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Semaine du 22 au 28 août 2007

 

Une rentrée sociale bouillonnante

Sous le signe de la déferlante boursière

Privatisations

L’illusion de l’emploi

La nouvelle presse islamiste

Pas de politique, place à la « roqia » !

Environnement

La Méditerranée en danger

 

 

 

 Nation


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Une rentrée sociale bouillonnante

Sous le signe de la déferlante boursière

Hausse des prix d’aliments de première nécessité, pénuries, fardeau de la rentrée scolaire accentué par la saignée que provoquera le mois sacré de ramadan qui commence début septembre, augmentation annoncée du tarif du gasoil, le tout aggravé par le report de l’augmentation des salaires pour juillet 2008 sont autant d’ingrédients d’un bouillon social qui s’annonce très agité, voire explosif, notamment pour les bourses ménagères au bord d’une faillite en cet automne qui sera inévitablement et exceptionnellement brûlant à plus d’un titre.

Jamais un automne ne fut appréhendé comme celui qui se profile, au seuil d’une rentrée dont les prémices annoncent des situations sociale, professionnelle et politique tendues et affichent de mauvais présages depuis que l’UGTA a annoncé, lors de sa dernière session, une bipartite pour le début du mois prochain. Une annonce qui a fait couler beaucoup de salive chez les pères des familles de la couche prolétaire qui avaient tout bonnement cru aux agréables surprises attendues pour l’automne et promises en plein été par le patron de la Centrale, Sidi Said. En fait, l’été algérien a apporté plein de surprises fâcheuses, désagréables et des moins attendues. Pour parler alimentation, les Algériens aux bourses modestes en ont vu de toutes les couleurs. Ils se remettront, sans doute très difficilement de ce tournis causé par la flambée des prix ; ceux qui auront survécu à une saison caniculaire peu ordinaire qui, habituellement, est un moment d’apaisement pour des millions de bourses qui ne se permettent pas, durant l’année, de déguster du poulet ou du poisson. Les prix de la tomate et de l’oignon connaissent une chute significative mais temporaire, c'est-à-dire le temps de la saison estivale, avant de reprendre leur envolée à l’avant-veille du mois sacré. La mercuriale a étonnamment refusé de fléchir en dépit de la chaleur torride aggravée par les feux de forêts qui ont ravagé 146 000 hectares d’arbres fruitiers. Elle annonçait pour l’aubergine, la courgette et le concombre des prix stressants, de même que pour les poires, les haricots verts et la pomme de terre. Cette dernière a pris des allures de légume royal après avoir longtemps fait la joie des riches et pauvres à la fois(1). La menace de transformer le lait et le pain en denrées alimentaires “ulcéreuses” ne fait qu’empirer un régime alimentaire dont le ratio est loin de satisfaire le minimum exigé par les besoins physiologiques.

En dégringolade exponentielle, le pouvoir d’achat s’aggrave évidemment. En l’absence d’une structure qui régule les prix, voire les contrôle, à défaut d’une autorité capable d’organiser les marchés et en l’absence de soutien des prix à la production, les spéculateurs tirent doublement profit en imposant leur logique mercantile dans une confusion provoquée pour maintenir leur diktat et assurer le gain facile.

Actions et facteurs aggravants

Les discours du gouvernement et les promesses de la puissante Centrale syndicale ne nourrissent plus les Algériens qui ne savent plus à quel marché se vouer. Celui des offices(2) qui ne résistent hélas que peu de temps devant l’offensive de la hausse des prix où le libre marché est synonyme d’anarchie en Algérie. A l’image de l’impuissance du gouvernement à casser le monopole des nouveaux cartels ayant réussi leur mainmise sur les goûts et sentiments des Algériens. Les jours qui viennent s’annoncent très pénibles. Après les sonnettes d’alarme tirées, la pauvreté qui ronge un large pan de la société, la menace de la sous-alimentation frappe à nos portes si le gouvernement ne peaufine pas une stratégie palliative à ce choc alimentaire menaçant l’Algérie. A commencer par une politique salariale compatible avec la réalité des prix qu’on brandit à chaque fois que les représentations socioprofessionnelles opèrent des manœuvres pour rappeler leurs revendications. Plus impuissants sont les retraités qui se battent pour faire valoir les sacrifices consentis en temps d’exercice(3). L’agitation plane à l’ombre des futures actions des sociétés de participation qui devaient trancher le cas des entreprises privatisables afin de précipiter leur processus de cessions, au prix de compressions qui mettent en péril le devenir de milliers de familles qui viennent amplifier les voix de protestataires déjà inscrits dans les rangs des démunis.

Le dilemme de la distribution de la fameuse allocation des 2 000 DA attribuée chaque année aux nécessiteux pèsera de son poids dans un dialogue social de sourds.

Les syndicats autonomes(4) menacent pour leur part de débrayer en raison du renvoi de l’application des augmentations de salaires promises pour juin passé. Cet ajournement, entériné de concert avec le partenaire social qu’est l’UGTA ne fait, selon des spécialistes, qu’alourdir les charges des modestes bourses familiales qui frôlent la faillite en septembre 2007 et échauffer de plus en plus les esprits en effervescence.

Et en politique ?

La fin des congés est aussi annonciatrice de chaud débat entre partis politiques et le gouvernement à propos de l’entrée en vigueur des dernières introductions dans la loi portant régime électoral. Treize partis se trouvent, en vertu de la nouvelle loi amendée par le Parlement au printemps dernier, exclus d’une participation d’office au prochain rendez-vous électoral. Les candidatures risquent de faire couler, sous un fond de polémique, beaucoup de salive et de bile aux états-majors et aux futurs candidats. La classe politique est, par ailleurs, mise en alerte pour en découdre avec leurs bases respectives. Pendant le ramadan, les journées risquent d’être plus longues que prévu au niveau des partis regroupés en Alliance pour la sauvegarde de la démocratie (ASD) et ce, pour défendre leur appel au boycott des élections. Un sérieux dilemme pour les pouvoirs publics. Le casse-tête électoral n’épargne pas les électeurs abstentionnistes et le département de l’Intérieur n’avoue pas ses véritables desseins. Politiquement parlant, les bases du FFS, FLN et d’El Islah sont en passent d’ajouter de l’huile sur le feu. Un cafouillage qui ajoutera immanquablement de l’eau à la marmite sociale déjà bouillonnante. Les nuits ramadanesques risquent également d’être fatidiques dans les arcanes de l’APN et le Sénat à l’occasion des débats autour du projet de loi de finances pour 2008 qui promet, en sus des révisions de certaines taxes, des augmentations des tarifs de gasoil et autres lubrifiants. Un débat qui ne laisse pas indifférent le commun des Algériens en attente de bonnes nouvelles venant des institutions(5). Les débats autour de la loi sur les partis, les codes communal et de wilaya et la loi portant procédure civile et juridique constituent à la fois un laborieux volet de débats houleux entre le gouvernement, la classe politique et l’électorat. Le sempiternel verrouillage des canaux de communication et l’absence de débats d’idées ouverts risquent de provoquer l’irréparable. Les experts prédisent des pressions externes dictées par la logique des réajustements structurels. Ce qui augure d’un retour de manivelle d’une situation qui rappelle la mauvaise gouvernance des années 1990. Elle rappelle, et c’est là la grande crainte, les conditionnalités des institutions de Bretton Wood et de Wall Street(6) qu’on croyait oubliées à jamais avec le remboursement par anticipation des dettes auprès des clubs de Paris et de Londres, en attendant l’extinction définitive de la dette d’ici 2008(7). Ceci soulève moult interrogations dont la plus importante est de savoir que peut-on cacher aux Algériens qui croyaient en des améliorations qui ne tiennent plus la route avant de se rendre à l’évidence, générant des agitations multidimensionnelles. Lesquelles agitations plongent la société dans une panique qui aggrave son vécu déjà chargé. Des réformes porteuses de promesses tiennent en haleine une société en perte d’espoir. Des promesses à prendre désormais avec modération…

Salah Bey

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1- le prix du poulet n’a pas quitté cet été la fourchette des 170-180 DA, il risque d’atteindre record en frôlant les 250-270 DA, alors que le kilo de la sardine  est cédé à 100-140 DA contre 50-70 DA. La tomate, pourtant produit périssable sous la chaleur, se vendait à 15-20 DA est laissée à 30-35 DA le kg et la pomme de terre qui se vendait à la criée en 2005 à 25 DA le kg est  actuellement imposée à pas moins de 55 DA au plus bas de son prix depuis plus d’une année déjà.

2 - La preuve est donnée par les offices des céréales et du lait, qui n’ont pu atteindre les objectifs assignés. On envisage la création d’un troisième office pour la pomme de terre.

3 - La déchéance a atteint son paroxysme au point que les retraités menacent de sortir dans la rue pour manifester leur désarroi et leur désespoir face aux piètres augmentations introduites de leurs pensions de retraites qui, de plus, n’arrivent pas à temps.

4 - Ceux affiliés à la CNSL, à leur tête le SNAPAP et le CNES.

5 - La décision des augmentations salariales survenue en 2006 fut prise par le président de la République.

6 - Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) en l’occurrence.

7 - La dette s’élève, début 2007, à quelque cinq milliards de dollars seulement.

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Privatisations

L’illusion de l’emploi

Le cas de troubles sociaux au niveau du complexe sidérurgique Mittal de Annaba est assez édifiant sur les limites de la stratégie de privatisation telle qu’initiée par les pouvoirs publics. Elle jette aussi le doute sur les capacités de l’outil de production national, même soutenu par le capital et le savoir-faire étranger, à intégrer durablement le marché mondial.

La privatisation existe dans les textes depuis 1995, soit près de 12 ans. Ce processus, qui avait été précédé par une série de mesures instaurant une libéralisation progressive et une préparation et des entreprises publiques économiques et de leur environnement à la privatisation, a de tout temps été accompagné par un discours à double teneur. La première s’adresse aux repreneurs éventuels, les investisseurs étrangers en premier lieu. La seconde est destinée aux travailleurs des entreprises inscrites au programme de la privatisation. C’est ainsi qu’on s’est retrouvé à rassurer les premiers sur la profondeur des réformes libérales entamées en Algérie et ce, sur tous les plans, notamment juridiques et institutionnels, cependant que le monde du travail écoutait un exposé des motifs qui insistait pour dire que le premier objectif de la privatisation n’était autre que la préservation de l’emploi. Un ministre du gouvernement est allé même jusqu’à dire que la privatisation devait offrir, à terme, encore plus d’emplois qu’il n’en existait alors dans le secteur public économique. Cette volonté d’arracher l’adhésion des travailleurs, notamment des noyaux syndicaux dans les entreprises qui n’ont pas toujours affiché la même “disponibilité” de la direction nationale de l’UGTA, a été transcrite dans les ordonnances sur la privatisation en 1995, obligeant le repreneur à maintenir l’emploi et l’activité les cinq premières années suivant la cession. Considérant cette disposition comme un verrou à la montée en cadence du processus et trouvant en elle un effet repoussoir, les gouvernements successifs des années 2000 ont tôt fait, dans l’élan de toilettage des textes sur la privatisation, de supprimer cette obligation au profit des investisseurs. Cela dit, cette démarche n’a en rien empêché les divers ministres en charge du secteur public économique de réitérer à chaque rencontre avec les dirigeants syndicaux que la priorité restait l’emploi, même sans les balises, désormais levées.

Les exemples de privatisations opérées à l’issue de négociations qu’on a présentées comme laborieuses, comme celles effectuées pour parvenir à la vente d’Ispat (ex-Sider Annaba) ou de l’Enad (désormais totalement absorbée par l’Allemand Henkel), ont été cités comme des modèles, justement à cause du maintien de l’emploi. Du moins jusque-là. On a tôt fait d’oublier que ces firmes étrangères, dont le propriétaire n’est pas un mais des dizaines de milliers d’actionnaires et de boursicoteurs à travers le monde, obéissent à des stratégies d’envergure internationale qui les obligent à tenir continuellement la cadence de la compétition et maintenir constamment une flexibilité sur trois niveaux, à savoir les effectifs, le mouvement de capitaux et la progression technologique.

