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Septembre de toutes les appréhensions
Ce n’est
certainement pas la première fois que le pays fait face à une
rentrée sociale difficile. En fait, cette difficulté est devenue
récurrente depuis quelques années déjà. Du reste, à chaque fois, on
prédisait “l’explosion” pour septembre. Mais force est de relever
que pour ce mois de septembre qui s’annonce, les données sont
quelque peu différentes. Et pour cause, il coïncide avec une
exacerbation (volontaire ?) de la situation. La flambée des prix
des produits de première nécessité n’est pas étrangère à ce climat
social tendu. En effet, l’augmentation du prix de la pomme de terre,
les perturbations enregistrées dans la distribution du lait, avec
cette menace permanente d’une éventuelle rupture des stocks de
poudre de lait ne sont pas pour rassurer les citoyens sur leur sort,
d’autant qu’en face, on a la nette impression d’avoir un
gouvernement qui, soit parce qu’il n’a pas apprécié la situation à
sa juste valeur soit parce qu’il est impuissant face au diktat,
donne la nette impression d’être incapable de réagir. Belkhadem
n’a-t-il pas annoncé le report de l’application de la nouvelle
grille des salaires de la Fonction publique à juillet 2008 ? En
fait, il aura fallu que syndicats autonomes et patronat tirent la
sonnette d’alarme pour qu’enfin soit enregistrée une réaction. Et
quelle réaction. La mise en place d’un comité de veille chargé de
suivre l’évolution des prix et apporter éventuellement les
correctifs et ce, d’autant que les facteurs endogènes et exogènes
ayant favorisé cette flambée des prix sont identifiés. Dans le même
temps, le ministère du Commerce annonce que parmi les mesures
auxquelles il a réfléchi pour faire baisser le prix de la pomme de
terre figure la suppression de la TVA imposée aux importateurs.
Des mesures jugées toutefois insuffisantes pour faire baisser la
tension palpable qui prévaut sur la scène sociale. Et c’est pourquoi
il est craint que septembre 2007 soit porteur d’un réel danger. Et
ce, d’autant que cet automne qui s’annonce verra l’organisation de
nouvelles joutes électorales qui interviennent dans le sillage
d’élections législatives ayant fait couler beaucoup d’encre et
surtout caractérisées par un fort taux d’abstention que le ministère
de l’Intérieur ne veut pas voir se reproduire. Du reste, il n’est
pas exclu que ce plan d’urgence arrêté par le gouvernement soit
dicté par le souci manifeste des pouvoirs publics de voir les
électeurs aller en masse voter le jour J. Toutefois ils ne peuvent
ignorer que la précarité de la situation sociale ne peut être qu’un
facteur démotivant. En effet, les 18 millions d’électeurs inscrits
sur les listes électorales ne manqueront de reproduire leur attitude
du 17 mai dernier en s’abstenant tout simplement d’accomplir leur
devoir électoral. Et nul ne pourra leur faire le reproche dans la
mesure où cette abstention à laquelle ils risquent de recourir est
peut-être ce moyen pacifique par le biais duquel ils font part de
leur mécontentement de voir leur situation sociale se dégrader.
Cette paupérisation qu’ils subissent est, à leurs yeux, d’autant
plus incompréhensible qu’elle intervient dans une période de grande
aisance financière du pays. Et ce n’est certainement pas les
explications avancées quant aux craintes d’une éventuelle chute des
prix du pétrole ou encore l’épuisement des réserves d’hydrocarbures
dans le sous-sol algérien qui pourront faire admettre aux Algériens
qu’ils ne peuvent changer leur sort immédiat. Et ce, d’autant que
pendant que de larges pans de la société ont de plus en plus de mal
à boucler leur fin de mois, une autre catégorie d’Algériens vit dans
l’opulence la plus totale résultant non pas d’efforts et
d’investissements consentis et donc créateurs de richesse, mais
juste de passe-droit et de privilèges dus à des postes occupés ou à
des affaires scabreuses. Cette Algérie à deux vitesses est celle
que fuient au quotidien des dizaines de harraga en quête d’un
autre avenir. Comment peut-on ne pas se rendre compte de cette
réalité ? Comment un gouvernement qui a la charge de gérer les
affaires d’un pays, de veiller à ce que justice et équité entre les
franges de sa population ne soient pas des vœux pieux, peut-il
ignorer à ce point cette détresse sociale ? Et dire que le ministère
de la Solidarité nationale a décidé, cette année, d’élargir ses
aides aux Algériens résidants à l’étranger et de leur allouer à
l’occasion de la rentrée scolaire des trousseaux fabriqués par
Enaditex. Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon nombre de
ces membres du gouvernement seraient passés de vie à trépas.
Messieurs, la misère sociale que vous devez combattre est là, sous
vos yeux. Mais à croire qu’on ne veut pas la voir. Il est vrai que
la misère est noire.
Nadia Kerraz
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