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Semaine du 26 mars au 1 avril 2008

 

11e congrès de la centrale syndicale

L’enjeu de la continuité

L’UGTA au pied du mur

Enlèvement du couple autrichien par la branche maghrébine d’El Qaîda

L’aveu d’échec de l’organisation terroriste

Près d’un million et demi de personnes activent dans l’informel
Dans le creux d’une économie en transition

Me Hocine Zehouane, président de la LADDH

"C’est la justice sociale qui garantit les libertés politiques" 

 

 

 

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11e congrès de la centrale syndicale

L’enjeu de la continuité

Après plus de deux ans et demi de l’expiration de son mandat, la direction nationale de l’UGTA renoue avec la légalité. Elle a enfin fixé une date à son 11e Congrès qui aura lieu du 29 au 31 mars prochains. Durant cette période d’illégalité, la Centrale n’a cependant pas chômé. Elle a été partie prenante des plus grandes «réalisations» à côté des pouvoirs publics, très permissifs quand il s’agit du respect de la législation lorsqu’il s’agit de la bien-aimée UGTA.

Maintes fois promises et, finalement reportées, les prochaines assises de l’UGTA ne présentent pas de gros enjeux. La ligne actuelle, étant admise (ou imposée) à tout le monde au sein de la Centrale, le nom du successeur de Sidi Saïd (si ce dernier ne brigue pas un autre mandat) importe peu. A moins d’une grosse surprise de dernière minute à l’approche d’une échéance donnée, l’ensemble des dirigeants de l’UGTA souhaitent un 3e mandat présidentiel ; ils sont favorables aux réformes économiques en cours, y compris dans leur volet privatisation ; ils participent tous à l’ouverture (non sans douleur) de l’économie nationale ; ils ne s’inquiètent pas du tout de la dégringolade du pouvoir d’achat des travailleurs. En plus de faire bloc contre les syndicats autonomes. C’est dire que  quel que soit le changement à sa tête, la Centrale n’est pas prête à renouer avec l’activité syndicale classique, basée sur la prise en charge des préoccupations de la base et non sur les tractations d’appareils. C’est qui donne à ce congrès juste le cachet de renouement avec la légalité, pas plus.

Mais ce qu’il faut retenir de ces 30 mois d’illégalité, c’est l’attitude bienveillante du gouvernement envers l’UGTA. Les pouvoirs publics ne peuvent surtout pas se permettre de répudier un partenaire qui les accompagne dans toutes les décisions. Ils ne veulent pas prendre le risque de se retrouver face à des syndicats autonomes, bien décidés à jouer complètement leur rôle de représentants des travailleurs en réclamant le droit de discuter jusqu’à la moindre virgule les projets de lois et autres textes concernant leurs secteurs. C’est ce qui explique donc le silence complice des autorités compétentes lorsqu’il s’agit de se taire devant les dépassements statutaires de l’UGTA. Il n’est pas utile d’imaginer la réaction des pouvoirs publics dans le cas où un syndicat autonome se risquerait à être en retard par rapport à ses échéances statutaires.

La crise interne

Annoncé pour fin 2006, février 2007 puis la fin de la même année, le congrès ne pouvait se tenir avant les législatives car, pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, l’UGTA est également partie prenante des questions politiques et électorales, même si, officiellement, sa direction nationale justifiait ce retard par la préparation de la bipartite en vu de la révision de la nouvelle grille salariale. L’autre gros problème auquel fait face l’UGTA est le non-respect du règlement intérieur de l’organisation par plusieurs unions de wilayas et certaines fédérations. L’union de wilaya d’Alger, dont le secrétaire général pourrait remplacer Sidi Saïd, n’a pas tenu son congrès depuis neuf ans. Les fédérations des postes et télécommunications (P et T), de la santé, de l’agroalimentaire, n’ont également pas respecté les échéances de renouvellement de leurs directions.

Et il ne faut surtout pas défier la direction de l’UGTA en appelant au respect des échéances. Le sénateur Amar Mehdi, ancien membre de la commission exécutive nationale de la Centrale, l’a appris à ses dépens en appelant, en mars 2007, à tenir un congrès pour sortir de la situation de non-conformité avec la loi. Pour «infraction aux statuts» et expression  «en dehors des cadres et structures de l’UGTA», Amar Mehdi, réputé être un sérieux rival de Sidi Saïd, a été suspendu de ses responsabilités syndicales. La crise de décembre 2005 a vu également la suspension de Ahmed Badaoui, ex-secrétaire général du syndicat national de la douane, qui s’était emmêlé les pattes en défiant Djenouhate et Sidi Saïd en voulant lancer une grève dans plusieurs secteurs comme la douane, les banques et les entreprises de transport.

Pendant tout ce temps, l’UGTA est le partenaire privilégié des pouvoirs publics. Dès février 2005, sa direction se lance, au nom des adhérents de l’UGTA et de l’ensemble des travailleurs algériens, dans le processus d’élaboration du Pacte national économique et social qu’elle signe le 2 octobre 2006. A cette date, les pouvoirs publics traitent avec une direction qui a largement dépassé son mandat et qui n’a plus le droit, du point de vu de la loi et des statuts de l’organisation, de parler au nom de la Centrale, encore moins de signer un pacte qui engage l’ensemble des travailleurs algériens. Ce document a pour but essentiel de calmer la scène syndicale qui gronde sous le poids écrasant de la cherté de la vie et de la situation peu reluisante de l’économie nationale. Acheter la paix sociale à prix très modique.

A noter qu’en janvier 2006, soit 9 mois avant la signature du Pacte, l’UGTA avait obtenu une revalorisation du SMIG à 12 000 DA, soit deux fois moins que le minimum vital d’une famille moyenne, selon une étude commandée par la Centrale.

Bref, la direction a passé outre ses propres convictions, du moins celles qui sont affichées, pour décréter une paix sociale imposée à tout le monde. La contestation des syndicats autonomes n’y change rien.

Quelques jours à peine après l’adoption du Pacte, l’UGTA se met dans la posture du gendarme syndical et va jusqu’à interdire une grève dans le secteur des postes, voire de menacer les grévistes de poursuites judiciaires. La réponse du secrétaire général de la fédération des postes et télécommunications, M. Tchoulak (hors mandat depuis plusieurs années) à la plateforme de revendications déposée par 9 sections syndicales de la poste était à la mesure du climat qui régnait à la direction de l’UGTA, qui considère encore qu’elle est la seule dépositaire de l’action syndicale. «Ils veulent semer la pagaille et nuire à l’entreprise (…). Nous allons demander à ce que les signataires du communiqué, appelant à la grève, soient sanctionnés et traduits en justice». Ces propos surprenants émanent du secrétaire général de la fédération. Plus clair encore, il avait dénié à tout syndicat, y compris affilié à l’UGTA, d’user de son droit de grève. «Personne n’a le droit de décréter la grève après la signature du Pacte social (…). L’Algérie a besoin de stabilité, c’est pour cela que l’UGTA a paraphé le Pacte économique et social.»

Une succession pour quel programme ?

Qui succèdera à Sidi-Saïd ? La question reviendra probablement, tel un leitmotiv, dans plusieurs journaux, à la veille ou le jour même du congrès de l’UGTA. Comme si l’importance de cette échéance ne devait tenir qu’à la composante de la direction nationale de la Centrale. Alors que la véritable question est de savoir si l’UGTA continuera sur cette voie d’accompagnateur des pouvoirs publics ou si elle reviendra à l’exercice normal de l’activité syndicale. Malheureusement, au vu des conditions de l’organisation du prochain congrès, c’est la première option qui semble l’emporter.

Le 11e congrès de l’UGTA, s’il a lieu, va donner un semblant de légalité à une direction qui ne respecte même pas les statuts de l’organisation. Plusieurs fédérations vont êtres représentés par des «délégués» qui n’ont pas été élus par leurs bases respectives. Ce sera le cas de l’union de wilaya d’Alger, qui dispose de pas moins de 150 délégués au congrès national et qui n’a pas organisé son propre congrès depuis 9 ans. Son secrétaire général, M. Djenouhate, ira avec la casquette de secrétaire national chargé de l’organique. Ce sera également le cas de la fédération des P et T et d’autres structures de ce syndicat.

Pas de révolution en vue. On prend les mêmes et on recommence.

Abdelkader Djalil

 

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11e congrès de la centrale syndicale

L’UGTA au pied du mur

Après avoir vacillé sous le poids de l’offensive des syndicats autonomes, après avoir baissé la voix revendicative qui fait la force, voire l’essence même du combat syndical, l’UGTA n’en reste pas moins un acteur principal de la scène nationale. A la veille de son 11e congrès, elle donne à penser qu’elle se cherche dans le sillage de la  métamorphose des mœurs syndicales. La Centrale est en quête d’une nouvelle stratégie.

Avec un nouvel organigramme, un nouveau plan d’action, des objectifs rééchelonnés, des ambitions revues à la hausse, les «gardiens du temple» de la Maison du peuple amorcent avec véhémence un tournant décisif de leur organisation syndical. C’est sous le credo de la continuité que l’UGTA aborde le 11e congrès. Un congrès qui ouvre un nouvel age du vieux syndicat en Algérie. L’UGTA veut certes rattraper le temps perdu après 33 mois de retard sur son calendrier, mais la rupture et la réforme promises n’ont pas eu lieu en leur temps, ce qui a allongé les attentes, fait perdre des espaces et ajourné des espoirs. Le climat syndical se détériorait à l’ombre de luttes d’influences dictées par les affinités politiques de la composante de son effectif et ce, pour le contrôle de la plus puissante organisation syndicale du pays.   

Quel enjeu ? 

Sans enjeu particulier ni querelle d’héritage, le congrès de l’UGTA s’apparente à une obligation de règlement d’un problème de légitimité qui a décrédibilisé le puissant syndicat dont la direction a oublié qu’il n’est plus seul vis-à-vis des institutions internationales. Sur le front interne, la base est divisée entre deux tendances : la course pour les postes dans les structures où claquer les portes de la Maison du peuple et se diriger vers d’autres pôles plus attrayants. Et l’UGTA se débat depuis longtemps dans une situation peu enviable.

Dans une ambiance délétère, le 10e congrès de la Centrale a été tenu en octobre 2000 et M. Sidi Saïd a été intronisé à la tête de cette organisation pour une durée de cinq ans. En 2005, le mandat de la direction issue de ces assises expire, d’où la nécessité de le renouveler. Une démarche qui n’a pas été respectée, car les dirigeants de la Centrale syndicale n’ont pas tenu leur promesse. Accablé par des interpellations et des interrogations quant à la tenue du congrès, le chef de file de l’UGTA promet que les assises du 11e congrès se tiendront en 2006. La promesse n’a pas été tenue et aucun justificatif n’a été avancé quant à leur annulation. Mais l’on se rappelle que le feuilleton de l’ancien enfant terrible de la CEN, Ahmed Badaoui (SG du syndicat des douanes), en a été, par ses sorties, l’une des causes de ce report. Quelques mois après, M. Sidi Saïd fixera la date de février 2007. Le même scénario s’est malencontreusement reproduit et, contrairement à la fois précédente, Sidi Saïd tentera des explications feutrées par l’argumentaire du calendrier chargé par les échéances des tripartites et des bipartites. Mais en réalité, la fameuse sortie du tonitruant Amar Mehdi, en montant les enchères, était la cause de l’ajournement. L’ouverture à la course de rivalités n’a pas eu lieu devant le veto du secrétariat national. La bataille de candidatures du 11e congrès de l’UGTA est donc renvoyée sine die. Amar Mehdi a payé son «faux pas» et a été poussé à la porte de sortie. Par ailleurs, si Abdelkader Malki s’est résigné dans un mutisme inexplicable, Salah Djenouhat avait exclu sa candidature «si Abdelmadjid Sidi Saïd se présentait pour un autre mandat». Fort d’une double augmentation salariale et d’une réorganisation à la carte, Sidi Saïd s’affiche en unique candidat à sa propre succession pour un troisième mandat.

Parcours tumultueux

Les observateurs considèrent qu’en l’état actuel des choses, la direction nationale ne peut s’engager dans un débat portant devenir de la revendication syndicale à travers le pacte économique et social. Le déficit qu’accuse aujourd’hui l’UGTA en terme de représentativité à tous les niveaux de responsabilité, y compris à la direction nationale, a longtemps constitué un handicap qui ne peut permettre à son SG de s’engager dans cette optique. Résultat des courses : le 11e congrès, qu’un grand nombre d’observateurs considère comme celui «de la rupture et du renouveau» ne se tiendra pas sans agitation, en dépit de l’apparente sérénité qui s’affiche au sommet. Les querelles de coulisses des fédérations et sections syndicales font rage. Pour preuve, plusieurs de ses adhérents ont quitté la Centrale pour grossir les rangs des syndicats autonomes. Le découplage entre les deux est patent. Une offensive s’est cristallisée au lendemain de l’ouverture au pluralisme syndical né du processus de reconversion économique algérienne. La dynamique de démembrement syndical a été fatalement ruineuse pour l’UGTA. Les aspirations du mouvement syndical ne sont plus les mêmes et la base, désemparée, ne sait plus où se donner la tête. Car le syndicat n’accompagne pas, voire ne soutient plus les droits des travailleurs poussés à la sortie par la compression qui n’a pas laissé que des séquelles. Des divisions criantes ont vu le jour et la déstabilisation a pris forme.

Ces mutations, qui avaient pour impact de stopper cette dynamique syndicale enclenchée du vivant de Abdelhak Benhamouda, ont affaibli la première force ouvrière. Farouche opposant du libéralisme sauvage et l’économie de bazar, ce dernier avait proposé et défendu des solutions à la suédoise aux problèmes qu’imposaient les transformations économiques. Avec sa disparition, le syndicalisme a perdu pied dans les sphères économiques et la Fonction publique. L’UGTA semblait abandonner l’action organisée. La solidarité syndicale version UGTA s’amenuisait peu à peu et la Centrale badinait de plus en plus sur le chapitre des licenciements, en tentant de s’adapter à la mutation générée par le mécanisme des réformes structurelles.

