|
Accueil
Merci Panaf
Dans quarante ans,
à la troisième édition du festival panafricain, émergeront d'entre
les arcanes de la mémoire, les images et les sons d'un bouquet
d'activités se déployant en mouvements, en chants et en danses. Mais
pas seulement. La mémoire étant par nature sélective, elle
s'arrangera pour n'inscrire dans la durée que les moments de joie et
d'intense plaisir, et mettra sous embargo tout le reste, accrocs,
ratages, faux pas et autres petits couacs qui, somme toute, sont
inhérents à l'organisation d'une manifestation de cette envergure.
Cependant, n'étant pas tenus à l'obligation de réserve, nous ne
saurions passer sous silence des incidents qui ont émaillé le cours
du Panaf. Ils n'ont certes pas, loin s'en fallait, empêché la
poursuite de la programmation des soirées et même s'il faut se
garder de les amplifier outre mesure, ce qui serait rendre service à
leurs auteurs, ces incidents n'en révèlent pas moins qu'il existe
des poches d'esprits rétrogrades et obscurantistes, révélant
globalement que la mentalité a régressé dans notre pays, du moins
par rapport à la première édition de ce festival. Par endroits, les
yeux chastes de ces énergumènes qui ont une approche phalloïde des
nobles valeurs de l'islam se sont offusqués à la vue des cuisses ou
du décolleté généreux des danseuses africaines et ont manifesté leur
outrage au pire en lançant des mots d'ordre réprobateurs, au pire en
caillassant les artistes sur scène et même le public. Fort
heureusement, les familles venues nombreuses à tous les concerts,
ont répliqué de la manière la plus pacifique et la plus efficace qui
soit, en restant sur place et en revenant le lendemain, et encore le
lendemain. La tartuferie que résume la formule " ôtez de ma vue ce
sein que je ne saurais voir " s'est déclinée dans toute sa
splendeur, d'autant que personne n'obligeait ces hurluberlus, se
posant en gardiens du temple moral, à assister aux spectacles
africains, ni à infliger à leur pureté visuelle des scènes qu'ils
estiment obscènes et qui ne sont en fait que l'expression esthétique
du patrimoine africain, c'est-à-dire notre patrimoine. Mais évitons
l'auto-flagellation et ne nous complaisons pas dans les délices du
rabat-joie. Ces incidents, révélateurs de comportements
anachroniques, d'un autre âge étaient ponctuels et ne revêtent
qu'une dimension circonscrite et isolée. Les Algériens, en sortant
massivement en famille, auront savouré intensément ces moments de
vie culturelle, artistique et intellectuelle de haute voltige et ont
apprécié à sa juste valeur cet inestimable cadeau offert à l'Algérie
et à l'Afrique. C'est ce partage de moments de vie intenses avec
notre africanité qu'ils retiendront et qui s'arrimera dans la
pérennité historique. Tout le reste n'est que suçage de citron.
Merci le Panaf, et au prochain rendez-vous, si Dieu prête vie à la
culture africaine. Ce n'est d'ailleurs qu'un prêt ; donc elle le Lui
rendra.
Par Nadjib
Stambouli
e-mail :contact@lesdebats.com
|