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Visite d’Etat du roi d’Espagne en Algérie
Juan Carlos veut-il réparer les erreurs du
passé ?
Le roi Juan Carlos et son épouse, la reine Sofia,
ont effectué du 13 au 15 mars dernier une visite d’Etat en Algérie. Le périple
du souverain espagnol, préparé depuis au moins octobre 2006, intervient dans un
contexte particulier, alourdi par le rapprochement entre Madrid et Rabat sur
l’ex- Sahara espagnol. Un contexte marqué par la caution à peine voilée du
gouvernement socialiste de Luis José Rodriguez Zapatero à la proposition
marocaine d'autonomie du Sahara occidental.
Dans une déclaration commune publiée le 6 mars à
Rabat, à l'issue d’un sommet hispano-marocain, l'Espagne a en effet accueilli
avec "intérêt" le projet du Maroc, qui consiste à exclure l’option
d’indépendance du Sahara occidental. En réalité, les socialistes espagnols,
arrivés au pouvoir en 2004, se sont rapprochés des thèses françaises concernant
le territoire sahraoui. Les deux pays tentent aujourd’hui de faire passer l’idée
selon laquelle l’indépendance du "territoire non autonome" représenterait une
menace à la stabilité de la monarchie chérifienne. En cherchant dans le même
temps à isoler l’Algérie, après avoir essayé vainement de l’entraîner dans des
sommets hors ONU, dans le but de discréditer, sinon confisquer la légitimité
internationale de la RASD et du Front Polisario.
Le jour de l’arrivée de l’invité de l’Algérie, une
interview du président Bouteflika, accordé au quotidien espagnol El Pais, a été
rendue publique. Le chef de l’Etat y a affirmé que la querelle sur le Sahara
occidental ne sera "jamais un casus belli avec le Maroc", mais sans insister sur
les conséquences de l’arrogance marocaine, devenue d’ailleurs un frein aux
rapports de bon voisinage et à la sécurité dans la région. Le Président n’a pas,
en outre, écarté l’hypothèse d’une reprise des hostilités entre le Polisario et
le Maroc, en cas d’échec de la diplomatie, en se reportant à la position légale
des Nations unies. "Aucune solution unilatérale n’est viable. Seule la
reconnaissance du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination peut résoudre
le problème. C’est la position réaffirmée par l’ONU", a-t-il soutenu. Mais
pourquoi la diplomatie algérienne, qui a tant apporté à la diplomatie sahraouie
et aux causes justes dans le monde, a-t-elle reculé ces dernières années ? Nous
n’en saurons rien. Nous ne saurons rien non plus de la qualité des contacts
entre les gouvernements algérien et espagnol, alors que le premier magistrat du
pays avait appelé Zapatero, en visite à Alger en décembre dernier, à "s'engager
à amener le Maroc et le Front Polisario à mettre au point les modalités d'un
référendum d'autodétermination libre et régulier, qui permettra l'expression de
la volonté souveraine du peuple du Sahara occidental, conformément à la légalité
internationale".
Comme ont eu à l’exprimer des experts et
observateurs dans les colonnes de la presse nationale, l’Algérie possède des
moyens, qui ne sont pas des moindres, pour tenir en respect ses partenaires.
Paradoxalement, c’est elle qui continue à subir les pressions de ces pays et les
assauts de leur diplomatie. Elle n’a malheureusement valorisé ni son apport dans
la sécurité de l’approvisionnement en énergie des pays d’Europe ni dans celle du
ravitaillement de certains marchés européens (espagnol, italien et français).
L’Algérie n’a pas non plus mis en exergue son rôle incontestable contre
l’immigration clandestine et ses compétences en matière de lutte antiterroriste.
La situation connaît-elle un plus positif avec la
visite du roi Juan Carlos et ses dernières déclarations sur le Sahara
occidental ? Certainement, puisque le roi d’Espagne, sans y être invité, a
souligné l’urgence d’"une solution politique juste, durable et acceptable par
les parties sur la question du Sahara occidental (…) prévoyant la libre
détermination de ce peuple et passant par un dialogue des parties dans le cadre
des Nations unies". Puisque les propos du monarque espagnol contredisent
également ceux tenus quelques jours auparavant par les représentants du
gouvernement ibérique. Sauf que la sortie de Juan Carlos, soutenue le même jour
par l’adoption de deux motions de la Chambre basse du Parlement espagnol pour
appuyer "le droit légitime du peuple sahraoui à l’autodétermination par un
référendum", demeure respectueuse du cadre gouvernemental hispanique et ne
réduit pas pour autant la responsabilité historique de Madrid dans le drame
sahraoui.
Il faut savoir que le roi Juan Carlos Ier,
69 ans, a été nommé chef d’Etat par intérim durant la maladie du général
Francisco Franco, avant d’accéder au trône le
22 novembre
1975. Le 2 novembre de la même année,
Juan Carlos, se trouvant à El-Ayoun (capitale sahraouie), avait déclaré, devant
l’armée espagnole, le ministre de la Guerre et le chef d’état-major des armées
espagnoles : "Nous œuvrerons pour protéger les droits légitimes du peuple
sahraoui, selon ce que nous impose notre mission et notre histoire." Il s’était
surtout engagé à prendre "toutes les mesures nécessaires pour que l’armée
espagnole sauvegarde sa réputation et son honneur", non sans préciser que
"l’Espagne respectera ses engagements et déploiera ses efforts pour préserver la
paix au Sahara occidental". Et pendant qu’il déclarait cela, son représentant à
l’ONU affirmait, devant le Conseil de sécurité, qu’il ne pouvait y avoir de
"solution pacifique hors du cadre de l’ONU et en contradiction des résolutions
de l’Assemblée générale basées sur le droit du peuple du Sahara à
l’autodétermination".
Mais, l’Espagne se dépêchera à signer, le 14
novembre 1975, des accords tripartites avec le Maroc et la Mauritanie, prévoyant
le partage de son ex-colonie en contrepartie d’avantages économiques et
géopolitiques. Ce bras de force au droit international ne parviendra pas
cependant à décourager l’ONU, notamment son Assemblée générale et sa commission
de décolonisation, qui est en charge à ce jour du dossier de décolonisation du
Sahara occidental.
L’Algérie et l’Espagne, notamment celle de Zapatero,
divergent, comme on le sait, sur la question sahraouie. On assiste aujourd’hui à
une stratégie d’isolement émanant du trio franco-hispano-marocain qui veut faire
passer le Polisario pour un mouvement terroriste lié au réseau islamiste d’Al-Qaîda
et jeter le discrédit sur l’Algérie qui accueille sur son territoire la
direction sahraouie. Seulement, la realpolitik veut aussi que l’Algérie et
l’Espagne entretiennent des relations économiques. En 2006, les échanges
commerciaux des deux pays ont représenté 3 milliards de dollars. Par ailleurs,
Alger fournit 60% de ses besoins en gaz à l'Espagne.
La visite du roi Juan Carlos, à laquelle ont pris
part des ministres du gouvernement Zapatero, s’est particulièrement soldée par
la signature de six accords de coopération économique, diplomatique et
parlementaire et l’organisation d’un forum pour l’investissement et le
partenariat ayant rassemblé les entrepreneurs des deux pays.
Il est à souligner enfin que le roi d’Espagne est
déjà venu en Algérie, en 1983, du temps de Chadli Bendjedid. Celui que la revue
Euro Business classera en 2002 au 7e rang des monarques les plus
riches d’Europe avec une fortune personnelle de 1,79 milliard d’euros, est un
partisan de la construction européenne, qui a également pris part au passage de
l’Espagne d’un régime dictatorial à une monarchie parlementaire. Il est lui-même
versé dans les affaires et on dit qu’il est très proche des milieux banquiers et
pétroliers dans le monde. Est-il animé de la volonté de réparer les erreurs du
passé et à rapprocher tous les peuples de la région ? Il faut l’espérer.
Z’hor Chérief
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Abdelaziz Belkhadem aux « Débats »
“Nous allons vers une démocratie participative”
Le secrétaire du FLN a
présidé, vendredi dernier, la 4e session ordinaire de l’instance
exécutive (IE) consacrée à la préparation de la stratégie électorale du parti.
Abdelaziz Belkhadem a prononcé un discours inaugural des travaux à travers
lequel il a lancé des mises aux points et émis des mises en garde. Beaucoup de
messages ont été lancés dans ce discours qui comprenait aussi des non-dits.