La conjonction de plusieurs situations a fait naître un état tel que l’UGTA était réduit à sa portion congrue pour laisser la voix à l’autonomie syndicale. Et au moment où les entités rivales s’agitent et conquièrent des fiefs, le vieux syndicat se confine dans une inertie inquiétante. L’immobilisme a duré le temps d’une transition illimitée et de la mise en route du bradage de l’outil industriel et économique. La conjugaison de plusieurs crises sociale, économique et politique a empêché le renouvellement du personnel syndical. Et en un laps de temps, la classe des travailleurs s’est transformée par la force des choses en bataillons de retraités voués à la misère.

Le sursaut

L’analyse du parcours de l’UGTA suppose une liste d’erreurs. L’année 2008 s’avère décisive et la Centrale doit baliser ses ambitions tout en apportant les corrections qui s’imposent. Conscients que les aspirations syndicales ne sont plus celles du gouvernement, ses cadres croient que le pouvoir est en passe de lâcher le syndicat unique. Mais à l’évidence, l’UGTA, qui détenait le monopole du champ syndical, n’est pas restée les bras croisés. Les syndicalistes, conscients des enjeux et défis annoncés, ont opéré un nouveau redéploiement qui a permis de se réapproprier les espaces perdus.

La campagne de séduction animée par le SG a porté ses fruits. Le congrès est dédié aux retraités, aux femmes et aux jeunes ; il est aussi une occasion pour sauver l’honneur de 50 ans de syndicalisme et s’affiche ouvert à des idées constructives pour sceller l’avenir du mouvement syndical en Algérie, à l’ombre de la mondialisation. L’UGTA s’est inscrit de nouveau, de façon pédagogique, dans les luttes pour les droits des femmes, des jeunes et des retraités. Le chantier pour la promotion du pouvoir d’achat semble un générique qui convainc. La Centrale a finalisé des propositions qu’elle va transmettre au gouvernement. Et l’UGTA revient de loin au moment que l’on croyait qu’il est lâché pour le pouvoir. Mais le pouvoir pourrait-il lâcher un syndicat comme l’UGTA ? Si oui, pour quelle stratégie et à quels desseins ? La réalité suggère que le pouvoir semble avoir encore besoin d’un puissant partenaire social. Car de par la conjugaison de plusieurs alternatives, l’UGTA est synonyme de légitimité historique, c’est tout un symbole. C’est une force dont les pouvoirs publics ne peuvent manifestement se passer.

Depuis les acquis de la bipartite de septembre 2007, le la est donné à l’état-major de la Maison du peuple pour lancer son come-back spectaculaire. Le secrétariat national a prévu, dans un plan d’action, les voies et moyens d’appliquer un projet de programme de travail ambitieux pour les cinq ans à venir. Un programme qui balise le futur, dont la première lecture laisse croire que l’UGTA se prépare pour une révolution syndicale de par le postulat de «la prise en considération de la situation socioéconomique du pays» avec première priorité la promotion du pouvoir d’achat. L’UGTA change l’arme d’épaule et met le cap sur un nouvel ordre syndical, régime conventionnel oblige…

Salah Bey

 

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Enlèvement du couple autrichien par la branche maghrébine d’El Qaîda

L’aveu d’échec de l’organisation terroriste

Son but, selon des spécialistes, est de gagner de l’argent par la rançon et de délivrer un message politique : malgré les revers, elle demeure toujours opérationnelle et contrôle de vastes territoires dans la région.  

Il aura suffit l’enlèvement, par hasard, d’un couple d’Autrichiens perdu dans le Sahara tunisien pour que la branche Al-Qaîda au Maghreb revienne occuper le devant de l’actualité nationale et internationale. Sur le plan médiatique, Al-Qaîda et le groupe de ravisseurs, probablement dirigé par Yahia Djouadi – connu sous le nom de Yahia Abou Aamar Tiarti, nouvel "émir" de l’organisation terroriste après l’éviction de Mokhtar Benmokhtar Abou Elabas – a parfaitement réussi son coup. D’abord en faisant du bruit autour d’un échange d'otages contre El-Para et d’autres terroristes en prison, ensuite en laissant croire qu’elle contrôle un vaste territoire allant de la Tunisie au Mali. L’organisation terroriste a, en effet, impliqué trois pays dans cet enlèvement. Le couple autrichien a été enlevé sur le sol tunisien, les ravisseurs ont certainement traversé le territoire algérien pour s’établir au nord du Mali où ils auraient été localisés. Et tout le monde aurait déduit par ces faits que la branche Al-Qaîda au Maghreb a bien les moyens de sa politique, a toujours une capacité avérée de nuisance et mérite bien le nom qu’elle s’est donnée. Incontestablement, l’ex Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) veut faire croire que les pertes successives que lui ont asséné les services de sécurité algériens en Kabylie et dans la région de Boumerdès ne l’ont pas affecté. Tour à tour, après l’élimination du bras droit de son "émir" national, Sofiane El-Facila, le cerveau des attentats terroristes qui ont secoué la capitale, Boumerdes et la Kabylie, les services de sécurité ont réussi à mettre hors d’état de nuire pas moins de quatre têtes de l’hydre terroriste : son trésorier Abdelhamid Saadaoui, alias Abou el-Heithem, abattu dans la région de Azazga avec deux de ses acolytes et non des moindres, le premier est Abdelhamid Amir alias Abou Tourab, "émir" de Katibat el-Farouk et le second un artificier du groupe terroriste. Quelque temps après, c’est Ali Aboudehadah, alias Ali Dix, un des lieutenants de Abdelamalek Droukdel, éliminé avant que l’"émir" d’Alger, Bouderballa Fateh alias Abou Albassir, ne soit arrêté par les services de sécurité. Avant lui, c’est l’"émir" de la région de Tébessa, un certain Hassouna, qui a été abattu avec douze autres terroristes. C’est une véritable saignée qu’a subi la branche algérienne de l’internationale terroriste.

Pour beaucoup d’observateurs, l’affaire des otages autrichiens ne vient, en fait, que relayer ne serait-ce que sur le plan médiatique l’assassinat  des quatre membres de la famille française, en décembre dernier, en Mauritanie. Depuis que le numéro deux d’ Al-Qaîda, Aimen Dhawahiri, a appelé l’ex-GSPC à s’attaquer aux Occidentaux et à leurs intérêts au Maghreb, l’organisation dirigée par Abdelmalek Droukdel, ayant subit de sérieuses pertes en Algérie, fait de son mieux, ne ratant aucune occasion  pour remplir le contrat qui la lie à l’internationale terroriste. Depuis qu’elle a prêté allégeance à Oussama Ben Laden, la branche maghrébine d’ Al-Qaîda a tenté, sans grand succès cependant, de créer un climat de terreur au sein de la communauté étrangère, notamment occidentale, en Algérie. Elle s’attaquera à deux reprises aux employés d'entreprises occidentales, en l’occurrence BRC et une société française. Acculé par les services de sécurité, l’ex GSPC a emprunté, en fait, tout le mode opératoire d’ Al-Qaîda en Irak : assassinats, enlèvements des étrangers et attentats-suicide.

