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Une rentrée
sociale bouillonnante
Sous le signe
de la déferlante boursière
Hausse des prix
d’aliments de première nécessité, pénuries, fardeau de la rentrée
scolaire accentué par la saignée que provoquera le mois sacré de
ramadan qui commence début septembre, augmentation annoncée du tarif
du gasoil, le tout aggravé par le report de l’augmentation des
salaires pour juillet 2008 sont autant d’ingrédients d’un bouillon
social qui s’annonce très agité, voire explosif, notamment pour les
bourses ménagères au bord d’une faillite en cet automne qui sera
inévitablement et exceptionnellement brûlant à plus d’un titre.
Jamais un automne
ne fut appréhendé comme celui qui se profile, au seuil d’une rentrée
dont les prémices annoncent des situations sociale, professionnelle
et politique tendues et affichent de mauvais présages depuis que l’UGTA
a annoncé, lors de sa dernière session, une bipartite pour le début
du mois prochain. Une annonce qui a fait couler beaucoup de salive
chez les pères des familles de la couche prolétaire qui avaient tout
bonnement cru aux agréables surprises attendues pour l’automne et
promises en plein été par le patron de la Centrale, Sidi Said. En
fait, l’été algérien a apporté plein de surprises fâcheuses,
désagréables et des moins attendues. Pour parler alimentation, les
Algériens aux bourses modestes en ont vu de toutes les couleurs. Ils
se remettront, sans doute très difficilement de ce tournis causé par
la flambée des prix ; ceux qui auront survécu à une saison
caniculaire peu ordinaire qui, habituellement, est un moment
d’apaisement pour des millions de bourses qui ne se permettent pas,
durant l’année, de déguster du poulet ou du poisson. Les prix de la
tomate et de l’oignon connaissent une chute significative mais
temporaire, c'est-à-dire le temps de la saison estivale, avant de
reprendre leur envolée à l’avant-veille du mois sacré. La mercuriale
a étonnamment refusé de fléchir en dépit de la chaleur torride
aggravée par les feux de forêts qui ont ravagé 146 000 hectares
d’arbres fruitiers. Elle annonçait pour l’aubergine, la courgette et
le concombre des prix stressants, de même que pour les poires, les
haricots verts et la pomme de terre. Cette dernière a pris des
allures de légume royal après avoir longtemps fait la joie des
riches et pauvres à la fois(1). La menace de transformer
le lait et le pain en denrées alimentaires “ulcéreuses” ne fait
qu’empirer un régime alimentaire dont le ratio est loin de
satisfaire le minimum exigé par les besoins physiologiques.
En dégringolade
exponentielle, le pouvoir d’achat s’aggrave évidemment. En l’absence
d’une structure qui régule les prix, voire les contrôle, à défaut
d’une autorité capable d’organiser les marchés et en l’absence de
soutien des prix à la production, les spéculateurs tirent doublement
profit en imposant leur logique mercantile dans une confusion
provoquée pour maintenir leur diktat et assurer le gain facile.
Actions et
facteurs aggravants
Les discours du
gouvernement et les promesses de la puissante Centrale syndicale ne
nourrissent plus les Algériens qui ne savent plus à quel marché se
vouer. Celui des offices(2) qui ne résistent hélas que
peu de temps devant l’offensive de la hausse des prix où le libre
marché est synonyme d’anarchie en Algérie. A l’image de
l’impuissance du gouvernement à casser le monopole des nouveaux
cartels ayant réussi leur mainmise sur les goûts et sentiments des
Algériens. Les jours qui viennent s’annoncent très pénibles. Après
les sonnettes d’alarme tirées, la pauvreté qui ronge un large pan de
la société, la menace de la sous-alimentation frappe à nos portes si
le gouvernement ne peaufine pas une stratégie palliative à ce choc
alimentaire menaçant l’Algérie. A commencer par une politique
salariale compatible avec la réalité des prix qu’on brandit à chaque
fois que les représentations socioprofessionnelles opèrent des
manœuvres pour rappeler leurs revendications. Plus impuissants sont
les retraités qui se battent pour faire valoir les sacrifices
consentis en temps d’exercice(3). L’agitation plane à
l’ombre des futures actions des sociétés de participation qui
devaient trancher le cas des entreprises privatisables afin de
précipiter leur processus de cessions, au prix de compressions qui
mettent en péril le devenir de milliers de familles qui viennent
amplifier les voix de protestataires déjà inscrits dans les rangs
des démunis.