Comment soutenir que l’Etat soit en mesure de garantir l’emploi ? De quel levier disposerait-il encore ? Dans une étude ayant pour titre “Le phénomène de la privatisation en Algérie”, le Dr Nadia Bouacha considère la privatisation comme une décision politique plus que controversée.  Elle “suscite le mécontentement des foules qui n’y voient qu’une suppression future de leur emplois venant ainsi gonfler un taux de chômage d’ores et déjà très élevé. Cette dissension permet, au fil des ans, de nourrir le débat politique et notamment de favoriser l’apparition d’un discours démagogue qui n’aura pour but que de retarder l’inévitable échéance. Dès lors, le processus de privatisation des entreprises publiques algériennes s’avère long et difficile. L’Algérie rencontre les mêmes obstacles que les autres pays en voie de développement dans la réalisation de leur programme de privatisation et le bilan est faible”. N’est-ce pas que tout s’explique ? Quel serait le point de vue des repreneurs ? Dans un document intitulé “Les essais de privatisation de l'économie en Algérie 1979-1999”, l’expert Zahir Farès critique la frilosité des pouvoirs publics dans leur tentative de privatiser le secteur public sans garantir le succès de la nouvelle sphère privée ainsi créée. Il estime donc que “si l’Etat ne doit plus être le centre principal d’emplois, de revenus et de privilèges divers, sa réforme doit être nécessairement relayée par une confiance accrue dans les initiatives privées”.  Mais, ajoute-t-il, “encore faut-il prendre la mesure des potentialités du secteur privé. Car le relais par le secteur privé doit faire l’objet d’une attention particulière et surtout ne pas être pris comme le contraire du secteur d’Etat. Autrement dit, il n’est pas évident que le secteur privé puisse faire ce que l’Etat n’a pas fait. Comme il n’est pas sûr qu’il le fasse mieux. Le plus souvent, son ambition est de récupérer une rente exploitée jusqu’ici par l’Etat et certains groupes”.  Que faire ? Pour Zahir Farès, “la solution est dans l’adoption de mesures qui, jusqu’ici, ont été différées en raison de leur impact sur le mode de gestion de l’économie et de leurs répercussions politiques”. En attendant, l’exemple de Mittal Sider Annaba est là pour jeter le doute sur des illusions auxquelles on croyait dur comme fer…

Nabil Benali

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La nouvelle presse islamiste

Pas de politique, place à la « roqia » !

Annonces matrimoniales, roqia, histoire de l’islam, fetwas et autres questions religieuses, la nouvelle presse islamiste accorde très peu de place à la politique, encore moins (pour ne pas dire aucune) à la politique en Algérie. Dans ce qui suit, un bref survol de quelques titres « islamistes » paraissant à Alger.

Es-Safir Net, Zahrat El-Islam, Iqraa Dinak (Apprends ta religion), El-Qalam, El-Manar et El-Ousbou El-Arabi, ces six titres de la presse islamiste algérienne ont pour caractéristique commune de ne pas évoquer les questions politiques nationales. Aucune référence à un quelconque parti politique ni à une association algérienne. Bien qu’à faible tirage, ces titres trouvent surtout leur lectorat au sein de plusieurs catégories de la société. Pas nécessairement de la mouvance islamiste. Cette presse hebdomadaire traite de questions diverses. Cela va de la pauvreté et du chômage au mariage, en passant par les problèmes au sein des couples, sans oublier les sujets (suites à des questions de lecteurs) que l’on ne peut qualifier que de stupides. En dehors des fetwas et des questions réponses, le gros des articles et des encadrés ne sont pas signés et sont, souvent, des « copier/coller » à partir de sites web islamistes. Il arrive aussi que les sources soient citées.

Le plus politisé parmi cette presse est bien Es-Safir Net. C’est, d’ailleurs, celui où il y a le plus de lecture. Mais ce journal ne s’intéresse pas aux affaires algériennes. Il est beaucoup plus question de la situation en Irak, de la Palestine, d’Al-Qaîda, du Mossad et d’Israël. Es-Safir Net s’intéresse souvent aux modes de recrutement des services secrets israéliens, le Mossad et le Shabak. Des sujets auxquels il réserve des pages entières, comme c’était le cas dans le numéro 17 (dernière semaine de juillet) où il était question (dans des articles non signés) des mécanismes de mobilisation des agents du Mossad dans les pays arabes et musulmans, en particulier en Palestine, au Liban et en Iran. Selon cet hebdomadaire, le sexe reste parmi les plus sûrs des modes de recrutement traditionnels des services secrets israéliens dans cette région du monde, en particulier en Palestine occupée où le Shabak y a fréquemment recours pour obliger des Palestiniens à espionner les mouvements de résistance comme le Hamas et le Djihad islamique.

Reprenant le Daily Telegraph, Es-Safir Net fait parler le cuisinier personnel de Oussama Ben Laden, évoque le rôle de la droite chrétienne aux Etats-Unis dans la création de sociétés de mercenariat comme BlackWater, et traite du phénomène du suicide chez les femmes dans les pays en guerre. La victoire du parti islamiste turc de Rajeb Tayeb Urdugan est largement commentée par Es-Safir Net. Ce dernier s’interroge également sur l’hébergement des sites web djihadistes irakiens, censés combattre les USA, par des sociétés américaines et anglaises comme Layered Center Inc., Lightwave Electric, UK Networks, Fortress ITX et bien d’autres hébergeurs de sites web qui permettent à des extrémistes comme Abou Qotada d’avoir pignon sur la toile et même de dispenser des cours de fabrication de bombes sur le net ! Le questionnement n’est pas sans sens quand on sait que les Etats-Unis mènent une guerre globale contre le terrorisme et qu’en même temps ils permettent à Al-Qaîda de diffuser ses messages.

Es-Safir Net propose également des lectures d’ouvrages, dont celui de l’ancien patron de la CIA et des articles traitant du rachat du Wall Street Journal par un magnat de la presse, l’Australien Rupert Murdoch. Même Harry Potter, considéré comme « une tentative de christianiser le monde », n’échappe pas à ce journal.

Fondamentalement différents, les cinq autres journaux islamistes ne touchent pas du tout, ni de près ni de loin à la politique, qu’elle soit internationale ou nationale. Le gros des sujets traités provient des questions posées par les lecteurs par emails, courrier ou téléphone. Zahrat El-Islam, Iqraa Dinak, El-Qalam, El-Manar et El-Ousbou El-Arabi proposent tous des fetwas par téléphone. Les animateurs sont pour la majorité des hommes, mais des femmes aussi répondent aux questions des lecteurs.

Hallal ou haram (licite ou illicite) reviennent souvent dans les questions posées. « Dois-je démissionner de l’hôtel où je travaille si je suis obligé de servir des boissons alcoolisées », interroge un lecteur de Zahrat El-Islam. « Dois-je l’épouser tout en sachant qu’elle est enceinte hors mariage ? » ; « Jouer au pari sportif est-il licite ? » est le type de questions classiques, relatives au licite et au illicite dans l’islam, qui sont généralement posées en ce qui concerne l’alcool, les relations sexuelles hors mariage, etc. D’autres interrogations relèvent plutôt de l’infantilisme, comme celle du lecteur qui demande s’il peut manger de la viande de crocodile (à croire qu’il vit en Tanzanie ou que le crocodile existe ici !)  un autre veut savoir si la cravate est autorisée en islam et un troisième veut connaître à quoi ressemblent les djinns. Ces questions rappellent un peu celles, non moins stupides, très en vogue dans les années 1989-91, du genre : « Le sifflet de la cocotte-minute est-il yadjouz ou la yadjouz ? »

Au palmarès des sujets très prisés dans la presse islamiste, c’est la roqia (une sorte d’exorcisme) qui est élevée en « mode de traitement » par certains « imams » qui en font une source de revenus non négligeable pour lutter contre la sorcellerie et le mauvais œil.

