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Rina
Sherman se confie aux Débats
Les méfaits
d’un lobby
Les Débats :
Parlez-nous de Rina Sherman, sa carrière, son parcours...
Rina Sherman :
Je suis une Afrikaner française. Je suis née à Cape Town. Mes
grands-parents avaient des fermes respectivement dans le sud du
désert du Kalahari et dans l’ancienne région de Bechuanaland.
Enfant, mon père et mes oncles participaient à des parties de chasse
en compagnie des anciens chefs du Botswana.
Mes parents
faisaient partie d’une élite qui œuvrait pour maintenir au pouvoir
un régime basé sur la ségrégation raciale. Jeune adulte, devenue
consciente du fait que la vaste majorité des citoyens du pays
n’avaient aucun droit, je me suis révoltée, au sein de ma famille et
de ma communauté, contre l’hégémonie d’une mentalité qui tentait de
nous persuader que nous, les Blancs étions supérieurs et méritions
de vivre séparé des « non-blancs ».
Avant leur mort,
mes deux parents, à des moments différents, m’ont dit que le système
de « l’apartheid » était un leurre.
Mes influences
sont multiples : Il y a d’abord trois professeurs de musique, un
professeur de piano juif rescapé d’Autriche, une Tchèque professeur
de violon rescapée du bloc soviet et un Néerlandais professeur de
composition « rescapé » d’une certaine étroitesse d’esprit
universitaire continentale.
Avant de m’exiler
d’Afrique du Sud, j’étais comédienne au Théâtre Dhlomo, un théâtre
organisé par des Noirs eux-mêmes, et proche de la pensée de Stephen
Bantu Biko.
C’est d’ailleurs
l’une des idées fondatrices de la pensée de ce dernier qui m’a
poussée à partir en exil en France. C’était l’idée qu’il fallait
d’abord libérer son esprit avant le reste. Biko avait développé un
réel système de pensée stratégique.
À Paris, j’ai eu
le privilège de rencontrer, de faire mes études et de travailler
avec Jean Rouch, l’un des derniers grands esprits du XXe siècle. Ce
que je retiens de lui, c’est la légèreté d’esprit avec laquelle il
maniait dans un mélange savant l’humour, la poésie, l’insolence, le
surréalisme et la rigueur de l’ingénieur des Ponts et Chaussées
qu’il était de formation.
Puis, lors de mes
sept années de terrain auprès des Ovahimba en Namibie, j’ai vécu au
sein de la famille de feu le chef d’Etanga, un homme dont le père
était grand connaisseur des faits de la magie et un homme rompu dans
la pensée ancestrale africaine. En apprenant la langue des Ovahimba,
l’Otjiherero, j’ai pu apprendre comment les Ovahimba perçoivent
l’arrivée des Blancs en Afrique. Je viens de sortir un livre, « Ma
vie avec les Ovahimba », co-écrit avec Pierre-Albert Ruquier.
C’est depuis
Paris, dans cet heureux mélange de genres, que j’essaie d’écrire, de
faire des films et de participer pleinement à ce petit bout
d’histoire qui m’est donné à vivre.
Parlez-nous des
derniers instants de Didier Contant, votre compagnon, grand reporter
français et ancien rédacteur en chef de l’agence Gamma
Didier Contant
était un journaliste chevronné, admiré et respecté par ses
confrères. Il s’intéressait à tout et avait d’ailleurs fait des
articles sur un grand nombre de sujets, dont un sur l’artiste
peintre Botero, un autre sur un souffleur de chevaux et ainsi de
suite. Il était militant de rien. C’était un journaliste qui doutait
tout le temps et de tout ; il vérifiait constamment ses
informations.
D’ailleurs, j’ai
connu Didier Contant sur mon terrain de recherche, en Namibie, où il
était venu faire des portraits des femmes françaises vivant à
l’étranger. Il me demandait sans cesse si j’étais sûre de telle ou
telle information que je lui en donnais sur la vie des Ovahimba avec
qui je vivais alors depuis cinq ans déjà.
En quittant
l’agence Gamma, la première destination de reportage de Didier
Contant était l’Algérie, pour faire des portraits de femmes
exceptionnelles. Ensuite, il avait fait un article sur les anciens
forts de Tamanrasset, avant de s’intéresser à l’assassinat des
moines de Tibhirine. Il a publié un premier article dans Pèlerin
Magazine début 2003, un deuxième en décembre 2003 dans le Figaro
Magazine. Son troisième article, qui devait également être publié
dans le Figaro Magazine, n’a jamais été publié, pour la simple
raison que Jean-Baptiste Rivoire, journaliste de Canal +, aurait
informé Joseph-Macé Scarron et Jean-Mari Montali de la direction et
de la rédaction du Figaro Magazine qu’il savait avec certitude que
Didier Contant travaillait pour les services secrets algériens.
Aucun des deux journalistes du Figaro Magazine n’a estimé nécessaire
de vérifier cette information mensongère, mais le premier a demandé
au deuxième de régler son cas à Contant. Jean-Mari Montali a fait
comprendre à Didier Contant qu’ils savaient désormais pour qui il
travaillait et qu’ils n’avaient plus rien à faire ensemble. C’est
une bien curieuse façon de faire du journalisme.
Comment se
traduisaient les pressions exercées contre lui par les partisans du
«Qui tue qui?» les derniers instants de sa vie? Quelles sont les
souffrances qu’il a endurées?
Sur sa demande, le
9 février 2004, Didier Contant avait eu une réunion à Canal +, avec
Jean-Baptiste Rivoire et son rédacteur en chef, Paul Moreira. En y
arrivant, ce dernier lui faisait remarquer qu’il « marquait des
points en venant les voir ». Depuis, chacun d’entre eux a donné sa
version des faits. Moreira dit qu’il voulait « aplanir » le conflit
entre les deux journalistes. Seulement, pour Didier Contant, il n’y
avait aucun conflit. Il est allé les voir pour mettre fin à la
rumeur que répandait Rivoire dans des rédactions parisiennes comme
quoi il travaillait pour les services algériens.
Mais M. Moreira
était informé de la gravité de la situation : c’est-à-dire, qu’un
journaliste de son équipe était en train de détruire la réputation
professionnelle de Didier Contant. Dans les carnets de notes trouvés
sur Didier Contant après sa mort, ainsi que dans les courriels
envoyés à M. Moreira, Didier avait clairement informé M. Moreira de
l’étendue du problème avec M. Rivoire. Mais, là encore, à aucun
moment, M. Moreira n’a pris son téléphone ou envoyé une note pour
informer les nombreuses rédactions auprès de qui Rivoire a répandu
sa campagne mensongère qu’il s’agissait d’une erreur. Didier Contant
est sorti anéanti de cette réunion. Il était complètement
déstabilisé. À un confrère avec qui il avait déjeuné ce jour-là, il
disait qu’il pensait avoir été filmé par téléphone portable, et
qu’il avait assisté à un interrogatoire plutôt qu’à une réunion de
journalistes, qu’ils agissaient en militants plutôt qu’en
journalistes.
À partir de ce
moment-là, Didier Contant a commencé à changer, à se dire qu’il
était suivi, qu’il allait être arrêté. Et pendant ce temps-là, la
rumeur, informant le Tout-Paris qu’il travaillait pour les services
algériens courait plus vite que le feu…
Aucun journaliste
ne lui est venu en aide, alors que bon nombre entre eux, qui étaient
en poste au moment des faits, ont été formés par Didier Contant.
Aujourd’hui,
Didier Contant n’est plus des nôtres. Les deux journalistes de Canal
+ ne travaillent plus pour l’antenne cryptée, mais ils portent tous
deux toujours leur carte de journaliste.
Vous avez déjà
déclaré que jusqu’à la dernière heure avant son décès, il ne cessait
d’effectuer des appels et de contacter des gens pour vérifier les
résultats de son enquête menée en Algérie sur la mort des 7 moines
de Tibhirine. Ce qui voudrait dire qu’il ne présentait pas une
volonté de se donner la mort
C’était dans
l’intérêt de beaucoup de monde de classer l’affaire Contant comme un
suicide banal. Certains allaient jusqu’à évoquer un abus de
substances toxiques. Il n’y avait pas de trace d’alcool ou de drogue
ni dans le ventre ni dans le sang de Didier Contant. Une passante,
qui a été témoin des événements de la mort de Didier Contant, est
allée faire une déposition spontanée à la police : Elle rentrait du
théâtre, elle a entendu des cris très forts, au sixième étage, elle
voyait des portes coulissantes s’ouvrir et un homme (Didier Contant)
sortir sur le balcon, suivi de près d’une femme.