La diversion de l’organisation terroriste

A travers sa nouvelle stratégie, l’organisation d’Abou  Moussaab Abdelwadoud compte, selon des analystes, réaliser trois importants objectifs : faire de l’Algérie un pays infréquentable pour les étrangers et, du coup, l’isoler sur le plan international ce qui a des répercutions néfastes au plan économique ; faire des opérations kamikazes des armes imparables, en choisissant bien les cibles de véritables coups d’éclat médiatiques pour paraître encore plus opérationnelle qu’elle ne l’était ; cacher sa défaite devant les coups successifs que lui assènent les services de sécurité algériens. Après les attentats contre le Palais du gouvernement, le siège de la représentation de l’Organisation des Nations unies à Alger, le Conseil constitutionnel et l’attaque suicide qui a ciblé à Batna le président de la République qui ont fait leur effet sur le plan médiatique, effectivement Al-Qaîda au Maghreb représente toujours une menace réelle dont il faut vraiment tenir compte, sur le plan de la logistique il est dorénavant établi que l’organisation terroriste est aux abois. Elle n’a, selon les derniers événements sécuritaires, ni les effectifs ni les moyens pour faire face aux différentes offensives de l’Armée nationale populaire et les autres services de sécurité. A commencer par l’échec, il y a plus d’une année, de l’attaque de la brigade de gendarmerie de la commune de Yakouren, en Kabylie. Dernièrement, toujours dans la même région, les services de sécurité ont déjoué plusieurs attentats planifiés contre le commissariat d’Azazga et un détachement militaire à Ain Zaouia et contre le siège de la garde communale à Aït Ouarzdine. Ce n’est, en fait, pas la volonté de nuire qui manque aux cerveaux planificateurs de l’organisation terroriste mais les moyens. C’est pourquoi la tendance est aux cibles médiatiques que peuvent constituer les ressortissants étrangers au Maghreb. L’enlèvement des deux otages autrichiens dernièrement en Tunisie fait dire, d’ailleurs, à un spécialiste occidental du terrorisme : "Le but est de gagner de l’argent et délivrer un message politique qu’ils (les terroristes) sont toujours sur le terrain et que les gouvernements de la région perdent le contrôle de leurs territoires."

Par ailleurs, même sur le plan de la légitimation de ses crimes abjects, la branche maghrébine d’ Al-Qaîda a perdu beaucoup du terrain. Ayant perdu depuis longtemps, l’appellation d’"opposition armée" inventée par certains esprits bien intéressés, l’organisation terroriste a fait face ces dernières années à une vaste campagne de dénonciation de ses attentats. Les oulémas musulmans sont nombreux, aujourd’hui, à fustiger les opérations du GSPC transformé, depuis 2004, en sous-traitant d’ Al-Qaîda. L’on comprend, en effet, la multiplication des interventions du numéro deux de l’internationale terroriste, Aimen Adhawahiri, qui tente vainement de donner un sens au terrorisme. La dernière fetwa de Oussama Ben Laden s’inscrit aussi dans cette optique. En appelant à la libération de la Palestine et de l’Irak et la lutte contre les gouvernements impies, le chef d’ Al-Qaîda tente de venir au secours de tous les groupes qui opèrent sous l’égide de son organisation en mal d’idéologie de légitimation.

Cependant, l’ex-GSPC demeure, quoi qu’on dise, une menace à prendre au sérieux. Pas seulement pour les pays du Maghreb, comme le soulignent des spécialistes de question, mais pour l’Europe aussi.

Mohamed Gacem

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Près d’un million et demi de personnes activent dans l’informel
Dans le creux d’une économie en transition

Au cours de l’interview accordée  à l’agence de presse Reuters, le président Abdelaziz Bouteflika n’a pas omis, dans la série des thèmes qu’il a eu à développer, de revenir sur le phénomène de l’économie informelle qui ronge depuis des décennies le reste des autres activités relevant de l’économie structurée. Sans prétendre résoudre le problème d’un coup de baguette magique, il a sérié néanmoins un certain nombre de facteurs qui, par un système de synergie, sont appelés à concourir pour endiguer substantiellement ce phénomène. Ainsi, outre les mesures et réglementations destinées à lutter contre le blanchiment d’argent, la contrebande, la contrefaçon et la corruption, le président de la République a mis en exergue «les réformes en cours qui ont permis une meilleure bancarisation de l’économie, la réduction de la pression fiscale, la libéralisation du commerce extérieur, la convertibilité commerciale de la monnaie nationale, la simplification des formalités douanières». Ce sont des facteurs, assure Bouteflika, «qui doivent concourir à l’assèchement des activités dans la sphère informelle». En tout cas, avec le nombre de personnes qu’il emploie - environ un millions trois cent mille - et l’éventail des activités qu’il embrasse, le secteur de l’informel ne peut laisser indifférents ni les pouvoirs publics, ni les bureaux d’études (nationaux et étrangers), ni les médias ni, à plus forte raison, l’opposition politique et le monde syndical.
A-t-on réellement besoin de fines statistiques pour se rendre compte de l’étendue de ce qui est prosaïquement appelé le travail au noir ? Que l’on se rende dans les cafés et estaminets du quartier ou dans les méga-marchés de Tadjenent ou Sidi Aïssa, les activités soumises à la législation du travail et aux rigueurs du fisc représentent un infime volume par rapport aux échanges qui s’y effectuent. Une loi élaborée par le ministère des Finances au début de l’année en cours prévoyait de limiter les échanges en monnaie liquide au montant de 50 000 dinars. Au-delà de cette somme, il faudra régler les payements en chèque ; c’est une loi qui a pour ambition de juguler un tant soit peu l’évasion fiscale qui se compte actuellement en milliards de dinars et de faire barrage au blanchiment de l’argent sale. Cependant, on ne sait pour quelle raison, ce département ministériel vient de faire marche arrière en annonçant que cette mesure est différée. Quoi qu’il en soit, même si elle venait à être appliquée sur le terrain, la tâche ne sera pas des plus aisées. Dans une aire de plusieurs hectares où se vendent et s’achètent des tracteurs, des camions, de l’électroménager et du bétail, les procédures de vérification des montants des transactions sont tout simplement impossibles à réaliser. Il faut certainement beaucoup plus d’imagination pour pouvoir encadrer non seulement le secteur du commerce informel dans les grands marchés, mais aussi toutes les transactions immobilières et foncières qui revêtent un caractère plus discret.
Sur un autre plan, les pouvoirs publics et la société ont partout essayé de produire une législation respectant les grands principes moraux et ergonomiques du secteur économique : âge minimal de travail, couverture sociale, droits à la retraite et autres conditions qui ont pour souci de préserver la santé, le niveau de vie et la dignité des travailleurs. Néanmoins, entre l’intention portée par une loi et la pratique vécue, il y a un fossé béant. Car les conditions de naissance et de durabilité du travail au noir sont réglées d’abord par l’implacable loi de l’offre et de la demande qui régit le marché du travail. Ce dernier est mû par ses propres mécanismes, tels que la croissance économique en général et la formation qualifiante en particulier.
Le travail au noir est, pour simplifier, directement lié au phénomène du chômage, lequel constitue un fertile vivier pour toute forme d’exploitation de la main-d’œuvre. Certains économistes ultra-libéraux, comme J. Rueff, sont allés jusqu’à soutenir que le chômage provient essentiellement des allocations de chômage puisqu’elles inciteraient les chômeurs à se contenter des subsides de la solidarité nationale.
Le travail au noir dans l’Algérie indépendante n’a commencé à prendre des dimensions inquiétantes qu’à partir du milieu des années 1990, époque qui a connu les plus grands déplacements des populations vers les villes et les banlieues suite à l’insécurité qui s’est abattue sur l’arrière-pays rural. L’économie administrée qui avait consacré le système de l’Etat-providence misait chimériquement sur le plein emploi par le moyen de sureffectifs dans les entreprises publiques et les administrations pour acheter, du moins temporairement, la paix sociale. Un peu plus de décennies plus tard, le réveil fut douloureux. Les entreprises publiques entrèrent dans l’ère des «plans sociaux» qui se sont traduits par des dégraissages massifs, tandis que la Fonction publique a réduit drastiquement ses plans de recrutement.
Les bas-fonds de l’underground
Une nouvelle faune d’entrepreneurs commençait à prendre le relais d’une économie publique moribonde. Dans presque tous les secteurs d’activité, des micro-entreprises de travaux, de prestations de service ou de production ont vu le jour. Le recrutement du personnel s’est limité au strict minimum pour faire des gains de productivité, partant, des gains de marge bénéficiaire. Cela dans le cas où l’employé est déclaré à la sécurité sociale. Souvent, ce n’est pas le cas. Dans plusieurs villes d’Algérie, des ateliers de fabrication de chaussettes et de culottes, de petites usines de confection en maroquinerie emploient des travailleur et des travailleuses à «huis-clos», c’est-à-dire les portes fermées, de peur d’une visite inopinée de l’inspection du travail.

