Semaine du 22 au 28 août 2007

 

L'éditorial

Septembre de toutes les appréhensions  

 

 
 
 Editorial

Accueil

Septembre de toutes les appréhensions  

Ce n’est certainement pas la première fois que le pays fait face à une rentrée sociale difficile. En fait, cette difficulté est devenue récurrente depuis quelques années déjà. Du reste, à chaque fois, on prédisait “l’explosion” pour septembre. Mais force est de relever que pour ce mois de septembre qui  s’annonce, les données sont quelque peu différentes. Et pour cause, il coïncide avec une exacerbation  (volontaire ?) de la situation. La flambée des prix des produits de première nécessité n’est pas étrangère à ce climat social tendu. En effet, l’augmentation du prix de la pomme de terre, les perturbations enregistrées dans la distribution du lait, avec cette menace permanente d’une éventuelle rupture des stocks de poudre de lait ne sont pas pour rassurer les citoyens sur leur sort, d’autant qu’en face, on a la nette impression d’avoir un gouvernement qui, soit  parce qu’il n’a pas apprécié la situation à sa juste valeur soit parce qu’il  est impuissant face au diktat, donne la nette impression d’être incapable de réagir. Belkhadem n’a-t-il pas annoncé le report de l’application de la nouvelle grille des salaires de la Fonction publique à juillet 2008 ? En fait, il aura fallu que syndicats autonomes et patronat tirent la sonnette   d’alarme pour qu’enfin soit enregistrée une réaction. Et quelle réaction. La mise en place d’un comité de veille chargé de suivre l’évolution des prix et apporter éventuellement les correctifs et ce, d’autant que les facteurs endogènes et exogènes ayant favorisé cette flambée des prix sont identifiés. Dans le même temps, le ministère du Commerce annonce que parmi les mesures auxquelles il a réfléchi pour faire baisser le prix de la pomme de terre  figure la  suppression de la TVA imposée aux importateurs. Des mesures jugées toutefois insuffisantes pour faire baisser la tension palpable qui prévaut sur la scène sociale. Et c’est pourquoi il est craint que septembre 2007 soit porteur d’un réel danger. Et ce, d’autant que cet automne qui s’annonce verra l’organisation de nouvelles joutes électorales qui interviennent dans le sillage d’élections législatives ayant fait couler beaucoup d’encre et surtout caractérisées par un fort taux d’abstention que le ministère de l’Intérieur ne veut pas voir se reproduire. Du reste, il n’est pas exclu que ce plan d’urgence arrêté par le gouvernement soit dicté par le souci manifeste des pouvoirs publics de voir les électeurs aller en masse voter le jour J. Toutefois ils ne peuvent ignorer que la précarité de la situation sociale ne peut être qu’un facteur démotivant. En effet, les 18 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales ne manqueront de reproduire leur attitude du 17 mai dernier en s’abstenant tout simplement d’accomplir leur devoir électoral. Et nul ne pourra leur faire le reproche dans la mesure où cette abstention à laquelle ils risquent de recourir est peut-être ce moyen pacifique par le biais duquel ils font part de leur mécontentement de voir leur situation sociale se dégrader. Cette paupérisation qu’ils subissent est, à leurs yeux, d’autant plus incompréhensible qu’elle intervient dans une période de grande aisance financière du pays. Et ce n’est  certainement pas les explications avancées quant aux craintes d’une éventuelle chute des prix du pétrole ou encore l’épuisement des réserves d’hydrocarbures dans le sous-sol algérien qui pourront faire admettre aux Algériens qu’ils ne peuvent changer leur sort immédiat. Et ce, d’autant que pendant que de larges pans de la société ont de plus en plus de mal à boucler leur fin de mois, une autre catégorie d’Algériens vit dans l’opulence la plus totale résultant non pas d’efforts et d’investissements consentis et donc créateurs de richesse, mais juste de passe-droit et de privilèges dus à des postes occupés ou à des affaires scabreuses.   Cette Algérie à deux vitesses est celle que fuient au quotidien des dizaines de harraga en  quête d’un  autre avenir. Comment peut-on ne pas se rendre compte de cette réalité ? Comment un gouvernement qui a la charge de gérer les affaires d’un pays, de veiller à ce que justice et équité entre les franges de sa population ne soient pas des vœux pieux, peut-il ignorer à ce point cette détresse sociale ? Et dire que le ministère de la Solidarité nationale a décidé, cette année, d’élargir ses aides aux Algériens résidants à l’étranger et de leur allouer à l’occasion de la rentrée scolaire des trousseaux fabriqués par Enaditex. Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon nombre de ces membres du gouvernement seraient passés de vie  à trépas. Messieurs, la misère sociale que vous devez combattre est là, sous vos yeux. Mais à croire qu’on ne veut pas la voir. Il est vrai que la misère est noire.

Nadia Kerraz

Haut

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche