Semaine du 26 mars au 1 avril 2008

  Jalons

La semaine de toutes les journées

 

 
 
 Chronique  

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La semaine de toutes les journées

Les décideurs des thèmes des journées, de commémoration ou de célébration, mondiales, continentales ou nationales, ont dû être inspirés par l’arrivée du printemps pour comprimer en cette radieuse semaine le marquage calendaire de thèmes aussi variés que l’est la bariolure de la plus belle des saisons. Ainsi, l’on retrouve, pêle-mêle et dans le désordre, entre le 20 et le 27 du mois de mars, et pour ne rester que dans les journées mondiales, appelées également selon l’humour festive « internationales », le conte, l’eau, la forêt, la poésie, la météo, la lutte contre le racisme puis contre la tuberculose, et enfin la journée mondiale du théâtre. On pourrait bien sûr s’amuser à un exercice de style, celui de trouver un lien entre ces hèmes apparemment disparates, mais une fois qu’on aura opté pour un conte en poésie se déroulant au théâtre de la forêt (de Brocéliande, évidemment, la plus propice à l’évasion fictive et féerique), ce laborieux jeu de mots, unique talent des médiocres, bute sur des sujets moins nourriciers d’inspiration et d’envolées lyriques, comme la météo, l’eau ou, pire, la tuberculose et le racisme. Alors, pour s’écarter du terrain glissant de l’évocation plurielle, donc réductrice, contentons nous de confiner ces célébrations aux deux seules aires qui, avec le conte, sécrètent des faisceaux d’esthétique flamboyante, dans ce monde de grisaille, la poésie et le théâtre, les nôtres, évidemment. Alors, profitons de la journée mondiale de la poésie pour injecter un hommage d’autant plus mérité qu’il est porteur d’une charge de réhabilitation, celui à rendre au plus grand poète algérien de tous les temps. Celui qui arbore ce titre, presque malgré lui parce qu’il a toujours fui les honneurs, cultivant dans sa vie d’ermite la discrétion avec la même ardeur à combler sa soif d’érudition, n’est pas celui qu’on croit. Ce n’est ni Kateb Yacine, ni Moufdi Zakaria, ni Mohamed Dib, ni Tahar Djaout, ni Sidi Lakhdar Benkhlouf, ni Si M’hand Ou M’hand, ni autre personnalité qui par ses vers et ses sonnets a inculqué un peu de chaleur sur notre glaciale culture et d’élévation du regard sur notre routinier quotidien. Cet homme qui dépasse tous ses pairs de la tête, des épaules et de la force de la rime, n’est autre que Mohamed Laid Al Khalifa, illustre enfant de Ain Beida où il a vu le jour (et les Aurès) en 1904 et décédé en 79 à Batna, après avoir, hormis un engagement actif parmi les oulémas, passé une vie d’ascète consacrée à une création poétique vouée à l’exaltation de Dieu et des écritures coraniques. Seul un festival de poésie à Biskra permet au nom de l’illustre poète d’être épargné par la broyeuse de l’amnésie collective, et la présente évocation s’inscrit en faux contre ce déni de justice mémorielle. Sur le registre du théâtre, l’aura du concerné ne souffre d’aucune rivalité, donc de risque de remise en cause, puisque la personnalité sur laquelle s’est porté le dévolu de notre hommage en cette journée mondiale, incarne cet art en Algérie, ainsi qu’en témoignent ses œuvres et sa démarche, tragiquement interrompue par un lâche assassinat. Il s’agit bien sûr de Alloula. Cet homme de grande culture et d’un grand humanisme a concentré et cristallisé dans son écriture, ses mises en scène et sa conception d’un théâtre algérien « non voyeur », un théâtre « du dit, du goual et de la halqa » en « rupture avec la logique aristotélicienne du spectacle » selon sa propre formule. Alloula conjuguait aussi, avec une ferveur résolument engagée, l’unité active entre ses idées, ancrées dans le matérialisme dialectique d’une part et de l’autre la pratique, celle de ne jamais rompre le lien avec les petites gens, qui irriguaient en retour son vivier d’inspiration. Permettre de rendre hommage dans le même espace à deux personnalités aussi différentes, pour ne pas dire aussi divergentes, qu’Al Khalifa et Alloula, est une prouesse que seule rend possible cette semaine criblée d’un bouquet de journées mondiales qui, au moins pour cette opportunité, valent finalement le coup d’être célébrées, par des hommages qu’aucun anniversaire ni date marquante ne justifie. Au fait, pourquoi faut-il coûte que coûte qu’un hommage soit justifié par une date, un prétexte ou une raison, autre que la raison du cœur ?

Nadjib Stambouli   

 

 

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