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Prémunir avant de guérir
Le verdict dans l’affaire Khalifa est attendu pour
ce 21 mars. La centaine d’accusés impliqués dans ce scandale va être, pendant la
lecture du verdict, accroché aux lèvres de la présidente. Cette inquiétude pour
toute personne se trouvant de l’autre côté de la barre est certes légitime. Et
ce bien que la présidente du tribunal avait, à l’issue des plaidoiries et avant
de mettre l’affaire en délibération, laissé entendre, contrairement aux usages,
qu’elle fera preuve de clémence. De quoi normalement rassurer les accusés et
leurs proches qui ne pensaient certainement pas qu’un jour ils seraient mis en
cause. Les avocats de la défense qui ont estimé que peines requises par le
représentant du ministère public sont lourdes et disproportionnées par rapport
à la responsabilité de leurs clients s’attendent à des acquittements, pour la
simple raison, qu’ils ont essayé tout au long de leurs plaidoiries tenté de
convaincre le jury que leurs clients sont innocents et ne sont en définitive
que les victimes de Abdelmoumen Khalifa. La défense a fait ce qui est attendu
d’elle et ce pour quoi elle perçoit des honoraires. Le représentant du ministère
public, pour sa part, a fait ce qui est attendu de lui. Il s’est limité à ce que
prévoit la loi dans ce genre d’infraction. De ce fait, le procureur de la
République est également en droit d’affirmer qu’il s’est acquitté de la mission
qui lui a été dévolue. Reste maintenant le reste. C'est-à-dire ce que le jury
décidera pour chacun des accusés. Il est certain que quelle que soit la peine
qui sera retenue à l’encontre de chacun, il s’en trouvera au moins une personne
qui dira que la justice n’a pas été rendue dans cette affaire. Ce qui est tout à
fait juste. Et pou cause ce procès qui deux mois durant a tenu en haleine
l’opinion nationale est loin d’être un procès banal. Ce n’est pas le procès d’un
escroc ordinaire. C’est celui d’un homme qui pendant plusieurs années a fasciné
par la facilité avec laquelle il obtenait tout ce qu’il voulait. Les audiences
du procès ont permis de démontrer avec quelle célérité tous les obstacles dans
un pays miné pourtant par la bureaucratie qui a fait renoncer plus d’un
investisseur potentiel, étaient levés pour lui. D’aucuns pour ne pas gêner ce
modèle de la réussite qu’on donnait en exemple, ont fermé les yeux sur des
anomalies, alors que d’autres ont été jusqu’à se mettre en infraction avec la
loi pour asseoir la montée en puissance du golden boy. Comment dès lors peut-on
reprocher aux employés de Abdelmoumen khalifa d’avoir obtempéré à ses
injonctions et d’avoir accepté de répondre à ses demandes leur intimant l’ordre
d’octroyer des crédits à des personnes recommandées de sa part. Certes pour ceux
qui ont enfreint la réglementation au point de procéder à d’importants dépôts
au niveau de la banque Khalifa mettant en danger la trésorerie de leurs
entreprises,les choses peuvent être vues autrement. Mais, il n’en reste pas
moins, que toutes ces personnes, accusées aujourd’hui, peuvent faire valoir des
arguments prouvant leur bonne foi. Même le fait que la contrepartie obtenue à
ces dépôts, ait été des privilèges matériels offerts par le golden boy peut
sembler, au regard de l’environnement dans lequel baigne le pays ,
compréhensible. Pour s’en convaincre il y a juste lieu de rappeler toute la
polémique soulevée par la loi sur la corruption au moment de son examen par l’APN.
Une législation que l’on voulait à la fois répressive et préventive à l’encontre
des corrupteurs et des corrompus. Mais à voir les réactions suscitées force est
de croire que la présence de la corruption ne dérangeait pas outre mesure.
« C’est au courage politique du président de la République que l’on doit
l’ouverture du dossier Khalifa » a déclaré le secrétaire général du FLN et
néanmoins chef du gouvernement à l’ouverture des travaux de la session
ordinaire du bureau exécutif du parti. Pourtant de tels propos au travers
desquels il est voulu souligner la ferme détermination de l’Etat à lutter
contre le fléau de la corruption, peuvent donner une autre grille de lecture.
Celle qui consiste à en déduire que sans Abdelaziz Bouteflika, Khalifa aurait
poursuivi son bonhomme de chemin , avec la certitude qu’il ne sera jamais
inquiété pour tout ce qu’il a fait et que toutes les personnes qui ont cédés ,
comme cèdent les marins aux chants des sirènes n’auraient jamais été poursuivis
par a justice. Or on se refuse à croire que dans un pays qui a ratifié la
convention des nations unies contre la corruption, on puisse accepter que la
lutte contre la corruption puisse être portée par une seule personne,
fusse-t-elle le président de la république. Et pour cause une telle œuvre
devrait être potée à bas le corps par tout le pays, société civile en premier.
Ce n’est qu’en conjuguant tous ces efforts que l’on pourra endiguer, à défaut
d’éradiquer le phénomène de la corruption. et dans ce cas de figure les
Abdelmoumen Khalifa ne pourront pas survivre.
Nadia Kerraz
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