guerre !) en voulant
créer un lobby soutien aux séparatistes, en se référant à la
conférence de presse tenue à Alger le 4 juin dernier par le
sénateur belge Pierre Galand.
Si tant est que la
seule guerre que veulent livrer les Marocains aux Algériens n’est
que diatribes et propos belliqueux, cela n’occasionnera pas de
dommages collatéraux est c’est tant mieux même si, et cela les
Marocains le savent aussi bien, cette prétendue guerre de papier ne
résoudra pas le conflit du Sahara occidental. Dans le même temps,
cette propension des médias à alimenter la polémique indique bien
que nous ne sommes pas à l’orée du règlement du problème sahraoui.
Il serait peut-être temps pour tous (intellectuels, journalistes,
représentants de la société civile) de dépasser les échanges de
mégères pour trouver une solution qui permettrait au Maroc de ne pas
perdre la face, à l’Algérie de ne pas se dédire et aux Sahraouis de
trouver la solution la plus juste à leur situation. La construction
du Maghreb** en a urgemment besoin.
Amine Esseghir
* De l’avis de
tous les observateurs crédibles, la résolution onusienne du 30 avril
a voulu ménager tout le monde permettant à tous – le Maroc, le
Polisario et même l’Algérie qui se voit confortée dans sa position –
de se dire satisfaits du vote à l’unanimité de ladite résolution.
** Doit-on dire
que les affaires continuent malgré tout ? Des entreprises
algériennes seront présentes à Casablanca, du 26 juin au 1er
juillet, pour participer à la semaine de l’Algérie au Maroc qui se
tiendra au grand palais de la Foire internationale de Casablanca.
Une soixantaine d’exposants sont attendus, parmi eux une
cinquantaine d’entreprises de production et de services parmi les
plus importantes de leurs secteurs en Algérie.
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Le mercenariat en Irak
L’eldorado de
la sécurité privée
“ Des habitants
furieux, mutilant les corps carbonisés de quatre civils tués à
Fallujah” lors d’une attaque spectaculaire contre les forces
d’occupation américaine en Irak. La nouvelle a fait le tour des
médias occidentaux, en ce mois d’avril de l’année 2007. Ah, ces
méchants irakiens qui tuent des “civils” ! Des “civils” parmi les
hommes de la coalition ? En réalité, il s’agit de mercenaires qui
empochent 1 000 dollars par jour pour commettre les pires crimes de
guerre en Irak, au nom de l’instauration de la démocratie et afin
libérer les Irakiens. Car, en plus des militaires d’Amérique, de
Grande-Bretagne et autres pays qui ont accepté de coaliser avec
l’administration Bush pour envahir l’Irak, il y a bien un autre type
de “militaires” qui sèment la terreur dans ce pays.
Les quatre
Américains capturés dans une attaque de la résistance irakienne,
puis tués et mutilés par des habitants de Fallujah, devenue symbole
de la résistance irakienne, ne sont ni des GI’s ni des marines, mais
des mercenaires en tenues civiles mais armés jusqu’aux dents, qui
travaillaient pour la société Blackwater. Une compagnie privée de
maintien de la paix, doux euphémisme pour désigner la pratique du
mercenariat. 80 mercenaires ont été tués dans d’autres batailles à
Fallujah, Bagdad et Nadjaf. C’est d’ailleurs la capture et la
mutilation de quatre d’entre eux à proximité de Fallujah, dans le
secteur sunnite de l’Irak, qui a déclenché les batailles d’avril.
Blackwater n’est
pas la seule entreprise de mercenariat implantée en Irak. Elles sont
plusieurs dizaines de sociétés (25 selon certaines sources) à y
avoir pied, ce qui correspond à plusieurs dizaines de milliers de
mercenaires activant dans les grandes villes irakiennes. On a
dénombré, dès les premiers mois qui ont suivi la chute du régime de
Saddam, plus de 20 000 hommes travaillant pour des Sociétés
militaires privées (SMP). Leur nombre a déjà atteint 100 000 hommes
actuellement, faisant ainsi des firmes privées de sécurité la
troisième force armée en Irak.
Comme son
appellation l’indique, Blackwater (traduisez “eau d’égout” ou “eau
trouble”) fait un sale boulot en Irak ; elle a été créée en 1997,
par un ancien membre des commandos de la marine américaine, les Navy
Seal. Ses plus significatifs contrats, Blackwater les obtient grâce
à la guerre contre le terrorisme lancée par George W. Bush à la
suite des attentats du 11 septembre 2001. En 2002, après l’invasion
de l’Afghanistan, la compagnie se voit attribuer, sans appel
d’offres, son premier contrat, d’un montant de cinq millions de
dollars, pour la protection du quartier général de la CIA à Kaboul.
Un an plus tard, la même société décroche un de ses plus importants
contrats. Il s’agit de la protection du proconsul américain en Irak,
Paul Bremer. Ce contrat a permis à Blackwater d’étendre ses
activités et sa présence dans la région. Elle a ouvert des bureaux à
Bagdad, à Amman (en Jordanie) et à Koweït City. On estime les
contrats obtenus par cette société à plus d’un milliard de dollars
avec le gouvernement des Etats-Unis.
Escadrons de la
mort
“Ces types se
baladent où ils veulent avec une puissance de feu énorme et ils
n'obéissent pas à la hiérarchie militaire. C'est dangereux et
inquiétant”, s’étonne Phil Carter, un ancien officier de l’armée
américaine (cité par Libération du 8 mai 2007). C’est justement ce
que veut le commandement de la coalition, pour ne pas devoir assumer
les bévues de ces mercenaires.
Le 14 novembre
2006, des escadrons de la mort, habillés en commandos de police, ont
enlevé jusqu'à 150 personnes, du personnel et des visiteurs, lors
d'une descente en plein jour dans l'annexe du ministère des Hautes
études, au centre de Bagdad. La plupart de ces personnes ont été
retrouvées mortes quelques jours plus tard. Beaucoup accusent ces
mercenaires d’être derrière ces tueries, dont le but est d’opposer
sunnites et chiites en Irak. En janvier 2005, l'hebdomadaire
Newsweek faisait état de l’intention “d'envoyer des Forces Spéciales
en Irak avec pour mission d'enlever et tuer des gens”. “Nous devons
trouver un moyen de lancer une offensive contre l'opposition.
Jusqu'à présent, nous sommes restés sur la défensive et nous sommes
en train de perdre”, a déclaré un fonctionnaire de la Maison-Blanche
à l'hebdomadaire Newsweek. Une méthode largement utilisée par la CIA
en Amérique Latine et au Salvador en particulier, après une longue
expérience en la matière acquise et appliquée au Viêtnam.
Ce n’est pas la
première fois que l’armée américaine fait appel à des milices
privées. En Bosnie, en 1996, 10% des personnes autour du champ de
bataille étaient des civils employés par des sociétés privées au
profit du Pentagone. Organisées autour de l’International Peace
Operations Association (IPOA - www.ipoaonline.org), les plus en vue
des SMP sont au nombre de 42. Elles ont pour nom Agility Logistics,
ArmorGroup, Ayr Aviation, Blackwater USA, Centigon, Chemonics
International, Demining Enterprises International Pty., DynCorp
International, EOD Technology, HART Security, Pacific Architects &
Engineers, et autres Security Support Solutions (3S). Elles brassent
des milliards de dollars grâce à la politique d’externalisation
(politique de libéralisation et de privatisation). Certaines
figurent parmi les 500 premières sociétés américaines. Elles se
décrivent comme étant des entreprises de fourniture de services de
technologie. Certaines entraînent les troupes dans le désert
koweïtien, d'autres gardent les personnalités pro-américaines comme
le président afghan Hamid Karzaï, protègent des ambassades, des
bâtiments sensibles et des bases à l'étranger, expérimentent et
utilisent des systèmes d'armes sophistiqués ou parfois recueillent
des renseignements. Pour plusieurs milliards de dollars, Kellog
Brown & Root (KBR), une filiale d'Haliburton dont l’ex-président est
Dick Cheney, a assuré la logistique des troupes américaines dans les
Balkans.
Le quotidien
français Le Monde, dans son édition du 11 février 2003, rapporte que
“des salariés de DynCorp International formaient la police et
dirigeaient aussi un réseau de prostitution en Bosnie”. “Quand le
scandale a éclaté, ils ont été seulement licenciés. Ils ne dépendent
pas de la justice militaire. Ils n'ont pas à répondre de leurs actes
à une autorité judiciaire et politique.”
Les recrues de ces
sociétés militaires privées “proviennent des pays réputés pour la
rudesse de leur formation militaire : Afrique du Sud, Ukraine,
Russie, Grande-Bretagne, USA… Les ressortissants d’Amérique latine,
notamment Chiliens ou les Népalais sont prisés pour leur teint
davantage en harmonie avec les caractéristiques du type arabe, ainsi
que naturellement, les ressortissants du Moyen-Orient et de
l’ensemble arabe pour des tâches d’interprétariat et de décryptage
d’informations”, selon René Naba (www.mondialisation.ca). “Une
répartition des tâches semble s’être opérée entre les firmes
américaines et britanniques. Si les Anglais sont présents dans leur
ancienne zone d’influence, notamment les émirats pétroliers du
Golfe, l’Amérique a la haute main sur l’Arabie Saoudite et le reste
du Moyen-Orient”. Derrière tout cela, il y a bien sûr le commerce
des armes qui encourage et alimente ces activités criminelles. Nous
sommes loin des Bob Denard & Co., mais devant une nouvelle forme de
mercenariat en col blanc, représenté par des “ingénieurs” et des
recruteurs spécialistes en gestion des ressources humaines (GRH).
La France est très
peu présente actuellement dans le domaine du mercenariat. Elle est
quand même présente à travers Earthwind Holding Corporation, une
petite société militaire privée francophone qui dispose de “30 à 40
anciens militaires et policiers français en Irak pour la
sous-traitance des missions auparavant imparties aux officiers
anglophones”.
L’Afrique du Sud
et Israël sont également sur ce terrain. Le premier à travers
Executive Outcomes et Lev-Dan pour le second. Filiale de Kardan
Investment (pierres précieuses en Afrique !), Lev-Dan est aussi
présente en Irak où ses instructeurs forment des soldats kurdes.
“Interop et Colosseum, deux sociétés israéliennes de mercenariat,
serviraient de couverture à cette activité de l’armée israélienne”
en Irak.
Abdelkader
Djalil
Haut
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