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Dernier tour de piste?
L’intérêt des législatives du
17 mai ne réside pas dans le renouvellement de la chambre des députés. A
quelques rééquilibrages près, en effet, circonscrits pour l’essentiel au FLN et
au RND, sans doute au détriment du premier, ce sera la même majorité issue de la
même coalition qui sera reconduite et formera un gouvernement qui ne sera pas
très différent de celui qui fait semblant de gouverner aujourd’hui. Néanmoins,
il n’est pas à exclure que la composition de l’exécutif soit élargi à de
nouveaux partis, comme le RCD, qui ne se refuse pas à cette perspective ; il
semble au contraire la souhaiter, assez vivement d’ailleurs.
Non, l’intérêt de ces
élections, comme de celles qui ont immédiatement précédé, est de permettre de
mesurer une nouvelle fois l’usure d’une classe politique dont on se demande si
elle n’est pas déjà un cadavre politique, au moins partiellement, ou son
redressement, ce qui serait fort surprenant. Les élections locales partielles
d’il y a quelques mois ont enregistré un taux de participation très bas (30%),
qui n’a épargné aucun parti, pas même le FFS et le RCD, dont les résultats en
termes de suffrages obtenus, alors que la consultation se déroulait dans leur
fief commun, ont été ravalés à un niveau à ce point modique que cela ressemblait
à une sanction populaire ou, pis encore, à un désaveu dont il leur sera
difficile de revenir. Cette contre-performance doit être pour quelque chose dans
la décision du FFS, le premier parti sous l’angle de l’implantation en Kabylie,
de ne pas participer à ces élections. Il se peut même que c’est sa certitude que
l’abstention, et pas seulement en Kabylie, sera importante qui l’a déterminé à
les boycotter, de façon active, du moins à ce qu’il dit.
Il s’en trouvera sans doute
pour dire que sa position s’explique moins par son anticipation d’une abstention
massive que par le souci d’éviter que ses problèmes internes ne trouvent là une
occasion de s’exacerber. D’autant qu’un parti aussi ancré dans l’opposition que
lui, n’a rien à gagner à être représenté dans une assemblée réduite à prendre
acte des ordonnances concoctées en dehors d’elle, en conseil des ministres et
sur ordre du président de la République , le chef de l’exécutif. Il aurait
plutôt tout à perdre. D’autres, dont c’est un article de foi d’éviter la
politique de la chaise vide, n’auraient, à son sentiment, plus rien à perdre,
ayant déjà tout perdu. Ils se montrent même disposés à faire partie du
gouvernement, où ils ne peuvent espérer obtenir dans le meilleur des cas plus de
deux strapontins, qu’ils payeront d’ailleurs chèrement en termes de blessures
d’amour-propre, compte tenu aux attaques virulentes auxquelles ils se sont
laissés aller durant la campagne présidentielle de 2004.
Une abstention le 17 mai
prochain qui serait si massive qu’il serait impossible de la corriger —pour
autant qu’il puisse exister pareille tentation, ce qui semble assez improbable—,
il deviendrait plus urgent que jamais d’ouvrir le champ politique en vue d’une
restructuration mieux adaptée aux véritables courants traversant la société
civile. Il semble que son toilettage purement administratif soit déjà en cours.
Il n’est pas peu significatif que nombre d’associations aient décidé de
présenter leurs propres listes, sous le sigle d’un parti ou en tant que listes
indépendantes. Certes, le phénomène n’est pas nouveau, mais tout indique qu’il
prendra cette fois-ci des proportions inhabituelles, alarmantes pour la classe
politique. C’est en lorgnant ces indépendants que les petits partis ont annoncé
leur participation. Ceux qui sont réputés de gauche draguent les syndicalistes,
ce qui est compréhensible tout en jurant avec l’orthodoxie dont ils se
proclament, autant d’ailleurs qu’avec le simple bon usage, alors que ceux qui ne
le sont pas, offrent leur couverture à peu près à qui veut bien la revêtir pour
la circonstance. C’est qu’elle n’est pas considérée par tous comme un avantage.
Par exemple, quel est aujourd’hui l’indépendant très désireux de devenir député
qui voudrait se présenter sous les couleurs du PRA ? Personne. Encore que ce
choix ne se pose pas, ce parti étant interdit de législatives, pour ne pas avoir
respecté ses propres statuts, pour ne pas s’être respecté soi-même, en somme.
Donc : dernier tour de piste
pour classe politique moribonde dans son ensemble?
Il en serait ainsi que cela
ne serait d’une certaine façon que justice.
Un pays ne gagne rien, sinon
une puanteur insoutenable, à ressortir à l’air libre des cadavres politiques.
On peut dès lors comprendre
pourquoi le FFS n’ait pas voulu se trouver en pareille compagnie.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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