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Semaine du 22 au 28 août 2007

 

Venezuela 

Changements tous azimuts

 

 

 

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Changements tous azimuts

La réforme de la Constitution, annoncée  dernièrement par le président vénézuélien Hugo Chavez, suscite une levée de boucliers de l’opposition (conduite par les nantis), qui s’est toujours dressée contre les transformations conduites par le leader vénézuélien depuis son arrivée au pouvoir il y a moins de 10 ans. Grèves générales, tentative de putsch, rébellion, guerre médiatique, tous les moyens ont été utilisés pour bouter hors du pouvoir  Hugo Chavez, pourtant constitutionnellement élu. Sous l’intense feu croisé de l’oligarchie vénézuélienne et des Etats-Unis, le dirigeant latino-américain poursuit néanmoins un processus révolutionnaire de gauche en contre-pied à la mondialisation d’inspiration libérale.

Ce conflit ouvert connaît un nouvel épisode aujourd’hui, avec la volonté du Président d’amender la Constitution. La principale controverse  tourne autour  de la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels et  l'instauration d'une "économie socialiste".

Au pouvoir depuis 1999 et réélu pour six ans, le chef de l'Etat a annoncé  le 15 août, dans un discours de cinq heures devant  le Parlement, la suppression de la limitation du nombre des mandats  présidentiels (actuellement fixée à deux). Pour en finir avec le système d'exploitation capitaliste, Hugo Chavez compte inscrire dans la loi l'obligation de créer "un  modèle économique socialiste" à la tête du sixième pays exportateur de pétrole  au monde. L'intention du président Vénézuélien de supprimer la limitation du nombre de mandats s’explique par sa volonté de mener sa "révolution" au moins jusqu'en 2021 et construire un "socialisme du XXIe siècle". 

Les tirs à boulets rouges ont aussitôt fusé : le leader de l'opposition, Manuel Rosales (impliqué dans le coup d’état manqué en 2002 contre Chavez en signant le décret qui nommait le putschiste Pedro Carmona nouveau président de la République), s’est empressé de dénoncer un "coup d'Etat constitutionnel",  exigeant la convocation d'un assemblée constituante au lieu du référendum  populaire prévu par le gouvernement. Un référendum qui aurait toutes les chances de tourner au plébiscite, au vu de la popularité de Chavez au sein de la population, notamment les plus démunis.   Le locataire de Miraflores a rejeté à nouveau les critiques. "Ils (l'opposition) m'accusent de faire des plans pour m'éterniser au pouvoir  ou pour concentrer les pouvoirs, nous savons que ce n'est pas ça", s'est  indigné Chavez devant le Parlement. Sa réforme porte sur 33 des 350 articles de la Constitution, soit 10% du texte qu'il avait déjà modifié en 1999. Elle a toutes les chances de  passer sans problèmes au Parlement monocaméral dont tous les 167 sièges sont  occupés par des députés fidèles au Président, pour être ensuite soumise au verdict populaire. 

Hugo Chavez a déclaré aux députés que sa réforme devait "signer l'arrêt de  mort de l'ancienne oligarchie hégémonique et de l'ancien système d'exploitation  capitaliste et parachever la naissance d'un nouvel Etat", une alternative au modèle néolibéral.

A la tête du cinquième exportateur mondial de pétrole, Chavez cherche à  créer un nouvel ordre économique et social qu'il appelle lui-même "socialisme  pétrolier". Après avoir déjà contraint les multinationales étrangères à céder le  contrôle de l'exploitation du pétrole au géant pétrolier national PDVSA, Chavez veut consacrer une plus grande partie de la manne des hydrocarbures au  financement des "missions sociales", dans un pays où la pauvreté frappe la  moitié de la population. Au cours des trois dernières années, les dépenses publiques,  essentiellement financées par les recettes pétrolières, ont atteint 10% du PIB  contre 1% auparavant, selon les chiffres officiels.  Selon l'économiste Francisco Monaldi, enseignant à l'école de commerce EISA, l'expression "socialisme pétrolier" signifie une "intervention encore  plus forte" de l'Etat. Le gouvernement va obliger les entreprises traitant avec PDVSA à consacrer un pourcentage variable de leur chiffre d'affaires à des projets de  développement, explique-t-il.

S’il a nationalisé des secteurs-clés de l'industrie  pétrolière et de l'électricité, il entend aussi transformer l'organisation politico-territoriale du territoire. Et cela en proposant  des "communes" pour instaurer "le pouvoir populaire (comme) la nouvelle  organisation politique du peuple sur le territoire". "Les communes seront les cellules géo-humaines du territoire organisé par  les communautés, le noyau spatial fondamental (...) indivisible de l'Etat  socialiste" du XXIe siècle, a annoncé Chavez.  Enfin, il entend ajouter à l'article 11 de la Constitution que "le Président pourra décréter des régions spéciales militaires à des fins stratégiques ou de défense dans n'importe quelle partie du territoire national" et désigner des "autorités spéciales". Il s’agit de parer à toute attaque extérieure.

Pourfendeur de la politique américaine, il est considéré par Washington comme l’ennemi à abattre d’autant que son influence a gagné plusieurs pays d’Amérique Latine, qui ont basculé à gauche. En établissant d’excellentes relations avec Cuba, en se rapprochant de l’Iran, en condamnant les massacres d’Israël au Liban, en critiquant l’augmentation de la présence US en Colombie, Chavez est l’un des rares  dirigeants dans le monde à s’opposer de front à la stratégie mondiale de Washington.

Chavez trace la voie: "La patrie, le socialisme ou la mort !"

Le président Hugo Chavez trace  de plus en plus précisément la voie qu'il entend faire suivre à la société  vénézuélienne, de l'école primaire à l'université, en passant par l'armée, ce  sera "la patrie, le socialisme ou la mort !". 

"La patrie, le socialisme, ou la mort ! Nous vaincrons." Ce slogan cubain est récemment en cours dans les casernes militaires en guise de salut aux officiers. Cela inquiète les ténors de l’opposition qui accuse Chavez de politiser l’armée. "A ceux qui nous accusent d'idéologiser la société, je réponds YES !",  rétorque le chef de l’Etat. "Les écoles primaires, les garderies, les casernes militaires jusqu'aux  universités" sont embarquées sur cette voie, s'est félicité le Président  vénézuélien qui a présenté à l'Assemblée nationale, fin juillet, son projet de réforme constitutionnelle, qu'il a élaborée, assisté d'une commission de 13 membres, en vue d’appliquer le socialisme au Venezuela.  Pour le constitutionnaliste, député socialiste et membre de cette  commission, Carlos Escarra, cette réforme "approfondira le pouvoir populaire",  "fera la promotion de la propriété sociale sans porter atteinte à la propriété  privée", "imposera une vision collective des droits fondamentaux sans entamer  les droits individuels". 

Chavez entend engager toute la société vénézuélienne "dans un processus de déstructuration de l'idéologie dominante du XXe siècle : le capitalisme", dit-il  en digne "fils spirituel" du Cubain Fidel Castro. La semaine dernière, il annonçait un projet de construction de "villes  socialistes" encore à l'état de maquettes, décrites comme “des villes écologiques, pour les familles, les gens, et non pour le consumérisme". 

L.H.

 

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