Semaine du 20 au 26 juin  2007

 Belkhadem devant l’APN

Un programme et des priorités

 Abstention électorale

La proportionnelle n’est pas responsable (Partie 4)

 Education

Le rêve de Benbouzid

 

 
 
 Nation

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  Belkhadem devant l’APN

Un programme et des priorités
Hormis le parachèvement des grands projets et autres importants chantiers de réformes, c’est la valorisation des ressources humaines qui est mise en avant à l’horizon 2009, dans le programme énoncé par le gouvernement aux députés, selon un ordre de priorités défini.
Pas moins de 300 magistrats recrutés/l’an, 1 000 agents dans les corps techniques et dans les spécialités informatique, banque, archives, bibliothéconomie et statistiques. Ajouté à cela le chiffre de 200 000 agents de sécurités à atteindre, 100 000 ouvriers dans le secteur des travaux publics auxquels s’ajouteront les 100 locaux par communes, le million de logements et quelque 500 PME à créer dans le cadre de l’encouragement de l’investissement productif. Tels sont les multiples défis que se fixe l’actuel Exécutif qui s’engage d’ores et déjà à vouloir faire vite et fort. Un pari difficile, eu égard au passif à assumer, mais pas impossible tant les secteurs accusant des retards s’imposent en priorité. Il est souligné que l’avant-projet du programme gouvernemental, qui s’inscrit dans la continuité, est articulé essentiellement autour des réajustements du programme présidentiel, amorcé en 1999 à l’objet d’une relance économique et consolidé en 2004 pour une croissance. Lesquels réajustements sont opérés en fonction des insuffisances constatées jusque-là.
Elaboré en 91 pages, le projet de programme du gouvernement s’inspire dans ses grandes lignes en grande partie de “la démarche de sortie de crise amorcée en 2004 et qui a mis résolument le pays dans la voie de la paix, de la sécurité, de la stabilité, du développement et du progrès”. Définis dans sept chapitres, les axes de cette démarche consacrent une grande place à la bonne gouvernance, aux réformes économiques, à l’aménagement et au développement durable du territoire, au développement des infrastructures, à l’action internationale et à la défense nationale.
L’impératif du renforcement de l’institution judiciaire, la modernisation de l’Etat, la promotion de l’investigation et le renforcement de la sécurité s’affiche en points de mire du gouvernement, qui se dit résolu à lutter contre la criminalité et la corruption. Concernant la criminalité, le gouvernement envisage de lutter contre le banditisme, l’usage des stupéfiants et de la drogue. Pour la corruption, il annonce qu’il s’attachera à “identifier les causes et les manifestations de ce fléau croissant et agira en vue de leur éradication” avec une attention particulière au palliatif de la prévention à plusieurs niveaux.
Le volet sécuritaire, remis au goût du jour au lendemain des attentats du 11 avril passé et du regain de la violence, par le renforcement de la sécurité des biens et des personnes sur laquelle s’engage le gouvernement évoque la mise en œuvre d’une stratégie, notamment pour “le renforcement des moyens de lutte contre le terrorisme par la mise en place d’une police communale sur la base entre autres du redéploiement de la garde communale; la multiplication des implantations des structures de la Sûreté nationale et de la Gendarmerie nationale à travers le réseau des infrastructures et la multiplication des sûretés de daïra, des sûretés urbaines et des postes de contrôle frontaliers”. La modernisation des moyens de la police technique et scientifique est également prise en considération dans ce programme.
La révolution législative se poursuit
Au chapitre de la réforme et de l’organisation des structures de l’Etat, le gouvernement s’engage à opérer une refonte d’un certain nombre de textes législatifs. Ce faisant, la révision de l’arsenal juridique va certainement meubler les première années du quinquennat des députés qui prendra acte ce samedi. Ainsi, “le dispositif législatif comme la loi électorale, la loi sur les partis politiques, la loi sur les associations, celle sur les réunions et les manifestations publiques, la loi relative aux conditions d’entrée, de séjour et de circulation des étrangers en Algérie seront révisés”, lit-on dans l’avant-projet de programme. L’objectif escompté, est-il encore précisé est “la consolidation de l’Etat de droit et la promotion des libertés publiques”.
Au chapitre de l’amélioration de l’administration territoriale, il sera question “de la déconcentration et de la décentralisation afin d’assurer une meilleure clarification des prérogatives réparties entre l’Etat et les collectivités locales”. On assistera sans l’ombre d’un doute à la mise à jour du découpage administratif, plusieurs fois reporté, selon lequel il y aura émergence de nouvelles wilayas déléguées à l’effet de rapprocher les citoyens des centres administratifs.

