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Semaine du 21 au 27 mars 2007

Sahara occidental/ Un responsable de L’Ouest saharien commente les propos de Juan Carlos

"Le roi sera jugé sur ses actes"

Entretien avec Yahia Zoubir, spécialiste en relations internationales

"Les Espagnols sentent qu’ils ont une dette morale envers le peuple sahraoui"

Quatre années après l’invasion américaine

L’Irak, le chaos 

 

 

 

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Sahara occidental/ Un responsable de L’Ouest saharien commente les propos de Juan Carlos

"Le roi sera jugé sur ses actes"

Le Dr Emmanuel Martinoli, directeur de publication et membre de la rédaction de la collection L'Ouest Saharien, estime que la position espagnole par rapport à la question sahraouie reste encore ambiguë.

Les Débats : Quel est votre commentaire sur les déclarations du roi Juan Carlos, à Alger, relatives au règlement de la question du Sahara occidental ?

Emmanuel Martinoli : C'est une déclaration espagnole de plus. Toutes sont ambiguës, variables selon les auteurs et les lieux. Celles de Juan Carlos tentent de corriger quelque peu les propos tenus par M. Zapatero, son Premier ministre, à Rabat. Le roi d’Espagne reprend les termes de la dernière résolution du Conseil de sécurité, où il est question de solution juste et définitive, mutuellement acceptée et s'inscrivant dans le cadre de l'ONU, sans évoquer la conformité à la Charte de l'organisation internationale. Il ajoute cependant la libre détermination. Est-ce le résultat des pressions exercées sur le gouvernement espagnol, dont la plus importante est l'augmentation du prix de vente du gaz algérien ? Sachant que c’est le président du gouvernement qui est en charge de la conduite des affaires de l’Espagne, les paroles de Juan Carlos apportent-elles quand même un correctif à la position du gouvernement ? L'avenir le dira. Le roi sera jugé sur ses actes…


Que pensez-vous de la proposition marocaine sur l'autonomie ? En quoi se distingue-t-elle, selon vous, du plan Baker ?
Le Maroc a refusé le plan de règlement de l'ONU, en affirmant que le référendum d’autodétermination était caduc. Il a refusé le plan de paix pour l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, connu sous le nom de plan Baker II. Il a alors proposé quelque chose. Le contenu de son projet actuel n'a pas été rendu public. S'agit-il d'une nouvelle mouture des projets élaborés en son temps pour contrer le plan Baker ? Ce que l'on sait du projet d'autonomie, c'est qu'il pose comme préalable la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental. Contrairement au plan Baker, il exclut entièrement le principe de l'autodétermination. Le plan d’autonomie est donc inacceptable au regard du droit international et de la charte des Nations unies.

A la lumière des derniers développements, à quel type de décision vous attendez-vous de la part du Conseil de sécurité, lors de sa réunion d’avril 2007 sur la question sahraouie ?

A mon avis, il y aura une prolongation du mandat de la Minurso (Mission de l’ONU pour un référendum au Sahara occidental) avec un appel à des négociations directes pour parvenir à une solution politique. En tout cas, le Conseil de sécurité ne peut prendre en compte le projet marocain d'autonomie, qui place le problème hors du cadre de la décolonisation et donc des principes onusiens.

 

Propos recueillis par Z. Chérief

 

 

 

Chronologie du conflit au Sahara occidental

1884 : Début de la colonisation espagnole au Sahara occidental.

1973 : Création du Front Polisario, Front populaire pour la libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro, qui revendique l'indépendance.

1974 : Engagement de l’Espagne, en tant que puissance administrante du Sahara occidental, auprès des Nations unies, en charge du dossier de décolonisation : Les autorités de Madrid proposent d’organiser un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui pendant le 1er semestre de l’année 1975.

