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Semaine du 22 au 28 juillet 2009

 

Edition de BD en Algérie

Zamzam le tiers-mondiste à Alger

Lazhari Labter, éditeur de Zamzam

«On ne s’improvise pas éditeur de BD»

A 2000 kilomètres d’Alger, capitale de l’Afrique

Porte et passerelle : irremplaçable Tamanrasset

Clap de fin du festival du cinéma africain

Un tourbillon d’images et des espoir

Portrait Sarah Maldoror, cinéaste

L’éternelle rebelle

Le cinéaste Rachid Benhadj se confie aux «Débats»

«L’Algérie est le porte-drapeau de la culture africaine»

2e édition du festival culturel panafricain

Des compétences à la rescousse de l’Afrique qui résiste

 

 

 

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Edition de BD en Algérie

Zamzam le tiers-mondiste à Alger

Zamzam, un  nom à retenir. C’est celui du héro du recueil de Almo, bédéiste camerounais, intitulé les Mbènguétaires (traduire les européens).

Le recueil est édité dans le cadre du Panaf par Lazhari Labter éditions, mais en fait, il s’agit aussi d’une première puisque jamais auparavant un éditeur algérien n’avait publié un recueil de BD africain en Algérie. Cette première vaut le détour d’autant qu’elle dénote de ce renouveau voulu et espéré par quelques aficionados dont fait partie Lazhari Labter. Effectivement, cet éditeur n’en est pas à son coup d’essai. Il a publié en 2008 «Le dingue au bistouri», une BD tiré du roman éponyme de Yasmina Khadra paru  en 1990 et revisité par le crayon de Mohamed Bousslah, alias Mim. Cet album avait été salué, malgré les critiques, comme un événement, puisqu’on n’avait plus vu de BD éditées en Algérie depuis des lustres.

Les Mbenguétaire est une incursion dans un monde et une société méconnue des Algériens. Les histoires drôles et les portraits des personnages permettent une véritable découverte d’un pays et d’une société qu’on ne connaît pas forcément, même si on est sur le même contient.

La panoplie de personnages que présente Almo dans son album donne une image, certes sous les traits d’une caricature, d’une façon d’être et de penser propre à une société africaine, la société camerounaise. Mais celle-ci intéresse pour ses particularités mais aussi  à cause de toutes ces jonctions et interactions que vivent les sociétés  africaines avec l’occident, qu’elles soient noires ou blanches.

Zamzam est un jeune enfant qui aime le football et le pain fourré au chocolat. Enfant curieux, benjamin d’une fratrie de trois enfants, il vit les aventures d’un enfant de son âge et observe les adultes qui l’entourent.

Lorsque Almo colle un ami albinos à Zamzam, l’allusion et la dénonciation de certaines croyances archaïques et dangereuses en Afrique est sans ambages.

L’auteur a eu aussi la gentillesse de rajouter un glossaire en fin d’album. Des définitions des mots issus de l’argot camerounais «le cam-fran-glais» et des mots inconnus aux non camerounais. Le dessin sobre et précis renseigne sur la maitrise technique de Almo. L’album est à découvrir assurément. 

Par  Amine Esseghir

 

Qui est Almo ?

De son vrai nom Moukolo Monny Alain Guy, il est âgé de 33 ans et vit à Yaoundé. Il dirige actuellement une revue «fluide thermal», journal de bande dessinée, d’humour et de sagesse africaine, comme il aime à le préciser. Il a déjà publié des bandes dessinée au Cameroun. En solo, un best of de ses BD intitulé “du crayon plein la gomme”. Il a aussi participé dans des publications collectives. Il a également parcouru plusieurs rédactions revues de BD en France. Il a à son actif des participation à des expositions, la dernière étant Coco Bulles à Abidjan (Côte d’Ivoire) en juin 2007.

 

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Lazhari Labter, éditeur de Zamzam

«On ne s’improvise pas éditeur de BD»

Dans ce court entretien, Lazhari Labter annonce tout simplement qu’il s’engage corps et biens dans le renouveau de la BD algérienne.

 

Les Débats : Zamzam est une bande dessinée africaine qui paraît au moment du Panaf. Est-ce que la conjoncture est la seule explication de la décision d’éditer cette BD ?

Lazhari Labter : J’ai rencontré Almo l’année dernière, lors du 1er Festival international de la bande dessinée d’Alger, le FIBDA. J’ai eu un coup de cœur pour sa BD et j’ai décidé de la publier. Le ministère de la Culture l’a retenue pour le Panaf. Le fait qu’elle sorte durant cette grande manifestation africaine est de bon augure pour la suite, pour d’autres albums avec Almo et d’autres bédéistes africains. Je suis très fier d’être le premier éditeur d’un pays maghrébin qui édite un bédéiste d’Afrique noire.

 

C’est le deuxième ouvrage de bande dessinée édité chez Lazhari Labter Editions, un choix éditorial difficile à expliquer quand on connaît la désertion concernant ce genre depuis près de 20 ans ?

Justement, c’est parce que l’Algérie a une histoire unique par rapport aux pays africains et arabes  dans le domaine du 9e art qu’il faut renouer, maintenant que la conjoncture est meilleure que les années passées, avec la BD. L’engouement suscité par le 1er Fibda en est une preuve. Ce n’est pas la seule. Le fait que l’album, «Le Dingue au bistouri, Commissaire Llob» soit épuisé en est une autre. Il est à signaler que c’est le premier album qui sort en Algérie après une absence éditoriale qui a duré plus de vingt ans !

 

La BD est-elle un genre éditorial à part qui nécessite des éditeurs spécialisés ?

Il est clair qu’on ne s’improvise pas éditeur de BD. Il faut d’abord aimer la bande dessinée, en connaître l’histoire depuis les origines à ce jour, suivre son évolution et la considérer comme art à part entière. Oui, la BD, est un genre éditorial à part qui a besoin d’éditeurs professionnels. Pour faire connaître l’histoire de la BD de notre pays, je vais publier pour le prochain Fibda, en octobre, un ouvrage sur lequel je travaille depuis de longues années, intitulé «Panorama de la bande dessinée algérienne 1969-1999». Cet ouvrage qui coïncide avec le 40e anniversaire de la  naissance de la revue «M’quidèch» traite de l’histoire de la BD algérienne dans tous ses volets, de l’indépendance à nos jours. C’est une première éditoriale. Dans tous les cas, en ce qui me concerne, j’ai décidé de développer la littérature jeunesse d’une part, et la BD d’autre part.

 

Vous serez certainement présent au 2e FIBDA. Pensez-vous qu’un tel événement permettra à la BD algérienne de renaître de ses cendres ?

Sans aucun doute. Je pense que la bande dessinée, comme tout autre art,  a besoin d’un environnement favorable, de soutien, d’émulation, de cadres de rencontres et de supports. L’organisation du Fibda et surtout son institutionnalisation est une rampe de lancement. Il faut beaucoup plus. Des revues, des éditeurs spécialisés, des associations de professionnels et d’amateurs, un marché, l’enseignement de la BD à l’école, etc. Il faut donner du temps au temps. Mais ça viendra car il y a les acquis et les talents.

 

La BD a connu une évolution particulière dans le monde avec l’apparition des mangas, l’introduction de l’infographie et du dessin en 3D. Où en sommes-nous en Algérie, un pays qui a sa tradition et sa panoplie de bédéistes qui ont enchanté les lecteurs durant au moins trois décennies ?

Il est difficile de faire une évaluation en l’absence de statistiques. La coupure a été trop longue. En 2007, le monde a fêté les 100 ans de la BD. Nous étions absents. Les techniques ont évolué, il faut les  maîtriser et rattraper le temps perdu. Ce sera à nous de nous imposer de nouveau comme pionniers dans le domaine du 9e art, tout comme en 1969 avec le lancement de la revue «M’quidèch». Peut-être que si on s’y met dès aujourd’hui, on pourra dans quelques années parler de Panaf de la BD.s

Propos recueillis par Amine Esseghir

 

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A 2000 kilomètres d’Alger, capitale de l’Afrique

Porte et passerelle : irremplaçable Tamanrasset

L’avènement de l’Etat-nation, dans la foulée des indépendances africaines, la décision centrale prise concomitamment par la défunte Organisation de l’unité africaine (OUA) du respect intangible des frontières héritées du colonialisme ont en même temps permis de stabiliser territoires et espaces géographiques et engagé ces états-nations dans une dynamique de maillage  politique, par démembrements locaux interposés, qui a profondément modifié la façon de penser «son» territoire, et ce, autant considéré du point de vue du discours officiel que de la perception qu’ont alors commencé à se faire les administrés eux-mêmes.

Ce raisonnement est autant valable au nord qu’au sud du Sahel. D’immenses territoires désertiques ont commencé à être gérés de la même façon que n’importe quelle autre région du territoire national concerné. Les ministères dits de souveraineté qui se sont immédiatement employés à marquer leur présence, des lieux-dits jusque-là réputés pour n’être que des points de ralliement de vastes aires de parcours et de transhumance sans connotation symbolique ou encore politique particulière, ont commencé à prendre de l’importance, à enfler autant du point de vue de la densité de peuplement que des activités commerciales non traditionnelles qui ont émergé au fur et à mesure de l’implantation étatique. L’exemple de Tamanrasset est tout à fait édifiant à ce sujet : à peine une cinquantaine d’habitants au début du siècle passé, pour plus de deux cent mille à l’heure d’aujourd’hui, et…pas moins de quarante cinq nationalités officiellement recensées. C’est dire l’ampleur de la mutation opérée, essentiellement depuis à peine cinq décennies, c’est-à-dire depuis l’indépendance de l’Algérie. Pour l’anecdote, l’anthropologue algérien Dida Badi, lui-même originaire des confins du Sahara, nous racontait dans un entretien inédit à ce jour, sa propre découverte de Tamanrasset. C’était au moment de l’application du principe de l’école obligatoire, lorsque des camions militaires sillonnaient le désert à la recherche de campements touaregs pour expliquer aux parents la nécessité pour eux de leur permettre d’emmener leurs enfants en «ville» ; là où ils, par le truchement de l’école, se frotteraient à la «civilisation». Tout était neuf, nouveau. Le camion en lui-même, le vélo, l’électricité, le goudron des rares rues de l’époque, les constructions en dur, l’obligation de dormir à heures fixes alors que «là-bas» les nuits étaient plutôt le lieu rêvé pour la transmission de la culture orale des ancêtres, par poésie, chants, contes et légendes interposés. Adieu tindi, imzad, chèvres et jeux en plein air…Bonjour la stratification et l’ordonnancement du temps et de l’espace selon des exigences et des lois inconnues jusque-là. Et surtout par chants patriotiques interposés, le début de l’apprentissage d’un autre idiome, non maîtrisé jusque- là, national celui-là. Ces souvenirs d’enfance pourraient être ceux de n’importe quel enfant d’alors, autant de ce côté-ci de la frontière que de l’autre. Mais bien entendu nettement plus marqué chez nous, compte tenu de la volonté d’alphabétisation et d’instruction qui a animé les responsables algériens dès les premiers lendemains de l’indépendance. Etant entendu que nous n’abordons pas ici cette question du point de vue de l’analyse rétrospective qualitative ou encore de la manière dont la politique dite d’arabisation a été menée. On pourrait se référer pour la chose à l’étude qu’a publiée l’anthropologue Rachid Bellil et consacrée au processus de scolarisation et de sédentarisation des touaregs tel que mené durant les décennies soixante et soixante-dix du siècle passé.