Un sondage de la population, le quatrième du genre depuis l’Indépendance, sera lancé à la rentrée sociale. Le document de l’avant-projet du programme de l’Exécutif insiste sur le fait que la révision du code communal devra “affermir l’autorité du wali, notamment sur les services déconcentrés et réhabiliter la daïra”. Et pour la première fois dans l’histoire de la politique, le statut de l’élu sera redéfini à l’objet “d’asseoir une relation de confiance entre l’élu et le citoyen avec une meilleure clarification de ses droits et obligations”.
La réforme des finances locales et d’un système d’allocation des ressources accompagnera également cette trame de révisions tel qu’elle est retenue dans le programme du gouvernement.
La stabilité politique et sociale pour un développer économique
Cette démarche est clairement consignée dans ce programme qui s’articule autour des principaux axes de la réconciliation nationale selon le triptyque de paix, de cohésion et de croissance. Le document souligne que l’Exécutif entend renforcer sa vigilance pour “s’opposer à toutes les velléités visant à contrecarrer la politique de la réconciliation nationale, d’où qu’elles viennent”. Le gouvernement réaffirme à ce titre sa ferme détermination à lutter résolument et de manière implacable contre le terrorisme et les nouveaux fléaux qu’il nourrit, notamment le crime organisé, le blanchiment d’argent et le trafic de drogue.
Un développement économique soutenu et durable orienté vers la prise en charge des besoins fondamentaux des citoyens et la création des conditions favorables à leur épanouissement demeure un intérêt capital pour le gouvernement. La stabilité politique et la cohésion sociale, est-il mentionné, sont les garants de toutes les actions du développement et de la croissance économique. Enfin et pour améliorer les conditions de vie, le gouvernement aspire à améliorer les indicateurs socio-économiques “qui connaissent un redressement continu”.
Cap sur l’investissement
Aidé par la conjoncture économique favorable, le gouvernement s’attelle à poursuivre la mise en œuvre du Programme de développement économique et social qui vise une croissance forte et durable. C’est ainsi que, pour le gouvernement, “l’apport des IDE, envisagé dans le cadre de la coopération avec les partenaires étrangers, sera encouragé”. Pour ce faire, le gouvernement mettra en place des dispositifs incitatifs pour encourager l’orientation vers des secteurs autres que celui des services afin de favoriser la création de nouvelles entreprises. Il s’agira de faire en sorte que “les IDE soient un véritable facteur de développement”. L’action gouvernementale déjà engagée sera orientée, selon l’avant-projet, prioritairement vers la lutte contre le chômage et la pauvreté, le parachèvement du programme d’un million de logements pour répondre aux attentes des citoyens et ce, par la levée de toutes les contraintes ayant constitué des obstacles à la concrétisation de la politique menée par les pouvoirs publics en matière d’habitat afin de répondre à une demande forte et pressante.

Le renforcement, l’extension et la densification des réseaux d’infrastructures de base pour répondre aux besoins croissants de l’économie nationale et des citoyens est aussi un souci majeur des pouvoirs publics.
Tous ces changements ne peuvent être en adéquation avec les visées des pouvoirs publics sans leur traduction dans la loi fondamentale du pays. La révision constitutionnelle reste, à ce propos, le cheval de bataille qui mène, à en croire certains leaders de l’Alliance présidentielle, tout droit à “une deuxième République” tant souhaitée par la classe politique. C’est dire si la cadence de développement reste l’otage des pesanteurs qui tirent à la stagnation qui est à l’origine de la lenteur des mutations effectuées jusque-là. Depuis 1988, l’Algérie aura perdu vainement 20 ans de construction démocratique non achevée d’ici le référendum sur la Constitution qui interviendra certainement en 2008.
Salah Bey

 

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 Abstention électorale

La proportionnelle n’est pas responsable (Partie 4)

En règle générale, le fait qu’une élection ait été marquée par une forte abstention ne veut pas dire qu’il en sera de même pour celle qui suit. Ni même d’ailleurs que la forte participation à une échéance quelconque a vocation à se reproduire peu ou prou au cours de la suivante. Tout dépend à cet égard de l’enjeu propre à chacune et de cet impondérable qu’est l’état de l’opinion. Une mobilisation particulièrement forte de l’électorat peut être suivie d’une abstention record, et réciproquement. On en a un exemple dans les dernières élections en France. A un mois d’intervalle, la présidentielle a connu la participation la plus élevée de la V° République, et les législatives qui ont suivi l’abstention la plus importante.

Le comportement des électeurs est en général fonction de la conjoncture qui, par définition, est changeante.

Si aux législatives du 17 mai devait succéder non pas des locales, mais une élection présidentielle, on se serait peut-être trouvé dans l’incapacité de prédire ce que serait le comportement des électeurs. Même alors, cependant, le taux de participation dépendrait beaucoup de l’incertitude où l’on serait de l’issue de la compétition. Dans l’hypothèse où celle-ci semblerait jouée d’avance, le plus probable est que les électeurs ne seraient pas portés à se passionner pour elle. Il reste qu’une élection présidentielle, dans un système politique où l’institution présidentielle est la clef de voûte, est de nature à susciter un intérêt sensiblement plus grand, quel que soit l’état de l’opinion. C’est ainsi qu’il n’est pas exclu qu’elle puisse donner lieu à une participation forte, sans commune mesure avec celle des élections ayant précédé, qu’elles aient été ordinaires toutes, ou que l’une d’elles ait revêtu le caractère d’un référendum.

En vertu du calendrier électoral, il se trouve que ce sont les locales qui devront se tenir après les législatives. Et l’idée qui domine à leur propos, c’est qu’il n’y a pas de raison pour qu’elles intéressent les électeurs plus que la consultation précédente. Il n’aura échappé à personne que c’est cette perspective qui a causé leur report, non pas le fait qu’elles coïncident, si on doit suivre exactement le calendrier, avec la rentrée scolaire et le Ramadhan.

Quelle que soit au bout du compte l’explication qu’on a soi-même  privilégiée de l’abstention aux dernières législatives, un consensus implicite existe selon lequel l’abstention n’est pas propre à cette dernière échéance, qu’elle ne  relève pas de la conjoncture, qu’au contraire tout porte à penser qu’elle tient désormais à des causes structurelles. Les commentaires faits par le ministre de l’Intérieur au moment où il donnait les résultats, bien qu’ils ne ressortent pas tous au même registre, abondent pour l’essentiel dans ce sens. En tout cas, on aura surtout retenu de son intervention que lui-même est d’avis que la véritable explication est à chercher du côté de l’offre politique, dont il pense qu’elle retarde sur les évolutions de la société.

Or, il y a deux sortes de causes structurelles. L’une renvoie à l’offre politique, c’est-à-dire à la classe politique dans sa configuration actuelle, et l’autre aux institutions, c’est-à-dire aux rapports des pouvoirs, notamment de l’exécutif et du législatif.

S’agissant de la première cause, il convient de rappeler que le thème de l’obsolescence de la classe politique n’est pas nouveau, on peut dire de lui qu’il remonte au début de la démocratisation. C’est déjà un leitmotiv chez les anciens communistes, qui en appelaient déjà à la recomposition politique mais sans d’autre indication à ce propos sinon qu’il faut interdire les partis islamistes, qu’ils soient réputés radicaux ou modérés. Ils avaient à la fois raison et tort en cette matière. Raison, car ils voyaient bien qu’il n’était pas possible de construire une démocratie sur une base partisane aussi faible et un mouvement intégriste multipartisan qui ne cachait pas son intention d’instaurer un Etat théocratique . Les événements ne leur donneront pas tort, bien au contraire, puisque la violence politique n’allait pas tarder à faire partie du décor. Tort néanmoins, parce qu’ils ne proposaient pas vraiment de  solution au problème qu’ils soulevaient, et qu’ils donnaient très nettement le sentiment que l’obsolescence qu’ils dénonçaient était d’abord celle des organisations en lesquelles  avait éclaté le parti qui les regroupait tous, le PAGS.

Les autres partis n’étaient pas alors d’humeur à tenir ce genre de discours ; tous se promettaient un grand avenir, y compris les plus fantaisistes. Mais en peu de temps, la première euphorie  était tombée, et les partis qui occupaient le devant de la scène ont dû revoir leurs ambitions à la baisse. Aujourd’hui, il n’en est plus un seul qui soit sûr de faire  encore partie du paysage dans les prochaines années. Les partis de la coalition pas plus que les autres. Le FLN lui-même, la principale force politique, doute peut-être plus que jamais de son avenir. Le paradoxe dans son cas, c’est qu’il ne se sera finalement pas passé beaucoup de temps entre le moment où il a recouvré sa prérogative de parti du président de la République, qui était la sienne du temps où il était parti unique, et celui où il a vu le nombre des ses électeurs diminuer de moitié. Alors même que son score aux législatives d’il y a cinq ans n’était pas particulièrement élevé pour un parti à qui revenait le titre de force principale, qu’aucune autre formation de surcroît  ne semblait en mesure de lui disputer à plus ou moins brève échéance. Perdre la moitié de ses électeurs entre deux élections législatives n’est un bon signe pour aucun parti politique, où qu’il soit, mais cela est bien plus grave quand on est en réalité plus un appareil à caractère partisan  qu’un parti à proprement parler, et que son meilleur argument pour continuer de remplir le même rôle que précédemment, c’est de récolter dans les consultations un nombre de voix en rapport avec sa place prépondérante dans le champ politique. Or, le FLN dépasse maintenant de peu le million de voix. La menace qui pèse sur lui dès lors, c’est de passer sous la barre du million de voix. Il ne serait pas étonnant qu’il régresse à ce niveau-là dès les législatives prochaines. On comprend alors pourquoi la question de l’abstention revêt une grande importance pour lui bien plus que pour les autres partis, y compris ceux de la coalition. Il ne peut pas, pour ce qui le concerne, reculer plus qu’il ne l’a fait le 17 mai dernier sans  voir son existence remise en cause. Ce n’est pas le cas du RND et encore moins celui du MSP, qui peuvent très bien se contenter des résultats qu’ils ont obtenus aux dernières législatives,  si proches d’ailleurs, sans que cela leur soit immédiatement préjudiciable. Mais  à une condition toutefois, que le FLN continue de représenter la pièce maîtresse dans l’attelage qu’ils forment à trois. L’idéal pour ces deux-là ce serait que le FLN se rapproche d’eux sous le rapport des scores électoraux, mais qu’il ne tombe pas à leur niveau cependant, parce qu’ils se doutent bien que si ce cas survenait, c’en serait fini de la coalition en général, et peut-être bien de chacun d’eux en particulier. Ni l’un ni l’autre n’ambitionnent aujourd’hui de prendre la tête de la coalition. Il fut un temps où ils s’efforçaient de modifier le rapport de forces en leur faveur. Le RND, à sa naissance, non seulement pensait prendre le dessus sur le FLN, mais cherchait à se substituer entièrement à lui. Il n’est décidément plus dans l’état d’esprit qui était le sien au moment où il s’était engagé dans les législatives de 1997. A moins qu’il n’attende que les circonstances le favorisent à nouveau pour reprendre du poil de la bête.

On peut toujours estimer, évidemment, que la forte abstention à la consultation du 17 mai, comme de celle qui est susceptible de marquer les locales de fin d’année, sont à mettre sur le compte des appels au boycott, que celui-ci soit explicite comme celui du FFS, ou implicite ou souterrain comme celui qu’il est raisonnable de prêter aux dirigeants de la nébuleuse formé par l’islamisme radical. A ce point de vue, cette abstention n’aurait rien de mystérieux, même s’il n’y a  pas de raison particulière d’en rendre responsable un bord plutôt qu’un autre. On devrait en attribuer les bénéfices aux partisans du boycott dans tous les cas de figure, quelle que soit la casquette sous laquelle ils se seraient exprimés en ce sens, à titre individuel ou au nom d’un parti, celui-ci n’existerait-il pas encore de façon formelle, ou aurait-il cessé d’exister depuis quelques années déjà.

Le fait est que seul le FFS a appelé explicitement au boycott des législatives. L’on sait de plus qu’il compte participer aux locales prochaines. Il est donc possible de savoir dans les semaines à venir quelle est son influence exacte dans l’opinion aujourd’hui. Mais est-il vraiment nécessaire pour se faire une idée de celle-ci de patienter jusqu’à la tenue des élections locales ? Il y a en effet quelques mois, le FFS avait participé aux partielles organisées en Kabylie, et la participation était dans cette région certes  plus importante, mais pas de beaucoup cependant, que lors des législatives du 17 mai. On ne fera pas au FFS l’injure d’en conclure que son score n’aurait pas été bien différent de ce que dégagerait une soustraction entre les chiffres de participation aux deux échéances. Mais enfin, on n’est pas non plus obligé de supposer  un engouement populaire, du moins en Kabylie, parce qu’il aurait participé à la seconde, ou aux locales à venir, seulement parce qu’il a promis d’être en lice.