1975 : Rejet, à la mi-octobre, par la Cour internationale de la Haye, des prétentions territoriales marocaines et mauritaniennes sur le territoire non autonome du Sahara occidental : dans  un avis consultatif, elle affirme le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément à la Déclaration relative aux peuples colonisés et coloniaux. Le 31 octobre, les forces armées royales pénètrent de force dans l’ex-colonie espagnole et attaquent ses habitants. Le 6 novembre, le roi du Maroc organise la ″Marche verte″ au cours de laquelle 350 000 Marocains envahissent le territoire sahraoui. Le 14 novembre, l’Espagne signe dans le secret total les « accords tripartites » de Madrid, avec le Maroc et la Mauritanie, prévoyant le partage du Sahara occidental entre les deux Etats africains, en contrepartie d’avantages et de privilèges.

1976 : Proclamation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) qui sera progressivement reconnue par plus de 80 Etats dans le monde. La RASD, membre de l’OUA depuis 1984, sera plus tard membre fondateur de l’Union africaine (UA)

1981 : Construction, par le Maroc, d’un Mur de près de 200 000 km2, pour protéger le "Sahara utile" (colons et richesses naturelles, particulièrement phosphate et poissons) des coups portés par l’armée sahraouie (ALPS) et afin d’isoler la direction du Front Polisario et les réfugiés sahraouis (en exil à Tindouf) du reste de la population sahraouie.

1988 : Un plan de paix de l'ONU/OUA, accepté par le Maroc et le Front Polisario (reconnu comme représentant unique et légitime du peuple sahraoui par la communauté internationale), est adopté à l’unanimité par le Conseil de sécurité. Il prévoit notamment la proclamation d'un cessez-le-feu, le retour des réfugiés sahraouis dans leur pays et l'organisation d'un référendum d'autodétermination (questions à poser : indépendance ou intégration au Maroc).

1991 : Adoption à l’unanimité, par le Conseil de sécurité de l’ONU, du plan de règlement, qui s’appuie sur le recensement espagnol de 1974 de la population sahraouie (74 000 personnes). En septembre, entrée en vigueur du cessez-le-feu sous la surveillance de la MINURSO (Mission des Nations unies chargée du référendum au Sahara occidental). La consultation référendaire est programmée pour janvier 1992.

1994 : Une bataille est engagée entre le Maroc et le Front Polisario autour du corps électoral. Avec la poursuite de plusieurs "Marches vertes" (déplacement des Marocains vers le territoire du Sahara occidental).

1997 : Nomination de l'ancien secrétaire d'Etat américain James Baker comme représentant personnel du secrétaire général de l'ONU. Signature par les deux parties en conflit des accords de Houston, en septembre, incluant un compromis autour de la question du corps électoral, et prévoyant la tenue d’un référendum d’autodétermination l’année suivante.

1999 : Annonce en décembre de l’élaboration, par l’ONU, d’une liste des personnes habilitées à participer au référendum d’autodétermination au Sahara occidental (plus de 86 000 personnes) : le Maroc ne peut plus utiliser l’argument selon lequel le recensement espagnol (de 1974) est dépassé.

2003 : Proposition, faite par James Baker, du plan de paix pour l’autodétermination du peuple du Sahara occidental (nommé Plan Baker), élargi aux colons marocains installés sur le territoire sahraoui de 1975 à décembre 1999, qui prévoit l'octroi d’une semi-autonomie pendant 4 à 5 ans, suivi d’un référendum d’autodétermination. Ce plan adopté à l’unanimité par le Conseil de sécurité est accepté par le Polisario, mais il est rejeté par le Maroc.

2005 : Déclenchement, à partir de mai, de manifestations pacifiques de la population sahraouie des territoires sous occupation marocaine, qui revendique le droit à l’autodétermination et à l’indépendance. L’ère de l’Intifada a commencé.

2006 : Poursuite de l’Intifada. Emergence de la proposition unilatérale du Maroc de "l’autonomie"du Sahara occidental, appuyée par la France et les socialistes espagnols arrivés au pouvoir en 2004. Un double objectif est visé : forcer la main au Conseil de sécurité pour reconnaître la souveraineté marocaine dans l’ex-colonie espagnole pour avaliser l’intégration du territoire sahraoui au royaume chérifien.

 

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  Entretien avec Yahia Zoubir, spécialiste en relations internationales

"Les Espagnols sentent qu’ils ont une dette morale envers le peuple sahraoui"

 

Les Débats : Le roi d’Espagne vient d’effectuer une visite en Algérie, sur invitation du président Bouteflika. Un commentaire sur cette visite ?

Yahia Zoubir : Comme j’ai déjà eu à le dire, cette visite a été annoncée par le président Abdelaziz Bouteflika lors de la dernière visite de José Luis Zapatero à Alger. La dernière visite du roi en Algérie remonte à 1983, elle relevait du domaine diplomatique, d’autant plus que le roi a une fonction plus protocolaire que politique dans le système politique espagnol. D’ailleurs, ses discours sont lus et corrigés par le gouvernement, parce que les décisions sont prises par l’Exécutif et non par le roi. Mais, la récente visite du monarque, accompagné par des ministres espagnols, dont le ministre des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, vient à un moment crucial en liaison avec la situation de la région. Comme vous le savez, les relations entre Alger et Madrid, malgré leur importance, connaissent un certain froid, à cause notamment de la position du gouvernement socialiste de Zapatero, qui s’est clairement éloigné de l’attitude de "neutralité positive" dans la question du Sahara occidental…

 

Et comment réagissez-vous aux déclarations de Juan Carlos sur le Sahara occidental ?

Le roi n’a pas mentionné l’option d’autonomie et réitéré la position traditionnelle de l’Espagne. Bien entendu, ceci marque un retour des socialistes – du moins au niveau du discours – à la position traditionnelle. Il faut bien rappeler que Zapatero avait parlé d’autodétermination lors de sa visite au Maroc.
 

M. Yahia Zoubir, que pensez-vous de la qualité de la coopération entre Alger et Madrid ?

Tous les indices montrent que les relations algéro-espagnoles ne peuvent que se renforcer, grâce au traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération, qu’ils ont signé en octobre 2002. Les deux pays entretiennent des relations commerciales qui sont très importantes, surtout dans le domaine énergétique où l’Espagne est complètement dépendante de l’Algérie. Les entreprises espagnoles sont par ailleurs très intéressées par le marché algérien et ce n’est certainement pas un hasard si pas moins d’une cinquantaine de grandes entreprises espagnoles ont pris part au forum d'affaires algéro-espagnol du 14 et 15 mars à Alger. La coopération entre l’Algérie et l’Espagne comporte également d’autres domaines, comme par exemple la lutte antiterroriste (échanges de renseignements), l’armement (l’Algérie souhaitant diversifier ses livraisons), l’aspect judiciaire (extraditions de criminels, accord signé en décembre 2006), l’immigration clandestine (clandestins venus d’Afrique) et la gestion de l’immigration légale dont a besoin l’Espagne pour compenser son manque de main d’œuvre locale. Ceci dit, l’Espagne joue un rôle d’équilibrisme entre l’Algérie et le Maroc, mais avec l’arrivée des socialistes au pouvoir, il y a un parti pris au détriment non seulement du peuple sahraoui et de son droit à l’autodétermination, mais aussi indirectement aux dépens des intérêts de l’Algérie… Pourtant, l’Algérie a eu très peu de contentieux avec l’Espagne, en comparaison avec les contentieux existant entre les Espagnols et le Maroc. Et en dépit de cela, l’Algérie avait pris une position de neutralité bienveillante envers l’Espagne lors du conflit hispano-marocain, en 2002, au sujet de l’affaire Perejil/Leila. L’Algérie avait de très bonnes relations avec le gouvernement de José Maria Aznar, qui a qualifié l’Algérie de ″partenaire stratégique″. Le gouvernement Aznar avait une position sur la question du Sahara Occidental conforme à la légalité internationale, même si bien entendu le gouvernement Aznar avait ses propres raisons. Mais, les socialistes espagnols, tout comme les socialistes français, ont souvent adopté une attitude provocatrice envers l’Algérie que les Sahraouis, en affichant un parti pris en faveur du Maroc. On peut ajouter, par exemple que les armes livrées au Maroc (chars et blindés) en 2004 avaient pour but le renforcement offensif du Maroc contre l’Algérie. Un colonel de l’armée espagnole que j’ai interviewé à Madrid le 14 mars dernier a admis que même si ces armes n’ont pas une grande valeur stratégique, leur livraison en ce moment pouvait être interprétée comme une provocation par l’Algérie, d’autant plus que ces armes seront pointées vers l’Algérie. Plus grave encore, il y a le fait que cette vente se soit faite en secret et qu’on ne l’ait su que deux ou trois mois plus tard, ce qui d’ailleurs a créé des suspicions en Espagne et en Algérie.

