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la mémoire de Didier Contant
Didier Contant est
ce journaliste qui a enquêté sur l'assassinat des sept moines,
égorgés par le GIA en 1996. Il se trouve que les conclusions de son
enquête n'ont pas plu à ceux qui avaient déjà leur idée sur cet
assassinat, à savoir que c'est plutôt l'armée algérienne qui en est
l'auteur. Mais au lieu de lui répondre par des arguments, de montrer
en quoi son enquête manquait de professionnalisme ou de mener des
contre-enquêtes à leur tour, pour ensuite laisser l’opinion seul
juge, en toute bonne démocratie, les tenants de la vérité infuse ont
préféré recourir aux méthodes les plus lâches et les plus
staliniennes. Elles consistent à discréditer, par une infâme
campagne de propagande, la personne même de l'enquêteur plutôt que
l'enquête elle-même. De cette manière, ils rendent un bien
involontaire hommage au travail qu'ils veulent dénigrer. Didier en
aurait été tout à fait satisfait si sa sensibilité exacerbée ne
l'avait pas fragilisé face à une telle campagne menée contre lui -
on l'aurait été à moins. Il a été accusé ainsi d'être un agent des
services spéciaux algériens, selon ce petit raisonnement qui
consiste à dire que si tu es d'accord avec une idée de mon ennemi tu
deviens mon ennemi. L'accusation elle-même prolonge l'hommage, car
cela veut dire que ni Didier ni son enquête n'étaient insignifiants.
Cela veut dire aussi que l'un et l'autre, l'homme et son travail,
ont dérangé et qu'ils ont dérangé un lobby assez puissant pour
mobiliser des réseaux à la fois médiatiques et politiques en France,
des réseaux français et algériens, des intellectuels, des avocats,
des notabilités etc. Ce n'est pas rien. Le DRS a eu "la main
heureuse" dans le choix de ses agents, dites donc ! Mais comment
a-t-il pu persuader de travailler pour lui un homme libre de cet
acabit, capable d'aller à contre-courant des idées les plus reçues,
propagées depuis si longtemps par des professionnels de l'intox ?
Des professionnels à l'image de ce J. Baptiste Rivoire qui n'a pas
hésité à remonter aux beys la nuisance des services algériens, dans
son ouvrage pavé intitulé La Françalgérie, et qui, soit dit en
passant, me fait personnellement l'honneur de me citer à plusieurs
reprises comme un acteur donné de l'interruption du processus
électoral de 1992, juste en se basant (et en les déformant
sciemment) sur mes écrits journalistiques - c’est dire tout le
sérieux de ses investigations ! Il ne s'agit pas ici de pourfendre
un lobby qui s'en charge très bien lui-même, ne serait-ce que par
ses mensonges et ses manipulations, mais de rappeler que la mort de
Didier Contant, fut-elle un suicide, est aussi un crime, en ce sens
qu'elle est le résultat, dans tous les cas de figure, d'une passion
haineuse. Ses desseins politiques ou autres ne sauraient l'expliquer
et encore moins l'excuser. Les adversaires de Didier sont des
criminels, du moins s'agissant de ceux qui ont voulu par tous les
moyens le faire taire, de son vivant même. C'est ce que nous dit en
substance, dans l'entretien qu'elle a bien voulu nous accorder, sa
compagne Rina Sherman. Comment penser qu'elle aurait défendu sa
mémoire, avec cette sincérité, ce talent et cette foi, si elle
n'était pas persuadée qu'il avait subi le pire affront qu'un homme
puisse subir : celui de passer pour l'inverse de ce qu'il était
réellement. Celui d'être insulté par ceux-là mêmes qui méritent
toutes les insultes. Paix à ton âme, Didier. Ta mémoire est bien
défendue.
Par Aïssa
Khelladi
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