Semaine du 26 mars au 1 avril 2008

 

Adhésion de l’Algérie à l’OMC

Où se situe le blocage ?

 

 
 
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 Adhésion de l’Algérie à l’OMC

Où se situe le blocage ?

L’Algérie se trouve encore une fois piégée par sa lenteur à s’adapter aux évènements du monde. Il en a été ainsi pour l’Accord d‘association avec l’UE, il en est de même pour son adhésion à l’OMC que le pays n’arrive pas à concrétiser après douze années de négociations.

Les pouvoirs publics, par la bouche de notre ministre des Affaires étrangères, viennent d’annoncer encore une fois la conclusion de cette négociation pour avant la fin de l’année en cours, tout comme ils avaient annoncé cette adhésion pour avant le déroulement des élections présidentielles de 2004. Chaque déclaration de responsable algérien supposé au fait de cette négociation semble mue par le désir de délivrer un message d’espoir destiné surtout à être écouté par le président de la République, qui pourrait prendre ombrage de cette lenteur et sanctionner ceux qui en seraient responsables. Aussi l’Algérie est-elle présentée à chaque fois comme étant sur le point de conclure cette négociation, l’imminence de cette conclusion étant la règle ; mais une fois le délai expiré sans que l’événement annoncé ne se produise, l’on reporte et on explique la non-conclusion de cet accord d’adhésion par la nécessité de prendre en charge de nouvelles demandes attribuées à l’OMC. En réalité,  on ne sait pas ce qui se passe et tout est remis à plus tard sans que l’on sache ce qui a été à l’origine du report, ce qui fait que depuis au moins sept ans. Nous sommes dans ce scénario de l’imminence d’une adhésion à l’OMC, un scénario à chaque fois réécrit tout en portant les mêmes promesses. Tout baigne dans la plus totale opacité et personne ni au gouvernement ni dans les partis politiques, ne semble s’inquiéter outre mesure du sort de cette négociation marathon dont par ailleurs personne ne sait ce que sa conclusion pourrait apporter de mieux pour le pays.

Il y a lieu de relever cependant que les partisans de la non-adhésion à l’OMC sont de moins en moins nombreux ; ils se limitent actuellement à la position bien  connue de Louiza Hanoune, qui en a fait un dogme selon lequel cette adhésion serait une erreur préjudiciable au pays et aux travailleurs algériens. Une position que ne partage plus  l’UGTA, qui préfère aborder des questions plus concrètes liées à la vie quotidienne des Algériens. Une préoccupation qui met la Centrale en concurrence avec d’autres syndicats de travailleurs plus motivés et moins préoccupés par les questions de paix sociale dont l’UGTA a fait son leitmotiv.

Pourquoi cette incapacité à aller de l’avant dans cette négociation ? Par rapport aux pays africains et arabes, la situation de l’Algérie est la suivante. Sur 21 pays membres la Ligue arabe (la Palestine n’étant pas comptabilisée), 12 sont membres de l’OMC  alors que 9 ne le sont pas encore : l’Algérie, l’Irak, la Syrie, la Libye, le Soudan, la Somalie , l’Erythrée, le Yémen et  le Liban. Par rapport à l’Afrique, il y a lieu de savoir que sur 42 pays africains subsahariens, 36 sont membres de l’OMC. Au plan mondial, sur 189 pays membres de l’ONU, 151 sont adhérents à l’OMC tandis que 38 ne le sont toujours pas. Parmi les pays membres, certains étaient déjà membres du GATT (accord général sur les tarifs) qui a été remplacé par l’OMC à la Conférence de Marrakech, en 1994. Ces pays ont bénéficié du basculement automatique vers l’OMC, sans avoir à négocier leur adhésion à la nouvelle organisation. Les seuls pays qui ont rejoint l’OMC par le biais des négociations (celles que suit l’Algérie depuis 1996) ont été le Qatar et les Emirats arabes unis en 1996, Oman en 2000 ; l’Arabie Saoudite a adhéré en 2005 en commençant sa négociation bien  après l’Algérie. En Afrique, 4 pays ont rejoint l’OMC en 1996 et un seul en 1997, tous les autres ayant bénéficié du basculement automatique en 1995.