Nous avons rencontré Kamal, qui a trimé dans l’obscurité et l’humidité des caves abritant un atelier de chaussettes, abattant un travail de 13 heures par jour pour une bouchée de pain, soit autour de 5 000 dinars. Il nous apprend que 80% du personnel, pour la majorité féminin, n’est pas déclaré aux assurances. Une petite consolation de misère quand même : deux paires de chaussettes prises des rebuts à chaque fin de mois. Installé aujourd’hui en France, Kamal emploie son savoir-faire, acquis dans les bas-fonds de l’atelier en Algérie, dans une grande fabrique de la banlieue parisienne.
Autre cas, rencontré à la limite des wilayas de Béjaïa et Bouira. Bélaïd a trimé pendant des années sur un concasseur dans l’oued Sahel. Il n’a jamais bénéficié de prestations sociales ou d’allocations familiales. Métier hautement dangereux de par les risques d’accidents mécaniques, d’inhalation de poussières et de nuisances sonores, Bélaïd en récolta une surdité de l’oreille gauche par perforation du tympan. Il a fini par quitter son poste pour aller vendre des sandwichs dans le train Beni Mansour-Béjaïa et sur les plages de Souk El-Tenine afin de nourrir ses quatre enfants et ses parents démunis.
Les exemples de travail au noir sont malheureusement fort nombreux. Ahmed trouve que le plus révoltant des cas qui se présentent ces dernières années est celui des entreprises créées ex-nihilo, ayant reçu un plan de charges des administrations publiques, mais qui n’arrivent pas à se conformer aux lois primaires du travail. Cela est dû essentiellement à une cynique cupidité des entrepreneurs, mais aussi au laxisme intéressé de l’administration qui n’arrive pas à suivre les dossiers des déclarations sociales des travailleurs. Lui, blessé au tibia dans un chantier de gabionnage, sait de quoi il parle. Dans un ravin où il transportait à mains nues de gros galets, il fut victime d’une fatale glissade qui fera tomber un galet sur son pied. La douleur du moment lui fera perdre connaissance. Transporté par ses collègues en auto-stop vers le service des urgences de l’hôpital de la région, il se fit délivrer un certificat d’arrêt de travail de dix jours qui, en réalité ne servait à rien puisqu’il n’était pas déclaré à la sécurité sociale. Pour toute «récompense», il se fera virer de son chantier par l’entrepreneur sans autre forme de procès.
En utilisant une main-d’œuvre parfois trop jeune pour les travaux, taillable et corvéable à merci, les patrons et les entreprises ne gagnent pas seulement la part des cotisations sociales qui auraient dû être versées aux organismes spécialisés, mais aussi toutes les autres prestations tels que les versements forfaitaires (35%), les allocations familiales et les impôts sur les revenus de leurs employés.
Des chiffres et des êtres
Le travail au noir fait partie de ce grand «secteur» appelé économie informelle qui emploie, selon le bilan du CNES établi en septembre 2004, quelque 1 249 000 personnes, soit 17% de l’emploi total. Sur ce chiffre, 35% reviennent à l’activité commerciale non déclarée. Le taux de la population exerçant dans le secteur informel s’accroît annuellement d’environ 8%, selon la même source. Sa contribution dans la formation du PIB (produit intérieur brut) hors hydrocarbures serait de 20 à 25%, selon les estimations données par Abdellatif Benachenhou, ancien ministre des Finances. Le CNES apporte aussi des précisions concernant les catégories de la population gravement affectées par ce phénomène du travail au noir. Les plus grands «gisements» se trouveraient dans les populations non scolarisées ou bien celles touchées par la déperdition scolaire.

Près d’1,2 million de jeunes âgés entre 6 et 18 ans sont hors du système éducatif. 71% d’entre eux appartiennent à la catégorie des 16/18 ans et constituent une «armée de réserve» pour le travail informel, en l’absence de perspective de formation qualifiante. Les diplômés de l’université ne sont pas en reste puisque, déjà à la fin de l’année 2004, ils étaient 160 000 en chômage. Une grande partie de cette masse inoccupée est réellement versée dans le travail informel.
Comme on l’a observé à partir de certains témoignages, le travail au noir ne se limite pas à des activités commerciales non déclarées, mais il a aussi gangrené une partie des activités légales où les patrons d’entreprises bien installées ne déclarent pas la totalité du personnel recruté. La peur qui plane sur des emplois déjà précaires ne peut aboutir qu’à la loi de l’omerta. D’ailleurs, très peu de plaintes sont déposées au niveau des inspections de travail des wilayas se rapportant au non-respect des lois du travail. À ce niveau, les connivences sonnantes et trébuchantes entre l’administration et certains patrons sont un secret de Polichinelle.
Tout le monde se souvient des grandes manifestations de Ouargla, en 2004, au cours desquelles les chômeurs de la ville ont brûlé les édifices publics et dressé des barricades. L’affaire avait pris des proportions si inquiétantes que le gouvernement, ayant déclenché une enquête, éplucha les dossiers des sociétés qui sous-traitaient le recrutement de la main-d’œuvre pour les sociétés pétrolières. Il en est ressorti une corruption à grand échelle qui faisait monnayer les candidatures. Devant un tel barrage fait à l’emploi régulier, que reste-t-il pour les centaines de candidats malheureux qui n’ont pas de quoi marchander leurs postes ? Le travail au noir dans les palmeraies, le trabendo à Debdab, sur la frontière algéro-lybienne, le trafic de drogue ou l’«exportation» des camélidés par l’entremise des réseaux sévissant sur la frontière algéro-tunisienne…
Une enquête menée par le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) révèle que dans 7 500 PME, 42% des effectifs ne sont pas déclarés et 30% de leur chiffre d’affaires échappent au fisc.
L’ampleur prise par le travail au noir et l’économie informelle dans notre pays trouve une large explication dans les difficultés de la période de transition qui consiste, pour l’administration et l’économie algériennes, à passer d’un système dirigiste, monopolistique, à un système ouvert à la libre entreprise. Cela va prendre du temps. Même la dernière tripartite qui a scellé, en septembre dernier, le fameux Pacte économique et social, n’a pas trop insisté sur le phénomène de l’économie informelle et les voies et moyens qu’il y a lieu de mobiliser pour l’insérer dans l’économie structurée. La culture d’entreprise, la libre syndicalisation des ouvriers et la réhabilitation des valeurs du travail constituent, à n’en pas douter, un processus qui va de pair avec les efforts de la démocratisation de la société et de la consécration de la citoyenneté.
Saâd Taferka
 

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Prise de vue
Le secteur informel risque d’affecter gravement l’économie structurée

L’underground fleurit, l’économie se fane
Une grande partie des dossiers relatifs au niveau de vie des populations, aux salaires, au recouvrement de la fiscalité, à la qualité des produits commercialisés, à la santé des citoyens et à la crise qui menace la Caisse nationale des retraites se heurtent à un «monstre» dont on a toutes les peines du monde à définir les contours et démonter les mécanismes. Il s’agit, comme on peut le deviner, de la part ignorée de l’économie nationale, c’est-à-dire l’underground informel par lequel transitent d’immenses capitaux et se constituent de mirobolantes fortunes. Les activités parallèles emploieraient, selon des estimations officielles qui n’aiment pas dramatiser la situation, quelque 1,3 million de personnes entre emplois directs et indirects.
Le phénomène de l’économie informelle par lequel le travail au noir a reçu ses «lettres de noblesse» a pris dans notre pays de telles proportions que le président de la République avait, en 2004, tiré la sonnette d’alarme. Il était question qu’une étude spécifique soit menée sur cette gangrène de façon à la circonscrire sur les plans juridique, technique et stratégique. L’âpre réalité ne peut laisser indifférents les décideurs, d’autant qu’une constante propension vers le pire semble se dessiner : un accroissement moyen annuel de 8% est enregistré au niveau des populations nouvelles accédant à ce type d’activité. Au mépris de la législation algérienne, des lois de l’Organisation internationale du travail et des règles primaires de la dignité humaine et de l’ergonomie, des adolescents, parfois des enfants, sont enrôlés dans des ateliers clandestins ou des chantiers de travaux, loin des regards chastes de l’administration. Fragilisée par le chômage endémique, l’échec scolaire et la bureaucratie, une partie de la population algérienne, maillon faible de la société, en est réduite à accepter n’importe quel boulot à n’importe quel prix pour sauver la face pendant quelques mois ou quelques années.
Les preneurs ne manquent pas. Ils sont secrétés par la période de transition de l’économie algérienne caractérisée par le bazar et l’activité souterraine. L’ancien ministre des Finances, A. Benachenhou, nous donne la consolation que le secteur informel a permis à des populations de vivre. Il sait pourtant avant tout le monde et mieux que quiconque que la médaille – momentanément luisante – possède son revers autrement plus douloureux et plus dramatique qu’on l’imagine à première vue. Le montant de l’évasion fiscale, qui se chiffre ainsi en dizaines de milliards de dinars, aurait pu certainement contrebalancer la part des recettes en hydrocarbures dans l’élaboration de la loi de Finances et servir de levier à de nouveaux investissement, eux-mêmes créateurs d’emplois… légaux. Et puis, par symétrie au vieil adage des financiers qui dit que «trop d’impôts tuent l’impôt», un recouvrement inique d’impôt, qui s’exerce sur les activités productives et commerciales régulières, risque de tuer l’économie structurée. Un emploi non déclaré ou une marchandise non facturée (ce qui représente environ 30% de l’activité commerciale) sont un immense manque à gagner pour le fisc et un poison ingénieusement distillé aux activités légales.
Les rigueurs de l’orthodoxie financière et l’envolée des prix du pétrole (qui ne s’est pas démentie depuis presque quatre ans) sont indubitablement des facteurs encourageants pour sortir de l’underground de l’informel et pour encadrer les nouvelles transformations économiques dans le sens de meilleurs investissements créateurs d’emplois, de pertinentes lois sociales libératrices d’initiative et porteuses de dignité humaine et, enfin, de développement durable où l’homme et son milieu seront invités en vivre en parfaite symbiose.
Saâd Taferka

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Me Hocine Zehouane, président de la LADDH

"C’est la justice sociale qui garantit les libertés politiques" 

Avec beaucoup de réalisme, le président de la LADDH explique dans cette interview toutes les difficultés qui se dressent devant le progrès en matière de droits de l’homme en Algérie. Il place en tête de ses préoccupations la condition sociale des Algériens, avec un souci permanent de se démarquer de beaucoup de lieux communs.

 

Les Débats : Le sujet des droits de l’homme a connu son printemps au début des années 1990, lorsque cette notion faisait large débat parmi la société. Avez-vous l’impression que c’est encore le cas, quinze ans après l’éclatement de la crise politique et sécuritaire, en 1992 ?

Hocine Zehouane : La question des droits de l’homme en Algérie est chargée d’ambiguïtés et plus que partout ailleurs, aujourd’hui elle constitue un enjeu majeur. L’esprit de confusion, les petites passions et les petits intérêts sordides qui se manifestent à ce sujet ne doivent pas masquer cet enjeu-là. L’euphorie de 1990 généré par ce qu’on a appelé "l’ouverture démocratique" faisait croire que les thèmes, les valeurs des droits de l’homme avaient fait irruption dans notre société ; c’était illusoire, mais l’illusion est voisine de l’utopie et l’utopie peut être fondatrice. Je suis de ceux qui avaient exprimé à l’époque une vision démystificatrice qui a été censurée dans le journal Horizons de février 1989, avant l’adoption de la Constitution, mais il n’est pas moins vrai que les Algériens avaient vibré pendant une courte période.

Aujourd’hui, les droits de l’homme sont plus que jamais d’actualité, mais négativement. Après quinze ans de barbarie, de massacres collectifs, de viols en tout genre, quelle croyance est encore possible en les droits de l’homme ? Pour illustrer, je vous donne deux anecdotes que je recueille au quotidien à titre de leçons de choses. On dit souvent que les droits de l’homme n’existent pas, que ce pays est ceci ou cela pour montrer la vanité du combat pour cette cause dans notre pays. C’est une attitude de non-engagés, sinon de vaincus pour qui les droits de l’homme sont donnés de l’extérieur comme un bon de ravitaillement caritatif. Ou bien dans la rue, au gré d’une discussion fortuite, on m’interpelle en ma qualité de président d’une ligue des droits de l’homme : "Comment vont les droits de l’homme ?". Comme cette question vient souvent de personnages instruits, je réplique : "Ils vous envoient leurs salutations." Vous pouvez tirer de là toute la charge de scepticisme, de résignation et de démission qui pèse dans notre société.

Le désintéressement de l’élite algérienne a quelque chose d’effrayant ; autant vous constatez de l’agitation effrénée autour de causes bassement matérielles même dérisoires,autant vous observez un trivial des désintérêts vis-à-vis des droits de l’homme. Et pourtant ! Sur le théâtre du désarroi et du chaos, qu’y a-t-il comme alternative aujourd’hui en Algérie ? Je vous le demande à vous, tous jeunes intellectuels dont l’avenir est borné par l’incertitude et par la peur, quelle religion peut rétablir la convivialité, l’altérité, la socialisation entre Algériens ? Seul un consensus autour des droits de l’homme peut nous faire espérer. Mais encore là faut-il s’entendre sur son sujet. On a fait des droits de l’homme une auberge espagnole et chacun y a apporté son viatique, y compris les violations des droits de l’homme mêmes. Les nouveaux droits de l’homme doivent être refondés, à l’image des nouveaux défis universels. Et nous devons nous aussi apporter notre part à cette refondation. Il y a cinq ou six ans, inaugurant la Maison des droits de l’homme et du citoyen à Tizi-Ouzou, nous étions à la recherche d’une devise. Et avec les jeunes de l’université, nous avions préféré la suivante parmi tant d’autres : "Notre part d’humanité". Aux premières journées d’étude organisées à Tigzirt sur Mer, nous avions tiré cette conclusion à propos de l’Algérie : "Les droits de l’homme ou le chaos".

 

Depuis que vous présidez la LADDH, votre approche des droits de l’homme tente de mettre les droits sociaux et non pas ceux politiques en tête. Peut-on avoir un développement de ce point de vue?

Oui, des observateurs, dont certains d’ailleurs à des fins malveillantes, ont relevé, depuis que je préside la LADDH, un recentrage marqué vers une prise en considération plus grande des droits économiques, sociaux et culturels ; ceci ne procède pas d’une clause de goût ou de style, mais d’un état de nécessité. Si nous étions en Suède, au Danemark ou dans tout autre environnement similaire, peut être n’aurai-je pas donné une telle impulsion. En acceptant de prendre en mains les destinées de la Ligue pour une période que j’espérait  la plus courte possible, j’ai énoncé d’emblée l’esquisse de la nouvelle orientation : autonomie intangible de l’organisation envers tous, rationalisation et développement.

Or si l’exigence d’autonomie demande seulement de la vigilance, le besoin de rationalisation et l’impératif de développement requièrent la prise en compte de la donne social et une stratégie d’action. Or nous sommes en Algérie, pays qui cultive le paradoxe de paraître riche et qui produit de l’exclusion sociale à large échelle. Nous savons tous que l’équilibre d’une société tient à ses capacités d’agrégation et de régulation de ses membres. Quel impact aurait un discours sur les libertés publiques ou des élections auprès de SDF, de candidats harraga ou tout simplement de la jeunesse désabusée qui ne croit pas en l’avenir de son pays ? Il y a un seuil de socialisation à partir duquel on peut seulement parler de politique. "Un standard social minimum" est la condition sine qua none d’accès à la citoyenneté réelle contre toutes les élucubrations formelles sur la liberté, les équilibres de pouvoirs et les mensonges institutionnels. Les Constitutions censitaires l’ont bien affirmé sans vergogne ; il n’y a pas de pouvoir citoyen sans un minimum de pouvoir économique. Ceci dit, avions-nous pour autant nourri un désintérêt pour les droits civils et politiques ? Aucunement ! La Ligue, que je sache, est la seule à avoir multiplié l'organisation de journées d’études, de séminaires, d’universités d’été sur la problématique de la citoyenneté, de la faisabilité d’élections libres en Algérie, de la refondation institutionnelle dans notre pays. Notre production dans ce domaine surpasse toutes les formations politiques réunies. Je sais que certaines voix se sont enflées pour crier à une "dérive" de la Ligue vers l’extrême gauche… Les pauvres ! Si extrême gauche signifie plus de proximité avec les pauvres, ceux qui sont désarmés face à l’arbitraire faute de moyens de se défendre, de se payer des avocats, de donner de gros pots-de-vin pour se tirer d’affaire, alors soyons d’extrême gauche. Les droits civils et politiques seront mieux assimilés, exercés et défendus lorsque les citoyens seront mieux armés matériellement et socialement pour les défendre. Vous connaissez la formule de Lacordaire : "La loi qui libère est la liberté qui opprime." Eh bien, dans notre pays, nous avons besoin de lois qui libèrent contre la liberté qui opprime celle de l’ultralibéralisme.

 

Est- il possible, cela dit, de réaliser la justice sociale sans une avancée dans l’équité des droits politiques ? Comment, en Algérie, atteindre le défi de concilier les deux objectifs ?

Justice sociale et libertés politiques sont certes liées, mais c’est bien la première qui garantira les secondes, sinon vous aurez ces libertés politiques, celles des trabendistes et de l’ultralibéralisme qui fabriquent, pour la première fois dans l’histoire, de "l’homme inutile" pour reprendre la formule de monseigneur Gaillot, évêque d’Orléans. Le défi majeur posé aujourd’hui à l’Algérie est de résorber au plus vite toute la détresse sociale au sein de la société et de se reconstruire un système institutionnel de régulation pacifique des conflits. Vous me direz comment ? Par une deuxième révolution, celle-là pacifique bien entendu ; au besoin nous en reparlerons.

 

N’avez- vous pas l’impression que, sur ce plan, depuis l’Indépendance, nous sommes toujours à la case départ ?

Vous savez, quand vous considérez un mouvement historique sur un long parcours, alors vous retrouverez  toujours la question de l’agent social ou, si vous voulez  de l’agent historique qui affronte le défi central du moment (historique). La bourgeoisie a affronté et résolu la question de la démocratie politique, aucune classe encore n’a réussi à résoudre la question de la démocratie sociale. La question historique posée au peuple algérien était celle de la nation ou de la libération nationale. Cette question a été résolue au terme d’un long processus de maturation du mouvement national et d’une Guerre de Libération de  sept ans et demi, extrêmement destructrice, qui avait bouleversé tout le champ politique et social. L’agent historique fut essentiellement la paysannerie, avec le ralliement de la petite et moyenne bourgeoisie des villes. Les institutions nées dans le combat étaient appropriées aux conditions de la guerre imposée au peuple algérien et d’ailleurs avaient résisté jusqu’à l’épreuve finale ; l’acquisition de l’indépendance nationale. Mais l’agent qui avait conduit cette guerre avec succès n’avait pas pu transcender le combat de la libération en révolution politique. D’ailleurs, cela ne s’est  fait dans aucune expérience similaire du Tiers-Monde. Comme nous l’avons dit, il manquait l’agent historique social et il n'y avait pas d’agent charismatique pour suppléer une telle carence. Alors fatalement, c’était la voie ouverte à la domination bureaucratique.

 

Cofondateur de l’ORP en 1965 et militant de l’opposition à l’ombre du parti unique, pouvez-vous nous dire quel a été le poids réel de la gauche durant cette période ?

Au lendemain de l’Indépendance, il n’y avait pas encore de configuration affirmée en forme de tendance politique au sens de "gauche", "droite" tel que vous semblez l’entendre. Cette terminologie est une transplantation de ce que j’ai appelé la "géométrie parlementaire" française. L’expérience organique originale du FLN ne laissait pas de place à une configuration. L’exigence d’intégration et de fusion de tous les groupes, de toutes les tendances politiques  au sein du FLN est polysémique. Cela peut dire façade, ligne d’affrontement, nébuleuse, regroupement, coalition, etc. L’anticipation des fondateurs de Novembre issus d’un seul parti, le MTLD, et au sein de ce parti d’une formation clandestine, l’OS, anticipation qui allait d’ailleurs se réaliser sur le terrain, était que la future organisation allait être celle de tous les Algériens et que toutes les forces de la résistance devaient y fusionner. Ce processus fut accompli donc ultérieurement, en 1956, au congrès de la Soummam. Abane, d’ailleurs, l’a rappelé dans une correspondance à Khider (qui était au Caire) pour lui faire comprendre que le FLN n’était pas la prorogation du PPA ou du MTLD mais "l’organisation du peuple algérien pour la libération nationale". Dans une telle organisation, il ne pouvait y avoir de place à l’expression ni de gauche ni de droite. Ce devait être "le groupe en fusion" comme le concevait Jean-Paul Sartre. Les conditions extrêmes de la guerre totale imposées par la puissance coloniale, sa durée firent le reste. Il ne pouvait y avoir donc, en 1962, d’expression gauche-droite ; les enjeux se faisaient autour du contrôle des appareils issus de la lutte de libération.

Cette expression fit surface au moment de la confection de la Charte d’Alger. Elle était le fait d’observateurs extérieurs pour dire qu’il y avait eu des signes de démarcation autour de la confection de la charte entre les partisans de l’autogestion et les tenants des appareils bureaucratico- militaires. L’expression s’accentua après l’adoption de la charte en avril 1964. On y englobait, les confectionneurs de la Charte au sein du FLN, l’organisation syndicale UGTA, le mouvement de l’autogestion sur le terrain, le mouvement autour du PCA et d’Alger Républicain, l’organisation des étudiants UNEA et le mouvement de femmes. C’était une sorte de nébuleuse ; en face, il y avait les appareils bureaucratiques qui monopolisaient les forces de coercition au sein de l’Etat, la bourgeoisie commerçante et déjà les prémices d’un mouvement religieux en tant que pesanteur idéologique. Tout cela se schématise sur une période de moins de deux ans. Puis vint le coup d’Etat de 1965, qui inaugura une autre ère de "monolithisation" de la vie politique, je dirais de "janisserisation" du fonctionnement de l’Etat.

 

Qu’en est-il de l’opposition démocratique, puisque le choc d’Octobre 1988 n’a pas été de son fait ni à son avantage ? 

A quel moment peut-on parler d’opposition démocratique ? Et pour caractériser quelles formations ? Une fois cassé, le mouvement de l’autogestion réduit le mouvement spontané des organisations de masse. Des fortunes se sont accumulées au sein du système et de l’Etat bureaucratisé. Mais ces forces nouvelles formées n’ont pas d’hégémonie ni de légitimité pour postuler à une démocratie politique. Au contraire ; plus que jamais elles ont besoin d’exercer la coercition pour se protéger assurer leur reproduction ; ce qu’il leur faut, c’est le libéralisme économique, non pas fondé sur la loi de la concurrence réelle, mais seulement sur l’appropriation de la rente et la spéculation trabendiste. L’Algérie est le seul pays où le signe d’un statut social considéré est celui d’importateur. Semble-t-il, ils auraient atteint la cote de 40 000. Un importateur pour 800 habitants.

Personnellement, j’ai une autre lecture d’Octobre 1988, je n’affirme pas a posteriori pour étayer une prétention d’avoir prévu. J’avais simplement exprimé des intentions, formées sur la considération que ceux qui se sont approprié le patrimoine et la rente ne pouvaient risquer, faute de pouvoir la maîtriser, une ouverture démocratique ; j’avais qualifié la suite des événements du 5 Octobre 1988 de "dysfonctionnement de système". Voilà qui nécessite de plus amples développements, Mais nous n’avons pas la place et le temps dans les limites de cette interview. J’ai encore dans mes archives cette formule qui me fait à moi-même froid dans le dos : "Je ne vois pas de lendemains qui rient, je vois des lendemains de sang." Il faut donc reconsidérer la logomachie autour de "l’opposition démocratique".

 

A l’ouverture démocratique, en 1989, les partis de gauche n’ont pas pu s’imposer aux élections. Etait-ce un vote sanction du modèle socialiste finissant ?

Je ne ferai pas de comparaison avec l’Iran, mais une simple parallèle ; quand une force implacable verrouille le champ politique longtemps dans une société, le recours se fait vers l’irrationnel, la mosquée, la religion. Ce qui arrange d’ailleurs tout système répressif en place. En 1990/92, ce trop-plein était déjà atteint en Algérie, encouragé et porté par le pouvoir qui croyait étatiser la religion. Donc le scrutin de 1992 ne devait pas, pour tout observateur perspicace, faire illusion. Ce qui frappe, c’est son ampleur ; je pense qu’elle a été intentionnellement accentuée ; quel meilleur moyen de débordement démocratique que le repoussoir intégriste ?

Une théorie tout à fait cohérente, fondée sur le concept de "l’hégémonie par le désordre", soutient que dans certaines phases historiques et des cas de figures de sociétés sans classes dominantes, les tenants de pouvoir peuvent se maintenir en organisant le désordre social. Peut-on appliquer cette analyse pour cette phase que continue de traverser notre pays ? Je la livre à la réflexion. La bureaucratie ne signifie pas socialisme ; son rejet n’est pas une option. C’est une réaction, un écœurement en attendant de prendre la mesure de la nouvelle aliénation.

 

On constate une revendication sociale insistante, qu'elle soit portée par des syndicats autonomes ou par un monde du travail qui n’est pas nécessairement structuré. Comment expliquez-vous que, dans sa majorité, la classe politique ne fasse pas de cette actualité sa priorité ?

Le mouvement de revendication social est en effet à prendre au sérieux, non pas en ce qu’il signifie sur l’état de notre pays. Un pays qui affiche des présomptions financières hors du commun et qui produit la détresse sociale élargie. Alors, il y a problème ; un problème rédhibitoire du système politique. Là, l’Algérie est bloquée, alors qu’elle n’a jamais eu autant de moyens financiers pour rebondir socialement et économiquement. A juste titre, vous soulevez le paradoxe de "la classe politique" qui en fait son "non-problème". Pourquoi ? Parce que simplement, ce n’est pas une classe politique. C’est-à-dire une représentation authentique du mouvement social réel qui vit au rythme des courants qui secouent la société. Ce sont des formations clientélistes,  toutes satellites du noyau central du pouvoir. Comment feraient-elles de la crise sociale leurs priorités ? Tout client cherche à s’alimenter chez son meilleur patron.

 

Croyez-vous qu’une décantation s’impose dans le paysage politique, s’agissant de la question sociale ? En d’autres termes, les temps sont-ils mûrs pour l'émergence d’un parti de gauche ou d’un front de cette nature ?

Le besoin d’organisation à partir de la revendication sociale profonde existe. Il est même impérieux que le mouvement se rationalise, s’ordonne pour faire échec au gaspillage, au gâchis des luttes sociales. Vous savez, pour quelqu’un comme moi qui regarde avec tristesse des pans entiers de notre peuple désespérer de leur pays, l’émergence de ce que vous appelez un parti ou un front de gauche est plus impérieuse que jamais ; voyez-vous, les Algériens ont même perdu le goût de regarder et d’admirer ce pays d’une fascinante beauté ; ils rêvent tous d’un ailleurs parce que les perspectives leurs sont bornées ; c’est un état de nécessité qui interpelle aujourd’hui l’élite, un impératif qui renvoie à la question nationale, "être ou ne pas être".
Entretien réalisé par

Nabil Benali

 

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