Progressivement, la position des socialistes espagnols sur le Sahara Occidental s’est rapprochée de celles de la France, qui joue un rôle non négligeable dans les affaires maghrébines au niveau de l’Union européenne. Les socialistes ont voulu aussi par là  confirmer leur positionnement en Europe plutôt qu’avec les Etats-Unis.

 

Pourquoi ?

D’un point de vue géopolitique, cette attitude est insensée au vu des intérêts espagnols en Algérie. La question est effectivement de savoir pourquoi. Il se pourrait que le pragmatisme de l’Algérie ait fait croire aux Espagnols que l’Algérie lâcherait les Sahraouis au profit d’une autonomie. Mais les Espagnols risquent de payer cher leur alignement avec le Maroc… On pourrait faire une telle lecture en ce qui concerne l’augmentation du prix du gaz par l’Algérie. Une autre erreur du gouvernement est qu’en Espagne, contrairement à se qui se passe en France, une grande majorité de l’opinion publique espagnole n’accepte pas la position marocaine sur le Sahara occidental. Je veux dire que les Espagnols sentent qu’ils ont une dette morale envers le peuple sahraoui.

Je voudrais dire aussi que malgré les différents contentieux entre le Maroc et l’Espagne, ces deux pays ont un traité d’amitié depuis 1991. L’Espagne trouve au Maroc un débouché important pour son industrie de l’armement. Ses intérêts économiques ne le sont pas moins. Il existe aussi un important lobby pro-marocain en Espagne. Il ne faut pas non plus sous-estimer les liens d’amitié qui se sont tissés entre les officiels marocains et espagnols. Objectivement, il faut aussi comprendre que depuis les attentats du 11 mars 2004 à Madrid, le gouvernement espagnol a décidé que la sécurité de l’Espagne soit liée à celle du Maroc. 

 

Vous avez parlé de renforcement de la coopération et du pragmatisme. Impliqueront-ils une marginalisation du dossier sahraoui ?

Croire que l’on puisse marginaliser le conflit sahraoui serait erroné, car ce conflit reste au cœur de la relation triangulaire Espagne-Algérie-Maroc. Les Espagnols ne peuvent pas espérer avoir des rapports équilibrés en prenant parti pour la position marocaine qui, je rappelle, est diamétralement opposée à celle de l’Algérie. De plus, les accords tripartites du 14 novembre 1975 entre l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie n’ont pas de base légale et l’Espagne ne peut, par conséquent, se désister de sa responsabilité et autoriser le Maroc à ″offrir″  une autonomie aux Sahraouis. Le Maroc n’a aucune souveraineté sur ce territoire. On ne peut donner ce qui ne nous appartient pas.

Tant que l’Espagne adopte une attitude réellement équilibrée, cela ne pose pas trop de problème pour l’Algérie. Malheureusement, un tournant dans la politique espagnole envers le conflit est en train de se produire. Même si l’Algérie a montré un certain pragmatisme, à travers le soutien du Plan Baker II et de la résolution 1495 des Nations unies, il serait naïf de penser qu’elle puisse changer de cap sur cette question. Cela, même si elle le souhaitait. Je doute fort que l’Algérie puisse sacrifier la question sahraouie sans remettre en cause tous les principes fondamentaux de son histoire et de sa diplomatie… Et les Espagnols le savent bien. C’est pour cela d’ailleurs que l’on constate des contradictions dans la position espagnole. On déclare que l’on est pour l’autodétermination et d’un autre côté, on déclare que l’offre marocaine d’autonomie est ″intéressante″. Cependant, on peut aussi reprocher aux Algériens de ne pas avoir une politique qui mette plus clairement en avant les intérêts nationaux vitaux, d’autant que l’irrédentisme marocain est une réalité. Le type de solution du conflit ne manquera donc pas d’avoir des incidences sur la région. Il est louable de la part des Algériens de soutenir le droit international et les résolutions onusiennes, mais il faut aussi poser cette question en termes de sécurité nationale et de faire en sorte que le peuple algérien sache quels sont les enjeux de cette question. En relations internationales, on définit sa sécurité nationale et on en précise les paramètres.    

 
Y a-t-il un lien entre la position d’une Espagne qui tarde à payer sa dette historique vis-à-vis du peuple sahraoui et l'intransigeance du Maroc qui agite aujourd’hui son projet d'autonomie ?

Le gouvernement espagnol actuel pense qu’en changeant de cap, il obligerait les parties dans la région à rompre le statut quo qui, selon lui, bloque à la fois le processus d’intégration au Maghreb et la normalisation des relations algéro-marocaines. Ce constant de blocage est bien fondé car entre autres questions, le conflit est un des éléments de blocage du processus d’intégration maghrébine. Il y aussi un contexte plus complexe dans la région, avec la présence de plus en plus visible des Etats-Unis dans le Maghreb-Sahel et une compétition potentielle entre les Etats-Unis et la France. L’exagération de la montée du djihadisme dans la région a aussi pour but le contrôle des ressources naturelles de la région, notamment le pétrole et le gaz. L’argument que l’on voudra faire avancer – et qui a déjà été avancé – serait de dire qu’un Etat sahraoui indépendant serait fragile et deviendrait source de balkanisation et d’instabilité dans la région. Or, dire que le conflit est un blocage à l’intégration et à la prospérité de la région omet de nombreux points importants. Un, la responsabilité de l’Espagne et des Nations Unies dans la décolonisation du Sahara Occidental demeure entière. Vouloir forcer la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental, une souveraineté que nul ne reconnaît, est une violation flagrante du droit international. M. Zapatero a déclaré que la nouvelle proposition marocaine de plan d'autonomie pour le Sahara qui exclut l'option de l'indépendance, devrait ouvrir ″une nouvelle étape″ après 30 ans de contentieux. Par conséquent, il a demandé à toutes les parties qu’elles reprennent les négociations sur cette base. En réalité, l’appel est adressé principalement au Front Polisario et à l'Algérie, puisque le Maroc, comme l’a rapporté El Païs, est disposé ″à dialoguer sur la base de sa proposition personnelle″. Je ne sais vraiment pas si c’est de la naïveté ou de la provocation. Ce qui est plus dangereux, c’est qu’après trente années de conflit, les Marocains tentent de persuader l’Espagne que le Polisario est un mouvement terroriste, que les Sahraouis sont de potentiels membres d’Al Qaîda ! On fait fi de la lutte légitime de ce peuple et de la répression qu’il subit sous le joug colonial. Les Marocains tentent de persuader l’Espagne et les autres pays occidentaux que l’autonomie est la meilleure garantie contre la menace terroriste. Vous pouvez le lire dans The Guardian du 12 mars. Accepter cette vision, c’est finalement accuser indirectement l’Algérie de soutenir le terrorisme dans la région du Maghreb-Sahel, alors qu’elle est à la pointe de la lutte antiterroriste. On argue même que l’Algérie a ramené la Russie dans la région, après l’achat par l’Algérie de l’armement russe, comme si l’on vivait encore à l’époque de la Guerre froide. Bien entendu, nul n’est dupe, mais l’argument est de taille pour les personnes qui ne connaissent pas bien la genèse de ce conflit ou la responsabilité historique et morale de l’Espagne à conduire à son terme la décolonisation de ce territoire. La question se pose si le gouvernement espagnol est prêt à partager une analyse aussi saugrenue que celle propagée actuellement par le Maroc. Il n’est donc pas surprenant que le Congrès des députés espagnol ait adopté à l’unanimité une motion, d’ailleurs soutenue par les socialistes, demandant au gouvernement de maintenir la position traditionnelle de l’Espagne concernant l’autodétermination du peuple sahraoui. 