Il revient, dans cet
entretien, sur les zones d’ombre ayant entouré l’entreprise FLN pour le choix
des hommes susceptibles de le représenter à la 6e mandature
nationale. Pas moins de 4 500 candidatures, dont 80% émanant d’universitaires,
ont été collectées, a-t-il révélé devant les 121 membres de la plus haute
instance entre deux congrès. M. Belkhadem s’explique sur le rôle du président
Bouteflika en tant que président du FLN dans le choix des candidats, les
critères d’éligibilité et la couleur du prochain gouvernement, s’il arrive à
décrocher une majorité. Procédant par une certaine “pédagogie politique”, il a
balisé le champ d’action de la prochaine campagne électorale dont il a donné
solennellement le coup d’envoi vendredi dernier.
Quel est, M. Belkhadem, le
rôle du président de la République dont vous avez rappelé, par deux fois, dans
votre discours inaugural de la 4e session ordinaire de l’IE, qu’il
est le président du FLN ? A-t-il le dernier mot à propos des listes finales et
du classement des candidats ? Je ne dis
pas que les candidatures passent par le Président, mais elles relève des
compétences du secrétariat de l’instance exécutive transformée pour la
circonstance en commission électorale investie dans la collecte, l’étude puis le
tri des dossiers. Le Président ne pourra tout de même pas connaître les 4500
candidatures qui ouvrent droit à l’éligibilité de quelque 230 femmes candidates
(ce qui représente 5%, ndlr). Mais je ne vous cache pas, transparence oblige,
que le président de la République, de par son statut de président du FLN a
incontestablement un droit de regard sur la composante des listes finales et le
classement des candidats retenus. Son rôle, pour vous répondre clairement, est
qu’il a un avis à émettre sur telle ou telle liste. Un sorte de visa pour leur
validation.
Vous dites que vous avez
adopté la voie la plus difficile pour aligner vos candidats aux élections ;
pouvez-vous revenir sur cette manière de faire que vous avez qualifiée de “sans
exclusive” ? Oui, pour ce qui est de la
collecte puis de l’opération de sélection des candidatures, nous étions devant
un dilemme pour définir la meilleure manière qui soit. Il y avait devant nous
plusieurs variantes. La première consistait à choisir les têtes de liste
auxquelles il fallait associer ensuite la classification des candidats dans
chaque circonscription. La seconde se voulait être une large consultation avec
les associations représentatives de la société civile pour dégager subséquemment
les candidats les plus représentatifs d’une part, et ceux dignes d’honorer une
mandature de l’autre. Une troisième variante devait reposer sur le choix des
kasmas auxquelles on demandait un à deux candidats. Mais cette variante pouvait
générer des problèmes de rejet ou d’exclusion pour des raisons bien évidentes,
subjectives bien sûr. Elle n’a pas non plus été retenue. La quatrième s’avère
être à la fois la plus difficile mais, à notre sens, la plus efficiente et
surtout la plus plausible. Cette démarche envisage de rassembler les
candidatures depuis la base et s’effectue en trois temps : les kasmas
identifient tous les dossiers, sans aucun refoulement, puis effectuent un
filtrage organique, c’est-à-dire qu’elles définissent le parcours du militant et
son attitude vis-à-vis de sa cellule de base. A savoir si le postulant est
politiquement et organiquement correct en ce sens qu’il renouvelle sa carte
chaque année, qu’il paie ses cotisations, qu’il assiste aux assemblées
générales, qu’il a une bonne conduite, etc. Même si la kasma émet un avis
négatif sur le dossier du prétendant, elle doit faire parvenir le dossier à la
direction, qui décide en dernier ressort. Ceci étant pour éviter de tomber sur
des sensibilités d’ordres clanique, tribal, clientéliste ou autres interférences
internes ou externes.