L’Algérie a déposé son mémorandum valant demande d’adhésion en 1996 et a commencé à négocier avec l’OMC en 1997. Il faut savoir que cette négociation se déroule en deux temps : on commence par négocier dans un cadre multilatéral avec un groupe de travail qui se constitue parmi les pays intéressés par l’adhésion de l’Algérie à l’OMC . Le groupe initial qui a reçu les négociateurs algériens se composait d’une trentaine de partenaires traditionnels de l’Algérie (Etats-Unis, Japon, pays de l’Union européenne) ; des pays maghrébins et africains membres de l’OMC ; du groupe de Cairns (du nom d’une ville d’Australie) lequel regroupe une quinzaine de pays exportateurs de produits agricoles dont le dénominateur commun est la lutte contre les subventions octroyées par les Etats Unis et l’UE à leurs agricultures, ce qui fausse la concurrence. Parmi le groupe de Cairns on trouve le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay, l’Australie, la Nouvelle Zélande ainsi que d’autres pays africains et asiatiques.

La deuxième négociation est celle dite bilatérale où chaque pays ou groupe de pays membres de l’OMC peut demander à négocier directement avec l’Algérie. Ce n’est qu’au terme de cette deuxième négociation que l’adhésion peut être prononcée, c’est-à-dire au moment où toutes les réserves émises par les pays engagés dans cette négociation sont levées à l’endroit du pays requérant.

La chronologie de cette négociation peut être considérée ainsi. L’Algérie engage donc la négociation multilatérale pour apporter des compléments d’information au mémorandum, afin de le rendre clair et surtout compréhensible. Ce mémorandum est un ensemble d’informations qui répondent  à un canevas préparé par le secrétariat de l’OMC, lequel renferme aux alentours de trois cents questions se rapportant à l’organisation économique et commerciale du pays ainsi qu’aux taxes et autres tarifs douaniers perçus aux frontières nationales ; il comporte aussi des questions relatives aux lois et instituions qui régissent le commerce. Mémorandum est un bien  grand mot pour qualifier ce questionnaire que le ministère a rempli et envoyé à l’OMC en 1996. Des pays membres du groupe de travail, tous destinataires d’une copie de ce document, ont répondu en demandant à l’Algérie de fournir des précisions sur tel ou tel aspect du commerce algérien, ce à quoi le ministère a répondu en annonçant un chiffre impressionnant de questions qui lui seraient parvenues. En 1998, l’Algérie a reçu une aide financière de 230 000 dollars de la CNUCED pour favoriser par la formation la constitution d’une équipe de négociateurs. Le ministère des Affaires étrangères de l’époque n’a pas su utiliser cette enveloppe, qui aurait servi à couvrir les frais de visites «d’exploration» de l’organisation de l’UE à Bruxelles par différentes personnalités de la société civile et à l’organisation de séminaires ouverts même aux représentations diplomatiques étrangères. Tout cela était peut-être utile pour la conduite de la négociation engagée avec l’UE pour la conclusion d’un accord d’association, force cependant est de constater qu’il fallait peut-être mieux utiliser cet argent pour former le groupe de négociateurs algériens, lequel aurait été utilisé pour l’une et l’autre négociation en constituant  un noyau de trois à quatre négociateurs clés auxquels on pourrait adjoindre des «ailes spécialisées», l’une pour la négociation avec l’UE l’autre  pour l’adhésion à l’OMC, chaque «aile» ne devant pas comporter plus de quatre à cinq éléments. Pour être efficace, un groupe de négociateurs doit être ramassé ; plus il est large moins il est performant.

La négociation multilatérale a été annoncée comme ayant abouti au mois de juin 1999. Le ministre du Commerce de l’époque avait annoncé le début des négociations bilatérales pour octobre de la même année. M. Medelci, en arrivant au ministère du Commerce en 2001, décida de suspendre la négociation avec l’OMC pour deux ans. A la reprise de la négociation en 2003, l’OMC décida de reprendre le tout à zéro, c’est-à-dire de ne pas tenir compte de l’avancée (vraie ou fausse ?)  réalisée à juin 1999 et exigea de l’Algérie le  dépôt un nouveau mémorandum. Un nouveau groupe de travail, certainement le même que celui de 1996, entama la négociation multilatérale et les choses routinières reprirent. Les rounds se succédèrent sans que personne ne sache où l’on en était quand cette négociation prendrait fin. Il faut aussi relever que certains journaux, faute d’informations, prennent à leur compte des rumeurs qui circulent à propos de cette négociation en disant par exemple qu’elle achoppait sur la question des prix des hydrocarbures pratiqués localement, comme si ces prix étaient régis par deux systèmes différents. L’OMC n’est pas intéressée par la question des prix domestiques, elle ne l’est que pour les questions de concurrence, si les prix des hydrocarbures étaient différents selon qu’ils soient appliqués à un Algérien ou à un étranger travaillant en Algérie, ce qui constituerait une violation de la concurrence. L’étranger qui  achète de  l’essence ou de l’électricité en Algérie, pour les consommer en Algérie, paie les mêmes prix que ceux payés par un Algérien. On ne voit pas où pourrait se situer le problème rapporté par la presse. En réalité, la difficulté c’est que le négociateur algérien  n’arrive pas à savoir ce que veut l’OMC… Des pays pétroliers comme Oman ou l’Arabie Saoudite ne signalent pas de problème particulier concernant le commerce de leurs hydrocarbures localement et internationalement !

Il est vrai que pour la conclusion de l’Accord d’association avec l’UE, c’est l’intervention du président de la République qui a sorti la négociation de l’impasse ; ce dernier avait demandé l’aide de son ami Romano Prodi, président de la Commission de l’UE à l’époque , ce qui a conduit à la signature de l’accord sous réserve  cependant. Cette réserve, selon les journaux locaux, était l’Algérie aurait signé cet Accord sous la promesse faite par l’UE d’aider l’Algérie à adhérer l’OMC. Or il n’en est rien. M. Prodi avait bousculé les réserves émises par le négociateur européen en s’assurant auprès du Président algérien que l’Algérie ferait tout pour adhérer rapidement à l’OMC. L’Algérie a donc manqué jusque-là à sa promesse, et non pas l’UE. Il faut rétablir les termes de l’équation en accordant leurs vraies places aux différents éléments qui la composent. Une promesse faite par l’Algérie ne peut constituer une obligation pour l’UE, mais c’est malheureusement ce qui se passe . Le représentant de l’UE en Algérie, Wolfgang Plasa, le rappelait dernièrement alors qu’il était l’invité d’El Khabar. Personne, disait-il, n’avait  forcé l’Algérie à signer cet Accord ; elle y est venue de son plein gré. Beaucoup continuent à croire que c’est l’Europe qui serait venue chercher l’Algérie et qu’elle l’aurait de ce fait «piégée»…

Le gouvernement algérien se garde de faire le travail pédagogique que la population est en droit d’attendre de lui pour expliquer les tenants et aboutissants de tous ces dossiers qui n’aboutissent pas.

Il  est important d’intégrer l’OMC car l’Algérie ne peut rester en marge du monde, mais il faut le faire en conduisant sa propre négociation avec ses propres moyens. Il y en a, il suffit de chercher. Mais que l’on cesse de confier aux mêmes personnes des dossiers repris plusieurs fois ; Il faut faire table rase de ceux qui ont connu des échecs successifs, on ne peut leur faire davantage confiance. C’est cela, la responsabilité du politique : le choix des hommes en mesure de conduire à bonne fin les négociations et les grands dossiers sur lesquels est engagé le pays…

B. Hachemane

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