Le dilemme de la
distribution de la fameuse allocation des 2 000 DA attribuée chaque
année aux nécessiteux pèsera de son poids dans un dialogue social de
sourds.
Les syndicats
autonomes(4) menacent pour leur part de débrayer en
raison du renvoi de l’application des augmentations de salaires
promises pour juin passé. Cet ajournement, entériné de concert avec
le partenaire social qu’est l’UGTA ne fait, selon des spécialistes,
qu’alourdir les charges des modestes bourses familiales qui frôlent
la faillite en septembre 2007 et échauffer de plus en plus les
esprits en effervescence.
Et en
politique ?
La fin des congés
est aussi annonciatrice de chaud débat entre partis politiques et le
gouvernement à propos de l’entrée en vigueur des dernières
introductions dans la loi portant régime électoral. Treize partis se
trouvent, en vertu de la nouvelle loi amendée par le Parlement au
printemps dernier, exclus d’une participation d’office au prochain
rendez-vous électoral. Les candidatures risquent de faire couler,
sous un fond de polémique, beaucoup de salive et de bile aux
états-majors et aux futurs candidats. La classe politique est, par
ailleurs, mise en alerte pour en découdre avec leurs bases
respectives. Pendant le ramadan, les journées risquent d’être plus
longues que prévu au niveau des partis regroupés en Alliance pour la
sauvegarde de la démocratie (ASD) et ce, pour défendre leur appel au
boycott des élections. Un sérieux dilemme pour les pouvoirs publics.
Le casse-tête électoral n’épargne pas les électeurs abstentionnistes
et le département de l’Intérieur n’avoue pas ses véritables
desseins. Politiquement parlant, les bases du FFS, FLN et d’El Islah
sont en passent d’ajouter de l’huile sur le feu. Un cafouillage qui
ajoutera immanquablement de l’eau à la marmite sociale déjà
bouillonnante. Les nuits ramadanesques risquent également d’être
fatidiques dans les arcanes de l’APN et le Sénat à l’occasion des
débats autour du projet de loi de finances pour 2008 qui promet, en
sus des révisions de certaines taxes, des augmentations des tarifs
de gasoil et autres lubrifiants. Un débat qui ne laisse pas
indifférent le commun des Algériens en attente de bonnes nouvelles
venant des institutions(5). Les débats autour de la loi
sur les partis, les codes communal et de wilaya et la loi portant
procédure civile et juridique constituent à la fois un laborieux
volet de débats houleux entre le gouvernement, la classe politique
et l’électorat. Le sempiternel verrouillage des canaux de
communication et l’absence de débats d’idées ouverts risquent de
provoquer l’irréparable. Les experts prédisent des pressions
externes dictées par la logique des réajustements structurels. Ce
qui augure d’un retour de manivelle d’une situation qui rappelle la
mauvaise gouvernance des années 1990. Elle rappelle, et c’est là la
grande crainte, les conditionnalités des institutions de Bretton
Wood et de Wall Street(6) qu’on croyait oubliées à jamais
avec le remboursement par anticipation des dettes auprès des clubs
de Paris et de Londres, en attendant l’extinction définitive de la
dette d’ici 2008(7). Ceci soulève moult interrogations
dont la plus importante est de savoir que peut-on cacher aux
Algériens qui croyaient en des améliorations qui ne tiennent plus la
route avant de se rendre à l’évidence, générant des agitations
multidimensionnelles. Lesquelles agitations plongent la société dans
une panique qui aggrave son vécu déjà chargé. Des réformes porteuses
de promesses tiennent en haleine une société en perte d’espoir. Des
promesses à prendre désormais avec modération…
Salah Bey
______________________________
1- le prix du
poulet n’a pas quitté cet été la fourchette des 170-180 DA, il
risque d’atteindre record en frôlant les 250-270 DA, alors que le
kilo de la sardine est cédé à 100-140 DA contre 50-70 DA. La
tomate, pourtant produit périssable sous la chaleur, se vendait à
15-20 DA est laissée à 30-35 DA le kg et la pomme de terre qui se
vendait à la criée en 2005 à 25 DA le kg est actuellement imposée à
pas moins de 55 DA au plus bas de son prix depuis plus d’une année
déjà.
