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Belkhadem devant l’APN
Un programme et
des priorités
Hormis le parachèvement des
grands projets et autres importants chantiers de réformes, c’est la
valorisation des ressources humaines qui est mise en avant à
l’horizon 2009, dans le programme énoncé par le gouvernement aux
députés, selon un ordre de priorités défini.
Pas moins de 300 magistrats recrutés/l’an, 1 000 agents dans les
corps techniques et dans les spécialités informatique, banque,
archives, bibliothéconomie et statistiques. Ajouté à cela le chiffre
de 200 000 agents de sécurités à atteindre, 100 000 ouvriers dans le
secteur des travaux publics auxquels s’ajouteront les 100 locaux par
communes, le million de logements et quelque 500 PME à créer dans le
cadre de l’encouragement de l’investissement productif. Tels sont
les multiples défis que se fixe l’actuel Exécutif qui s’engage
d’ores et déjà à vouloir faire vite et fort. Un pari difficile, eu
égard au passif à assumer, mais pas impossible tant les secteurs
accusant des retards s’imposent en priorité. Il est souligné que
l’avant-projet du programme gouvernemental, qui s’inscrit dans la
continuité, est articulé essentiellement autour des réajustements du
programme présidentiel, amorcé en 1999 à l’objet d’une relance
économique et consolidé en 2004 pour une croissance. Lesquels
réajustements sont opérés en fonction des insuffisances constatées
jusque-là.
Elaboré en 91 pages, le projet de programme du gouvernement
s’inspire dans ses grandes lignes en grande partie de “la démarche
de sortie de crise amorcée en 2004 et qui a mis résolument le pays
dans la voie de la paix, de la sécurité, de la stabilité, du
développement et du progrès”. Définis dans sept chapitres, les axes
de cette démarche consacrent une grande place à la bonne
gouvernance, aux réformes économiques, à l’aménagement et au
développement durable du territoire, au développement des
infrastructures, à l’action internationale et à la défense
nationale.
L’impératif du renforcement de l’institution judiciaire, la
modernisation de l’Etat, la promotion de l’investigation et le
renforcement de la sécurité s’affiche en points de mire du
gouvernement, qui se dit résolu à lutter contre la criminalité et la
corruption. Concernant la criminalité, le gouvernement envisage de
lutter contre le banditisme, l’usage des stupéfiants et de la
drogue. Pour la corruption, il annonce qu’il s’attachera à
“identifier les causes et les manifestations de ce fléau croissant
et agira en vue de leur éradication” avec une attention particulière
au palliatif de la prévention à plusieurs niveaux.
Le volet sécuritaire, remis au goût du jour au lendemain des
attentats du 11 avril passé et du regain de la violence, par le
renforcement de la sécurité des biens et des personnes sur laquelle
s’engage le gouvernement évoque la mise en œuvre d’une stratégie,
notamment pour “le renforcement des moyens de lutte contre le
terrorisme par la mise en place d’une police communale sur la base
entre autres du redéploiement de la garde communale; la
multiplication des implantations des structures de la Sûreté
nationale et de la Gendarmerie nationale à travers le réseau des
infrastructures et la multiplication des sûretés de daïra, des
sûretés urbaines et des postes de contrôle frontaliers”. La
modernisation des moyens de la police technique et scientifique est
également prise en considération dans ce programme.
La révolution législative se poursuit
Au chapitre de la réforme et de l’organisation des structures de
l’Etat, le gouvernement s’engage à opérer une refonte d’un certain
nombre de textes législatifs. Ce faisant, la révision de l’arsenal
juridique va certainement meubler les première années du quinquennat
des députés qui prendra acte ce samedi. Ainsi, “le dispositif
législatif comme la loi électorale, la loi sur les partis
politiques, la loi sur les associations, celle sur les réunions et
les manifestations publiques, la loi relative aux conditions
d’entrée, de séjour et de circulation des étrangers en Algérie
seront révisés”, lit-on dans l’avant-projet de programme. L’objectif
escompté, est-il encore précisé est “la consolidation de l’Etat de
droit et la promotion des libertés publiques”.