Les inévitables annonces matrimoniales sont aussi source importante de lectorat pour cette presse. A la recherche de l’âme sœur pratiquante, des annonces par dizaines sont publiées chaque semaine à côté des appels aux âmes charitables pour aider un père de famille handicapé, pour l’achat d’un médicament très coûteux ou pour chercher un travail pour une veuve qui doit élever ses trois enfants.

Une rubrique qui semble très prisée est celle où Dalila (sur les pages d’Al-Qalam) prodigue des conseils aux nouveaux mariés et aux couples en général pour « une vie conjugale paisible et heureuse ».

Loin des préoccupations de Es-Safir Net, les cinq autres hebdomadaires traitent de sujets plus proches de l’école salafiste (wahabiste). Par exemple, des oulémas saoudiens mettent en garde contre les… chants soufis et appellent à la fermeture des chaînes de prédiction et d’astrologie comme Shahrazed. On y trouve également des sujets sur  le « véritable » salafisme  selon Mohamed Hassan, ou alors l’histoire de Morane la juive (maman de trois enfants) rebaptisée Aya (verset) après s’être convertie à l’islam au Liban.

Cela étant dit, très peu de sujets de fond et de débat sont traités dans ces titres. A force de vouloir fuir la politique (peut-être de peur d’être censurés ou d’être taxés d’appartenance à un parti islamiste), ces hebdomadaires se rabattent sur des sujets people, participant ainsi au maintient de leur lectorat dans des préoccupations qui renforcent les clichés et les stéréotypes sur les musulmans. Des thèmes comme le réchauffement climatique, la protection de l’environnement, les risques nucléaires, l’économie de l’eau et la corruption ne sont-ils donc pas dignes d’intérêt ?

Abdelkader Djalil

 

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Environnement

La Méditerranée en danger

L’Organisation mondiale de la santé a maintes fois attiré l’attention sur une réalité des plus inquiétantes : le littoral méditerranéen est en danger. Erosion des côtes de plus en plus grave, espèces menacées, pollution… Le tableau n’a rien de reluisant et la situation du littoral algérien se dégrade chaque jour.

Le littoral algérien est, de l’avis des spécialistes, l’un des plus saturés. L’activité humaine y est pour beaucoup dans cette dégradation. Le rejet des eaux usées et des déchets dans la mer sont, sans aucun doute, le fait de l’homme qui, généralement, ne voit pas plus loin que le bout de son nez et ne s’imagine pas que ces agissements peuvent causer du tort à l’environnement.

Première conséquence de cette pollution : plusieurs écosystèmes sont menacés. Ils sont 104, dont plus de 30 sont comptabilisés en Algérie. Ainsi, la Méditerranée devient l’une des mers les plus en danger de la planète. Les invasions biologiques ne sont pas sans conséquence sur la biodiversité. Ainsi, près de 500 espèces marines non indigènes sont dénombrées. Elles sont pour 64 %, introduites par le canal de Suez. Depuis 2005, une algue connue sous le nom de "racemosa" a été signalée sur nos côtes. Elle est l’une des plus dangereuses invasions pour l’écosystème. Et ce n’est pas tout. L’on signale aussi du poisson pollué dans la Méditerranée. Par exemple, les poissons gras carnassiers portent dans leur chair de fortes concentrations de mercure, de l’ordre de 3 200 microgrammes par kilo pour l’espadon, ce qui constituerait pour un homme de 60 kilos qui en mangerait 200 grammes par semaine, un apport de 200 microgrammes de mercure, sois le double de la dose admise pour l’organisme.

Pour confirmer cette situation, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer a entrepris une étude sur les moules, qui ont une grande capacité pour filtrer les plus petites particules. Résultat : sur les 148 stations étudiées, la contamination est inférieure à 0,1 microgramme de mercure par kilo de poids sec. Par contre, elle est de 0,2 microgramme à Skikda, soit 0,40 microgramme par kilo de chair. Les spécialistes s’attendaient à une contamination plus forte de la côte africaine, mais la réalité est tout de même moins inquiétante.

Ce qui est inquiétant, par contre, ce sont les pertes de biodiversité et de ressources. En effet, le Programme des Nations unies pour l’environnement s’attend à ce que d’ici l’an 2025, 63 millions des habitants de la Méditerranée manqueront chaque année de 500 mètres cubes d’eau par an. Mais c’est surtout dans les pays les plus pauvres que la demande sera la plus forte et par conséquent l’épuisement plus marqué de certaines fossiles.

La densité des populations sera aussi de plus en plus forte. En Algérie, nous étions 123 habitants au kilomètre carré dans les régions côtières, nous serons 376 habitants au kilomètre carré en 2025. Ce qui signifie que la demande sur certaines ressources ne cessera de croître, mais aussi donnera lieu à des activités humaines qui seront à l’origine de grandes pressions sur les milieux.

Le pillage du sable, réprouvé et interdit, est pourtant pratiqué d’une façon presque généralisée. Résultat : les plages de Bou-Ismaïl, les Dunes, Alger-Plage… connaissent un amoindrissement de leur sable. L’érosion atteint en moyenne 2 mètres par an. Dans les autres plages de la Méditerranée, elle est de 0,8 mètre par an. Ce qui revient à dire que le phénomène de l’érosion est plus important chez nous. Mais il faut tout de même reconnaître que certaines plages ne dépassent pas le niveau de 0,80 m par an.

Cette érosion qui est, la plupart du temps, provoquée par l’intervention humaine, peut aussi être provoquée par des processus naturels comme le réchauffement climatique et l’élévation du niveau de la mer.

Tout cela donnera lieu, dans les pays du Sud, à une croissance importante de leur demande énergétique. Cette demande sera quatre fois plus élevée que dans les pays développés. Le trafic routier ne sera pas en reste, puisqu’il sera appelé à augmenter. Il sera de 3,4 % pour les pays de la rive sud. Il faut savoir aussi que les populations auront tendance à quitter les campagnes pour les grandes villes et les zones urbaines, ce qui donnera naissance à des problèmes inconnus jusque-là. En effet, les volumes de déchets produits qui étaient de 282 kilos en l’an 2000, seront, d’après les prévisions des spécialistes, de 557 kilos en 2025. Ce qui posera sans nul doute un grand problème pour leur gestion.

Ce n’est donc pas pour rien que l’Organisation mondiale de la santé a tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises et n’a pas cessé de dire que l’accumulation des substances toxiques (elles sont composées de plastique 70 % et eaux usées à 60 %) sont à des niveaux supérieurs aux normes autorisées.

Les spécialistes n’arrêtent pas de dire que la côte méditerranéenne est en grand danger et peut influer sur la santé de l’homme. La preuve en est que si l’on consomme du poisson pollué au mercure, ce n’est pas sans conséquence sur la santé.

Cette situation pas du tout reluisante est sans conteste provoquée par l’urbanisation, chaque jour plus grande, mais aussi et surtout par les effets de l’industrialisation massive, qui est considérée comme étant un signe de développement et d’avancement des pays. Ce qui est sans doute vrai, mais cette avancée n’a pas que des effets positifs ; l’on a vu qu’elle est à l’origine d’une grande pollution et peut menacer sérieusement l’environnement. Dans cette situation, l’homme est le premier à payer car la dégradation de son environnement ne peut que lui faire du tort.

C’est l’homme qui est le premier responsable de cette destruction constatée chaque jour. Donc c’est à l’homme de revoir sa façon de vivre et son comportement face à son environnement. C’est à lui seul qu’incombe la mission de mettre un frein à la pollution chimique observée le long des côtes méditerranéennes et localisée surtout dans les ports, et qui fait du littoral méditerranéen un dépotoir.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

 

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