Semaine du 21 au 27 mars 2007

 Visite d’Etat du roi d’Espagne en Algérie

Juan Carlos veut-il réparer les erreurs du passé ?

 Abdelaziz Belkhadem aux « Débats »

“Nous allons vers une démocratie participative”

 

 
 
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Visite d’Etat du roi d’Espagne en Algérie

Juan Carlos veut-il réparer les erreurs du passé ?

Le roi Juan Carlos et son épouse, la reine Sofia, ont effectué du 13 au 15 mars dernier une visite d’Etat en Algérie. Le périple du souverain espagnol, préparé depuis au moins octobre 2006, intervient dans un contexte particulier, alourdi par le rapprochement entre Madrid et Rabat sur l’ex- Sahara espagnol. Un contexte marqué par la caution à peine voilée du gouvernement socialiste de Luis José Rodriguez Zapatero à la proposition marocaine d'autonomie du Sahara occidental.

Dans une déclaration commune publiée le 6 mars à Rabat, à l'issue d’un sommet hispano-marocain, l'Espagne a en effet accueilli avec "intérêt"  le projet du Maroc, qui consiste à exclure l’option d’indépendance du Sahara occidental. En réalité, les socialistes espagnols, arrivés au pouvoir en 2004, se sont rapprochés des thèses françaises concernant le territoire sahraoui. Les deux pays tentent aujourd’hui de faire passer l’idée selon laquelle l’indépendance du "territoire non autonome" représenterait une menace à la stabilité de la monarchie chérifienne. En cherchant dans le même temps à isoler l’Algérie, après avoir essayé vainement de l’entraîner dans des sommets hors ONU, dans le but de discréditer, sinon confisquer la légitimité internationale de la RASD et du Front Polisario.

Le jour de l’arrivée de l’invité de l’Algérie, une interview du président Bouteflika, accordé au quotidien espagnol El Pais, a été rendue publique. Le chef de l’Etat y a affirmé que la querelle sur le Sahara occidental ne sera "jamais un casus belli avec le Maroc", mais sans insister sur les conséquences de l’arrogance marocaine, devenue d’ailleurs un frein aux rapports de bon voisinage et à la sécurité dans la région. Le Président n’a pas, en outre, écarté l’hypothèse d’une reprise des hostilités entre le Polisario et le Maroc, en cas d’échec de la diplomatie, en se reportant à la position légale des Nations unies. "Aucune solution unilatérale n’est viable. Seule la reconnaissance du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination peut résoudre le problème. C’est la position réaffirmée par l’ONU", a-t-il soutenu. Mais pourquoi la diplomatie algérienne, qui a tant apporté à la diplomatie sahraouie et aux causes justes dans le monde, a-t-elle reculé ces dernières années ? Nous n’en saurons rien. Nous ne saurons rien non plus de la qualité des contacts entre les gouvernements algérien et espagnol, alors que le premier magistrat du pays avait appelé Zapatero, en visite à Alger en décembre dernier, à "s'engager à amener le Maroc et le Front Polisario à mettre au point les modalités d'un référendum d'autodétermination libre et régulier, qui permettra l'expression de la volonté souveraine du peuple du Sahara occidental, conformément à la légalité internationale".

Comme ont eu à l’exprimer des experts et observateurs dans les colonnes de la presse nationale, l’Algérie possède des moyens, qui ne sont pas des moindres, pour tenir en respect ses partenaires. Paradoxalement, c’est elle qui continue à subir les pressions de ces pays et les assauts de leur diplomatie. Elle n’a malheureusement valorisé ni son apport dans la sécurité de l’approvisionnement en énergie des pays d’Europe ni dans celle du ravitaillement de certains marchés européens (espagnol, italien et français). L’Algérie n’a pas non plus mis en exergue son rôle incontestable contre l’immigration clandestine et ses compétences en matière de lutte antiterroriste.