Au chapitre de l’amélioration de l’administration territoriale, il
sera question “de la déconcentration et de la décentralisation afin
d’assurer une meilleure clarification des prérogatives réparties
entre l’Etat et les collectivités locales”. On assistera sans
l’ombre d’un doute à la mise à jour du découpage administratif,
plusieurs fois reporté, selon lequel il y aura émergence de
nouvelles wilayas déléguées à l’effet de rapprocher les citoyens des
centres administratifs.
Un sondage de la
population, le quatrième du genre depuis l’Indépendance, sera lancé
à la rentrée sociale. Le document de l’avant-projet du programme de
l’Exécutif insiste sur le fait que la révision du code communal
devra “affermir l’autorité du wali, notamment sur les services
déconcentrés et réhabiliter la daïra”. Et pour la première fois dans
l’histoire de la politique, le statut de l’élu sera redéfini à
l’objet “d’asseoir une relation de confiance entre l’élu et le
citoyen avec une meilleure clarification de ses droits et
obligations”.
La réforme des finances locales et d’un système d’allocation des
ressources accompagnera également cette trame de révisions tel
qu’elle est retenue dans le programme du gouvernement.
La stabilité politique et sociale pour un développer économique
Cette démarche est clairement consignée dans ce programme qui
s’articule autour des principaux axes de la réconciliation nationale
selon le triptyque de paix, de cohésion et de croissance. Le
document souligne que l’Exécutif entend renforcer sa vigilance pour
“s’opposer à toutes les velléités visant à contrecarrer la politique
de la réconciliation nationale, d’où qu’elles viennent”. Le
gouvernement réaffirme à ce titre sa ferme détermination à lutter
résolument et de manière implacable contre le terrorisme et les
nouveaux fléaux qu’il nourrit, notamment le crime organisé, le
blanchiment d’argent et le trafic de drogue.
Un développement économique soutenu et durable orienté vers la prise
en charge des besoins fondamentaux des citoyens et la création des
conditions favorables à leur épanouissement demeure un intérêt
capital pour le gouvernement. La stabilité politique et la cohésion
sociale, est-il mentionné, sont les garants de toutes les actions du
développement et de la croissance économique. Enfin et pour
améliorer les conditions de vie, le gouvernement aspire à améliorer
les indicateurs socio-économiques “qui connaissent un redressement
continu”.
Cap sur l’investissement
Aidé par la conjoncture économique favorable, le gouvernement
s’attelle à poursuivre la mise en œuvre du Programme de
développement économique et social qui vise une croissance forte et
durable. C’est ainsi que, pour le gouvernement, “l’apport des IDE,
envisagé dans le cadre de la coopération avec les partenaires
étrangers, sera encouragé”. Pour ce faire, le gouvernement mettra en
place des dispositifs incitatifs pour encourager l’orientation vers
des secteurs autres que celui des services afin de favoriser la
création de nouvelles entreprises. Il s’agira de faire en sorte que
“les IDE soient un véritable facteur de développement”. L’action
gouvernementale déjà engagée sera orientée, selon l’avant-projet,
prioritairement vers la lutte contre le chômage et la pauvreté, le
parachèvement du programme d’un million de logements pour répondre
aux attentes des citoyens et ce, par la levée de toutes les
contraintes ayant constitué des obstacles à la concrétisation de la
politique menée par les pouvoirs publics en matière d’habitat afin
de répondre à une demande forte et pressante.
Le renforcement,
l’extension et la densification des réseaux d’infrastructures de
base pour répondre aux besoins croissants de l’économie nationale et
des citoyens est aussi un souci majeur des pouvoirs publics.