Quel est le rôle des
mouhafadhas ? Les mouhafadhas revoient
les conditions et critères puis transmettent les dossiers au superviseur chargé
d’accompagner l’opération de collecte de dossiers. Ce dernier rédige un rapport
détaillé qu’il remet à la direction. La dernière étape (débutée dimanche, ndlr)
se jouera entre les sept membres du secrétariat de l’instance exécutive. Nous
procéderons par un système de notation, sur des fiches qui seront informatisées
et sauvegardées dans des CD. Un barème préétabli permet une distribution de
cœfficients aux candidats en tenant compte des années de militantisme, de
l’assiduité, des diplômes, des responsabilités exercées dans ou à l’extérieur du
parti, etc. Une fois la classification finale faite sur des bases politiques,
ces données serviront à dégager les 40 premiers candidats de chaque
circonscription électorale. La formule retenue permettra, comme je l’ai dit,
d’éloigner le spectre des susceptibilités entre militants parce que l’évaluation
centralisée n’a pas les mêmes pesanteurs que celle de la base. Je peux m’avancer
en affirmant que ce choix n’a été contesté par personne. Il y a eu unanimité de
l’IE car aucune voix ne s’est élevée pour critiquer cette variante. Vous pouvez
leur poser la question, ils vous le confirmeront. Toutefois, je dois avouer que
cette procédure n’est pas dénuée de subjectivité au niveau même du groupe des
sept. Chacun de nous doit émettre une note d’appréciation politique et ne tenir
compte que de la moyenne.
A quelles fins avez-vous
avez imposé la signature préalable par le candidat d’un document, dont sont
exemptés les ministres-candidats, portant des engagements de respecter les choix
de la direction du parti et les assumer ?
Ce n’est plus un secret, le
procédé préconisé n’est que le couronnement de toute une procédure, somme toute
logique, garantie par le préalable des engagements signés à la base par chaque
candidat. La procédure permettra aussi d’éviter le rush sur les listes
indépendantes. Je vous révèle aussi qu’en repoussant la date d’annonce des
listes aux limites des délais impartis par l’administration, le secrétariat de
l’instance exécutive entend freiner, sinon stopper, les velléités des mécontents
de se lancer dans la collecte des signatures pour se présenter en listes
indépendantes et qui feront, inévitablement, du tort aux listes émises par le
parti. Car un candidat indépendant reste foncièrement un militant issu du FLN.
Sa popularité est acquise en tant que FLNiste, d’où cette crainte de la
déperdition des voix au profit du candidat indépendant aux dépens du candidat
porté sur la liste partisane. La récente expérience des sénatoriales est encore
vivace. Quant à la question lancinante des ministres-candidats et des
responsables du parti, je dois rappeler que, dans un sens large de la
démocratie, les responsables ont eux aussi le droit de se présenter. Mieux, il y
a même l’idée de les encourager à se présenter pour donner du tonus à la
campagne électorale qui s’annonce difficile. La candidature d’un ministre ne
gêne en rien les autres militants parce que si tel ministre est reconduit dans
le staff de l’Exécutif, il donnera l’occasion à un autre militant de siéger
systématiquement à l’Assemblée nationale. Contrairement à ceux qui ne pensent
qu’aux inconvénients, je dirais plutôt que c’est doublement bénéfique pour le
parti. A la seule différence, toutefois, que les responsables, comme les
députés, les membres de l’IE, du conseil national et autres cadres, n’ont pas
besoin de déposer leurs candidatures au niveau des kasmas. Leurs dossiers seront
traités à un niveau centralisé. C’est en quelque sorte comme les sénateurs qui
comparaissent devant les commissions de discipline, ils seront traités par la
commission nationale. Ils jouissent d’une sorte de “privilège de juridiction” si
vous voulez.
Vous semblez vous contenter
d’une majorité “confortable”, pour ne pas dire simple. Appréhendez-vous une
majorité absolue ?
Non loin de là, nous n’avons
peur de rien et de personne. Nous allons vers une concurrence rude certes,
pourvue qu’elle soit loyale et honnête. Nous allons faire tous ce qui est
possible pour décrocher une majorité. Ce n’est pas facile, nous en sommes
conscients, mais nous sommes rodés et habitués aux joutes électorales. Si le
peuple nous donne la majorité absolue, kethar khirou, et s’il nous donne
une autre majorité, kethar khirou également. Sachez néanmoins que quel
que soit le cas de figure, ce qui nous est confortable, au FLN, l’est davantage
pour l’Algérie et inversement. Une chose est sûre et demeure assurément
irréversible : la coalition gouvernementale sera reconduite dans un esprit de
démocratie participative. Et quelle que soit notre majorité, ce sera un
gouvernement équilibré.
Propos recueillis par Salah
Bey
Haut
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