Semaine du 22 au 28 juillet 2009

  Jalons

Merci Panaf

 

 

 
 
 Chronique  

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Merci Panaf

Dans quarante ans, à la troisième édition du festival panafricain, émergeront d'entre les arcanes de la mémoire, les images et les sons d'un bouquet d'activités se déployant en mouvements, en chants et en danses. Mais pas seulement. La mémoire étant par nature sélective, elle s'arrangera pour n'inscrire dans la durée que les moments de joie et d'intense plaisir, et mettra sous embargo tout le reste, accrocs, ratages, faux pas et autres petits couacs qui, somme toute, sont inhérents à l'organisation d'une manifestation de cette envergure. Cependant, n'étant pas tenus à l'obligation de réserve, nous ne saurions passer sous silence des incidents qui ont émaillé le cours du Panaf. Ils n'ont certes pas, loin s'en fallait, empêché la poursuite de la programmation des soirées et même s'il faut se garder de les amplifier outre mesure, ce qui serait rendre service à leurs auteurs, ces incidents n'en révèlent pas moins qu'il existe des poches d'esprits rétrogrades et obscurantistes, révélant globalement que la mentalité a régressé dans notre pays, du moins par rapport à la première édition de ce festival. Par endroits, les yeux chastes de ces énergumènes qui ont une approche phalloïde des nobles valeurs de l'islam se sont offusqués à la vue des cuisses ou du décolleté généreux des danseuses africaines et ont manifesté leur outrage au pire en lançant des mots d'ordre réprobateurs, au pire en caillassant les artistes sur scène et même le public. Fort heureusement, les familles venues nombreuses à tous les concerts, ont répliqué de la manière la plus pacifique et la plus efficace qui soit, en restant sur place et en revenant le lendemain, et encore le lendemain. La tartuferie que résume la formule " ôtez de ma vue ce sein que je ne saurais voir " s'est déclinée dans toute sa splendeur, d'autant que personne n'obligeait ces hurluberlus, se posant en gardiens du temple moral, à assister aux spectacles africains, ni à infliger à leur pureté visuelle des scènes qu'ils estiment obscènes et qui ne sont en fait que l'expression esthétique du patrimoine africain, c'est-à-dire notre patrimoine. Mais évitons l'auto-flagellation et ne nous complaisons pas dans les délices du rabat-joie. Ces incidents, révélateurs de comportements anachroniques, d'un autre âge étaient ponctuels et  ne revêtent qu'une dimension circonscrite et isolée. Les Algériens, en sortant massivement en famille, auront savouré intensément ces moments de vie culturelle, artistique et intellectuelle de haute voltige et ont apprécié à sa juste valeur cet inestimable cadeau offert à l'Algérie et à l'Afrique. C'est ce partage de moments de vie intenses avec notre africanité qu'ils retiendront et qui s'arrimera dans la pérennité historique. Tout le reste n'est que suçage de citron. Merci le Panaf, et au prochain rendez-vous, si Dieu prête vie à la culture africaine. Ce n'est d'ailleurs qu'un prêt ; donc elle le Lui rendra.

Par Nadjib Stambouli

 

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