Tous ces changements ne peuvent être en adéquation avec les visées
des pouvoirs publics sans leur traduction dans la loi fondamentale
du pays. La révision constitutionnelle reste, à ce propos, le cheval
de bataille qui mène, à en croire certains leaders de l’Alliance
présidentielle, tout droit à “une deuxième République” tant
souhaitée par la classe politique. C’est dire si la cadence de
développement reste l’otage des pesanteurs qui tirent à la
stagnation qui est à l’origine de la lenteur des mutations
effectuées jusque-là. Depuis 1988, l’Algérie aura perdu vainement 20
ans de construction démocratique non achevée d’ici le référendum sur
la Constitution qui interviendra certainement en 2008.
Salah Bey
Haut
Abstention
électorale
La
proportionnelle n’est pas responsable (Partie 4)
En règle générale,
le fait qu’une élection ait été marquée par une forte abstention ne
veut pas dire qu’il en sera de même pour celle qui suit. Ni même
d’ailleurs que la forte participation à une échéance quelconque a
vocation à se reproduire peu ou prou au cours de la suivante. Tout
dépend à cet égard de l’enjeu propre à chacune et de cet
impondérable qu’est l’état de l’opinion. Une mobilisation
particulièrement forte de l’électorat peut être suivie d’une
abstention record, et réciproquement. On en a un exemple dans les
dernières élections en France. A un mois d’intervalle, la
présidentielle a connu la participation la plus élevée de la V°
République, et les législatives qui ont suivi l’abstention la plus
importante.
Le comportement
des électeurs est en général fonction de la conjoncture qui, par
définition, est changeante.
Si aux
législatives du 17 mai devait succéder non pas des locales, mais une
élection présidentielle, on se serait peut-être trouvé dans
l’incapacité de prédire ce que serait le comportement des électeurs.
Même alors, cependant, le taux de participation dépendrait beaucoup
de l’incertitude où l’on serait de l’issue de la compétition. Dans
l’hypothèse où celle-ci semblerait jouée d’avance, le plus probable
est que les électeurs ne seraient pas portés à se passionner pour
elle. Il reste qu’une élection présidentielle, dans un système
politique où l’institution présidentielle est la clef de voûte, est
de nature à susciter un intérêt sensiblement plus grand, quel que
soit l’état de l’opinion. C’est ainsi qu’il n’est pas exclu qu’elle
puisse donner lieu à une participation forte, sans commune mesure
avec celle des élections ayant précédé, qu’elles aient été
ordinaires toutes, ou que l’une d’elles ait revêtu le caractère d’un
référendum.
En vertu du
calendrier électoral, il se trouve que ce sont les locales qui
devront se tenir après les législatives. Et l’idée qui domine à leur
propos, c’est qu’il n’y a pas de raison pour qu’elles intéressent
les électeurs plus que la consultation précédente. Il n’aura échappé
à personne que c’est cette perspective qui a causé leur report, non
pas le fait qu’elles coïncident, si on doit suivre exactement le
calendrier, avec la rentrée scolaire et le Ramadhan.
Quelle que soit au
bout du compte l’explication qu’on a soi-même privilégiée de
l’abstention aux dernières législatives, un consensus implicite
existe selon lequel l’abstention n’est pas propre à cette dernière
échéance, qu’elle ne relève pas de la conjoncture, qu’au contraire
tout porte à penser qu’elle tient désormais à des causes
structurelles. Les commentaires faits par le ministre de l’Intérieur
au moment où il donnait les résultats, bien qu’ils ne ressortent pas
tous au même registre, abondent pour l’essentiel dans ce sens. En
tout cas, on aura surtout retenu de son intervention que lui-même
est d’avis que la véritable explication est à chercher du côté de
l’offre politique, dont il pense qu’elle retarde sur les évolutions
de la société.
Or, il y a deux
sortes de causes structurelles. L’une renvoie à l’offre politique,
c’est-à-dire à la classe politique dans sa configuration actuelle,
et l’autre aux institutions, c’est-à-dire aux rapports des pouvoirs,
notamment de l’exécutif et du législatif.