La situation connaît-elle un plus positif avec la visite du roi Juan Carlos et ses dernières déclarations sur le Sahara occidental ? Certainement, puisque le roi d’Espagne, sans y être invité, a souligné l’urgence d’"une solution politique juste, durable et acceptable par les parties sur la question du Sahara occidental (…) prévoyant la libre détermination de ce peuple et passant par un dialogue des parties dans le cadre des Nations unies". Puisque les propos du monarque espagnol contredisent également ceux tenus quelques jours auparavant par les représentants du gouvernement ibérique. Sauf que la sortie de Juan Carlos, soutenue le même jour par l’adoption de deux motions de la Chambre basse du Parlement espagnol pour appuyer "le droit légitime du peuple sahraoui à l’autodétermination par un référendum", demeure respectueuse du cadre gouvernemental hispanique et ne réduit pas pour autant la responsabilité historique de Madrid dans le drame sahraoui.

Il faut savoir que le roi Juan Carlos Ier, 69 ans, a été nommé chef d’Etat par intérim durant la maladie du général Francisco Franco, avant d’accéder au trône le 22 novembre 1975. Le 2 novembre de la même année, Juan Carlos, se trouvant à El-Ayoun (capitale sahraouie), avait déclaré, devant l’armée espagnole, le ministre de la Guerre et le chef d’état-major des armées espagnoles : "Nous œuvrerons pour protéger les droits légitimes du peuple sahraoui, selon ce que nous impose notre mission et notre histoire." Il s’était surtout engagé à prendre "toutes les mesures nécessaires pour que l’armée espagnole sauvegarde sa réputation et son honneur", non sans préciser que "l’Espagne respectera ses engagements et déploiera ses efforts pour préserver la paix au Sahara occidental". Et pendant qu’il déclarait cela, son représentant à l’ONU affirmait, devant le Conseil de sécurité, qu’il ne pouvait y avoir de "solution pacifique hors du cadre de l’ONU et en contradiction des résolutions de l’Assemblée générale basées sur le droit du peuple du Sahara à l’autodétermination".

Mais, l’Espagne se dépêchera à signer, le 14 novembre 1975, des accords tripartites avec le Maroc et la Mauritanie, prévoyant le partage de son ex-colonie en contrepartie d’avantages économiques et géopolitiques. Ce bras de force au droit international ne parviendra pas cependant à décourager l’ONU, notamment son Assemblée générale et sa commission de décolonisation, qui est en charge à ce jour du dossier de décolonisation du Sahara occidental.

L’Algérie et l’Espagne, notamment celle de Zapatero, divergent, comme on le sait, sur la question sahraouie. On assiste aujourd’hui à une stratégie d’isolement émanant du trio franco-hispano-marocain qui veut faire passer le Polisario pour un mouvement terroriste lié au réseau islamiste d’Al-Qaîda et jeter le discrédit sur l’Algérie qui accueille sur son territoire la direction sahraouie. Seulement, la realpolitik veut aussi que l’Algérie et l’Espagne entretiennent des relations économiques. En 2006, les échanges commerciaux des deux pays ont représenté 3 milliards de dollars. Par ailleurs, Alger fournit 60% de ses besoins en gaz à l'Espagne.

La visite du roi Juan Carlos, à laquelle ont pris part des ministres du gouvernement Zapatero, s’est particulièrement soldée par la signature de six accords de coopération économique, diplomatique et parlementaire et l’organisation d’un forum pour l’investissement et le partenariat ayant rassemblé les entrepreneurs des deux pays.

Il est à souligner enfin que le roi d’Espagne est déjà venu en Algérie, en 1983, du temps de Chadli Bendjedid. Celui que la revue Euro Business classera en 2002 au 7e rang des monarques les plus riches d’Europe avec une fortune personnelle de 1,79 milliard d’euros, est un partisan de la construction européenne, qui a également pris part au passage de l’Espagne d’un régime dictatorial à une monarchie parlementaire. Il est lui-même versé dans les affaires et on dit qu’il est très proche des milieux banquiers et pétroliers dans le monde. Est-il animé de la volonté de réparer les erreurs du passé et à rapprocher tous les peuples de la région ? Il faut l’espérer.

Z’hor Chérief

 

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Abdelaziz Belkhadem aux « Débats »

“Nous allons vers une démocratie participative”

Le secrétaire du FLN a présidé, vendredi dernier, la 4e session ordinaire de l’instance exécutive (IE) consacrée à la préparation de la stratégie électorale du parti. Abdelaziz Belkhadem a prononcé un discours inaugural des travaux à travers lequel il a lancé des mises aux points et émis des mises en garde. Beaucoup de messages ont été lancés dans ce discours qui comprenait aussi des non-dits.

