Semaine du 22 au 28 août 2007

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Paroles de repenti

 

 
 
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 Paroles de repenti

Il est possible peut-être de résumer en deux points les déclarations faites par Mossaab Abou Daouad à la presse, cet ancien émir de la zone Sahara dont la reddition a récemment défrayé la chronique. Il ressort d’une part qu’il existe au sein de cette organisation terroriste un conflit larvé entre les proches de Belmokhtar, dont fait partie notre repenti, et ceux de Droudkel, l’émir national; conflit qui pourrait très bien donner lieu à une scission, voire à une guerre intestine, qui, si elle survenait, aurait sans doute pour effet de dégarnir sérieusement les rangs d’Al Qaïda au Maghreb. On se souvient que vers la fin des années 1990, quand la guerre des chefs a éclaté au sein du GIA, ce fut une véritable saignée. A en croire Abou Daouad, tous les ingrédients sont réunis pour que le GSPC sombre dans une crise du même genre. Entre les deux clans, pour autant qu’il n’en existe que ces deux-là, rien n’irait plus. Attendons de voir. D’autant que nous ne devrions pas attendre longtemps,  tant notre homme est affirmatif à cet égard.

Mais il y a au moins une raison de ne pas être aussi sûr que lui que c’est bien ce qui va se passer. C’est qu’il y a une différence entre la situation prise  comme référence, celle du GIA  au moment où il retourne les armes contre lui-même,  à la fin des années 1990, et celle du GSPC aujourd’hui. Il faut dire, une différence si ténue qu’on a tendance à ne pas trop s’en soucier. Pourtant elle est significative. Si le GSPC était bien à la veille d’une fitna du même acabit, la place d’Abou Daouad, qui se compte lui-même au nombre des partisans de Belmokhtar, et non des moindres du reste, ne serait-elle pas au côté des siens à l’heure qu’il est ? Le fait qu’il se soit rendu à un moment qu’il nous présente comme un tournant sur le point de se produire, tendrait à prouver que si dissension il y a, son règlement n’est pas à venir, mais a déjà eu lieu. Du temps où Hassan Hattab et ses amis s’étaient détachés  du gros des terroristes encore en activité pour créer leur propre organisation , le GSPC, l’idée ne leur est pas venue, n’est-ce pas,  de se repentir rien que pour nous tenir informés de la crise qui secouait alors le GIA. Ils avaient bien trop à faire là où ils se trouvaient d’autant qu’ils tenaient beaucoup à s’imposer dans leur milieu.

D’où les doutes légitimes qu’on peut avoir non seulement sur la description que nous fait Abou Daouad du climat qui règne au sen du GSPC, mais sur la qualité même

sous laquelle il se présente. Il serait en effet étonnant qu’il soit encore le chef qu’il prétend être au moment où il se livre aux forces de sécurité. Le plus probable au contraire, c’est qu’il a été limogé auparavant, et que c’est précisément à cause de cela qu’il s’est constitué prisonnier. Et dans ce cas, la scission qu’il promet n’est pas près de se produire, pour la bonne raison qu’un clan a déjà pris le dessus sur l’autre.

L’autre point à relever dans les propos d’Abou Daouad concerne l’allégeance faite à Al Qaïda. Elle serait le fait de Droudkel et de ses plus proches, et contre l’avis des autres émirs. Lui-même ne l’a apprise que par la radio. Le but recherché est de faire rejaillir le prestige d’Oussama Ben Laden et de son organisation sur le groupe, et par là même de d’attirer de nouvelles recrues, qui auraient alors le sentiment d’intégrer Al Qaïda elle-même. Mais, précise-t-il, il y a tromperie sur la marchandise. Ce que veulent ces jeunes recrues, et ce que d’ailleurs n’ont pas manqué de leur promettre, c’est aller combattre en Irak dans l’espoir  de réaliser à leur tour un de  ces exploits qui leur sont montrés sur Internet et dont des cassettes circulent parmi elles. En conséquence, Abou Daouad met en garde ceux qui seraient tentés par le Jihad  en Irak contre le piège qui leur est tendu et dont ils auraient du mal à sortir si jamais ils tombaient dedans.

Ce  qu’il dit là est tout à fait crédible. Mais ses propos à cet égard sont susceptibles d’être interprétés autrement. On peut considérer que si le GSPC est devenu Al Qaïda au Maghreb, ce n’est pas seulement parce que ce label fait bien meilleure impression. Mais aussi parce qu’il a acquis la conviction que la bataille décisive qui détermine l’issue de celle qu’il mène ici, sur le territoire national, c’est celle qui se déroule actuellement en Irak. Que son avenir en dépend étroitement.

M. Habili

 

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