S’agissant de la
première cause, il convient de rappeler que le thème de
l’obsolescence de la classe politique n’est pas nouveau, on peut
dire de lui qu’il remonte au début de la démocratisation. C’est déjà
un leitmotiv chez les anciens communistes, qui en appelaient déjà à
la recomposition politique mais sans d’autre indication à ce propos
sinon qu’il faut interdire les partis islamistes, qu’ils soient
réputés radicaux ou modérés. Ils avaient à la fois raison et tort en
cette matière. Raison, car ils voyaient bien qu’il n’était pas
possible de construire une démocratie sur une base partisane aussi
faible et un mouvement intégriste multipartisan qui ne cachait pas
son intention d’instaurer un Etat théocratique . Les événements ne
leur donneront pas tort, bien au contraire, puisque la violence
politique n’allait pas tarder à faire partie du décor. Tort
néanmoins, parce qu’ils ne proposaient pas vraiment de solution au
problème qu’ils soulevaient, et qu’ils donnaient très nettement le
sentiment que l’obsolescence qu’ils dénonçaient était d’abord celle
des organisations en lesquelles avait éclaté le parti qui les
regroupait tous, le PAGS.
Les autres partis
n’étaient pas alors d’humeur à tenir ce genre de discours ; tous se
promettaient un grand avenir, y compris les plus fantaisistes. Mais
en peu de temps, la première euphorie était tombée, et les partis
qui occupaient le devant de la scène ont dû revoir leurs ambitions à
la baisse. Aujourd’hui, il n’en est plus un seul qui soit sûr de
faire encore partie du paysage dans les prochaines années. Les
partis de la coalition pas plus que les autres. Le FLN lui-même, la
principale force politique, doute peut-être plus que jamais de son
avenir. Le paradoxe dans son cas, c’est qu’il ne se sera finalement
pas passé beaucoup de temps entre le moment où il a recouvré sa
prérogative de parti du président de la République, qui était la
sienne du temps où il était parti unique, et celui où il a vu le
nombre des ses électeurs diminuer de moitié. Alors même que son
score aux législatives d’il y a cinq ans n’était pas
particulièrement élevé pour un parti à qui revenait le titre de
force principale, qu’aucune autre formation de surcroît ne semblait
en mesure de lui disputer à plus ou moins brève échéance. Perdre la
moitié de ses électeurs entre deux élections législatives n’est un
bon signe pour aucun parti politique, où qu’il soit, mais cela est
bien plus grave quand on est en réalité plus un appareil à caractère
partisan qu’un parti à proprement parler, et que son meilleur
argument pour continuer de remplir le même rôle que précédemment,
c’est de récolter dans les consultations un nombre de voix en
rapport avec sa place prépondérante dans le champ politique. Or, le
FLN dépasse maintenant de peu le million de voix. La menace qui pèse
sur lui dès lors, c’est de passer sous la barre du million de voix.
Il ne serait pas étonnant qu’il régresse à ce niveau-là dès les
législatives prochaines. On comprend alors pourquoi la question de
l’abstention revêt une grande importance pour lui bien plus que pour
les autres partis, y compris ceux de la coalition. Il ne peut pas,
pour ce qui le concerne, reculer plus qu’il ne l’a fait le 17 mai
dernier sans voir son existence remise en cause. Ce n’est pas le
cas du RND et encore moins celui du MSP, qui peuvent très bien se
contenter des résultats qu’ils ont obtenus aux dernières
législatives, si proches d’ailleurs, sans que cela leur soit
immédiatement préjudiciable. Mais à une condition toutefois, que le
FLN continue de représenter la pièce maîtresse dans l’attelage
qu’ils forment à trois. L’idéal pour ces deux-là ce serait que le
FLN se rapproche d’eux sous le rapport des scores électoraux, mais
qu’il ne tombe pas à leur niveau cependant, parce qu’ils se doutent
bien que si ce cas survenait, c’en serait fini de la coalition en
général, et peut-être bien de chacun d’eux en particulier. Ni l’un
ni l’autre n’ambitionnent aujourd’hui de prendre la tête de la
coalition. Il fut un temps où ils s’efforçaient de modifier le
rapport de forces en leur faveur. Le RND, à sa naissance, non
seulement pensait prendre le dessus sur le FLN, mais cherchait à se
substituer entièrement à lui. Il n’est décidément plus dans l’état
d’esprit qui était le sien au moment où il s’était engagé dans les
législatives de 1997. A moins qu’il n’attende que les circonstances
le favorisent à nouveau pour reprendre du poil de la bête.