Il revient, dans cet entretien, sur les zones d’ombre ayant entouré l’entreprise FLN pour le choix des hommes susceptibles de le représenter à la 6e mandature nationale. Pas moins de 4 500 candidatures, dont 80% émanant d’universitaires, ont été collectées, a-t-il révélé devant les 121 membres de la plus haute instance entre deux congrès. M. Belkhadem  s’explique sur le rôle du président Bouteflika en tant que président du FLN dans le choix des candidats, les critères d’éligibilité et la couleur du prochain gouvernement, s’il arrive à décrocher une majorité. Procédant par une certaine “pédagogie politique”, il a balisé le champ d’action de la prochaine campagne électorale dont il a donné solennellement le coup d’envoi vendredi dernier.

 

Quel est, M. Belkhadem, le rôle du président de la République dont vous avez rappelé, par deux fois, dans votre discours inaugural de la 4e session ordinaire de l’IE, qu’il est le président du FLN ? A-t-il le dernier mot à propos des listes finales et du classement des candidats ? Je ne dis pas que les candidatures passent par le Président, mais elles relève des compétences du secrétariat de l’instance exécutive transformée pour la circonstance en commission électorale investie dans la collecte, l’étude puis le tri des dossiers. Le Président ne pourra tout de même pas connaître les 4500 candidatures qui ouvrent droit à l’éligibilité de quelque 230 femmes candidates (ce qui représente 5%, ndlr). Mais je ne vous cache pas, transparence oblige, que le président de la République, de par son statut de président du FLN a incontestablement un droit de regard sur la composante des listes finales et le classement des candidats retenus. Son rôle, pour vous répondre clairement, est qu’il a un avis à émettre sur telle ou telle liste. Un sorte de visa pour leur validation.

 

Vous dites que vous avez adopté la voie la plus difficile pour aligner vos candidats aux élections ; pouvez-vous revenir sur cette manière de faire que vous avez qualifiée de “sans exclusive” ? Oui, pour ce qui est de la collecte puis de l’opération de sélection des candidatures, nous étions devant un dilemme pour définir la meilleure manière qui soit. Il y avait devant nous plusieurs variantes. La première consistait à choisir les têtes de liste auxquelles il fallait associer ensuite la classification des candidats dans chaque circonscription. La seconde se voulait être une large consultation avec les associations représentatives de la société civile pour dégager subséquemment les candidats les plus représentatifs d’une part, et ceux dignes d’honorer une mandature de l’autre. Une troisième variante devait reposer sur le choix des kasmas auxquelles on demandait un à deux candidats. Mais cette variante pouvait générer des problèmes de rejet ou d’exclusion pour des raisons bien évidentes, subjectives bien sûr. Elle n’a pas non plus été retenue. La quatrième s’avère être à la fois la plus difficile mais, à notre sens, la plus efficiente et surtout la plus plausible. Cette démarche envisage de rassembler les candidatures depuis la base et s’effectue en trois temps : les kasmas identifient tous les dossiers, sans aucun refoulement, puis effectuent un filtrage organique, c’est-à-dire qu’elles définissent le parcours du militant et son attitude vis-à-vis de sa cellule de base. A savoir si le postulant est politiquement et organiquement correct en ce sens qu’il renouvelle sa carte chaque année, qu’il paie ses cotisations, qu’il assiste aux assemblées générales, qu’il a une bonne conduite, etc. Même si la kasma émet un avis négatif sur le dossier du prétendant, elle doit faire parvenir le dossier à la direction, qui décide en dernier ressort. Ceci étant pour éviter de tomber sur des sensibilités d’ordres clanique, tribal, clientéliste ou autres interférences internes ou externes.