A partir de 1974

Devenue chef-lieu de wilaya, Tamanrasset acquiert un statut qui va lui conférer un véritable rôle régional. Désormais, elle n’est plus cette petite daïra comme toutes les autres mais une petite bourgade, certes encore appelée à se faire ville, à prendre de l’ampleur. Une ampleur à la mesure de ceux qui la gèrent et la dirigent. Elle va devenir un lieu de ralliement et de transit pour tous ceux qui, venus de différents pays du Sahel, fuient misère, sécheresse, guerre, sous-développement chronique et absence totale de perspectives. On sait que les premiers flux migratoires en raison des sécheresses ont été enregistrés au début des années soixante et soixante-dix. Vers le début des années quatre-vingts, vint une autre vague, nettement plus importante celle-là, avec la guerre entre le Mali et le Niger. Pendant toutes ces périodes, un grand nombre de familles de réfugiés se sont installées dans la ville. Par contre, la migration des algériens du nord vers la ville de Tamanrasset a différentes raisons : certains fonctionnaires des secteurs public et privé y sont affectés, une importante présence militaire à côté d’un effectif de plus de 20 000 jeunes du service national gonflent le nombre d’algériens présents dans la ville. Ceux qui sont au chômage dans le nord du pays n’hésitent plus à venir y chercher du travail. «Selon la gendarmerie nationale, de 60 000 à 80 000 personnes fuyant le chômage, la misère, les guerres, franchissent chaque année clandestinement les frontières  algériennes en traversant le Sahara pour se rapprocher de l’Europe.» Dalila Nadi, chercheuse installée à Berlin, poursuit un plus loin : “Il est important de mentionner que les migrants clandestins ne sont pas les seuls à traverser le désert. Ils partagent cet espace avec les touaregs et les contrebandiers. Chaque jour, des centaines de migrants traversent les frontières du sud du pays grâce à des transporteurs de marchandises qui se reconvertissent en passeurs pour arrondir leurs fins de mois.” Tamanrasset est une zone de transit mais qui peut tout aussi bien devenir un lieu d’établissement. Des quartiers entiers se sont édifiés à la faveur de tous les facteurs décrits plus haut. En quelques années seulement, ces nouveaux quartiers ont été édifiés. Le quartier de Tahagart chumara a été édifié à l’ouest de Tamanrasset et est occupé presque exclusivement par les touaregs Kel Adagh. De l’autre côté de l’oued Tamanrasset, ce sont les quartiers de Guet  el  oued et de Im Mechewen qui vont croître rapidement. Le nouveau quartier de Sersouf va être habité, lui, par des algériens venus du nord. A l’heure d’aujourd’hui, la ville est en pleine transformation et est en passe de devenir une place marchande active et une plaque tournante entre le nord de l’Algérie et l’Afrique noire. Selon des données recueillies par Dida Badi, Tamanrasset est passé d’une cinquantaine d’habitants en 1920 à 8000 en 1973. En 1976, c’est-à-dire deux années à peine après le passage au statut de chef-lieu de wilaya, la population a doublé et atteint les quinze mille habitants. On en comptait 42 000 en 1977, 95 000 en 1987, 180 366 à la date du 31 décembre 2003 et plus de deux cent mille aujourd’hui. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Comme mentionné plus haut, ce sont pas moins de 45 nationalités qui s’y côtoient chaque jour, en clandestinité ou non. On voit comme on est loin de ce paysage idyllique qui avait fait le bonheur des occidentaux avides d’exotisme et de changement. Aux portes mêmes du plus grand désert du monde, c’est une véritable ville qui non seulement s’est installée mais contribue de plus en plus à complètement modifier l’entendement que l’on avait du désert.

La fin du commerce caravanier

C’est désormais par camion que s’effectue l’essentiel du transport en direction autant du Mali que du Niger. Le prix de location d’un camion depuis Tamanrasset jusqu’à Kidal, au Mali, soit une distance de 800 kilomètres, est de l’ordre de 60 000 dinars en aller simple. Au retour les camions rapportent du bétail sur pied qui appartient à des touaregs et dont le transport est payé par tête à raison de 400 dinars depuis Kidal. Un camion peut transporter jusqu’à 100 têtes de moutons. A côté de ce transport par camion, on a vu apparaître celui des 4x4. L’intervention des véhicules tout-terrain a révolutionné le transport saharien. Il permet de rallier des distances considérables en un temps relativement court. Et ce, comparativement à tous les modes de transport utilisés jusque-là dans le désert. Ce mode de transport est particulièrement utilisé dans le transfert des candidats à l’immigration clandestine et le transport des marchandises dont l’importation vers l’Algérie est jugée illicite par les autorités du pays. Ce créneau, nous précise Dida Badi, «est essentiellement détenu par les touaregs qui, grâce à leur parfaite maîtrise du terrain, ont inventé de nouvelles voies de passage parallèles aux pistes conventionnelles empruntées d’abord par les caravanes puis par les camions.» Véritable porte africaine de l’Algérie, Tamanrasset, à la faveur des efforts entrepris pour son développement, a véritablement mis à bas tout un ancien monde pour tenter de le remplascer par un autre. Y a-t-on réussi ? La réponse est dans la bouche des habitants eux-mêmes.

Par Malik-Amestan  B.

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Clap de fin du festival du cinéma africain

Un tourbillon d’images et des espoirs

Il est vrai qu’il n’était pas du tout évident de programmer pratiquement la majorité des films africains, mais le miracle eut lieu avec bien sûr quelques ratées. La mauvaise qualité des copies des films qui ont été montrés vient de ce que les producteurs réalisateurs africains n’ont pas beaucoup de moyens pour s’offrir des copies neuves. Il y a lieu de noter aussi le regret de certains cinéastes, et cela se comprend, de voir des  salles presque vides. C’est l’été et c’est le panaf aussi avec donc des programmes alléchants dans d’autres sections, et là le cinéma s’est trouvé ainsi sérieusement concurrencé, la journée par les plaisirs de la mer et le soir par des plateaux musicaux de rêves avec des stars de la musique comme Salif Keita, Amazigh Kateb, More kanté, Zahouania et d’autres grands noms. Les réalisateurs qui ont rempli les salles se comptent sur les doigts d’une seule main ; et c’est parce qu’ils ont bien préparé le coup en lançant tous azimuts des invitations et en insistant auprès des amis pour lancer l’appel au visionnage de films. Mais le plus important reste cette occasion donnée aux professionnels du cinéma de se rencontrer, de voir ou de revoir certains films, mais aussi de réfléchir ensemble aux moyens les plus adéquats qu’il faut mettre en place pour que le film africain occupe l’écran africain, car ce n’est pas le cas aujourd’hui. Des spectateurs étaient étonnés de découvrir par exemple le film «L’homme de cendres» du Tunisien Nouri Bouzid, alors que cette audacieuse production date de 1985, «Njangaan» du Sénégalais Mahama Johnson Traoré réalisé en 1975, film qui déjà à l’époque dénonçait l’utilisation de l’Islam à des fins douteuses par des charlatans,  Frontières de l’Algérien Mustapha Djadjam qui braque sa caméra sur le phénomène de l’émigration clandestine. Le film produit en 2002 n’a jamais été distribué en Algérie, ni  par ailleurs diffusé sur le petit écran, alors que la thématique développée est un drame au quotidien vécu par les familles de ceux qui, dans le désespoir total, s’offrent aux dangers de la mer et aux polices des frontières lorsqu’ils ont la vie sauve. Bref, c’est un peu cela l’opportunité  qui était à saisir. Des films, il y en a eu, ceux des pionniers qui ont pour nom Oumarou Ganda, Mustapha Allassane, Sembène Ousmane, Mohamed Lakhdar Hamina, Ahmed Rachedi, Med Hondo, ceux de la génération intermédiaire, et enfin ceux de la nouvelle génération : Khaled Benaissa, Moussa Touré, Mama Keita, rahmatou Keita, Nadia El Fani etc. Comment les citer tous. Impossible mission. Des moments forts avec la séquence qui a vu la tunisienne Nadia El Fani craquer et verser des larmes lors du débat qui a suivi la projection de son excellent documentaire «Ouled Lénine», la séquence qui a vu arriver la ministre de la Culture Khalida Toumi pour assister aux projections des deux documentaires produits par le festival panafricain d’Alger consacrés au thème  de l’Algérie et les mouvements de libérations africains de l’Algérien Lamine Merbah et du Sud-Africain Ramadan Suleïmane, deux jours de suite en dépit de ses lourdes charges. Le festival est aussi ce souhait de voir d’autres pays prendre le relais et suivre l’exemple de l’Algérie, puisqu’elle a mis la main à la poche pour aider la production cinématographique africaine avec une aide à la production de quatre longs-métrages fiction et quatre documentaires. Le festival a permis aussi de découvrir le talent de Mama Keita, réalisateur du succulent One more vote for B. Obama, de Sykvestre Amoussou, avec son Africain Paradis où il tourne en dérision les décisions des pays du nord  quand à la fermeture des frontières et autres émigration sélective. Le festival ducinéma africain ne pouvait mieux se terminer qu’avec la programmation de l’unique Palme d’or du cinéma africain obtenue en 1975 par l’Algérie avec  la Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar Hamina.

Par Abdelkrim Tazaroute

 

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Portrait Sarah Maldoror, cinéaste

L’éternelle rebelle

La présence de Sarah Maldoror ne pouvait pas passer inaperçue durant cette deuxième édition du festival panafricain. D’abord cette grande dame est imposante physiquement et puis, il y a toute sa célébrité et son parcours qui parlent pour elle. Elle est aujourd’hui un peu la Mama du cinéma africain. Cette cinéaste française d’origine guadeloupéenne a occupé les espaces depuis son arrivée à Alger. Elle n’a raté aucune projection de film, contrairement aux autres participants, et puis pour les débats, elle n’hésite pas à intervenir et à critiquer. «Ce n’est pas parce que je suis invitée que je n’ai pas le droit de dire ce qui ne me plaît  pas.» Pour ceux qui la connaissent depuis fort longtemps, ce n’est pas une surprise. Sarah a toujours été ainsi, dira Dadou Nekkal, son amie, sa voisine. Oui, Sarah Maldoror a habité Saint-Eugène (Bologhine) après l’indépendance à son retour de Moscou où elle a étudié le cinéma. Sarah est une éternelle rebelle. A la question d’un spectateur qui lui demandait si elle aimerait vivre en Algérie, pays qui, pour elle, reste le symbole et l’exemple pour toute l’Afrique, pour tous les mouvements de libération d’Afrique, Sarah pourtant prend le temps de réfléchir avant de trancher : «franchement non». Sans en donner la raison. Interrogée en aparté, elle nous affirmera que tout a changé en Algérie et qu’elle veut garder cette image de l’Algérie de la liberté et où tout est possible, de l’Algérie de la convivialité et de la fraternité. «Je suis contente d’être là et de présenter mes films. Je suis heureuse parce que j’ai revu mon amie Dadou, une femme comme il n’en existe pas. Et puis j’ai connu durant mon court séjour des gens intéressants, c’est pas mal.”

