|
Accueil
Industrie
Les objectifs
de Hamid Temmar
Pertinent est le
dernier briefing du cabinet britannique Oxford Business Group sur
l’industrie algérienne, et plus particulièrement sur la stratégie
industrielle.
Ce dernier
briefing, qui équivaut à une sorte de note de conjoncture intitulée
«Algérie : l’industrie vise la croissance», vient pour la première
fois apporter un éclairage sur les objectifs de la stratégie
industrielle, chère à Hamid Temmar, et qui demeure malheureusement
incomprise par beaucoup de décideurs et pas seulement par une partie
de l’opinion nationale.
D’emblée, cette
stratégie est mise dans le contexte d’une réaction des autorités
face à la forte désindustrialisation qu’a connue et subie le pays
depuis la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000. Un
processus inverse s’est donc engagé depuis l’avènement des éminences
grises désignées par le président Bouteflika et qui ont rapidement
conclu aux limites d’une stratégie qui mettrait la privatisation au
centre des réformes dites de deuxième génération. Cette
privatisation a démontré sa faible portée à relancer l’économie,
d’abord parce que la moitié des entreprises publiques ne sont pas
vendables en l’état ; mais aussi parce que la privatisation
elle-même n’est pas forcément une action conforme aux objectifs des
autorités, à savoir maintenir l’emploi et l’activité. Enfin, le flux
des investissements directs étrangers ayant été en deçà des attentes
d’Alger et des promesses des milieux d’affaires étrangers, il
devenait évident que l’Etat se devait de conserver une partie de
l’outil de production, autant pour poursuivre ses plans de
reconstruction du pays et de son développement que pour disposer
d’une alternative face au privé national ou étranger et se mettre
toujours en situation de force dans la négociation des grands
contrats. C’est ce constat, rapidement fait, qui a mené à la
réorientation des réformes dites de seconde génération qui, après
celles ayant ciblé le cadre macro-économique, ont mis au centre de
leurs préoccupations l’entreprise, en tant que centre de création de
richesse et d’emploi, seul moyen par lequel l’Algérie peut aller
vers une croissance moyenne de 7 à 8% par an pendant plusieurs
années afin de rattraper ses multiples retards.
Ce point de vue
est, on le constate aujourd’hui, partagé par l’expertise étrangère.
Oxford Business Group nous dit justement que «compte tenu des
ressources naturelles abondantes et du fort taux de chômage chez les
jeunes, la croissance industrielle en Algérie fait figure à la fois
de possibilité économique et de nécessité». Le contexte politique,
selon OBG, s’y prête. «Bouteflika en avril dernier, le gouvernement
semble prêt à renouveler les efforts afin d’accroître la
participation du secteur privé au niveau national, alors que la
communauté internationale se concentre de plus en plus sur le
transfert des connaissances», est-il estimé.
L’étude rappelle
l’importance des propos de Hamid Temmar, vu qu’ils constituent un
indicateur important de l’orientation donnée par le gouvernement aux
efforts de ré-industrialisation du pays. En effet, lors d’une
conférence organisée le mois dernier au Palais de la Culture par
l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) et
EAST Invest, le ministre de l’Industrie, a déclaré aux délégués
qu’en Algérie le secteur de l’industrie «se portait beaucoup mieux
que ce qu’on pouvait entendre », sans toutefois « avoir encore
atteint un niveau pour être compétitif». Selon M. Temmar, le rôle de
l’Etat consiste «précisément à aider l’industrie à atteindre ce
niveau» de compétitivité.
Lequel ? Il s’agit
d’un niveau qui soit supérieur dans la contribution actuelle de
l’industrie, qui est à environ 25% du PIB seulement.
Le gouvernement
veut aussi une plus forte dose de privé, vu que l’industrie est
détenue jusqu’à 75% par le secteur public. Et, ce qui n’arrange pas
tout, il s’agit d’un secteur industriel totalement dépendant de
l’étranger. En fait, 75% des biens de consommation sont importés, ce
qui signifie que l’Algérie a tout simplement échoué en matière de
transfert technologique.
Hamid Temmar garde
l’optimisme. Selon lui, il y a toujours un marché pour les
entreprises nationales pouvant produire ou remplacer les produits
importés, mais à condition qu’elles subissent des améliorations afin
d’être compétitives.
Bel exemple en la
matière, celui de la SNVI. M. Temmar a reconnu, rappelle OBG, que
des domaines comme la mécanique avancée, la fabrication d’équipement
et la production d’acier étaient presque exclusivement du ressort
d’entreprises publiques et qu’en conséquence, l’Etat cherchait à «
revitaliser et à mettre à jour » ces industries - une référence aux
investissements réalisés actuellement par le gouvernement dans le
cadre d’un programme de travaux d’infrastructure d’un montant de 107
milliards d’euros.
Plus que jamais
donc, l’orientation vers le remplacement des importations prise par
le gouvernement pourrait bien se révéler une décision clé. A l’heure
actuelle, les biens manufacturés ou semi-transformés représentent
moins de 2 % des exportations algériennes. En revanche, et nul de
l’ignore, les hydrocarbures représentent 97% des exportations et
contribuent à 30% du PIB. «Compte tenu de l’expérience limitée des
initiatives privées dans le secteur et du rôle de chef de file de
l’Etat dans la provision des finances, le gouvernement vient en aide
dans un premier temps, et ce, à juste titre, au secteur privé pour
les questions de remplacement des importations», écrit encore Oxford
Business Group.
Voilà ce qui est
d’une puissance d’éclairage sans pareil au moment où tout le monde
se pose la question de savoir si le gouvernement Ouyahia a une
alternative par rapport à sa politique de réduction des importations
qui explosent au niveau record de 40 milliards de dollars par an. Ce
qui ne veut pas dire qu’on va cesser de compter sur le pétrole. Bien
au contraire. Tout comme ce fut le cas lors de la première phase
d’industrialisation du pays, c’est avec l’argent du pétrole que
seront financés l’investissement, la mise à niveau et le
développement dans les différentes filières de l’industrie. «Compte
tenu des importants programmes d’investissement prévus dans le
secteur des hydrocarbures et de la vaste réserve de clients dans le
sud de l’Europe désireux de détourner leur approvisionnement en
énergie d’une Russie de plus en plus chimérique, l’Algérie, et sa
politique industrielle à deux volets, semble prête à approvisionner
ses partenaires de manière constante si une croissance ordinaire
s’installe au cours des dix prochaines années», nous dit encore
l’étude du cabinet britannique, à titre de condition inévitable.
Et de dire, ce qui
sera de nature à soulager le patronat algérien que «certains
obstacles demeurent, et en premier lieu, celui relatif à la
transition vers une économie post-hydrocarbures, où le secteur privé
aura à jouer un rôle beaucoup plus important».
Par Nabil
Benali
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |