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Venezuela
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La réforme de la
Constitution, annoncée dernièrement par le président vénézuélien
Hugo Chavez, suscite une levée de boucliers de l’opposition
(conduite par les nantis), qui s’est toujours dressée contre les
transformations conduites par le leader vénézuélien depuis son
arrivée au pouvoir il y a moins de 10 ans. Grèves générales,
tentative de putsch, rébellion, guerre médiatique, tous les moyens
ont été utilisés pour bouter hors du pouvoir Hugo Chavez, pourtant
constitutionnellement élu. Sous l’intense feu croisé de l’oligarchie
vénézuélienne et des Etats-Unis, le dirigeant latino-américain
poursuit néanmoins un processus révolutionnaire de gauche en
contre-pied à la mondialisation d’inspiration libérale.
Ce conflit ouvert
connaît un nouvel épisode aujourd’hui, avec la volonté du Président
d’amender la Constitution. La principale controverse tourne autour
de la suppression de la limitation du nombre de mandats
présidentiels et l'instauration d'une "économie socialiste".
Au pouvoir depuis
1999 et réélu pour six ans, le chef de l'Etat a annoncé le 15 août,
dans un discours de cinq heures devant le Parlement, la suppression
de la limitation du nombre des mandats présidentiels (actuellement
fixée à deux). Pour en finir avec le système d'exploitation
capitaliste, Hugo Chavez compte inscrire dans la loi l'obligation de
créer "un modèle économique socialiste" à la tête du sixième pays
exportateur de pétrole au monde. L'intention du président
Vénézuélien de supprimer la limitation du nombre de mandats
s’explique par sa volonté de mener sa "révolution" au moins jusqu'en
2021 et construire un "socialisme du XXIe siècle".
Les tirs à boulets
rouges ont aussitôt fusé : le leader de l'opposition, Manuel Rosales
(impliqué dans le coup d’état manqué en 2002 contre Chavez en
signant le décret qui nommait le putschiste Pedro Carmona nouveau
président de la République), s’est empressé de dénoncer un "coup
d'Etat constitutionnel", exigeant la convocation d'un assemblée
constituante au lieu du référendum populaire prévu par le
gouvernement. Un référendum qui aurait toutes les chances de tourner
au plébiscite, au vu de la popularité de Chavez au sein de la
population, notamment les plus démunis. Le locataire de Miraflores
a rejeté à nouveau les critiques. "Ils (l'opposition) m'accusent de
faire des plans pour m'éterniser au pouvoir ou pour concentrer les
pouvoirs, nous savons que ce n'est pas ça", s'est indigné Chavez
devant le Parlement. Sa réforme porte sur 33 des 350 articles de la
Constitution, soit 10% du texte qu'il avait déjà modifié en 1999.
Elle a toutes les chances de passer sans problèmes au Parlement
monocaméral dont tous les 167 sièges sont occupés par des députés
fidèles au Président, pour être ensuite soumise au verdict
populaire.
Hugo Chavez a
déclaré aux députés que sa réforme devait "signer l'arrêt de mort
de l'ancienne oligarchie hégémonique et de l'ancien système
d'exploitation capitaliste et parachever la naissance d'un nouvel
Etat", une alternative au modèle néolibéral.
A la tête du
cinquième exportateur mondial de pétrole, Chavez cherche à créer un
nouvel ordre économique et social qu'il appelle lui-même
"socialisme pétrolier". Après avoir déjà contraint les
multinationales étrangères à céder le contrôle de l'exploitation du
pétrole au géant pétrolier national PDVSA, Chavez veut consacrer une
plus grande partie de la manne des hydrocarbures au financement des
"missions sociales", dans un pays où la pauvreté frappe la moitié
de la population. Au cours des trois dernières années, les dépenses
publiques, essentiellement financées par les recettes pétrolières,
ont atteint 10% du PIB contre 1% auparavant, selon les chiffres
officiels. Selon l'économiste Francisco Monaldi, enseignant à
l'école de commerce EISA, l'expression "socialisme pétrolier"
signifie une "intervention encore plus forte" de l'Etat. Le
gouvernement va obliger les entreprises traitant avec PDVSA à
consacrer un pourcentage variable de leur chiffre d'affaires à des
projets de développement, explique-t-il.
S’il a nationalisé
des secteurs-clés de l'industrie pétrolière et de l'électricité, il
entend aussi transformer l'organisation politico-territoriale du
territoire. Et cela en proposant des "communes" pour instaurer "le
pouvoir populaire (comme) la nouvelle organisation politique du
peuple sur le territoire". "Les communes seront les cellules
géo-humaines du territoire organisé par les communautés, le noyau
spatial fondamental (...) indivisible de l'Etat socialiste" du XXIe
siècle, a annoncé Chavez. Enfin, il entend ajouter à l'article 11
de la Constitution que "le Président pourra décréter des régions
spéciales militaires à des fins stratégiques ou de défense dans
n'importe quelle partie du territoire national" et désigner des
"autorités spéciales". Il s’agit de parer à toute attaque
extérieure.
Pourfendeur de la
politique américaine, il est considéré par Washington comme l’ennemi
à abattre d’autant que son influence a gagné plusieurs pays
d’Amérique Latine, qui ont basculé à gauche. En établissant
d’excellentes relations avec Cuba, en se rapprochant de l’Iran, en
condamnant les massacres d’Israël au Liban, en critiquant
l’augmentation de la présence US en Colombie, Chavez est l’un des
rares dirigeants dans le monde à s’opposer de front à la stratégie
mondiale de Washington.
Chavez trace la
voie: "La patrie, le socialisme ou la mort !"
Le président Hugo
Chavez trace de plus en plus précisément la voie qu'il entend faire
suivre à la société vénézuélienne, de l'école primaire à
l'université, en passant par l'armée, ce sera "la patrie, le
socialisme ou la mort !".
"La patrie, le
socialisme, ou la mort ! Nous vaincrons." Ce slogan cubain est
récemment en cours dans les casernes militaires en guise de salut
aux officiers. Cela inquiète les ténors de l’opposition qui accuse
Chavez de politiser l’armée. "A ceux qui nous accusent d'idéologiser
la société, je réponds YES !", rétorque le chef de l’Etat. "Les
écoles primaires, les garderies, les casernes militaires jusqu'aux
universités" sont embarquées sur cette voie, s'est félicité le
Président vénézuélien qui a présenté à l'Assemblée nationale, fin
juillet, son projet de réforme constitutionnelle, qu'il a élaborée,
assisté d'une commission de 13 membres, en vue d’appliquer le
socialisme au Venezuela. Pour le constitutionnaliste, député
socialiste et membre de cette commission, Carlos Escarra, cette
réforme "approfondira le pouvoir populaire", "fera la promotion de
la propriété sociale sans porter atteinte à la propriété privée",
"imposera une vision collective des droits fondamentaux sans
entamer les droits individuels".
Chavez entend
engager toute la société vénézuélienne "dans un processus de
déstructuration de l'idéologie dominante du XXe siècle :
le capitalisme", dit-il en digne "fils spirituel" du Cubain Fidel
Castro. La semaine dernière, il annonçait un projet de construction
de "villes socialistes" encore à l'état de maquettes, décrites
comme “des villes écologiques, pour les familles, les gens, et non
pour le consumérisme".
L.H.
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