Semaine du 21 au 27 mars 2007

L'éditorial

Prémunir avant de guérir

 

 
 
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  Prémunir avant de guérir

Le verdict dans l’affaire Khalifa est attendu pour ce 21 mars. La centaine d’accusés impliqués dans ce scandale va être, pendant la lecture du verdict, accroché aux lèvres de la présidente. Cette inquiétude  pour toute personne se trouvant de l’autre côté de la barre est certes légitime. Et ce bien que la présidente du tribunal  avait, à l’issue des plaidoiries et avant de mettre l’affaire en délibération, laissé entendre, contrairement aux usages,  qu’elle fera preuve de clémence. De quoi normalement rassurer les accusés et leurs proches qui ne pensaient certainement pas qu’un jour ils seraient mis en cause. Les avocats de la défense qui  ont estimé que  peines requises par le représentant du ministère public sont  lourdes et  disproportionnées par rapport à la responsabilité de leurs clients s’attendent à des acquittements, pour la simple raison, qu’ils ont essayé tout au long de leurs plaidoiries tenté de convaincre le jury que leurs clients sont  innocents et ne sont en définitive que les victimes de Abdelmoumen Khalifa. La défense a fait ce qui est attendu d’elle et ce pour quoi elle perçoit des honoraires. Le représentant du ministère public, pour sa part, a fait ce qui est attendu de lui. Il s’est limité à ce que prévoit la loi dans ce genre d’infraction. De ce fait, le procureur de la République  est également en droit d’affirmer qu’il s’est acquitté de la mission qui lui a été dévolue. Reste maintenant le reste. C'est-à-dire ce que le jury décidera pour chacun des accusés. Il est certain que quelle que soit la peine qui sera retenue à l’encontre de chacun, il s’en trouvera au moins une personne qui dira que la justice n’a pas été rendue dans cette affaire. Ce qui est tout à fait juste. Et pou cause ce procès qui deux mois durant a tenu en haleine l’opinion nationale est loin d’être un procès banal. Ce n’est pas le procès d’un escroc ordinaire. C’est celui d’un homme qui pendant plusieurs années a fasciné par la facilité avec laquelle il obtenait tout ce qu’il voulait. Les audiences du procès ont permis de démontrer avec quelle célérité tous les obstacles dans un pays miné pourtant par la bureaucratie qui a fait renoncer plus d’un investisseur potentiel, étaient levés pour lui. D’aucuns pour ne pas gêner ce modèle de la réussite qu’on donnait en exemple, ont fermé les yeux sur des anomalies, alors que d’autres ont été jusqu’à se mettre en infraction avec la loi pour asseoir la montée en puissance du golden boy.  Comment dès lors peut-on reprocher aux employés de Abdelmoumen khalifa d’avoir obtempéré à ses injonctions et d’avoir accepté de répondre à ses demandes leur intimant l’ordre d’octroyer des crédits à des personnes recommandées de sa part. Certes pour ceux qui ont enfreint la réglementation au point de procéder à d’importants  dépôts au niveau de la banque Khalifa mettant en danger la trésorerie de leurs entreprises,les choses peuvent être vues autrement. Mais, il n’en reste pas moins, que toutes ces personnes,  accusées aujourd’hui, peuvent faire valoir des arguments prouvant leur bonne foi. Même le fait que la contrepartie obtenue  à ces dépôts, ait été des privilèges matériels offerts par le golden boy   peut sembler, au regard de l’environnement dans lequel baigne le pays , compréhensible.  Pour s’en convaincre il y a juste lieu de rappeler toute la polémique soulevée par la loi sur la corruption au moment de son examen par l’APN. Une législation que l’on voulait à la fois répressive et préventive à l’encontre des corrupteurs et des corrompus. Mais à voir les réactions suscitées force est de croire que la présence de la corruption ne dérangeait pas outre mesure. « C’est au courage politique du président de la République que l’on doit l’ouverture  du dossier Khalifa » a  déclaré le secrétaire général  du FLN et néanmoins chef du gouvernement à l’ouverture des travaux  de la session ordinaire du bureau exécutif du parti.  Pourtant de tels propos au travers desquels il est voulu  souligner la ferme détermination de l’Etat à lutter contre le fléau de la corruption, peuvent donner une autre grille de lecture. Celle qui consiste à en déduire que sans Abdelaziz Bouteflika, Khalifa aurait poursuivi son bonhomme de chemin , avec la certitude qu’il ne sera jamais inquiété pour tout ce qu’il a fait et que toutes les personnes qui ont cédés , comme cèdent les marins aux chants des sirènes n’auraient jamais été poursuivis par a justice. Or on se refuse à croire que dans un pays qui a ratifié la convention des nations unies contre la corruption, on puisse accepter que la lutte contre la corruption puisse être portée par une seule personne, fusse-t-elle le président de la république. Et pour cause une telle œuvre devrait être potée à bas le corps par tout le pays, société civile en premier. Ce n’est qu’en conjuguant tous ces efforts que l’on pourra endiguer, à défaut d’éradiquer le phénomène de la corruption. et dans ce cas de figure les Abdelmoumen Khalifa ne pourront pas survivre.

Nadia Kerraz     

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