2 - La preuve est
donnée par les offices des céréales et du lait, qui n’ont pu
atteindre les objectifs assignés. On envisage la création d’un
troisième office pour la pomme de terre.
3 - La déchéance a
atteint son paroxysme au point que les retraités menacent de sortir
dans la rue pour manifester leur désarroi et leur désespoir face aux
piètres augmentations introduites de leurs pensions de retraites
qui, de plus, n’arrivent pas à temps.
4 - Ceux affiliés
à la CNSL, à leur tête le SNAPAP et le CNES.
5 - La décision
des augmentations salariales survenue en 2006 fut prise par le
président de la République.
6 - Le Fonds
monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) en
l’occurrence.
7 - La dette
s’élève, début 2007, à quelque cinq milliards de dollars seulement.
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Privatisations
L’illusion de
l’emploi
Le cas de troubles
sociaux au niveau du complexe sidérurgique Mittal de Annaba est
assez édifiant sur les limites de la stratégie de privatisation
telle qu’initiée par les pouvoirs publics. Elle jette aussi le doute
sur les capacités de l’outil de production national, même soutenu
par le capital et le savoir-faire étranger, à intégrer durablement
le marché mondial.
La privatisation
existe dans les textes depuis 1995, soit près de 12 ans. Ce
processus, qui avait été précédé par une série de mesures instaurant
une libéralisation progressive et une préparation et des entreprises
publiques économiques et de leur environnement à la privatisation, a
de tout temps été accompagné par un discours à double teneur. La
première s’adresse aux repreneurs éventuels, les investisseurs
étrangers en premier lieu. La seconde est destinée aux travailleurs
des entreprises inscrites au programme de la privatisation. C’est
ainsi qu’on s’est retrouvé à rassurer les premiers sur la profondeur
des réformes libérales entamées en Algérie et ce, sur tous les
plans, notamment juridiques et institutionnels, cependant que le
monde du travail écoutait un exposé des motifs qui insistait pour
dire que le premier objectif de la privatisation n’était autre que
la préservation de l’emploi. Un ministre du gouvernement est allé
même jusqu’à dire que la privatisation devait offrir, à terme,
encore plus d’emplois qu’il n’en existait alors dans le secteur
public économique. Cette volonté d’arracher l’adhésion des
travailleurs, notamment des noyaux syndicaux dans les entreprises
qui n’ont pas toujours affiché la même “disponibilité” de la
direction nationale de l’UGTA, a été transcrite dans les ordonnances
sur la privatisation en 1995, obligeant le repreneur à maintenir
l’emploi et l’activité les cinq premières années suivant la cession.
Considérant cette disposition comme un verrou à la montée en cadence
du processus et trouvant en elle un effet repoussoir, les
gouvernements successifs des années 2000 ont tôt fait, dans l’élan
de toilettage des textes sur la privatisation, de supprimer cette
obligation au profit des investisseurs. Cela dit, cette démarche n’a
en rien empêché les divers ministres en charge du secteur public
économique de réitérer à chaque rencontre avec les dirigeants
syndicaux que la priorité restait l’emploi, même sans les balises,
désormais levées.
Les exemples de
privatisations opérées à l’issue de négociations qu’on a présentées
comme laborieuses, comme celles effectuées pour parvenir à la vente
d’Ispat (ex-Sider Annaba) ou de l’Enad (désormais totalement
absorbée par l’Allemand Henkel), ont été cités comme des modèles,
justement à cause du maintien de l’emploi. Du moins jusque-là. On a
tôt fait d’oublier que ces firmes étrangères, dont le propriétaire
n’est pas un mais des dizaines de milliers d’actionnaires et de
boursicoteurs à travers le monde, obéissent à des stratégies
d’envergure internationale qui les obligent à tenir continuellement
la cadence de la compétition et maintenir constamment une
flexibilité sur trois niveaux, à savoir les effectifs, le mouvement
de capitaux et la progression technologique.
Comment soutenir
que l’Etat soit en mesure de garantir l’emploi ? De quel levier
disposerait-il encore ? Dans une étude ayant pour titre “Le
phénomène de la privatisation en Algérie”, le Dr Nadia Bouacha
considère la privatisation comme une décision politique plus que
controversée. Elle “suscite le mécontentement des foules qui n’y
voient qu’une suppression future de leur emplois venant ainsi
gonfler un taux de chômage d’ores et déjà très élevé. Cette
dissension permet, au fil des ans, de nourrir le débat politique et
notamment de favoriser l’apparition d’un discours démagogue qui
n’aura pour but que de retarder l’inévitable échéance. Dès lors, le
processus de privatisation des entreprises publiques algériennes
s’avère long et difficile. L’Algérie rencontre les mêmes obstacles
que les autres pays en voie de développement dans la réalisation de
leur programme de privatisation et le bilan est faible”. N’est-ce
pas que tout s’explique ? Quel serait le point de vue des
repreneurs ? Dans un document intitulé “Les essais de privatisation
de l'économie en Algérie 1979-1999”, l’expert Zahir Farès critique
la frilosité des pouvoirs publics dans leur tentative de privatiser
le secteur public sans garantir le succès de la nouvelle sphère
privée ainsi créée. Il estime donc que “si l’Etat ne doit plus être
le centre principal d’emplois, de revenus et de privilèges divers,
sa réforme doit être nécessairement relayée par une confiance accrue
dans les initiatives privées”. Mais, ajoute-t-il, “encore faut-il
prendre la mesure des potentialités du secteur privé. Car le relais
par le secteur privé doit faire l’objet d’une attention particulière
et surtout ne pas être pris comme le contraire du secteur d’Etat.
Autrement dit, il n’est pas évident que le secteur privé puisse
faire ce que l’Etat n’a pas fait. Comme il n’est pas sûr qu’il le
fasse mieux. Le plus souvent, son ambition est de récupérer une
rente exploitée jusqu’ici par l’Etat et certains groupes”. Que
faire ? Pour Zahir Farès, “la solution est dans l’adoption de
mesures qui, jusqu’ici, ont été différées en raison de leur impact
sur le mode de gestion de l’économie et de leurs répercussions
politiques”. En attendant, l’exemple de Mittal Sider Annaba est là
pour jeter le doute sur des illusions auxquelles on croyait dur
comme fer…
Nabil Benali
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La nouvelle presse islamiste
Pas de
politique, place à la « roqia » !
Annonces
matrimoniales, roqia, histoire de l’islam, fetwas et autres
questions religieuses, la nouvelle presse islamiste accorde très peu
de place à la politique, encore moins (pour ne pas dire aucune) à la
politique en Algérie. Dans ce qui suit, un bref survol de quelques
titres « islamistes » paraissant à Alger.
Es-Safir Net,
Zahrat El-Islam, Iqraa Dinak (Apprends ta religion), El-Qalam,
El-Manar et El-Ousbou El-Arabi, ces six titres de la presse
islamiste algérienne ont pour caractéristique commune de ne pas
évoquer les questions politiques nationales. Aucune référence à un
quelconque parti politique ni à une association algérienne. Bien
qu’à faible tirage, ces titres trouvent surtout leur lectorat au
sein de plusieurs catégories de la société. Pas nécessairement de la
mouvance islamiste. Cette presse hebdomadaire traite de questions
diverses. Cela va de la pauvreté et du chômage au mariage, en
passant par les problèmes au sein des couples, sans oublier les
sujets (suites à des questions de lecteurs) que l’on ne peut
qualifier que de stupides. En dehors des fetwas et des questions
réponses, le gros des articles et des encadrés ne sont pas signés et
sont, souvent, des « copier/coller » à partir de sites web
islamistes. Il arrive aussi que les sources soient citées.