 

Vous êtes de ceux qui ne sont pas d’accord avec le Plan Baker…

C’est vrai, je ne suis pas d’accord avec le Plan Baker II, puisqu’il reste favorable aux Marocains. Il autorise les colons marocains à voter lors du référendum après la période de transition de cinq ans. Mais il semblerait que ce plan soit la solution optimale pour toutes les parties, puisque les Sahraouis, l’Algérie, les Etats-Unis et les Espagnols l’ont accepté. Les Marocains rejettent ce plan car il inclut l’option d’indépendance et parce qu’ils ne sont pas certains que les colons marocains votent pour l’annexion du territoire ; ils risquent de préférer une République sahraouie démocratique à un régime monarchique. Le plan forcerait aussi le Maroc à changer sa Constitution et permettre à d’autres régions de demander une décentralisation du royaume. C’est ce qui explique pourquoi les partis marocains dits démocratiques soutiennent  ″l’offre″ d’autonomie. En quelque sorte, ces partis veulent eux aussi instrumentaliser la question sahraouie pour des raisons qui leur sont propres.

 

Pensez-vous que le Conseil de sécurité soit obligé, en avril, de revenir au Plan Baker et de l’imposer pour les prochaines négociations entre les parties ?

Il n’est pas dit que l’on revienne sur ce Plan, mais toutes les parties s’accordent à dire que les Marocains ne proposent rien de vraiment tangible et que c’est toujours le même stratagème pour éviter les échéances imposées par l’ONU. Le statu quo ne pose pas de problème au Maroc, mais la communauté internationale est agacée par ce jeu. La solution du conflit est pourtant claire : il faut accorder aux Sahraouis leur droit à l’autodétermination. C’est à eux qu’incombe donc le choix de décider de leur avenir. Pour peu que les Marocains décident de négocier directement et de bonne foi avec les Sahraouis, une solution définitive pourrait être trouvée. Le problème est que l’armée marocaine au Sahara occidental a des intérêts économiques très importants et qu’une solution remettrait sur le tapis la relation entre la monarchie et l’armée.

Propos recueillis par Z’hor Chérief

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  Quatre années après l’invasion américaine

L’Irak, le chaos 

L’arrivée conquérante des troupes américaines en Irak, en mars 2003, a produit des résultats catastrophiques. Le pays est plongé dans une totale insécurité et la société irakienne est pratiquement désintégrée. La population est loin de voir le bout du tunnel et compte quotidiennement ses morts, alors que le nombre de soldats américains tués dépasse les 3000.  L’armée américaine  ne parvient pas à s’adapter à un autre type de guerre, une guérilla, menée par des combattants de l’ombre. Ce bourbier a eu ses répercussions politiques à Washington avec la victoire des démocrates aux dernières législatives et l’impopularité de George Bush. Confrontée à de fortes pressions, l’administration américaine assouplit sa diplomatie….

L’ancien président Saddam Hussein décapité, des attentats sanglants, des détenus torturés, autant d’images fortes de l’Irak véhiculées par l’occupation américaine, un pays au bord de l’implosion et dont l’avenir reste incertain. L’armée américaine achève sa quatrième année d’occupation et le président Bush, à la recherche d’"une victoire totale contre le terrorisme", refuse obstinément de lui fixer un calendrier de retrait.

