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Après les accusations fracassantes de Farouk El Kaddoumi
L’OLP au bord
de l’implosion
Contrairement à El
Kaddoumi, l’actuel chef de l’Autorité palestinienne est considéré
comme un modéré et un partisan d’une normalisation avec l’Etat
hébreu. Le numéro 2 de l’OLP est quant à lui un opposant acharné aux
Accords d’Oslo et prône la ligne dure dans les négociations
bilatérales.
De son exil doré
de Tunis, Farouk El Kaddoumi a donc jeté un nouveau pavé dans la
mare. Proche parmi les proches de feu Yasser Arafat, le chef de la
section politique de l’Organisation de libération de la Palestine
(OLP) a accusé nommément le président Abou Mazen et Mohamed Dahlan
d’avoir une part de responsabilité dans la mort en novembre 2004 du
leader palestinien. Une accusation loin d’être surprenante quand on
connaît l’animosité qui caractérise les rapports entre Farouk El
Kaddoumi et Mahmoud Abbas.
Les deux hommes
ont de tout temps été considérés comme de possibles successeurs
d’Abou Ammar, même si ce dernier n’a en réalité jamais caché sa
préférence pour Abbas. Une préférence en partie dictée par les
Etats-Unis.
El Kaddoumi,
l’anti-Abbas
Contrairement à El
Kaddoumi, l’actuel chef de l’Autorité palestinienne est considéré
comme un modéré et comme un partisan d’une normalisation avec l’Etat
hébreu. Le numéro 2 de l’OLP est quant à lui un opposant acharné aux
Accords d’Oslo et prône la ligne dure dans les négociations
bilatérales. L’accession au pouvoir d’Abou Mazen dès décembre 2004 a
donc déplu à tous ceux qui voulaient rompre avec le caractère
pacifique de l’attitude officielle palestinienne, et les a condamnés
au silence forcé. Aujourd’hui, ce long silence est rompu pour
laisser place à des révélations pour le moins fracassantes.
Fracassantes, mais loin d’être convaincantes. Dans son réquisitoire,
Farouk El Kaddoumi n’apporte aucune preuve tangible de ce qu’il
avance, et sombre dans des généralités un peu confuses. Il précise
simplement qu’un complot concocté par le président Abbas et Mohamed
Dahlan se serait soldé par la mort d’Abou Ammar, et cela avec la
complicité d’Israël et des Etats-Unis. Touché dans son amour-propre,
Mahmoud Abbas aurait fait part à ses proches à Ramallah de sa colère
envers l’exilé de Tunis et aurait lancé à son encontre une procédure
d’exclusion des structures du parti. Une réaction faite sous le coup
de la colère – et de la haine – et qui pourrait donner un sérieux
coup à la crédibilité du président palestinien. Car quel que soit le
caractère incongru des révélations de Farouk El Kaddoumi, ce dernier
jouit d’une grande popularité auprès des Palestiniens de Cisjordanie
et de la bande de Ghaza.
Enième reprise
du dialogue interpalestinien
A propos de Ghaza,
ce minuscule territoire palestinien dans lequel vivent entassé plus
d’un million de Palestiniens, est encore sous le joug du Hamas qui
tente tant bien que mal d’aplanir ses divergences avec le mouvement
Fatah. Cette semaine a vu les frères ennemis palestiniens se réunir
de nouveau au Caire. Les protagonistes de la crise interne se sont
parlé sans rien se dire. Les deux camps campent encore sur leurs
positions concernant la formation d’un futur gouvernement d’union
nationale et la libération des prisonniers politiques des deux
mouvements. Plus de deux ans après le coup d’Etat du Hamas à Ghaza,
le dialogue avec le Fatah est plus que jamais dans l’impasse, et les
efforts de la médiation égyptienne s’apparentent à des coups d’épée
dans l’eau.
Première
rencontre Erakat-Mottaki
Un des principaux
négociateurs palestiniens, Saëb Erakat, s’est entretenu cette
semaine en Egypte avec le ministre iranien des Affaires étrangères
lors d’une rencontre sans précédent, a annoncé dimanche un
responsable palestinien. «Saëb Erakat a rencontré (le ministre
iranien) Manouchehr Mottaki à Charm El-Cheikh il y a trois jours»,
en marge du sommet des Non-alignés, a précisé ce haut responsable
sous condition d’anonymat. Une rencontre à ce niveau est sans
précédent depuis la création en 1994 de l’Autorité palestinienne,
a-t-il ajouté. «Tous deux ont discuté de la situation interne des
Palestiniens et de la nécessité d’une réussite dans les négociations
entre le Hamas et le Fatah», a ajouté ce responsable en référence au
dialogue de réconciliation entre les deux principaux mouvements
palestiniens rivaux, mené depuis le 10 mars à travers une médiation
égyptienne.
Par Mohamed
Khaled Drareni
Rapprochement Suisse-Hamas
Israël proteste
Après les
protestations d’Israël consécutives à la venue en Suisse d’un haut
représentant du Hamas, le Département fédéral suisse des affaires
étrangères a reçu Ilan Elgar, l’ambassadeur de l’Etat hébreu à
Berne, pour lui expliquer la «politique du dialogue» menée par la
Confédération. La Suisse se distancie ainsi du camp de la
modération, a critiqué l’ambassade de l’Etat hébreu en Suisse. Ilan
Elgar a rencontré le Secrétaire d’Etat adjoint, Pierre Helg, puis la
ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, selon une
porte-parole du DFAE, qui lui ont expliqué que la politique de la
Suisse consistait à dialoguer avec toutes les parties impliquées
dans un conflit, donc également avec le mouvement radical islamiste
Hamas. Micheline Calmy-Rey avait confirmé la veille une rencontre
«au niveau des experts» avec le Hamas. Et l’un des représentants les
plus radicaux du mouvement islamiste, Mahmoud al-Zahar, aurait déjà
discuté fin juin à Genève avec des diplomates helvétiques, selon la
presse suisse.
Haut
Gouvernance «way of life»
Devant le monde
entier, les GI en Irak déclaraient aux télévisions la raison de leur
présence dans ce pays en récitant ce credo : «Nous sommes là pour
défendre notre ‘‘way of life’’ menacé par nos ennemis.» C’est la
méthode sanglante de la «démocratisation» qui s’exprime
ostensiblement. La force absolue n’a pas besoin de prouver la
réalité de la menace.
George W. Bush a
déjà claironné : «Les luttes incessantes qui, au 20e siècle, ont
opposé totalitarisme et liberté se sont terminées par la victoire
décisive des forces de la liberté…» Il continue : «[…] Et par un
SEUL MODELE ACCEPTABLE pour la réussite des nations, la liberté, la
démocratie et la LIBRE ENTREPRISE.»(1) Nous évacuons la question du
développement de la culture démocratique au sein des populations.
Nous évacuons l’exposé, trop long, de l’action des médias et des
institutions dans la détermination idéologique et politique des
individus. Nous évacuons aussi le rôle des empires de l’audiovisuel
et de la presse écrite dans la fabrication de l’univers politique,
pour nous attacher au mot démocratie qui doit signifier, dans l’une
de ses acceptions, le gouvernement par le peuple.
Soit, sur le plan
pratique, un système de gouvernement dont la source est la
souveraineté populaire, librement exprimée par des élections. Mais
voilà, depuis plus d’une dizaine d’années, s’est mise au jour une
tutelle de ce concept, brutale, autoproclamée, qui a fait irruption
sur la scène internationale. La souveraineté territorialisée, pour
reprendre Tony Negri, a définitivement vécu en cédant devant la
déterritorialisation universelle.
Les lois du
néolibéralisme ne tolèrent plus aucune entrave. Surtout que l’ennemi
mortel, le «socialisme réel», s’est effondré dans son principal
bastion, et que presque tous les nationalismes ont troqué leur
souverainisme contre «l’ouverture» au marché et l’adhésion au temple
OMC et autres espaces commerciaux vestibules. Les sociétés civiles
nées à la faveur des illusions semées ont vainement, parfois
naïvement, donné de la voix.
L’adhésion au
«monde» formaté passe, selon les maîtres de la planète, par une
condition : l’instauration de régimes démocratiques. Ce qui signifie
aussi et d’abord un désengagement immédiat de l’Etat de la sphère
économique.
Cette condition
n’est, bien sûr, pas énoncée dans les discours officiels. Les
dictatures les plus asphyxiantes des libertés qui y souscrivent sont
décorées du label des bons élèves et les démocraties qui la
rejettent sont inscrites au registre des «Etats voyous».
Dans cette seconde
catégorie figure le Venezuela dont le régime ne déroge pourtant à
aucun des principes connus en matière de démocratie.
La condition
figure en tête, ailleurs, dans la liste des clauses du FMI, de la
BIRD et des «accords d’association pour les zones de libre-échange».
Là où l’opinion populaire n’ira pas fouiner. Si tant est que le
niveau culturel des multitudes, noyées dans le quotidien de la
survie, peut leur permettre de fouiner, de s’informer justement et
de juger. Pourtant, elle reste déterminante.
En attendant, les
produits chinois sont les malvenus en Occident et les capitaux
arabes perdent leur pouvoir d’achat quand ils s’aventurent dans le
patrimoine américain. La démocratie comme système de gouvernement
serait donc secondaire, si les intérêts stratégiques des puissances
occidentales et si la liberté du marché sont contrariés ? Sur cette
question, Danièle, l’épouse de Mitterrand, nous apporte un élément
de réponse : «Alors je lui demandais, à François : Pourquoi
maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais
offert ? Il me répondait qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la
Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait
gagné un gouvernement, mais non pas le pouvoir.
J’appris ainsi que
d’être le gouvernement, être Président, ne sert pas à grand-chose…»
(2) Il est inutile de rappeler que Mitterrand s’exprimait en tant
que Président, démocratiquement élu, d’une puissance économique
mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies
et patrie «incontestée», depuis 1789, des droits de l’Homme et du
citoyen. Un dirigeant arabe, isolé, regrettant, en souvenir
lointain, les massifs élans nationalistes et l’équilibre de la
terreur assuré par l’URSS, aura beaucoup de peine à s’opposer à la
férocité de la politique étatsunienne. Cette dernière le sait et
passe à l’humiliation, voire à l’insulte, en exigeant la soumission
à Israël.
La situation au
Moyen-Orient est assez mûre pour que l’on passe à une phase
qualitativement supérieure. Le marché peut maintenant exiger la
levée des blocages en démantelant les dernières réticences de pays,
supposés à bout, et en ouvrant ainsi l’espace méditerranéen à
l’économie israélienne. La Banque mondiale, le capitalisme, le
néolibéralisme se poseront alors comme le vrai pouvoir, appuyé par
la puissance armée, comme en Afghanistan, en Irak et en Palestine,
si nécessaire. Cela porte un nom : la ploutocratie qui chevauche la
mondialisation du marché. Rappelons que “ploutos” signifie
«richesse» et «kratos» signifie «le pouvoir». «Les intérêts des
Etats-Unis sont définis comme l’accès sans entraves aux ressources
naturelles, à la main-d’œuvre, et aux marchés des pays tiers» disait
Philip Agee, ancien agent de la CIA. Des vérités qu’il faut aller
dénicher au plus profond des alcôves des puissants et qui ne
figurent dans aucun discours aux musulmans ou aux autres.
Maison-Blanche, 17 septembre 2002
Interview
réalisée par le journaliste et écrivain Hernando Calvo Ospina pour
Rebelion
Par Ahmed
Halfaoui
Haut
La grippe porcine révèle les inégalités devant la maladie
Va-t-on laisser
le H1N1 tuer les pauvres ?
Un coup de gueule
tout empreint de langage diplomatique mais tout à fait audible.
Celui de la directrice de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
Margaret Chan ce 14 juillet devant les participants à une conférence
de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI):
«En matière de santé, les politiques publiques resteront imparfaites
tant que l’accès aux actions qui sauvent des vies sera biaisé en
faveur des plus aisés».
En fait, mme Chan
déplorait une immense injustice devant la maladie. L’accès au vaccin
contre la grippe A (grippe porcine) qui ne sera disponible qu’à la
fin de l’année sera d’abord réservé aux pays les plus riches au
détriment des habitants des pays les plus pauvres.
Elle avait précisé
préalablement que «les capacités de production de vaccin contre la
grippe ne sont pas infinies, et malheureusement insuffisantes pour
un monde de 6,8 milliards de personnes, dont près de la totalité
sont susceptibles d’être contaminées par ce virus entièrement
nouveau et hautement contagieux». Cette situation fait même craindre
une baisse de production de vaccins anti-grippaux traditionnels,
situation contre laquelle l’OMS a mis en garde les Etats.
Chan a tenu ces
propos à Cancun, ville d’un pays qui a été le plus sévèrement touché
par cette nouvelle grippe – le Mexique – et qui a vu se tenir en ses
murs un âpre débat sur l’accès équitable aux progrès de la médecine
dans le cadre d’un conférence de l’OMC en 2003 (lire encadré).
Au moment même où
la directrice de l’OMS tenait son discours, le monde comptabilisait
plus de 90 000 malades et près de 400 décès. Des chiffres que les
experts estiment être en deçà de la réalité, car beaucoup de cas
bénins ne sont pas enregistrés. Ces mêmes experts ont indiqué que
les pays de l’hémisphère Sud sont actuellement les plus touchés,
tout en considérant la possibilité d’un rebond de la pandémie dans
les pays du Nord lors de l’hiver boréal, comme cela se passe pour
toutes les grippes.
Pour l’OMS, le
virus «se répand au niveau international à une vitesse sans
précédent», et au bout de six semaines de la mise en place du niveau
d’alerte 6, «le virus A/H1N1 ne peut plus être arrêté», a indiqué
Gregory Hartl, porte-parole de l’OMS, si bien que l’on a déjà
arrêté de faire les comptes. Depuis le 6 juillet en fait, il n’y a
plus de statistiques mises à jour.
«Tous les pays
vont avoir besoin de vaccins» a ajouté Hartl, et donc l’urgence est
à la mobilisation sur les contaminations graves et à la vaccination
dès que possible pour espérer réduire le risque d’infection. C’est à
ce moment-là donc que la directrice de l’OMS constate que l’avantage
va à la richesse et que «l’accès (aux médicaments) est refusé en
raison de l’impossibilité de les payer».
Comment
remédier ?
Quels palliatifs
devant un tel désastre ? Mme Chan et le secrétaire général des
Nations unies, Ban Ki-Moon, vont prendre leurs écuelles et demander
l’aumône. Ils vont rencontrer les riches de la terre – le président
de la Banque mondiale et d’autres bailleurs de fonds – pour plaider
la cause des pauvres et trouver des financements pour l’achat de
vaccins destinés aux pays les plus démunis. Et déjà Margaret Chan
avait exhorté les pays riches à ne pas accaparer les vaccins lors
d’une réunion à huis clos avec les ministres de la santé de pays
comme les Etats-Unis ou le Canada.
Un premier accord
avait été trouvé avec deux groupes pharmaceutiques pour un don de
150 millions de doses aux pays en voie de développement, un nombre
«à l’évidence insuffisant, a-t-on indiqué à l’OMS.
Le directeur
général adjoint de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Keiji
Fukuda a indiqué pour sa part que la fourniture de vaccins aux pays
pauvres est «un problème critique qui nécessite une volonté
politique».
Pour le docteur
Walter Orenstein, de la Fondation Bill Gates «on estime que 96% des
décès dus à une pandémie de grippe sévère se produiront dans les
pays en voie de développement. Actuellement, 90% des vaccins dont la
production est prévue ont été achetés par anticipation par les pays
riches».
Cette situation
rappelle à s’y méprendre celle qui a prévalu lorsqu’on a découvert
il y a 15 ans la trithérapie. Les africains subsahariens, les
populations les plus touchées par l’épidémie de sida, ont été les
derniers à profiter de ces évolutions scientifiques. Le sida, lui,
ne cesse de croître en Afrique. Ses répercussions sur les économies
de certains pays africains sont désastreuses. L’impact sur
l’agriculture est effarant. Les jeunes adultes touchés par cette
maladie abandonnent le travail, puis meurent, abandonnant leurs
enfants sans que personne ne puisse cultiver les terres. La maladie
engendre carrément misère et famine. En fait, c’est près de 80% des
4 millions de personnes sous traitement dans le monde qui vivent en
Afrique et 80% des médicaments distribués sur le continent sont
importés.
Les traitements du
sida, devenu une maladie chronique en Europe, demeurent
inaccessibles pour une frange importante des séropositifs africains
à cause de leur prix. L’absence de contrôle laisse aussi passer des
contrefaçons de qualité moindre, et pire, lorsque les traitements
sont disponibles, il s’agit souvent de médicaments délaissés par les
patients du Nord à cause d’effets indésirables lourds, alors que
dans le même temps, la palette de médicaments disponibles reste
limitée.
Aujourd’hui, l’ONUSIDA,
le programme commun des Nations unies sur le VIH/Sida, rêve alors
d’une agence pharmaceutique africaine unique, mise aux normes, qui
puisse fournir des traitements de deuxième intention contre le sida
dont manque cruellement la population. Alors qu’on en est aux
balbutiements de la trithérapie en Afrique, moins de 4% des patients
bénéficient d’un traitement de deuxième intention sur ce continent,
alors que beaucoup de patients en ont besoin pour que le traitement
soit efficace.
Sursauts de
consciences ?
En 2001, à la
Conférence ministérielle de l’OMC de Doha, la déclaration sur
l’Accord ADPIC (Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui
touchent au Commerce) avait été adoptée. Elle demandait de trouver
une solution pour autoriser les pays sans industrie pharmaceutique à
importer des génériques sous licence obligatoire depuis des pays
tiers. Un compromis qui a perpétué l’inégalité entre les pays de l’OMC.
Les pays en développement étant les moins pourvus en industrie
pharmaceutique ne pourront donc utiliser les licences obligatoires
pour importer des génériques que sous certaines conditions. On avait
vu ainsi le Brésil menacer les laboratoires d’accorder des licences
obligatoires s’ils ne réduisaient pas les prix de leurs médicaments
anti-sida. Des pays plus faibles comme le Guatemala, le Kenya ou les
Philippines ne pouvaient le faire qu’avec l’aval de l’OMC parce sans
capacités de production suffisantes. L’inégalité était entérinée
dans les textes. En 2003, on s’interrogeait à Berne. Qui étaient les
véritables bénéficiaires du compromis à l’OMC en matière d’accès aux
médicaments ? On excluait les pays du Sud puisque dépourvus pour la
plupart d’industrie pharmaceutique. Pour nombre d’observateurs, les
négociateurs des pays industrialisés (dont la Suisse) ont œuvré avec
succès pour un compromis temporaire, compliqué et entouré de
conditions lourdes tendant à une solution quasiement impraticable et
d’aucune utilité pour les populations du Sud qui en auraient
besoin. La réunion de Cancun en 2003 avait confirmé l’accord de
Berne. Selon la doctrine du texte, les pays pauvres peuvent importer
des médicaments génériques en cas d’urgence sanitaire. L’accord est
inscrit définitivement dans l’Accord général sur la propriété
intellectuelle adopté par l’OMC. Pour les ONG, il s’agit de faire
durer le provisoire.
Les Etats
africains ont déposé, en avril 2005, une demande de simplification
de la procédure prévue dans ce texte destiné à permettre notamment
aux pays dépourvus d’industrie pharmaceutique d’importer, grâce à
des «licences obligatoires», des médicaments génériques d’Inde ou du
Brésil pour faire face à une urgence sanitaire. Sur ce point, les
urgences ne manquant pas (sida, paludisme, etc.). L’UE a refusé la
modification du système.
Le système
consiste pour les pays demandeurs à changer les emballages des
médicaments à chaque nouvelle commande. Ce qui nécessite une
organisation et des moyens dont les pays concernés ne disposent pas.
Preuve de l’inefficacité dudit système malgré la progression de
l’épidémie de sida et le nombre croissant de malades, depuis 2003,
aucun Etat n’a utilisé cette procédure pour s’approvisionner en
médicaments. De toute évidence les conditions à remplir pour obtenir
le droit d’importer des traitements à bas prix ont été définies en
protégeant les intérêts des laboratoires. Ceux-ci font prévaloir le
risque de voir les médicaments génériques envoyés dans les pays
d’Afrique réexportés vers les marchés des pays industrialisés, là
où les molécules sous brevet sont vendues au prix fort. Les firmes
pharmaceutiques indiquent que ce sont les revenus des brevets qui
leur permettent de dégager les bénéfices nécessaires pour financer
les efforts de recherche et la mise au point de nouvelles molécules
contre le sida ou d’autres maladies.
Qu’en sera-t-il
lorsque l’épidémie de grippe A exterminera des populations entières
en Afrique ?
Faudra-t-il en
plus envoyer la troupe – certes vaccinée – contre ces gens
contaminés qui sont incapables de se soigner si jamais ils
décidaient de voyager en masse vers l’Europe, comme ils le font
aujourd’hui, fuyant les misères et les dictatures que l’on sait si
bien soutenir en occident ?
Par Amine
Esseghir
Haut
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