Comme pour
s’échapper, Didier Contant avait enjambé la rambarde du balcon et
s’est fait glisser à l’intérieur du balcon du 5e étage. Ce qui
n’était pas chose facile, car il s’agissait d’un immeuble moderne
avec une façade plate. Alerté par le bruit, le propriétaire du 5e
étage a ouvert les portes coulissantes de son balcon. Didier Contant
a fait un mouvement en arrière et il est tombé du balcon du 5e
étage. Ce n’est pas là le comportement d’un homme qui cherche à
mettre fin à ses jours. Pendant que Didier Contant était en Algérie,
je l’avais au téléphone tous les deux ou trois jours. Il me
racontait l’évolution de son investigation. Parfois, il me faisait
part des difficultés sur place : des gens qui hésitaient à parler ou
qui ne répondaient pas au téléphone.
Ils avaient peur.
Didier Contant croisait des intégristes en ville, qui, soit le
lorgnaient soit évitaient son regard. Mais, il me parlait également
des choses positives, des bons repas avec des amis, et dans
l’ensemble, il était plutôt de bonne humeur, malgré le fait que les
choses traînaient un peu en longueur.
Cependant, dès son
retour à Paris, Jean-Baptiste Rivoire lui a téléphoné, lui faisant
comprendre qu’il était informé de ses activités en Algérie, et lui
demandant si le siège de la sécurité militaire à Blida lui disait
quelque chose. Ce n’était que le début…
Didier Contant
allait ensuite comprendre que Rivoire informait des rédactions
parisiennes qu’il savait avec certitude que, lui, Didier Contant,
travaillait pour les services algériens.
L’homme que j’ai
connu jusque-là était quelqu’un de fort, de joyeux, de vivant.
C’était quelqu’un qui avait de nombreux projets, dont des projets de
voyage avec ses enfants. Nous-mêmes, nous avions le projet de
retourner en Angola où nous avons passé plusieurs mois de l’année
2003. Jusqu’au jour de sa mort, je parlais plusieurs fois par jour
avec Didier Contant. Il était certes préoccupé et inquiet par ce qui
lui arrivait, et même si j’étais fort inquiète pour lui et pour son
avenir professionnel, à aucun moment Didier Contant ne m’a donné
l’impression de vouloir mettre fin à sa vie.
Vous avez aussi
parlé de «mort suspecte», parlez-nous en...
Il s’agit plutôt
de la réaction à sa mort qui était suspecte. Les agents de la
section anti-terroriste du quai des Orfèvres qui, dans un premier
temps, ne voulaient pas m’entendre, qui changeaient de rendez-vous,
qui faisaient descendre un de leurs chefs pour me dire qu’il n’y
avait pas d’anomalie entre les trois procès-verbaux de la personne
chez qui Didier Contant a trouvé la mort et celui de la passante.
J’ai lu tous les procès-verbaux et ils racontaient chacun une
version des faits suffisamment différente pour alerter n’importe
quel inspecteur de police.
J’ai insisté à
maintes reprises pour qu’ils entendent Rivoire, les informant que
tout le monde parle de lui. Ils ont fini par me dire qu’ils
n’avaient pas de mandat pour l’entendre et que, de toute manière,
s’ils l’enquête devaient se poursuivre, elle serait confiée à un
autre service.
Sur ce, les
journalistes français, les rares qui en parlaient, concluaient,
comme les agents du quai des Orfèvres, au suicide banal, sans
investigation ni vérification. Et pendant ce temps-là, la rumeur de
Rivoire courait toujours…
Où en est
l’enquête menée par la police française sur les circonstances de sa
mort?
L’enquête
préliminaire menée par le quai des Orfèvres a été rapidement classée
comme suicide. Ensuite, la section du juge Bruguière a fait une
enquête qu’ils ont classée au bout d’un an environ. Ils m’ont reçue
pour m’informer de leur intention de classer, mais ils m’ont fait
comprendre qu’il y avait de quoi faire si je voulais poursuivre. Je
me suis ainsi constituée partie civile en portant plainte contre
Jean-Baptiste Rivoire et Paul Moreira. Le 17 février 2009, cinq ans
après la mort de Didier Contant, Rivoire a été renvoyé devant le
tribunal correctionnel pour violences volontaires préméditées contre
la personne de Didier Contant. Le jugement aura lieu le 1er octobre
prochain au tribunal de Paris.
l Parlez-nous du
lobby anti-algérien qui tend à dénigrer l’Algérie à travers son
armée...
Ce sont des
Algériens qui m’ont en premier informée de l’existence de ce groupe
de pression nommé « Qui tue qui ? ». Ils me l’ont décrit comme un
groupe de pression, composé de journalistes, d’avocats des droits de
l’homme, d’ONG’s et d’autres militants. Certains pourraient être
issus du mouvement trotskiste français, et d’autres seraient
soupçonnés d’avoir des contacts au Maroc. Ils seraient considérés
comme étant des « dialoguistes », qui chercheraient à dédouaner les
terroristes de leurs crimes. À leur tour, ils considéraient toute
personne qui n’est pas de leur avis comme étant proche des «
janviéristes » de l’armée algérienne et donc comme étant des «
éradicateurs » de leurs alliés terroristes.
Pour bien
comprendre comment cette mentalité s’est développée, il faut
remonter dans le temps : jusqu’à la courte trêve entre la fin de la
seconde guerre mondiale et le début de la guerre froide, un temps de
grandes réunions et de grandes décisions. Il y avait une possibilité
réelle pour des partis communistes dans des pays d’Europe
occidentale de gagner le pouvoir par le vote démocratique. Il
fallait à tout prix éviter cela et une véritable structure multiple
et multinationale – sorte de plan Marshall culturel et politique –
fut mise sur pied, privilégiant des intellectuels et politiciens de
la gauche anti-communiste, créant une gauche déradicalisée, et, en
même temps, des petits groupes de radicaux pour qui la révolution
permanente restait un idéal. La mentalité du groupe de pression le «
Qui tue qui ? » trouve en partie ses origines dans cette évolution.
Ce lobby a-t-il
des buts économiques, politiques ou autres?
Tout a commencé
avec la suspension du processus électoral en 1992 en Algérie. Ce fut
perçu par certains en France comme une démarche non démocratique. À
l’époque, même le président Mitterrand avait dit qu’il fallait que
l’Algérie renoue avec la démocratie.
Ces démocrates
français ne pouvaient ignorer, que, de leur côté, les intégristes
avaient déjà commencé les carnages et autres violences quelques
années auparavant. Ils avaient clairement annoncé qu’une fois au
pouvoir, ils avaient l’intention d’instaurer la Charia et le parti
unique, et que la démocratie était pour eux un instrument parmi
d’autres pour prendre le pouvoir et d’en finir avec la démocratie.
Dans de telles
circonstances, il est compréhensible, je crois, qu’une partie de la
société civile, des parties politiques et des associations ont
préféré demander l’interruption du processus électoral plutôt que de
vivre sous la loi de la charia et les diktats d’un parti unique.
En France,
beaucoup se sont indignés de cet événement, comme s’ils disaient aux
Algériens : « Vous avez voté, vous n’avez désormais qu’à subir la
charia et le reste ». Ils refusaient de voir que les intégristes
avaient de manière volontaire utilisé l’un des mécanismes de la
démocratie, en l’occurrence le vote, pour mieux détruire la
démocratie en Algérie pour un bon bout de temps.
La démocratie
n’est pas une valeur absolue une fois le vote acquis. Pour que la
démocratie fonctionne, il faut une opposition active et dynamique,
et également, il faut un système permanent de mesures de contrôle du
pouvoir. Ce n’est pas parce que quelqu’un est élu démocratiquement
qu’il est forcément démocrate ou qu’il instaurera forcément un
régime démocratique. S’il s’avère clairement ne pas être démocrate
ni travailler dans le sens d’une démocratie, il est, je pense
justifié de prendre les mesures nécessaires pour éviter un régime
totalitaire. L’histoire est là pour nous l’apprendre, sur le sol
européen comme ailleurs.
Comment ce
lobby est-il structuré?
Il s’agit d’un
regroupement autour d’un certain nombre d’ONG des droits de l’homme,
d’avocats, de journalistes et de militants. Au moment de la mort de
Didier Contant, ils étaient bien organisés, avec de bons relais dans
la presse française. Ils fonctionnent par des effets d’annonce.
Régulièrement, ils « découvraient » un témoin qui détenait la «
vérité absolue » concernant la mort des moines de Tibhirine ou autre
fait terroriste. Le plus souvent, le témoin annonce un scénario dans
lequel l’armée algérienne seraient le coupable ou parfois même, il
s’agissait des services français qui seraient selon eux à l’origine
des faits. La presse française s’emballe pour confirmer leur annonce
comme une vérité absolue, sans investigation ni vérification.
