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Edition de BD en Algérie
Zamzam le
tiers-mondiste à Alger
Zamzam, un nom à
retenir. C’est celui du héro du recueil de Almo, bédéiste
camerounais, intitulé les Mbènguétaires (traduire les européens).
Le recueil est
édité dans le cadre du Panaf par Lazhari Labter éditions, mais en
fait, il s’agit aussi d’une première puisque jamais auparavant un
éditeur algérien n’avait publié un recueil de BD africain en
Algérie. Cette première vaut le détour d’autant qu’elle dénote de ce
renouveau voulu et espéré par quelques aficionados dont fait partie
Lazhari Labter. Effectivement, cet éditeur n’en est pas à son coup
d’essai. Il a publié en 2008 «Le dingue au bistouri», une BD tiré du
roman éponyme de Yasmina Khadra paru en 1990 et revisité par le
crayon de Mohamed Bousslah, alias Mim. Cet album avait été salué,
malgré les critiques, comme un événement, puisqu’on n’avait plus vu
de BD éditées en Algérie depuis des lustres.
Les Mbenguétaire
est une incursion dans un monde et une société méconnue des
Algériens. Les histoires drôles et les portraits des personnages
permettent une véritable découverte d’un pays et d’une société qu’on
ne connaît pas forcément, même si on est sur le même contient.
La panoplie de
personnages que présente Almo dans son album donne une image, certes
sous les traits d’une caricature, d’une façon d’être et de penser
propre à une société africaine, la société camerounaise. Mais
celle-ci intéresse pour ses particularités mais aussi à cause de
toutes ces jonctions et interactions que vivent les sociétés
africaines avec l’occident, qu’elles soient noires ou blanches.
Zamzam est un
jeune enfant qui aime le football et le pain fourré au chocolat.
Enfant curieux, benjamin d’une fratrie de trois enfants, il vit les
aventures d’un enfant de son âge et observe les adultes qui
l’entourent.
Lorsque Almo colle
un ami albinos à Zamzam, l’allusion et la dénonciation de certaines
croyances archaïques et dangereuses en Afrique est sans ambages.
L’auteur a eu
aussi la gentillesse de rajouter un glossaire en fin d’album. Des
définitions des mots issus de l’argot camerounais «le cam-fran-glais»
et des mots inconnus aux non camerounais. Le dessin sobre et précis
renseigne sur la maitrise technique de Almo. L’album est à découvrir
assurément.
Par Amine
Esseghir
Qui est Almo ?
De
son vrai nom Moukolo Monny Alain Guy, il est âgé de 33 ans et vit à
Yaoundé. Il dirige actuellement une revue «fluide thermal», journal
de bande dessinée, d’humour et de sagesse africaine, comme il aime à
le préciser. Il a déjà publié des bandes dessinée au Cameroun. En
solo, un best of de ses BD intitulé “du crayon plein la gomme”. Il a
aussi participé dans des publications collectives. Il a également
parcouru plusieurs rédactions revues de BD en France. Il a à son
actif des participation à des expositions, la dernière étant Coco
Bulles à Abidjan (Côte d’Ivoire) en juin 2007.
Haut
Lazhari Labter, éditeur de Zamzam
«On ne
s’improvise pas éditeur de BD»
Dans ce court
entretien, Lazhari Labter annonce tout simplement qu’il s’engage
corps et biens dans le renouveau de la BD algérienne.
Les Débats :
Zamzam est une bande dessinée africaine qui paraît au moment du
Panaf. Est-ce que la conjoncture est la seule explication de la
décision d’éditer cette BD ?
Lazhari Labter :
J’ai rencontré Almo l’année dernière, lors du 1er Festival
international de la bande dessinée d’Alger, le FIBDA. J’ai eu un
coup de cœur pour sa BD et j’ai décidé de la publier. Le ministère
de la Culture l’a retenue pour le Panaf. Le fait qu’elle sorte
durant cette grande manifestation africaine est de bon augure pour
la suite, pour d’autres albums avec Almo et d’autres bédéistes
africains. Je suis très fier d’être le premier éditeur d’un pays
maghrébin qui édite un bédéiste d’Afrique noire.
C’est le
deuxième ouvrage de bande dessinée édité chez Lazhari Labter
Editions, un choix éditorial difficile à expliquer quand on connaît
la désertion concernant ce genre depuis près de 20 ans ?
Justement, c’est
parce que l’Algérie a une histoire unique par rapport aux pays
africains et arabes dans le domaine du 9e art qu’il faut renouer,
maintenant que la conjoncture est meilleure que les années passées,
avec la BD. L’engouement suscité par le 1er Fibda en est une preuve.
Ce n’est pas la seule. Le fait que l’album, «Le Dingue au bistouri,
Commissaire Llob» soit épuisé en est une autre. Il est à signaler
que c’est le premier album qui sort en Algérie après une absence
éditoriale qui a duré plus de vingt ans !
La BD est-elle
un genre éditorial à part qui nécessite des éditeurs spécialisés ?
Il est clair qu’on
ne s’improvise pas éditeur de BD. Il faut d’abord aimer la bande
dessinée, en connaître l’histoire depuis les origines à ce jour,
suivre son évolution et la considérer comme art à part entière. Oui,
la BD, est un genre éditorial à part qui a besoin d’éditeurs
professionnels. Pour faire connaître l’histoire de la BD de notre
pays, je vais publier pour le prochain Fibda, en octobre, un ouvrage
sur lequel je travaille depuis de longues années, intitulé «Panorama
de la bande dessinée algérienne 1969-1999». Cet ouvrage qui coïncide
avec le 40e anniversaire de la naissance de la revue «M’quidèch»
traite de l’histoire de la BD algérienne dans tous ses volets, de
l’indépendance à nos jours. C’est une première éditoriale. Dans tous
les cas, en ce qui me concerne, j’ai décidé de développer la
littérature jeunesse d’une part, et la BD d’autre part.