Quatre ans après l’invasion  américaine, présentée comme la seule issue   pour débarrasser l'Irak de ses armes de destruction massive et créer une enclave démocratique au Moyen-Orient, le pays est enfermé dans une spirale de violence dévastatrice  qui a fait des dizaines de milliers de morts. Après avoir renversé Saddam Hussein sans avoir trouvé la moindre arme de  destruction massive, la Maison-Blanche, loin de préparer un plan de retrait, renforce au contraire sa présence en Irak en envoyant 25 000 soldats  supplémentaires pour atteindre 160 000 hommes sur le terrain en juin, et ainsi  tenter d'enrayer les violences intercommunautaires qui ont explosé en 2006, après l'attentat de Samarra. La capitale et la province de Diyala sont les plus touchées et malgré le plan de sécurisation de Baghdad, lancé en février,  des voitures piégées continuent à exploser dans la ville.  Dans l'ouest et le nord du pays, Al-Qaîda poursuit son insurrection brutale  contre le gouvernement irakien et les forces américaines. Dans le sud, les  milices chiites rivalisent pour le contrôle des régions et des ressources  pétrolières.  Environ 2 millions d'Irakiens ont fui l'Irak, 1,8 million sont des déplacés à l'intérieur de leur propre pays, selon des données du Haut-Comité pour les  réfugiés des Nations unies. Le nombre de morts est difficile à cerner. Selon le site internet Iraq Body  Count, quelque 58 800 civils sont morts depuis la guerre. C'est sans doute un  chiffre plancher. Au moins 3 205 soldats américains, 132 britanniques et 124  membres de la coalition sont morts en quatre ans.  

Le Pentagone souligne que le dernier trimestre 2006 a été le plus meurtrier du conflit et que les violences continuent à augmenter depuis début 2007. Entre le 1er  janvier et le 9 février, plus de 1 000 attaques ont eu lieu chaque semaine,  contre une moyenne de 900 sur la même période en 2006. C'était toutefois avant  l'attaque de Samarra qui a déclenché les violences entre communautés. "Des éléments de la situation en Irak tiennent de la guerre civile",  conclut le rapport du Pentagone, dont les statistiques tendent à "sous-estimer  les violences", selon le rapport de la Commission Baker, qui rassemblait à la  fois des républicains et démocrates.

Le gouvernement irakien veut voir plus loin que les chiffres et les morts.  "Si on regarde l'histoire, chaque fois qu'il y a un changement – celui-ci a été  brutal – le sang coule. Rien n'est facile quand il y a de tels bouleversements  et celui-ci est sans doute le plus grand de la région", affirme Bassem Ridha, proche conseiller du Premier ministre Nouri al-Maliki.  "Saddam a été renversé. Il y a des points positifs. Nous sommes maintenant  libres. Chaque irakien peut s'exprimer sans peur", poursuit-il en occultant les  menaces des groupes extrémistes.

 "Nous avons beaucoup de partis politiques, une presse plurielle, des  télévisions différentes. Sous Saddam, si tu avais un bouquet satellite, tu  étais exécuté ou tu disparaissais. Il n'y avait pas de portables, pas d'internet.  Avant, un Irakien gagnait 5 dollars par mois. Aujourd'hui, 250", ajoute le responsable irakien. Bassem Ridha cite aussi la nouvelle Constitution approuvée par referendum, le gouvernement d'unité nationale, les élections législatives pour le Parlement composé à 25% de femmes. "Les gens ne se rendent pas compte. Nous étions à  l'âge de pierre, nous construisons ce pays à partir de rien", conclut-il.

 Le commandement américain estime qu'on ne parle pas assez de l'effort de  reconstruction et rappelle que 976 écoles, 154 postes-frontières, 92 casernes de pompiers ou 32 bureaux de poste ont été construits.