Ça dure quelques
jours, voire quelques semaines, comme l’actuelle frénésie de la
presse française qui a donné quelque 300 publications, l’espace de
deux ou trois jours, dont la plupart se contentaient tout bonnement
de confirmer les déclarations du général Buchwalter.
J’avais posé la
question à un ou deux journalistes, c’est-à-dire, pourquoi cette
précipitation pour confirmer une information qui, de toute évidence
n’avait aucune substance matérielle ? L’un m’a répondu qu’il
s’agissait d’une réaction à chaud. L’autre a qualifié les propos du
général Buchwalter comme étant un témoignage important auquel
l’avocat attache beaucoup d’importance.
Sincèrement, avec
la version Buchwalter, j’ai l’impression qu’il y a une certaine
perte de crédibilité.
Les aspects
économiques, politiques et autres réunissent-ils plusieurs lobbies
en un seul et une convergence d’intérêts et d’actions contre
l’Algérie?
Il y a plusieurs
théories : il est entendu que plusieurs groupes profitent de ces
manœuvres de déstabilisation.
Certains avancent
qu’une armée déstabilisée peut favoriser des négociations
financières avec les autorités algériennes, d’autres prétendent que
cela peut servir le gouvernement algérien dans son rapport de force
avec l’armée, d’autres encore considèrent que la droite française
profite des manœuvres de l’extrême-gauche et d’une fraction de la
gauche française qui soutiennent les thèses de ce groupe de
pression.
Le racisme reste
présent dans une partie de la mentalité occidentale, qui hésite à
considérer les Algériens comme des partenaires égaux.
Il en est de même
pour les Africains. Je l’entends et je le vois au jour le jour. Pour
ne donner qu’un exemple anodin, pourquoi donner de l’information
ethnique lorsqu’il s’agit d’un « non-européen » ? On dit alors « un
Noir », « un Arabe » ou « un Black ». Mais lorsqu’il s’agit d’un
Européen, on dit « un type », «un monsieur» ou «un homme».
Comment se
caractérise ce lobby et comment fonctionne-t-il?
Il se caractérise
par des campagnes successives visant à blanchir les assassins
fascistes en Algérie et à contraindre les autorités algériennes à
céder davantage de terrain aux forces politico-théocratiques. Bref,
à destabliliser le pays.
Jean-Baptiste
Rivoire fait-il partie de ce lobby?
En 2006,
Jean-Baptiste Rivoire a intenté un procès contre Jean-François Kahn
et le journal Marianne pour diffamation pour un article intitulé «
Un étrange suicide ».
Rivoire se
plaignait d’être accusé d’être responsable de la mort de Didier
Contant et d’être accusé de faire partie du lobby dit le « Qui tue
qui ? ». Rivoire a été débouté en appel sur les deux chefs
d’accusation contre Jean-François Kahn et Marianne. Est-ce que cela
suppose que l’on peut légitimement dire qu’il en fait partie ?
Quel seraient
les points communs et celui d’intérêts existants entre différents
lobbies activant contre l’Algérie?
La déstabilisation
de l’armée algérienne à des fins politiques et, par extension, à des
fins économiques.
Entretien
réalisé par Mounir Abi
Haut
Marché de l’automobile
Une taxe pour
quelle politique ?
C’est désormais
quasi officiel, le gouvernement compte introduire une nouvelle taxe
sur la vente de véhicules neufs sur le marché national, ou plutôt
réviser à la hausse celle introduite en juillet 2008. L’Etat veut
mettre un terme au boom enregistré dans ce secteur dans le sillage
des autres mesures annoncées, mais non précisées, pour réduire les
importations.
Le parc national
est estimé à 5,2 millions de véhicules. 60% est âgé de plus de 20
ans, soit 2 millions de véhicules roulants. Le boom enregistré
depuis quelques années n’a donc pas entamé sérieusement le
rajeunissement de ce parc. Quelque 352 000 véhicules ont été
importés en 2008 pour un montant de près de 29 milliards de dinars,
contre près de 218 000 véhicules en 2007, soit une augmentation de
35%. C’est sans doute cette hausse rapide qui a poussé les autorités
à prendre la décision d’introduire la taxe, dont la mise en œuvre
avait provoqué des annulations d’achat auprès des couches moyennes
qui, selon les concessionnaires, représentent 80% des acquéreurs.
Ce ralentissement
s’est poursuivi pendant plusieurs mois avant de s’estomper, car on
n’acquiert pas une voiture pour le plaisir de l’acheter quand on est
salarié. Le plus souvent, l’achat d’un véhicule obéit à des
considérations socioprofessionnelles. Lorsqu’on réside sur un axe
routier très peu desservi de son lieu de travail, et qu’il faut
payer pas moins de 150 Da par jour en taxis et autres transports en
commun, beaucoup se résignent à s’endetter pour s’affranchir des
aléas des transports publics. Dommage que les statistiques ne sont
pas plus précises, mais tout le monde peut constater que ce ne sont
pas les voitures de luxe, les grosses cylindrées et autres 4x4 qui
constituent le gros des achats. Le parc automobile touriste est
essentiellement constitué de véhicules de gamme intermédiaire dont
la moyenne des prix est inférieure à un million de dinars. Ce sont
donc les couches moyennes qui y ont accès. Souvent à coups de
sacrifices énormes. Ce sont ces mêmes catégories à qui on a interdit
dès 2005 d’importer des véhicules d’occasion de moins de 3 ans d’âge
sous prétexte du vieillissement du parc automobile et de la
pollution engendrée.
Sur la question de
la pollution, il faut rappeler que le gouvernement et le législateur
n’ont rien fait pour alléger les émissions polluantes, puisque le
diesel reste largement plus compétitif que le plus écologique des
carburants, à savoir le GPL.
Le rajeunissement
du parc automobile n’était donc qu’un alibi pour interdire
l’importation des véhicules de moins de trois ans qui sont acquis,
faut-il le rappeler, sans le recours aux devises de l’Etat. En
effet, c’est sur le marché parallèle ou bien à travers des parents
émigrés ou résidents à l’étranger que les algériens se procurent les
devises nécessaires pour l’achat de véhicules.
Moins de trois ans
après cette mesure, voilà que l’Etat considère qu’il y a trop de
véhicules, et qu’il faut imposer des restrictions déguisées sous
forme de taxe. Celle introduite en juillet 2008 avait pour
justificatif le financement des transports publics. Les revenus
issus des 50 000 à
150 000 Da payés
pour chaque automobile devaient servir à couvrir les subventions
prévues pour les nouveaux systèmes des transports en commun d’Alger
(métro et tramway) et des autres villes du pays (tramways). Un an
après, l’on songe déjà à doubler voire tripler cette taxe dans la
loi de finances complémentaire 2009. Selon différentes sources (non
officielles), cette taxe passera à la fourchette des 150 000 à 300
000 Da. Mais à chaque étape son argument. C’est ce qui donne la
forte impression (qui n’est pas du tout à écarter) que les décisions
prises en la matière obéissent à d’autres considérations, encore
inaccessibles pour le moment. En effet, le justificatif avancé pour
la prochaine hausse de la taxe automobile est de «réduire les
dépenses d’importation» et de «pousser les constructeurs à fabriquer
localement». Même l’obligation d’introduire un partenaire algérien à
hauteur de 30% du capital des sociétés étrangères d’importation et
de vente en l’état est inscrite dans cette politique de réduction
des importations. Comment, personne le sait, pas même ceux qui
l’ont décidé, puisqu’aucune explication plausible n’a été avancée.
Comment l’introduction d’un partenaire algérien dans le circuit
d’importation d’une entreprise étrangère peut-il avoir l’effet de
réduire les importations ?
Pour ce qui est de
l’encouragement du montage local des véhicules, cela nécessite
évidemment bien plus d’imagination. On n’attire pas d’un coup de
baguette magique un constructeur automobile.
On lui offre les
meilleures conditions d’investissement que celles accordées par les
pays de la région. Il faut se demander pourquoi le Maroc et l’Egypte
ont pu le faire et pas nous ? Ont-ils introduit des taxes ? Ou bien
ont-ils plutôt facilité l’investissement en accordant notamment le
foncier qui va avec, et en développant un tissu de sous-traitance
qui rend très rentable la création d’usines de voitures ?