Vous serez
certainement présent au 2e FIBDA. Pensez-vous qu’un tel événement
permettra à la BD algérienne de renaître de ses cendres ?
Sans aucun doute.
Je pense que la bande dessinée, comme tout autre art, a besoin d’un
environnement favorable, de soutien, d’émulation, de cadres de
rencontres et de supports. L’organisation du Fibda et surtout son
institutionnalisation est une rampe de lancement. Il faut beaucoup
plus. Des revues, des éditeurs spécialisés, des associations de
professionnels et d’amateurs, un marché, l’enseignement de la BD à
l’école, etc. Il faut donner du temps au temps. Mais ça viendra car
il y a les acquis et les talents.
La BD a connu
une évolution particulière dans le monde avec l’apparition des
mangas, l’introduction de l’infographie et du dessin en 3D. Où en
sommes-nous en Algérie, un pays qui a sa tradition et sa panoplie de
bédéistes qui ont enchanté les lecteurs durant au moins trois
décennies ?
Il est difficile
de faire une évaluation en l’absence de statistiques. La coupure a
été trop longue. En 2007, le monde a fêté les 100 ans de la BD. Nous
étions absents. Les techniques ont évolué, il faut les maîtriser et
rattraper le temps perdu. Ce sera à nous de nous imposer de nouveau
comme pionniers dans le domaine du 9e art, tout comme en 1969 avec
le lancement de la revue «M’quidèch». Peut-être que si on s’y met
dès aujourd’hui, on pourra dans quelques années parler de Panaf de
la BD.s
Propos
recueillis par Amine Esseghir
Haut
A 2000 kilomètres d’Alger, capitale de l’Afrique
Porte et
passerelle : irremplaçable Tamanrasset
L’avènement de l’Etat-nation,
dans la foulée des indépendances africaines, la décision centrale
prise concomitamment par la défunte Organisation de l’unité
africaine (OUA) du respect intangible des frontières héritées du
colonialisme ont en même temps permis de stabiliser territoires et
espaces géographiques et engagé ces états-nations dans une dynamique
de maillage politique, par démembrements locaux interposés, qui a
profondément modifié la façon de penser «son» territoire, et ce,
autant considéré du point de vue du discours officiel que de la
perception qu’ont alors commencé à se faire les administrés
eux-mêmes.
Ce raisonnement
est autant valable au nord qu’au sud du Sahel. D’immenses
territoires désertiques ont commencé à être gérés de la même façon
que n’importe quelle autre région du territoire national concerné.
Les ministères dits de souveraineté qui se sont immédiatement
employés à marquer leur présence, des lieux-dits jusque-là réputés
pour n’être que des points de ralliement de vastes aires de parcours
et de transhumance sans connotation symbolique ou encore politique
particulière, ont commencé à prendre de l’importance, à enfler
autant du point de vue de la densité de peuplement que des activités
commerciales non traditionnelles qui ont émergé au fur et à mesure
de l’implantation étatique. L’exemple de Tamanrasset est tout à fait
édifiant à ce sujet : à peine une cinquantaine d’habitants au début
du siècle passé, pour plus de deux cent mille à l’heure
d’aujourd’hui, et…pas moins de quarante cinq nationalités
officiellement recensées. C’est dire l’ampleur de la mutation
opérée, essentiellement depuis à peine cinq décennies, c’est-à-dire
depuis l’indépendance de l’Algérie. Pour l’anecdote, l’anthropologue
algérien Dida Badi, lui-même originaire des confins du Sahara, nous
racontait dans un entretien inédit à ce jour, sa propre découverte
de Tamanrasset. C’était au moment de l’application du principe de
l’école obligatoire, lorsque des camions militaires sillonnaient le
désert à la recherche de campements touaregs pour expliquer aux
parents la nécessité pour eux de leur permettre d’emmener leurs
enfants en «ville» ; là où ils, par le truchement de l’école, se
frotteraient à la «civilisation». Tout était neuf, nouveau. Le
camion en lui-même, le vélo, l’électricité, le goudron des rares
rues de l’époque, les constructions en dur, l’obligation de dormir à
heures fixes alors que «là-bas» les nuits étaient plutôt le lieu
rêvé pour la transmission de la culture orale des ancêtres, par
poésie, chants, contes et légendes interposés. Adieu tindi, imzad,
chèvres et jeux en plein air…Bonjour la stratification et
l’ordonnancement du temps et de l’espace selon des exigences et des
lois inconnues jusque-là. Et surtout par chants patriotiques
interposés, le début de l’apprentissage d’un autre idiome, non
maîtrisé jusque- là, national celui-là. Ces souvenirs d’enfance
pourraient être ceux de n’importe quel enfant d’alors, autant de ce
côté-ci de la frontière que de l’autre. Mais bien entendu nettement
plus marqué chez nous, compte tenu de la volonté d’alphabétisation
et d’instruction qui a animé les responsables algériens dès les
premiers lendemains de l’indépendance. Etant entendu que nous
n’abordons pas ici cette question du point de vue de l’analyse
rétrospective qualitative ou encore de la manière dont la politique
dite d’arabisation a été menée. On pourrait se référer pour la chose
à l’étude qu’a publiée l’anthropologue Rachid Bellil et consacrée au
processus de scolarisation et de sédentarisation des touaregs tel
que mené durant les décennies soixante et soixante-dix du siècle
passé.