Le plus politisé
parmi cette presse est bien Es-Safir Net. C’est, d’ailleurs, celui
où il y a le plus de lecture. Mais ce journal ne s’intéresse pas aux
affaires algériennes. Il est beaucoup plus question de la situation
en Irak, de la Palestine, d’Al-Qaîda, du Mossad et d’Israël.
Es-Safir Net s’intéresse souvent aux modes de recrutement des
services secrets israéliens, le Mossad et le Shabak. Des sujets
auxquels il réserve des pages entières, comme c’était le cas dans le
numéro 17 (dernière semaine de juillet) où il était question (dans
des articles non signés) des mécanismes de mobilisation des agents
du Mossad dans les pays arabes et musulmans, en particulier en
Palestine, au Liban et en Iran. Selon cet hebdomadaire, le sexe
reste parmi les plus sûrs des modes de recrutement traditionnels des
services secrets israéliens dans cette région du monde, en
particulier en Palestine occupée où le Shabak y a fréquemment
recours pour obliger des Palestiniens à espionner les mouvements de
résistance comme le Hamas et le Djihad islamique.
Reprenant le Daily
Telegraph, Es-Safir Net fait parler le cuisinier personnel de
Oussama Ben Laden, évoque le rôle de la droite chrétienne aux
Etats-Unis dans la création de sociétés de mercenariat comme
BlackWater, et traite du phénomène du suicide chez les femmes dans
les pays en guerre. La victoire du parti islamiste turc de Rajeb
Tayeb Urdugan est largement commentée par Es-Safir Net. Ce dernier
s’interroge également sur l’hébergement des sites web djihadistes
irakiens, censés combattre les USA, par des sociétés américaines et
anglaises comme Layered Center Inc., Lightwave Electric, UK
Networks, Fortress ITX et bien d’autres hébergeurs de sites web qui
permettent à des extrémistes comme Abou Qotada d’avoir pignon sur la
toile et même de dispenser des cours de fabrication de bombes sur le
net ! Le questionnement n’est pas sans sens quand on sait que les
Etats-Unis mènent une guerre globale contre le terrorisme et qu’en
même temps ils permettent à Al-Qaîda de diffuser ses messages.
Es-Safir Net
propose également des lectures d’ouvrages, dont celui de l’ancien
patron de la CIA et des articles traitant du rachat du Wall Street
Journal par un magnat de la presse, l’Australien Rupert Murdoch.
Même Harry Potter, considéré comme « une tentative de christianiser
le monde », n’échappe pas à ce journal.
Fondamentalement
différents, les cinq autres journaux islamistes ne touchent pas du
tout, ni de près ni de loin à la politique, qu’elle soit
internationale ou nationale. Le gros des sujets traités provient des
questions posées par les lecteurs par emails, courrier ou téléphone.
Zahrat El-Islam, Iqraa Dinak, El-Qalam, El-Manar et El-Ousbou
El-Arabi proposent tous des fetwas par téléphone. Les animateurs
sont pour la majorité des hommes, mais des femmes aussi répondent
aux questions des lecteurs.
Hallal ou haram
(licite ou illicite) reviennent souvent dans les questions posées.
« Dois-je démissionner de l’hôtel où je travaille si je suis obligé
de servir des boissons alcoolisées », interroge un lecteur de Zahrat
El-Islam. « Dois-je l’épouser tout en sachant qu’elle est enceinte
hors mariage ? » ; « Jouer au pari sportif est-il licite ? » est le
type de questions classiques, relatives au licite et au illicite
dans l’islam, qui sont généralement posées en ce qui concerne
l’alcool, les relations sexuelles hors mariage, etc. D’autres
interrogations relèvent plutôt de l’infantilisme, comme celle du
lecteur qui demande s’il peut manger de la viande de crocodile (à
croire qu’il vit en Tanzanie ou que le crocodile existe ici !) un
autre veut savoir si la cravate est autorisée en islam et un
troisième veut connaître à quoi ressemblent les djinns. Ces
questions rappellent un peu celles, non moins stupides, très en
vogue dans les années 1989-91, du genre : « Le sifflet de la
cocotte-minute est-il yadjouz ou la yadjouz ? »
Au palmarès des
sujets très prisés dans la presse islamiste, c’est la roqia (une
sorte d’exorcisme) qui est élevée en « mode de traitement » par
certains « imams » qui en font une source de revenus non négligeable
pour lutter contre la sorcellerie et le mauvais œil.
