Semaine du 26 Août au 1 Septembre 2009

 

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En matière de sport, le plat favori est sans conteste le football, dont le qualifiant de «sport roi» est loin d'être usurpé, tandis que les préférences des uns et des autres peuvent aussi bien se diriger vers la boxe, le basket, l'équitation ou, pourquoi pas, vers cette horreur qu'est le curling qui, ne l'oublions pas, est une discipline olympique. On ne sait pourquoi, mais l'ancrage olympique depuis l'antiquité, avec le triptyque «courses, sauts et lancers», n'étant probablement pas étranger à cette attirance, l'athlétisme recèle quelque chose de plus captivant et de séduisant que le reste des sports. Consentons toutefois qu'il y a une sacrée dose d'arbitraire dans ce choix, mais la transition est toute trouvée pour revenir sur un évènement qu'il serait injuste d'oublier sitôt terminé. Il s'agit des championnats mondiaux d'athlétisme, et il est vrai que personne n'aurait crié à l'injustice mémorielle si ces jeux avaient subi le sort du rangement dans les oubliettes, s'ils n'avaient connu un phénomène hors du commun. Usain Bolt, Jamaïcain de naissance et historique d'adoption, a dépassé de la tête et des épaules, au propre comme au figuré, l'ensemble de cette compétition. Les tablettes et les annales de l'histoire sportive retiendront au palmarès de cet athlète hors du commun trois médailles d'or et deux records mondiaux, les plus difficiles à battre de surcroît, ceux du 100 et du 200 mètres. Mais ce jeune homme issu d'une île minuscule qui a rabaissé le caquet aux sprinters américains est en train d'entrer à une vitesse vertigineuse dans l'Histoire non pas grâce à ses performances entre le starting-block et la ligne l'arrivée, mais par son comportement avant et après l'exploit. Sa décontraction et sa sympathie sont déjà légendaires et rarement, sinon jamais, on aura vu un athlète assumer avec une telle espièglerie, qui n'exclut évidemment pas la concentration, l'expression «être sérieux sans se prendre au sérieux». Ses sourires, ses mimiques, son expression gestuelle reproduisant ici une flèche, là un avion qui décolle, sont des moments à admirer que l'assistance des stades attend avec autant d'impatience que ses performances proprement dites. Ulsain Bolt est l'exact contraire des champions sprinters tels qu'ils se déclinent à ce jour, renfrognés à souhait et roulant des mécaniques, leur opposant apparente désinvolture, visage avenant et décharges de regards gorgés de simplicité où l'on devine une denrée rare chez les athlètes d'élite, l'amour du prochain. Sa biomécanique lui confère les outils du record, et lui semble à tout moment remercier la nature de tous ces dons, qui ne l'exonèrent bien sûr pas de se soumettre aux dures lois de l'entraînement de haut niveau. Exceptionnel, fantastique, fabuleux, le réservoir des qualifiants déclare forfait pour décrire dans toute sa plénitude cet athlète décidément à part. Usain Bolt est tellement communicatif qu'il donne à tous ceux qui le voient courir l'impression d'avoir réalisé le même exploit. Seul moment de gravité, pour signifier qu'il n'est pas aussi désinvolte qu'il n'en a l'air, c'est l'air grave qu'il arbore à l'entonne de l'hymne national jamaïcain. Jamais, au grand jamais, on n'aura vu un sportif s'attirer une telle ferveur d'attachement et de sympathie unanime des grandes foules. Ce pourquoi il est l'unique homme dans l'histoire à avoir écouté «happy birthday to you» chanté par plus de soixante mille voix. La piste cendrée du passé, pourvue d'un meilleur réservoir de métaphores poétiques que l'actuel revêtement en tartan, qui n'exhale que froideur et indifférence, aurait été plus belle sous sa prodigieuse foulée. A défaut de pouvoir rivaliser avec ce qu'il a réalisé, contentons-nous d'enregistrer pour le futur ce constat de consolation : on l'a vu courir, de nos propres yeux vu. On a les prouesses qu'on peut.

Par Nadjib Stambouli 

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