A partir de
1974
Devenue chef-lieu
de wilaya, Tamanrasset acquiert un statut qui va lui conférer un
véritable rôle régional. Désormais, elle n’est plus cette petite
daïra comme toutes les autres mais une petite bourgade, certes
encore appelée à se faire ville, à prendre de l’ampleur. Une ampleur
à la mesure de ceux qui la gèrent et la dirigent. Elle va devenir un
lieu de ralliement et de transit pour tous ceux qui, venus de
différents pays du Sahel, fuient misère, sécheresse, guerre,
sous-développement chronique et absence totale de perspectives. On
sait que les premiers flux migratoires en raison des sécheresses ont
été enregistrés au début des années soixante et soixante-dix. Vers
le début des années quatre-vingts, vint une autre vague, nettement
plus importante celle-là, avec la guerre entre le Mali et le Niger.
Pendant toutes ces périodes, un grand nombre de familles de réfugiés
se sont installées dans la ville. Par contre, la migration des
algériens du nord vers la ville de Tamanrasset a différentes
raisons : certains fonctionnaires des secteurs public et privé y
sont affectés, une importante présence militaire à côté d’un
effectif de plus de 20 000 jeunes du service national gonflent le
nombre d’algériens présents dans la ville. Ceux qui sont au chômage
dans le nord du pays n’hésitent plus à venir y chercher du travail.
«Selon la gendarmerie nationale, de 60 000 à 80 000 personnes fuyant
le chômage, la misère, les guerres, franchissent chaque année
clandestinement les frontières algériennes en traversant le Sahara
pour se rapprocher de l’Europe.» Dalila Nadi, chercheuse installée à
Berlin, poursuit un plus loin : “Il est important de mentionner que
les migrants clandestins ne sont pas les seuls à traverser le
désert. Ils partagent cet espace avec les touaregs et les
contrebandiers. Chaque jour, des centaines de migrants traversent
les frontières du sud du pays grâce à des transporteurs de
marchandises qui se reconvertissent en passeurs pour arrondir leurs
fins de mois.” Tamanrasset est une zone de transit mais qui peut
tout aussi bien devenir un lieu d’établissement. Des quartiers
entiers se sont édifiés à la faveur de tous les facteurs décrits
plus haut. En quelques années seulement, ces nouveaux quartiers ont
été édifiés. Le quartier de Tahagart chumara a été édifié à l’ouest
de Tamanrasset et est occupé presque exclusivement par les touaregs
Kel Adagh. De l’autre côté de l’oued Tamanrasset, ce sont les
quartiers de Guet el oued et de Im Mechewen qui vont croître
rapidement. Le nouveau quartier de Sersouf va être habité, lui, par
des algériens venus du nord. A l’heure d’aujourd’hui, la ville est
en pleine transformation et est en passe de devenir une place
marchande active et une plaque tournante entre le nord de l’Algérie
et l’Afrique noire. Selon des données recueillies par Dida Badi,
Tamanrasset est passé d’une cinquantaine d’habitants en 1920 à 8000
en 1973. En 1976, c’est-à-dire deux années à peine après le passage
au statut de chef-lieu de wilaya, la population a doublé et atteint
les quinze mille habitants. On en comptait 42 000 en 1977, 95 000 en
1987, 180 366 à la date du 31 décembre 2003 et plus de deux cent
mille aujourd’hui. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Comme mentionné
plus haut, ce sont pas moins de 45 nationalités qui s’y côtoient
chaque jour, en clandestinité ou non. On voit comme on est loin de
ce paysage idyllique qui avait fait le bonheur des occidentaux
avides d’exotisme et de changement. Aux portes mêmes du plus grand
désert du monde, c’est une véritable ville qui non seulement s’est
installée mais contribue de plus en plus à complètement modifier
l’entendement que l’on avait du désert.
La fin du
commerce caravanier
C’est désormais
par camion que s’effectue l’essentiel du transport en direction
autant du Mali que du Niger. Le prix de location d’un camion depuis
Tamanrasset jusqu’à Kidal, au Mali, soit une distance de 800
kilomètres, est de l’ordre de 60 000 dinars en aller simple. Au
retour les camions rapportent du bétail sur pied qui appartient à
des touaregs et dont le transport est payé par tête à raison de 400
dinars depuis Kidal. Un camion peut transporter jusqu’à 100 têtes de
moutons. A côté de ce transport par camion, on a vu apparaître celui
des 4x4. L’intervention des véhicules tout-terrain a révolutionné le
transport saharien. Il permet de rallier des distances considérables
en un temps relativement court. Et ce, comparativement à tous les
modes de transport utilisés jusque-là dans le désert. Ce mode de
transport est particulièrement utilisé dans le transfert des
candidats à l’immigration clandestine et le transport des
marchandises dont l’importation vers l’Algérie est jugée illicite
par les autorités du pays. Ce créneau, nous précise Dida Badi, «est
essentiellement détenu par les touaregs qui, grâce à leur parfaite
maîtrise du terrain, ont inventé de nouvelles voies de passage
parallèles aux pistes conventionnelles empruntées d’abord par les
caravanes puis par les camions.» Véritable porte africaine de
l’Algérie, Tamanrasset, à la faveur des efforts entrepris pour son
développement, a véritablement mis à bas tout un ancien monde pour
tenter de le remplascer par un autre. Y a-t-on réussi ? La réponse
est dans la bouche des habitants eux-mêmes.
Par
Malik-Amestan B.