Les inévitables
annonces matrimoniales sont aussi source importante de lectorat pour
cette presse. A la recherche de l’âme sœur pratiquante, des annonces
par dizaines sont publiées chaque semaine à côté des appels aux âmes
charitables pour aider un père de famille handicapé, pour l’achat
d’un médicament très coûteux ou pour chercher un travail pour une
veuve qui doit élever ses trois enfants.
Une rubrique qui
semble très prisée est celle où Dalila (sur les pages d’Al-Qalam)
prodigue des conseils aux nouveaux mariés et aux couples en général
pour « une vie conjugale paisible et heureuse ».
Loin des
préoccupations de Es-Safir Net, les cinq autres hebdomadaires
traitent de sujets plus proches de l’école salafiste (wahabiste).
Par exemple, des oulémas saoudiens mettent en garde contre les…
chants soufis et appellent à la fermeture des chaînes de prédiction
et d’astrologie comme Shahrazed. On y trouve également des sujets
sur le « véritable » salafisme selon Mohamed Hassan, ou alors
l’histoire de Morane la juive (maman de trois enfants) rebaptisée
Aya (verset) après s’être convertie à l’islam au Liban.
Cela étant dit,
très peu de sujets de fond et de débat sont traités dans ces titres.
A force de vouloir fuir la politique (peut-être de peur d’être
censurés ou d’être taxés d’appartenance à un parti islamiste), ces
hebdomadaires se rabattent sur des sujets people, participant ainsi
au maintient de leur lectorat dans des préoccupations qui
renforcent les clichés et les stéréotypes sur les musulmans. Des
thèmes comme le réchauffement climatique, la protection de
l’environnement, les risques nucléaires, l’économie de l’eau et la
corruption ne sont-ils donc pas dignes d’intérêt ?
Abdelkader
Djalil
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Environnement
La Méditerranée
en danger
L’Organisation
mondiale de la santé a maintes fois attiré l’attention sur une
réalité des plus inquiétantes : le littoral méditerranéen est en
danger. Erosion des côtes de plus en plus grave, espèces menacées,
pollution… Le tableau n’a rien de reluisant et la situation du
littoral algérien se dégrade chaque jour.
Le littoral
algérien est, de l’avis des spécialistes, l’un des plus saturés.
L’activité humaine y est pour beaucoup dans cette dégradation. Le
rejet des eaux usées et des déchets dans la mer sont, sans aucun
doute, le fait de l’homme qui, généralement, ne voit pas plus loin
que le bout de son nez et ne s’imagine pas que ces agissements
peuvent causer du tort à l’environnement.
Première
conséquence de cette pollution : plusieurs écosystèmes sont menacés.
Ils sont 104, dont plus de 30 sont comptabilisés en Algérie. Ainsi,
la Méditerranée devient l’une des mers les plus en danger de la
planète. Les invasions biologiques ne sont pas sans conséquence sur
la biodiversité. Ainsi, près de 500 espèces marines non indigènes
sont dénombrées. Elles sont pour 64 %, introduites par le canal de
Suez. Depuis 2005, une algue connue sous le nom de "racemosa" a été
signalée sur nos côtes. Elle est l’une des plus dangereuses
invasions pour l’écosystème. Et ce n’est pas tout. L’on signale
aussi du poisson pollué dans la Méditerranée. Par exemple, les
poissons gras carnassiers portent dans leur chair de fortes
concentrations de mercure, de l’ordre de 3 200 microgrammes par kilo
pour l’espadon, ce qui constituerait pour un homme de 60 kilos qui
en mangerait 200 grammes par semaine, un apport de 200 microgrammes
de mercure, sois le double de la dose admise pour l’organisme.
Pour confirmer
cette situation, l’Institut français de recherche pour
l’exploitation de la mer a entrepris une étude sur les moules, qui
ont une grande capacité pour filtrer les plus petites particules.