La participation aurait-elle été d’un autre ordre s’il y avait dans la course aux sièges de l’Assemblée nationale une formation représentant l’islamisme radical tel que l’incarnait l’ex-Fis ? Nul doute qu’il y aurait beaucoup qui répondraient par l’affirmative à cette question. Pourtant, ils auraient du mal à établir le bien-fondé de leur opinion. Toujours est-il qu’ils finiraient par faire valoir que la forte abstention s’explique, en partie tout au moins, par l’absence d’un parti de la même mouvance que le MSP mais qui professerait un islamisme plus intransigeant que le sien. L’électorat d’El-islah du temps où A. Djaballah était à sa tête s’est abstenu dans une large mesure  lors des dernières législatives, cela ne semble pas faire de doute. Mais ces voix qui ont manqué à ce parti depuis le renversement de l’ancienne direction n’auraient pas accru de beaucoup le taux de participation si elles s’étaient exprimées.

Toutefois, ce n’est pas à elles que pensent en premier lieu tous ceux qui sont d’avis que c’est l’absence d’un parti issu de l’islamisme radical qui rend compte du fait que les élections aient désormais tendance à se solder par une forte abstention. Et d’arguer du fait que les représentants attitrés de ce courant ne pouvaient même pas se présenter sur des listes indépendantes en raison des dispositions de la Charte sur la paix et la réconciliation. Ce qu’ils ont en vue ce sont en réalité les 3 millions de voix obtenues par l’ex-Fis en décembre 1990, lors des premières législatives pluralistes. C’est aussi à elles que pensent les dirigeants du parti dissous amnistiés, notamment ceux qui ont fait part de leur intention de lancer un nouveau parti qui soit dans la lignée du parti dissous. C’est à croire que ces trois millions de voix, dont beaucoup du reste sont sujettes à caution,  compte tenu des conditions qui ont présidé à cette consultation, attendent depuis décembre 1990 l’apparition de l’organisation qui sera jugée digne de les revendiquer. Et alors, pensent ces rêveurs, elles se porteront toutes sur le parti héritier, et pas une ne lui manquera.

La réalité c’est que l’histoire ne repasse jamais les mêmes plats. Ce parti qui prendrait en toute légitimité la place de l’ex-Fis, comment l’imaginent-ils ceux qui veulent le créer ? Comme un FIS mais qui ne serait plus adepte de la violence. Comme un FIS mais qui se serait définitivement converti aux principes démocratiques. Comme un FIS qui en aurait les qualités mais aucun des défauts. Ce FIS-là, qui porterait bien entendu un autre nom, ne partirait pas dans la vie avec rien, puisqu’il hériterait des 3 millions de voix obtenues par son ancêtre il y a près d’une vingtaine d’années.

On le voit peut-être, nous ne sommes pas là en présence d’une opinion politique, mais d’un article de foi, d’une nostalgie par rapport à un âge d’or qu’on s’imagine transposable à peu près tel quel dans le présent.

M. Habili

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 Education

Le rêve de Benbouzid

Quand le ministre de l’Education, M. Benbouzid, dit qu’il s’attend à un taux de réussite de 70 % à l’examen du bac, cela sous-entend-il que l’école algérienne n’est plus cette institution sinistrée qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive ? De plus, les universités pourront-elles accueillir quelque 490 000 nouveaux étudiants ?

Cette déclaration du ministre de l’Education, on peut l’expliquer par toutes les facilités offertes par son secteur cette année aux élèves des classes de terminale, afin qu’ils puissent préparer l’examen du baccalauréat dans les meilleures conditions possibles.

En effet, une recommandation officielle a été donnée à tous les établissements scolaires pour que les élèves puissent y travailler en dehors des horaires ordinaires de travail. Ce n’est pas tout. Des cours de soutien, des études surveillées ainsi que des révisions et des devoirs en groupe ont eu lieu tout au long de l’année scolaire.

1 500 lycées ont été dotés de micro-ordinateurs, des cédéroms de cours et de sujets de préparation au bac ont été édités par l’ONEC et l’ONEFD et mis à la disposition de tous les élèves.

Pour cela, une enveloppe budgétaire de 200 000 DA a été allouée à chaque établissement secondaire pour l’achat d’un ordinateur portable et d’un data-show, afin que tous les élèves bénéficient des cours et des exercices qui leur permettent de se préparer convenablement à l’examen.