Haut
Clap de fin du festival du cinéma africain
Un tourbillon
d’images et des espoirs
Il est vrai qu’il
n’était pas du tout évident de programmer pratiquement la majorité
des films africains, mais le miracle eut lieu avec bien sûr quelques
ratées. La mauvaise qualité des copies des films qui ont été montrés
vient de ce que les producteurs réalisateurs africains n’ont pas
beaucoup de moyens pour s’offrir des copies neuves. Il y a lieu de
noter aussi le regret de certains cinéastes, et cela se comprend, de
voir des salles presque vides. C’est l’été et c’est le panaf aussi
avec donc des programmes alléchants dans d’autres sections, et là le
cinéma s’est trouvé ainsi sérieusement concurrencé, la journée par
les plaisirs de la mer et le soir par des plateaux musicaux de rêves
avec des stars de la musique comme Salif Keita, Amazigh Kateb, More
kanté, Zahouania et d’autres grands noms. Les réalisateurs qui ont
rempli les salles se comptent sur les doigts d’une seule main ; et
c’est parce qu’ils ont bien préparé le coup en lançant tous azimuts
des invitations et en insistant auprès des amis pour lancer l’appel
au visionnage de films. Mais le plus important reste cette occasion
donnée aux professionnels du cinéma de se rencontrer, de voir ou de
revoir certains films, mais aussi de réfléchir ensemble aux moyens
les plus adéquats qu’il faut mettre en place pour que le film
africain occupe l’écran africain, car ce n’est pas le cas
aujourd’hui. Des spectateurs étaient étonnés de découvrir par
exemple le film «L’homme de cendres» du Tunisien Nouri Bouzid, alors
que cette audacieuse production date de 1985, «Njangaan» du
Sénégalais Mahama Johnson Traoré réalisé en 1975, film qui déjà à
l’époque dénonçait l’utilisation de l’Islam à des fins douteuses par
des charlatans, Frontières de l’Algérien Mustapha Djadjam qui
braque sa caméra sur le phénomène de l’émigration clandestine. Le
film produit en 2002 n’a jamais été distribué en Algérie, ni par
ailleurs diffusé sur le petit écran, alors que la thématique
développée est un drame au quotidien vécu par les familles de ceux
qui, dans le désespoir total, s’offrent aux dangers de la mer et aux
polices des frontières lorsqu’ils ont la vie sauve. Bref, c’est un
peu cela l’opportunité qui était à saisir. Des films, il y en a eu,
ceux des pionniers qui ont pour nom Oumarou Ganda, Mustapha
Allassane, Sembène Ousmane, Mohamed Lakhdar Hamina, Ahmed Rachedi,
Med Hondo, ceux de la génération intermédiaire, et enfin ceux de la
nouvelle génération : Khaled Benaissa, Moussa Touré, Mama Keita,
rahmatou Keita, Nadia El Fani etc. Comment les citer tous.
Impossible mission. Des moments forts avec la séquence qui a vu la
tunisienne Nadia El Fani craquer et verser des larmes lors du débat
qui a suivi la projection de son excellent documentaire «Ouled
Lénine», la séquence qui a vu arriver la ministre de la Culture
Khalida Toumi pour assister aux projections des deux documentaires
produits par le festival panafricain d’Alger consacrés au thème de
l’Algérie et les mouvements de libérations africains de l’Algérien
Lamine Merbah et du Sud-Africain Ramadan Suleïmane, deux jours de
suite en dépit de ses lourdes charges. Le festival est aussi ce
souhait de voir d’autres pays prendre le relais et suivre l’exemple
de l’Algérie, puisqu’elle a mis la main à la poche pour aider la
production cinématographique africaine avec une aide à la production
de quatre longs-métrages fiction et quatre documentaires. Le
festival a permis aussi de découvrir le talent de Mama Keita,
réalisateur du succulent One more vote for B. Obama, de Sykvestre
Amoussou, avec son Africain Paradis où il tourne en dérision les
décisions des pays du nord quand à la fermeture des frontières et
autres émigration sélective. Le festival ducinéma africain ne
pouvait mieux se terminer qu’avec la programmation de l’unique Palme
d’or du cinéma africain obtenue en 1975 par l’Algérie avec la
Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar Hamina.
Par Abdelkrim
Tazaroute
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Portrait Sarah Maldoror, cinéaste
L’éternelle
rebelle
La présence de
Sarah Maldoror ne pouvait pas passer inaperçue durant cette deuxième
édition du festival panafricain. D’abord cette grande dame est
imposante physiquement et puis, il y a toute sa célébrité et son
parcours qui parlent pour elle. Elle est aujourd’hui un peu la Mama
du cinéma africain. Cette cinéaste française d’origine
guadeloupéenne a occupé les espaces depuis son arrivée à Alger. Elle
n’a raté aucune projection de film, contrairement aux autres
participants, et puis pour les débats, elle n’hésite pas à
intervenir et à critiquer. «Ce n’est pas parce que je suis invitée
que je n’ai pas le droit de dire ce qui ne me plaît pas.» Pour ceux
qui la connaissent depuis fort longtemps, ce n’est pas une surprise.
Sarah a toujours été ainsi, dira Dadou Nekkal, son amie, sa voisine.
Oui, Sarah Maldoror a habité Saint-Eugène (Bologhine) après
l’indépendance à son retour de Moscou où elle a étudié le cinéma.
Sarah est une éternelle rebelle. A la question d’un spectateur qui
lui demandait si elle aimerait vivre en Algérie, pays qui, pour
elle, reste le symbole et l’exemple pour toute l’Afrique, pour tous
les mouvements de libération d’Afrique, Sarah pourtant prend le
temps de réfléchir avant de trancher : «franchement non». Sans en
donner la raison. Interrogée en aparté, elle nous affirmera que tout
a changé en Algérie et qu’elle veut garder cette image de l’Algérie
de la liberté et où tout est possible, de l’Algérie de la
convivialité et de la fraternité. «Je suis contente d’être là et de
présenter mes films. Je suis heureuse parce que j’ai revu mon amie
Dadou, une femme comme il n’en existe pas. Et puis j’ai connu durant
mon court séjour des gens intéressants, c’est pas mal.”