On peut toujours
estimer, évidemment, que la forte abstention à la consultation du 17
mai, comme de celle qui est susceptible de marquer les locales de
fin d’année, sont à mettre sur le compte des appels au boycott, que
celui-ci soit explicite comme celui du FFS, ou implicite ou
souterrain comme celui qu’il est raisonnable de prêter aux
dirigeants de la nébuleuse formé par l’islamisme radical. A ce point
de vue, cette abstention n’aurait rien de mystérieux, même s’il n’y
a pas de raison particulière d’en rendre responsable un bord plutôt
qu’un autre. On devrait en attribuer les bénéfices aux partisans du
boycott dans tous les cas de figure, quelle que soit la casquette
sous laquelle ils se seraient exprimés en ce sens, à titre
individuel ou au nom d’un parti, celui-ci n’existerait-il pas encore
de façon formelle, ou aurait-il cessé d’exister depuis quelques
années déjà.
Le fait est que
seul le FFS a appelé explicitement au boycott des législatives. L’on
sait de plus qu’il compte participer aux locales prochaines. Il est
donc possible de savoir dans les semaines à venir quelle est son
influence exacte dans l’opinion aujourd’hui. Mais est-il vraiment
nécessaire pour se faire une idée de celle-ci de patienter jusqu’à
la tenue des élections locales ? Il y a en effet quelques mois, le
FFS avait participé aux partielles organisées en Kabylie, et la
participation était dans cette région certes plus importante, mais
pas de beaucoup cependant, que lors des législatives du 17 mai. On
ne fera pas au FFS l’injure d’en conclure que son score n’aurait pas
été bien différent de ce que dégagerait une soustraction entre les
chiffres de participation aux deux échéances. Mais enfin, on n’est
pas non plus obligé de supposer un engouement populaire, du moins
en Kabylie, parce qu’il aurait participé à la seconde, ou aux
locales à venir, seulement parce qu’il a promis d’être en lice.
La participation
aurait-elle été d’un autre ordre s’il y avait dans la course aux
sièges de l’Assemblée nationale une formation représentant
l’islamisme radical tel que l’incarnait l’ex-Fis ? Nul doute qu’il y
aurait beaucoup qui répondraient par l’affirmative à cette question.
Pourtant, ils auraient du mal à établir le bien-fondé de leur
opinion. Toujours est-il qu’ils finiraient par faire valoir que la
forte abstention s’explique, en partie tout au moins, par l’absence
d’un parti de la même mouvance que le MSP mais qui professerait un
islamisme plus intransigeant que le sien. L’électorat d’El-islah du
temps où A. Djaballah était à sa tête s’est abstenu dans une large
mesure lors des dernières législatives, cela ne semble pas faire de
doute. Mais ces voix qui ont manqué à ce parti depuis le
renversement de l’ancienne direction n’auraient pas accru de
beaucoup le taux de participation si elles s’étaient exprimées.
