Semaine du 21 au 27 mars 2007

 Paysage politique

Bilan et perspectives (Partie 23)

 

 
 
 Etude 

Accueil

 Paysage politique

Bilan et perspectives (Partie 23)

Pas plus qu’ils n’ont pu faire affluer  les investissements étrangers directs comme ils l’ont toujours espéré, les néolibéraux au pouvoir n’ont réussi à ce jour à mener à son terme le processus de privatisation des entreprises publiques, au nombre de 1200, qu’ils ne cessent pourtant d’offrir, d’une façon plutôt insistante d’ailleurs, aux éventuels repreneurs internationaux. On remarquera en passant qu’ils ne se contentent pas en l’occurrence de faire leur offre et d’attendre que le marché se prononce avec la rigueur dont ils le créditent par ailleurs religieusement. Non, car l’affaire revêt une grande importance à leurs yeux ; la concurrence est, disent-ils pour leur défense, rude dans ce domaine. Il faut donc se donner de la peine, courir le monde, travailler d’assez près les investisseurs étrangers qui montrent un tant soit peu d’intérêt pour tel ou tel élément du parc industriel algérien. Chaque fois qu’une opportunité se présente, il faut la saisir comme au vol ; à faire le difficile, en effet, on risque  de se retrouver avec la totalité de la marchandise sur les bras, cette encombrante quincaillerie, comme l’ont appelée de furieux analystes, qui ne croyaient pas pour leur part qu’il soit possible de lui trouver des acquéreurs. A l’évidence, si cela ne tenait qu’à ces derniers, le problème qu’elle représente serait vite réglé, quel qu’en soit le coût social ou politique, dans la mesure où il ne doit pas à leur sentiment s’en trouver des capitalistes, sauf peut-être dans l’imaginaire de nos gouvernants, qui soient  assez fous pour hasarder leurs capitaux dans le rachat d’entreprises dont les propriétaires eux-mêmes avouent volontiers qu’elles sont pour la plupart en piteux état : la casse au plus vite, se résoudre sagement à faire table rase  de ce qui est très insuffisant  au regard des normes internationales en matière de rentabilité.

Faire venir les investisseurs et privatiser sont deux objectifs qui sont liés, mais qui, cependant, ne se confondent pas. Les investissements étrangers ne relèvent pas que de la seule volonté des Algériens. Ce sont leurs détenteurs ou leurs gestionnaires qui décident de leur destination. En dehors des hydrocarbures, il ne semble pas que l’Algérie, en dépit de ses avantages comparatifs, soit en mesure de faire tomber leurs réticences, du moins dans un délai raisonnable. Toutes les réformes pour y parvenir ont pourtant été accomplies. C’est ainsi que les salaires sont maintenus à un niveau très bas, et la fiscalité a été refaite pour leur garantir un maximum de profits, transférables comme il se doit. Etant donné que ces investissements  n’affluaient toujours pas, d’anciens responsables du secteur des finances, qui conseillaient, à moins qu’ils ne soient conseillés par elles, des sociétés déjà installées en Algérie, ont cru le moment opportun pour prôner la convertibilité totale du dinar, laissant entendre que c’est cette dernière « courageuse » mesure non encore prise qu’il fallait se hâter de prendre si l’on voulait que les IDE arrivent massivement. La convertibilité totale instaurerait la confiance, prêchent-ils, et celle-ci finirait par forcer la main aux investisseurs étrangers.

L’escroquerie intellectuelle, étant par trop transparente, n’a pas pu prendre, fort heureusement. On aurait eu à déplorer dans le cas contraire une telle fuite de capitaux que l’affaire Khalifa paraîtrait une plaisanterie en comparaison. C’est que la convertibilité totale d’une monnaie suppose que le flux des capitaux extérieurs soit important, soutenu, et diversifié. Cette situation traduirait justement le fait que cette monnaie est fortement demandée sur le marché des changes. Et s’il en était ainsi, cela voudrait dire que le pays connaît un boom économique ayant pour effet d’attirer les capitaux oisifs à la recherche de bonnes occasions d’investissement. On ne décrète pas la convertibilité totale de sa monnaie pour soi-disant créer un climat de confiance qui, à son tour, relancerait les affaires, mais pour achever de libérer la circulation des capitaux dans une économie déjà en expansion. C’est la forte demande portant sur sa monnaie qui conduit un pays à lever les dernières restrictions à sa convertibilité. Or, hors hydrocarbures, l’Algérie exporte l’équivalent de moins d’un milliard de dollars et importe pour une somme vingt fois supérieure. Par ailleurs, elle enregistre pour deux milliards d’investissements directs seulement, tous secteurs confondus. On peut imaginer dès lors à quelle allure fondraient ses réserves de change si la suggestion qu’on lui fait de libéraliser complètement la convertibilité de sa monnaie était prise en considération.

Mais l’objectif consistant à la délester d’une partie de ses réserves de change peut être atteint par un autre biais que la convertibilité totale, qui, effectivement, représente la voie royale et légale pour ce faire. Un changement de parité qui réévaluerait sensiblement le dinar par rapport au dollar, la devise d’ancrage par la force des choses, aurait pour première conséquence de faire croître la masse des capitaux sortant illégalement du pays chaque année. Les Algériens disposant de capitaux libellés en dinars et désireux d’investir à l’étranger, et il doit en exister un certain nombre, choisiront alors, pour une partie d’entre eux au moins, de les convertir par un biais ou par un autre et de les transférer. On objectera que la demande de devises croîtra dans ce cas de figure, et que cela conduira à  terme à rétablir l’ancienne parité. Peut-être. Dans l’intervalle, néanmoins,  une fraction non négligeable des réserves de change aura réussi à passer la frontière.

Il faut dire qu’il ne dépend pas que de A. Temmar que les investisseurs étrangers viennent ou ne viennent pas. D’ailleurs à le voir courir vainement le monde pour les intéresser au marché algérien, il est clair qu’il rencontre une grande indifférence de leur part. En revanche, il dépend des Algériens, dont le ministre des Participations, d’accélérer le processus de privatisation. Privatisations et IDE ne sont pas indissociables, en effet. On peut très bien décider de privatiser entre Algériens. Si on ne le fait pas, c’est essentiellement pour des raisons politiques. Quelles sont-elles ? On peut les résumer en une seule : il n’existe pas de consensus national à ce propos. Par expérience, les gouvernants savent ce qu’il en coûte de prendre une mesure impopulaire. De fait, les privatisations ne se font pas, en tout cas pas au rythme que le ministre en charge du dossier voudrait imprimer au processus, parce qu’elles provoqueraient le mécontentement des travailleurs, et que le pouvoir ne se considère pas prêt à relever le défi, d’autant qu’il est confronté à un autre, non moins important, celui que lui pose un terrorisme persistant.

Il semble donc qu’il manque la décision politique. Autrement, le transfert de propriété serait déjà chose faite. L’absence de capitaux et de capitalistes ne demandant qu’à prendre la relève n’a pas empêché la privatisation en Russie, où toutes les entreprises, sans exception, étaient publiques, et où le capitalisme privé ne bénéficiait d’aucune marge où se développer, où seulement se maintenir en attendant de meilleurs jours,  avant la chute de l’Union soviétique. Les décideurs russes ne voulant pas que les privatisations soient remises en question avant qu’elles ne soient menées à leur terme, avaient distribué presque gratuitement à la population des bons échangeables contre des actions des entreprises à privatiser. En peu de temps, ces titres de propriété se sont trouvés réunis, en particulier dans les secteurs à forte concentration, comme ceux des matières premières, entre les mains de ceux que l’on appellerait bientôt les oligarques. Au départ donc, une émission d’actions à l’échelle de toute une économie, c’est en quelque sorte le marché primaire d’une bourse grandeur nature, bientôt relayé par un marché secondaire de même dimension qui a agi comme un tamis en ce qu’il a dégagé la classe des nouveaux propriétaires de l’appareil économique antérieurement étatisé.