Sarah Maldoror qui
est venue présenter deux films, Eia pour Césaire (2009) et Un
dessert pour Constance (1979) garde encore des souvenirs indélébiles
du panaf 69. «Mes souvenirs sont lointains, mais c’était la première
fois que l’Afrique réunissait ses enfants, c’était important». Sarah
était assistante du film de William Klein sur le panaf 69. Elle est
encore impressionnée par ce cinéaste : «Je l’appelais le
rouleau-compresseur». Il fallait être partout, explique-t-elle. Et
puis elle vous regarde et la nostalgie fait surface. «Il y avait une
telle ambiance. Une ambiance de fierté, de liberté, et on se disait
que notre culture sera désormais présente partout. Cette culture
africaine que l’on découvrait à Alger dans toute sa variété et sa
folie reste des moments inoubliables.» Et puis Sarah remet les pieds
sur terre pour nous livrer sa déception, la fin des illusions. Elle
pensait que l’Afrique serait libre. Elle ne pouvait pas penser à
l’époque que chaque pays qui se libère du joug colonial entrerait de
plain-pied dans la tragédie. «L’Afrique aujourd’hui est une
tragédie. Une tragédie pire que la tragédie antique». Elle n’arrive
pas à conceptualiser ce lamentable ratage, ce gâchis. Sarah tente
une explication. “On n’a pas été assez attentifs, pas assez
vigilaants. On a été longtemps colonisés. Libres, on est devenus
utopistes, pourtant on devait savoir que les pays à qui on a enlevé
les richesses de nos matières premières n’allaient pas rester les
bras croisés et accepter cette défaite.” Et puis elle parle de son
parcours de militante cinéaste. Un parcours qu’elle qualifie de
chaotique. De par les choix des thématiques, elle dérange et en
outre elle est comme elle aime à le préciser «une grosse gueule».
«Tu as des réalisateurs qui sont appréciés, moi, on ne me n’aime
pas.» Sarah voulait faire du théâtre et elle a fait du cinéma. Une
opportunité s’est offerte à elle. On cherche des gens pour étudier
le cinéma dans l’ex-URSS, et elle était du lot. Son argument est
simple. On parle de la guerre au Vietnam, pas de la guerre dans les
pays africains. Le cinéma alors était pour elle une arme pour
dénoncer la colonisation. Ses premiers films, c’est l’Algérie qui
les a produits. On cite notamment «Monagambée» (30mn-fiction), une
fiction sur la torture avec Mohamed Zinet produite par l’Algérie en
1969, film qui a obtenu le Premier prix du festival de Tours, le
Prix du meilleur réalisateur, des Journées cinématographiques de
Carthage et le Premier prix du festival de Dinard, et puis
Sambizanga en 1972 qui a, lui, décroché le Prix de l’Office
Catholique de Ouagadougou et le Tanit d’or des Journées
cinématographiques de Carthage.
A. T.
Haut
Le cinéaste Rachid Benhadj se confie aux «Débats»
«L’Algérie est
le porte-drapeau de la culture africaine»
Installé depuis
plus de quinze ans en Italie, le cinéaste Rachid Benhadj, rencontré
à la fin de la projection du film documentaire « L’Afrique, des
ténèbres à la lumière» de Lamine Merbah, se confie pour nous dire
qu’il regrette qu’aucun de ses deux derniers films produits en
Italie ne soit programmé, mais manifeste cependant sa joie d’être là
parmi les siens et avec ses amis réalisateurs africains. Rachid
évoquera avec des mots justes les images qu’il garde du premier
festival panafricain d’Alger en 1969, des années rouges, de son exil
forcé, et de la difficulté qu’il a eu à réapprendre à vivre dans une
autre société.
Par Abdelkrim
Tazaroute
lQuel souvenir
gardez-vous de la première édition du festival panafricain ?
J’étais très
jeune. On nous a dit : allez voir les black Panthers et ce fut le
choc culturel. Les jeunes Africains, toute cette diversité de
cultures qui a envahi les rues, les stades et les salles de
spectacle d’Alger, c’était impressionnant. Il y avait de la liberté
dans l’air, de la diversité et le contact avec d’autres cultures. Je
me suis dit : l’Afrique est encore loin pour nous. Des années après,
tu te dis : j’ai vécu un événement très important. L’Algérie est un
pays qui bouge, qui bouillonne.
lOn vous a un
peu perdu de vue depuis votre départ. Depuis «Louss» et «Touchia»,
vos deux premiers longs-métrages, vous avez réalisé deux autres
longs-métrages en Italie, et selon nos informations, un autre film
est en préparation.
Après «Louss,
roses des sables» et «Touchia», ce furent les années terribles du
terrorisme ; j’ai commencé à me réinsérer dans une société qui
n’était pas la mienne. Vivre dans un autre pays, ce n’est pas du
tout évident, c’est dur. Mes référents sont en Algérie. A un certain
âge, vous savez, c’est plus compliqué. Etre contraint de recommencer
à vivre et à travailler ailleurs que dans votre pays n’est pas du
tout une chose aisée. Alors je me suis retrouvé en train d’essayer à
parler de cette société dans laquelle je vis. J’ai fait des
documentaires. C’est pour moi une sorte de prise de contact avec une
réalité, la réalité sociale de l’Italie. J’ai réalisé
«L’émigration» pour la RAI2 et «Les missionnaires chrétiens en
Afrique» pour la RAI3.
lEt pour la
fiction ?