En plus des taxes
imposées, il faut ajouter les tracasseries administratives que
subissent les acquéreurs de véhicules, matérialisées par la
situation de quasi-blocage des cartes jaunes, constatée dans de
nombreuses wilayas, et confirmée par les concessionnaires. Si, pour
les acquéreurs qui payent cash leur nouvelle voiture, ne pas pouvoir
récupérer son véhicule (pourtant dédouané et disponible) est un
«demi-mal», pour ceux qui se sont engagés dans des prêts bancaires
et qui ont commencé à s’acquitter de leurs mensualités avant même de
disposer de leur bien, la situation paraît plutôt kafkaïenne.
Alors, finalement,
quelle est la politique que veut adopter le gouvernement ? Réduire
le montant des importations ? C’est bien, mais il y a tant d’autres
domaines où il est possible d’encourager la production nationale
pour endiguer le recours systématique à l’importation ! Il y a le
médicament, où les mesures prises sont, à ces jours, minimalistes.
Dans ce domaine
aussi, l’Etat a fait montre d’une instabilité chronique dans la
décision, ce qui a encouragé les importateurs liés à des
multinationales pharmaceutiques. En supprimant l’obligation
d’investir pour les importateurs au bout de deux années d’existence,
comme cela a été fait en 2006, l’Etat a fortement donné l’impression
que le marché algérien est ouvert sans restriction.
Surtout que, en
parallèle, aucune aide n’était accordée aux opérateurs algériens,
publics et privés, du secteur de la pharmacie. Il faut donc des
mesures bien plus volontaristes pour inverser la vapeur. En
attendant, nous restons dépendants à plus de 65% des importations de
médicaments.
Gageons que la
future taxe va infléchir la courbe des achats de véhicules, mais pas
pour longtemps. Si le citoyen pense qu’il devra payer plus cher pour
acquérir son véhicule, il le fera sans hésiter.
Par Abdelkader
Djalil
Haut
Augmentation de la taxe sur les véhicules neufs
Sale temps pour
les concessionnaires
C’est dans moins
d’une semaine, lors d’un conseil des ministres, que le président de
la République tranchera sur une proposition portant augmentation de
la taxe sur les véhicules neufs, dans le cadre de la loi de finances
complémentaire 2009.
Cette nouvelle
taxe viendra s’ajouter à celle en vigueur depuis juillet 2008. La
taxe actuelle concerne les véhicules importés par des particuliers
ou achetés auprès des concessionnaires automobiles locaux. Elle
varie entre 50 000 dinars et 150 000 dinars. On parle déjà d’une
taxe qui sera la même que celle introduite l’année dernière. Si
elle est retenue, les acquéreurs devront débourser entre 100 000 et
300 000 dinars supplémentaires, en fonction de la cylindrée
(puissance fiscale) et de la carburation (diesel ou essence) de la
voiture.
A noter que les
concessionnaires automobiles vendent plus de 200 000 véhicules par
an en Algérie. A ce titre, le ministre des Finances a appelé ces
derniers à venir investir en Algérie pour la fabrication et le
montage d’automobiles. C’est ainsi que le gouvernement semble
déterminé à maintenir la pression sur les concessionnaires. Dans ce
cadre, le ministre des Finances, Karim Djoudi, avait déclaré que «la
loi de finances complémentaire a un seul objet, apporter un
complément aux crédits mis dans la loi de finances initiale et
fondamentalement apporter des dispositions légales en termes de
régulation du commerce intérieur et des importations au bénéfice de
l’économie nationale». Selon lui, ces nouvelles mesures visent à
favoriser la croissance économique et l’investissement en Algérie.
De leur côté, les concessionnaires, qui se plaignent d’une légère
baisse de la demande suite aux taxes introduites en 2008 sur l’achat
de véhicules neufs, ne cachent pas leur inquiétude. Ils attendent
que la décision soit effective pour organiser la riposte. A rappeler
qu’en 2008, ils avaient tenté de faire reporter l’application de la
mesure, mais sans résultat. En attendant, certains ont opté pour
des mesures pour le moins directes avant l’officialisation et
l’application de cette décision, craignant qu’elle ne constitue un
frein de plus et de taille aux ventes de véhicules. Dans ce cadre,
ils ont mobilisé tous leurs agents commerciaux et leurs lignes
téléphoniques pour faire un maximum de ventes et surtout de chiffre
d’affaires durant le peu de temps qui leur reste. Il faut savoir que
plus de 10% des importations algériennes sont assurées par le
secteur automobile. A cet effet, l’exécutif cherche à réduire la
facture des importations à tout prix et limiter la progression du
parc automobile.
Il veut également
pousser les constructeurs à engager des investissements pour monter
localement les véhicules, mais d’une manière ou d’une autre, le
citoyen sera pénalisé par cette augmentation de taxe sur les
véhicules neufs et n’aura qu’à se rabattre sur le marché de
l’occasion qui profitera de cette mesure pour augmenter ses prix et
ses ventes.
Par ailleurs, le
texte portant loi de finances complémentaire de 2009 sera promulgué
par ordonnance présidentielle, selon des sources du ministère des
Finances. Selon une première lecture de ce choix, il y aurait une
volonté d’éviter la polémique au sein du Parlement, notamment en ce
qui concerne l’augmentation de la taxe sur les véhicules neufs qui
figure comme une proposition dans ce nouveau texte dans le but de
barrer la route aux concessionnaires qui n’ont apparemment pas revu
à la baisse les importations de véhicules, malgré la taxe introduite
dans la loi de finances complémentaire de 2008 puis la loi de
finances de 2009.
A rappeler que
malgré le débat houleux qu’a suscité cette taxe avec le refus même
du parti majoritaire de l’Assemblée populaire nationale, d’autant
que le citoyen sera pénalisé de son côté par cette nouvelle charge,
la majorité de l’Alliance présidentielle a été obligée de faire
passer cette procédure afin de ne pas bloquer tout un budget de
l’Etat. A cet effet, le même scénario sera vécu probablement lors
de la session d’automne du parlement.
Par Nacera
Chenafi
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Recherche scientifique
Retour aux
bonnes méthodes
Les assises
nationales de la recherche scientifique, tenues les 14-15 et 16
juillet, ont confirmé l’abandon de la recherche fondamentale en
Algérie au profit de la recherche appliquée. Dans un pays qui manque
de tout et surtout de mise à niveau technologique, la décision
montre qu’on avance enfin dans la bonne direction.
L’Etat ne
financera donc plus de projets de recherche théorique et concentrera
ses efforts sur ce qu’on appelle la recherche visant le
développement de connaissances scientifiques qui sont à transférer,
à adapter et à améliorer. Le principe a déjà été retenu dans le
cadre de la loi-programme de 1998-2002, une première expérience
extrêmement concluante, et qui avait vu le gouvernement financer des
projets de recherche appliquée limités à six mois de travaux, et non
plus ouverts sur d’interminables délais. De plus, les projets ont
été dotés d’objectifs précis et simples : développer le produit de
la recherche scientifique faite à l’étranger et parvenir ainsi au
double objectif de maîtriser davantage les connaissances théoriques
et réduire le fameux fossé entre l’Université et l’entreprise. C’est
ainsi que plusieurs universités du pays et autres centres de
recherche se sont mis en lien avec des organismes ou des entreprises
nationaux. Beaucoup d’Algériens ignorent, par exemple, que les
premiers satellites algériens, Alsat et Alsat 2 sont le fruit d’un
bond historique de la recherche scientifique algérienne qui a su
profiter de l’aide étrangère. Peu savent, également, que le système
de surveillance des grandes villes, à mettre en place par la DGSN,
et notamment à Alger, est le produit du travail fait par des
compétences algériennes du Centre de développement des technologies
avancées (CDTA), et qu’il ne s’agit pas d’un système acheté clé en
main de l’étranger. D’autres centres nationaux ont été ainsi dotés
d’enveloppes budgétaires conséquentes qui ont permis de relancer
leur activité après une léthargie de dix ans, surtout avec le départ
massif des grands diplômés vers l’étranger, que ce fût pour des
raisons économiques ou sécuritaires. On pourrait en citer le Centre
de recherche sur l’information scientifique et technique (Cerist),
l’Agence nationale de valorisation des résultats et du développement
technologique, l’Institut national de la recherche agronomique
d’Algérie, le Centre de développement des énergies renouvelables, le
CRAAG, le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle
ou encore l’Office national de recherche géologique et minière (ORGM).
En langage
chiffré, ladite loi-programme a permis la mise en œuvre de 27
programmes nationaux de recherche, l’agrément et le financement de
5244 projets de recherche et l’exécution de 217 projets de recherche
dans le cadre de conventions et accords internationaux, la mise en
place de 21 comités sectoriels, l’agrément de 680 laboratoires de
recherche et l’érection de 19 centres et instituts de recherche au
statut d’EPST. Des performances surprenantes, mais hélas peu connues
du grand public.
