Semaine du 26 mars au 1 avril 2008

 

L'éditorial

Petit calcul

 

 
 
 Editorial

Petit calcul

L’ouverture des frontières avec le voisin marocain n’est pas à l’ordre du jour à Alger. C’est un refus, un autre, que viennent de réserver les autorités algériennes à la demande formulée, encore une fois, par Rabat. Certes, Yazid Nouredine Zerhouni, qui s’est chargé de répondre au communiqué rendu public par le ministère marocain des Affaires étrangères, n’a pas pour autant définitivement fermé la porte. En effet, tout comme Abdelaziz Bouteflika qui avait annoncé il y a quelques jours que la réouverture «est un fait tout à fait envisageable», le ministre de l’Intérieur a affirmé  que «cette réouverture n’est pas à exclure». Juste que ce décideur algérien a pris la peine de souligner qu’actuellement, elle ne présente pas d’urgence. Et c’est là une  précision de taille.

Il est donc clair qu’Alger ne fait nullement cas de l’argumentaire développé par Rabat et par le bais duquel les autorités marocaines tendent à justifier leur demande. Le Maroc argue d’un changement intervenu depuis 1994, date de la fermeture des frontières.  «Le contexte régional et international de la fermeture de cette frontière est aujourd’hui largement dépassé», plaide Rabat. Sauf que les autorités algériennes ne l’entendent pas de cette oreille. La circulation des personnes aux frontières entre les deux pays  «n’est pas une question isolée et doit être prise dans un cadre général», est-il rétorqué. Ce qui signifie que pour l’Algérie, l’approche à cette question ne peut être que globale. Car du point de vue algérien, «le Maghreb ne se limite pas seulement au Maroc et à l’Algérie».  C’est un tout dans lequel « tous les peuples qui se trouvent dans cet ensemble trouvent leur place». 

En fait, ce qu’Alger se refuse à cautionner et ce à quoi elle dit non, c’est l’édification d’«un Maghreb où les uns gagnent et les autres perdent ». Un Maghreb que  d’aucuns édifieront sur le dos de certains. Une éventualité inadmissible pour Alger. Mais il est à parier que ce  point de vue n’ait pas pu plaire à Rabat, quand bien même la logique aurait voulu que le Maroc prenne le temps de s’y arrêter et de le méditer. Mais Rabat est trop pris  par son aveuglement, lui qui voudrait imposer aux autres sa propre conception de cet espace  régional dans lequel il évolue avec d’autres peuples – y compris celui à qui le Mekhzen dénie le droit d’exister sous prétexte de la marocanité du territoire sur lequel il vit. Ainsi donc, au désir de Rabat d’ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux pays et de normaliser les relations bilatérales, Alger oppose le pragmatisme qui découle d’une parfaite connaissance de la géopolitique de cette région. 

Et puis, sommes-nous aussi en droit de nous interroger, quel crédit accorder à une invitation adressée, certes officiellement, alors qu’en parallèle le Maroc, par le biais de ses médias, continue de mener campagne contre l’Algérie pour la simple raison que ce pays soutient une cause juste ? Car quoi qu’en pense Rabat, la décolonisation du Sahara occidental n'est pas un casus belli entre l'Algérie et le Maroc. Elle relève exclusivement de la responsabilité des  Nations-unies et du Conseil de sécurité.  

Et puis, pourquoi céder à la pression marocaine lorsqu’on sait qu’en définitive, l’Algérie a plus à perdre qu’à gagner en rouvrant ses frontières avec le voisin de l’ouest ? Le Maroc, qui fait face à des tensions sociales découlant de ses difficultés financières, sait que la réouverture des frontières terrestres avec l’Algérie serait une véritable bouffée d’oxygène pour son économie, notamment pour les villes frontalières. Le manque à gagner pour le Maroc est évalué en millions de dollars. Mais pour l’Algérie, rouvrir cette frontière signifie accorder davantage de facilitations aux contrebandiers et trafiquants de tout bord qui saignent l’économie algérienne en introduisant frauduleusement au Maroc carburants, denrées alimentaires ou encore cheptel. Produits que l’Algérie importe en devises et qui sont  bradés ou échangés contre de la drogue, ce poison qui tue à petit feu notre jeunesse. Il n’est un secret pour personne que désormais, la zetla est vendue même à la sortie des écoles. Une réalité que les dirigeants algériens, soucieux de leur économie et de leur population, se doivent de prendre en compte.

Que le Maroc formule sa demande, nul n’est en mesure de le lui interdire. Qu’il tente d’instrumentaliser à d’autres fins la position de principe de l’Algérie sur le dossier du Sahara occidental est de bonne guerre, bien que la légalité internationale soit là pour montrer qui dit vrai et qui dit faux sur cette question. Mais ce qui est certain, c’est que nul n’a le droit de reprocher à Alger ses positions. C’est dire donc que  Rabat doit revoir sa politique avant de reformuler son offre. Ses petits calculs ne trouveront aucun écho à Alger.

Nadia Kerraz

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