Marco Bellochio,
grand cinéaste italien et producteur, a fait appel à moi parce qu’il
voulait que l’on fasse ensemble un travail, un film. Il en a
résulté «L’arbre des destins suspendus». C’est une histoire d’amour
entre un jeune Marocain et une italienne. Le rôle du jeune est campé
par Saïd Tagmaoui, devenu maintenant une grande star du cinéma. J’ai
choisi ce titre parce qu’au Maroc, les femmes qui veulent être
enceintes suspendent à un arbre un ruban. C’est beau, toute cette
multitude de couleurs. Et lorsque le vent souffle et emporte le
ruban de l’une d’elles, cela signifie qu’elle est ou sera enceinte.
J’ai construit l’histoire de mon film à partir de cette métaphore.
C’était un film destiné au départ à la télévision, mais lorsqu’il a
été vu, il a été retenu pour la section cinéma italien du festival
de Venise. Le film a eu un succès tel qu’il a été distribué partout
sauf en Algérie. «L’arbre des destins suspendus» a obtenu plusieurs
prix dans des festivals. La thématique développée étant l’approche
entre deux cultures. Le film a quelque chose de moi. La
confrontation entre l’Orient et l’Occident.
lEt votre
deuxième film ?
J’ai réalisé
«L’arbre des destins suspendus» en 1997, et juste après, je me suis
mis à écrire une histoire autour des événements en Algérie, mais
d’une manière indirecte. Cela a donné «Mirka», un film à gros
budget. C’est l’histoire d’un petit enfant né d’un viol. Le thème
est très fort. Il vit dans un orphelinat. Des annés plus tard, il
part à la recherche de sa mère. La question de départ que je me suis
posée est de savoir si une mère peut aimer un enfant né d’une
violence. J’ai vu plusieurs documentaires sur les jeunes filles
violées durant la guerre en ex-Yougoslavie. Elles étaient
prisonnières pour ne pas avorter. C’est terrible dans la mesure que
où les violeurs veulent semer les graines de la violence à jamais.
Selon des statistiques, 90% des femmes violées se suicident, les
autres abandonnent leurs enfants. Cela m’a interpellé.
Je me suis dit :
avoir un enfant est la plus belle chose qu’il puisse arriver à une
femme, mais comme l’enfant est un infernal rappel d’un acte de
violence, la réalité devient dure, un enfer. Vous imaginez qu’avec
un sujet pareil, les producteurs ne se bousculent pas au portillon.
J’ai rencontré Gérard Depardieu, je lui ai remis le scénario.
Incroyable mais vrai, le jour même, il m’appelle à trois heures du
matin pour m’annoncer qu’il accepte de jouer dans le film et qu’il
allait en plus le co-produire. C’était magnifique. J’ai eu donc
droit à la grande Vanessa Redgrave, Depardieu et Victtorio Storaro
pour la photo. Ce monsieur a signé la photo d’Apocalypse now de
Coppola et du film «Le dernier empereur» de Bertolucci.
lAviez-vous
pensé à associer des producteurs algériens pour vos deux projets ?
Sur les deux
projets : «L’arbre des destins suspendus» et «Mirka», je ne l’ai pas
envisagé, parce que peut-être je vivais dans la culpabilité
vis-à-vis de mes amis réalisateurs qui sont restés en Algérie. J’ai
entamé des démarches pour la co-production de mon film «Le pain nu»
mais cela n’a pas abouti. Cela ne m’a pas empêché de mettre
l’Algérie au générique sans qu’elle ait déboursé un sou.
Symboliquement. J’y tenais.
lParmi les prix
que vous avez reçus, lequel compte le plus pour vous ?
Incontestablement,
c’est la médaille du 50e anniversaire des droits de l’homme que j’ai
reçue en 2000. C’est généralement une médaille que l’on octroit à un
politique. Pour la première fois, l’Unesco a récompensé un produit
artistique, un film. Cela signifie qu’une œuvre artistique peut
contribuer à asseoir une politique de paix. Cela a été pour moi un
prix très important.
lUn mot sur
cette deuxième édition du festival panafricain
Je regrette le
fait que mes films ne soient pas programmés. Je ne connais pas la
raison. C’est peut-être parce que je ne suis pas dans l’axe
Alger-Paris. Cela dit, je trouve que c’est un événement merveilleux
et je suis content d’assister à cette multitude de spectacles. Cela
m’a permis de me rapprocher de mon pays et de l’Afrique. L’Algérie
devient ainsi le porte-drapeau de la culture africaine.
Haut
2e édition du festival culturel panafricain
Des compétences
à la rescousse de l’Afrique qui résiste
Le Panaf 2009,
dédié à la renaissance de l’Afrique, intervient dans un contexte
tout particulier, voire suggestif, marqué par l’arrivée d’un Noir à
la tête des Etats-Unis et la volonté, dans le camp des puissances
occidentales comme dans celui des pays non alignés, l’Afrique
comprise, de réécrire les relations internationales.
Le deuxième
festival culturel panafricain (Panaf 2009), qui s’est tenu du 5 au
20 juillet dernier, s’est distingué par l’organisation, à Alger, de
trois importants colloques internationaux, initiés par le Centre
national de recherches préhistoriques, anthropologiques et
historiques (CNRPAH).
Le premier
colloque s’est déroulé du 1er au 4 juillet a porté sur
l’anthropologie africaine. Il a rendu hommage à 4 personnalités
africaines, en l’occurrence Cheikh Anta Diop, Hampaté Ba, Jomo
Kenyatta et Mouloud Mammeri qui, comme l’a révélé la ministre de la
Culture, Khalida Toumi, «ont contribué à disqualifier la théorie
ethnocentrique de la suprématie culturelle» véhiculée par l’Europe.
La seconde manifestation, tenue les 7 et 8 juillet, a été consacrée
à la pensée et l’œuvre de Frantz Fanon. Le travail du psychiatre,
auteur de «Les damnés de la terre» et «Peau noire et masque blanc»,
a été mis à l’honneur. Quant à la dernière rencontre scientifique,
qui a eu lieu du 13 au 16 juillet, elle a abordé les entreprises
coloniales et les luttes de libération en Afrique.
