Semaine du 21 au 27 mars 2007

  Trame

Dernier tour de piste?

 

 
 
 La Trame

Accueil

  Dernier tour de piste?

L’intérêt des législatives du 17 mai ne réside pas dans le renouvellement de la chambre des députés. A quelques rééquilibrages près, en effet, circonscrits pour l’essentiel au FLN et au RND, sans doute au détriment du premier, ce sera la même majorité issue de la même coalition qui sera reconduite et formera un gouvernement qui ne sera pas très différent de celui qui fait semblant de gouverner aujourd’hui. Néanmoins, il n’est pas à exclure que la composition de l’exécutif soit élargi à de nouveaux partis, comme le RCD, qui ne se refuse pas à cette perspective ; il semble au contraire la souhaiter, assez vivement d’ailleurs.

Non, l’intérêt de ces élections, comme de celles qui ont immédiatement précédé, est de permettre de mesurer une nouvelle fois l’usure d’une classe politique dont on se demande si elle n’est pas déjà un cadavre politique, au moins partiellement, ou son redressement, ce qui serait fort surprenant. Les élections locales partielles d’il y a quelques mois ont enregistré un taux de participation très bas (30%), qui n’a épargné aucun parti, pas même le FFS et le RCD, dont les résultats en termes de suffrages obtenus, alors que la consultation se déroulait dans leur fief commun, ont été ravalés à un niveau à ce point modique que cela ressemblait à une sanction populaire ou, pis encore, à un désaveu dont il leur sera difficile de revenir. Cette contre-performance doit être pour quelque chose dans la décision du FFS, le premier parti sous l’angle de l’implantation en Kabylie, de ne pas participer à ces élections. Il se peut même que c’est sa certitude que l’abstention, et pas seulement en Kabylie, sera importante qui l’a déterminé à les boycotter, de façon active, du moins à ce qu’il dit.

Il s’en trouvera sans doute pour dire que sa position s’explique moins par son anticipation d’une abstention massive que par le souci d’éviter que ses problèmes internes ne trouvent là une occasion de s’exacerber. D’autant qu’un parti aussi ancré dans l’opposition que lui, n’a rien à gagner à être représenté dans une assemblée réduite à prendre acte des ordonnances concoctées en dehors d’elle, en conseil des ministres et sur ordre du président de la République , le chef de l’exécutif. Il aurait plutôt tout à perdre. D’autres, dont c’est un article de foi d’éviter la politique de la chaise vide, n’auraient, à son sentiment, plus rien à perdre, ayant déjà tout perdu. Ils se montrent même disposés à faire partie du gouvernement, où ils ne peuvent espérer obtenir dans le meilleur des cas plus de deux strapontins, qu’ils payeront d’ailleurs chèrement en termes de blessures d’amour-propre, compte tenu aux attaques virulentes auxquelles ils se sont laissés aller durant la campagne présidentielle de 2004.

Une abstention le 17 mai prochain qui serait si massive qu’il serait impossible de la corriger —pour autant qu’il puisse exister pareille tentation, ce qui semble assez improbable—, il deviendrait plus urgent que jamais d’ouvrir le champ politique en vue d’une restructuration mieux adaptée aux véritables courants traversant la société civile. Il semble que son toilettage purement administratif soit déjà en cours. Il n’est pas peu significatif que nombre d’associations aient décidé de présenter leurs propres listes, sous le sigle d’un parti ou en tant que listes indépendantes. Certes, le phénomène n’est pas nouveau, mais tout indique qu’il prendra cette fois-ci des proportions inhabituelles, alarmantes pour la classe politique. C’est en lorgnant ces  indépendants que les petits partis ont annoncé leur participation. Ceux qui sont réputés de gauche draguent les syndicalistes, ce qui est compréhensible tout en jurant avec l’orthodoxie dont ils se proclament, autant d’ailleurs qu’avec le simple bon usage, alors que ceux qui ne le sont pas, offrent leur couverture à peu près à qui veut bien la revêtir pour la circonstance. C’est qu’elle n’est pas considérée par tous comme un avantage. Par exemple, quel est aujourd’hui l’indépendant très désireux de devenir député qui voudrait se présenter sous les couleurs du PRA ? Personne. Encore que ce choix ne se pose pas, ce parti étant interdit de législatives, pour ne pas avoir respecté ses propres statuts, pour ne pas s’être respecté soi-même, en somme.

Donc : dernier tour de piste pour classe politique moribonde dans son ensemble?

Il en serait ainsi que cela ne serait d’une certaine façon que justice.

Un pays ne gagne rien, sinon une puanteur insoutenable, à ressortir à l’air libre des cadavres politiques.

On peut dès lors comprendre pourquoi le FFS n’ait pas voulu se trouver en pareille compagnie.

M. Habili

 

 e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche