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Paroles
de repenti
Il
est possible peut-être de résumer en deux points les déclarations
faites par Mossaab Abou Daouad à la presse, cet ancien émir de la
zone Sahara dont la reddition a récemment défrayé la chronique. Il
ressort d’une part qu’il existe au sein de cette organisation
terroriste un conflit larvé entre les proches de Belmokhtar, dont
fait partie notre repenti, et ceux de Droudkel, l’émir national;
conflit qui pourrait très bien donner lieu à une scission, voire à
une guerre intestine, qui, si elle survenait, aurait sans doute pour
effet de dégarnir sérieusement les rangs d’Al Qaïda au Maghreb. On
se souvient que vers la fin des années 1990, quand la guerre des
chefs a éclaté au sein du GIA, ce fut une véritable saignée. A en
croire Abou Daouad, tous les ingrédients sont réunis pour que le
GSPC sombre dans une crise du même genre. Entre les deux clans, pour
autant qu’il n’en existe que ces deux-là, rien n’irait plus.
Attendons de voir. D’autant que nous ne devrions pas attendre
longtemps, tant notre homme est affirmatif à cet égard.
Mais
il y a au moins une raison de ne pas être aussi sûr que lui que
c’est bien ce qui va se passer. C’est qu’il y a une différence entre
la situation prise comme référence, celle du GIA au moment où il
retourne les armes contre lui-même, à la fin des années 1990, et
celle du GSPC aujourd’hui. Il faut dire, une différence si ténue
qu’on a tendance à ne pas trop s’en soucier. Pourtant elle est
significative. Si le GSPC était bien à la veille d’une fitna
du même acabit, la place d’Abou Daouad, qui se compte lui-même au
nombre des partisans de Belmokhtar, et non des moindres du reste, ne
serait-elle pas au côté des siens à l’heure qu’il est ? Le fait
qu’il se soit rendu à un moment qu’il nous présente comme un
tournant sur le point de se produire, tendrait à prouver que si
dissension il y a, son règlement n’est pas à venir, mais a déjà eu
lieu. Du temps où Hassan Hattab et ses amis s’étaient détachés du
gros des terroristes encore en activité pour créer leur propre
organisation , le GSPC, l’idée ne leur est pas venue, n’est-ce pas,
de se repentir rien que pour nous tenir informés de la crise qui
secouait alors le GIA. Ils avaient bien trop à faire là où ils se
trouvaient d’autant qu’ils tenaient beaucoup à s’imposer dans leur
milieu.
D’où
les doutes légitimes qu’on peut avoir non seulement sur la
description que nous fait Abou Daouad du climat qui règne au sen du
GSPC, mais sur la qualité même
sous
laquelle il se présente. Il serait en effet étonnant qu’il soit
encore le chef qu’il prétend être au moment où il se livre aux
forces de sécurité. Le plus probable au contraire, c’est qu’il a été
limogé auparavant, et que c’est précisément à cause de cela qu’il
s’est constitué prisonnier. Et dans ce cas, la scission qu’il promet
n’est pas près de se produire, pour la bonne raison qu’un clan a
déjà pris le dessus sur l’autre.
L’autre point à relever dans les propos d’Abou Daouad concerne
l’allégeance faite à Al Qaïda. Elle serait le fait de Droudkel et de
ses plus proches, et contre l’avis des autres émirs. Lui-même ne l’a
apprise que par la radio. Le but recherché est de faire rejaillir le
prestige d’Oussama Ben Laden et de son organisation sur le groupe,
et par là même de d’attirer de nouvelles recrues, qui auraient alors
le sentiment d’intégrer Al Qaïda elle-même. Mais, précise-t-il, il y
a tromperie sur la marchandise. Ce que veulent ces jeunes recrues,
et ce que d’ailleurs n’ont pas manqué de leur promettre, c’est aller
combattre en Irak dans l’espoir de réaliser à leur tour un de ces
exploits qui leur sont montrés sur Internet et dont des cassettes
circulent parmi elles. En conséquence, Abou Daouad met en garde ceux
qui seraient tentés par le Jihad en Irak contre le piège qui
leur est tendu et dont ils auraient du mal à sortir si jamais ils
tombaient dedans.
Ce
qu’il dit là est tout à fait crédible. Mais ses propos à cet égard
sont susceptibles d’être interprétés autrement. On peut considérer
que si le GSPC est devenu Al Qaïda au Maghreb, ce n’est pas
seulement parce que ce label fait bien meilleure impression. Mais
aussi parce qu’il a acquis la conviction que la bataille décisive
qui détermine l’issue de celle qu’il mène ici, sur le territoire
national, c’est celle qui se déroule actuellement en Irak. Que son
avenir en dépend étroitement.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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