Semaine du 22 au 28 juillet 2009

 

L'éditorial

A la mémoire de Didier Contant

 
 
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 A la mémoire de Didier Contant

Didier Contant est ce journaliste qui a enquêté sur l'assassinat des sept moines, égorgés par le GIA en 1996. Il se trouve que les conclusions de son enquête n'ont pas plu à ceux qui avaient déjà leur idée sur cet assassinat, à savoir que c'est plutôt l'armée algérienne qui en est l'auteur. Mais au lieu de lui répondre par des arguments, de montrer en quoi son enquête manquait de professionnalisme ou de mener des contre-enquêtes à leur tour, pour ensuite laisser l’opinion seul juge, en toute bonne démocratie, les tenants de la vérité infuse ont préféré recourir aux méthodes les plus lâches et les plus staliniennes. Elles consistent à discréditer, par une infâme campagne de propagande, la personne même de l'enquêteur plutôt que l'enquête elle-même. De cette manière, ils rendent un bien involontaire hommage au travail qu'ils veulent dénigrer. Didier en aurait été tout à fait satisfait si sa sensibilité exacerbée ne l'avait pas fragilisé face à une telle campagne menée contre lui - on l'aurait été à moins. Il a été accusé ainsi d'être un agent des services spéciaux algériens, selon ce petit raisonnement qui consiste à dire que si tu es d'accord avec une idée de mon ennemi tu deviens mon ennemi. L'accusation elle-même prolonge l'hommage, car cela veut dire que ni Didier ni son enquête n'étaient insignifiants. Cela veut dire aussi que l'un et l'autre, l'homme et son travail, ont dérangé et qu'ils ont dérangé un lobby assez puissant pour mobiliser des réseaux à la fois médiatiques et politiques en France, des réseaux français et algériens, des intellectuels, des avocats, des notabilités etc. Ce n'est pas rien. Le DRS a eu "la main heureuse" dans le choix de ses agents, dites donc ! Mais comment a-t-il pu persuader de travailler pour lui un homme libre de cet acabit, capable d'aller à contre-courant des idées les plus reçues, propagées depuis si longtemps par des professionnels de l'intox ? Des professionnels à l'image de ce J. Baptiste Rivoire qui n'a pas hésité à remonter aux beys la nuisance des services algériens, dans son ouvrage pavé intitulé La Françalgérie, et qui, soit dit en passant, me fait personnellement l'honneur de me citer à plusieurs reprises comme un acteur donné de l'interruption du processus électoral de 1992, juste en se basant (et en les déformant sciemment) sur mes écrits journalistiques - c’est dire tout le sérieux de ses investigations ! Il ne s'agit pas ici de pourfendre un lobby qui s'en charge très bien lui-même, ne serait-ce que par ses mensonges et ses manipulations, mais de rappeler que la mort de Didier Contant, fut-elle un suicide, est aussi un crime, en ce sens qu'elle est le résultat, dans tous les cas de figure, d'une passion haineuse. Ses desseins politiques ou autres ne sauraient l'expliquer et encore moins l'excuser. Les adversaires de Didier sont des criminels, du moins s'agissant de ceux qui ont voulu par tous les moyens le faire taire, de son vivant même. C'est ce que nous dit en substance, dans l'entretien qu'elle a bien voulu nous accorder, sa compagne Rina Sherman. Comment penser qu'elle aurait défendu sa mémoire, avec cette sincérité, ce talent et cette foi, si elle n'était pas persuadée qu'il avait subi le pire affront qu'un homme puisse subir : celui de passer pour l'inverse de ce qu'il était réellement. Celui d'être insulté par ceux-là mêmes qui méritent toutes les insultes. Paix à ton âme, Didier. Ta mémoire est bien défendue.

Par Aïssa Khelladi

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