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« L’absence de preuves n’est pas une
preuve »
Le président
iranien voulait profiter de sa participation à l’Assemblée générale
de l’ONU pour aller se recueillir à Ground Zero, mais comme cela
était parfaitement prévisible, la ville de New York s’y est opposée.
Ce refus n’a pas été justifié officiellement, mais Mahmoud
Ahmadinejad le doit sûrement au congrès négationniste qu’il a
organisé à Téhéran, il y a de cela quelques mois, à son propre
négationnisme, mais aussi à ses menaces contre Israël. La rebuffade
qu’il a subie, mais qu’il aurait pu s’épargner, ne vaut sans doute
pas déclaration de guerre, c’est néanmoins un acte d’hostilité
d’autant plus marqué qu’il se situe au niveau symbolique. Mahmoud
Ahmadinejad est le dernier homme politique étranger à pouvoir se
recueillir sur la blessure encore vive des Etats-Unis. Son désir
d’exprimer sa compassion pour les victimes des attentats du
11-Septembre n’a pas été agréé. Certes, il ne pouvait pas l’être,
même en l’absence de crise nucléaire. Il se trouve qu’il en existe
une pouvant de surcroît déboucher à terme sur des frappes militaires
contre des installations iraniennes. C’est dans ce contexte que sa
demande, qui est un geste de paix, de même que le refus qui s’en
est suivi, prennent toute leur signification.
Il est évident que
l’Iran veut dénouer la crise engendrée par son programme nucléaire.
Elle estime que cela passe par une négociation directe avec les
Etats-Unis. Ce sont ces derniers qui refusent de s’engager dans
cette voie. Pourtant les Etats-Unis ne se refusent pas au dialogue
avec l’Iran quand il s’agit de l’Irak.
Cette situation de
crise est tout à fait comparable à celle qui prévalait entre les
Etats-Unis et la Corée du nord quand celle-ci conditionnait l’arrêt
de son programme nucléaire à des garanties données directement par
les Etats-Unis. Dès que ceux-ci ont condescendu aux conditions
coréennes, la crise était finie. S’il y a une différence entre les
deux cas, elle est dans la forme seulement. Les Iraniens disent et
répètent que leur but n’est pas de se doter de l’arme nucléaire. Il
n’y a pas de raison de ne pas les croire, d’autant que les
inspections de l’AIEA n’ont rien trouvé qui puisse leur être opposé.
Mais, pour paraphraser Donald Rumsfeld, qui parlait dans le contexte
d’avant l’invasion de l’Irak, l’absence de preuve n’est pas une
preuve. En définitive, rien ne pourra apporter la certitude que
l’Iran ne développe pas son programme nucléaire à des fins
militaires. Rien, sauf une invasion. Des frappes aériennes ne
sauraient suffire en ce sens. C’est pourquoi, on va répétant dès
aujourd’hui que les installations nucléaires, du moins les plus
importantes, sont enfouies dans le sol, qu’elles sont de ce fait
hors d’atteinte depuis le ciel.
On prépare dès
aujourd’hui les esprits à cette évidence, qu’une guerre limitée à
des frappes aériennes est impossible. Que dès lors que l’Iran est
attaqué, un processus est enclenché qui mène à son invasion. C’est
en tout cas ce que disent les experts sur les plateaux de
télévision. Qui ne cachent pas que ces frappes viseraient moins les
installations nucléaires que les infrastructures du pays, en prélude
à des interventions au sol, dont la finalité serait le renversement
du régime, comme en Irak. Il faudrait un événement exceptionnel, un
miracle autant dire, pour que le remake, à peine remodelé, soit mis
en œuvre. L’engrenage aurait déjà commencé qui aboutirait à la
guerre.
Il y a encore peu
de temps, les officiels iraniens soutenaient que les Américains ont
bien trop à faire en Irak pour qu’ils soient en mesure d’ouvrir un
deuxième front dans la région. Leurs troupes n’y suffiraient pas,
dont l’essentiel est pour l’heure enlisé en Irak. Ces propos ne sont
peut-être plus tout à fait justes. Il se peut bien effet que le
chaos soit en train d’être résorbé en Irak. Ce sont les Irakiens
eux-mêmes qui s’en chargent. Le retournement des populations contre
Al Qaïda a en tout cas fait chuter brusquement le degré de violence.
Certes, ce n’est pas encore la pacification, mais la perspective
d’un retrait en catastrophe de l’armée d’occupation devient de moins
en moins envisageable.
Ce n’est sans
doute pas un hasard si la menace d’une guerre se précise avec l’Iran
dans le même temps où la violence baise en Irak.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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