Toutefois, ce
n’est pas à elles que pensent en premier lieu tous ceux qui sont
d’avis que c’est l’absence d’un parti issu de l’islamisme radical
qui rend compte du fait que les élections aient désormais tendance à
se solder par une forte abstention. Et d’arguer du fait que les
représentants attitrés de ce courant ne pouvaient même pas se
présenter sur des listes indépendantes en raison des dispositions de
la Charte sur la paix et la réconciliation. Ce qu’ils ont en vue ce
sont en réalité les 3 millions de voix obtenues par l’ex-Fis en
décembre 1990, lors des premières législatives pluralistes. C’est
aussi à elles que pensent les dirigeants du parti dissous amnistiés,
notamment ceux qui ont fait part de leur intention de lancer un
nouveau parti qui soit dans la lignée du parti dissous. C’est à
croire que ces trois millions de voix, dont beaucoup du reste sont
sujettes à caution, compte tenu des conditions qui ont présidé à
cette consultation, attendent depuis décembre 1990 l’apparition de
l’organisation qui sera jugée digne de les revendiquer. Et alors,
pensent ces rêveurs, elles se porteront toutes sur le parti
héritier, et pas une ne lui manquera.
La réalité c’est
que l’histoire ne repasse jamais les mêmes plats. Ce parti qui
prendrait en toute légitimité la place de l’ex-Fis, comment
l’imaginent-ils ceux qui veulent le créer ? Comme un FIS mais qui ne
serait plus adepte de la violence. Comme un FIS mais qui se serait
définitivement converti aux principes démocratiques. Comme un FIS
qui en aurait les qualités mais aucun des défauts. Ce FIS-là, qui
porterait bien entendu un autre nom, ne partirait pas dans la vie
avec rien, puisqu’il hériterait des 3 millions de voix obtenues par
son ancêtre il y a près d’une vingtaine d’années.
On le voit
peut-être, nous ne sommes pas là en présence d’une opinion
politique, mais d’un article de foi, d’une nostalgie par rapport à
un âge d’or qu’on s’imagine transposable à peu près tel quel dans le
présent.
M. Habili
Haut
Education
Le rêve de
Benbouzid
Quand le ministre
de l’Education, M. Benbouzid, dit qu’il s’attend à un taux de
réussite de 70 % à l’examen du bac, cela sous-entend-il que l’école
algérienne n’est plus cette institution sinistrée qui a fait couler
beaucoup d’encre et de salive ? De plus, les universités
pourront-elles accueillir quelque 490 000 nouveaux étudiants ?
Cette déclaration
du ministre de l’Education, on peut l’expliquer par toutes les
facilités offertes par son secteur cette année aux élèves des
classes de terminale, afin qu’ils puissent préparer l’examen du
baccalauréat dans les meilleures conditions possibles.
En effet, une
recommandation officielle a été donnée à tous les établissements
scolaires pour que les élèves puissent y travailler en dehors des
horaires ordinaires de travail. Ce n’est pas tout. Des cours de
soutien, des études surveillées ainsi que des révisions et des
devoirs en groupe ont eu lieu tout au long de l’année scolaire.
1 500 lycées ont
été dotés de micro-ordinateurs, des cédéroms de cours et de sujets
de préparation au bac ont été édités par l’ONEC et l’ONEFD et mis à
la disposition de tous les élèves.
Pour cela, une
enveloppe budgétaire de 200 000 DA a été allouée à chaque
établissement secondaire pour l’achat d’un ordinateur portable et
d’un data-show, afin que tous les élèves bénéficient des cours et
des exercices qui leur permettent de se préparer convenablement à
l’examen.
Elles sont bien
loin, les années bénies où les élèves n’avaient comme moyen de
préparation que les annales, des recueils des épreuves des années
passées, mais, curieux paradoxe, les taux de réussite étaient plus
importants. En quelque sorte, M. Benbouzid est en train de dire aux
élèves concernés : vous avez peu d’excuses pour justifier votre
échec.
C’est pour cette
même raison qu’il n’a pas arrêté de dire : “ Je ne veux pas de
rachat et je refuse le système des quotas.” Autant dire que chaque
élève porte en lui l’obligation de réussir ce cap qui lui ouvrira
les portes de l’université et des cours supérieurs. Le rêve de tout
élève de classe de terminale.