Valoriser le
chercheur
Après une
étape-bilan et le temps de quelques réformes dans le secteur de
l’enseignement supérieur et celui de la recherche scientifique,
notamment au plan de l’organisation et de la valorisation des
compétences, où le nouveau statut du chercheur a occupé une place
centrale, les pouvoirs publics reviennent aujourd’hui aux bonne
méthodes qui ont fait leurs preuves et démontré l’efficacité des
voies pragmatiques. D’autant que la recherche appliquée, au
contraire de celle fondamentale, permet de meilleurs liens avec les
organismes étrangers, sous la forme d’échanges, de formations, de
recherche associée et jette des ponts avec le monde de l’entreprise.
La justesse de la
démarche antérieure a été donc admise et c’est ce que l’on a eu le
loisir de constater durant les récentes assises nationales sur la
recherche scientifique, tenues à l’UDES, à Bousmaïl et à l’hôtel
Mazafran, sous la forme d’ateliers thématiques. Ces journées,
dénommées plus précisément les assises des chercheurs permanents,
preuve que cette catégorie de compétences a changé de statut,
devaient servir à dresser un état des lieux de la recherche
scientifique et du développement technologique dans les centres et
unités de recherche. Leurs forces et faiblesses ont été passées en
revue afin d’améliorer «l’interaction du système de recherche avec
les besoins de développement socioéconomique». Si l’intitulé est
quelque peu généraliste, les débats et conclusions de ces journées
ont toutes insisté sur l’orientation de la recherche scientifique en
Algérie vers des projets de développement inscrits dans les domaines
hors hydrocarbures et devant s’inscrire au service d’une économie
diversifiée. Mais pour ce faire et pour aller plus loin que ce qui a
été réalisé dans le cadre de la première loi-programme (1998-2012),
il s’avère que le capital global de la recherche scientifique
algérienne est en deçà de telles ambitions. Les participants à ces
journées n’ont pas manqué, du reste, de souligner l’urgence
de renforcer et optimiser nos moyens, avec en premier lieu le
potentiel humain, par des compétences confirmées et de qualité
soutenue et en symbiose avec nos universités et les structures de
recherche internationales. Et de demander ce que le ministère de
tutelle s’engage désormais à réaliser, à ce que l’investissement
public dans la recherche scientifique soit mis en adéquation avec
les objectifs et plans de développement des entités de recherche.
L’insistance sur
le facteur humain est perceptible également par la quête, au
bénéfice du chercheur, d’un environnement plus incitatif. Il est
heureux de constater, à ce niveau, que l’on ne parle pas que de
logement et de fiche de paie du chercheur, bien qu’il est prévu de
solutionner durablement ce volet, mais de lui offrir une perspective
et les moyens d’exprimer et de développer ses connaissance par la
création de synergies internes et la mise en lien des compétences
locales avec celles installées à l’étranger.
A priori, il
semble que le gouvernement ait abandonné l’illusion d’un retour
massif de la diaspora, mais admet la possibilité d’offrir une
collaboration permanente à celle-ci avec les centres de recherche
algériens par le biais de participations limitées dans le temps et
bâties autour de projets concrets.
Quant aux ponts à
jeter avec les organismes étrangers, il est question de booster la
recherche appliquée et la recherche développement par la formation
et le perfectionnement des chercheurs algériens dans le cadre de
partenariats avec les écoles doctorales et les universités. Des
formules souples sont dégagées, garantissant une mobilité de et vers
les secteurs industriels et universitaires. On accepte même le
principe de «l’année sabbatique» pour les chercheurs permanents qui
peuvent désormais enseigner et encadrer. Dans cette dynamique, le
département de Mme Bendjaballah compte impliquer pas moins de 4000
chercheurs permanents pour la période 2008-2012 (on ne savait pas
que l’Algérie en comptait autant, avec tout ce qui s’écrit sur la
fuite des cerveaux…). Un effort qui demande des ressources non
négligeables, mais qui, fort heureusement, peuvent être puisées dans
l’enveloppe des 100 milliards de dinars dégagés par le président
Bouteflika au bénéfice de la recherche scientifique pour les cinq
prochaines années.
De l’argent et
des résultats
Sur cette période,
il est attendu que plus de cent projets soient définis pour
renforcer «les bases d’une société de la connaissance». Deux
priorités sont assignées à cette loi. Il s’agit de la contribution
de la communauté scientifique à la prise en charge des problèmes de
développement économique social et culturel du pays et la formation
par la recherche d’un nombre substantiel d’enseignants chercheurs
(28 000) et de chercheurs permanents (4000) afin d’atteindre les
normes internationales en termes de masse critique dans l’ensemble
des domaines de la recherche.
De même, cette
loi-programme dicte la création d’un organe national directeur
permanent dénommé Direction générale de la recherche, la création
d’agences thématiques de recherche, la mise en place d’un Comité
national d’évaluation, la mise en place de pôles d’excellence, la
création de services communs et enfin l’acquisition de grands
équipements scientifiques.
Dans ce cadre, le
gouvernement a projeté pour les cinq années à venir un programme de
travail devant, notamment, permettre de recentrer les programmes
nationaux de recherche autour des préoccupations nationales
prioritaires et de programmes transversaux, et de poursuivre à
travers ce qu’on appelle les «réseaux thématiques», la mise en
synergie des compétences et des moyens de la recherche scientifique
relevant des universités, des centres de recherche, des agences et
des entreprises économiques.
S’agissant de la
répartition du budget des 100 milliards de dinars (plus de 1,5
milliard de dollars), la priorité sera de faire faire un saut en
avant à l’université algérienne et de lui redonner vie et âme en la
faisant renouer avec sa vocation. Cela est appelé à se traduire par
la réalisation de 1000 espaces de recherche au sein des
établissements universitaires. De plus, d’autres centres sont
appelés à être créés à travers le pays.
L’on cite les deux
centres régionaux de transfert technologique (centre et ouest),
trois centres régionaux d’analyse physico-chimique (est, ouest et
sud), trois autres de maintenance technologique, encore trois autres
centres de fabrication de dispositifs et de composants
technologiques, ainsi que le centre national de chimie verte à Oran,
le centre de modélisation et de simulation às Alger, une multitude
de centres régionaux de documentation, le fameux centre dédié à
l’énergie solaire à Sidi Abdallah et la réalisation d’études pour un
certain nombre de technopoles. Ça promet !
Par Nabil
Benali
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Gestion des ressources et des territoires et défis du
développement durable
L'aménagement
du territoire, creuset de la bonne gouvernance
La notion
d’aménagement du territoire telle qu’elle est déclinée, entendue et
mise en application dans les pays industrialisés regroupe les
concepts de développement durable, de décentralisa-tion et de bonne
gouvernance.
C’est une
véritable passerelle notionnelle et de politique de développement
vers laquelle converge un faisceau d’axes où s’imbriquent le mode de
gestion de l’espace, la division du territoire, la gestion des
ressources naturelles, la répartition des populations, la
distribution des infrastructures de communication et de dessertes,
la production et la consommation de l’énergie, les politiques
industrielle, agricole et touristique et la gestion
environnementale. En Algérie, malgré les idées généreuses et
innovantes développées par le ministère de l’Aménagement du
territoire, de l’Environnement et du Tourisme depuis une dizaine
d’années, la politique de l’aménagement du territoire continue à
souffrir des incohérences et du déficit de coordination qui grèvent
les politiques sectorielles. Ces dernières, malgré les échecs
patents de beaucoup de projets en raison de la distance qu’ils ont
prise par rapport aux implications et relations dialectiques censées
les soutenir et les animer avec d’autres projets, continuent à
«enfourcher» solitairement chacune leur cheval. Pourtant, au niveau
des wilayas, il existe une instance – qui fait partie de l’exécutif
– supposée être la colonne vertébrale de l’administration
départementale. Il s’agit de la direction de la planification et de
l’aménagement du territoire (DPAT). Étrange paradoxe, cette
institution se trouve être parfois une simple «boite postale» pour
l’inscription, au sens comptable, des plans de développement
sectoriels (PSD). Outre les inscriptions des actions, elle les
réévalue éventuellement selon l’évolution des marchés et sur
proposition de la direction maître de l’ouvrage. Pendant le reste de
l’année, elle suit les consommation des crédits de payement (CP) et
les réoriente selon les besoins circonstanciels des directions. La
notion d’aménagement du territoire y est complètement évacuée. Déjà,
sur le plan des ressources humaines, la DPAT est souvent confrontée
à un déficit manifeste en techniciens et cadres répondant aux
profils de l’aménagement du territoire (écologistes, aménagistes,
géographes, urbanistes, paysagistes, démographes…). En matière de
statistiques, cette institution se contente – pour élaborer les
monographies annuelles – de reprendre les chiffres des directions
techniques de la wilaya ou des APC. Même si elle est tentée de
vouloir affiner les chiffres ou en obtenir d’autres d’une autre
nature, elle n’en a pas les moyens matériels et la ressource humaine
nécessaires.
Du fait de cette
situation peu reluisante et peu claire, des aberrations et des
distorsions naissent lors des inscriptions de programmes de
développement. On est souvent amené a appliquer des coûts standards
pour des projets situés sur des reliefs et des sites forts
différents. La justification d’une éventuelle différenciation ne
peut pas être défendue du fait d’absence d’études ou de normes
techniques sur lesquelles s’appuierait cette institution.
Un passif et
des distorsions
Au niveau du
ministère de l’Aménagement du territoire, la réflexion du début des
années 2000 a abouti au Schéma national de l’aménagement du
territoire adopté en 2004. Celui-ci a pour ambition de projeter
l’Algérie aux horizons de 2025. Cette projection s’articule autour
de l’espace, de la répartition des populations et de la gestion des
ressources de façon à obtenir un développement rationnel, harmonieux
et intégré qui s’appuie sur les vocations des sites et des régions,
valorise les potentialités et domestique les contraintes.
Même si les
structures administratives et les services techniques chargés de ce
secteur important de l’économie nationale ont été installés depuis
longtemps, au même titre que tous les autres services ayant
simultanément les attributs techniques et de puissance publique,
l’action et l’efficacité sur le terrain laissaient à désirer,
particulièrement à l’ombre de la rente pétrolière, pendant les
décennies 70 et 80 du siècle dernier, où aucune espèce d’imagination
ou de créativité n’était exigée des cadres et techniciens qui
étaient chargés de l’administration spatiale de l’économie nationale
et des équilibres naturels basés sur la gestion rationnelle des
ressources.
Le déséquilibre de
la répartition spatiale de la population, des investissements et de
la gestion des ressources – ce dernier terme étant entendu ici dans
son acception la plus large qui recouvre le capital foncier et ses
gisements (hydraulique, minier, agricole, faunistique,
floristique,…) – constitue, aux yeux des économistes et des
aménagistes, l’un des points noirs de la politique de développement
du pays depuis l’indépendance. Même si la terminologie moderne
impose son lexique – aménagement du territoire, développement
durable, sauvegarde de la biodiversité – qui fait florès au sein des
bureaux d’études et des départements techniques de certains
ministères, les préoccupations relatives à la gestion des
territoires ont accompagné les différents plans de développement des
pays avancés et de beaucoup d’autres pays dits émergents. L’Algérie,
qui s’est dotée depuis les années 1970 de structures administratives
inhérentes à l’aménagement du territoire, s’est rapidement laissée
griser par la rente pétrolière qui a permis une urbanisation
effrénée et anarchique, suivie de pôles industriels autour de
certains grandes villes. Cette situation a drainé des populations de
l’arrière-pays montagneux et steppique au point où l’exode rural est
devenue une réalité avec laquelle il faut compter dans tous les
autres programmes de développement.
Une politique
en porte-à-faux
Ayant peu intégré
la notion d’aménagement du territoire dans ses différents programmes
de développement, l’Algérie vit ce déficit de vision spatiale de
développement (territoires et ressources) comme un handicap majeur
compromettant la mise en synergie du capital humain avec le milieu
dans lequel il vit. Ce genre de distorsion se traduit par la
disparité des degrés de développement des régions du pays,
l’instabilité chronique des populations actives appelées à gagner
leur vie là où l’offre d’emploi est la plus présente et des
réactions culturelles (intégrisme religieux, retard dans la
formation de la «citadinité»…) qui expriment une tension à la limité
du pathologique. En effet, la répartition géographique de la
population et sa mobilité inscrite dans l’espace et dans le temps
induisent des comportements et des attitudes particulières quant à
la manière dont sont appréhendés, intériorisés et vécus les éléments
de l’environnement. La symbiose qui a pu s’établir en Algérie entre
l’homme et la nature avant les grands bouleversements coloniaux et
les profonds changements apportés par l’indépendance du pays n’est
sans doute plus qu’un souvenir que ravive l’imaginaire collectif
dans une situation fort tendue où ni l’individu ni la communauté ne
trouvent leur compte.
En tout cas, le
cadre de vie façonné par une «modernité» problématique car pleine de
contradictions et de comportements à l’hybridité oppressante tend de
plus en plus à échapper aux hommes et aux structures administratives
si bien que de lourdes menaces commencent à peser sur l’ensemble de
la collectivité.
La concentration
démographique, industrielle et commerciale a élu domicile dans la
partie la plus septentrionale du pays, à savoir la bande côtière
limitée par l’Atlas Tellien. Plusieurs facteurs historiques,
climatiques et sociologiques peuvent expliquer cette “préférence’’
de vivre sur un territoire spécifique au détriment du bon sens et de
la rationalité. Ces distorsions ont amené la densité de la
population à avoisiner une moyenne de 300 habitants/km2 (avec des
pics de 500 habitants/km2) dans les wilayas du Nord tandis que sur
les Hauts Plateaux, elle descend parfois au-dessous de 50
habitants/km2. Les territoires du Sud, en revanche, enregistrent les
densités les plus faibles allant de 10 à 20 h/km2.
Tous les indices
montrent un engorgement de la partie Nord du pays. La concentration
des activités économiques y a créé des problèmes de circulation
presque insurmontables (le nombre d’accidents de la route est dans
ce cas un des indices majeurs) d’autant que le réseau de chemin de
fer n’a subi aucun changement depuis l’époque coloniale, se
réduisant presque à l’unique voie maghrébine Oujda-Tunis. D’autres
problèmes d’infrastructure et d’équipement annoncent une asphyxie
prochaine de la bande littorale (AEP, décharges publiques, réduction
drastique des réserves foncières pour les programmes d’équipement…).
La devise d’ ‘’équilibre régional’’ arborée pendant des années –
sous couvert de plans quadriennaux et de plans spéciaux – est, on en
convient aujourd’hui, un slogan creux qui ne servait que de façade
politique à des clientèles qui se disputaient le lobbying dans les
hautes sphères du pouvoir.
L’Algérie, avec un
volontarisme et un populisme effrénés, avait investi dans la
construction industrielle et l’urbanisation, à telle enseigne que le
visage du pays – panorama rural, tissu urbain, rythme de vie – se
trouve complètement chamboulé au bout de quatre décennies. Ce
processus a été rendu possible par les disponibilités financières
issues de la rente pétrolière. C’est pourquoi, du fait de son
ampleur et de sa rapidité, il n’a été ni intériorisé ni, à plus
forte raison, bien conduit dans ses aspects pratiques et
domestiques.
Exode et
‘’rurbanisation’’
Sur le territoire
des campagnes algériennes, les flux d’exode des populations ont
entraîné avec eux l’insouciance des autorités locales quant aux
actions de développement. Des pistes sont restées non bitumées
pendant une trentaine d’années. Les anciennes routes ouvertes par le
génie militaire français pour les besoins de la guerre et qui
avaient desservi aussi des bourgades que des villages sont tombées
en ruine. Le retard d’électrification, d’adduction d’eau potable,
d’assainissement et de raccordement au téléphone n’encourage pas les
anciens habitants à retourner chez eux. Et, raison capitale, aucune
politique de l’emploi en milieu rural, basée sur l’agriculture,
l’élevage et l’artisanat n’avait été initiée. La rente pétrolière,
dont les effets ont commencé à se faire sentir dès les années 1970,
pouvait suppléer à toutes les paresses. Cette manne du sous-sol
algérien a permis tous les errements ! Même dans les anciens
‘’villages socialistes agricoles’’ (VSA), l’emploi agricole est
devenu minoritaire : les gens sont versés dans l’économie
informelle, le transport clandestin et le fonctionnariat. C’est un
véritable échec ‘’planifié’’ qui a gangrené la société et l’économie
en général. Comme si cela ne suffisait pas, la dernière décennie du
vingtième siècle a mis sens dessus dessous une situation qui tenait
déjà d’un véritable capharnaüm algérien suite à la subversion
islamiste, dont l’ascension idéologique et messianique doivent
beaucoup, selon l’analyse de feu Mostefa Lacheraf, au déracinement
de la société algérienne ayant subi l’exode rural, et les problèmes
sociaux s’en trouvent amplifiés.
Il en résulte que
la demande en logement va crescendo et épouse une courbe
exponentielle sans fin. En outre, le déséquilibre de la répartition
démographique caractérisant le territoire national – la zone côtière
se trouve surchargée par rapport aux Hauts Plateaux et au sud du
pays – ajouté à la consommation effrénée des terres agricoles pour
les besoins du béton, font peser, à moyen terme, un lourd danger au
cadre général de vie des Algériens et à l’environnement immédiat,
déjà bien mis à mal par toutes sortes de pollutions et de
‘’rurbanisations’’. Au lieu que les autorités et les techniciens
algériens consacrent leurs efforts à la réflexion sur un meilleur
cadre de vie en améliorant la qualité du bâti, l’architecture des
immeubles et l’embellissement des espaces secondaires de nos cités,
ils se voient réduits à faire de sempiternels calculs en millions
d’unités d’habitation à délivrer à des dizaines de millions de
demandeurs.
Et c’est un cycle
infernal qui ne pourra être jugulé que par une vision globale,
rationnelle et cohérente de l’économie et de l’aménagement du
territoire.
Anticiper les
ruptures et œuvrer à la décentralisation
Il s’ensuit que,
contrairement aux pays industrialisés, les critères environnementaux
ne sont pris en charge qu’au cours de ces dernières années. Et
encore, cela s’est fait généralement suite aux conditionnalités
accompagnant certains programmes de développement financés par des
institutions étrangères (PNUD, BIRD, FAO). Mieux vaut tard que
jamais, ces tests commencent à donner leurs fruits en instaurant une
certaine pédagogie dans le montage des projets, y compris ceux
managés par des entreprises privées. Il devient de plus en plus
impératif de faire accompagner n’importe quelle activité économique
de ses variables environnementales dans l’objectif d’atténuer les
effets ‘’secondaires’’ susceptibles d’être induits par les
programmes de développement. En tout cas, pour la majorité des
bailleurs de fonds, la sensibilité à l’aspect écologique du
développement fait désormais partie du coût des projets qu’il
importe de porter sur le tableau des bordereaux des prix et des
devis en tant que rubrique générant une charge vénale
incompressible.
Le SNAT (Schéma
National d’Aménagement du Territoire) est conçu en tant qu’outil de
gestion et de prospective ; il est initié par le ministère de
l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement à partir des
observations et de constat d’impasse en matière d’organisation
spatiale de l’économie algérienne. Ce schéma est présenté par ses
promoteurs comme pouvant «anticiper les ruptures et les risques
pesant sur l’espace algérien en tant que lieu de vie à protéger et à
préserver».
Il a pour but de
fixer, pour une population de 35 millions d’habitants en 2010, les
grandes orientations spatiales en matière d’investissement et de
politique de développement, localisation des infrastructures de base
et des équipements publics, voies de communication, ouvrages
hydrauliques, zones à urbaniser, zones touristiques… comme il
prévoit aussi les actions qui pourront valoriser les espaces
particuliers caractérisés par une sensibilité exceptionnelle comme
les zones littorales, les couloirs steppiques, les zones
désertiques, les franges frontalières et les zones de montagne.
Outre les vieilles
revendications de certaines formations politiques relatives à la
décentralisation ou régionalisation (le sens conféré aux termes
demeure entouré d’un certain flou artistique en l’absence d’un vrai
débat), au moins à quatre reprises pendant les deux dernières
années, les hautes autorités ont, au cours de l’étude de certains
dossiers particuliers, suggéré – en filigrane ou d’une manière
expresse – la nécessité d’une plus grande ‘’justice’’ territoriale,
impliquant équité et harmonie de développement, ainsi qu’une
déconcentration plus hardie des pouvoirs au profit des collectivités
locales et des communautés. Le plus vieux dossier en la matière
demeure sans aucun doute celui des codes de la commune et de la
wilaya promis à de profondes réformes par le ministère de
l’Intérieur depuis le début des années 1990. Les rôles et missions
des assemblées locales (APC et APW) et l’articulation de leurs
activités avec celui de l’administration (chef de daïra, wali) ont
besoin plus que jamais de nouvelles définitions et requièrent une
vision rénovée par rapport aux enjeux du développement local. L’Assemblée
populaire nationale sera, en principe, sollicitée, d’après les
déclaration d’Ahmed Ouyahia devant les députés de l’APN en juin
dernier lorsqu’il a présenté le plan d’action du gouvernement, pour
l’examen de ces codes.
Au cours d’une
réunion walis-gouvernement tenue en décembre 2006, le thème de la
décentralisation a fortement prévalu dans les débats en se
focalisant sur les rôles et missions du wali en tant que premier
représentant de l’État, premier magistrat de sa province, mais aussi
agent de développement. Le courroux du président de la République
suscité par les résultats médiocres réalisés par certaines wilayas
en matière de développement était surtout dirigé contre une certaine
forme d’organisation et de gestion des ressources humaines qui, en
adoptant comme modèle le monopole de la décision et l’arrogance dans
le comportement, annihile toutes les énergies susceptibles de faire
la jonction avec la société et la communauté pour une vision plus
harmonieuse, plus intégrée et plus participative du développement.
Pour ce qui est du
nouveau projet de la division administrative du pays tel que
rapporté par des indiscrétions de presse, on ne sait dans quel
proportion il pourra satisfaire aux vœux de décentralisation telle
qu’elle est défendue par une certaine élite politique et
intellectuelle du pays. Prendra-t-il en considération les
propositions de la Commission des réformes des structures de l’État
– animée par Missoum S’bih au début des années 2000 – en matière de
décentralisation ? Une chose paraît certaine : dans la typologie
actuelle des structures de l’État – grevée d’une impasse sociale,
économique et administrative due centralisatrice outrancière –, ni
l’économie du pays, ni la gestion des affaires administratives, ni
la société ne trouvent réellement leur compte. Partout dans le
monde, la gestion centralisée a montré ses limites, et la meilleure
solution est d’anticiper les changements pour ne pas avoir à les
subir de façon douloureuse, voire dramatique.
Par Saâd
Taferka
Haut
Les Hauts Plateaux
Disparités et
volonté de rattraper les retards
Vaste territoire
oblong de plus de 200 000 km2, le territoire des Hauts Plateaux est
caractérisé par un couvert végétal squelettique (steppe), un climat
rude (fortes amplitudes thermiques) et une densité démographique
faible entraînant une dispersion de l’habitat et un défi des
infrastructures et équipements.
Le choix porté par
les hautes autorités du pays pour développer ce long couloir d’une
longueur de 1500 km remontent aux années 1970 lorsque le président
Boumediene, dans sa vision où se mêlaient gigantisme et
volontarisme, voulait installer ‘’sa’’ capitale à Boughezoul, un ‘’quatre-chemins’’
désertique situé sur la RN1, et à équidistance entre quatre grandes
villes aux quatre points cardinaux : Alger-Djelfa-Tiaret-M’sila. Des
études ont été engagées sur plusieurs années, puis c’est le silence
radio. Ce n’est qu’avec Cherif Rahmani, ministre de l’Aménagement du
Territoire, et Ahmed Ouyahia, Premier ministre, que le projet sera
exhumé au début des années 2000, et ce, dans le cadre des nouvelles
villes dont fait partie Sidi Abdellah, dans la banlieue sud-ouest
d’Alger. Mais les défis des Hauts Plateaux ne peuvent se réduire à
la construction d’une grande ville, dût-elle être une nouvelle
capitale. Au milieu des années 1980, des jeunes appelés du service
national furent mobilisés dans des GTVF (groupements de travaux de
voies ferrées) pour installer la ligne de chemin de fer de la rocade
des Hauts Plateaux. L’expérience s’arrêta au niveau du tronçon
Batna-M’sila. Il en fut de même avec le Barrage vert, toujours
dirigé par l’ANP, destiné à installer sur les piémonts des Hauts
Plateaux une ceinture verte pour arrêter le phénomène de
désertification. Des choix techniques et une mauvaise prise en
charge des données socioéconomiques et des réalités sociologiques de
la région conduit à relativiser fortement l’impact de cet ouvrage
dont les travaux se sont arrêtés au début des années 1990. Il faut
dire que toutes ces actions s’apparentent à un cautère sur une jambe
de bois du fait que ce sont des solutions trop fragmentaires et trop
émiettées – dans l’espace, dans le temps et dans la logique
d’enchaînement rationnel – pour prétendre réhabiliter d’immenses
espaces frappés par une crise multidimensionnelle et qui sont
supposés alléger la pression sur les territoires du littoral et du
Tell intérieur.
En quoi le
programme complémentaire des Hauts Plateaux adopté en Conseil des
ministres en février 2006 avec une enveloppe budgétaire de 620
milliards de dinars diffère-t-il des anciens plans ou projets
destinés à ce territoire ? Après trois ans d’application de ce
programme, il y a lieu de lui reconnaître une certaine cohérence de
vision aussi bien socioéconomique que spatiale (aménagement du
territoire). En effet, sa multisectorialité est l’une des garanties
que veut se donner le président de la République pour la réussite
d’un grand projet qui s’apparente à un véritable défi. Aucun secteur
de développement n’a été omis dans l’architecture du nouveau
projet : Urbanisme et Construction (programmes de logements),
Travaux Publics (routes nationales, départementales, ponts,
viaducs), Agriculture et Forêt (élevage, céréaliculture, cultures
irriguées, pistes, travaux sylvicoles, corrections torrentielles,
fixation de berges), Hydraulique (forages, retenues, captage de
sources, canaux d’irrigation), Santé (hôpitaux, centre de santé),
Industrie et Énergie (électrification rurale, éoliennes,
raccordement au gaz de ville), Éducation (lycées, CEM, écoles
primaires), Culture (centres culturels et de loisirs, cybercafés,
salles de cinéma), Transport (chemins de fer)…etc.
Zones de
montagne : la fin de l’isolement ?
Parmi les espaces
les plus problématiques en matière d’administration territoriale,
d’investissement économique et de gestion des ressources, la
montagne est celle qui présente le plus de complexité. Sur
l’ensemble du territoire algérien, la montagne représente 3,66% de
superficie, soit 8 millions d’hectares. Cependant, par rapport aux
zones les plus habitées du pays, à savoir la bande allant de la côte
aux portes des Hauts Plateaux, le système montagneux représente 60%
du territoire. Il est habité par environ 9 millions de personnes, ce
qui représente 32,7% de la population totale du pays. Ces chiffres
ont été livrés à la presse lors de l’installation, en septembre
2006, du Conseil national de la montagne par M. Chérif Rahmani,
ministre de l’Aménagement du Territoire, de l’Environnement et du
Tourisme. Ce Conseil a pour mission de promouvoir et d’aménager les
différentes zones de montagne, de définir les activités spécifiques
à cet espace et de coordonner l’action des divers acteurs y
intervenant.
La gestion des
zones de montagne a été débattue au niveau du ministère de
l’Agriculture en juillet 2008. Cet important axe de développement
qui fait combiner le soutien à l’agriculture traditionnelle, la
nouvelle notion de développement rural durable et la promotion de la
biodiversité a déjà été mis sur la table par les pouvoirs publics au
début des années 1980 sans que qu’il ait le prolongement pratique
souhaité sur le terrain. Hormis les expériences, par ailleurs très
concluantes, des opérations de défense et restauration des sols
(DRS) menées sur les terrains en pente (gradins, banquettes plantées
en arboriculture fruitière) jusqu’au milieu des années 1970, peu de
projets peuvent se prévaloir d’une quelconque réussite qui puisse
améliorer sensiblement le niveau de vie des populations ciblées. Le
propre des montagnes maghrébines, particulièrement de l’Atlas
tellien, est leur densité démographique. Dans certaines zones, comme
la Kabylie, les Aurès, les Bibans et les Babors, la ‘’masse
critique’’ est atteinte depuis longtemps. De même, il importe de
savoir que certaines wilayas du Nord d’Algérie ont plus de 60% de
leur territoire composé de montagnes. Tizi Ouzou, Béjaïa, Skikda,
Jijel sont parmi les régions les plus montagneuses d’Algérie avec
une pression démographique des plus fortes (densité allant jusqu’à
500 habitants au km2). Les statistiques de la wilaya de Jijel
donnent une proportion de 82% de territoires montagneux sur la
superficie totale de la wilaya. Des spécialistes ont établi le
diagnostic des dégradations qui commencent à affecter sérieusement
la montagne algérienne. Ces dégradations ne résultent pas toujours
des effets d’un développement inadéquat, mais il est aussi le
produit de ce que les aménagistes appellent la ‘’stratégie de
survie’’ des populations. En effet, confrontés à la misère et à
l’enclavement, les populations, avant de se résoudre à l’exode et au
déracinement dans les villes, s’emploient à exploiter au maximum les
ressources naturelles au-delà de toute rationalité jusqu’à
compromettre leur régénération et entraîner d’autres dommages
‘’collatéraux’’ difficilement réparables.
La déforestation
et l’urbanisation anarchique ont entraîné la réduction des espaces
cultivables et l’accélération de l’érosion des terrains de montagne.
Ce dernier phénomène, outre qu’il annihile l’offre fourragère et
arrache la meilleure couche arable du sol, constitue un danger pour
certaines infrastructures qu’il déstabilise (routes, rail) ou dont
il réduit les capacités de rétention (barrages hydrauliques).
D’autres corollaires, à plus ou moins brève échéance, sont encore
induits : disparition de certaines niches écologiques, amenuisement
de la biodiversité, régression de l’attractivité touristique et
dépeuplement des hameaux et bourgades de la montagne. L’exode rural
a fini par compliquer et exacerber la crise dans les villes sans,
pour autant, diminuer le rythme de dégradation des zones de
montagne.
Le Sahara à
l’honneur
En 2006, le
gouvernement algérien a adopté un programme de développement
spécifique au grand Sud. Après les demi-mesures des années 1990
consistant à faciliter les investissements dans cette gigantesque
zone du territoire national par des exonérations fiscales et un
accès facile au foncier, le constat a été fait que les
infrastructures et les équipements publics qui relèvent de la
responsabilité de l’Etat sont très lacunaires. Routes, électricité,
chemin de fer, grandes transferts hydrauliques, viabilisation des
sites d’investissements et d’autres domaines d’intervention de
l’Etat sont jugés comme étant les vrais fondements d’une politique
de revitalisation des espaces désertiques pouvant, à terme, attirer
les investisseurs privés dans les différentes branches de
l’économie.
L’intérêt accordé
à cette partie du territoire national- qui représente environ 80% du
territoire et qui produit la première et presque unique richesse
d’Algérie- n’a jamais été à la hauteur des ressources qui y sont
produites ni des potentialités avérées mais restées en friche que
recèle le Sahara algérien. Depuis la réalisation de la
transsaharienne dans les années 1970, aucune infrastructure de
taille n’est venue faciliter la vie des populations du Sud ou
renforcer la mobilisation des facteurs de développement et de
production.
Il n’est sans
doute pas admissible de constater que l’une des communes les plus
riches d’Algérie, qui nous fournit les moyens de nos importations,
soit ravalée au statut d’enclave qui n’a même pas l’heur de servir,
comme jadis, de défouloir au désir d’exotisme des touristes
occidentaux. Il est fait allusion ici à Bordj Omar Driss (ex-Fort
Flatters) dont le territoire comprend les champs pétroliers de TFT (Tinfouyé-Tabenkort).
Elle n’est pas la seule à vivre la situation de misère et de chômage
au milieu d’une richesse sonnante et trébuchante assurée par l’or
noir.
Des velléités de
rendre justice à la région et de démultiplier les capacités
d’exploitation de ses potentialités ont été nonchalamment exprimées
par les pouvoirs publics au cours des dernières années. Mais, ce
n’est qu’avec le programme Sud adopté par le gouvernement en 2006 en
direction de six wilaya du Sud qu’un effort méritoire a été fait en
direction de cette partie du territoire national. Ainsi des
méga-projets, relevant naguère du mythe, vont trouver des
possibilités réelles de réalisation : exploitation des eaux
souterraines de In Salah et leur adduction, sur 700 km, vers
Tamanrasset ; installation d’une raffinerie à Adrar, introduction du
rail par le prolongement de la ligne de Touggourt jusqu’à Bechar en
passant par Hassi Messaoud, Ouargla et Adrar ; construction de la
nouvelle ville de Hassi Messaoud,…etc. Il s’agit, comme le souligne
le président Bouteflika, de « relever le défi des distances et
asseoir une judicieuse politique d’aménagement du territoire » .
Populations,
nouveaux investisseurs agricoles, prestataires de services en
transport, agents voyagistes…- pour qui les écueils liés à la nature
du terrain et à la rudesse du climat constituaient des facteurs
insurmontables sans l’intervention de la Collectivité nationale- se
sentiront soulagés et mis en confiance par cet accompagnement de
l’État De plus, sur le plan de la stratégie économique, la mise en
valeur des territoires du sud constitue une voie idéale de
pénétration vers les marchés du continent africain. La
transsaharienne était originellement conçue pour relier la
Méditerranée au Golfe de Guinée. Le projet de gazoduc
Nigeria-Niger-Algérie, dont le protocole d’accord est signé il y a
quelques semaines, est lui aussi un ouvrage d’importance créant une
coopération et une solidarité nouvelles entre le Maghreb et la
région du Sahel qui pourra profiter aux zones traversées.
S. T.
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