Résultat : sur les 148 stations étudiées, la contamination est
inférieure à 0,1 microgramme de mercure par kilo de poids sec. Par
contre, elle est de 0,2 microgramme à Skikda, soit 0,40 microgramme
par kilo de chair. Les spécialistes s’attendaient à une
contamination plus forte de la côte africaine, mais la réalité est
tout de même moins inquiétante.
Ce qui est
inquiétant, par contre, ce sont les pertes de biodiversité et de
ressources. En effet, le Programme des Nations unies pour
l’environnement s’attend à ce que d’ici l’an 2025, 63 millions des
habitants de la Méditerranée manqueront chaque année de 500 mètres
cubes d’eau par an. Mais c’est surtout dans les pays les plus
pauvres que la demande sera la plus forte et par conséquent
l’épuisement plus marqué de certaines fossiles.
La densité des
populations sera aussi de plus en plus forte. En Algérie, nous
étions 123 habitants au kilomètre carré dans les régions côtières,
nous serons 376 habitants au kilomètre carré en 2025. Ce qui
signifie que la demande sur certaines ressources ne cessera de
croître, mais aussi donnera lieu à des activités humaines qui seront
à l’origine de grandes pressions sur les milieux.
Le pillage du
sable, réprouvé et interdit, est pourtant pratiqué d’une façon
presque généralisée. Résultat : les plages de Bou-Ismaïl, les Dunes,
Alger-Plage… connaissent un amoindrissement de leur sable. L’érosion
atteint en moyenne 2 mètres par an. Dans les autres plages de la
Méditerranée, elle est de 0,8 mètre par an. Ce qui revient à dire
que le phénomène de l’érosion est plus important chez nous. Mais il
faut tout de même reconnaître que certaines plages ne dépassent pas
le niveau de 0,80 m par an.
Cette érosion qui
est, la plupart du temps, provoquée par l’intervention humaine, peut
aussi être provoquée par des processus naturels comme le
réchauffement climatique et l’élévation du niveau de la mer.
Tout cela donnera
lieu, dans les pays du Sud, à une croissance importante de leur
demande énergétique. Cette demande sera quatre fois plus élevée que
dans les pays développés. Le trafic routier ne sera pas en reste,
puisqu’il sera appelé à augmenter. Il sera de 3,4 % pour les pays de
la rive sud. Il faut savoir aussi que les populations auront
tendance à quitter les campagnes pour les grandes villes et les
zones urbaines, ce qui donnera naissance à des problèmes inconnus
jusque-là. En effet, les volumes de déchets produits qui étaient de
282 kilos en l’an 2000, seront, d’après les prévisions des
spécialistes, de 557 kilos en 2025. Ce qui posera sans nul doute un
grand problème pour leur gestion.
Ce n’est donc pas
pour rien que l’Organisation mondiale de la santé a tiré la sonnette
d’alarme à plusieurs reprises et n’a pas cessé de dire que
l’accumulation des substances toxiques (elles sont composées de
plastique 70 % et eaux usées à 60 %) sont à des niveaux supérieurs
aux normes autorisées.
Les spécialistes
n’arrêtent pas de dire que la côte méditerranéenne est en grand
danger et peut influer sur la santé de l’homme. La preuve en est que
si l’on consomme du poisson pollué au mercure, ce n’est pas sans
conséquence sur la santé.
Cette situation
pas du tout reluisante est sans conteste provoquée par
l’urbanisation, chaque jour plus grande, mais aussi et surtout par
les effets de l’industrialisation massive, qui est considérée comme
étant un signe de développement et d’avancement des pays. Ce qui est
sans doute vrai, mais cette avancée n’a pas que des effets
positifs ; l’on a vu qu’elle est à l’origine d’une grande pollution
et peut menacer sérieusement l’environnement. Dans cette situation,
l’homme est le premier à payer car la dégradation de son
environnement ne peut que lui faire du tort.
C’est l’homme qui
est le premier responsable de cette destruction constatée chaque
jour. Donc c’est à l’homme de revoir sa façon de vivre et son
comportement face à son environnement. C’est à lui seul qu’incombe
la mission de mettre un frein à la pollution chimique observée le
long des côtes méditerranéennes et localisée surtout dans les ports,
et qui fait du littoral méditerranéen un dépotoir.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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