La responsabilité
est donc un peu lourde pour chaque candidat qui, en théorie, a bien
révisé ses cours, essayé de résoudre les exercices des épreuves
passées… en un mot, a tout fait pour voir son nom parmi les
meilleurs. En même temps, le ministre de l’Education se montre
exigeant et affirme que le système de rattrapages qui avait permis
de repêcher beaucoup de candidats ne sera désormais plus de mise.
“Si l’élève veut
avoir son bac, il doit travailler et nous lui garantissons toutes
les conditions pour le faire”, n’arrête pas de répéter le ministre
de l’Education.
Cet acharnement à
faire du bac "la priorité des priorités" est quelque peu légitime
dans la mesure où il veut gommer peu à peu l’image qui était celle
de l’école algérienne, il y a seulement quelques années, quand les
fuites des sujets avaient éclaboussé tout le secteur de l’éducation
et que les taux de réussite étaient si faibles que des candidats
étaient admis à l’université avec des moyennes qui ne dépassaient
pas les neuf sur vingt.
Tout le monde
était offusqué et l’on a crié tout haut que l’école algérienne était
sinistrée. C’est à partir de là que l’idée de créer des écoles
privées a germé, puis a pris corps, d’abord de façon clandestine car
le ministère de l’Education ne voulait pas reconnaître leur
existence, puis de façon officielle pour quelques-unes. Celles qui
ont accepté de se conformer au cahier de charges exigé par le
ministère.
A ce moment-là,
l’école publique devait tout faire pour faire oublier les résultats
catastrophiques qui étaient, de l’avis de tous, l’aboutissement
logique de l’école fondamentale. Voilà pourquoi le ministre de
l’Education nationale mise tellement sur les résultats du
baccalauréat et en fait une priorité. Le travail accompli a sans
doute donné ses résultats puisque depuis 1999, l’on enregistre
chaque année un taux de réussite plus important, et même que le taux
de l’année 2006 est le plus haut depuis 1962 : 51 % de candidats ont
été reçus. Ce taux élevé réhabilite en quelque sorte l’école
publique, accusée d’être à l’origine de toutes les défaillances.
Pour cette année,
M. Benbouzid espère un taux de 70% et jusqu’à 75 % pour les six
années à venir. N’est-ce pas mettre la barre un peu trop haut,
surtout quand on sait que le programme enseigné est loin d’être le
meilleur et que le secteur de l’éduction connaît beaucoup de
problèmes maintes fois évoqués, par exemple le niveau des
enseignants qui laisse souvent à désirer ?
En même temps,
vouloir que la plupart des candidats réussissent sous-entend que le
taux de réussite sera, peut-être, gonflé cette fois-ci. Mais au-delà
de cet aspect et de la volonté des responsables du secteur
d’améliorer l’image de l’école algérienne, reste une réalité qu’il
ne faut pas oublier. L’université algérienne est-elle capable
d’accueillir 490 000 nouveaux étudiants ? Ils sont 700 000 inscrits
à l’examen du bac, et si 70% sont reçu, cela nous donnera 490.000
bacheliers. Ce chiffre est sans nul doute énorme quand on sait que
les universités qui existent sont déjà surchargées. Que fera-t-on de
tous ces candidats qui, heureux de franchir le seuil de
l’université, se retrouveront ballottés entre plusieurs instituts
pour aboutir, en fin de compte, dans une filière qui ne les
enthousiasme pas ? Que faire aussi de tous ces étudiants qui ont un
mal fou à se trouver un lit, ou parfois un simple matelas dans une
chambre universitaire ? Car chaque année que Dieu fait, les mêmes
soucis se posent et chaque année le flux des nouveaux arrivés est
plus nombreux, ce qui complique un peu plus la situation.
Autrement dit, il
ne sert à rien d’avoir sur les bras des étudiants qui, dès le
départ, sont confrontés à d’insolubles problèmes. Les places
pédagogiques étant limitées, les chambres, les restos et les bus
surchargés, il ne sert absolument à rien de compliquer les choses.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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