Le choix des
thèmes n’est pas fortuit, dès lors qu’il invite à mesurer le chemin
parcouru, surtout à faire le point sur ce passé douloureux et commun
aux peuples d’Afrique. Un passé colonial qui a laissé de profondes
empreintes et qui, pourtant, doit être affronté de face, puis assumé
pour être enfin dépassé. En plus clair, le passage par cette étape
est un passage obligé pour permettre à l’Afrique de se prémunir
contre les tentations néocoloniales et de s’imposer comme véritable
partenaire dans la construction d’un nouvel ordre mondial, plus
juste et plus équitable. Le Panaf 2009, dédié à la renaissance de
l’Afrique, renvoie donc à cette nouvelle étape et à des
préoccupations pour la plupart nouvelles, en comparaison avec le
Festival panafricain de 1969 qui, lui, était celui de la
décolonisation du continent.
Plus concrètement,
les communications et les débats suscités par les trois colloques
scientifiques ont concerné diverses problématiques. Lors de la
première rencontre, il a beaucoup été question des problèmes de
développement, d’identité, de mémoire et de construction de l’avenir
continental. D’autres sujets ont été abordés par les anthropologues,
à l’exemple du questionnement de la laïcité et du recours au
religieux. Certains ont même fait la démonstration visant la
déconstruction de la conception colonialiste, tandis que d’autres
ont approché les origines africaines, montrant que les origines
berbères sont partie prenante du continent.Le second colloque
international a permis notamment de faire le point sur l’influence
multiforme de la pensée de Frantz Fanon sur les mouvements de
libération africains.
Corruption,
néo-colonialisme et perte de repères
Pour bon nombre de
participants, Fanon, psychiatre, sociologue et écrivain, est l’un
des fondateurs du courant de la pensée tiers-mondiste. De nombreux
aspects des travaux du penseur algérien, encore méconnus et très peu
étudiés dans son pays, peuvent néanmoins aider à éclairer et à
analyser des situations critiques auxquelles l’Afrique est
aujourd’hui confrontée. Pour paraphraser une universitaire présente
à la manifestation, ils aident, à la lumière de la conception «fanonienne»
de la culture sur la mutation sociale vers un nouvel universalisme,
à «résister à l’air du temps présent, où les formes nouvelles de
domination ne cessent d’entraîner politique sécuritaire,
ethnicisation des conflits, régression culturelle et
assujettissement des individus».
Au-delà de son
engagement actif au sein du mouvement de libération nationale (FLN),
Fanon croyait en une grande fédération des pays d’Afrique et
adhérait, par la pensée, à «l’idéal des droits universels de
l’homme». L’homme à la vision lointaine avait également mis en garde
contre «les corruptions, les implications de ce qu’on pourrait
appeler le néo-colonialisme et les mésaventures de la conscience
nationale». Pour ce qui est de la 3e manifestation scientifique,
intitulée «Entreprises coloniales et luttes de libération en
Afrique», celle-ci s’est penchée sur une période particulièrement
longue, qui a connu non seulement les luttes de libération
nationale, mais aussi l’émergence des premiers Etats nationaux.
Diverses thématiques ont été étudiées, y compris les voies d’accès
aux indépendances nationales, pour mieux saisir les logiques du
«colonisé» et celles du colonisateur. En fait, l’objectif poursuivi
n’est rien d’autre que la préservation de «la mémoire historique» du
peuple africain et l’ouverture de nouvelles perspectives, à la
lumière des nouveaux problèmes qui se posent, un demi-siècle après
le début de la décolonisation. Un processus qui, de l’avis des
intervenants, n’est pas encore parachevé. Sur le registre du
néocolonialisme, d’aucuns ont prévenu que l’Afrique, «réserve sûre
en ressources», éveille encore des appétits chez les grandes
puissances occidentales, lesquelles ne seraient pas étrangères aux
conflits internes et autres querelles locales, sinon qu’elles les
exploitent à leur profit. D’autres intervenants, favorables à la
refondation de l’Afrique, ont situé à la responsabilité du
colonialisme, sujet de tant de traumatismes, sans exclure celle des
responsables politiques africains, le retard cumulé en matière de
développement et d’ouverture.
L’Algérie
toujours fidèle aux valeurs de novembre 54
Quelque 25 pays
africains, représentés par des chercheurs, spécialistes,
universitaires, militants des droits de l’homme et des personnalités
politiques, ont participé à ces colloques. Plusieurs voix se sont
élevées pour rappeler le rôle joué par l’Organisation continentale
(OUA) dans le processus de décolonisation de l’Afrique. Le rôle
avant-gardiste de l’Algérie dans ce même chapitre, ainsi que le
soutien politique et matériel qu’elle a apporté aux différents
mouvements de libération africains, ont été également mis en
évidence.
Sur un autre plan,
le Panaf 2009 a constitué une tribune pour reparler des mouvements
de libération nationale et revisiter le drame du peuple sahraoui,
toujours suspendu entre le statut de réfugié et de «l’occupé», alors
que la légalité internationale est de son côté. Des militants et
personnalités sahraouis, comme la délégation des défenseurs des
droits humains des territoires occupés du Sahara occidental, en
visite pour la première fois à Alger, ou le président du Centre
Saguia El Hamra et Rio de Oro pour les études stratégiques et
politiques, Baba Mustapha Sayed, ont lancé un appel aux pays
africains pour une solidarité plus agissante, afin de libérer
définitivement le continent de la colonisation. La position
inconditionnelle de la France en faveur des thèses de l’occupant
marocain, et la promulgation, par l’Hexagone, de la loi février 2005
qui glorifie la colonisation, ont évidemment été au centre des
discussions. Si l’on en croit l’ancien avocat du FLN durant la
guerre de libération nationale de l’Algérie, Me Jacques Verges, «une
riposte africaine à organiser» s’avère être urgente pour contrer
«une maladie incurable qui est le racisme». Me Verges a par ailleurs
qualifié de «mensonge» la colonisation positive en Afrique, en
désapprouvant le silence sur cette étape décisive de l’histoire, où
il était exigé de «raser, incendier les écoles, enlever les femmes
et les enfants, et tuer les hommes.»