Sarah Maldoror qui est venue présenter deux films, Eia pour Césaire (2009) et Un dessert pour Constance (1979) garde encore des souvenirs indélébiles du panaf 69. «Mes souvenirs sont lointains, mais c’était la première fois que l’Afrique réunissait ses enfants, c’était important». Sarah était assistante du film de William Klein  sur le panaf 69. Elle est encore impressionnée par ce cinéaste : «Je l’appelais le rouleau-compresseur». Il fallait être partout, explique-t-elle. Et puis elle vous regarde et la nostalgie fait surface. «Il y avait une telle ambiance. Une ambiance de fierté, de liberté, et on se disait que notre culture sera désormais présente partout. Cette culture africaine que l’on découvrait à Alger dans toute sa variété et sa folie reste des moments inoubliables.» Et puis Sarah remet les pieds sur terre pour nous livrer sa déception, la fin des illusions. Elle pensait que l’Afrique serait libre. Elle ne pouvait pas penser à l’époque que chaque pays qui se libère du joug colonial entrerait de plain-pied dans la tragédie. «L’Afrique aujourd’hui est une tragédie. Une tragédie pire que la tragédie antique». Elle n’arrive pas à conceptualiser ce lamentable ratage, ce gâchis. Sarah tente une explication. “On n’a pas été assez attentifs, pas assez vigilaants. On a été longtemps colonisés. Libres, on est devenus utopistes, pourtant on devait savoir que les pays à qui on a enlevé les richesses de nos matières  premières n’allaient pas rester les bras croisés et accepter cette défaite.” Et puis elle parle de son parcours de militante cinéaste. Un parcours qu’elle qualifie de chaotique. De par les choix des thématiques, elle dérange et en outre elle est comme elle aime à le préciser «une grosse gueule». «Tu as des réalisateurs qui sont appréciés, moi, on ne me n’aime pas.» Sarah voulait faire du théâtre et elle a fait du cinéma. Une opportunité s’est offerte à elle. On cherche  des gens pour étudier le cinéma dans l’ex-URSS, et elle était du lot. Son argument est simple. On parle de la guerre au Vietnam, pas de la guerre dans les pays africains. Le cinéma alors était pour elle une arme pour dénoncer la colonisation. Ses premiers films, c’est l’Algérie qui les a produits. On cite notamment «Monagambée» (30mn-fiction), une fiction sur la torture avec Mohamed Zinet produite par l’Algérie en 1969, film qui a obtenu le Premier prix du festival de Tours, le Prix du meilleur réalisateur, des Journées cinématographiques de Carthage et le Premier prix du festival de Dinard, et puis Sambizanga  en 1972 qui a, lui, décroché le Prix de l’Office Catholique de Ouagadougou et le Tanit d’or des Journées cinématographiques de Carthage.           

A. T.

 

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Le cinéaste Rachid Benhadj se confie aux «Débats»

«L’Algérie est le porte-drapeau de la culture africaine»

Installé depuis plus de quinze ans en Italie, le cinéaste Rachid Benhadj, rencontré à la fin de la projection du film documentaire « L’Afrique, des ténèbres à la lumière» de Lamine Merbah, se confie pour nous dire qu’il regrette qu’aucun de ses deux derniers films produits en Italie ne soit programmé, mais manifeste cependant sa joie d’être là parmi les siens et avec ses amis réalisateurs africains. Rachid évoquera avec des mots justes les images qu’il garde du premier festival panafricain d’Alger en 1969, des années rouges, de son exil forcé, et de la difficulté qu’il a eu à réapprendre à vivre dans une autre société.

Par Abdelkrim Tazaroute

 

lQuel souvenir gardez-vous de la première édition du festival panafricain ?

J’étais très jeune. On nous a dit : allez voir les black Panthers et ce fut le choc culturel. Les jeunes Africains, toute cette diversité de cultures qui a envahi les rues, les stades et les salles de spectacle d’Alger, c’était impressionnant. Il y avait de la liberté dans l’air, de la diversité et le contact avec d’autres cultures. Je me suis dit : l’Afrique est encore loin pour nous. Des années après, tu te dis : j’ai vécu un événement très important. L’Algérie est un pays qui bouge, qui bouillonne.

 

lOn vous a un peu perdu de vue depuis votre départ. Depuis «Louss» et «Touchia», vos deux premiers longs-métrages, vous avez réalisé deux autres longs-métrages en Italie, et selon nos informations, un autre film est en préparation.

Après «Louss, roses des sables» et «Touchia», ce furent les années terribles du terrorisme ; j’ai commencé à me réinsérer dans une société qui n’était pas la mienne. Vivre dans un autre pays, ce n’est  pas du tout évident, c’est dur. Mes référents sont en Algérie. A un certain âge, vous savez, c’est plus compliqué. Etre contraint de recommencer à vivre et à travailler ailleurs que dans votre pays n’est pas du tout une chose aisée. Alors je me suis retrouvé en train d’essayer à parler de cette société dans laquelle je vis. J’ai fait des documentaires. C’est pour moi une sorte de prise de contact avec une réalité, la réalité sociale de l’Italie. J’ai réalisé «L’émigration»  pour la RAI2 et «Les missionnaires chrétiens  en Afrique»  pour la RAI3.