Elles sont bien loin, les années bénies où les élèves n’avaient comme moyen de préparation que les annales, des recueils des épreuves des années passées, mais, curieux paradoxe, les taux de réussite étaient plus importants. En quelque sorte, M. Benbouzid est en train de dire aux élèves concernés : vous avez peu d’excuses pour justifier votre échec.

C’est pour cette même raison qu’il n’a pas arrêté de dire : “ Je ne veux pas de rachat et je refuse le système des quotas.” Autant dire que chaque élève porte en lui l’obligation de réussir ce cap qui lui ouvrira les portes de l’université et des cours supérieurs. Le rêve de tout élève de classe de terminale.

La responsabilité est donc un peu lourde pour chaque candidat qui, en théorie, a bien révisé ses cours, essayé de résoudre les exercices des épreuves passées… en un mot, a tout fait pour voir son nom parmi les meilleurs. En même temps, le ministre de l’Education se montre exigeant et affirme que le système de rattrapages qui avait permis de repêcher beaucoup de candidats ne sera désormais plus de mise.

“Si l’élève veut avoir son bac, il doit travailler et nous lui garantissons toutes les conditions pour le faire”, n’arrête pas de répéter le ministre de l’Education.

Cet acharnement à faire du bac "la priorité des priorités" est quelque peu légitime dans la mesure où il veut gommer peu à peu l’image qui était celle de l’école algérienne, il y a seulement quelques années, quand les fuites des sujets avaient éclaboussé tout le secteur de l’éducation et que les taux de réussite étaient si faibles que des candidats étaient admis à l’université avec des moyennes qui ne dépassaient pas les neuf sur vingt.

Tout le monde était offusqué et l’on a crié tout haut que l’école algérienne était sinistrée. C’est à partir de là que l’idée de créer des écoles privées a germé, puis a pris corps, d’abord de façon clandestine car le ministère de l’Education ne voulait pas reconnaître leur existence, puis de façon officielle pour quelques-unes. Celles qui ont accepté de se conformer au cahier de charges exigé par le ministère.

A ce moment-là, l’école publique devait tout faire pour faire oublier les résultats catastrophiques qui étaient, de l’avis de tous, l’aboutissement logique de l’école fondamentale. Voilà pourquoi le ministre de l’Education nationale mise tellement sur les résultats du baccalauréat et en fait une priorité. Le travail accompli a sans doute donné ses résultats puisque depuis 1999, l’on enregistre chaque année un taux de réussite plus important, et même que le taux de l’année 2006 est le plus haut depuis 1962 : 51 % de candidats ont été reçus. Ce taux élevé réhabilite en quelque sorte l’école publique, accusée d’être à l’origine de toutes les défaillances.

Pour cette année, M. Benbouzid espère un taux de 70% et jusqu’à 75 % pour les six années à venir. N’est-ce pas mettre la barre un peu trop haut, surtout quand on sait que le programme enseigné est loin d’être le meilleur et que le secteur de l’éduction connaît beaucoup de problèmes maintes fois évoqués, par exemple le niveau des enseignants qui laisse souvent à désirer ?

En même temps, vouloir que la plupart des candidats réussissent sous-entend que le taux de réussite sera, peut-être, gonflé cette fois-ci. Mais au-delà de cet aspect et de la volonté des responsables du secteur d’améliorer l’image de l’école algérienne, reste une réalité qu’il ne faut pas oublier. L’université algérienne est-elle capable d’accueillir 490 000 nouveaux étudiants ? Ils sont 700 000 inscrits à l’examen du bac, et si 70% sont reçu, cela nous donnera 490.000 bacheliers. Ce chiffre est sans nul doute énorme quand on sait que les universités qui existent sont déjà surchargées. Que fera-t-on de tous ces candidats qui, heureux de franchir le seuil de l’université, se retrouveront ballottés entre plusieurs instituts pour aboutir, en fin de compte, dans une filière qui ne les enthousiasme pas ? Que faire aussi de tous ces étudiants qui ont un mal fou à se trouver un lit, ou parfois un simple matelas dans une chambre universitaire ? Car chaque année que Dieu fait, les mêmes soucis se posent et chaque année le flux des nouveaux arrivés est plus nombreux, ce qui complique un peu plus la situation.

Autrement dit, il ne sert à rien d’avoir sur les bras des étudiants qui, dès le départ, sont confrontés à d’insolubles problèmes. Les places pédagogiques étant limitées, les chambres, les restos et les bus surchargés, il ne sert absolument à rien de compliquer les choses.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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