Il y a lieu de
noter enfin que le Festival qu’a abrité l’Algérie pour la deuxième
fois a réuni le pari de réunir de nombreuses compétences africaines
qui ont confirmé la formidable capacité qu’a montrée l’Afrique à
«absorber» les divers chocs externes qu’elle a subis, et à vivre des
mutations sans verser dans le chaos généralisé. Si l’objectif
d’échanges et de témoignages a été atteint, celui de leur
pérennisation et celui de la réédification de l’Afrique doivent être
renforcés. Cela d’autant que le continent doit s’engager aujourd’hui
dans la lutte pour une indépendance réelle et un véritable
développement garantissant la pleine satisfaction des droits
humains. Dans ce nouveau contexte, les mouvements de libération
nationale, comme le Front Polisario, sont confrontés aussi bien aux
problèmes posés par le combat libérateur qu’aux défis que
connaissent déjà les pays indépendants, à savoir : la globalisation,
l’émigration clandestine, le rôle des médias et des écoles dans
l’information des jeunes générations sur la réalité de leurs
histoire et passé, les questions de sécurité et celles liées aux
immixtions étrangères.
Par Z’hor
Chérief
Haut
Obama, Sarkozy et les Africains
Pour quel type
de refondation des relations ?
Le discours
prononcé le 11 juillet dernier à Accra (Ghana) par Barack Obama
apparaît comme la nouvelle référence quant à la nouvelle politique
américaine en Afrique.
Le 44e président
des Etats-Unis a exhorté l’Afrique à promouvoir la démocratie, les
droits humains et la bonne gouvernance, considérant cette même
Afrique comme «un partenaire» des USA. Obama s’est dit «pleinement
conscient du passé tragique» qui hante encore cette partie du monde,
ainsi que des «progrès considérables» obtenus par certains Etats
africains indépendants.
Pourtant,
relèvera-t-il, des régions d’Afrique souffrent encore de maladies et
de conflits, cédant la place «au cynisme, voire au désespoir». Plus
loin, il a invité l’Afrique à faire la part des choses, entre les
réalités relevant de la responsabilité de l’Occident et celles se
rapportant à la période de l’après-indépendance, à l’origine des
nuisances du «tribalisme et (du) népotisme».
Le président US a
en outre déploré le fait que l’Afrique ne valorise pas suffisamment
son combat pour le progrès, un combat qui «ne possède sans doute pas
l’aspect dramatique des luttes de libération du XXe siècle»,
d’autant qu’il est question de «se soustraire au contrôle d’une
autre nation» et de «se forger sa propre nation». Pour Obama, la
nouvelle période est celle de la «grande promesse» en matière de
développement et de stabilité des institutions, pour peu que
l’Afrique décide souverainement de prendre la route du «changement».
De plus,
ajoutera-t-il, l’avenir de l’Afrique et des autres pays en
développement dépendra du sort qui sera réservé à la démocratie, les
possibilités économiques, la santé et le règlement pacifique des
conflits. «Alors, ne vous y trompez pas : l’histoire est du côté de
ces courageux Africains et non dans le camp de ceux qui se servent
de coups d’État ou qui modifient les Constitutions pour rester au
pouvoir», a indiqué Obama, en signalant la responsabilité des
dirigeants africains. Avec un tel discours, l’Anglo-Saxon Barack
Obama a réussi à frapper les esprits, apparaissant même plus
crédible que son homologue français, Nicolas Sarkozy, si l’on
réexamine les propos tenus par ce dernier en juillet 2007 à Dakar
(Sénégal).
Seulement, malgré
ce message direct et «pragmatique», Obama a tenté de
déresponsabiliser l’Occident sur l’état actuel du développement du
continent africain. Il a laissé entendre que la pauvreté est
essentiellement le résultat de la mauvaise gouvernance et des choix
pris par les dirigeants africains. Pourquoi le président Obama
a-t-il gardé le silence sur le rôle central joué par des pays riches
dans l’évolution de l’Afrique ? Pourquoi n’a-t-il rien dit sur les
pressions et conditionnalités des institutions financières
internationales, principalement FMI et Banque mondiale, qui sont
contrôlées par les USA ?
Pour ce qui est de
la crise mondiale actuelle, Obama a également évité d’aborder la
responsabilité de ceux, pays occidentaux et lobbies, qui ont imposé
la déréglementation financière, dont le noyau dur se trouve aux
Etats-Unis. Pourtant, les peuples d’Afrique sont à présent
directement touchés par les conséquences de cette crise.
Enfin, concernant
l’enveloppe de 20 milliards de dollars à distribuer sur 3 ans pour
réduire la faim dans le monde, qu’il a apportée après le sommet du
G8 en Italie, des observateurs soutiennent que cette somme est
dérisoire, puisqu’elle représente moins de 2% de ce que les USA ont
dépensé en 2008-2009 pour sauver les banquiers et les assureurs, à
l’origine de la crise financière mondiale.
Si la relation
Afrique-France renvoie à une histoire de domination, d’exploitation,
de divisions et d’ingérences qui, pour rappel, se poursuivent à ce
jour, celle qui s’ouvre entre l’Afrique et les USA est entourée de
nombreuses zones d’ombre.
Z. C.
Haut
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