La violence et la corruption ont toutefois sapé ces efforts. L'Irak produit  aujourd'hui, par exemple, moins d'électricité que sous Saddam Hussein. Après le démantèlement de l'administration et de l'armée irakienne par les Américains,  le pays est devenu incontrôlable. Malgré les affirmations des responsables américains ou irakiens, la chute de la société irakienne dans le chaos et la guerre civile incombe en premier lieu à l’invasion américaine…

Affaiblis par l'Irak, les Etats-Unis ont dû retoucher leur diplomatie 

Enferrés depuis quatre ans dans une guerre  dévastatrice en Irak qui a amoindri leur influence dans le monde, les Etats-Unis ont été contraints d'assouplir peu à peu leur diplomatie à l'égard de leurs pires ennemis : l'Iran, la Syrie et la Corée du Nord. L'invasion de l'Irak en mars 2003 par une coalition menée par les Etats-Unis était destinée, affirmait-on du côté de Washington, à évincer Saddam Hussein et créer un îlot démocratique et pro-américain dans le monde arabe, nid, selon Washington, du  terrorisme responsable des attentats du 11 septembre 2001.

Or quatre ans après, la guerre apparaît avoir renforcé non seulement le  réseau Al-Qaîda mais surtout l'Iran et ses alliés, la Syrie, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, tous adversaires déclarés des Etats-Unis. "Le nouvel Irak était supposé devenir un modèle pour le Moyen-Orient et une  menace pour la république islamique iranienne. Au lieu de cela, l'Iran est apparu comme  le grand gagnant de la guerre des Etats-Unis", souligne Vali Nasr, un expert du  Council on Foreign Relations, dans la dernière livraison de la revue de ce centre de recherche indépendant, Foreign Policy.

Alors que la guerre a coûté la vie à des dizaines de milliers de civils irakiens et à 3 200 soldats américains, l'administration  américaine parait incapable d'enrayer les violences.  En outre, l'existence de prisons secrètes de la CIA a suscité une vive  émotion, notamment en Europe où deux enquêtes ont montré qu'une vingtaine de  pays avaient coopéré plus ou moins activement au programme. Pour l'ancien conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski,  George W. Bush, en sacrifiant les principes moraux des Etats-Unis au nom de la  lutte contre le terrorisme, a amoindri la crédibilité des Etats-Unis dans le  monde. "Le fait est qu'il a dilapidé notre crédibilité, notre légitimité et même  le respect des autres envers notre pouvoir", a-t-il déclaré récemment lors d'un show satirique notoirement anti-Bush, "The Today Show".  La guerre a coûté au parti républicain sa majorité au Congrès et fait  plonger la cote de popularité du président George W. Bush, qui plafonne  désormais autour des 35%. Depuis sa défaite électorale de novembre et la publication, en décembre 2006, d'un  rapport très critique sur sa gestion de la guerre en Irak, Bush a sensiblement assoupli sa politique étrangère. Il a remplacé son ministre de la Défense Donald Rumsfeld, considéré comme  responsable de la course en avant en Irak, chargé la secrétaire d'Etat  Condoleezza Rice de relancer les négociations de paix israélo-palestiniennes pour apaiser les sentiments anti-américains dans le monde arabe et l'a  autorisée à ouvrir le dialogue avec l'Iran et la Syrie.

L'Iran n'est pas le seul pays à avoir profité des déboires des Etats-Unis  en Irak. Les experts de Foreign Policy citent la Chine, qui a profité du fait que l'attention des Etats-Unis a été monopolisée ces quatre dernières années par l'Irak pour étendre son influence en Afrique et en Amérique latine.  Ils citent aussi les alliés arabes des Etats-Unis, comme l'Egypte et l'Arabie saoudite, qui ont obtenu de l'administration Bush un répit sur le dossier des droits de l'Homme en échange de leur soutien contre l'Iran.  La Russie a en outre profité de la guerre en Irak pour faire son retour au Proche-Orient, en conservant ses liens étroits avec l'Iran et en réchauffant ses relations avec les monarchies arabes.

De plus en plus isolé diplomatiquement, George Bush ne dispose plus de marge de manœuvre… Le chef de la diplomatie russe parle carrément de "déclin objectif du rôle hypertrophié des Etats-Unis dans le monde".

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