Semaine du 26 septembre au 2 octobre  2007

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 « L’absence de preuves n’est pas une preuve »

 

 
 
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 « L’absence de preuves n’est pas une preuve »

Le président iranien voulait profiter de sa participation à l’Assemblée générale de l’ONU pour aller se recueillir à Ground Zero, mais comme cela était parfaitement prévisible, la ville de New York s’y est opposée. Ce refus n’a pas été justifié officiellement, mais Mahmoud Ahmadinejad le doit sûrement au congrès négationniste qu’il a organisé à Téhéran, il y a de cela quelques mois, à son propre négationnisme, mais aussi à ses menaces contre Israël. La rebuffade qu’il a subie, mais qu’il aurait pu s’épargner, ne vaut sans doute pas déclaration de guerre, c’est néanmoins un acte d’hostilité d’autant plus marqué qu’il se situe au niveau symbolique. Mahmoud Ahmadinejad est le dernier homme politique étranger à pouvoir se recueillir sur la blessure encore vive des Etats-Unis. Son désir d’exprimer sa compassion pour les victimes des attentats du 11-Septembre n’a pas été agréé. Certes, il ne pouvait pas l’être, même en l’absence de crise nucléaire. Il se trouve qu’il en existe une pouvant de surcroît déboucher à terme sur des frappes militaires contre des installations iraniennes. C’est dans ce contexte que sa demande, qui est un geste de paix,  de même que le refus qui s’en est suivi, prennent toute leur signification.

Il est évident que l’Iran veut dénouer la crise engendrée par son programme nucléaire. Elle estime que cela passe par une négociation directe avec les Etats-Unis. Ce sont ces derniers qui refusent de s’engager dans cette voie. Pourtant les Etats-Unis ne se refusent pas au dialogue avec l’Iran quand il s’agit de l’Irak.

Cette situation de crise est tout à fait comparable à celle qui prévalait entre les Etats-Unis et la Corée du nord quand celle-ci conditionnait  l’arrêt de son programme nucléaire à des garanties données directement par les Etats-Unis. Dès que ceux-ci ont condescendu aux conditions coréennes, la crise était finie. S’il y a une différence entre les deux cas, elle est dans la forme seulement. Les Iraniens disent et répètent que leur but n’est pas de se doter de l’arme nucléaire. Il n’y a pas de raison de ne pas les croire, d’autant que les inspections de l’AIEA n’ont rien trouvé qui puisse leur être opposé. Mais, pour paraphraser Donald Rumsfeld, qui parlait dans le contexte d’avant l’invasion de l’Irak, l’absence de preuve n’est pas une preuve. En définitive, rien ne pourra apporter la certitude que l’Iran ne développe pas son programme nucléaire à des fins militaires. Rien, sauf une invasion. Des frappes aériennes ne sauraient suffire en ce sens. C’est pourquoi, on va répétant dès aujourd’hui que les installations nucléaires, du moins les plus importantes, sont enfouies dans le sol, qu’elles sont de ce fait hors d’atteinte depuis le ciel.

On prépare dès aujourd’hui les esprits à cette évidence, qu’une guerre limitée à des frappes aériennes est impossible. Que dès lors que l’Iran est attaqué, un processus est enclenché qui mène à son invasion. C’est en tout cas ce que disent les experts sur les plateaux de télévision. Qui ne cachent pas que ces frappes viseraient moins les installations nucléaires que les infrastructures du pays, en prélude à des interventions au sol, dont la finalité serait le renversement du régime, comme en Irak. Il faudrait un événement exceptionnel, un miracle autant dire, pour que le remake, à peine remodelé, soit mis en œuvre. L’engrenage aurait déjà commencé qui aboutirait à la guerre.

Il y a encore peu de temps, les officiels iraniens soutenaient que les Américains ont bien trop à faire en Irak pour qu’ils soient en mesure d’ouvrir un deuxième front dans la région. Leurs troupes n’y suffiraient pas, dont l’essentiel est pour l’heure enlisé en Irak. Ces propos ne sont peut-être plus tout à fait justes. Il se peut bien effet que le chaos soit en train d’être résorbé en Irak. Ce sont les Irakiens eux-mêmes qui s’en chargent. Le retournement des populations contre Al Qaïda a en tout cas fait chuter brusquement le degré de violence. Certes, ce n’est pas encore la pacification, mais la perspective d’un retrait en catastrophe de l’armée d’occupation devient de moins en moins envisageable.

Ce n’est sans doute pas un hasard si la menace d’une guerre se précise avec l’Iran dans le même temps où la violence baise en Irak.

M. Habili

 

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