 

lEt pour la fiction ?

Marco Bellochio, grand cinéaste italien et producteur, a fait appel à moi parce qu’il voulait que l’on fasse ensemble un travail, un film. Il en a résulté «L’arbre des destins suspendus». C’est une histoire d’amour entre un jeune Marocain et une italienne. Le rôle du jeune est campé par Saïd Tagmaoui, devenu maintenant une grande star du cinéma. J’ai choisi ce titre parce qu’au Maroc, les femmes qui veulent être enceintes suspendent à un arbre un ruban. C’est beau, toute cette multitude de couleurs. Et lorsque le vent souffle et emporte le ruban de l’une d’elles, cela signifie qu’elle est ou sera enceinte. J’ai construit l’histoire de mon film à partir de cette métaphore. C’était un film destiné au départ à la télévision, mais lorsqu’il a été vu, il a été retenu pour la section cinéma italien du festival de Venise. Le film a eu un succès tel qu’il a été distribué partout sauf en Algérie. «L’arbre des destins suspendus» a obtenu plusieurs prix dans des festivals. La thématique développée étant l’approche entre deux cultures. Le film a quelque chose de moi. La confrontation entre l’Orient et l’Occident.

 

lEt votre deuxième film ?

J’ai réalisé «L’arbre des destins suspendus» en 1997, et juste après, je me suis mis à écrire une histoire autour des événements en Algérie, mais d’une manière indirecte. Cela a donné «Mirka», un film à gros budget. C’est l’histoire d’un petit enfant né d’un viol. Le thème est très fort. Il vit dans un orphelinat. Des annés plus tard, il part à la recherche de sa mère. La question de départ que je me suis posée est de savoir si une mère peut aimer un enfant né d’une violence. J’ai vu plusieurs documentaires sur les jeunes filles violées durant la guerre en ex-Yougoslavie. Elles étaient prisonnières pour ne pas avorter. C’est terrible dans la mesure que où les violeurs veulent semer les graines de la violence à jamais. Selon des statistiques, 90% des femmes violées se suicident, les autres abandonnent leurs enfants. Cela m’a interpellé.

Je me suis dit : avoir un enfant est la plus belle chose qu’il puisse arriver à une femme, mais comme l’enfant est un infernal rappel d’un acte de violence, la réalité devient dure, un enfer. Vous imaginez qu’avec un sujet pareil, les producteurs ne se bousculent pas au portillon. J’ai rencontré Gérard Depardieu, je lui ai remis le scénario. Incroyable mais vrai, le jour même, il m’appelle à trois heures du matin pour m’annoncer qu’il accepte de jouer dans le film et qu’il allait en plus le co-produire. C’était magnifique. J’ai eu donc droit à la grande Vanessa Redgrave, Depardieu et Victtorio Storaro pour la photo. Ce monsieur a signé la photo d’Apocalypse now de Coppola et du film «Le dernier empereur» de Bertolucci.

 

lAviez-vous pensé à associer des producteurs algériens pour vos deux projets ?

Sur les deux projets : «L’arbre des destins suspendus» et «Mirka», je ne l’ai pas envisagé, parce que peut-être je vivais dans la culpabilité vis-à-vis de mes amis réalisateurs qui sont restés en Algérie. J’ai entamé des démarches pour la co-production de mon film «Le pain nu» mais cela n’a pas abouti. Cela ne m’a pas empêché de  mettre l’Algérie au générique sans qu’elle ait déboursé un sou. Symboliquement. J’y tenais.

 

lParmi les prix que vous avez reçus, lequel compte le plus pour vous ?

Incontestablement, c’est la médaille du 50e anniversaire des droits de l’homme que j’ai reçue en 2000. C’est généralement une médaille que l’on octroit à un politique. Pour la première fois, l’Unesco a récompensé un produit artistique, un film. Cela signifie qu’une œuvre artistique peut contribuer à asseoir une politique de paix. Cela a été pour moi un prix très important.

 

lUn mot sur cette deuxième édition du festival panafricain

Je regrette le fait que mes films ne soient pas programmés. Je ne connais pas la raison. C’est peut-être parce que je ne suis pas dans l’axe Alger-Paris. Cela dit, je trouve que c’est un événement merveilleux et je suis content d’assister à cette multitude de spectacles. Cela m’a permis de me rapprocher de mon pays et de l’Afrique. L’Algérie devient ainsi le porte-drapeau de la culture africaine.

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2e édition du festival culturel panafricain

Des compétences à la rescousse de l’Afrique qui résiste

Le Panaf 2009, dédié à la renaissance de l’Afrique, intervient dans un contexte tout particulier, voire suggestif, marqué par l’arrivée d’un Noir à la tête des Etats-Unis et la volonté, dans le camp des puissances occidentales comme dans celui des pays non alignés, l’Afrique comprise, de réécrire les relations internationales.

Le deuxième festival culturel panafricain (Panaf 2009), qui s’est tenu du 5 au 20 juillet dernier, s’est distingué par l’organisation, à Alger, de trois importants colloques internationaux, initiés par le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH).

Le premier colloque s’est déroulé du 1er au 4 juillet a porté sur l’anthropologie africaine. Il a rendu hommage à 4 personnalités africaines, en l’occurrence Cheikh Anta Diop, Hampaté Ba, Jomo Kenyatta et Mouloud Mammeri qui, comme l’a révélé la ministre de la Culture, Khalida Toumi, «ont contribué à disqualifier la théorie ethnocentrique de la suprématie culturelle» véhiculée par l’Europe. La seconde manifestation, tenue les 7 et 8 juillet, a été consacrée à la pensée et l’œuvre de Frantz Fanon. Le travail du psychiatre, auteur de «Les damnés de la terre» et «Peau noire et masque blanc», a été mis à l’honneur. Quant à la dernière rencontre scientifique, qui a eu lieu du 13 au 16 juillet, elle a abordé les entreprises coloniales et les luttes de libération en Afrique.