 

Quel est le rôle des mouhafadhas ? Les mouhafadhas revoient les conditions et critères puis transmettent les dossiers au superviseur chargé d’accompagner l’opération de collecte de dossiers. Ce dernier rédige un rapport détaillé qu’il remet à la direction. La dernière étape (débutée dimanche, ndlr) se jouera entre les sept membres du secrétariat de l’instance exécutive. Nous procéderons par un système de notation, sur des fiches qui seront informatisées et sauvegardées dans des CD. Un barème préétabli permet une distribution de cœfficients aux candidats en tenant compte des années de militantisme, de l’assiduité, des diplômes, des responsabilités exercées dans ou à l’extérieur du parti, etc. Une fois la classification finale faite sur des bases politiques, ces données serviront à dégager les 40 premiers candidats de chaque circonscription électorale. La formule retenue permettra, comme je l’ai dit, d’éloigner le spectre des susceptibilités entre militants parce que l’évaluation centralisée n’a pas les mêmes pesanteurs que celle de la base. Je peux m’avancer en affirmant que ce choix n’a été contesté par personne. Il y a eu unanimité de l’IE car aucune voix ne s’est élevée pour critiquer cette variante. Vous pouvez leur poser la question, ils vous le confirmeront. Toutefois, je dois avouer que cette procédure n’est pas dénuée de subjectivité au niveau même du groupe des sept. Chacun de nous doit émettre une note d’appréciation politique et ne tenir compte que de la moyenne.

 

A  quelles fins avez-vous avez imposé la signature préalable par le candidat d’un document, dont sont exemptés les ministres-candidats, portant des engagements de respecter les choix de la direction du parti et les assumer ?

Ce n’est plus un secret, le procédé préconisé n’est que le couronnement de toute une procédure, somme toute logique, garantie par le préalable des engagements signés à la base par chaque candidat. La procédure permettra aussi d’éviter le rush sur les listes indépendantes. Je vous révèle aussi qu’en repoussant la date d’annonce des listes aux limites des délais impartis par l’administration, le secrétariat de l’instance exécutive entend freiner, sinon stopper, les velléités des mécontents de se lancer dans la collecte des signatures pour se présenter en listes indépendantes et qui feront, inévitablement, du tort aux listes émises par le parti. Car un candidat indépendant reste foncièrement un militant issu du FLN. Sa popularité est acquise en tant que FLNiste, d’où cette crainte de la déperdition des voix au profit du candidat indépendant aux dépens du candidat porté sur la liste partisane. La récente expérience des sénatoriales est encore vivace. Quant à la question lancinante des ministres-candidats et des responsables du parti, je dois rappeler que, dans un sens large de la démocratie, les responsables ont eux aussi le droit de se présenter. Mieux, il y a même l’idée de les encourager à se présenter pour donner du tonus à la campagne électorale qui s’annonce difficile. La candidature d’un ministre ne gêne en rien les autres militants parce que si tel ministre est reconduit dans le staff de l’Exécutif, il donnera l’occasion à un autre militant de siéger systématiquement à l’Assemblée nationale. Contrairement à ceux qui ne pensent qu’aux inconvénients, je dirais plutôt que c’est doublement bénéfique pour le parti. A la seule différence, toutefois, que les responsables, comme les députés, les membres de l’IE, du conseil national et autres cadres, n’ont pas besoin de déposer leurs candidatures au niveau des kasmas. Leurs dossiers seront traités à un niveau centralisé. C’est en quelque sorte comme les sénateurs qui comparaissent devant les commissions de discipline, ils seront traités par la commission nationale. Ils jouissent d’une sorte de “privilège de juridiction” si vous voulez.

Vous semblez vous contenter d’une majorité “confortable”, pour ne pas dire simple. Appréhendez-vous une majorité absolue ?

Non loin de là, nous n’avons peur de rien et de personne. Nous allons vers une concurrence rude certes, pourvue qu’elle soit loyale et honnête. Nous allons faire tous ce qui est possible pour décrocher une majorité. Ce n’est pas facile, nous en sommes conscients, mais nous sommes rodés et habitués aux joutes électorales. Si le peuple nous donne la majorité absolue, kethar khirou, et s’il nous donne une autre majorité, kethar khirou également. Sachez néanmoins que quel que soit le cas de figure, ce qui nous est confortable, au FLN, l’est davantage pour l’Algérie et inversement. Une chose est sûre et demeure assurément irréversible : la coalition gouvernementale sera reconduite dans un esprit de démocratie participative. Et quelle que soit notre majorité, ce sera un gouvernement équilibré.

Propos recueillis par Salah Bey

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