Mais le fait que les dirigeants algériens n’adoptent pas une solution radicale comme celle qui fut mise en œuvre en Russie, il ne convient pas de conclure qu’ils sont en réalité contre les privatisations, et que tout ce qu’ils font depuis le début est destiné à leur faire gagner du temps. C’est pourtant à cela qu’ont abouti des critiques plus libéraux que A. Temmar, si tant est qu’il s’en trouve. En fait, cette attitude se comprend si l’on s’avise que pour ces dirigeants privatisations et investissements doivent aller de pair, qu’il faut tendre à l’un et à l’autre dans le même élan. Les lenteurs des privatisations s’expliquent par l’ambition d’atteindre les deux objectifs en même temps, de faire d’une pierre deux coups.

Si cette politique marque le pas, ce n’est pas le fait du processus de privatisation, mais celui du peu d’engouement des investisseurs étrangers pour la destination Algérie dans le présent. Il se peut que les choses changent à l’avenir, mais personne ne peut dire aujourd’hui quand cela se produira-t-il. Eh bien, semblent dire ces dirigeants, nous attendrons le temps qu’il faudra, et tant pis si entre-temps l’économie du pays, à l’exception du secteur des hydrocarbures, pourvoyeur en ressources extérieures, est à l’arrêt, et que les problèmes des entreprises éligibles à la privatisation s’accumulent et se compliquent. Car, en effet, depuis qu’il est question de les privatiser, elles ne sont plus autorisées à investir, les dirigeants nommés à leur tête se voyant confier la mission de les faire basculer dans le secteur privé, ou de leur trouver un partenaire étranger, ce qui revient à les privatiser partiellement en attendant de le faire complètement. D’où l’absurdité de la situation dans laquelle elles se trouvent pour la plupart : par manque d’investissements, elles se déclassent continuellement, et pourtant elles doivent conserver assez de valeur et d’attrait pour espérer réussir la mue qui leur est prescrite impérativement. Le bon sens recommanderait tout le contraire. Puisqu’on a écarté une solution du type russe, à juste titre d’ailleurs, il devient nécessaire en effet de redresser leur situation à tous points de vue. On leur conserverait de la sorte la meilleure chance de trouver un ou des acquéreurs.

Cette solution n’a pas la faveur des gouvernants, qui par ailleurs consentent à faire prendre à la charge du Trésor public les découverts des « canards boiteux » sous forme d’obligations, parce qu’elle pourrait amener les travailleurs et l’opinion en général à penser qu’il est donc possible de les renflouer au point de les rendre privatisables au vrai sens du terme. Et s’il en est ainsi, quel besoin y a-t-il donc de les céder, le plus difficile et le plus coûteux étant maintenant fait ? Dans les pays où il y a alternance au pouvoir, la coutume veut que la gauche soit portée à nationaliser les entreprises en difficulté avant de les rétablir financièrement, et que la droite, une fois revenue aux affaires, n’ait rien de plus pressé à faire que de les rendre au secteur privé. Jamais celui-ci n’accepterait de prendre en charge une entreprise d’intérêt national qui ne serait pas immédiatement rentable. Il trouve normal que ce soit à l’Etat, dont l’une des fonctions serait justement d’assumer les dépenses dont les retombées positives s’étendraient à tout le champ économique, et même au-delà, à l’ensemble de la société, de s’impliquer dans les cas désespérés. Ainsi, quand une entreprise privée consent à assurer un service public, c’est toujours contre une rétribution à la charge des pouvoirs publics. Mais en Algérie, l’Etat veut privatiser sans avoir à renflouer préalablement. Et il ne veut pas entendre parler d’une solution politique, qui serait radicale, à la manière russe, mais il est vrai, qui serait également très risquée.

Que veut-on alors ? Mais intégrer le capital international. Comme s’il suffisait pour y parvenir d’éviter de faire un choix dans le présent qui aurait pour conséquence de compromettre cet objectif principal. Ne rien faire est la meilleure façon de ne pas se tromper.

Telle est la politique  mise en oeuvre depuis de longues années. Koul outla fiha khir, que diable !

M. Habili

 

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche