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Semaine du 22 au 28 juillet 2009

 

Rina Sherman se confie aux Débats

Les méfaits d’un lobby

Marché de l’automobile

Une taxe pour quelle politique ?

Augmentation de la taxe sur les véhicules neufs

Sale temps pour les concessionnaires

Recherche scientifique

Retour aux bonnes méthodes

Gestion des ressources et des territoires et défis du développement durable

L'aménagement du territoire, creuset de la bonne gouvernance

Les Hauts Plateaux

Disparités et volonté de rattraper les retards

 

 

 

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Rina Sherman se confie aux Débats

Les méfaits d’un lobby

 

Les Débats : Parlez-nous de Rina Sherman, sa carrière, son parcours...

Rina Sherman : Je suis une Afrikaner française. Je suis née à Cape Town. Mes grands-parents avaient des fermes respectivement dans le sud du désert du Kalahari et dans l’ancienne région de Bechuanaland. Enfant, mon père et mes oncles participaient à des parties de chasse en compagnie des anciens chefs du Botswana.

Mes parents faisaient partie d’une élite qui œuvrait pour maintenir au pouvoir un régime basé sur la ségrégation raciale. Jeune adulte, devenue consciente du fait que la vaste majorité des citoyens du pays n’avaient aucun droit, je me suis révoltée, au sein de ma famille et de ma communauté, contre l’hégémonie d’une mentalité qui tentait de nous persuader que nous, les Blancs étions supérieurs et méritions de vivre séparé des « non-blancs ».

Avant leur mort, mes deux parents, à des moments différents, m’ont dit que le système de « l’apartheid » était un leurre.

Mes influences sont multiples : Il y a d’abord trois professeurs de musique, un professeur de piano juif rescapé d’Autriche, une Tchèque professeur de violon rescapée du bloc soviet et un Néerlandais professeur de composition « rescapé » d’une certaine étroitesse d’esprit universitaire continentale.

Avant de m’exiler d’Afrique du Sud, j’étais comédienne au Théâtre Dhlomo, un théâtre organisé par des Noirs eux-mêmes, et proche de la pensée de Stephen Bantu Biko.

C’est d’ailleurs l’une des idées fondatrices de la pensée de ce dernier qui m’a poussée à partir en exil en France. C’était l’idée qu’il fallait d’abord libérer son esprit avant le reste. Biko avait développé un réel système de pensée stratégique.

À Paris, j’ai eu le privilège de rencontrer, de faire mes études et de travailler avec Jean Rouch, l’un des derniers grands esprits du XXe siècle. Ce que je retiens de lui, c’est la légèreté d’esprit avec laquelle il maniait dans un mélange savant l’humour, la poésie, l’insolence, le surréalisme et la rigueur de l’ingénieur des Ponts et Chaussées qu’il était de formation.

Puis, lors de mes sept années de terrain auprès des Ovahimba en Namibie, j’ai vécu au sein de la famille de feu le chef d’Etanga, un homme dont le père était grand connaisseur des faits de la magie et un homme rompu dans la pensée ancestrale africaine. En apprenant la langue des Ovahimba, l’Otjiherero, j’ai pu apprendre comment les Ovahimba perçoivent l’arrivée des Blancs en Afrique. Je viens de sortir un livre, « Ma vie avec les Ovahimba », co-écrit avec Pierre-Albert Ruquier.

C’est depuis Paris, dans cet heureux mélange de genres, que j’essaie d’écrire, de faire des films et de participer pleinement à ce petit bout d’histoire qui m’est donné à vivre.

 

Parlez-nous des derniers instants de Didier Contant, votre compagnon, grand reporter français et ancien rédacteur en chef de l’agence Gamma

Didier Contant était un journaliste chevronné, admiré et respecté par ses confrères. Il s’intéressait à tout et avait d’ailleurs fait des articles sur un grand nombre de sujets, dont un sur l’artiste peintre Botero, un autre sur un souffleur de chevaux et ainsi de suite. Il était militant de rien. C’était un journaliste qui doutait tout le temps et de tout ; il vérifiait constamment ses informations.

D’ailleurs, j’ai connu Didier Contant sur mon terrain de recherche, en Namibie, où il était venu faire des portraits des femmes françaises vivant à l’étranger. Il me demandait sans cesse si j’étais sûre de telle ou telle information que je lui en donnais sur la vie des Ovahimba avec qui je vivais alors depuis cinq ans déjà.

En quittant l’agence Gamma, la première destination de reportage de Didier Contant était l’Algérie, pour faire des portraits de femmes exceptionnelles. Ensuite, il avait fait un article sur les anciens forts de Tamanrasset, avant de s’intéresser à l’assassinat des moines de Tibhirine. Il a publié un premier article dans Pèlerin Magazine début 2003, un deuxième en décembre 2003 dans le Figaro Magazine. Son troisième article, qui devait également être publié dans le Figaro Magazine, n’a jamais été publié, pour la simple raison que Jean-Baptiste Rivoire, journaliste de Canal +, aurait informé Joseph-Macé Scarron et Jean-Mari Montali de la direction et de la rédaction du Figaro Magazine qu’il savait avec certitude que Didier Contant travaillait pour les services secrets algériens. Aucun des deux journalistes du Figaro Magazine n’a estimé nécessaire de vérifier cette information mensongère, mais le premier a demandé au deuxième de régler son cas à Contant. Jean-Mari Montali a fait comprendre à Didier Contant qu’ils savaient désormais pour qui il travaillait et qu’ils n’avaient plus rien à faire ensemble. C’est une bien curieuse façon de faire du journalisme.

 

Comment se traduisaient les pressions exercées contre lui par les partisans du «Qui tue qui?» les derniers instants de sa vie? Quelles sont les souffrances qu’il a endurées?

Sur sa demande, le 9 février 2004, Didier Contant avait eu une réunion à Canal +, avec Jean-Baptiste Rivoire et son rédacteur en chef, Paul Moreira. En y arrivant, ce dernier lui faisait remarquer qu’il « marquait des points en venant les voir ». Depuis, chacun d’entre eux a donné sa version des faits. Moreira dit qu’il voulait « aplanir » le conflit entre les deux journalistes. Seulement, pour Didier Contant, il n’y avait aucun conflit. Il est allé les voir pour mettre fin à la rumeur que répandait Rivoire dans des rédactions parisiennes comme quoi il travaillait pour les services algériens.

Mais M. Moreira était informé de la gravité de la situation : c’est-à-dire, qu’un journaliste de son équipe était en train de détruire la réputation professionnelle de Didier Contant. Dans les carnets de notes trouvés sur Didier Contant après sa mort, ainsi que dans les courriels envoyés à M. Moreira, Didier avait clairement informé M. Moreira de l’étendue du problème avec M. Rivoire. Mais, là encore, à aucun moment, M. Moreira n’a pris son téléphone ou envoyé une note pour informer les nombreuses rédactions auprès de qui Rivoire a répandu sa campagne mensongère qu’il s’agissait d’une erreur. Didier Contant est sorti anéanti de cette réunion. Il était complètement déstabilisé. À un confrère avec qui il avait déjeuné ce jour-là, il disait qu’il pensait avoir été filmé par téléphone portable, et qu’il avait assisté à un interrogatoire plutôt qu’à une réunion de journalistes, qu’ils agissaient en militants plutôt qu’en journalistes.

À partir de ce moment-là, Didier Contant a commencé à changer, à se dire qu’il était suivi, qu’il allait être arrêté. Et pendant ce temps-là, la rumeur, informant le Tout-Paris qu’il travaillait pour les services algériens courait plus vite que le feu…

Aucun journaliste ne lui est venu en aide, alors que bon nombre entre eux, qui étaient en poste au moment des faits, ont été formés par Didier Contant.

Aujourd’hui, Didier Contant n’est plus des nôtres. Les deux journalistes de Canal + ne travaillent plus pour l’antenne cryptée, mais ils portent tous deux toujours leur carte de journaliste.

 

Vous avez déjà déclaré que jusqu’à la dernière heure avant son décès, il ne cessait d’effectuer des appels et de contacter des gens pour vérifier les résultats de son enquête menée en Algérie sur la mort des 7 moines de Tibhirine. Ce qui voudrait dire qu’il ne présentait pas une volonté de se donner la mort

C’était dans l’intérêt de beaucoup de monde de classer l’affaire Contant comme un suicide banal. Certains allaient jusqu’à évoquer un abus de substances toxiques. Il n’y avait pas de trace d’alcool ou de drogue ni dans le ventre ni dans le sang de Didier Contant. Une passante, qui a été témoin des événements de la mort de Didier Contant, est allée faire une déposition spontanée à la police : Elle rentrait du théâtre, elle a entendu des cris très forts, au sixième étage, elle voyait des portes coulissantes s’ouvrir et un homme (Didier Contant) sortir sur le balcon, suivi de près d’une femme.

Comme pour s’échapper, Didier Contant avait enjambé la rambarde du balcon et s’est fait glisser à l’intérieur du balcon du 5e étage. Ce qui n’était pas chose facile, car il s’agissait d’un immeuble moderne avec une façade plate. Alerté par le bruit, le propriétaire du 5e étage a ouvert les portes coulissantes de son balcon. Didier Contant a fait un mouvement en arrière et il est tombé du balcon du 5e étage. Ce n’est pas là le comportement d’un homme qui cherche à mettre fin à ses jours. Pendant que Didier Contant était en Algérie, je l’avais au téléphone tous les deux ou trois jours. Il me racontait l’évolution de son investigation. Parfois, il me faisait part des difficultés sur place : des gens qui hésitaient à parler ou qui ne répondaient pas au téléphone.

Ils avaient peur. Didier Contant croisait des intégristes en ville, qui, soit le lorgnaient soit évitaient son regard. Mais, il me parlait également des choses positives, des bons repas avec des amis, et dans l’ensemble, il était plutôt de bonne humeur, malgré le fait que les choses traînaient un peu en longueur.

Cependant, dès son retour à Paris, Jean-Baptiste Rivoire lui a téléphoné, lui faisant comprendre qu’il était informé de ses activités en Algérie, et lui demandant si le siège de la sécurité militaire à Blida lui disait quelque chose. Ce n’était que le début…

Didier Contant allait ensuite comprendre que Rivoire informait des rédactions parisiennes qu’il savait avec certitude que, lui, Didier Contant, travaillait pour les services algériens.

L’homme que j’ai connu jusque-là était quelqu’un de fort, de joyeux, de vivant. C’était quelqu’un qui avait de nombreux projets, dont des projets de voyage avec ses enfants. Nous-mêmes, nous avions le projet de retourner en Angola où nous avons passé plusieurs mois de l’année 2003. Jusqu’au jour de sa mort, je parlais plusieurs fois par jour avec Didier Contant. Il était certes préoccupé et inquiet par ce qui lui arrivait, et même si j’étais fort inquiète pour lui et pour son avenir professionnel, à aucun moment Didier Contant ne m’a donné l’impression de vouloir mettre fin à sa vie.

 

Vous avez aussi parlé de «mort suspecte», parlez-nous en...

Il s’agit plutôt de la réaction à sa mort qui était suspecte. Les agents de la section anti-terroriste du quai des Orfèvres qui, dans un premier temps, ne voulaient pas m’entendre, qui changeaient de rendez-vous, qui faisaient descendre un de leurs chefs pour me dire qu’il n’y avait pas d’anomalie entre les trois procès-verbaux de la personne chez qui Didier Contant a trouvé la mort et celui de la passante. J’ai lu tous les procès-verbaux et ils racontaient chacun une version des faits suffisamment différente pour alerter n’importe quel inspecteur de police.

J’ai insisté à maintes reprises pour qu’ils entendent Rivoire, les informant que tout le monde parle de lui. Ils ont fini par me dire qu’ils n’avaient pas de mandat pour l’entendre et que, de toute manière, s’ils l’enquête devaient se poursuivre, elle serait confiée à un autre service.

Sur ce, les journalistes français, les rares qui en parlaient, concluaient, comme les agents du quai des Orfèvres, au suicide banal, sans investigation ni vérification. Et pendant ce temps-là, la rumeur de Rivoire courait toujours…

 

Où en est l’enquête menée par la police française sur les circonstances de sa mort?

L’enquête préliminaire menée par le quai des Orfèvres a été rapidement classée comme suicide. Ensuite, la section du juge Bruguière a fait une enquête qu’ils ont classée au bout d’un an environ. Ils m’ont reçue pour m’informer de leur intention de classer, mais ils m’ont fait comprendre qu’il y avait de quoi faire si je voulais poursuivre. Je me suis ainsi constituée partie civile en portant plainte contre Jean-Baptiste Rivoire et Paul Moreira. Le 17 février 2009, cinq ans après la mort de Didier Contant, Rivoire a été renvoyé devant le tribunal correctionnel pour violences volontaires préméditées contre la personne de Didier Contant. Le jugement aura lieu le 1er octobre prochain au tribunal de Paris.

l Parlez-nous du lobby anti-algérien qui tend à dénigrer l’Algérie à travers son armée...

Ce sont des Algériens qui m’ont en premier informée de l’existence de ce groupe de pression nommé « Qui tue qui ? ». Ils me l’ont décrit comme un groupe de pression, composé de journalistes, d’avocats des droits de l’homme, d’ONG’s et d’autres militants. Certains pourraient être issus du mouvement trotskiste français, et d’autres seraient soupçonnés d’avoir des contacts au Maroc. Ils seraient considérés comme étant des « dialoguistes », qui chercheraient à dédouaner les terroristes de leurs crimes. À leur tour, ils considéraient toute personne qui n’est pas de leur avis comme étant proche des « janviéristes » de l’armée algérienne et donc comme étant des « éradicateurs » de leurs alliés terroristes.

Pour bien comprendre comment cette mentalité s’est développée, il faut remonter dans le temps : jusqu’à la courte trêve entre la fin de la seconde guerre mondiale et le début de la guerre froide, un temps de grandes réunions et de grandes décisions. Il y avait une possibilité réelle pour des partis communistes dans des pays d’Europe occidentale de gagner le pouvoir par le vote démocratique. Il fallait à tout prix éviter cela et une véritable structure multiple et multinationale – sorte de plan Marshall culturel et politique – fut mise sur pied, privilégiant des intellectuels et politiciens de la gauche anti-communiste, créant une gauche déradicalisée, et, en même temps, des petits groupes de radicaux pour qui la révolution permanente restait un idéal. La mentalité du groupe de pression le « Qui tue qui ? » trouve en partie ses origines dans cette évolution.

 

Ce lobby a-t-il des buts économiques, politiques ou autres?

Tout a commencé avec la suspension du processus électoral en 1992 en Algérie. Ce fut perçu par certains en France comme une démarche non démocratique. À l’époque, même le président Mitterrand avait dit qu’il fallait que l’Algérie renoue avec la démocratie.

Ces démocrates français ne pouvaient ignorer, que, de leur côté, les intégristes avaient déjà commencé les carnages et autres violences quelques années auparavant. Ils avaient clairement annoncé qu’une fois au pouvoir, ils avaient l’intention d’instaurer la Charia et le parti unique, et que la démocratie était pour eux un instrument parmi d’autres pour prendre le pouvoir et d’en finir avec la démocratie.

Dans de telles circonstances, il est compréhensible, je crois, qu’une partie de la société civile, des parties politiques et des associations ont préféré demander l’interruption du processus électoral plutôt que de vivre sous la loi de la charia et les diktats d’un parti unique.

En France, beaucoup se sont indignés de cet événement, comme s’ils disaient aux Algériens : « Vous avez voté, vous n’avez désormais qu’à subir la charia et le reste ». Ils refusaient de voir que les intégristes avaient de manière volontaire utilisé l’un des mécanismes de la démocratie, en l’occurrence le vote, pour mieux détruire la démocratie en Algérie pour un bon bout de temps.

La démocratie n’est pas une valeur absolue une fois le vote acquis. Pour que la démocratie fonctionne, il faut une opposition active et dynamique, et également, il faut un système permanent de mesures de contrôle du pouvoir. Ce n’est pas parce que quelqu’un est élu démocratiquement qu’il est forcément démocrate ou qu’il instaurera forcément un régime démocratique. S’il s’avère clairement ne pas être démocrate ni travailler dans le sens d’une démocratie, il est, je pense justifié de prendre les mesures nécessaires pour éviter un régime totalitaire. L’histoire est là pour nous l’apprendre, sur le sol européen comme ailleurs.

 

Comment ce lobby est-il structuré?

Il s’agit d’un regroupement autour d’un certain nombre d’ONG des droits de l’homme, d’avocats, de journalistes et de militants. Au moment de la mort de Didier Contant, ils étaient bien organisés, avec de bons relais dans la presse française. Ils fonctionnent par des effets d’annonce. Régulièrement, ils « découvraient » un témoin qui détenait la « vérité absolue » concernant la mort des moines de Tibhirine ou autre fait terroriste. Le plus souvent, le témoin annonce un scénario dans lequel l’armée algérienne seraient le coupable ou parfois même, il s’agissait des services français qui seraient selon eux à l’origine des faits. La presse française s’emballe pour confirmer leur annonce comme une vérité absolue, sans investigation ni vérification.

Ça dure quelques jours, voire quelques semaines, comme l’actuelle frénésie de la presse française qui a donné quelque 300 publications, l’espace de deux ou trois jours, dont la plupart se contentaient tout bonnement de confirmer les déclarations du général Buchwalter.

J’avais posé la question à un ou deux journalistes, c’est-à-dire, pourquoi cette précipitation pour confirmer une information qui, de toute évidence n’avait aucune substance matérielle ? L’un m’a répondu qu’il s’agissait d’une réaction à chaud. L’autre a qualifié les propos du général Buchwalter comme étant un témoignage important auquel l’avocat attache beaucoup d’importance.

Sincèrement, avec la version Buchwalter, j’ai l’impression qu’il y a une certaine perte de crédibilité.

 

Les aspects économiques, politiques et autres réunissent-ils plusieurs lobbies en un seul et une convergence d’intérêts et d’actions contre l’Algérie?

Il y a plusieurs théories : il est entendu que plusieurs groupes profitent de ces manœuvres de déstabilisation.

Certains avancent qu’une armée déstabilisée peut favoriser des négociations financières avec les autorités algériennes, d’autres prétendent que cela peut servir le gouvernement algérien dans son rapport de force avec l’armée, d’autres encore considèrent que la droite française profite des manœuvres de l’extrême-gauche et d’une fraction de la gauche française qui soutiennent les thèses de ce groupe de pression.

Le racisme reste présent dans une partie de la mentalité occidentale, qui hésite à considérer les Algériens comme des partenaires égaux.

Il en est de même pour les Africains. Je l’entends et je le vois au jour le jour. Pour ne donner qu’un exemple anodin, pourquoi donner de l’information ethnique lorsqu’il s’agit d’un « non-européen » ? On dit alors « un Noir », « un Arabe » ou « un Black ». Mais lorsqu’il s’agit d’un Européen, on dit « un type », «un monsieur» ou «un homme».

 

Comment se caractérise ce lobby et comment fonctionne-t-il?

Il se caractérise par des campagnes successives visant à blanchir les assassins fascistes en Algérie et à contraindre les autorités algériennes à céder davantage de terrain aux forces politico-théocratiques. Bref, à destabliliser le pays.

 

Jean-Baptiste Rivoire fait-il partie de ce lobby?

En 2006, Jean-Baptiste Rivoire a intenté un procès contre Jean-François Kahn et le journal Marianne pour diffamation pour un article intitulé « Un étrange suicide ».

Rivoire se plaignait d’être accusé d’être responsable de la mort de Didier Contant et d’être accusé de faire partie du lobby dit le « Qui tue qui ? ». Rivoire a été débouté en appel sur les deux chefs d’accusation contre Jean-François Kahn et Marianne. Est-ce que cela suppose que l’on peut légitimement dire qu’il en fait partie ?

 

Quel seraient les points communs et celui d’intérêts existants entre différents lobbies activant contre l’Algérie?

La déstabilisation de l’armée algérienne à des fins politiques et, par extension, à des fins économiques.

 

Entretien réalisé par Mounir Abi

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Marché de l’automobile

Une taxe pour quelle politique ?

C’est désormais quasi officiel, le gouvernement compte introduire une nouvelle taxe sur la vente de véhicules neufs sur le marché national, ou plutôt  réviser à la hausse celle introduite en juillet 2008. L’Etat veut mettre un terme au boom enregistré dans ce secteur dans le sillage des autres mesures annoncées, mais non précisées, pour réduire les importations.

Le parc national est estimé à 5,2 millions de véhicules. 60% est âgé de plus de 20 ans, soit 2 millions de véhicules roulants. Le boom enregistré depuis quelques années n’a donc pas entamé sérieusement le rajeunissement de ce parc. Quelque 352 000 véhicules ont été importés en 2008 pour un montant de près de 29 milliards de dinars, contre près de 218 000 véhicules en 2007, soit une augmentation de 35%. C’est sans doute cette hausse rapide qui a poussé les autorités à prendre la décision d’introduire la taxe, dont la mise en œuvre avait provoqué des annulations d’achat auprès des couches moyennes qui, selon les concessionnaires, représentent 80% des acquéreurs.

Ce ralentissement s’est poursuivi pendant plusieurs mois avant de s’estomper, car on n’acquiert pas une voiture pour le plaisir de l’acheter quand on est salarié. Le plus souvent, l’achat d’un véhicule obéit à des considérations socioprofessionnelles. Lorsqu’on réside sur un axe routier très peu desservi de son lieu de travail, et qu’il faut payer pas moins de 150 Da par jour en taxis et autres transports en commun, beaucoup se résignent à s’endetter pour s’affranchir des aléas des transports publics. Dommage que les statistiques ne sont pas plus précises, mais tout le monde peut constater que ce ne sont pas les voitures de luxe, les grosses cylindrées et autres 4x4 qui constituent le gros des achats. Le parc automobile touriste est essentiellement constitué de véhicules de gamme intermédiaire dont la moyenne des prix est inférieure à un million de dinars. Ce sont donc les couches moyennes qui y ont accès. Souvent à coups de sacrifices énormes. Ce sont ces mêmes catégories à qui on a interdit dès 2005 d’importer des véhicules d’occasion de moins de 3 ans d’âge sous prétexte du vieillissement du parc automobile et de la pollution engendrée.

Sur la question de la pollution, il faut rappeler que le gouvernement et le législateur n’ont rien fait pour alléger les émissions polluantes, puisque le diesel reste largement plus compétitif que le plus écologique des carburants, à savoir le GPL.

Le rajeunissement du parc automobile n’était donc qu’un alibi pour interdire l’importation des véhicules de moins de trois ans qui sont acquis, faut-il le rappeler, sans le recours aux devises de l’Etat. En effet, c’est sur le marché parallèle ou bien à travers des parents émigrés ou résidents à l’étranger que les algériens se procurent les devises nécessaires pour l’achat de véhicules.

Moins de trois ans après cette mesure, voilà que l’Etat considère qu’il y a trop de véhicules, et qu’il faut imposer des restrictions déguisées sous forme de taxe. Celle introduite en juillet 2008 avait pour justificatif  le financement des transports publics. Les revenus issus des 50 000 à

150 000 Da payés pour chaque automobile devaient servir à couvrir les subventions prévues pour les nouveaux systèmes des transports en commun d’Alger (métro et tramway) et des autres villes du pays (tramways). Un an après, l’on songe déjà à doubler voire tripler cette taxe dans la loi de finances complémentaire 2009. Selon différentes sources (non officielles), cette taxe passera à la fourchette des 150 000 à 300 000 Da. Mais à chaque étape son argument. C’est ce qui donne la forte impression (qui n’est pas du tout à écarter) que les décisions prises en la matière obéissent à d’autres considérations, encore inaccessibles pour le moment. En effet, le justificatif avancé pour la prochaine hausse de la taxe automobile est de «réduire les dépenses d’importation» et de «pousser les constructeurs à fabriquer localement». Même l’obligation d’introduire un partenaire algérien à hauteur de 30% du capital des sociétés étrangères d’importation et de vente en l’état est inscrite dans cette politique de réduction des importations.  Comment, personne le sait, pas même ceux qui l’ont décidé, puisqu’aucune explication plausible n’a été avancée. Comment l’introduction d’un partenaire algérien dans le circuit d’importation d’une entreprise étrangère peut-il avoir l’effet de réduire les importations ?

Pour ce qui est de l’encouragement du montage local des véhicules, cela nécessite évidemment bien plus d’imagination. On n’attire pas d’un coup de baguette magique un constructeur automobile.

On lui offre les meilleures conditions d’investissement que celles accordées par les pays de la région. Il faut se demander pourquoi le Maroc et l’Egypte ont pu le faire et pas nous ? Ont-ils introduit des taxes ? Ou bien ont-ils plutôt facilité l’investissement en accordant notamment le foncier qui va avec, et en développant un tissu de sous-traitance qui rend très rentable la création d’usines de voitures ?

En plus des taxes imposées, il faut ajouter les tracasseries administratives que subissent les acquéreurs de véhicules, matérialisées par la situation de quasi-blocage des cartes jaunes, constatée dans de nombreuses wilayas, et confirmée par les concessionnaires. Si, pour les acquéreurs qui payent cash leur nouvelle voiture, ne pas pouvoir récupérer son véhicule (pourtant dédouané et disponible) est un «demi-mal», pour ceux qui se sont engagés dans des prêts bancaires et qui ont commencé à s’acquitter de leurs mensualités avant même de disposer de leur bien, la situation paraît plutôt kafkaïenne.

Alors, finalement, quelle est la politique que veut adopter le gouvernement ? Réduire le montant des importations ? C’est bien, mais il y a tant d’autres domaines où il est possible d’encourager la production nationale pour endiguer le recours systématique à l’importation ! Il y a le médicament, où les mesures prises sont, à ces jours, minimalistes.

Dans ce domaine aussi, l’Etat a fait montre d’une instabilité chronique dans la décision, ce qui a encouragé les importateurs liés à des multinationales pharmaceutiques. En supprimant l’obligation d’investir pour les importateurs au bout de deux années d’existence, comme cela a été fait en 2006, l’Etat a fortement donné l’impression que le marché algérien est ouvert sans restriction.

Surtout que, en parallèle, aucune aide n’était accordée aux opérateurs algériens, publics et privés, du secteur de la pharmacie. Il faut donc des mesures bien plus volontaristes pour inverser la vapeur. En attendant, nous restons dépendants à plus de 65% des importations de médicaments.

Gageons que la future taxe va infléchir la courbe des achats de véhicules, mais pas pour longtemps. Si le citoyen pense qu’il devra payer plus cher pour acquérir son véhicule, il le fera sans hésiter.

Par Abdelkader Djalil

 

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Augmentation de la taxe sur les véhicules neufs

Sale temps pour les concessionnaires

C’est dans moins d’une semaine, lors d’un conseil des ministres, que le président de la République tranchera sur une proposition portant augmentation de la taxe sur les véhicules neufs, dans le cadre de la loi de finances complémentaire 2009.

Cette nouvelle taxe viendra s’ajouter à celle en vigueur depuis juillet 2008. La taxe actuelle concerne les véhicules importés par des particuliers ou achetés auprès des concessionnaires automobiles locaux. Elle varie entre 50 000 dinars et 150 000 dinars. On parle déjà d’une  taxe qui sera la même que celle introduite  l’année dernière. Si elle est retenue, les acquéreurs devront débourser entre 100 000 et 300 000 dinars supplémentaires,  en fonction de la cylindrée (puissance fiscale) et de la carburation (diesel ou essence) de la voiture.

A noter que les  concessionnaires automobiles vendent plus de 200 000 véhicules par an en Algérie. A ce titre, le ministre des Finances a appelé ces derniers à venir investir en Algérie pour la fabrication et le montage d’automobiles. C’est ainsi que le gouvernement semble déterminé à maintenir la pression sur les concessionnaires. Dans ce cadre, le ministre des Finances, Karim Djoudi, avait déclaré que «la loi de finances complémentaire a un seul objet, apporter un complément aux crédits mis dans la loi de finances initiale et fondamentalement apporter des dispositions légales en termes de régulation du commerce intérieur et des importations au bénéfice de l’économie nationale».  Selon lui, ces  nouvelles mesures visent à favoriser la croissance économique et l’investissement en Algérie.  De leur côté, les concessionnaires, qui se plaignent d’une légère baisse de la demande suite aux taxes introduites en 2008 sur l’achat de véhicules neufs, ne cachent pas leur inquiétude. Ils attendent que la décision soit effective pour organiser la riposte. A rappeler qu’en 2008, ils avaient  tenté de faire reporter l’application de la mesure, mais sans résultat. En attendant, certains ont opté pour  des mesures pour le moins directes avant l’officialisation et l’application de cette décision, craignant qu’elle ne constitue un frein de plus et de taille aux ventes de véhicules. Dans ce cadre, ils ont mobilisé tous leurs agents commerciaux et leurs lignes téléphoniques pour faire un maximum de ventes et surtout de chiffre d’affaires durant le peu de temps qui leur reste. Il faut savoir que plus de 10% des importations algériennes sont assurées par le secteur automobile. A cet effet, l’exécutif cherche à réduire la facture des importations à tout prix  et limiter la progression du parc automobile.

Il veut également  pousser les constructeurs à engager des investissements pour monter localement les véhicules, mais d’une manière ou d’une autre,  le citoyen sera pénalisé par cette augmentation de taxe sur les véhicules neufs et n’aura qu’à se rabattre sur le marché de l’occasion qui profitera de cette mesure pour augmenter ses prix et  ses ventes.

Par ailleurs, le texte portant loi de finances complémentaire de 2009  sera promulgué par ordonnance présidentielle, selon des sources du ministère des Finances. Selon une première lecture de ce choix, il y aurait une volonté d’éviter la polémique au sein du Parlement, notamment en ce qui concerne l’augmentation de la taxe sur les véhicules neufs qui figure comme une proposition dans ce nouveau texte dans le but de barrer la route aux concessionnaires qui n’ont apparemment pas revu à la baisse les importations de véhicules, malgré la taxe introduite dans  la loi de finances complémentaire de 2008 puis la loi de finances  de 2009.

A rappeler que malgré le débat houleux qu’a suscité cette taxe avec le refus même du parti majoritaire de l’Assemblée populaire nationale, d’autant que le citoyen sera pénalisé de son côté par cette nouvelle charge,  la majorité de l’Alliance présidentielle a été obligée de faire passer cette procédure afin de ne pas bloquer tout un budget de l’Etat. A cet effet, le même scénario sera vécu probablement  lors de la session d’automne du parlement.

Par Nacera Chenafi

 

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Recherche scientifique

Retour aux bonnes méthodes

Les assises nationales de la recherche scientifique, tenues les 14-15 et 16 juillet, ont confirmé l’abandon de la recherche fondamentale en Algérie au profit de la recherche appliquée. Dans un pays qui manque de tout et surtout de mise à niveau technologique, la décision montre qu’on avance enfin dans la bonne direction.

L’Etat ne financera donc plus de projets de recherche théorique et concentrera ses efforts sur ce qu’on appelle la recherche visant le développement de connaissances scientifiques qui sont à transférer, à adapter et à améliorer. Le principe a déjà été retenu dans le cadre de la loi-programme de 1998-2002, une première expérience extrêmement concluante, et qui avait vu le gouvernement financer des projets de recherche appliquée limités à six mois de travaux, et non plus ouverts sur d’interminables délais. De plus, les projets ont été dotés d’objectifs précis et simples : développer le produit de la recherche scientifique faite à l’étranger et parvenir ainsi au double objectif de maîtriser davantage les connaissances théoriques et réduire le fameux fossé entre l’Université et l’entreprise. C’est ainsi que plusieurs universités du pays et autres centres de recherche se sont mis en lien avec des organismes ou des entreprises nationaux. Beaucoup d’Algériens ignorent, par exemple, que les premiers satellites algériens, Alsat et Alsat 2 sont le fruit d’un bond historique de la recherche scientifique algérienne qui a su profiter de l’aide étrangère. Peu savent, également, que le système de surveillance des grandes villes, à mettre en place par la DGSN, et notamment à Alger, est le produit du travail fait par des compétences algériennes du Centre de développement des technologies avancées (CDTA), et qu’il ne s’agit pas d’un système acheté clé en main de l’étranger. D’autres centres nationaux ont été ainsi dotés d’enveloppes budgétaires conséquentes qui ont permis de relancer leur activité après une léthargie de dix ans, surtout avec le départ massif des grands diplômés vers l’étranger, que ce fût pour des raisons économiques ou sécuritaires. On pourrait en citer le Centre de recherche sur l’information scientifique et technique (Cerist), l’Agence nationale de valorisation des résultats et du développement technologique, l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie, le Centre de développement des énergies renouvelables, le CRAAG, le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle ou encore l’Office national de recherche géologique et minière (ORGM).

En langage chiffré, ladite loi-programme a permis la mise en œuvre de 27 programmes nationaux de recherche, l’agrément et le financement de 5244 projets de recherche et l’exécution de 217 projets de recherche dans le cadre de conventions et accords internationaux, la mise en place de 21 comités sectoriels, l’agrément de 680 laboratoires de recherche et l’érection de 19 centres et instituts de recherche au statut d’EPST. Des performances surprenantes, mais hélas peu connues du grand public.

Valoriser le chercheur

Après une étape-bilan et le temps de quelques réformes dans le secteur de l’enseignement supérieur et celui de la recherche scientifique, notamment au plan de l’organisation et de la valorisation des compétences, où le nouveau statut du chercheur a occupé une place centrale, les pouvoirs publics reviennent aujourd’hui aux bonne méthodes qui ont fait leurs preuves et démontré l’efficacité des voies pragmatiques. D’autant que la recherche appliquée, au contraire de celle fondamentale, permet de meilleurs liens avec les organismes étrangers, sous la forme d’échanges, de formations, de recherche associée et jette des ponts avec le monde de l’entreprise.

La justesse de la démarche antérieure a été donc admise et c’est ce que l’on a eu le loisir de constater durant les récentes assises nationales sur la recherche scientifique, tenues à l’UDES, à Bousmaïl et à l’hôtel Mazafran, sous la forme d’ateliers thématiques. Ces journées, dénommées plus précisément les assises des chercheurs permanents, preuve que cette catégorie de compétences a changé de statut, devaient servir à dresser un état des lieux de la recherche scientifique et du développement technologique dans les centres et unités de recherche. Leurs forces et faiblesses ont été passées en revue afin d’améliorer «l’interaction du système de recherche avec les besoins de développement socioéconomique». Si l’intitulé est quelque peu généraliste, les débats et conclusions de ces journées ont toutes insisté sur l’orientation de la recherche scientifique en Algérie vers des projets de développement inscrits dans les domaines hors hydrocarbures et devant s’inscrire au service d’une économie diversifiée. Mais pour ce faire et pour aller plus loin que ce qui a été réalisé dans le cadre de la première loi-programme (1998-2012), il s’avère que le capital global de la recherche scientifique algérienne est en deçà de telles ambitions. Les participants à ces journées n’ont pas manqué, du reste, de souligner l’urgence de renforcer et optimiser nos moyens, avec en premier lieu le potentiel humain, par des compétences confirmées et de qualité soutenue et en symbiose avec nos universités et les structures de recherche internationales. Et de demander ce que le ministère de tutelle s’engage désormais à réaliser, à ce que l’investissement public dans la recherche scientifique soit mis en adéquation avec les objectifs et plans de développement des entités de recherche.

L’insistance sur le facteur humain est perceptible également par la quête, au bénéfice du chercheur, d’un environnement plus incitatif. Il est heureux de constater, à ce niveau, que l’on ne parle pas que de logement et de fiche de paie du chercheur, bien qu’il est prévu de solutionner durablement ce volet, mais de lui offrir une perspective et les moyens d’exprimer et de développer ses connaissance par la création de synergies internes et la mise en lien des compétences locales avec celles installées à l’étranger.

A priori, il semble que le gouvernement ait abandonné l’illusion d’un retour massif de la diaspora, mais admet la possibilité d’offrir une collaboration permanente à celle-ci avec les centres de recherche algériens par le biais de participations limitées dans le temps et bâties autour de projets concrets.

Quant aux ponts à jeter avec les organismes étrangers, il est question de booster la recherche appliquée et la recherche développement par la formation et le perfectionnement des chercheurs algériens dans le cadre de partenariats avec les écoles doctorales et les universités. Des formules souples sont dégagées, garantissant une mobilité de et vers les secteurs industriels et universitaires. On accepte même le principe de «l’année sabbatique» pour les chercheurs permanents qui peuvent désormais enseigner et encadrer. Dans cette dynamique, le département de Mme Bendjaballah compte impliquer pas moins de 4000 chercheurs permanents pour la période 2008-2012 (on ne savait pas que l’Algérie en comptait autant, avec tout ce qui s’écrit sur la fuite des cerveaux…). Un effort qui demande des ressources non négligeables, mais qui, fort heureusement, peuvent être puisées dans l’enveloppe des 100 milliards de dinars dégagés par le président Bouteflika au bénéfice de la recherche scientifique pour les cinq prochaines années.

De l’argent et des résultats

Sur cette période, il est attendu que plus de cent projets soient définis pour renforcer «les bases d’une société de la connaissance». Deux priorités sont assignées à cette loi. Il s’agit de la contribution de la communauté scientifique à la prise en charge des problèmes de développement économique social et culturel du pays et la formation par la recherche d’un nombre substantiel d’enseignants chercheurs (28 000) et de chercheurs permanents (4000) afin d’atteindre les normes internationales en termes de masse critique dans l’ensemble des domaines de la recherche.

De même, cette loi-programme dicte la création d’un organe national directeur permanent dénommé Direction générale de la recherche, la création d’agences thématiques de recherche, la mise en place d’un Comité national d’évaluation, la mise en place de pôles d’excellence, la création de services communs et enfin l’acquisition de grands équipements scientifiques.

Dans ce cadre, le gouvernement a projeté pour les cinq années à venir un programme de travail devant, notamment, permettre de recentrer les programmes nationaux de recherche autour des préoccupations nationales prioritaires et de programmes transversaux, et de poursuivre à travers ce qu’on appelle les «réseaux thématiques», la mise en synergie des compétences et des moyens de la recherche scientifique relevant des universités, des centres de recherche, des agences et des entreprises économiques.

S’agissant de la répartition du budget des 100 milliards de dinars (plus de 1,5 milliard de dollars), la priorité sera de faire faire un saut en avant à l’université algérienne et de lui redonner vie et âme en la faisant renouer avec sa vocation. Cela est appelé à se traduire par la réalisation de 1000 espaces de recherche au sein des établissements universitaires. De plus, d’autres centres sont appelés à être créés à travers le pays.

L’on cite les deux centres régionaux de transfert technologique (centre et ouest), trois centres régionaux d’analyse physico-chimique (est, ouest et sud), trois autres de maintenance technologique, encore trois autres centres de fabrication de dispositifs et de composants technologiques, ainsi que le centre national de chimie verte à Oran, le centre de modélisation et de simulation às Alger, une multitude de centres régionaux de documentation, le fameux centre dédié à l’énergie solaire à Sidi Abdallah et la réalisation d’études pour un certain nombre de technopoles. Ça promet !

Par Nabil Benali

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Gestion des ressources et des territoires et défis du développement durable

L'aménagement du territoire, creuset de la bonne gouvernance

La notion d’aménagement du territoire telle qu’elle est déclinée, entendue et mise en application dans les pays industrialisés regroupe les concepts de développement durable, de décentralisa-tion et de bonne gouvernance.

C’est une véritable passerelle notionnelle et de politique de développement vers laquelle converge un faisceau d’axes où s’imbriquent le mode de gestion de l’espace, la division du territoire, la gestion des ressources naturelles, la répartition des populations, la distribution des infrastructures de communication et de dessertes, la production et la consommation de l’énergie, les politiques industrielle, agricole et touristique et la gestion environnementale. En Algérie, malgré les idées généreuses et innovantes développées par le ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et du Tourisme depuis une dizaine d’années, la politique de l’aménagement du territoire continue à souffrir des incohérences et du déficit de coordination qui grèvent les politiques sectorielles. Ces dernières, malgré les échecs patents de beaucoup de projets en raison de la distance qu’ils ont prise par rapport aux implications et relations dialectiques censées les soutenir et les animer avec d’autres projets, continuent à «enfourcher» solitairement chacune leur cheval. Pourtant, au niveau des wilayas, il existe une instance – qui fait partie de l’exécutif – supposée être la colonne vertébrale de l’administration départementale. Il s’agit de la direction de la planification et de l’aménagement du territoire (DPAT). Étrange paradoxe, cette institution se trouve  être parfois une simple «boite postale» pour l’inscription, au sens comptable, des plans de développement sectoriels (PSD). Outre les inscriptions des actions, elle les réévalue éventuellement selon l’évolution des marchés et sur proposition de la direction maître de l’ouvrage. Pendant le reste de l’année, elle suit les consommation des crédits de payement (CP) et les réoriente selon les besoins circonstanciels des directions. La notion d’aménagement du territoire y est complètement évacuée. Déjà, sur le plan des ressources humaines, la DPAT est souvent confrontée à un déficit manifeste en techniciens et cadres répondant aux profils de l’aménagement du territoire (écologistes, aménagistes, géographes, urbanistes, paysagistes, démographes…). En matière de statistiques, cette institution se contente – pour élaborer les monographies annuelles – de reprendre les chiffres des directions techniques de la wilaya ou des APC. Même si elle est tentée de vouloir affiner les chiffres ou en obtenir d’autres d’une autre nature, elle n’en a pas les moyens matériels et la ressource humaine nécessaires.

Du fait de cette situation peu reluisante et peu claire, des aberrations et des distorsions naissent lors des inscriptions de programmes de développement. On est souvent amené a appliquer des coûts standards pour des projets situés sur des reliefs et des sites forts différents. La justification d’une éventuelle différenciation ne peut pas être défendue du fait d’absence d’études ou de normes techniques sur lesquelles s’appuierait cette institution.

Un passif et des distorsions

Au niveau du ministère de l’Aménagement du territoire, la réflexion du début des années 2000 a abouti au Schéma national de l’aménagement du territoire adopté en 2004. Celui-ci a pour ambition de projeter l’Algérie aux horizons de 2025. Cette projection s’articule autour de l’espace, de la répartition des populations et de la gestion des ressources de façon à obtenir un développement rationnel, harmonieux et intégré qui s’appuie sur les vocations des sites et des régions, valorise les potentialités et domestique les contraintes.

Même si les structures administratives et les services techniques chargés de ce secteur important de l’économie nationale ont été installés depuis longtemps, au même titre que tous les autres services ayant simultanément les attributs techniques et de puissance publique, l’action et l’efficacité sur le terrain laissaient à désirer, particulièrement à l’ombre de la rente pétrolière, pendant les décennies 70 et 80 du siècle dernier, où aucune espèce d’imagination ou de créativité n’était exigée des cadres et techniciens qui étaient chargés de l’administration spatiale de l’économie nationale et des équilibres naturels basés sur la gestion rationnelle des ressources.

Le déséquilibre de la répartition spatiale de la population, des investissements et de la gestion des ressources – ce dernier terme étant entendu ici dans son acception la plus large qui recouvre le capital foncier et ses gisements (hydraulique, minier, agricole, faunistique, floristique,…) – constitue, aux yeux des économistes et des aménagistes, l’un des points noirs de la politique de développement du pays depuis l’indépendance. Même si la terminologie moderne impose son lexique – aménagement du territoire, développement durable, sauvegarde de la biodiversité – qui fait florès au sein des bureaux d’études et des départements techniques de certains ministères, les préoccupations relatives à la gestion des territoires ont accompagné les différents plans de développement des pays avancés et de beaucoup d’autres pays dits émergents. L’Algérie, qui s’est dotée depuis les années 1970 de structures administratives inhérentes à l’aménagement du territoire, s’est rapidement laissée griser par la rente pétrolière qui a permis une urbanisation effrénée et anarchique, suivie de pôles industriels autour de certains grandes villes. Cette situation a drainé des populations de l’arrière-pays montagneux et steppique au point où l’exode rural est devenue une réalité avec laquelle il faut compter dans tous les autres programmes de développement.

Une politique en porte-à-faux

Ayant peu intégré la notion d’aménagement du territoire dans ses différents programmes de développement, l’Algérie vit ce déficit de vision spatiale de développement (territoires et ressources) comme un handicap majeur compromettant la mise en synergie du capital humain avec le milieu dans lequel il vit. Ce genre de distorsion se traduit par la disparité des degrés de développement des régions du pays, l’instabilité chronique des populations actives appelées à gagner leur vie là où l’offre d’emploi est la plus présente et des réactions culturelles (intégrisme religieux, retard dans la formation de la «citadinité»…) qui expriment une tension à la limité du pathologique. En effet, la répartition géographique de la population et sa mobilité inscrite dans l’espace et dans le temps induisent des comportements et des attitudes particulières quant à la manière dont sont appréhendés, intériorisés et vécus les éléments de l’environnement. La symbiose qui a pu s’établir en Algérie entre l’homme et la nature avant les grands bouleversements coloniaux et les profonds changements apportés par l’indépendance du pays n’est sans doute plus qu’un souvenir que ravive l’imaginaire collectif dans une situation fort tendue où ni l’individu ni la communauté ne trouvent leur compte.

En tout cas, le cadre de vie façonné par une «modernité» problématique car pleine de contradictions et de comportements à l’hybridité oppressante tend de plus en plus à échapper aux hommes et aux structures administratives si bien que de lourdes menaces commencent à peser sur l’ensemble de la collectivité.

La concentration démographique, industrielle et commerciale a élu domicile dans la partie la plus septentrionale du pays, à savoir la bande côtière limitée par l’Atlas Tellien. Plusieurs facteurs historiques, climatiques et sociologiques peuvent expliquer cette “préférence’’ de vivre sur un territoire spécifique au détriment du bon sens et de la rationalité. Ces distorsions ont amené la densité de la population à avoisiner une moyenne de 300 habitants/km2 (avec des pics de 500 habitants/km2) dans les wilayas du Nord tandis que sur les Hauts Plateaux, elle descend parfois au-dessous de 50 habitants/km2. Les territoires du Sud, en revanche, enregistrent les densités les plus faibles allant de 10 à 20 h/km2.

Tous les indices montrent un engorgement de la partie Nord du pays. La concentration des activités économiques y a créé des problèmes de circulation presque insurmontables (le nombre d’accidents de la route est dans ce cas un des indices majeurs) d’autant que le réseau de chemin de fer n’a subi aucun changement depuis l’époque coloniale, se réduisant presque à l’unique voie maghrébine  Oujda-Tunis. D’autres problèmes d’infrastructure et d’équipement annoncent une asphyxie prochaine de la bande littorale (AEP, décharges publiques, réduction drastique des réserves foncières pour les programmes d’équipement…). La devise d’ ‘’équilibre régional’’ arborée pendant des années – sous couvert de plans quadriennaux et de plans spéciaux – est, on en convient aujourd’hui, un slogan creux qui ne servait que de façade politique à des clientèles qui se disputaient le lobbying dans les hautes sphères du pouvoir.

L’Algérie, avec un volontarisme et un populisme effrénés, avait investi dans la construction industrielle et l’urbanisation, à telle enseigne que le visage du pays – panorama rural, tissu urbain, rythme de vie – se trouve complètement chamboulé au bout de quatre décennies. Ce processus a été rendu possible par les disponibilités financières issues de la rente pétrolière. C’est pourquoi, du fait de son ampleur et de sa rapidité, il n’a été ni intériorisé ni, à plus forte raison, bien conduit dans ses aspects pratiques et domestiques.

Exode et ‘’rurbanisation’’

Sur le territoire des campagnes algériennes, les flux d’exode des populations ont entraîné avec eux l’insouciance des autorités locales quant aux actions de développement. Des pistes sont restées non bitumées pendant une trentaine d’années. Les anciennes routes ouvertes par le génie militaire français pour les besoins de la guerre et qui avaient desservi aussi des bourgades que des villages sont tombées en ruine. Le retard d’électrification, d’adduction d’eau potable, d’assainissement et de raccordement au téléphone n’encourage pas les anciens habitants à retourner chez eux. Et, raison capitale, aucune politique de l’emploi en milieu rural, basée sur l’agriculture, l’élevage et l’artisanat n’avait été initiée. La rente pétrolière, dont les effets ont commencé à se faire sentir dès les années 1970, pouvait suppléer à toutes les paresses. Cette manne du sous-sol algérien a permis tous les errements ! Même dans les anciens ‘’villages socialistes agricoles’’ (VSA), l’emploi agricole est devenu minoritaire : les gens sont versés dans l’économie informelle, le transport clandestin et le fonctionnariat. C’est un véritable échec ‘’planifié’’ qui a gangrené la société et l’économie en général. Comme si cela ne suffisait pas, la dernière décennie du vingtième siècle  a mis sens dessus dessous une situation qui tenait déjà d’un véritable  capharnaüm algérien suite à la subversion islamiste, dont l’ascension idéologique et messianique doivent beaucoup, selon l’analyse de feu Mostefa Lacheraf, au déracinement de la société algérienne ayant subi l’exode rural, et les problèmes sociaux s’en trouvent amplifiés.

Il en résulte que la demande en logement va crescendo et épouse une courbe exponentielle sans fin. En outre, le déséquilibre de la répartition démographique caractérisant le territoire national – la zone côtière se trouve surchargée par rapport aux Hauts Plateaux et au sud du pays –  ajouté à la consommation effrénée des terres agricoles pour les besoins du béton, font  peser, à moyen terme, un lourd danger au cadre général de vie des Algériens et à l’environnement immédiat, déjà bien mis à mal  par toutes sortes de pollutions et de ‘’rurbanisations’’.  Au lieu que les autorités et les techniciens algériens consacrent leurs efforts à la réflexion sur un meilleur cadre de vie en améliorant la qualité du bâti, l’architecture des immeubles et l’embellissement des espaces secondaires de nos cités, ils se voient réduits à faire de sempiternels calculs en millions d’unités d’habitation à délivrer à des dizaines de millions de demandeurs.

Et c’est un cycle infernal qui ne pourra être jugulé que par une vision globale, rationnelle et cohérente de l’économie et de l’aménagement du territoire.

Anticiper les ruptures et œuvrer à la décentralisation

Il s’ensuit que, contrairement aux pays industrialisés, les critères environnementaux ne sont pris en charge qu’au cours de ces dernières années. Et encore, cela s’est fait généralement suite aux conditionnalités accompagnant certains programmes de développement financés par des institutions étrangères (PNUD, BIRD, FAO). Mieux vaut tard que jamais, ces tests commencent à donner leurs fruits en instaurant une certaine pédagogie dans le montage des projets, y compris ceux managés par des entreprises privées. Il devient de plus en plus impératif de faire accompagner n’importe quelle activité économique de ses variables environnementales dans l’objectif d’atténuer les effets ‘’secondaires’’ susceptibles d’être induits par les programmes de développement. En tout cas, pour la majorité des bailleurs de fonds, la sensibilité à l’aspect écologique du développement fait désormais partie du coût des projets qu’il importe de porter sur le tableau des bordereaux des prix et des devis en tant que rubrique générant une charge vénale incompressible. 

Le SNAT (Schéma National d’Aménagement du Territoire) est conçu en tant qu’outil de gestion et de prospective ; il est initié par le ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement à partir des observations et de constat d’impasse en matière d’organisation spatiale de l’économie algérienne. Ce schéma est présenté par ses promoteurs comme pouvant «anticiper les ruptures et les risques pesant sur l’espace algérien en tant que lieu de vie à protéger et à préserver».

Il a pour but de fixer, pour une population de 35 millions d’habitants en 2010, les grandes orientations spatiales en matière d’investissement et de politique de développement, localisation des infrastructures de base et des équipements publics, voies de communication, ouvrages hydrauliques, zones à urbaniser, zones touristiques… comme il prévoit aussi les actions qui pourront valoriser les espaces particuliers caractérisés par une sensibilité exceptionnelle comme les zones littorales, les couloirs steppiques, les zones désertiques, les franges frontalières et les zones de montagne.

Outre les vieilles revendications de certaines formations politiques relatives à la décentralisation ou régionalisation (le sens conféré aux termes demeure entouré d’un certain flou artistique en l’absence d’un vrai débat), au moins à quatre reprises pendant les deux dernières années, les hautes autorités ont, au cours de l’étude de certains dossiers particuliers, suggéré – en filigrane ou d’une manière expresse – la nécessité d’une plus grande ‘’justice’’ territoriale, impliquant équité et harmonie de développement, ainsi qu’une déconcentration plus hardie des pouvoirs au profit des collectivités locales et des communautés. Le plus vieux dossier en la matière demeure sans aucun doute celui des codes de la commune et de la wilaya promis à de profondes réformes par le ministère de l’Intérieur depuis le début des années 1990. Les rôles et missions des assemblées locales (APC et APW) et l’articulation de leurs activités avec celui de l’administration (chef de daïra, wali) ont besoin plus que jamais de nouvelles définitions et requièrent une vision rénovée par rapport aux enjeux du développement local. L’Assemblée populaire nationale sera, en principe, sollicitée, d’après les déclaration d’Ahmed Ouyahia devant les députés de l’APN en juin dernier lorsqu’il a présenté le plan d’action du gouvernement, pour l’examen de ces codes.

Au cours d’une réunion walis-gouvernement tenue en décembre 2006, le thème de la décentralisation a fortement prévalu dans les débats en se focalisant sur les rôles et missions du wali en tant que premier représentant de l’État, premier magistrat de sa province, mais aussi agent de développement. Le courroux du président de la République suscité par les résultats médiocres réalisés par certaines wilayas en matière de développement était surtout dirigé contre une certaine forme d’organisation et de gestion des ressources humaines qui, en adoptant comme modèle le monopole de la décision et l’arrogance dans le comportement, annihile toutes les énergies susceptibles de faire la jonction avec la société et la communauté pour une vision plus harmonieuse, plus intégrée et plus participative du développement.

Pour ce qui est du nouveau projet de la division administrative du pays tel que rapporté par des indiscrétions de presse, on ne sait dans quel proportion il pourra satisfaire aux vœux de décentralisation telle qu’elle est défendue par une certaine élite politique et intellectuelle du pays. Prendra-t-il en considération les propositions de la Commission des réformes des structures de l’État – animée par Missoum S’bih au début des années 2000 – en matière de décentralisation ? Une chose paraît certaine : dans la typologie actuelle des structures de l’État – grevée d’une impasse sociale, économique et administrative due centralisatrice outrancière –, ni l’économie du pays, ni la gestion des affaires administratives, ni la société ne trouvent réellement leur compte. Partout dans le monde, la gestion centralisée a montré ses limites, et la meilleure solution est d’anticiper les changements pour ne pas avoir à les subir de façon douloureuse, voire dramatique.

Par Saâd Taferka

 

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Les Hauts Plateaux

Disparités et volonté de rattraper les retards

Vaste territoire oblong de  plus de 200 000 km2, le territoire des Hauts Plateaux est caractérisé par un couvert végétal squelettique (steppe), un climat rude (fortes amplitudes thermiques) et une densité démographique faible entraînant une dispersion de l’habitat et un défi des infrastructures et équipements.

Le choix porté par les hautes autorités du pays pour développer ce long couloir d’une longueur de 1500 km remontent aux années 1970 lorsque le président Boumediene, dans sa vision où se mêlaient gigantisme et volontarisme, voulait installer ‘’sa’’ capitale à Boughezoul, un ‘’quatre-chemins’’ désertique situé sur la RN1, et à équidistance entre quatre grandes villes aux quatre points cardinaux : Alger-Djelfa-Tiaret-M’sila. Des études ont été engagées sur plusieurs années, puis c’est le silence radio. Ce n’est qu’avec Cherif Rahmani, ministre de l’Aménagement du Territoire, et Ahmed Ouyahia, Premier ministre, que le projet sera exhumé au début des années 2000, et ce, dans le cadre des nouvelles villes dont fait partie Sidi Abdellah, dans la banlieue sud-ouest d’Alger. Mais les défis des Hauts Plateaux ne peuvent se réduire à la construction d’une grande ville, dût-elle être une nouvelle capitale. Au milieu des années 1980, des jeunes appelés du service national furent mobilisés dans des GTVF (groupements de travaux de voies ferrées) pour installer la ligne de chemin de fer de la rocade des Hauts Plateaux. L’expérience s’arrêta au niveau du tronçon Batna-M’sila. Il en fut de même avec le Barrage vert, toujours dirigé par l’ANP, destiné à installer sur les piémonts des Hauts Plateaux une ceinture verte pour arrêter le phénomène de désertification. Des choix techniques et une mauvaise prise en charge des données socioéconomiques et des réalités sociologiques de la région conduit à relativiser fortement l’impact de cet ouvrage dont les travaux se sont arrêtés au début des années 1990. Il faut dire que toutes ces actions s’apparentent à un cautère sur une jambe de bois du fait que ce sont des solutions trop fragmentaires et trop émiettées – dans l’espace, dans le temps et dans la logique d’enchaînement rationnel – pour prétendre réhabiliter d’immenses espaces frappés par une crise multidimensionnelle et qui sont supposés alléger la pression sur les territoires du littoral et du Tell intérieur.

En quoi le programme complémentaire des Hauts Plateaux adopté en Conseil des ministres en  février 2006 avec une enveloppe budgétaire de 620 milliards de dinars diffère-t-il des anciens plans ou projets destinés à ce territoire ? Après trois ans d’application de ce programme, il y a lieu de lui reconnaître une certaine cohérence de vision aussi bien socioéconomique que spatiale (aménagement du territoire). En effet, sa multisectorialité est l’une des garanties que veut se donner le président de la République  pour la réussite d’un grand projet qui s’apparente à un véritable défi. Aucun secteur de développement n’a été omis dans l’architecture du nouveau projet : Urbanisme et Construction (programmes de logements), Travaux Publics (routes nationales, départementales, ponts, viaducs), Agriculture et Forêt (élevage, céréaliculture, cultures irriguées, pistes, travaux sylvicoles, corrections torrentielles, fixation de berges), Hydraulique (forages, retenues, captage de sources, canaux d’irrigation), Santé (hôpitaux, centre de santé), Industrie et Énergie (électrification rurale, éoliennes, raccordement au gaz de ville), Éducation (lycées, CEM, écoles primaires), Culture (centres culturels et de loisirs, cybercafés, salles de cinéma), Transport (chemins de fer)…etc.

Zones de montagne : la fin de l’isolement ?

Parmi les espaces les plus problématiques en matière d’administration territoriale, d’investissement économique et de gestion des ressources, la montagne est celle qui présente le plus de complexité. Sur l’ensemble du territoire algérien, la montagne représente 3,66% de superficie, soit 8 millions d’hectares. Cependant, par rapport aux zones les plus habitées du pays, à savoir la bande allant de la côte aux portes des Hauts Plateaux, le système montagneux représente 60% du territoire. Il est habité par environ 9 millions de personnes, ce qui représente 32,7% de la population totale du pays. Ces chiffres ont été livrés à la presse lors de l’installation, en septembre 2006, du Conseil national de la montagne par M. Chérif Rahmani, ministre de l’Aménagement du Territoire, de l’Environnement et du Tourisme. Ce Conseil a pour mission de promouvoir et d’aménager les différentes zones de montagne, de définir les activités spécifiques à cet espace et de coordonner l’action des divers acteurs y intervenant. 

La gestion des zones de montagne a été débattue au niveau du ministère de l’Agriculture en juillet 2008. Cet important axe de développement qui fait combiner le soutien à l’agriculture traditionnelle, la nouvelle notion de développement rural durable et la promotion de la biodiversité a déjà été mis sur la table par les pouvoirs publics au début des années 1980 sans que qu’il ait le prolongement pratique souhaité sur le terrain. Hormis les expériences, par ailleurs très concluantes, des opérations de défense et restauration des sols (DRS) menées sur les terrains en pente (gradins, banquettes plantées en arboriculture fruitière) jusqu’au milieu des années 1970, peu de projets peuvent se prévaloir d’une quelconque réussite qui puisse améliorer sensiblement le niveau de vie des populations ciblées. Le propre des montagnes maghrébines, particulièrement de l’Atlas tellien, est leur densité démographique. Dans certaines zones, comme la Kabylie, les Aurès, les Bibans et les Babors, la ‘’masse critique’’ est atteinte depuis longtemps. De même, il importe de savoir que certaines wilayas du Nord d’Algérie ont plus de 60% de leur territoire composé de montagnes. Tizi Ouzou, Béjaïa, Skikda, Jijel sont parmi les régions les plus montagneuses d’Algérie avec une pression démographique des plus fortes (densité allant jusqu’à 500 habitants au km2). Les statistiques de la wilaya de Jijel donnent une proportion de 82% de territoires montagneux sur la superficie totale de la wilaya. Des spécialistes ont établi le diagnostic des dégradations qui commencent à affecter sérieusement la montagne algérienne. Ces dégradations ne résultent pas toujours des effets d’un développement inadéquat, mais il est aussi le produit de ce que les aménagistes appellent la ‘’stratégie de survie’’ des populations. En effet, confrontés à la misère et à l’enclavement, les populations, avant de se résoudre à l’exode et au déracinement dans les villes, s’emploient à exploiter au maximum les ressources naturelles au-delà de toute rationalité jusqu’à compromettre leur régénération et entraîner d’autres dommages ‘’collatéraux’’ difficilement réparables.

La déforestation et l’urbanisation anarchique ont entraîné la réduction des espaces cultivables et l’accélération de l’érosion des terrains de montagne. Ce dernier phénomène, outre qu’il annihile l’offre fourragère et arrache la meilleure couche arable du sol, constitue un danger pour certaines infrastructures qu’il déstabilise (routes, rail) ou dont il réduit les capacités de rétention (barrages hydrauliques). D’autres corollaires, à plus ou moins brève échéance, sont encore induits : disparition de certaines niches écologiques, amenuisement de la biodiversité, régression de l’attractivité touristique et dépeuplement des hameaux et bourgades de la montagne. L’exode rural a fini par compliquer et exacerber la crise dans les villes sans, pour autant, diminuer le rythme de dégradation des zones de montagne.

Le Sahara à l’honneur

En 2006, le gouvernement algérien a adopté un programme de développement spécifique au grand Sud. Après les demi-mesures des années 1990 consistant à faciliter les investissements dans cette gigantesque zone du territoire national par des exonérations fiscales et un accès facile au foncier, le constat a été fait que les infrastructures et les équipements publics qui relèvent de la responsabilité de l’Etat sont très lacunaires. Routes, électricité, chemin de fer, grandes transferts hydrauliques, viabilisation des sites d’investissements et d’autres domaines d’intervention de l’Etat sont jugés comme étant les vrais fondements d’une politique de revitalisation des espaces désertiques pouvant, à terme, attirer les investisseurs privés dans les différentes branches de l’économie.

L’intérêt accordé à cette partie du territoire national- qui représente environ 80% du territoire et qui produit la première et presque unique richesse d’Algérie- n’a jamais été à la hauteur des ressources qui y sont produites ni des potentialités avérées mais restées  en friche que recèle le Sahara algérien. Depuis la réalisation de la transsaharienne dans les années 1970, aucune infrastructure de taille n’est venue faciliter la vie des populations du Sud ou renforcer la mobilisation des facteurs de développement et de production.

Il n’est sans doute pas admissible de constater que l’une des communes les plus riches d’Algérie, qui nous fournit les moyens de nos importations, soit ravalée au statut d’enclave qui n’a même pas l’heur de servir, comme jadis, de défouloir au désir d’exotisme des touristes occidentaux. Il est fait allusion ici à Bordj Omar Driss (ex-Fort Flatters) dont le territoire comprend les champs pétroliers de TFT (Tinfouyé-Tabenkort). Elle n’est pas la seule à vivre la situation de misère et de chômage au milieu d’une richesse sonnante et trébuchante assurée par l’or noir.

Des velléités de rendre justice à la région et de démultiplier les capacités d’exploitation de ses potentialités ont été nonchalamment exprimées par les pouvoirs publics au cours des dernières années. Mais, ce n’est qu’avec le programme Sud adopté par le gouvernement en 2006 en direction de six wilaya du Sud qu’un effort méritoire a été fait en direction de cette partie du territoire national. Ainsi des méga-projets, relevant naguère du mythe, vont trouver des possibilités réelles  de réalisation : exploitation des eaux souterraines de In Salah et leur adduction, sur 700 km, vers Tamanrasset ; installation d’une raffinerie à Adrar, introduction du rail par le prolongement de la ligne de Touggourt jusqu’à Bechar en passant par Hassi Messaoud, Ouargla et Adrar ; construction de la nouvelle ville de Hassi Messaoud,…etc. Il s’agit, comme le souligne le président Bouteflika, de « relever le défi des distances et asseoir une judicieuse politique d’aménagement du territoire » .

Populations, nouveaux investisseurs agricoles, prestataires de services en transport, agents voyagistes…- pour qui les écueils liés à la nature du terrain et à la rudesse du climat constituaient des facteurs insurmontables sans l’intervention de la Collectivité nationale- se sentiront soulagés et mis en confiance par cet accompagnement de l’État  De plus, sur le plan de la stratégie économique, la mise en valeur des territoires du sud constitue une voie idéale de pénétration vers les marchés du continent africain. La transsaharienne était originellement conçue pour relier la Méditerranée au Golfe de Guinée. Le projet de gazoduc Nigeria-Niger-Algérie, dont le protocole d’accord est signé il y a quelques semaines, est lui aussi un ouvrage d’importance créant une coopération et une solidarité nouvelles entre le Maghreb et la région du Sahel qui pourra profiter aux zones traversées.

S. T.

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