Le choix des thèmes n’est pas fortuit, dès lors qu’il invite à mesurer le chemin parcouru, surtout à faire le point sur ce passé douloureux et commun aux peuples d’Afrique. Un passé colonial qui a laissé de profondes empreintes et qui, pourtant, doit être affronté de face, puis assumé pour être enfin dépassé. En plus clair, le passage par cette étape est un passage obligé pour permettre à l’Afrique de se prémunir contre les tentations néocoloniales et de s’imposer comme véritable partenaire dans la construction d’un nouvel ordre mondial, plus juste et plus équitable. Le Panaf 2009, dédié à la renaissance de l’Afrique, renvoie donc à cette nouvelle étape et à des préoccupations pour la plupart nouvelles, en comparaison avec le Festival panafricain de 1969 qui, lui, était celui de la décolonisation du continent.

Plus concrètement, les communications et les débats suscités par les trois colloques scientifiques ont concerné diverses problématiques. Lors de la première rencontre, il a beaucoup été question des problèmes de développement, d’identité, de mémoire et de construction de l’avenir continental. D’autres sujets ont été abordés par les anthropologues, à l’exemple du questionnement de la laïcité et du recours au religieux. Certains ont même fait la démonstration visant la déconstruction de la conception colonialiste, tandis que d’autres ont approché les origines africaines, montrant que les origines berbères sont partie prenante du continent.Le second colloque international a permis notamment de faire le point sur l’influence multiforme de la pensée de Frantz Fanon sur les mouvements de libération africains.

Corruption, néo-colonialisme et perte de repères

Pour bon nombre de participants, Fanon, psychiatre, sociologue et écrivain, est l’un des fondateurs du courant de la pensée tiers-mondiste. De nombreux aspects des travaux du penseur algérien, encore méconnus et très peu étudiés dans son pays, peuvent néanmoins aider à éclairer et à analyser des situations critiques auxquelles l’Afrique est aujourd’hui confrontée. Pour paraphraser une universitaire présente à la manifestation, ils aident, à la lumière de la conception «fanonienne» de la culture sur la mutation sociale vers un nouvel universalisme, à «résister à l’air du temps présent, où les formes nouvelles de domination ne cessent d’entraîner politique sécuritaire, ethnicisation des conflits, régression culturelle et assujettissement des individus».

Au-delà de son engagement actif au sein du mouvement de libération nationale (FLN), Fanon croyait en une grande fédération des pays d’Afrique et adhérait, par la pensée, à «l’idéal des droits universels de l’homme». L’homme à la vision lointaine avait également mis en garde contre «les corruptions, les implications de ce qu’on pourrait appeler le néo-colonialisme et les mésaventures de la conscience nationale». Pour ce qui est de la 3e manifestation scientifique, intitulée «Entreprises coloniales et luttes de libération en Afrique», celle-ci s’est penchée sur une période particulièrement longue, qui a connu non seulement les luttes de libération nationale, mais aussi l’émergence des premiers Etats nationaux. Diverses thématiques ont été étudiées, y compris les voies d’accès aux indépendances nationales, pour mieux saisir les logiques du «colonisé» et celles du colonisateur. En fait, l’objectif poursuivi n’est rien d’autre que la préservation de «la mémoire historique» du peuple africain et l’ouverture de nouvelles perspectives, à la lumière des nouveaux problèmes qui se posent, un demi-siècle après le début de la décolonisation. Un processus qui, de l’avis des intervenants, n’est pas encore parachevé. Sur le registre du néocolonialisme, d’aucuns ont prévenu que l’Afrique, «réserve sûre en ressources», éveille encore des appétits chez les grandes puissances occidentales, lesquelles ne seraient pas étrangères aux conflits internes et autres querelles locales, sinon qu’elles les exploitent à leur profit. D’autres intervenants, favorables à la refondation de l’Afrique, ont situé à la responsabilité du colonialisme, sujet de tant de traumatismes, sans exclure celle des responsables politiques africains, le retard cumulé en matière de développement et d’ouverture.

L’Algérie toujours fidèle aux valeurs de novembre 54

Quelque 25 pays africains, représentés par des chercheurs, spécialistes, universitaires, militants des droits de l’homme et des personnalités politiques, ont participé à ces colloques. Plusieurs voix se sont élevées pour rappeler le rôle joué par l’Organisation continentale (OUA) dans le processus de décolonisation de l’Afrique. Le rôle avant-gardiste de l’Algérie dans ce même chapitre, ainsi que le soutien politique et matériel qu’elle a apporté aux différents mouvements de libération africains, ont été également mis en évidence.

Sur un autre plan, le Panaf 2009 a constitué une tribune pour reparler des mouvements de libération nationale et revisiter le drame du peuple sahraoui, toujours suspendu entre le statut de réfugié et de «l’occupé», alors que la légalité internationale est de son côté. Des militants et personnalités sahraouis, comme la délégation des défenseurs des droits humains des territoires occupés du Sahara occidental, en visite pour la première fois à Alger, ou le président du Centre Saguia El Hamra et Rio de Oro pour les études stratégiques et politiques, Baba Mustapha Sayed, ont lancé un appel aux pays africains pour une solidarité plus agissante, afin de libérer définitivement le continent de la colonisation. La position inconditionnelle de la France en faveur des thèses de l’occupant marocain, et la promulgation, par l’Hexagone, de la loi février 2005 qui glorifie la colonisation, ont évidemment été au centre des discussions. Si l’on en croit l’ancien avocat du FLN durant la guerre de libération nationale de l’Algérie, Me Jacques Verges, «une riposte africaine à organiser» s’avère être urgente pour contrer «une maladie incurable qui est le racisme». Me Verges a par ailleurs qualifié de «mensonge» la colonisation positive en Afrique, en désapprouvant le silence sur cette étape décisive de l’histoire, où il était exigé de «raser, incendier les écoles, enlever les femmes et les enfants, et tuer les hommes.»

Il y a lieu de noter enfin que le Festival qu’a abrité l’Algérie pour la deuxième fois a réuni le pari de réunir de nombreuses compétences africaines qui ont confirmé la formidable capacité qu’a montrée l’Afrique à «absorber» les divers chocs externes qu’elle a subis, et à vivre des mutations sans verser dans le chaos généralisé. Si l’objectif d’échanges et de témoignages a été atteint, celui de leur pérennisation et celui de la réédification de l’Afrique doivent être renforcés. Cela d’autant que le continent doit s’engager aujourd’hui dans la lutte pour une indépendance réelle et un véritable développement garantissant la pleine satisfaction des droits humains. Dans ce nouveau contexte, les mouvements de libération nationale, comme le Front Polisario, sont confrontés aussi bien aux problèmes posés par le combat libérateur qu’aux défis que connaissent déjà les pays indépendants, à savoir : la globalisation, l’émigration clandestine, le rôle des médias et des écoles dans l’information des jeunes générations sur la réalité de leurs histoire et passé, les questions de sécurité et celles liées aux immixtions étrangères.

Par  Z’hor Chérief

 

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Obama, Sarkozy et les Africains

Pour quel type de refondation des relations ?

Le discours prononcé le 11 juillet dernier à Accra (Ghana) par Barack Obama apparaît comme la nouvelle référence quant à la nouvelle politique américaine en Afrique.

Le 44e président des Etats-Unis a exhorté l’Afrique à promouvoir la démocratie, les droits humains et la bonne gouvernance, considérant cette même Afrique comme «un partenaire» des USA. Obama s’est dit «pleinement conscient du passé tragique» qui hante encore cette partie du monde, ainsi que des «progrès considérables» obtenus par certains Etats africains indépendants.

Pourtant, relèvera-t-il, des régions d’Afrique souffrent encore de maladies et de conflits, cédant la place «au cynisme, voire au désespoir». Plus loin, il a invité l’Afrique à faire la part des choses, entre les réalités relevant de la responsabilité de l’Occident et celles se rapportant à la période de l’après-indépendance, à l’origine des nuisances du «tribalisme et (du) népotisme».

Le président US a en outre déploré le fait que l’Afrique ne valorise pas suffisamment son combat pour le progrès, un combat qui «ne possède sans doute pas l’aspect dramatique des luttes de libération du XXe siècle», d’autant qu’il est question de «se soustraire au contrôle d’une autre nation» et de «se forger sa propre nation». Pour Obama, la nouvelle période est celle de la «grande promesse» en matière de développement et de stabilité des institutions, pour peu que l’Afrique décide souverainement de prendre la route du «changement».

De plus, ajoutera-t-il, l’avenir de l’Afrique et des autres pays en développement dépendra du sort qui sera réservé à la démocratie, les possibilités économiques, la santé et le règlement pacifique des conflits. «Alors, ne vous y trompez pas : l’histoire est du côté de ces courageux Africains et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d’État ou qui modifient les Constitutions pour rester au pouvoir», a indiqué Obama, en signalant la responsabilité des dirigeants africains. Avec un tel discours, l’Anglo-Saxon Barack Obama a réussi à frapper les esprits, apparaissant même plus crédible que son homologue français, Nicolas Sarkozy, si l’on réexamine les propos tenus par ce dernier en juillet 2007 à Dakar (Sénégal).

Seulement, malgré ce message direct et «pragmatique», Obama a tenté de déresponsabiliser l’Occident sur l’état actuel du développement du continent africain. Il a laissé entendre que la pauvreté est essentiellement le résultat de la mauvaise gouvernance et des choix pris par les dirigeants africains. Pourquoi le président Obama a-t-il gardé le silence sur le rôle central joué par des pays riches dans l’évolution de l’Afrique ? Pourquoi n’a-t-il rien dit sur les pressions et conditionnalités des institutions financières internationales, principalement FMI et Banque mondiale, qui sont contrôlées par les USA ?

Pour ce qui est de la crise mondiale actuelle, Obama a également évité d’aborder la responsabilité de ceux, pays occidentaux et lobbies, qui ont imposé la déréglementation financière, dont le noyau dur se trouve aux Etats-Unis. Pourtant, les peuples d’Afrique sont à présent directement touchés par les conséquences de cette crise.

Enfin, concernant l’enveloppe de 20 milliards de dollars à distribuer sur 3 ans pour réduire la faim dans le monde, qu’il a apportée après le sommet du G8 en Italie, des observateurs soutiennent que cette somme est dérisoire, puisqu’elle représente moins de 2% de ce que les USA ont dépensé en 2008-2009 pour sauver les banquiers et les assureurs, à l’origine de la crise financière mondiale.

Si la relation Afrique-France renvoie à une histoire de domination, d’exploitation, de divisions et d’ingérences qui, pour rappel, se poursuivent à ce jour, celle qui s’ouvre entre l’Afrique et les USA est entourée de nombreuses zones d’ombre.

Z. C.

 

 

 

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